ETAT PRIMITIF DE L'HOMME, SELON LA DOCTRINE DE BOSSUET
Messieurs,
Bossuet, dans ses élévations sur les mystères, 4e semaine, explique ainsi les prérogatives accordées au premier homme :
« Comme tout devait être mis en la puissance de l'homme, Dieu le crée après tout le reste, et l'introduit dans l'univers, comme on
• Ml PARTIE.
introduit dans l.i Mlle du fosim celui (unir qui il se fait, après que
loin . -i préi <•( que les visndes sont servies. L'homme est le complément des cpuvres de Dieu; et, après l'avoir i.ni csmmè son ehef-d'iemre. il demeure en repus.
« l \ inTiiin i c Miu'iihu nr de ta création de l'homme est d'avoir m. non point comme la reste des créature* par une psfoss immandemeni : A"'< sus r,'tri seét, |,,n's P:,r une parole de
conseil : l'irmnmx, faisons. Dion prend COOSeil eu lui-même connue allant fairt* mi OOVTUge d'iiuo plus haute perfection, et pour
ainsi «lue d'une industrie particulière* où relinsil plus ex<eiicmmeni la sagesse de Son auteur. Dieu n'avait rien fait sur la tore ni dans la nature m n-ible qui pùl entendre lea beautés «lu monde qu'il avait bàii, ni les règles «l«- Bon admirable architecture, ni qui put B'entesjdrc soi-même à L'exemple de sou Créateur, ni qui. de soi-mome. se put e!e\er à Dieu et en imiter l'intelligence et l'amour, et comme lui, être heureux, l'our donc créer un si hel ou- . Dieu consulte en lui -même, et voulant produire un animal capable île oouseil al «le raison, il appelle en quelque il i:i il i ton secours, parlant à un autre lui-même à qui il «lit : haison*, qui n'est donc point une chose faite, mai- i ne elio-e qui fnit
ime lui, et avec lui : et dette choie ne peut être que son Fils
ri éternelle sagesse, engendrée éternellement dans son sein,
par laquelle et avec laipielle il ;i\;iit a la vérité fait toute chose,
qu'il dédoti plus espreuésneui en faisant 1 homme.
• h'msnns l fmmmr (i notre image et ressemblance. \ ces admirable* paroles. « |('\o-loi BSt-deSSUS dtS cieux. et des eieux dCS
eieux. .'t de tout les esprits césestess Ims raisonnable, puisque
Mil l'apprend «pie, pour le former, il ne s'est pH proposé UU atitre modèle que lui-même. Ce nVst 088 BUS Cteui m aux BStreSt ni au soleil, ni aux BOgei mésnest ni aux archanges, m aux | phins qu'il te vent rendre lemblBUc : (faisons, dit il. '/ noire \mnqo ,• <-i. pour inculquer davantage î faisons à nntrtit met;
qu'on vi.ie tous DOS iraiis dans Bette belle créature, autant que h
eoQdhJon de la créature le pourra permettre.
► Sil I un distinguer ici I im ijre ci la ressemblance, ou -i c'est, SSNBtme on vient de le proposer, pour inculquer davanl \. rit.-. qM Dletl emploie e.~ deux mots a peu près ,1e la méSBJBI force. |l (M SBtfl -i on le peut ■' fUOl qu'il en SOit, Mien e\
prime ici toutes les essuies de la nature raisonnable, et I I» fois toutes les richesses qu il lui n donm ■ e : entende*
aient, xolontê, droiture, innocence, dure connaissance de Dieu, or infus de ce premier être, assurance d< jouir avec lui d'une
même félicité, si on eût persévéré dans la justice où l'on avait été créé.
» Faisons rhommf> ; nous l'avons dit, à ces mots l'image de la Trinité commence à paraître. Elle reluit magnifiquement dans la créature raisonnable : semblable au Père, elle a l'être ; semblable au Fils, elle a l'intelligence ; semblable au Saint-Esprit, elle a l'amour; semblable au Père, au Fils et au Saint-Esprit, elle a. dans son être, dans son intelligence, dans son amour, une même félicité et une même vie. Vous ne sauriez lui en rien ôter sans lui ôter tout. Heureuse créature, et parfaitement semblable, si elle s'occupe uniquement de lui. Alors, parfaite dans son être, dans son intelligence, dans son amour, elle entend tout ce qu'elle est, elle aime tout ce qu'elle entend ; son être et ses opérations sont inséparables ; Dieu devient la perfection de son être, la nourriture immortelle de son intelligence et la vie de son amour. Elle ne dit, comme Dieu, qu'une parole qui comprend toute sa sagesse ; comme Dieu, elle ne produit qu'un seul amour, qui embrasse tout son bien ; et tout cela ne meurt point en elle. La grâce survient sur ce fond, et relève la nature ; la gloire lui est montrée, et ajoute son complément à la grâce. Heureuse créature, encore un coup, si elle sait conserver son bonheur ! Homme, tu l'as perdu ! Où s'égare ton intelligence, où va se noyer ton amour ?
» Faisons l'homme à notre image et ressemblance, afin qu'il commande aux poissons de la mer, aux oiseaux du ciel, aux bêtes et à toute la terre, et à tout ce qui remue ou rampe dessus. Troisième caractère particulier de la création de l'homme : c'est un animal né pour le commandement ; s'il commande aux animaux, à plus forte raison se commande-t-il à lui-même, et c'est en cela que je vois reluire un nouveau trait de la divine ressemblance. L'homme commande à son corps, à ses bras, à ses mains, à ses pieds, et, dans l'origine, nous verrons jusqu'à quel point tout était soumis àsonempire. Il lui reste encore quelque chose du commandement absolu qu il avait sur ses passions. Il commande à sa propre intelligence, qu'il applique à quoi il lui plait ; à sa propre volonté, par conséquent, à cause de son libre arbitre, comme nous verrons bientôt; à ses sens intérieurs et extérieurs, et à son imaçrimition qu'il tient captive sous l'autorité de la raison, et qu'il fait servir aux opérations supérieures. Il modère les appétits qui naissent des images des sens, et, dans l'origine, il était maiire absolu de toutes ces choses. Car telle était la puissance de l'image de Dieu en l'âme, qu'elle tenait tout dans la soumission et dans le respect.
tu l'i i \ii mi: partie.
