‹ De l'ordre des mots dans les langues anciennes comparées aux langues modernes: question deChapitre 33 sur 36 · LE NOMBRE ORATOIRE · texte numérisé non relu

LE NOMBRE ORATOIRE

admettre que cela soit vrai : car autrement, d'où viendrait que l'harmonie de la prose grecque ou latine est encore sensible pour nous, quoique nous n'insistions guère sur les longues et les brèves? Je voudrais donc, bien que la chose soit extrêmement hasardée, apporter quelques modifications à la doctrine des anciens sur le nombre oratoire. Il me paraît que le nombre oratoire agit sur nous, non seulement par le détail des syllabes longues et brèves, mais aussi par une disposition de mots tantôt plus, tantôt moins accentués (1). Toutefois, je ne conteste rien de ce qu'ont dit les anciens : la quantité des syllabes est pour beaucoup dans le nombre oratoire. Nous avons vu que ce n'est pas seulement le sens, mais aussi le corps du mot qui exerce une influence sur l'accentuation ; plus un terme gagne en étendue, plus, toutes choses égales d'ailleurs, son accent doit gagner en force : cela est vrai en français et dans les langues modernes, à plus forte raison cela est vrai dans les langues anciennes. Mais à côté de la quantité et des pieds métriques proprement dits, il y a un autre élément dont il faut tenir compte pour expliquer cette harmonie commune à toutes les langues, que tout le monde sent, et qu'on appelle, d'un nom emprunté des anciens, le nombre oratoire.

De la fausse accentuation.

D'après ce qu'on a essayé d'expliquer, l'ordre des mots dans les auteurs anciens note en grande partie la musique de la déclamation : tel passage grec ou latin semble bien

(l) Je prends plus de confiance en cette explication du nombre oratoire, maintenant que je trouve qu'elle avait déjà été donnée par Reisig (Vorlesungen ilber lateinische Sprachwissenschaft, publiées par Fr. Haase. Leipzig, 1839, p. 817), qui distingue dans le nombre oratoire « un rhythme de la pensée et un rjiythme du mot. » Les deux parties de la proposition que ce savant appelle o l'objet logique et le prédicat •> me semblent souvent coïncider avec ce que j'ai nommé la notion initiale et le but du discours. Je préfère pourtant ma manière d'envisager ces rapports.

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