DE L'ORATOIRE
Messieurs,
Un de nos plus anciens prédicateurs, que nous plaçons, pour la profondeur des pensées et l'ensemble des vues, bien au-dessus de tous les orateurs chrétiens du XVIIe siècle, expose ainsi la même doctrine :
« Le troisième jour donc qui est notre jour de Pàque, environ sur les trois heures du malin, l'âme de Jésus-Christ vint retrouver son corps dans le tombeau ; elle y rentra et se réunit à lui, l'anima, le vivifia comme auparavant. Que dis-je, comme auparavant? Mais bien plus noblement, plus heureusement, plus excellemment; elle lui communiqua les quatre qualités que les théologiens appellent les douaires du corps glorieux, la subtilité, l'agilité, l'impassibilité et la splendeur; elle le rendit subtil, il passa à travers les rocs du sépulcre et entra dans la chambre où étaient ses apôtres, les portes étant fermées; léger, il se porta en un moment comme il le voulait, tantôt vers les saintes femmes qui venaient au sépulcre, tantôt au chemin d'Emmaiis, tantôt vers ses apôtres et vers sa sainte mère ; incorruptible et impassible, car saint Thomas ne lui fait point de douleur en lui mettant la main dans ses plaies; resplendissant, car si dans la transfiguration, qui n'était qu'un petit essai de la gloire qu'il donnait à son corps pendant sa vie mortelle sur la terre, sa face était rayonnante comme le soleil, quelle clarté, quel brillant, quel éclat devait-elle avoir au jour de sa résurrection, de sa vie glorieuse, de sa gloire consommée ! Et il usait de cette splendeur comme il voulait, il la cachait ou la faisait éclater, quand, comment et àq i il lui plaisait. Oui ; mais, direz-vous, s'il était impassible, incorruptible, inaltérable, comment usait-il de viande terrestre et corruptible? Comment man-
Mil Kl. I' \I\TIE.
geait-il et buvait-il avec ses dise! Saint Augustin répond
: Un corps glorieux peut boire et manger, mais
il n'en a pas besoin ; s'il ne le pouvait pas, sa vie el ses facultés
ent imparfaites ; s'fl en avait besoin, sa félicité ne serait pas
mplie. Quand il j a de Iran dans lin bassin «le pierre exposé
loleil, elle se diminue petit ;i petit ; et dans peu ii«' jours il n'y
m .1 plu-: qu'est-elle devenue? c'est le soleil qui l'a consommée.
rre sèche reçoit I'imm de la pluie par indigence pour «m» être humectée et abreuvée ; elle là consomme m la donnant pour nourriture aux herbes et aux plantes. Le rayon du soleil eonsome P< i qui est sur une pierre non par indigence, mais par | sance ; non en s'en nourrissant, mais en l'évaporant ; nous nous servons de viandes comme la terre de la pluie, un corps glorieux en use si bon lui semble, et agit sur elle comme le rayon «lu
! agit sur l'eau qu'il évapore.
» \] ii- ce n*esl pas seulement en ces quatre qualités que cons la gloire de Jésus ressuscité. Il a ces quatre douaires en tant que
corps béatifié; en tant que COrpS déifié, il en a bien une autre, il est en la gloire «le son Père : Inglorid est Dei Paint (Philippe i\ M.). La gloire du Père éternel ne consiste pas dans la subtilité, l'agilité et autres semblables qualités; c'est une gloire incn immense, infinie, Incompréhensible, et c'est à cette gloire que la sainte humanité est associée autant qu'un être créé en est capable ci susceptible. < • ne gloire qu'il demandait à son l'ère la veille dt sa mort dans la plu- belle et plus longue prière qu'il lui ait adressée : Clarifim nu\ tu Putrr, n/)u / temetipium etarHate qwim hnhm prnu<fwam mundut enei apud te. Il prie pour son humanité, car il n'avait rien à demander pour sa divinité, dit saint
Cyrille Mil», i». (U filtrai Usinas).
» Notts avons aujei de nous réjouir, puisque la résurrection du
|;il- de DieU est un prélude, un gage, une caution et une a--u raine .1.- la noire. H C9t appelé par >ainl l'aul : Prnmtur dornwni.inm, les premier- cl le- premier- fruit- de- fidèles qui dor
ment, qu'il ressuscitera aussi aisément que vous réveilles ceux qui dorment : le- premiers fruits d'un arbre promettent qu'il en viendra d'autres, et la résurrection glorieuse du Fil- de Pieu donne lux fidèles des arrhes assurées de leur résurrection, é'est inséquence que le -uni homme Jol» faisait. Il parle a la façon des prophètes, qui tout si assurés des choses futures, quint e* nt comme si elles étaient déjà arrivées : Je sais, dit-il, que non Rédempteur, «pu m'a racheté par -a naort, est plein de Nie et qu'il me ressuscitera a la Dn d< - ii< oies. •
« Saint Paul nous dit qu'il est ressuscité pour noire justification, c'est-à-dire pour nous sanctifier, pour nous appliquer les mérites de la rédemption, pour être la cause efficiente, la cause exemplaire, la cause finale de notre résurrection. Il est appelé par Isaïe le Père du siècle à venir, ou, selon la version de Valable, le Père, et remarquez qu'il donne ce nom à cet enfant qui devait naître d'une vierge, parce que c'est Jésus Homme-Dieu qui est notre Père dans l'éternité : Filios generans ad gloriam, dit saint Thomas ; et la semence, le germe, la faculté vitale de cette génération, c'est l'Eucharistie, car les Pères anciens nous enseignent que noire chair, par l'attouchement sacré du corps de Jésus et par le commerce qu'elle a avec sa chair déifiée, reçoit un droit particulier de ressusciter quelque jour glorieuse. Saint Cyrille d'Alexandrie (4, inJoan., cap. 14.) expliquant ces paroles de Jésus : Si vous ne mangez pas ma chair, vous n'aurez point la vie en vous, dit : En vous, c'est-à-dire en votre propre chair; car la chair du Verbe divin ayant été faite vivifiante, comme unie à celui qui est la vie par la nature, savoir, au Verbe divin ; quand nous la mangeons, alors nous avons la vie en nous-mêmes. Car aussi, pour cette cause, en ressuscitant les morts, le Sauveur n'opérait pas seulement par sa parole et par ses divins commandements, mais il employait sa chair sacrée comme coopératrice à cet effet, vivifiant comme Dieu par son commandement tout puissant, et vivifiant de nouveau comme homme par l'attouchement de sa sainte chair; afin de faire voir que son corps est vivifique, il ne se sert pas seulement de sa parole, mais il touche les morts, transmettant, par son corps, la vie à ceux qui sont déjà à demipourris; ainsi, si, par l'attouchement de sa chair, les choses corrompues sont vivifiées, comment n'obtiendrons-nous point une bénédiction vivifiante beaucoup plus ample quand nous la mangerons, car elle transformera entièrement en sa propre perfection ceux qui la recevront.
» C'est pour nous marquer cette vérité, que l'Eglise a commandé à tous les fidèles de communier le jour de Pâques; c'est pour nous apprendre que Jésus, dans la communion, influe en nous un germe et une semence d'immortalité, en vertu de laquelle nous ressusciterons quelque jour, en vertu de cette parole : Reformabit corpus humilitalis noslrœ configuration corpori clarilatis suœ. ,
» Si le soleil était cent fois plus lumineux qu'il n'est, quelle splendeur y aurait-il en ce monde! Ne serait-ce pas un objet ravissant, et une chose agréable au dernier point que de le voir,