• Que i:i terre produise «les herbes 1 1 dès plantes : que !<•- < aux produisent les poissons et les oiseaux : que la lerre produise tes animaux. Tous les animaux ^« m i créés par commandement, sans qu'il soit <iit que Dieu y ait mis la main. Mate quand il veut rorraer i«- corps «le l'homme, il prend lui-même de i.i boue entre
is, -m ji lui donne sa figure. Dieu n'a pas de doigts m de mains; Dieu n'a pas pi u<= fait le corps de l'homme uni' celui des autreanimaux : mais il nous montre seulement, dans eelui do l homme, un dessein et uni' attention particulière. ("est, parmi les animaux,
ni qui est droit, le seul tourné vers le eiel, le -oui où reluit, pnr une si belle et si singulière situation, l'Inclination naturelle do lu nature raisonnable aux choses hautes. I 'est de là aussi qu'est »i nue « l'homme cette singulière beauté ^ur le visage, dam les yeux, dans tout le corps. D'autres animaux montrent plu» de force : d'autres pltis de vitesse et plus dé légèreté, el ainsi du reste : l'excellence rie la beauté appartient a l'homme ; ci i comme un admirable rejaillissement de Hmage de Dieu sur sa
face. •
Et ailleurs, le même Bossue! relève ainsi l'excellenee de : an* « L'àme est si admirablement élevée au-dessus de la condition du corps, que vous dîrîeï qu'elle approche plus de Dieu, qui l'a ci que du COTpS auquel il l'a attachée. \ vrai dire, il n'y a qu'elle
seule de toutes* les créatures qui -«un dans ce bas monde, dans laquelle on peut remarquer quelques traits «m quelques linéu» itients lisibles des perfections dé Dieu. Elle est spirituelle fournir Dieu, incorruptible et étemelle comme Dieu : elle est libre, elle a une providence; elle â bo. volonté dont elle dispose. Ne »ero« Me t il pas qu'elle jouisse des privilèges de réternilé, lor-qu'ell' an Heine sur !«• futur, qu'elle fait revivre !•' passé, qu'elle dispose du présent, etc.
• Mali jamais elle ne parait plu- semblable à Dieu que lorsque, ■ mi mi dessus de tout ce qui est créé, elle va se perdre dam
Lime de ses perfection* infinies; et une, voyant qu'elle ne les p'iu comprendre, elle les admire et les adare, el consew d'\ demeurer perdue pour |amats( sans s'en vouloir plus retli qui la ferrait dan- fiel ,i;, t , dirait que i <• serait plutôt un Dion
qu'une créature : quand elle revient de la, il lui semble qu'elle est
perdue, parée qu'elle n'est plu- dan- ion aimable centre; «•lie no
ne plus rien ejue Dieu, lutin, cette nme est quelque chose
L'i.uid ot de -i admirable, qu'elle neseoonnaii paselli
• ait la dessus, oomeneravl hors do im même J< I.. h m m, nu' ce que vous m'avti donné, ô mon Dieu!
mon Créateur, en me donnant une âme de cette nature ; c'est un prodige que vous seul connaissez ; personne ne le peut comprendre ; et si je le pouvais concevoir, je verrais clairement qu'après vous il n'y a rien de plus grand que mon âme.
» Jamais nous n'eussions pu connaître la nature de ce précieux don de Dieu, ni jamais nous n'eussions remarqué la grande estime qu'il en fait, si l'Ecriture sainte, pour s'accommoder à notre façon d'entendre, n'eût usé d'une métaphore, où, sous le voile de six paroles, elle nous cache et nous laisse entrevoir six grandes merveilles dans la création de notre âme : lnspiravit in faciem ejus spiraculum vitœ : « il souffla sur sa face l'esprit de la vie. » Pesez toutes ces paroles. Premièrement, elle nous dit que notre âme a été produite avec le souffle de Dieu: ce n'est pas qu'il ait en effet une bouche pour souffler à la façon des hommes, mais c'est pour nous faire entendre qu'il estime cette âme et la tient chère comme une respiration de sa propre vie. Il est bien vrai qu'il l'a tirée du néant comme le reste des créatures; mais l'Ecriture, en nous disant que c'est un souffle de sa poitrine, nous veut exprimer qu'il l'a produite avec une affection si particulière et si tendre, que c'est comme s'il l'avait tirée de la région de son cœur, impiravit. De plus, l'Ecriture sainte ne nous dit pas que Dieu a produit notre âme de ses mains, comme notre corps, ni qu'il l'ait créée en parlant, comme le reste des êtres, mais en respirant ou soupirant ; pour nous faire entendre que c'est comme s'il eût enfanté une très-chère conception qu'il avait portée dans ses entrailles durant toute l'éternité ; c'est comme si elle disait qu'elle procède de l'intérieur de Dieu ainsi que la respiration ; et que comme le souffle ou la respiration n'est qu'une sortie ou une rentrée continuelle de l'air qui s'en va visiter le cœur, qui ne le quille qu'un seul moment, et puis y retourne aussitôt pour le rafraîchir et pour lui conserver la vie ; de même notre âme n'est sortie de Dieu que pour y rentrer, il ne la respirée que pour l'aspirer de nouveau. Que si elle a comme soulagé son cœur quand elle en est sortie, il semble qu'elle le rafraîchisse en quelque manière, et qu'elle le console quand elle retourne à lui par quelque aspiration amoureuse. 0 si nous savions ce que notre âme est au cœur de Dieu ! Elle ne saurait vivre sans lui, et il n'est pas content sans elle. C'est plus, incomparablement, que la respiration n'est à son cœur. Qui m'empêcherait la respiration, ferait étouffer mon cœur; ne puis-je pas croire que je fais violence au cœur de Dieu, quand mon âme ne suit pas les divines inspirations qui l'attirent amoureusement à lui pour se reposer dans son sein ?
Ml Di i mi mi; PARU
» Aprcv i,u! , , i ,, doih n'arriverons pas à In profondeur (les mystères qui sonl cachés sous l'intelligence de ces paroles : Il
' i Mir sa race une respiration de vie. Je conçois bien que ces
îles sont de quelques grandes vérités qu'elles fou*
draieni enfanter dans nos esprits, -i noua étions capables de les iodi r elles sentM al nous dire que notre Ame est usj
i que Dieu met en nous, el qu'il pro.luii par Noie de spiration. Quelk merveille est-ce ici .' Souvenesvvous que Dieu n'a que
i voies pour produire tout en lui-même : en l'une, il parle el il produit son Fils unique, que nous appelons son Verbe; en l'an*
d ne parle pOS : niais il soupire el il produit de SOU cteur,
a-dire de sa volonté, son divin amour, que nous appelons
ion Saint-Esprit : el cet Esprit adorable est la clôture et l'accom-
ement de tout ce qu'il fait en lui-même. Bt, considérant si Dieu ne fait pas quelque chose de semblable au dehors de lui, il semble qu'il a produit toutes les créature* par deux voies, en parlant 1 1 en soupirant Premièrement, il créa tous les êtres qui composent ce grand univers : mais c'est en parlant, fini lux, fiât
firmumratiim ; el quand il \ient après tout cela a produire notre àme. CC n'est pas en parlant, mais e'esl en soupirant. C'est ainsi que l'Ecriture sainte nous en parle , puis elle ajoute que cette dernière production de l'esprit fut la clôture et l'accomplissement de toutes b-s œuvres dé Dieu au dehors de .lui-même, et qu'il repesa, comme dans une divine complaisance, d'un si bel ouvrage.
