‹ De l'ordre surnaturel et divinChapitre 18 sur 49 · DE L'HOMME SURNATUREL ET DIVIN, COMMENCÉ DANS L'ÉTAT DE NATURE DÉCHUE · texte numérisé non relu

DE L'HOMME SURNATUREL ET DIVIN, COMMENCÉ DANS L'ÉTAT DE NATURE DÉCHUE

La justification est une création nouvelle par laquelle l'homme est déifié. — Définitions du (imcild de Trente à ce sujet. — Témoignages de l'Ecriture et des Pères.

Messieurs,

Nous avons déjà vu un des termes qui constitue l'ordre surnaturel et divin, la vision intuitive de Dieu avec toutes ses consé-

DEUXIEME PABTIE.

quences; noi vu aussi que le premier homme, Adam, a

coustitué il m- l'ordre surnaturel et divin avani son péché* l>;ir un don toui-a-faii gratuit, qui n'était nullement dû à l'intéçriti

i nature. Noua allons examiner uu des deux autres termen* l.i nature même «le I nomme. Il est déjà facile «lo comprendre «pie l.i nature de l'homme» en supposait! qu'elle soit entière, n'a, par eUe-méme, aucune proportion avee la vision intuitive de Dieu, puisque celli ci est use participation véritable à la nature divine, et que celle-là, quelque parfaite qu'elle soit, reste toujours infiniment au-dessous <i«- la nature de Dieu. Il faut donc qu'elle toit tenouvelée et transformée sur la terre, qu'elle ><>n déifiée par la ir lequel Dieu renouvelle et transforme ainsi la nature de L'homme, la divinise, s'appelle, dans le lanj holi-

que, la justification.

te avant d'expliquer en quoi consiste cette justification, iJ n'est pas inutile de voix ce qu'en pensent les hérétiques dea detaieti temps, les protestants ou prétendus réforaaés. Ils disent donc < | u « * La justice prjginel|e ou la grâce sanctifiante accordée a Adam n'è- Kiii point un don purement gratuit niquelque chose d« surnature] et de divin, mai> seulement la faculté de faire le bien due à l'intégrité ilf sa nature, eu sorte que Dieu n'aurait pu, sans injustû ■«•, la lui refuser. Par son péché, \«lam ;i perdu cette justice originelle ou faculté de faire le bien : et, par celte prévarication, il ;i été totaleini'niNhH. Ceue nature* essentiellement et complètement corrompue, il l'a transmise à sa posiôriléwL'homme donc aujourd'hui» souillé du péché originel, n .1 aucune activité propre, et quand il

t il pèche toujours et nécessairement, parce «pi H' sont «pie la manifestation «lu péché originel «|ui subsiste perpétueUement «mi lui. 1 > « >i 1 il suit qu'il ne saurait en aucune façon

lisposer a ii justification, et que la justification est purement • : consiste uniquement dans la rémission des péi l est-à-difc dans l'absolutipo de la peine due au péché, comme il arrive dans la justification civile : un homicide, par exemple, 1 imné ; mais par faveur, le prio< il le Bien n'est 1 liangc dans la personne de p.ililc. seulement il est dispensé «le subir la peine i\m lui avai justement infligée, vinsi, par ut iuslificalion, les pochés ne sont p.is

Icmeol effacés, mais seulement couverts on non impu es.) et I- fidèle n'est pas vérituhlemi m juste, mais il est seulement réputé juste; il est revêtu de l.i jusiiee de Jésiu-I lm-i eoinme «1 un

loau qui - irds de Dieu, cooatnt l'en-

, m u- n - disparaître !<•> souillures «lu corps. I 0

fidèle est un vieux arbre entièrement gâté, qui n'a de bon que l'écorce nouvelle dont on l'a enveloppé ; les fruits n'en valent pas mieux, ni l'arbre non plus ; ce n'est au fond que pourriture ! C'est un vieil édifice, qui est totalement ruiné, et dont on a blanchi les murailles gisantes à terre. Ainsi, selon les protestants, la justification n'est qu'un replâtrage ou un badigeonnage spirituel.

Le dogme catholique est bien différent de ces erreurs que j'appellerais chimères, si elles n'étaient des impiétés. Adam, par son péché, a perdu la justice et la sainteté dans lesquelles il avait été créé, a encouru la mort dont Dieu l'avait menacé, et avec la mort, il est tombé sous le pouvoir de celui qui a eu ensuite l'empire de la mort, c'est-à-dire du diable, et il a été détérioré dans son âme et dans son corps. Toutes ces suites ont passé d'Adam dans toute sa postérité, et c'est ce que nous appelons le péché originel. Par la justification, l'homme n'est pas seulement réputé juste, mais il est véritablement juste, agréable à Dieu, son fils adoptif, et capable de faire des actes qui méritent la vie éternelle. La grâce l'affecte immédiatement et formellement, de sorte que, de même que l'âme est la forme du corps et la vie du corps, la grâce est la forme de l'âme et la vie de l'âme, et de même que l'âme animant le corps donne à l'homme une vie raisonnable, la grâce animant l'âme lui communique une vie divine.

