‹ De l'ordre des mots dans les langues anciennes comparées aux langues modernes: question deChapitre 14 sur 36 · PLACE DU VERBE · texte numérisé non relu

PLACE DU VERBE

la différence des deux constructions allemandes (1). Le verbe, placé au milieu de la phrase pour en séparer et pour en lier en même temps les deux parties principales, donne à la proposition la forme d'un jugement que nos langues modernes tendent à lui affecter. C'est le signe d'affirmation qui sert de copule. Or toutes les fois que le verbe se décompose, ce n'est pas la partie attributive, mais la partie abstraite qui renferme l'affirmation. Voilà pourquoi l'auxiliaire seul a la fonction et la place de la copule. Dans les phrasessubordonnées, la copule abandonne sa place caractéristique pour indiquer que ces phrases ne contiennent pas un jugement qu'on porte dans le moment de leurénonciation, mais tout au plus un jugement porté auparavant.

Nous croyons donc que partout où le verbe occupe la place du milieu, c'est pour indiquer que la pensée totale, renfermée dans la proposition entière, a été décomposée en deux idées, exprimées par les deux groupes de mots dont le verbe interposé empêche la confusion, et déclarées égales par un acte de notre jugement. Les langues qui rejettent le verbe à la fin du discours ne font pas ressortir la dichotomie et le caractère affirmatif de la proposition ; les langues romanes affectent ce caractère à toutes les espèces de propositions ; l'allemand l'efface dans les propositions subordonnées.

Un usage consacré dans beaucoup de langues à construction fixe vient à l'appui de ces observations. En français, en allemand, en anglais, et dans presque toutes les langues de l'Europe, le sujet se place après le verbe dans les phrases interrogatives (2). Cela s'explique parfaitement de notre

(1) Je suis dans cette explication les indications données par Herling. Syntaxe de la langue allemande, I, gg 36, 44.

(2) En français le sujet substantif précède le verbe interrogatif ( « Le vice est-il un mal? » ), mais le pronom indique assez la place que le sujet devrait occuper. Le sujet substantif forme ici un sens détaché, à peu près comme les premiers mots de cette phrase qui pourrait se trouver dans un passage pathétique : « Le vice, détestezle toujours. »

weil, Ordre des mots, 4

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