» Où «"si une àme tant soit peu éclairée qui nesoil pas transpor-
i elle considère ici la convenance el la liaison admirable que Dieu a voulu meure entre son esprit el noire esprit f Le it-Espril est nu sacré soupir du coeur de Dieu, qui le comble d'une joie infinie en lui-même , et nom àme est un souille de la poitrine de hieu. qui lui donne rie Ni complaisance au dehors de
lui-même, le Saint-I>prit e^i |s dernière «les ineffables productions île Dieu en lui-même, et notre ame esi la dernière de toutes; les admirables productions de Dieu nu dehors de lui-même: 0 Dieu d'amour! a quel ravissement nous emporterait cette vérité, si elle nous entrait bien dans l'esprit et si nous la pouvions comprendre .' Qui est ce qui ne dirait pas, avec saint Augustin et saint Bern ml : o mon àme i qm ai de porter l'image le Dieu;
«lui i « M ee h. - prend honneur d'être un esprit
I, d'être «oïlie connue de s;( poitrine, d'être un pir d eur amoureux el tOUl plein de boute pour toi ' aune
donc Ce l>i U de bonté «pu t'a tant année . unie uniqiu ment, aune
ardemmmentet te consume dans les flammes de son divin amour. Amen (1).
» Après avoir formé l'homme, Dieu commence à lui faire sentir ce qu'il est dans le monde, par deux mémorables circonstances : l'une, en lui plantant, de sa propre main, un jardin délicieux qu'on appelle paradis, où il avait ramassé toutes les beautés de la nature, pour servir au plaisir de l'homme, et, par là, l'élever à Dieu qui le comblait de tant de biens ; l'autre, en lui amenant tous les animaux comme à celui qui en était le maître, afin de lui faire voir que non seulement toutes les plantes et tous les fruits de la terre étaient à lui, mais encore tous les animaux qui, par la nature de leurs mouvements, semblaient moins sujets à son empire.
» Pour le paradis, Dieu ordonna deux choses à l'homme : l'une de le cultiver, et l'autre de le garder, c'est-à-dire d'en conserver la beauté ; ce qui revient encore à la culture. Car, au reste, il n'y avait pas d'ennemi qui pût envahir ce lieu tranquille et saint. Dieu apprenait à l'homme, par celte figure, à se garder soi-même, et à garder à la fois la place qu'il avait dans le paradis. Pour la culture, ce n'était pas celte cullure laborieuse qui a été la peine de notre péché, lorsqu'il a fallu comme arracher dans la sueur de notre front, du sein de la terre, le fruit nécessaire à la conservation de notre vie ; la culture donnée à l'homme, pour son exercice, était cetle culture comme curieuse, qui fait cultiver les fruits et les fleurs, plus pour le plaisir que pour la nécessité. Parce moyen, l'homme devait être instruit de la nalure des terres et du génie des plantes, de leurs fruits ou de leurs semences ; et il y trouvait en même temps la figure de la culture des vertus.
» En amenant les animaux à l'homme, Dieu lui fait voir qu'il en est le maître, comme un maître dans sa famille qui nomme ses serviteurs, pour la facilité du commandement. L'Ecriture, substantielle et courte dans ses expressions, nous indique en même temps les belles connaissances données à l'homme, puisqu'il n'aurait pas pu nommer les animaux, sans en connaître la nature et les différences, pour ensuite leur donner des noms convenables, selon les racines primitives de la langue que Dieu lui avait apprise (2). »
Au moment de sa création, Adam est donc établi le centre et connue le lien des deux mondes ; il tient au monde sensible par son corps, qui en est à la fois le résumé et le chef-d'œuvre ; il
(I; Lettre 10! <k Ro.suct. — (?) élévations, \i< semaine, 1" élév.
Ils DE1 Ml MK PARTIE.
lient ;iu moud»' Invisible par son ftmc, dont la nature est spirituelle comme celle de Dieu et des anges. Pontife et roi de lu nature, il connaît la grandeur ei la sublimité de ses fonctions,
ndue 1 1 la richesse de ses domaines. Cependant, si Dieu
Petit i ii--'' dans l'ordre naturel, la hiérarchie dés êtres n'eilstait
pas, et l'homme, tout parfait qu'il eùl été, se fût trouvé à une «lis-
t mee infinie du dernier1 des esprits célestes. Mais Dieu, en le dé-
ifeéf, le divinise, le couronne d'honneur et de
re : le place un peu au-dessous dea anges, et le sacre prêtre de tonte la création; e*esl Hors" une échelle mystique, où d'ut! - &té tout monte de la terre au ciel, et ou dé l'autre le ciel descend tuf la terre. Adam jouit de là présence même « ! « • son Dieu : il cottvérse familièrement avec lui. .\-i-il vu son essence? Non, répond le Docteur angélique{ mais lia eu de Dieu une science «1 1 1 î tenait le milieu entre eeHe que nous avons et celle que possédenl les bienheureux dans le ciel, il est initié aux secrets d'en haut ; il pic. lit d'avance l'union mystérieuse >lc Jésus-Christ avec son Eglise ; il voit le- .jour- où le l'ils .le Dieu, épousant la nature humaine, lui communiquera ses divines perfection-.
Il- PRÉROGATIVES DE L'ORDRE tuviN ACÇORDÉBS \ ADAM : \ik\T PAS M ES \ LTNT1 GRITÉ DE SA N \i i RE.
Hi --h i as,
< ••- magnifiques dons accordés h Vdam, les novateurs ne les
nient |).i-, mais ils prétendent qu'il- lui étaient dus, que la justice inelle ou la grâce lanclifiante était aussi nécessaire à Idaiti pour faire le bien, que l'œil est nécessaire pour voir; en un mot, que Dieu ne pouvait les lui refuser sans injustice.
roui l( - i ithoiiques, ou contraire, croient que ces prérogatives
nt, de la pan <le Dieu, une pure libéralité, qu'il n'était tenu.
i MM un i tir Vdam, qu'il aman pu le laisser sans la
grâce sanctifiante et les autres dons qu'il y a ajoutés. Et encore que cette vérité ne soit pas de foi catholique, il serait téméraire et imprudent de s'en écarter : le sentiment contraire est condamné par l'Eglise.