Si nous voulions étudier 1 homme dans l'ordre naturel, nous pourrions nous faire ces questions : \° en quoi consiste la création de l'homme et quelle est la nature de son être ; 2° quelles sont les puissances ou facultés de l'homme ; 5° quelle est la valeur de ses actes, lui sont-ils imputables, peut-il mériter ou non ? Les réponses à ces trois questions nous fourniraient une connaissance assez approfondie de lanalure humaine. Eh bien, c'est sous ce triple point de Yue que nous allons étudier l'homme surnaturel ou divin ; ainsi, l'objet actuel de nos recherches n'est rien autre chose que la psychologie de l'homme déifié ; car nous établirons 4» que, par la justification, il s'opère dans l'homme une nouvelle création et que ce nouvel homme participe à la nature divine ; -2° que cet être divin a aussi des puissances ou facultés divines, et 5" que ses actes ont une telle valeur qu'il peut mériter une félicité divine. Nous nous occuperons d'abord de la première question.

Conclusion. — Par la justification, les péchés sont remis et vraiment effacés, et l âme est intérieurement renouvelée par la grâce qui demeure en elle. Cette conclusion est de foi catholique.

Pour bien comprendre ce qui passe dans l'homme, lorsque Dieu lui remet ses péchés, il faut savoir d'abord quelles sont et

i:,; di \imi..

quelles doivent être «mi lui lès Mites du péébé. Lorsqu'un cire

quelconque viole une loi nécessaire s i.i conservation de sa vie, il

f.uii qu'il meure. 1 1 corps de l'homme, par exemple. *->i -il lésé

dans uin ilr >«'* fonctions essentiel les, il est frappe «le mort I

ii détruit la vie, et, ■ l'instant, tout le corps h eorroBipi et

i m hideux. Mali i.i laideur «lu cadavre n'est p.»- le ><ul etfet

i mort; Il an eal d'autres qui la précèdent ai l'engendrant

Supposons qu'il s'agisse d effacer sur ce corps le péché *»u in \io-

latinn <le l.i loi ipii t'a rcdiiii Q ni cl. il de mort, de pourriture, de

laideur : «pie faut-il faire .' Racler ou effacer tes lâches livides ei

hideuses qu'on aperçoit sur ce cadavre 1 Mail Uc8l e\ident ipie.

km même qu'on \ parviendrait, le péché ou la violation de la loi

subsisterait dans ses principaux effets. Cependant, si an lieu d un

cadavre, vous y mattea rame de l'homme, ce serait! quoi sa bor-

ner;ui lu remis-ion «les péchés, Béton les bévéticjùes< Il (sut donc,

pour qu'il ne reste pins mienne ir.iee de cette lésion, dont nous

avons p. nie. que la vie avec toutes ses puissances soit rendue

corps déjà corrompu, et alors disparailronl nécessairement toutes

tches extérieures. I le que nous avons dit du corps de l'homme,

bsjsji pourrons le dire également d'un arbre, d'une plante, d'uh< tu-

quelconque.

M. us rame i aussi des lois a observer, lois absolumeni nécesssJ*

i.i conservation de ts \ie. Si elle en viole une seule, il faut

qu'elle in. nie : et celle \iolation est ce que non- appelons p<

mortel. M;iis l'âme, en perdant la vieau'elle avait auparavant^ perd en même temps les biens qu'elle possédait, sa force ri -a beauté* e devient laide et hideuse in; et «cite laideur est la

tache du péché, c'est un d . , il est claif que, pour

itièrement le péché de là me, il ne suffit p;is d< la racler et de sparaiire s.i Isideur, car ce ne Berait encore qu'ut

davrsxj au beau t tdavve s h vérité, mais ce serait toujours tstl cadavre, 1 1 évidemment le péché ne Berait point effacé, puisque la lie ne serait point rendue avec lot puissances. < cla i

nées prouvons que. par la justilieaiinn, les péchés sont etl

enl, et que I' nue e-l i nmn .clce.

Le ss&nt Concile de [rente, session VI*, canon II, s'exprime

: ■ Si quelqu'un dit que |e> ho mies s,, ni |il>tiln >. OU par la

saule imputation de ls Jésus Christ, ou par la seule

péi béa, « n excluant ! cl la t bar i té qui asi

ira pur le Saint Ksprit, et qui leur est inhéi bien, qu 14e nous sommes justifiés,

|ue ii faveur de Dieu, qu'il soit nnathcox

SEIXJEME ENTRETIEN. 135

Et session Ve, Décret louchant le péché originel, n. 5, expliquant les effets de la justification par le baptême, il dit : « Si quelqu'un nie que, par la grâce de Notre-Seigneur Jési-s Christ, qui est conférée dans le baptême, l'offense du péché originel soit remise, ou soutient que tout ce qu'il y a proprement et véritablement de péché n'est pas ôté, mais est seulement comme rasé et n'est pas imputé ; qu'il soit anathème ! Car Dieu ne hait rien dans ceux qui sont régénérés, parce qu'il n'y a point de condamnation pour ceux qui sont véritablement ensevelis avec Jésus-Christ pour la mort ; qui ne marchent point selon la chair ,mais qui, dépouillant le vieil homme et se revêtant du nouveau, qui est créé selon Dieu, sont devenus innocents, sans tache, purs, sans péché, agréables à Dieu, les héritiers et cohéritiers de Jésus-Christ, en sorte qu il n'est plus rien qui fasse obstacle à leur entrée dans le ciel. Le saint Concile reconnaît toutefois et confesse que la concupiscence, ou le foyer du péché, reste dans les personnes baptisées, laquelle, ayant été laissée pour être combattue, ne peut nuire à ceux qui n'y donnent pas leur consentement, et qui résistent courageusement par la grâce de Jésus-Christ ; au contraire, celui qui aura légitimement combattu sera couronné. Cette concupiscence, que l'apôtre appelle quelquefois péché, le saint Concile déclare qu'elle n'a jamais été regardée par l'Eglise catholique comme un véritable péché, à proprement parler, dans ceux qui sont régénérés ; mais qu'elle n'a été appelée ainsi, que parce qu'elle est un effet du péché et qu'elle porte au péché. Si quelqu'un est de sentiment contraire, qu'il soit anathème ! »

