‹ De l'orchite dans la fièvre typhoïdeChapitre 5 sur 15 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Les différents noms qui ont été donnés à la fièvre typhoïde, fièvre entéro-mésentérique (Serres et Pelit),

Le k

entérité folliculeuse (Forget, de Stasbourg), Dothiénentérie (Trousseau et Bretonneau), montrent assez qu’elle possède une sorte de prédilection pour les tissus glandulaires. |

On sait depuis longtemps que non seulement elle frappe les follicules intestinaux, et les ganglions mésentériques, mais encore Le foie, la rate, les parotides. L'étude des altérations de la glande séminale est de date plusrécente, et Louis (1), Chomel(2), Bouillaud(3) ne mentionnent point l'orchite parmi les compli-

cationsde la fièvre typhoïde. C’est Velpeau (4) qui, le

premier en 1844, paraît l'avoir constatée, « On voit, dit-1l, à la fin de quelques fièvres graves, de la dothiénentérie, de la variole, de certaines inflammations articulaires, de certaines maladies étendues des os, de l'ir fection purulente, une orchite aiguë survenir sans cause appréciable. Le mal, dépendant, en pareil cas,, d’une cause générale, d’une altération profonde des fluides, constitue nécessairement une inflammation plus grave que dansles cas iidiqués jusqu'iciÿ(orchite blennorrhagique, orchite parotidienne). Tantôt inégale et lente, tantôt d'une très grande rapidité dans son développement, l’orchite ainsil survenue, se termine souvent et en général très vite par suppuration. Ne formant qu'un épiphénomène dans la maladie éJoignée qui en provoque le développement, ellereste aussi subordonnée, au point de vue du pronostic et de

{1} Recherches sur la fièvre typhoïde, 1829.

(2) Leçons cliniques, 1834.

(3) Ciriques médicales de la Charité, 1837.

(4) In Dictionnaire en 80 volumes, art. Testicule, p. 468.

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la thérapeutique, à à la gravité et au genre de inédication de la cause déterminante, »

En 1858 le D' Cogombles, dans sa thèse ent sur l'orchite aiguë, s'inspire de ce passage et, dans un chapitre inüitulé: De l'orchite symptomatique des fièvres graves ou d’unétat affectif profond de l'économie, s'exprime ainsi: « Nous ne mentionnons que pour remplir notre cadre ces variétés d’orchite, car dépendantes de l’état général quiles a fait naître, .elles lui empruntent toute leur gravité, et ne sont guère l'objet d'indications spéciales, C'est dans le cours de la fièvre typhoïde,de la variole,de l'infection puruleate, des fièvres hec‘iques consécutives à dés caries, à des tuberculisations osseuses ou à des tumeurs blanches suppurantes, que l’on note quelquefois l'invasion de cette espèce d’orchite aiguë.» |

Les docteurs Mondelet et Zoucas(1) ne consacrent que quelques lignes à cette variété d’orchite.

En 1860, dans une étude sur les inflammations du testicule, le D' Hardy parle également de l’orchite qui nous occupe lorsqu'il traite des inflammations testiticulaires survenues sous l'influence d’une cause générale ; « On voit, ici, les testicules devenir volumineux et s’enflammer en dehors de toutes lésions des organes génito-urinaires, Sans qu'on puisse rattacher ce phénomène à une autre cause qu'à un virus où à un agent spécifique introduit dans l'économie et dépendant et d'une maladie générale, Ces orchites ont uue importance très secondaire au point de vue pra—

(1) Tuèses, de Paris, 1558-59,

tique, parce qu’elles ne sont qu’un symptôme peu grave, d’une affection sérieuse. On les observe dans les épidémies d’oreillons, la fièvre typhoïde, l’infection purulente, le rhumatisme, la variole, les maladies inflammatoires portant une atteinte profonde sur l'économie. » | |

Trois ans plus tard, dans un travail remarquable sur la fièvre typhoïde, Chédevergne (1) parle d’un malade qui, entré à la Maison de Santé pour une fièvre typhoïde, s’aperçut en prenant un bain qu'il était

pris d’un gonflement testiculaire à gauche. Le

lendemain l’épididyme était gros comme dans une épididymite ordinaire; cependant, malgré un examen minutieux, on ne lui trouva pas de chaude-pisse, etle malade âgé de 17 ans, ajouta mêmequ'il ne pouvait l'avoir eue. « C’est la première fois, dit l’auteur que je rencontre une orchite survenue sans cause locale appréciable dans le cours d’une dothiénentérie ; je me contente pour le moment de mettre ce fait en relief, sans yinsister, » En effet, l'observation est fort incompléte et les caractères et la marche de l’orchite à peine indiqués.