La grâce sanctifiante met l'homme en rapport avec la vision intuitive, et le rend habile, s'il ne la perd pas avant de mourir, à voir Dieu comme Dieu se voit, à le connaître comme il se connaît. Or, connaître Dieu comme Dieu se connaît, le voir comme il se voit, est une qualité ou faculté qui n'est propre ou connaturelle qu'à Dieu. C'est donc une chose qui surpasse toute nature créée ou possible ; donc, prétendre que la nature d'Adam exigeât la justice originelle ou la grâce sanctifiante, c'est vouloir qu'il eût, par sa nature, ce qui n'est connaturel qu'à Dieu, ou qu'il fût Dieu, ce qui est le comble de l'absurdité. Aussi, les papes Pie V, Grégoire XIII et Urbain VIII ont-ils condamné les propositions suivantes de Baïus :
21e. « L'élévation et l'exaltation de la nature humaine à la participation de la nature divine, fut due à l'intégrité de la première condition ; et, par conséquent, on doit l'appeler naturelle et non pas surnaturelle.
25e. « Il est absurde le sentiment de ceux qui disent que l'homme, dès le commencement, a été élevé, par un certain don gratuit et surnaturel, au-dessus de la condition de sa nature, afin qu'il adorât Dieu surnaturellemenl par la foi, l'espérance et la charité.
21e. «C'est par des hommes vains et oisifs qu'a été inventée, selon la folie des philosophes, cette doctrine qui appartient au pélagianisme ; que l'homme a été ainsi constitué dès le commencement, que, par des dons surajoutés à la nature, il a été élevé, par la munificence de son créateur, et fait enfant adoplif de Dieu.
25e. « L'intégrité de la condition primitive n'a pas été l'exaltation gratuite de la nature humaine, mais sa condition naturelle. »
Or, les propositions contradictoires de celles-là sont vraies et doivent être admises par tous les catholiques.
Tous les Pères, tous les Docteurs catholiques, parlant de l'état d'innocence dans lequel Adam a été créé, disent que ce lut l'effet dune grâce particulière que Dieu lui accorda ; et, par grâce, il n'en est pas un seul qui n'entende un don purement gratuit qui ctaLlissait le premier homme dans un rapport direct avec la gloire céleste, qu'il eût acquise infailliblement, s'il ne se fût
130 l'Kl M h M H PARTIE.
luire i ar le serpent. Dieu a donc pu créer l'homme saoj li fiante.
Il a était p »3 tenu davantage à le créer immortel. C'est pourquoi
I I - ■ i condamné cette proposition de Baïus : « L'immortalité «lu premier homme n - un bienfait de
liiion naturelle. • L'immortalité fui donc un bienfait de la
i, et la nature 4e l'homme ne l'exigeait pas. Saint Augustin
renseignait déjà de la manière la plu9 explicite : « Le premier
homme, dit-il, a été créé immortel ; privilège que conservait en
lui lo fruit d<> L'arbre de vie, et non la constitution de sa nalurt
II « i m donc mortel par la condition de son corps animai, al immortel par le bienfait de son Créateur (l '). »
ne finirions pas, si noua voulions rapporter i''i toute la ine de saint I bornas, il prouve, dans plusieurs articles, que le premier borame a été rialdi, avant sa chute, dans ! -.uic-
lifiante, qu'il ;i eu toutes les vertus nécessaires pour faire le bien, non seulement dans l'ordre naturel, mais encore dans l'ordre surnaturel ; puis, il pose ct.'iic conclusion: ■ L'homme, dans l'état d'innocence, était immortel, non par nature, mais effectivement par la grâce, parce < ; < i il lui avait p&tê donné divinement une I par laq elle il pouvait, en ne péchant pas, conserver son corps i.i nature de [a matière corporelle... I ne chose peut être incorruptible de la pari de la cause efûcû nu M de
manière que l'homme, d i - l'état d'innocence, était in ruplibleet immortel. Parce que, comme dit saint Augustin, D
il L'homme pour jouir de l'immortalité, tant qui! ne pécb P -. alla qu'il lui a soi-même l'auteur pour l.i vie pu pour la mort. n'< tait p iulilr par quelque vertu d'tmmor-
■ u lin, mais il \ avait dans son àme uue eerl ■ que Dieu lui avait donuée surnaturel lemetit, par laq i d pi rps de toute corruption, tant que I
elle-même demeurerait soumise à Dieu.» Enfin,
difficulté, que l'hon ne pom ni être immortel ni par
<•. autrement il »t Lalité api « - son
,i pénitence, il l'eût
livrée, il répond : « Il faut «lire qui rver
le corps de la corruption n était pas naturelle à l'urne humaine,
- <| ,'iiic l avait n çue par mi don d<- la »
! . Mi prouve n il lucune oré iture ne -aurait
□mortelle, là la raison qu'il en donne nu
parait de la dernière évidence. L'immortalité est quelque chose qui lient à l'infini ; or, une créature est nécessairement bornée et finie de sa nature ; donc, de sa nature, elle ne saurait avoir qu'une durée bornée et finie ; donc, elle ne saurait être immortelle que par une certaine participation a l'éternité de Dieu (1) : ce que nous expliquerons bientôt.
Enfin, Dieu pouvait créer l'homme sujet aux passions, à la concupiscence, aux maux et aux misères de cette vie. En effet, l'Eglise a condamné cette proposition de Baïus : « Dieu n'aurait pas pu créer, dès le commencement, 1 homme tel qu'il nait maintenant. » Dieu aurait donc pu, dès le commencement, créer l'homme tel qu'il nait aujourd'hui, sans la tache du péché toutefois ; car il répugne qu'il crée un être souillé par le péché. Cependant, cette proposition doit être ainsi entendue, savoir, que Dieu pouvait créer l'homme sans la grâce sanctifiante, et les autres prérogatives accordées à Adam; mais sujet à la concupiscence, quoiqu'à un degré moins violent que celui dans lequel il vient au monde, condamné à souffrir et à mourir. '
Nous l'avons déjà dit, Dieu est parfaitement libre de créer un être à tel degré de perfection qu'il lui plaît, depuis le plus bas jusqu'au plus élevé, même dans l'ordre naturel, et la vie est toujours un bienfait. Quel est donc l'homme qui aurait osé dire à Dieu : Vous avez donné à l'ange une nature plus excellente qu'à moi, vous êtes un Dieu injuste ? L homme doit-il être méchant et ingrat, parce que Dieu est bon et généreux ? Dieu doit seulement, dès lors qu'il donne la vie à un être, lui assigner une fin conforme à sa nature, et le pourvoir des moyens nécessaires pour arriver à sa fin. Sa nature, si faible qu'elle soit, est-elle entière ? Il possède en elle tout ce qu'il lui faut pour être heureux naturellement. Estelle au-dessous de sa fin ? Dieu lui doit un secours pour suppléer à ce qui lui manque, mais un secours naturel en rapport avec sa fin, qui n'est que naturelle ; si, toutefois, cette dégradation ne vient pas de son péché.