Et dans la session VIe, chap. 5 : « De même que les hommes ne naîtraient point injustes, s'ils ne descendaient et ne tiraient leur origine de la race d'Adam, puisqu'ils contractent l'injustice qui leur devient propre par suite de cette génération, étant conçus par lui ; de même, s'ils ne renaissaient en Jésus-Christ, ils ne seraient jamais justifiés ; car la grâce qui les justifie leur est donnée par cette renaissance, en vertu du mérite 'de sa passion. C'est pour ce bienfait que l'apôtre nous exhorte à rendre continuellement grâces au Père, qui nous a rendus dignes d'avoir part à l'héritage des saints dans la lumière, qui nous a arrachés de la puissance des ténèbres et nous a transportés dans le royaume du Fils ik- sa dileciion, dans lequel nous avons la rédemption et la rémissitiffi des péchés. »

Et chap. 4 : t Ces paroles font voir que la justification de l'impie

est la translation et le passage de l'état dans lequel l'homme naît

infant du premier Adam, à l'état de grâce et d'enfant adoptif

DKI MEME PARTIE.

m» m pur le second Ldtm, Jésus-Christ, noire Sauveur. » disposition ou préparation esl suivie de la on même, qui n'est pas seuleraeni la rémission des péis : ■ 1 1 — ■ li sanctification el la rénovation de l'homme intérieur par la réception volontaire de la l des dons. D'où il >e que l'homme, d'injuste, devient juste, et ami, «l'ennemi qu'il était, pour être héritier de la vie éternelle, selon l'espérance, justification a, pour cause Qnale, la gloire de Dieu el di I brisl et la vie éternelle : pour cause efficiente, Dieu raie cordieux, qui lave et sanctile gratuitement par le sceau et Ponction de l'Esprit-Sahrt, qtfil avait promis, lequel est le gage de noire héritage ; pour cause méritoire, son Fils unique bi< n-airaé, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui, lorsque nous étions ennemi

le de la charité infinie par laquelle il nous a aimés, nous a mérité la justification, et a satisfait à Dion, son Père, par sa très- •i sur l'arbre de la croix. Pour cause instrumentale, elle a le sacrement de baptême, qui esl le sacreim ni de foi, laquelle personne ne peut être justifié. Enfin, son unique cause formelle esl la justice de Dieu, non la justice par laquelle il esl juste lui-même, mais celle par laquelle il nous justifie, c'est-à-dire de laquelle il nous gratifie pour noua renouveler dam l'intérieur «le

noire ame : ei non seulement nous s mes réputés justes, mais

non- sommes avec vérité nommés tels, el le somme- en effet, reeevant en nous la justice, chacun selon -a mesure, que l'Esprit- Saini départit comme il lui plait, el Buivanl la disposition propre de chaeun et -a coopération. Car, quoique personne ne puis»

jUSte que celui a t|ili le- inriile- de |,i passion île Noliv-Seiirneiir

Jésus-Christ sonl communiqués, cette justification de l'impie, pendant, se fait en sorte que, par le mérite de cette même passion, la charité «le Dieu est répandue, par le Saint-Esprit, dans les ro-nr- de ceux qui sonl justifiés, el \ esl inhérente. »

h .mu - CCS définitions de l'|.uli-e. par la justification, le perde

seulement rasé on non imputé, mais il est entièrement ■ . ei min ce qui a raison de péché esl tout-à-fail ôté : il i plus rien «le damnation dans ceu* qui sonl régénérés . ils sont justes, sans tache, héritiers de Dieu el cohéritiers deJésus < brisl; non seuleraeni les péchés sonl effacés el remis, mai- l'homme i -t renouvelé intérieurement par la réception «le la gràct «t des <l«'ii-; i homme «'>i juste, Bmi • I « - Dieu ci héritier «le la vie < n-rnelle; il est juste, non 'le II justice «le Dieu par laquelle Dieu est juste, mais «le h [ostiec par laquelle il nous justifie, «le laquelle il f.ot don pour nous renouveler dan- l'intérieur do noue ame;

et non seulement nous sommes réputés justes, mais nous sommes avec vérité nommés tels, nous le sommes en effet, recevant en nous la justice, chacun selon sa mesure, que 1 Esprit-Saint départit comme il lui plaît. Or, il est impossible que le péché soit entièrement effacé sans que la vie de la grâce soit rendue, comme nous l'avons expliqué, sans qu'il y ait une nouvelle création, un nouvel homme, enfant adoptif de Dieu, et héritier de Dieu. Quand l'homme vient au monde, il est pécheur, ennemi de Dieu, enfant de colère, parce qu'il naitdelaracedu premier Adam; mais il est régénéré en Jésus-Christ, et il est constitué dans létat de grâce et d'enfant adoptif de Dieu par le second Adam; or, par le péché, l'homme est intérieurement affecté et changé f donc, par cette régénération, il est aussi renouvelé intérieurement, il est transformé et changé, puisqu il devient enfant adoptif de Dieu ; et de même que, par sa première naissance, il vit de la vie du premier Adam ; par la seconde, il vit de la vie du second Adam, c'est-à-dire de la vie de Jésus-Christ ou de la vie divine.