En 1867, M. Bouchut (2) publiait un nouveau cas d’orchite survenue dans la fièvre typhoïde; mais cette orchite étant consécutive à une parotidite suppurée, on pouvait croire ou à une orchite septicémique ou à

(1) Chédevergne. De la fièvre typhoïle. Thèse de Paris, 136$, p. 164.

(2) Bouchut. Traité pratique des maladies des Nouveau-nés, p. 99, Sadrain, 2

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la superposition d’une affection ourlienne à la fièvre typhoïde.

: Depuis lors, le nombre des observations s’est multiplié. M. Duffey en voyait dix-huit cas dans l'épidémie de tièvres qui en 1867 sévissait sur la garnison de Malte (2). |

En 1873 M. Hanot (1) publia dans les Bulletins de la Société anatomique la {première observation vraiment complète sur cette variété d'orchite. L’affection s'était terminée par suppuration et hernie des tubes séminifères à travers l'incision artificielle; l'examen microscopique montrait qu'on avait bien affaire au tissu testiculaire.

. L'année suivante M. Cervelle (3) rapportait deux observations inédites.

Dans la première traduction de Griésinger par Lemäattre (1868), il n’est point fait mention de cette complication de la fièvre typhoïde, mais dans la traduction de 1874, M. Vallin (4) en signale un cas dans ses annotalions.

Les observations se multipliaient ; il fallait ranger l’orchite parmi les complications possibles de la fièvre typhoiïde. Restait à trouver par quels liens pathogépiques elle se rattachait à cette dernière affection.

(1) Duffey. Dublin, Journ. of med. sc., février, 1872.

(2) Hanot, Bulletins de la Société anatomique, juillet, 1873, p. 589. - (3) Cervelle. Considérations sur une variété d’orchite aiguë compliquant certaines fièvres graves. Th., Paris, 1874, p. 16.

(4) Griésinger. Ann., par Vallin. Traité des maladies infectieuses, Paris 1874. f

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M. Vidal mit la question à l’ordre du jour de la Société Clinique du 20 juin 4877, et son travail ainsi conçu : Fièvres typhoïdes compliquées d’orchite, devint le sujet d'une très intéressante discussion, dans laquelle MM. Bucquoy, Dieulafoy, Vallin, Hallopeau, Lereboullet, Desnos, Campenon, Sevestre, prirent tour à tour la parole.

Signalons une communication à la même Société de MM. Sabourin et Huchard (1878) (1), un mémoire d’un médecin anglais M. Ellis (2), la thèse assez incomplète du D' Larquier (3); enfin une intéressante revue du D* Eloi (4), à propos d’une observation que nous rapportons plusloin,etnous aurons ainsi achevé, ce nous semble l'historique de la question.

ÉTIOLOGIE ET PATHOGENIE.

Nous sommes loin de l'époque où Broussais ne voyait dans la fièvre typhoïde qu'une gastro-entérite et où Louis, Andral, Chomel, n’admettaient comme spécifique que la lésion des plaques de Peyer. Aujourd'hui la fièvre typhoïde est considérée avec raison comme une maladie essentiellement générale, une

(4) Henri Huchard et Sabourin. Bulletin de la Société clinique, 1878, p. 229 el 338,

(2) Ellis. (The Lancet, 22 janvier 1881, p. 161. Orchitis as a concomitant and sequel of Méditerranean fever.)