Rien donc ne répugne que Dieu crée l'homme sujet aux passions, à la concupiscence, aux peines et aux misères de cette vie, pourvu qu'il lui donne un secours naturel suffisant pour faire le
(1) Des hommes distingués ont cru apercevoir, dans les débris d'animaux qu'on rencontre dans les couches de terre les plus profondes, une difficulté grave contre la doctrine chrétienne. Car l'apôtre dit que c'est par le péché que la mort est entrée dans le monde. Comment donc a— t— elle existé avant lui? C'est parce que l'homme a reçu seul, et par grâce, le privilège de l'immortalité.
[>EI \U.MI PABT1B.
i)i««n et éviter !«• m»i. et lerécnmpenser selen qu'il Mira souffert ou travaillé. Aussi, l'Eglise i-i elle condamné ces propositions de n.nu^ : « roules les afflictions des justes sent des expiations pour leurs i" ohés; ainsi ec que .l"i> et les martyrs ont souffert, il- l'ont joufl use de leurs |> ohés. — Personne, excepté le Christ*
n'est sans le péché originel ; de là, la bienheureuse Vierg< est marte à cause du péché d'Adam, qu'elle a contracté, <-i toutes
lions dans cette vie, comme celles des autres justes, oui été
expiations du pécbé actuel ou originel. » La peine n'est point
ea effet toujours un chàtiment,et quand uncapiuineccvunandça un
; .!«■ passer la nuit, exposé au froid <»u à la tempête, pour Tailler a la sûreté «lu camp, celui-ci ne croit pas qu'il est puni, mais il espère quai s'il supporte cette peine comme les autres iii;t, i • positions une croix d'honneur deviendra sa rêcom-
Mais l'homme, dit-on. désire naturellement la vision intuitive, il désire voir Dieu al jouir de Dieu: sa nature exige donc qu'il 90 h mis en rapport avec cette fin surnaturelle, et qu'il soit revêtu par conséquent de la grâce aaoctifl mte | Il est vrai qu'aujourd Uni j'houii lôsire vok Dieu et jouir de Dieu : qu'il l'a toujours déparée que toujours il a vécu bous l'influence delà révélation, et que, même parmi les gentils, les vérités pi imordiales n'ont iais été totalement méconnues ou iguon Il est donc certain que Dieu aurait pu laisser l'homo l'ordre naturel, le créer sans l'innocence originelle ou la grâce uTiante, mais uop dans une certaine innocence naturelle; ais aux déréglementa des passions, aux misères de oett< la mort, pourvu qu'il lui eut assigné une fin naturelle et l'eut pourvu des moyens suffisants, quoique naturels, pour faire le bien ii.t le mal. Cependant] '• ne l'aurait probablement pas i
ence, qui le porte aujourd'hui si fortement
M. Elle ne peut être, si intense qu'elle est, que l'effet d'un
rdre primitif. C est le sentiment de saint Thoras tains
es, qui établissent l'existence du péché originel dans le genre
humain, sont manifestes, dit-il. Car puisque pieu prend un tel
-oin des actes humains, qu'il accorde une récompense aux bonnes
euvres et un châtiment aux mauvaises, de l'existence du chèli-
i nous pouvons conclure à l'existence de la faute. < lr, le genre
humain souffre différentes peinas corp irelles et spirituelles :
m ii - peines corporelles, la principale est la mort, à laquelh
lent «i sont ordonnées louu - les autres, comme la Daim, la
.1 les autres choses d ire; parmi les peines spirituel
les, la principale est la faiblesse de la raison, qui fait qu'elle n'arrive que difficilement à la connaissance du vrai, tombe facilement dans l'erreur, et ne peut dompter tout à fait ses appétits grossiers, mais est souvent obscurcie par eux. Quelqu'un, cependant, pourrait dire que ces défauts, tant du corps que de l'esprit, ne sont point des cbàtiments, mais des défauts naturels, qui suivent de la nécessité de la matière. Car il est nécessaire que le corps humain, puisqu'il est composé d'éléments contraires, soit corruptible, que l'appétit sensitif soit mu vers les objets qui flattent les sens, et qui sont quelquefois contraires à la raison ; et que l'intellect, puisqu'il n'a que la puissance, sans avoir l'acte, de concevoir toutes les choses intelligibles, n'acquérant la connaissance que par les sens, n'atteigne que difficilement la science de la vérité, et, à cause des caprices de l'imagination, s'écarte facilement du vrai. Mais, cependant, si quelqu'un considère avec attention, il pourra assez probablement penser, en supposant la Providence divine, qui a adapté des choses perfectibles à chaque perfection, que Dieu a uni la nature supérieure à la nature inférieure, pour qu'elle la domine ; et que, si quelque défaut de la nature empêchait cette domination, il le ferait disparaître par une grâce particulière et surnaturelle ; afin que, puisque l'âme est d'une nature plus élevée que le corps, on pense qu'elle a été unie au corps, sous la condition qu'il n'y ait rien dans le corps qui soit contraire à l'âme, par laquelle le corps vil; et, pareillement, si la raison est unie dans l'homme à l'appétit sensuel et aux autres puissances sensitives, on croie qu'elle l'a été pour ne pas être arrêtée par ces puissances, mais bien plutôt pour les dominer. Ainsi donc, quoique les défauts de ce genre paraissent naturels à l'homme, en considérant absolument la nature humaine du côlé de ce qui est plus bas en elle , en considérant, cependant, la divine Providence, et la dignité de la partie supérieure de la nature humaine, on peut assez probablement prouver qu'ils sont des châtiments, et conclure ainsi que le genre humain a été infecté originairement de quelque péché (1). »
(\) Contra Génies, lib. i, c. 52.
