LA VIE DIVINE PEUT SE PERDRE, — ELLE PEUT AUSSI S'AUGMENTER
Messieurs,
Les calvinistes soutiennent que la justice est tellement inhérente à l'âme, qu'elle ne peut se perdre par aucun péché, quelque énorme qu'il soit. Selon les luthériens, on ne peut en être dépouillé que par le crime d'infidélité. C'est une conséquence rigoureuse de leur doctrine; si la foi seule justifie, comme ils le prétendent, en perdant la foi, on doit en même temps perdre la justice ; ôlez la cause, il n'y a plus d'effet.
De plus, les uns et les autres enseignent que notre justice ne nous étant point personnelle, mais demeurant toujours la justice de Jésus-Christ, qui nous est seulement imputée, elle est la même dans tous les chrétiens, elle ne peut être moindre ni plus grande dans les uns que dans les autres. Nous sommes tous aussi saints, par exemple, que la Mère de Dieu; ce sont les propres paroles de Luther.
Nous réfuterons ces deux erreurs par les deux conclusions suivantes.
Première Conclusion. — La justice une fois reçue peut se perdre. Cette conclusion est de foi catholique.
« Pour s'opposer, dit le saint Concile de Trente (1), aux malins artifices de certains esprits qui, par des paroles douces et flatteuses, séduisent le cœur des personnes simples, il est à propos aussi de bien établir que la grâce de la justification qu'on a reçue se perd non-seulement par le crime de l'infidélité, par lequel se perd aussi la foi, mais même par tout autre péché mortel par lequel la
(i) Session VI, cbtp. 15.
■ I Ml M! :
foi ne n perd pas, i ' en eda nous soutenons la doctrine de h foi divine, qui exclu) de royaume de Dieu non-seulement les infidèles, mais aussi les i "i « 1 1- i o ^ qui Boni fbrnicateurs, adultères, efféminés, voleurs, aVaresj ivr rrisseors do bien d'autrui, et imiN ceux qui commettent des péchés mortels, qu'ils peuvent éviter avec l'aide de la grâce divine, et pour la punition desquels i de la grioe de Jésus-Christ. »
!i dans le canon 29 : « Si quelqu'un dit que l'homme, une fois justifié, m> peui plus pécher ni perdre la grâce; e( qu'ainsi celui
qui tombe dans le pèehé n'a jamais été vraiment justifié qu'il
soft aoathème. »
i 17" : « Si quelqu'un dil qu'il n\ a point d'autre péché
mortel que celui d'infidélité ; ou que la grâce qu'on a une fois renie ne -e pool par aucun autre péché mortel, quelque graVt
quelque énorme qu'il 90Ît, que par eelui de l'infidélité; qu'il SOil
anathème. »
toi doute, ne poussera l'impiété jusqu'à soutenir
que Dieu peut mentir : or il nous déclare, par la bouche de son prophète, que le joste peut perdre la justice : « Si l<" Juste se détourne de la justice, et commet l'iniquité, selon toutes les abominations que l'impie a coutume de fallu . ; ni 1 \i\ra (\ lorsque l»1 juai i détourné de la justice, et aura commis des iniquités, il mourra dans sel iniquités (*). .
as la crainte de perdre la grâce, saint Part mortifie durement ~,i chair. « Je châtie mon corps, dit-il, et je le réduis en servitude, de peur qu'après avoir prêché aux autres, je ne «-ois moi-même réprouvé S ... Que celui qui croit être debout, prenne garde de tomber I , .. Dana les derniers jours, quelques-uns s'eN arteront
de la \raie foi :. . •
Lucifer a perdu la Justice, dans laquelle Dieu l'avait constitué.
Vdam, par sn désobéissance, est dépouillé de la lu are sanctifiante, dont il ai i 1 1 1 1 1 . ■ . Saûl eal choisi de Dieu pour gouverner
ion peuple, et rejeté ensuite à cause de son indocilité. Safonràn,
le prince le plus accompli, le plus agréable a lMeu, et Comblé de
tint .i », finit par tomber dans l'idolâtrie. David eel un roi
selon le cœur de Dieu; mais, par son double crime, il pei
e ei n'obiicni son panlou que par les l. unies d'um pé-
nitence. Saint Pierre, que Jésus-t lir^i nvaii déclaré bienheureux, le renie quoique temps api
t 18. — (5) I. ( - (4) lb>d., 10.
