CONSTRUCTION DES PÉRIODES
des éléments de la période, chaque pièce qui entre dans cette belle architecture, est plus complexe et plus considérable que dans nos langues modernes. Ainsi les phrases qui renferment un accusatif sujet d'un infinitif, deviennent dans nos traductions des phrases composées ; mais on a tort de les considérer comme telles en grec et en latin : elles y sont des phrases amplifiées, si l'on veut, mais elles ne cessent pas d'être parfaitement simples. Plurimum dicit oratori conferre Theophrastus lectionem poëtarum (Qùintilien, X, I, 27). L'arrangement des mots indique que nous avons ici affaire à une phrase aussi simple, aussi une que cette phrase française : « J'ai vu partir deux régiments. » Les anciens font un pas de plus. Us enlacent souvent les «îots d'une proposition relative avec ceux de la proposition principale de manière à ramener à l'unité une phrase vraiment composée. Le procédé de l'attraction, si familier à la langue grecque, mêle encore plus intimement les deux propositions et les fond en quelque sorte l'une dans l'autre. Quod quoniam in quo sit magna dissensio est. Tore [Xev $10 toûtov tov Tpo7Tov dyt xà TrpayfjLar' exstWç, ^pcofjiévotç olç dizov TipoGrarat;. A}1 7 oar,ç a7ravT£ç 6potT > Ipyîfxtaç hziCkfi prévôt. . . a7T£tfT£pflfjie9a fzèv x^P^ oiWaç... (1). Quand on dispose de pièces si solidement assemblées, on peut élever des constructions monumentales.
Avant d'étudier les modèles grecs, les Romains avaient déjà trouvé une période qui leur appartient en propre, période toute ascendante, ample et grave, quoique lourde et embarrassée. On la trouve dans les plus anciens décrets du sénat et du peuple de Rome, et nous en citerons un ou deux exemples, d'autant plus volontiers, qu'ils nous serviront à préciser ce que nous avons dit plus haut sur la construction des langues tartares. En effet, rien ne se rapproche du moule de la période turque autant que ces phrases tirées
(1) Cicéron, de Finibus, V, 6, 16. Démosthène, Olynth. III, g 27. — On trouve un examen détaillé des périodes cicéroniennes dans Nsegelsbach, Lateinische Stilistik, g 113, sqq.
PÉRIODES DU VIEUX LATIN ? j
d'une loi agraire de l'an .643 de Rome (1).: Quei agerpy,fi\icus populi Romanei in terra Italia P. Mucio L. Calpurnio consulibus fuit, de eo agro loco quem agruw locum popidus ex publico in privatum commutavit, quo pro agro loco ex privalo in publicum tantum modum agri locei commutavit, is ager locus domneis privatus ita, uti quoi opiima lege privatus sit, esto. — Quei ager locus in Africa est, quei Romœ publiée venieit venieritve, quod eius agri loci, quei populeis libereis (2) in Africa sunt, quei eorum in ameicitiam populi Romanei bello Pœnicio proxsumo manserunt, queive. . . , quisque eorum habuerunt,... pro eo agro loco II vir... facito... deùur assignetur. Chaque phrase partielle est subordonnée à la phrase qui la suit et y rentre en quelque sorte, de manière à ce que l'idée générale énoncée au début se trouve de plus en plus restreinte ; et de même que chacune de ces petites phrases est terminée par son verbe, la période tout entière se trouve close et scellée par le verbe principal. Ces vieilles constructions éminemment latines se retrouvent, moins longues et moins lourdes, chez les auteurs classiques. Cicéron écrit : Si hoc statueris, quarum laudum gloriam adamaris, quibus artibus em laudes comparantur, in Us esse elaborandum. — Nam philosophandi scientiam concedens multis, quod est oratoris proprium. apte, distincte, ornate dicere, quoniam in eo studio œtatem consumpsi, si id mihi assumo, videor id meojure quodammodo vindicare. — Neque si qui agros populo romano pollicentur, si [sous-ent. ea pollicentes] aliud quiddam obscure moliuntur, aliud spe ac specie simulationis ostentant, populares existimandi sunt (3). Dans ce dernier exemple la relation des phrases conditionnelles est absolument la même que celle des phrases relatives citées plus haut. Du reste» ici encore Cicéron s'exprime comme les plus anciens mo-
(1) Voir Inscriptiones latinm antiquissimx. Edidit Th. Mommsen, p. 81 et p. 84.
(2) Populeis libereis. Vieux nominatifs pluriels de la deuxième déclinaison.
(3) Cicéron, ad Fam., II, 4. De offic., I, 1, 4. De lege agr., II, 4.