121 VRTIE.
Dl SORT DU GENRE HUMAIN, SI ADAM N'EUT PAS PB< HÉ*
M bbwtm,
L'ange de l'école examine quel eût été fêtai du genre humain, \ Inni n'eu! pas péché. Et, d'abord, il démontre que !«•> enfants en! venus au monde avec I notifiante. Il npporif en
preuve l'autorité de saint Anselme, puis il ajoute : « Il faut <lir«* que naturellement l'homme engendre un être semblable à lui Ion l'espèce. Ainsi, quelque soil l'accident qui suive la nature dé Pespèce, il esl nécessaire quelesenl ni semblables au*
parents, à moins qu'il n"> ail erreur dans l'opération de la nature, ce qui ne sérail pas arrivé dans l'étal d'innocence. Mais, dans accidents individuels, il n'est pas nécessaire que les enfants ressemblent à leurs parents. Or, la justice originelle, dans laquelle le premier homme a été créé, fui un accident de la nature de l'es] non pas comme dérivanl des principes des causes de l'es] mais seulement comme un certain don accordé divinement à toute la nature. El c'esi évident, parce que les choses opp< sonl du même genre. < u-, le péché originel, qui esl opposé a t'<Mi« justice, est appelé péché «!<• (à nature. Ainsi, il est transmis des pères aux enfants. El c'esi pourquoi 1rs enfants eussenl ressemleurs parents, quanl à la justice originelle {\). » Ce qui revient ;i «lire que la justice originelle, bien qu'ajoutée sùrnaturelleiiitin ,i la nature de l'homme, dëvaïl affecter toute l'espèce humaine, puisque !<■ péché originel l'affecte également : or, les enfants ressemblent toujours à leurs parents dans toul ce qui esl gentiel a la nature el ce qui l'alTccle loui entière : «loue. 1rs ml fussent nés avec La justice originelle ou I sanctifiante,
comme aujourd'hui ils naissent souillés du péché originel. M:iis les ruf.uiis fussent il- nés impeccables ? Saint Vnsclmi
lit que si nos premiers parents n'eusseni pas péché, Us . u . m i té confinât - dans la justice avec toute leur race, dé ma-
mière qu'ils n'eussent pu pécher ensuite. Car le bien est plus puissant que le mal ; or, à cause du péché du premier homme, tous ceux qui naissent de lui ont contracté la nécessité de pécher; donc, si le premier homme eût persévéré dans la justice, la nécessité d'observer la justice eût passé de lui à ses descendants.
Saint Thomas pense différemment : « Saint Augustin, dit-il, dans son 14e livre de la Cité de Dieu, s'exprime ainsi : Alors, toute la société humaine eût été heureuse, si, ni eux-mêmes, savoir, nos premiers parents n'eussent transmis le mal à leur postérité, ni aucun de leur race n'eût commis quelque iniquité qui méritât la damnation. D'où il donne à entendre que, quand même nos premiers parents n'eussent pas péché, quelques-uns de leur race auraient pu commettre l'iniquité ; ils ne seraient donc pas nésimpeccablcs.
» Il faut dire qu'il ne parait pas possible que les enfants, dans l'état d'innocence, fussent nés confirmés dans la justice (ou impeccables). Car il est manifeste que les enfants, à leur naissance, n'eussent pas eu plus de perfection que leurs parents dans l'état de génération. Or, tant que les parents eussent engendré, ils n'auraient pas été confirmés dans la justice. Car une créature raisonnable est confirmée dans la justice, lorsqu'elle est devenue bienheureuse par la claire vision de Dieu, à laquelle vision elle ne peutnepas adhérer, puisque Dieu esll'essence même de la bonté, à laquelle nul ne peut s'arracher, et qu'on ne désire rien, et qu'on n'aime rien, qu'à raison de sa bonté ; et je dis ceci selon la loi commune. Parce que, par un privilège particulier, le contraire peut arriver, comme on le pense de la Vierge, mère de Dieu. Or, aussitôt qu'Adam serait parvenu à celte béatitude, de voir Dieu par son essence, il serait devenu spirituel d'esprit et de corps, et aurait cessé en lui la vie animale, par laquelle seule peut avoir lieu l'usage de la génération. D'où il est manifeste que les enfants ne seraient pas nés confirmés dans la justice.
» La raison de saint Anselme n'est pas efficace. Car, par le pèche du premier homme, sa postérité n'a point tellement contracté la nécessité de pécher, qu'elle ne puisse plus revenir à la justice ; ce qui se trouve seulement dans les damnés. Ainsi, il n'aurait pas transmis à sa postérité la nécessité de ne pas pécher ou l'impeccabililé, de manière qu'elle ne put pas pécher du tout. Ce qui se trouve seulement dans les bienheureux (4). »
(1) Ibid, q. 100, a. 2.
D1 I Ml Ml PARTIE.
iv même que nous naissons avi e le péché originel, mai* ■■■■ h possibilité de recouvre? i.i grâce, ainsi nom Berioni nés avec la grâce, mais arec la possibilité de la perdre. Et si alors nous Rissions tombés dans le péché, notas du quelqu'un dé nos tfcira, que serions-nous devenus ? aurions-nous eu un Rédempteur, un Sauveur comme relui que nous avons? Aurions-nous la même facilité pour le retour ? Bénissons et remercions Dieu 'V ses grâces et tachons <V ■•os en montrer toujours digni
L'homme eût-il vécu eu société f y eut-il eu des n>i> et des >ujets, des administrateurs et des adminlst] -
Sam t Thomas démontre que les bommes eussent été inégaux, et que les uns eussent dominé sur les Qwire&
El est dit dans r£pltre aux Romains; diap: XIII :« Lestht qui sont de Dieu, soin ordonnées, t )r. l'ordre parait surtout consistar dans la disparité. Car saint Augustin, dans le livre \9* de li i ii. de Pieu, dit : L'ordre est la disposition de choses égales e| ini lc< donnant sa1 place à chacune. Donc, dans le premier état, qui eût été très-convenable, il > aurait Bti de la disparité.