Saint Augustin répète souvent qu'il est des hommes qui tombent de la justice dans l'impiété, et de l'impiété dans la mort éternelle. « Si le juste, dit-il, retombe par sa volonté dans une mauvaise vie, assurément il ne peut pas dire : Je n'ai pas reçu la grâce de Dieu, puisqu'après l'avoir reçue, il l'a perdue en se servant de son libre arbitre pour le mal (I). » Et encore : « On doit croire que quelques-uns des fils de perdition, n'ayarrt pas reçu le don dm persévérance jusqu à la fin, ont commencé à vivre dans la foi qui opère par la charité, et qu'ils ont vécu pendant quelque temps dans la fidélité et dans la justice, et qu'après ils sont tombés ; et qu'ils n'ont pas été enlevés de ce monde, avant que cela ne leur fût arrivé (2). »
Personne n'a jamais nié que les enfants ne fussent tous justifiés parle baptême; bien plus, selon la plupart des protestants, les enfants des chrétiens viennent au monde ornés de la grâce sanctifiante. Cependant, nous en voyons un grand nombre tomber dans de grandes fautes, devenir avares, médisants, voleurs, et commettre ces crimes qui excluent du royaume des cieux, selon la doctrine de saint Paul. Ils perdent donc la grâce sanctifiante ; autrement, ils seraient reçus dans le ciel.
Si les justes ne sauraient perdre la grâce, pourquoi les apôtres et les prophètes exhortent-ils si souvent les pécheurs à revenir à Dieu, et à faire pénitence de leurs péchés? Pourquoi recommandent-iis si souvent aux justes de veiller sur eux-mêmes, de prier beaucoup, pour ne pas perdre la grâce qu'ils ont reçue ou recouvrée? Pourquoi Luther et Calvin, et tous les ministres du saint Evangile, prêchent-ils et engagent-ils les catholiques à se faire protestants?
Nous avons prouvé qu'avec la grâce sanctifiante, Dieu répand dans l'âme du fidèle certaines facultés ou puissances divines, telles que la foi, l'espérance, la chariré, la prudence, la justice, la force, la tempérance, et les sept dons du Saint-Esprit. Mais à quoi bon l'espérance, si l'homme ne peut plus tomber? A quoi bon la prudence, la force, la tempérance, la justice, et tous les dons du Saint-Esprit? Toutes ces vertus sont inutiles, si le chrétien ne peut plus perdre la grâce.
Enfin, prétendre que la grâce ne peut se perdre, c'est ouvrir la porte à tous les crimes et légitimer tous les désordres. Luther n'a pas rougi de tirer cette conséquence. Pèche fortement , dit-il, mais crois plus fortement encore, et cent homicides et mille forni-
(1) Lib. de Correct, et Grat., c. »i. — (2) Ibid., c. 15.
DEUXIÈME PARTIB.
t le nuiront furie*. Pecca fortiter, sed cred<- fortins, <t
ni tibi reniant homicidia, ri mille êtupra. Voilà <>u
,<ii fît* Mement la doctrine protestante : son premier aimur
hc hautement le meurtre el l'adall s adeptes peuvent
commettre idoi lés crimes; pourvu qu'ils conservent la foi, ils
i toujours de grands - indiques, el vous législateurs,
eomprenei enfin ce qu est la Réforme dans *a propre naiti
apprenez si tous l'ignores encore, qtîN Ile n'«M rien moii
ndion de l'Evangile, de la i"i naturelle et du bon sensjel par conséquent la ruine <le toui Prônez, vantez, prop
un culte qui enseigne qu'on peut commettre tous les crin
r d'être juste devant Dieu; mais hàtez-vons d'augmenter le nombre «le rod gendarmes, de multiplier vos pi <I élargir
\ n- v;,\,,n> néanmoins qu'il y n d'honnêtes protestants) qui \;ih ut mieux que les principes qu'ils professent. QuëKraesMuni état .mi ise ' de courage pour désavouer une doctrine aussi revoltanto. Ue prôièstani Grdtius «lit a ce « rout cœur clin l
doit avoir on horreur ces dogmes qui nuisent a la piété, celui-ci entre autres défendu par quelques-uns : Péehe fortement, i
r/ortentenf, wtàenth et mitie forniattion* né te
mura» i m r, nt là lei fruits naturels de ce1 principe* *qt<
« li >« un doit croire (|iie la justice du Christ lui est imputée, eonuiie a'U l'avait pratiquée lui-même: qu'il persévère! nement:
«jne le - dut lui est destiné <l une. manière certaine et absolue : mn les péchés des Mdiie-, quelque grands et énormes qu'ils sototo, ne leur sont point imputés » cause de leur foi en Jésus < ht qu'Ms peuvent tonroer dan» le brime de lèse-majesté, d'homicide, d'adultéré^ « n-.: et q»e, QéaiMtbin*, Us doivent tenir pour certain qu'ils ne peuvent perdre lotalcmcnt et Hnalemeni In charité pi
ncllc de Dieu envers eux 1'. » I eduiil/. parle dans |e même m'ix:
bmsb vains effort» vé^est un grain de saWe jeté pour arrêter un ■OfTCÉi qui le précipite da haut d'une montagne. Les princlpts une (ois posés, toutes ces conséquences en sortent nécessairement roniinr le ruisseau de bb source. I ei peuples l< nt rot ou
tani, iii.ii.ic les protestations de quelques Ames naturellement droites et honnéfc I , . peotest mil nous tfcjëoteart i M paroles de - tint Paul i I
La ebarlté ne M perd jamais, canin* nunr/unm rrcidil. liais i.i smif .lu texte montre évidemment que tel n'eit pas le i
ivtti.
de l'apôtre. 11 parle dans ce chapitre de la foi, de l'espérance et de quelques autres dons que le Saint-Esprit communiquait ordinairement aux premiers fidèles ; puis il ajoute que ces dons ne nous sont accordés que pour cette vie seulement, tandis que la charité ne cesse jamais, qu'elle subsiste encore dans le ciel.