» La charité de Dieu, dit saint Paul, est répandue dans nos cœurs par le saint Esprit qui nous est donné... Recevant l'abondance de la grâce, de la donation et de la justice, ils régneront (les fidèles) dans la vie par un seul Jésus-Christ... Comme, par l'obéissance d'un seul homme, beaucoup ont été constitués pécheurs, ainsi, par l'obéissance d'un seul, beaucoup sont constitués justes (1)... Il nous a sauvés par le bain delà régénération et de la rénovation du Saint-Esprit, qu'il a répandu sur nous avec abondance par Jésus-Christ, notre Sauveur, afin que, justifiés par sa grâce, nous soyons héritiers selon l'espérance de la vie éternelle (2)... Vous avez été tout cela, mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et dans l'Esprit de notre Dieu (5)... Renouvelez-vous par l'esprit de votre âme, et revêtez l'homme nouveau, qui a été créé, selon Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité... Vous étiez autrefois ténèbres, maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur... Marchez comme des enfants de la lumière; car le fruit de la lumière est dans toute bonté, dans toute justice et dans toute vérité... Hommes, aimez vos femmes comme Jésus-Christ a aimé son Eglise et s'est livré pour elle, pour la sanctifier, la purifiant par un bain d'eau dans la parole de vie, pour qu'elle se montrât à lui une Eglise glorieuse, n'ayant ni ta-

(i) Rom., o, V>. — (2) Tit., 3, S. — (3) I. Cor., (i, il.

che, m ride, ai quoi que ce soit de cette sorte, mais afin qu'elle soit a unir el immaculée (I). »

I .•- pécbeura toni donc purifiés, sanctifiés et justifiés p;>r la ■ de Dieu : il- soni régénérés el renouvelés intérieuremeni ; Us sont revêtus de Jésus-Christ, de l'homme nouveau qui a été créé 'lin- La justice et la sainteté '!<• la vérité ; ils son) constitués |ustes, comme ils étaient constitués pécheurs; or, ils n'étaient pas seu emeni réputés pécheurs, mais il- étaient réellement pécheurs, ils étaient formellement et pérsonnellemeoi pécheurs ;donc i\> ne sont pas seulement réputés justes, mais H- -ont formellement et personnellement jusu

« Voici, dit saint Jean-Baptiste, parlant il»1 Jésus Christ, voici celui qui efface 1rs péchés du monde (S) Si quelqu'un ne renaît

de l'eau el de l'Esprit, dit le Sauveur, il ne peut entrer dans le '111111' de [Heu : ce qui est né de la chair est chair ; ce qui est ne de l'Esprit est esprit (-T)... Celui qui m'aime, mon Père l'aimera, et non- viendrons! lui, et nous ferons notre demeure en lui Voyez, dit l'apôtre bien- aimé, quelle charité le Père a eue pour -. que nous soyons appelés le- enfants de Dieu, et une nous If soyon- m effet.... Quiconque est né de Dieu, ne fait pas le péché, e que la semence de Dieu es) en lui (3)... C'est par Jésus- Christ, dit le prince des apôtres, que Dieu non- n donné les grands et précieux biens qu'il non- a promis, afin que, par eux. vous deveniez participants de la nature divine (6)... Convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés 7 ... Lavez-moi, et je Berai plus bfaneque la neige, du le Prophète royal ; effacez mou iniquil / en moi un cour pur, ci renouvelés dans mes entrailles un i de droiture 8 ... J'ai effacé, du le Seigneur a -on peuple. iniquités comme j* dissipe un nuage, el les pé< nés comme uni' nuée (y).

. h- répandrai -m- vous de l'eau pure, el vo is serez purifiés <\> toute- vos -oiiilln \>>n- purifierai des impuretés de toutes

vos idoles. Je vous donnerai un coeur nouveau, el je mettrai un •-ion nouveau au milieu d« vous : j'ùterai de votre chair le i

•h- di t. n un tour de chair. Js meUr Û mon

; i .m mile u de \"ii- ; je ferai que Non- marcherez dans mes eptes, que vous garderez mes ordonnances, ci que vous les e n. Vous habiterez dans la terre que j'ai dont