(3) De l'orchite dans la fièvre thyhoïde. Th., de Paris. 1882,

(4) Orchite dothiénentérique. Union médicale du 18 novembre

affection, fofius-substantiæ, qui ne respecte aucun appareil de l’économie, pas plus l'appareil génital que tout autre. On connaît, en effet l’hématocèle périutérine qui survient, soit dans son cours, soit dans sa convalescence (1), on a signalé aussi les abcès des grandes lèvres (2), enfin l’orchite dothiénentérique est aujourd’hui admise. | Mais si l’existence de cette orchite est indéniable, son étiologie est bien difficile à préciser. \ Fréquence. — Si les exemples de cette orchite regardée autrefois comme exceptionnelle, sont aujourd’hui plus nombreux, doit-on admettre une modification «du germe épidémique », mystérieux agent que l'on invoque toujours, lorsqu'on se trouve en présence de faits obscurset inexplicables d’après les données de la science actuelle ? Il est probable que non; si l’orchite dothiénentérique est plus fréquente aujourd’hui, nous pensons que c’est parce qu’elle est recherchée plus attentivement et surtout parce que l’époque tardive de son apparition étant connue, on n’est plus exposé -à méconnaître sa véritable nature.

Date d'apparition. — Dans la majorité des cas, l’orchite est en effet une complication du déclin et surtout de la convalescence de la fièvre typhoïde. Parfois cependant, elle survient à la période d'état et évolue

(1) (Voir thêse de Guyot. Paris, 1877), Etude sur l'hématocèle périutérine soit dans le cours ou la convalescence de la fièvre 1yphoïde. (2) Giraux. Th. de Paris, 1875. Abcès multiples.

avec la fièvre typhoïde elle-même, Elle peut enfin faire son apparition plus tôtencore. Un de nos amis, médecin de la marine, M. Ch. de Gouyon, a observé à l'hôpital Saint-Mauddrier de Brest, un malade âgé de 22 ans, qui, entréavec tous les symptômes d’une fièvre typhoïde arrivée au septième jour, présenta le lendemain même ceux d’une orchite aiguë inflammatoire, que l’absence de traumatisme, d'écoulement urèthral, de symptômes de tuberculose, semblait devoir faire rattacher à la dothiénentérie. Cette orchite se termina par résolution. Nousregrettons de ne pouvoir rapporter les détails de cette observation, nous avons cru devoir néanmoins la signaler,afin d’attirer l'attention sur l’apparition relativement précoce de l’orchite,

Age du malade. — La fièvre typhoïde survenant surtout chez les jeunes gens, et les hommes jeunes, l’âge semble n’être qu’un facteur secondaire dans cette étiologis ; sur les quinze observations que nous rapportons, on a noté cette orchite:

Chez des jeunes gens de 15 à 30 ans. 41 fois. hommes de 30 à 40 ans . .. gui

— de 40 à 0 ans... . . 10e

— vieillards. . . . .. ? (H)

M. Hutinel en a vu un cas chez un homme de 58 ans, mais malheureusement cette observation n’a pas

été prise (Larquier).

Causes prédisposantes. — Les mauvaises conditions

(+) Nous omettons à dessin l’observation de M. Bouchut.

RIT — hygiéniques antérieures paraissent favoriser le développement de cette variété d’orchite : M. Hanot en a observé plusieurs cas chez des prisonniers de la Santé. Les œens d’une constitution chétive ou épuisée y semblent done particulièrement disposés. Le D' Duffey, chirurgien de la marine Anglaise, a observé à Malte une épidémie de « fièvres endémiques paraissant de nature typhoïde », et compliquées « d’une orchite spéciale survenant soudainement dans la convalescence, sans que, dans aucun cas, il ait existé le moindre soupçon de blennorrhagie intercurrente ou tout autre cause irritante..….., les individus lympathiques, rhumatisants, ou dont la constitution était altérée par une fièvre antérieure, en ontété le plussouvent atteints » (1)

Gravité de la fièvre typhoide. — Il faut mvoquer un état général, et nous pensons que ce n’est pas dans la gravité même de la fièvre thyphoïde qu’il faut rechercher la cause de l’orchite. Il semble au contraire qu’elle est une complication de fièvres typoïdes d’intensité moyenne et de forme adynamique. e

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