Us nous citent encore, et avec aussi peu de raison, ces autres paroles de saint Jean (I. Joan., 5, 9) : Celui qui est né de Dieu, ne fait pas le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui, et il ne peut pas pécher, parce qu'il est né de Dieu. Mais il est plus clair que le jour que l'apôtre ne veut pas dire que celui qui a la charité ne peut pas la perdre, puisque, dans la même Epitre, il engage les fidèles à ne pas pécher. « Mes petits enfants, que personne ne vous séduise... Je vous écris ces choses, afin que vous ne péchiez pas. » C'est la réflexion de saint Jérôme. Saint Augustin concilie tout par cette explication : « En tant que le juste demeure en Jésus-Christ, il ne pèche pas, et on peut dire qu'il ne peut pas pécher, parce que la cause du péché en lui est sa corruption originelle ; il pèche parce qu'il est né d'Adam, et non parce qu'il est né de Dieu. »
La solution de ces deux difficultés suffit pour résoudre toutes les autres du même genre qu'ils prétendent trouver dans quelques paroles de l'Ecriture ou dans des témoignages des saints Pères.
Seconde Conclusion. — La justice reçue se conserve et s'augmente par les bonnes œuvres. Cette conclusion est de foi catholique. D'où nous pouvons ajouter : Donc elle n'est pas la même dans tous les justes. Cette dernière partie approche de la foi catholique.
« Les hommes ainsi justifiés, dit le Concile de Trente (1), et devenus serviteurs et amis de Dieu, en avançant de vertu en vertu, se renouvellent, comme dit l'apôtre, de jour en jour ; c'està-dire que, mortifiant les membres de leur chair et les faisant servir d'armes à la justice pour leur sanctification, ils reçoivent par l'observation des commandements de Dieu et de l'Eglise, et par les bonnes œuvres auxquelles la foi coopère, l'accroissement de la justice qui leur a été donnée par la grâce de Jésus-Christ, et deviennent ainsi de plus en plus justes, selon ce qui est écrit : Que celui qui est juste, devienne encore plus juste. Et aussi : N'appréhendez point d'être justifié jusqu'à la mort. Et encore : Vous voyez que c'est par les œuvres, et non par la foi seule, que Vhomme est justifié. C'est cet accroissement de justice que la
(1) Session VI, chap. 10.
lîi
: i Xll.MK PARTIE.
saii demande, lorsqu'elle «lit dans ses prières : Seigneur,
/m' en wms la fm, Cetpérance ei la ohorilè, •
doo -'. : « Si quelqu'un «lii que la justice qui a élé re< ur
i onservée et môme augmentée devant Dieu par les bon-
oes œuvres, mai- que <■<•- œuvres sont les fruits seulement de In
justification el les marques qu'on l'a reçue, mais non une cause
qui l'augmente ; qu'il soit analhème. »
li ;iu cbap. 7' : « Enfin son unique cause formelle (de la jusli ûcation eet la justice de Dieu, non Injustice par laquelle il est juste lui-même, maie celle par laquelle il nous justifie, c'est à-dire tquelle il nous gratifie peur nous renouveler dans l'intérieur de iiniiv àme; et non-seulement nous sommes réputés justes, mais nous sommes avec vérité nommés tels, et le sommes en effet, reeevanl en nous la justice, chacun selon sa mesure, que l'Esprit Smiii départit comme il lui plaii, et suivant la disposition propre et coopérative de chacun* »
Dserve donc et s'augmente par les œuvres» elle
lonnée selon la volonté du Saint-Esprit, la disposition et la
pération de chacun, tous les fidèles doivent faire chaque jour
dans la vertu, et se sanctifier de plus en plus. Or,
parmi les fidèles, 1rs uns pratiquent des œuvres plus parfaites que
utres, les uns apportent a la réception de la grâce «les dispo-
ns plu- saintes que les aune-, les uns courent «•( volent dans
urrièn de la vertu, tandis que les autres marchent à peine, La
graee n'est donc pas la même dans tous,
l i gréée ne détruit pas la nature; or, dan- l'ordre nature), les uns sont plu- savants, plu- riches, plu- généreux, plus grands, plu- beaux, plus torts, plus courageux que i - : donc aussi
is l'ordre surnaturel.
Quand un principe eal Eaux, la conséquence, h elle est Icgitime, eal fausse elle-même. Mais non- avons démontré que, les, prim prolestants sont faux. Il- prétendent, nous l'avons
vu, que la grâce n'est que l'imputation de la justice de jY-u- Chrisl, qu'elle est purement extérieure et ne fait que couvrit
ininie <lu pécheur, comme l'habit couvre le lépreux. j que
l'homme reste toujours intégralement corrompu ri dépourvu de