- :• i. rMrf.,8, I. - n

pères; vous serez mon peuple, et moi je serai votre Dieu (1). » Le même prophète, qui fait ces consolantes promesses delà part de Dieu, donne une image frappante de cette renaissance ou rénovation qui se fait par la grâce. « La main du Seigneur fut sur moi, dit-il ; et m'ayant mené dehors par l'Esprit du Seigneur, elle me laissa au milieu d'une campagne qui était pleine d'ossements. Et il me mena tout autour de ces os ; il y en avait une très-grande quantité qui étaient sur la face de la terre, et extrêmement secs. Alors, le Seigneur me dit : Fils de l'homme, croyez-vous que ces os puissent revivre ? Je lui répondis : Seigneur Dieu, vous le savez. Et il me dit : Prophétisez sur ces os, et dites-leur : Vous, os desséchés, écoutez la parole du Seigneur. Voici ce que le Seigneur dit à ces os : Je vais envoyer un Esprit en vous, et vous vivrez. Je ferai naître des nerfs sur vous; j'y formerai des chairs ; j'étendrai de la peau par-dessus, et je vous donnerai un esprit, et vous vivrez ; et vous saurez que c'est moi qui suis le Seigneur. Je prophétisai donc comme le Seigneur me l'avait commandé ; et, lorsque je prophétisais, on entendit un bruit, et aussitôt il se fit un ébranlement parmi ces os ; ils s'approchèrent l'un de l'autre, et chacun se plaça dans sa jointure. Et je vis, et voilà que des nerfs se formèrent sur ces os, des chairs les environnèrent, -et de la peau s'étendit par-dessus ; mais l'Esprit n'y était point. Alors, le Seigneur me dit : Prophétisez à l'Esprit ; prophétisez, fils de l'homme, et dites à l'Esprit : Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Esprit, venez des quatre vents, et soufflez sur ces morts, afin qu'ils revivent. Je prophétisai donc comme le Seigneur me l'avait commandé ; et, en même temps, l'Esprit entra dans ces os ; ils devinrent vivants et animés ; ils se tinrent sur leurs pieds, et il s'en forma une très-grande armée. Alors, le Seigneur me dit : Fils de l'homme, ces os sont la maison d'Israël : Nos os, disent-ils, sont devenus secs ; notre espérance est perdue, et nous sommes retranchés. Prophétisez donc, et dites-leur : Voici ce que dit le Seigneur Dieu : O mon peuple ! je vais ouvrir vos tombeaux ; je vous ferai sortir de vos sépulcres; et je vous ferai entrer dans la terre d'Israël. Et vous saurez, ô mon peuple ! que c'est moi qui suis le Seigneur, lorsque j'aurai ouvert vos sépulcres, et que je vous aurai fait sortir de vos tombeaux ; que j'aurai répandu mon Esprit en vous, que vous serez rentrés dans la vie, et que je vous aurai fait vivre en repos sur votre terre ; vous saurez alors que c'est moi

fi' Ezéeh., 56, 25.

, i \ll Ml. PARTIE.

qui t ur qui ai parlé, et qui ai accompli, dit le S

I). ■ A ces témoignages >i nombreux et bî formels de l'Ecriture, lei protestants nous en opposeni d'autres, dans lesquels ii est d I que ii. >i:- sommes justes par la seule justice de Jésus i hrisl PM~

.. 1. "ii ; or, il n'est question que d'une jtu pttremeol extérieure : car l'apôtre dil que Dieu a fait péché pour dous celui qui ne connaissait pas !<' péché, afin que nous devenions la justice de Dieu en lui ; mais Jésus-Christ n'a été rail péché qu'extérieuremeni ; donc, pareillement, i justes que d'une justice puremenl extérieure ; 2" que ti mes réputés et appelés justt - 1 1: < .. 'i. 0 : Jacob, 3, que

nous sommes revêtus de ta justice, de la grâce, de Jésus-Christ [Bpfu . l'<il.. 151,9; Rom , I3,H; Gai., 3, J7); 4* enfin,

que la cause formelle île la justification est la seule rémission des péchés.

ttdre en quelques mots ces prétendues difficul- « La matière de i;i justification, dit-il, fera paraître en< dansun j>i n - grand jour, combien de difficultés peuvent être terminées par iinr simple exposition de nos sentiments.

» Ceux qui savent tant soit peu l'histoire de la réformation préten lue, n'ignorent pas que ceux qui en ont été les premiers auteurs ont proposé cet article ii tout le monde, comme le principal de tous, ei comme le fondement le plus essentiel de leur rupture, si bien que c'est celui qu'il est le plu- nécessaire de bien entendre

• Nous croyons premièn ment que nos péchés non- sont remis gratuitement par la miséricorde divine, a cause de Jésus-Christ, (ont les propres termes du Concile de Trente qui ajoute que nous sommes dits justifiés gratuitement, pan e que aucune de

les qui précèdent la justification, soit la foi, ><ut lc> œuvres, ne peut mériter cette graot .

» Comme l'Ecriture nous explique la rémission d»> péofcéa,

tantôt en disant que Dieu les couvre, et tantôt en disant qu'il les

nie et qu'il li race du Saint-Esprit, qui nous fait

de nouvelles créatures, nous croyons qu'il faut joindre ensemble

:i-, puur former l'idée parfaite de la justification du

i pourquoi nous croyons que nos péchés, nonseur

i*iii* m sont couverts, mais qu'ils sont entièrement effacés par le

|i sus-Christ, ci par 1 1 -i àce qui nous i qui,

SEIZIEME ENTRETIEN. Ul

loin d'obscurcir et de diminuer l'idée qu'on doit avoir du mérite de ce sang, l'augmente, au contraire, et la relève.

» Ainsi la justice de Jésus-Christ est, non seulement imputée, mais actuellement communiquée à ses fidèles par l'opération du Saint-Esprit, en sorte que, non seulement ils sont réputés, mais faits justes par sa grâce.

» Si la justice qui est en nous n'était justice qu'aux yeux des hommes, ce ne serait pas l'ouvrage du Saint-Esprit ; elle est donc justice même devant Dieu., puisque c'est Dieu même qui l'a fait en nous, en répandant la charité dans nos cœurs.