» Il est nécessaire <le dire que dans le premier état il y eût tu quelque disparité, au moins quant au sexe; puisque, sans la dfoep- ^ i i •'• de sexe, il n'y aurait pas ea de génération. Pareillement quant ;i Page, Car les mis seraient ftés dès BUtres. Il y aurait eu divertir, qunnf à la justice et quaui à la science. Car l'homme n'aurait pas travaillé par nécessité, mais Dbremem : d'où il <ni t que ('homme aurait pu appliquer pinson moins Bon esprit a faire, à vouloir et :i connaître quelque chose. Vinsi quelques-uns auraient (ait plus de progrès que Ites autres dans la justice ei dans la science. I j aurait eu aussi disparité du corps. Car le corps Veut point été totalement exempt des lois de h nature : bien plus, il mirait reçu on plus ou moins grand avantage ou secours dos mis extérieurs, et des aliments auraient entretenu sa vie. Ainsi rien n'empêche de dire que, selon la disposition diverse de I les ut seraient nés plus robustes, plus grands, plus beaux, a uni* eomplexrbn phis forte que les autres, de manière cependant qu'il n^y eut poinl eu de défauts d'esprit ou de corps dans < qui auraient été inférieurs 1 1). »
Qaciqueshommi it dominé sur les antres. Kn< ffet,« tact
■i «ir> hommes dans i état dlnhoteuce h'ét lit pas au d< «sus de l.i condition des anges. < Ir, parmi h , les un-* dominent sut
les autres ; ainsi, il y a un ordre qui s'appelle les dominations ; donc, il n'est pas contraire à la dignité de l'état d'innocence, que l'homme eût dominé sur l'homme.
« Il faut dire que la domination est de deux sortes. L'une est opposée à l'esclavage ; et ainsi on appelle maitre celui à qui quelqu'un est assujetti comme esclave. L'autre domination existe, lorsqu'elle se rapporte à un sujet de quelque manière que ce soit. Et ainsi celui qui a l'office de gouverner et de diriger des enfants, peut être aussi appelé seigneur ou maître. La première domination n'eût pas existé dans l'état d'innocence, mais la seconde eût pu exister. La raison en est, que l'esclave diffère de l'homme libre, en ce que l'homme libre est la cause de soi-même, l'esclave au contraire est ordonné pour un autre. Alors donc quelqu'un domine sur un autre comme sur un esclave, lorsque la domination qu il exerce sur lui tourne à l'avantage du maitre. Et parce que chacun désire posséder ce qui est à lui, et que par conséquent il est attristé quand il voit que ce qui devrait être sien tourne à l'avantage d'autrui, cette domination ne peut exister sans une peine pour les sujets. C'est pourquoi, dans l'état d'innocence, une semblable domination de l'homme sur l'homme n'eût point eu lieu. Mais quelqu'un domine sur un autre comme sur un homme libre, quand il le dirige pour son propre avantage ou pour le bien commun. Et une telle domination de l'homme sur l'homme eût existé dans l'état d'innocence pour deux raisons : premièrement, parce que l'homme est naturellement un animal social ; ainsi les hommes, dans l'état d'innocence, eussent vécu en société. Or, la vie sociale de plusieurs ne peut existersans que quelqu'un préside qui pourvoie au bien commun. Car plusieurs par eux-mêmes se proposent plusieurs buts, un seul se propose un seul but. C'est pourquoi le philosophe dit dans ses principes politiques : Quand plusieurs choses sont ordonnées vers une seule fin, on trouve toujours qu'il y a un seul agent principal. Secondement, parce que, si un homme avait eu plus de science et de justice que les autres, il eût été inconvenant de ne pas l'employer pour l'utilité des autres, selon cette parole de saint Pierre, Ire Epit., IV: Chacun employant la grâce qu'il a reçue pour le bien réciproque. D'où saint Augustin dit, livre 19e de la Cité de Dieu, que les justes commandent non par la cupidité de dominer, mais par le devoir de conseiller. C'est ce que prescrit l'ordre naturel ; c'esr ainsi que Dieu a créé l'homme (1). »
l)lbid., art. i.
l'KI \ir\!K PARI
Il r<t lion de remarquer en passant comment les Docteurs ■ font \oir qu'il règne la plus parfaite harmonie dans les oeuvres à6 u ! es hommesviveul maintenant en société : ils auraient véon de même dans l'état d'innocence, parce iuII % .1 société parmi les • môme entre !»'•« personnes divines. ' ne certaine dépenr 1 soumissi »n de Phomme ;> 1 homme n'est donc point 1 tmir • nif.
I 1 définition 'pii' saint fhomas nous donne du pouvoir légitima et «lu despotisme, nous semble d'une admirable précision. Le pouvoir est légitime, quand H efeteroe au profit des
■ictc -, il .«-1 lyrannique, quand il Vexeree au profil de>aeta qui le possède.
1 is enfants fussent«ili venus au monde arec la caosnisaCAice de ce qu'ils devaient savoir t Non, <u dans l'état d'inapetooe, l'homme eût été encore un être enseigné;
Notre onc. dit >;iint Thomas* par sa nature*, est comme une
t ible rase, sur laquelle il n'y a rien d?écril : il est dit daiu
Crime ; or. I.i nature de hune ett la mrme .uip.iir-
ii'liui, qu'elle n'n été alors. Donc, les enfants en mdssanl easseÉM orvus <i<¥ connaissant 1 ■ Il est naturel ;> Innomme d'acquérir la science par les sens : <t pourquoi l'ème est unie au corps, parce qu'elle en s besoin pour ies propres opérations^ Ce qui ne serait pas, si, aussitôt dès encement^ elle avait la science non acquise par des puiensitîves. Il faut donc dire que les enfants, dons 1 d'innocence, ne seraient pas nés parfaits dans la science^ mais il- rauraient aeqa le temps, sans difficulté* soitpai
p ir l'enseignement. »
peine nés, ils auraient appris ce qui leu
ne qu'ils n'auraient pas été dans une ignorance 8b* ns leurs premiers fours : ils auraient été suffisamment instruits pour faire les actions convenables a leur ftgc, et auraient n mieux que nous les principes universels du droit t 1 Vinsi B'explique lui-même l'ange <ii- l'école* «1 1 nature procède de l'Imparfait au parfait dans 1 li s enf mis n'auraient pas eu mmenoement, l'usage partait dé la raison* .1 il il< pend en quelque façon <l< l'u
Lives. Vimi, le nous 1 1 nu In'- ci lc> tives
-. l'homme n' 1 p 11 le parniit us ige de irane
il parait d ins ceux qui dorment et dans les phrénétiques. « Ir, les
nsitives sont certaines puissances di trporels :
et c'est pourquoi, lorsque les organes ne peuvent fonctionner, il faut que leur acte soit empêché, et par conséquent l'usage de la raison. Or, dans les enfants, la trop grande humidité du cerveau empêche l'action de ces puissances ; voilà pourquoi ils n'ont pas un parfait usage de leur raison ni de leurs autres membres ; donc les enfants, dans l'état d'innocence, n'auraient pas eu un parfait usage de leur raison, comme ils devaient l'avoir dans un âge plus avancé. Cependant, ils l'auraient eu plus parfait qu'ils ne l'ont maintenant (i). »
Comment les hommes seraient-ils venus au monde ? De la même manière qu'aujourd'hui. Saint Thomas le prouve. « 11 est dit dans la Genèse, chap. I : Croissez et multipliez-vous, et remplissez la terre. Or, cette multiplication n'aurait pu se faire sans la génération, puisque deux personnes seulement furent créées primitivement ; donc, la génération aurait eu lieu.
