‹ De l'ordre des mots dans les langues anciennes comparées aux langues modernes: question deChapitre 23 sur 36 · PLACE INITIALE · texte numérisé non relu

PLACE INITIALE

en a une autre, plus importante et plus étendue. Quand l'imagination est vivement frappée par une idée, ou bien quand un sentiment plus fort que l'homme s'échappe presque malgré lui ; le terme le plus expressif, le plus rempli de ce qui occupe l'âme (ordinairement le but du discours : voy. ch. 1), se place au commencement de la phrase, et sur ce terme le plus grand éclat de voix. Scévola, découvrant à Porsenna qui est cet homme étrange qui ose braver le roi jusque dans sa tente même, lui dit : romanus sum civis (1). Toute la force de la révélation est dans le premier mot. Sans préparation, sans préambule, ce mot de romain éclaire tout à coup ce personnage inconnu et son action incompréhensible; les deux autres mots ne sont ajoutés que pour compléter la construction. Du reste, il n'est pas besoin de circonstances aussi étonnantes pour que les langues anciennes se servent de cette accentuation vive et pathétique. Dans V Apologie, Socrate se fait adresser ce reproche : « Cet homme ne croit pas à la divinité du soleil, puisqu'il prétend que c'est une pierre. » 'Ava&xyopov oïet xaTYiyopeïv, répond-il, « tu crois faire le procès d'Anaxagore. » Par le seul nom d'Axagore, qui est placé au commencement, Socrate montre toute la mauvaise foi des accu sateurs. Ajoutons encore un exemple de cette accentuation qui s'attache au premier mot d'une phrase et l'élève au-dessus des autres. Lysias, dans ses discours judiciaires, s'adresse très souvent aux témoins qu'il invite à monter à la tribune pour confirmer ce qu'il vient d'avancer. Rien de plus fréquent que ces formules : *at rocket jxot tqvc, (xapiDpaç, xat fioi àtuaëms toùtcov fxaptDpeç. L'idée principale

(1) (Tite-Live, II, 12). Cet exemple est emprunté de Batteux (Principes de la Littérature, V, p. 308). Je regrette de ne pouvoir me servir également de l'autre exemple que ce savant a ingénieusement mis à côté de celui que nous donnons : « Quand Gavius, du haut de sa croix, s'écrie qu'il est citoyen, il dit : Civis romanus sum (Gic. Verr. y V, 61). La qualité de citoyen était l'objet principal. » Je crois qu'il faut appuyer sur romanus dans les deux phrases, et que la seconde ne diffère de la première que par un arrangement des mots moins pathétique.

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