» Toutefois, il n'est que trop certain que la chair convoite contre l'esprit, et l'esprit contre la chair, et que nous manquons tous en beaucoup de choses. Ainsi, quoique notre justice soit véritable par l'infusion de la charité, elle n'est point justice parfaite à cause du combat de la convoitise ; si bien que le continuel gémissement d'une âme repentante de ses fautes, fait le devoir le plus nécessaire de la justice* chrétienne. Ce qui nous oblige de confesser humblement, avec saint Augustin, que notre justice en cette vie consiste plutôt dans la rémission des péchés que dans la perfection des vertus (4). »

Il est bon de remarquer que Bossuet et saint Augustin enseignent que la justification ne consiste pas dans la seule rémission des péchés, mais encore dans l'infusion des vertus chrétiennes ; seulement ils confessent, que ces vertus infuses ne seront jamais absolument parfaites dans ce monde.

Ainsi, tout se concilie ; nos péchés sont couverts, par là même qu'ils sont ôtôs et effaces, tandis que s'ils n'étaient que couverts, ils existeraient encore et ne seraient point ôtés et effacés, et ainsi l'Ecriture se contredirait. Nous sommes justes par la justice de Jésus-Christ, qui nous est véritablement imputée, et ainsi nous sommes réputés justes et nous le sommes en effet ; nous sommes revêtus de Jésus-Christ, parce que notre âme, totalement pénétrée de la grâce de Jésus-Christ, est belle de la beauté même de Jésus-Christ; il e>t le vêtement de notre âme, ainsi que luimême, en tant que Fils de Dieu, est comme le vêtement de son Père, parce qu'il est sa forme, sa figure, son caractère, sa splendeur ; et puisque la grâce nous justifie personnellement, elle est la forme de notre âme ; notre âme est donc revêtue de Jésus- Christ ; il y a en elle un être nouveau, un être surnaturel et divin.

(1) Exposition de la doctrine de l'Eglise catholique.

Hi DFl MIMi: PARTIE.

StiOt Grépoire-le-f.rand, expliquant ce point de doctrine, QOOt dit ces belles paroles : « Celui qui dit que les péchés, dans le baptême, ne soni pas entièrement remit, qu'il dise mie les Ejryptien- ne -m! pti véritablement morts dan- la nui- Rouge. Mais s'il confesse que le> 1 -\ pliens <i>nt véritablement morts, il faut qu'il ivoue que les péchés, dans le baptême, incurent aussi toulà fait (|). a

Ht saint Chrysostômc : ■ La componction du cœur, semblable au feu, brûle ei oie tous les fiées de Tàme, et qui Ique grands maux qu'elle trouve en elle, elle les puéril tous elles efface entièrement (-2). » Expliquant ces paroles de saint Paul auxEphésiens : // nous a gratifies dans son Fil* bien aimé, il dit : « C'est-à-dire qu'il ne nous a pas seulement délivrés de nos pèches, mais il nous a rendus aimables. Car de même que si quelqu'un faisait, d'un vieillard décrépit, rongé par la peste ou quelque maladie, un Im .m jeune homme, qui J emporterait sur tous les autres par sa force cl sa beauté... Ainsi Dieu I muni et orné notre aine, il l'a rendue belle, désirable, aimable. »

Saint lîasile : « De même que la faculté de voir est dan- l'œil sain, ainsi l'opération du Saint-Esprit est dans lame puriti Et de même que l'art de faire une chose est dans celui qui l'a appris, ainsi la grâce du Saint-Espril est dans celui qui l'a reçue,

toujours présente, il esivrai, mais n'a.irissant pas toujours (S). »

Saint Augustin : « Nous disons que le baptême ôte les crime-. et qu'il ne ir< rase pas, de manière que les racines de tooi

péchés demeurent dan- une i hair corrompue, à peu près comme restent les racines des cheveux, après qu'on les a rasés, pour croître ensuite et être rasés de nouveau '• ... Mais comme mure lui ed appelée la foi du Christ, ei n'est pas la f«>i par laquelle le Christ .i cru : ainsi mure justice est la justice de Dieu, ei n est pat la justice par laquelle Dieu est juste ; l'une et l'autre est à nous,

BMtS elle eSl dite de l»u il et du ChlÏM, parée qu'elle mm- I -I

donnée par sa largesse :'■< ... Car la charité de Dieu esi due être répandue dans nos cœurs, non pas la eh. nue par laquelle il nous

aime, mais la Charité par laquelle il non- l'ail SCS mu- ; I OmmC Ut

justice de Dieu par laquelle nous devenons justes, non- en iiti.mt. comme le Mlui du Seigneur par lequel il nous tauve, et la fol de )( u- Christ, par laquelle il mm- rend fidèles (6 . *

I i / rit., e. 5t, i

Ce grand Docteur enseigne si souvent et si expressément cette doctrine que Calvin confesse ingénument « qu'il s'écarte de saint Augustin, parce que ce docteur rapporte la grâce à la justification, par laquelle nous sommes régénérés par le Saint-Esprit pour une vie nouvelle. »

Selon les Pères de l'Eglise, les péchés sont ôtés entièrement et aussi véritablement que les Egyptiens sont morts dans la mer Rouge, l'Esprit-Saint brûle et enlève comme le feu toute tache de l'âme, il change et orne l'àme comme si l'on changeait un vieillard usé et malade en un homme jeune et vigoureux ; la grâce du Saint-Esprit est dans celui qui l'a reçue, comme l'art dans l'intelligence de l'artiste, les crimes sont ôtés et non pas rasés, de sorte qu'il ne reste point de racines ; la charité et la justice de Dieu nous rendent aimables et justes ; or, il ne saurait en être ainsi, à moins que les péchés ne soient entièrement effacés et non pas seulement non imputés, que tout l'homme ne soit entièrement renouvelé par la grâce, et que cette grâce, répandue dans les cœurs, ne leur soit inhérente. Donc, par la justification, non seulement les péchés sont effacés, mais l'homme est renouvelé intérieurement par la grâce qui est inhérente à l'àme.