» Il faut dire que, dans l'état d'innocence, la génération eût existé pour la multiplication du genre humain, autrement le péché de l'homme aurait été très-nécessaire, puisqu'il serait le principe d'un si grand bien. Il faut donc considérer que l'homme, selon sa nature, est constitué comme un certain milieu entre les créatures corruptibles et les créatures incorruptibles. Car son àme est naturellement incorruptible ; mais son corps naturellement corruptible. Mais il faut considérer que la fin de la nature est différente dans les créatures corruptibles et les créatures incorruptibles. Or, il paraît qu'il est de l'intention de la nature qu'une chose soit toujours et perpétuelle ; mais ce qui est seulement pour un temps ne parait pas être principalement de l'intention de la nature, mais ordonné pour une autre chose ; autrement, lorsqu'il serait corrompu, l'intention de la nature cesserait. Donc, parce que, dans les choses corruptibles, il n'y a rien de perpétuel et qui demeure toujours, l'espèce, le bien de l'espèce, est une loi principale de la nature, à la conservation de laquelle la génération naturelle est ordonnée. Mais les substances incorruptibles demeurent toujours, non seulement selon l'espèce, mais encore selon les individus ; c'est pourquoi les individus eux-mêmes sont de l'intention principale de Ja nature. Ainsi donc, la génération convient à l'homme, du côté du corps, qui est corruptible selon sa nature. Mais, du côté de l'ame, qui est incorruptible, il lui convient que la multitude des individus soit par elle-même dans l'intention de la nature, ou plutôt de l'auteur de la nature, qui seul est le créateur
M) 1. pari., q. 102, ait. 1 et 2.
DEI \IIMK PARTIE.
unes humaines. Il a donc établi, même dan» l'étal d innol'i in T.iiiiin pour la multiplication (lu genre humain il).» I /ration eùl eu lieu par l'acte conjugal. « Cbi*, avant le
16, Dieu créa un homme et une femme. Or, il n'\ a rien d'inutile dans les ouvrages de Dieu -, donc, si l'homme n'eu! pas
é, i acie conjugal eût eu lieu, puisque c'est à cela qu esl tinée la diversité lias sexes. De plus, il est dit dans la Genèse)) chapitre II, que la femme ■ été créée pour \enir en aide .1 l'homme ; or cela ne peut rire que pour la génération (|ni se fait par l'acte conjugal, puisque, pour toute autre chose, l'homme peut ètrt pin» convenablement aidé par un homme que par une femme. Donc dam l'état d'innocence, la génération se serait faite par i ai le conjugal.
• Quelques ancien» Doefeura, considérant la laideur de la fiOfs* ovpiscence qui se rencontre présentement dans l'acte du mai ont établi ipif. dans l'étal d'mneoenoe, la génération ne se fût point faite par cei acte, \in-i. saint Grégoire de N\*>e dit. dans un livre qull a fait de faomtne, que dans le paradis le genre hum ait multiplié auireinent. oomi nt multiplies
léa tnges, par l'opération d'une vertu divine, là il dit que Ideu. tvint le péché, a créé un homme et une femme, eu égard au mode de génération qui devait exister après le péché, et qu'il connaissait d'avance. Mais eela n'esl pas «lit raisonnablement ; car les choses qui son! naturelle-; ;i I homme ne lui sont retirées ai données par le 'péché. <>r, il est manifeste qu'il esl naturel à l'homme d'engendrer par l'acte du mariage, comme aux antres animaux parfait-, selon la \ie animale qu'il avaïl avant le pëché. Ce qui le prouve, sont les membres propres à cet u
pourquoi On ne doit DUS tih>e qu'il n'eut point fait USage di
membres naturels comme des autres membres, il y a donc deux choses b considérer'.dans l'acte du mariage, en l'état présent L'une, qui esl le vœu de la nature, savoir, l'union de l'homme ei de la femme pour la génération ; car, dans toute génération, il faut une vertu B( irve et passive, lins», puisque dans tous les êtres, <>n »e trouve la distinction de» sexes, Is vertu active est dans l'un, la vertu passive dans l'autre, l'ordre de la nature exige queTunei l'autre s'unissent pour la génération. La seconde chose à consldéi.i honte de ta concupiscence déréglée, qui n'eui point é dans l'étal d Innocence, lorsque les forces inférieures étalent (•Mu remenl soumises s la raison (9). •
SEIZIEME ENTRETIEN. 15î
Ainsi, ajoute le saint Docteur, Adam eût été semblable aux anges par la vie spirituelle, ce qui n'eût point empêché les fondions naturelles de la vie animale; Et s'il n'a pas usé du mariage avant son péché, c'est parce qu'il s'est écoulé trop peu de temps, ou qu'il attendait un ordre de Dieu. Mais, dans cet usage, il eût éprouvé le plaisir qui y est attaché, mais plaisir pur et modéré ; et le sceau de la virginité se fût en même temps conservé.
Nous pourrions examiner bien d'autres questions touchant l'état d'innocence, dit le dominicain Contenson; mais quel intérêt avonsnous de savoir ce qui aurait été ? Il nous importe beaucoup plus de penser comment nous retournerons à cette patrie d'où nous avons été bannis. Après la ruine de leur ville, les Troyens disaient : C'en est fait des Troyens, c'en est fait d'Hion, c'en est fait de la gloire immense du peuple des Dardanides. Nous pouvons dire de même : c'en est fait de l'état d'innocence, et de ses innombrables et magnifiques prérogatives; c'en est fait du bonheur de notre premier père! hélas ! que lui manquait-M, dit saint Bernard! la miséricorde le gardait, la vérité l'enseignait, la justice le dirigeait, la paix régnait dans tout son être; habitant du paradis, maître du monde, citoyen du ciel, ami de Dieu, frère des esprits bienheureux, cohéritier des Vertus célestes, que pouvait-il désirer déplus? alors si riche et aujourd'hui si pauvre ! Gardons-nous de nous plaindre cependant. Dieu ne nous a pas laissés orphelins, et, quelque misérables que nous soyons, nous ne pourrons jamais assez louer et bénir Dieu de ce qu'il a fait pour nous.