CLASSIFICATION DES LANGUES
marche de l'analyse. Ces langues devront entrer dans la première classe. Dans les langues de la seconde classe la syntaxe ne fait pas loi pour l'arrangement de la phrase ; ces langues ne sont donc inversives que de notre point de vue; à parler rigoureusement, il ne peut pas y être question d'inversions : car, où il n'y a pas de loi, il n'y a pas d'infraction à la loi. Ce seraient plutôt nos langues qu'on pourrait appeler inversives, par la raison même qu'elles sont analogues. Changeons donc un peu l'idée et les noms de ces deux classes en distinguant: les langues à construction libre et les langues à construction fixe.
La construction libre est le privilège des langues à flexion. Il est évident que l'arrangement de la phrase ne saurait être indépendant de la syntaxe qu'autant que les rapports grammaticaux entre les mots sont nettement indiqués par des désinences sonores et variées. Si les flexions sont émoussées, ou si les relations syntaxiques se marquent au moyen d'affixes ou de prépositions, il ne peut être permis de séparer les mots qui forment un groupe syntaxique. L'ordre de ces groupes mêmes pourrait varier sans inconvénient : et cependant le génie de ces langues, l'usage établi, restreignent souvent cette liberté en deçà de ce que la clarté semble exiger. Certaines langues enfin sont dépourvues et de flexions et d'affixes, et même, jusqu'à un certain point, de particules syntaxiques. Le rôle que les mots jouent dans la phrase, leur enchaînement et leur dépendance mutuelle, y sont exclusivement, ou presque exclusivement, déterminés par l'ordre dans lequel ils se suivent. Cet ordre y est donc invariable, ou peu s'en faut. Entre l'invariabilité absolue et la flexibilité absolue il y a des degrés. Nous disons que la construction d'une langue est fixe ou qu'elle est libre, suivant qu'elle se rapproche de l'un ou de l'autre de ces deux points extrêmes.
S'il y a des langues dont la construction est libre, ce sont sans contredit le grec et le latin. Il est vrai que les Latins aiment à rejeter le verbe à la suite de ses compléments. Il est vrai aussi qu'il y a en latin un grand nombre de locutions toutes faites qui veulent l'adjectif après son substantif