Saint Thomas prouve que les péchés sont remis dans la justification, selon ces paroles de l'apôtre aux Romains, chap. VIII : Ceux qu'il a appelés, il les a justifiés. « Il faut dire que la justification, prise dans un sens passif, implique un mouvement vers la justice, comme l'action de se chauffer un mouvement vers la chaleur. Or, comme la justice renferme en elle-même une certaine rectitude de l'ordre, elle peut être de deux sortes : premièrement, lorsqu'elle établit l'ordre dans l'acte même de l'homme. Et dans ce sens la justice est une certaine vertu, soit qu'elle soit une justice particulière, qui ordonne l'acte de l'homme selon la rectitude, en rapport avec un autre homme en particulier, soit qu'elle soit une justice légale, qui ordonne les actes de l'homme selon la rectitude, en rapport avec le bien commun de la multitude. Mais il y a une autre justice qui établit une certaine rectitude de l'ordre dans la disposition même intérieure de l'homme, en tant qu'elle soumet à Dieu ce qu'il y a de plus élevé dans l'homme, et soumet les forces inférieures de l'àme à la partie la plus élevée, c'est àdire à la raison. Cette justice peut être accordée à l'homme de deux manières ; d'abord, par un mouvement de simple génération, qui donne la forme à un être qui en était privé ; de cette manière la justification peut arriver même à celui qui ne serait

I XIEMI PARTIE.

dans le péché, ponrsu ifn'il reçoive celle justice <le Dieu, irae il <■>! «lit qu'Adas ;i reçu 1 riginelle. i nsuite, eUe

peu) rdéeji I homme selon la raison du mouvement, qui

'u contraire au contraire, et alors lo jusufieetioa implique um • iine transmutation de l'étal <\ il l'étal de mi>-

ëi c'est de cette mani tre que nous parlons m <U> l'impie. boIm cotte parole ée saint Paul aux Romaine, chap. IN : .t celui <iu' ■ " juêtifie

■ le. El parce que ee mouvement lire son nom plutôt du tenue que du principe, celle transmutation, par laquell queaiii'un est transporté de l'état d'injustice parla remis pelle justification de l'impie (1). »

Puis V saint Docteur établit qu'aveela rémission des péd

Ufianie est répandue dans l'âme par la justification, n celte parole <lr saint Paul ain htoinaine, chap. III : sommet justifias ijrat> I Dieu. «U faut dire

que 1 nomme en péchant offense Dieu; or, une offense n'est re-

;i quelqu'un, que lorsque L'esprit de la personne offenst apaiî ; I de la personne offensante. C'est pourquoi, d'après

cela, le péché est <lii bous être remis, parce que Dieu est ..•

rs nous. Celte paix consiste dans la dilection par laquelle Dieu noua aime. < >i\ la dilection de Dieu, en tant qu'elle est

de l'acte divin, est éternelle et immuable, ; onsidérée du coté de l'effet qu'elle Imprime en no >, ell quelquefois interrompue, savoir, que quelquefois noue lui faisons ut, et que quelquefois nous la recouvrons. Or, L'effet delà i lion di\ine en nous, qui est 6lé par le pé< hé, laquelle l'homme devient digne de la vie éternelle, d'où l'exclut !«• péché mortel. C'est pourquoi <>n ne pourrait i prendre que l«- i» ché fût remis, si : i d était Infusa.

» Il faut plus pour remettre une offense a quelqu'un, que pour aas haïr celui qui n'a point offensé Car il pe i arriver parmi les hommes que l'un n'aime ni ne haïsse un autre : mais, si i on •• mette l'offense qui lui n clé faite, il ne saurait le faire sans avoir une bienveillance spéciale. Or, la bienveillance : de L'homme, se i e< ouvre par le don i -i pourquoi bien que l'homme, avant qu'il pèche, ail pu

i hé . cep< ndaul api i - sou péché, il ne peut êlre sans péché, qu'il n'ait i

lie justifioaiion »!»• l'impie est un de? plus promis ou\rag< - de

Dieu. Car il est dit au psaume 144 : « Ses miséricordes sont audessus de tous ses ouvrages ; » et dans une collecte, il est dit: « Dieu qui manifestez surtout votre toute -puissance en pardonnant et en faisant miséricorde ; » et saint Augustin, commentant cette parole de saint Jean, chap. XIV : H fera de plus grandes choses que celle ci, dit que c'est un plus grand ouvrage de rendre juste l'impie, que de créer le ciel et la terre.

« Un ouvrage peut être grand de deux manières. Premièrement, du côté du mode d'agir, et ainsi la création, par laquelle les êtres sont tirés du néant, est le plus grand ouvrage de Dieu. Secondement, un ouvrage peut être grand à cause de la grandeur de ce qui est fait, et ainsi la justificajion de l'impie, qui a pour terme le bien éternel de la participation divine, est un ouvrage plus grand que la création du ciel et de la terre, qui se termine à un bien d'une nature changeante ; c'est pourquoi, après que saint Augustin a dit que rendre juste l'impie est plus grand que créer le ciel et la terre, il ajoute : Car le ciel et la terre passeront, mais le salut et la justification des prédestinés demeureront. Or, il faut savoir qu'une chose est grande de deux manières. Premièrement, selon la quantité absolue, et, dans ce sens, le don de la gloire est plus grand que le don de la grâce qui justifie le pécheur ; et, ainsi, la glorification des justes est une œuvre plus grande que la justification de l'impie. Secondement, une chose est grande par la quantité de la proportion, comme on dit une petite montagne et un grand millet ; et, dans ce sens, le don de grâce, qui justifie l'impie, est plus grand que le don de la gloire qui béatifie le juste ; parce que le don de la grâce excède plus la dignité de l'impie qui était digne d'un châtiment, que le don de gloire n'excède la dignité du juste, qui, par là même qu'il est justifié, est digne de la gloire. Et c'est pourquoi saint Augustin dit dans le même endroit : Juge qui pourra lequel des deux est le plus grand, de créer des anges justes, ou de justifier des impies ; certainement, si l'un et l'autre sont d'une égale puissance, le dernier esl d'une plus grande miséricorde (I). »

(1) Ibid., art. 9.

146 DEl'XIEME PARTIE.

i \ QtACB SANCTS iante Est UNI VRAIE BT RÉELLE PARTICIPATION \ i \ NAT1 RE DIVINE.

il In ijràce xanrti fiante dèoriU par let Pères.

Messieurs,

D'aprèfl la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas. la justification du pécheur est le chef-d'œuvre de la ftoute-puisfl

de Dieu, < • >t le plus grand de ses ouvrages ; nous aurons lieu de nous en convaincre de plus en plus, en examinant quelle est la nature de la grâce sanctifiante.

L'Eglise n'a porte iUCUDe définition sur la nature de la pi tifiante. Riais renseignement commun regarde la nature de In grâce sanctifiante, comme une vraie el réelle participation à la nature divine.

Il y a trois différentes manières de posséder la nature divine : la première, et la plus parfaite, est celle qui est propre au Fils de Dieu et .m Saint-Esprit. Ces <leu\ personnes divines possèdent tellement la nature du Père, <|uYlle e>t leur propre nalun qu'elles n'en ont pas d'autre que celle du Père. Cette manière de posséder la nature divine eel incommunicable aui créatures. Car M \ aurait contradiction, puisqu'on supposerait d'une part no être et que, d'autre part, il n'aurait d'autre nature que la nature divine. I s même nature sérail dune s la fois créée el IncréJ i

qui implique une contradiction manifeste.

I ne seconde manière de posséder la nature divine, est celle qu'ont tous les êtres, en vertu même de leur création ; car, puisque Dieu esi présent partout, il pénètre tous les êtres par sa présence, aan

Intel - i puissance, et par là même par -a propre i

;sion ne inique leur communiquer l'existence, e el I intelligence au degré que Dieu veut, et ries da pi -

La troisième manière de posséder la nature divine consiste à devenir, par un don tout-à-fait gratuit, participant des perfections divines qui sont tellement propres à Dieu, qu'aucun être ne saurait y prétendre par sa propre nature. Ainsi, Dieu a un certain mode de se voir, de se connaître, de s'aimer et de jouir de soi, qui n'est propre qu'à lui, parce que c'est le mode naturel ou connaturel à l'être incréé ; et puisqu'il n'y a qu'un seul être incréé, il n'y a que lui seul qui puisse avoir naturellement ce mode ou cette perfection ; et tout autre être, quelque parfait qu'il soit, par là même qu'il est créé, ne pourra jamais avoir de sa nature ce mode de voir ; il faudra, s'il veut l'avoir, que Dieu le lui communique.

C'est dans ce dernier sens que nous disons que la nature de la grâce sanctifiante est une participation à la nature divine.

L'Eglise nous le fait entendre dans sa liturgie. Le prêtre dit, en mettant l'eau dans le calice, au saint sacrifice de la Messe : « 0 Dieu ! qui avez admirablement formé l'homme dans un état si noble, et qui l'avez rétabli d'une manière encore plus admirable, faites que, par le mystère de cette eau et de ce vin, nous ayons part à la divinité de celui qui a daigné se faire participant de notre humanité, Jésus- Christ, votre Fils, Notre-Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen. »

Cette prière n'est pas une vaine formule, et l'Eglise ne demande pas une chose impossible ou absurde ; nous devons donc croire qu'elle a sa réalité dans les âmes qui sont unies à Dieu par la grâce sanctifiante.

Celte vérité, que chaque chrétien devrait méditer jour et nuit, puisque c'est l'essence et la gloire même de tout le christianisme, se trouve consignée dans toutes les pages de la sainte Ecriture. Saint Pierre l'enseigne expressément : « Nous sommes régénérés, dit-il, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par le Verbe du Dieu vivant,, et qui demeure dans l'éternité (1)... Dieu nous a donné par Jésus-Christ les grands et précieux biens qu'il nous a promis, afin que, par eux, vous deveniez participants de la nature divine (2). »

Jésus-Christ dit à Nicodème, docteur de la loi : « En vérité, en vérité, je vous dis, si quelqu'un ne renaît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. » Voilà le mystère de notre nouvelle naissance en Jésus-Christ par la grâce, qui nous donne le droit de

(1) \. Pet., I. — (2)11. Ibid., I, i.

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