DE1 MEME PARTIE
L'Ecriture ei les Pères de l'Eglise ne cessent de nous représenter i . ne vie comme nue lice, et la mon comme l'instant du triomphe : la vie comme un voyage, el la mon comme le terme ; la vie comme l'instant «lu travail, et la mort comme le moment du repos, est 'lune mu mérite, ce que le triomphe est à la course ou au combat, ce que le terme est au * t que le
travail. Or, le triomphe suppose la course acheva le terme, le voyage terminé ; le repos, le travail fini. Il n'j s <i<»m i>lu- lieu de mériter après la mort ; donc il faut être voyageur ou dans cette vie pour mériter.
Il faut, fil second lieu, que le chrétien soit en étal d< Saint Paul nous le fait asseï entendre, lorsqu'il noua <lii : « Quand trierais le langage des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je Buis comme un airain sonnant et une cymbale retentissanté. Quand j'aurais le don de prophétie, quand je connaîtrais tous les mystères et toutes les sciences, quand j'aurais une loi cnpable de transporter les montagnes, si je n'ai pus la charité, je ne suis rien. Quand je distribuerais en aumônes aui pauvres, tous mes biens, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n*ai pas la charité, tout c< la ne m< sert de rien (t). » ( >r, qu'y a-t-il de plus grand, <l<% plus honorable «m <lr plus méritoire selon nous, que de connaître tous les mystères el toutes les sciences pour les révéler aux hommes, que <le faire des miracles el distribuer ^<>n bien aux pauvres, enfin que de souffrir le martyre \ Cependant, sans la charité ou la grâce sanctifiante complète tout eela ne sert de rien, c'est-à-dire rie Béra pas récompensé dans le ciel.
« Comme la branche de la vigne ne saurait d'elle-même porter aucun fruit -i elle n*est unir au cep, ainsi vous ne pouvei non plus, dit Jésus-Cbrisi à ses apôtres, produire de bonnes obuvi si vous ne demeura en moi (S). » Or, demeurer en Jésus-Christ, c'est lui être uni par la grâce sanctifiante; < i<>n «-, -.ms cette gt on uf peut rien mériter pour le ciel.
- nt Augustin nous dit aussi que. Bans la charité, tout ne sert de rien. « Voilà que nous sommes venus jusqu'aux Bouffran |usqu*a l'effusion du sang, jusqu'à la combustion du corps, < I peodant cela ne sert de rien, parce que la charité fait défaut Njniiir/ la charité, tout est méritoire; ftta la charité, tout ne seri
«le rien (3). •
i . -t iliiiu* a\ee raison que les papes saint Pie Y el (i répoire Mil
'•m condamné les propositions suivantes de Bains : « La sentence
(t)t. Cm., i", t. - "i tot., in. I, — (g) 9mm . 1
suivante est pélagienne : Une bonne œuvre sans la grâce de l'adoption est une œuvre non méritoire pour le royaume des cieux.
— Les bonnes œuvres faites par les enfants d'adoption ne tirent pas leur mérite de ce qu'elles sont faites par l'Esprit d'adoption qui habite dans le cœur des enfants de Dieu, mais seulement de ce qu'elles sont conformes à la loi, et que par elles on pratique l'obéissance. — Ils pensent comme Pelage, ceux qui disent qu'il est nécessaire, pour qu'il y ait un vrai mérite, que l'homme soit élevé, par la grâce d'adoption, à l'état déifique. » Les trois propositions contradictoires sont vraies; donc, rien n'est méritoire pour le ciel sans la grâce sanctifiante.
Celui qui n'a pas la grâce sanctifiante est dans un état de mort et de corruption. Or, conçoit-on qu'un mort puisse opérer des œuvres de vie, qu'un arbre mauvais produise de bons fruits, ou que d'une source empoisonnée coulent des eaux pures et salutaires ? Conçoit-on qu'un ennemi de Dieu fasse des œuvres qui lui soient agréables, et que Dieu récompense celui qui le hait ou le persécute ? Mais un pécheur est un homme privé de vie, car celui qui n'aime pas Dieu demeure dans la mort, et il ne vit pas pour Dieu, celui qui vit pour lui-même, pour la chair ou pour le monde; c'est un mauvais arbre gâté par la malice du péché, une source corrompue, un principe délétère, un ennemi de Dieu qui lui fait la guerre et veut le précipiter de son trône.
En supposant que celui qui n'a pas la grâce sanctifiante soit innocent et juste devant Dieu — ce qui est impossible dans l'état actuel des choses, mais ce qui aurait pu exister dans un autre état
— il ne pourrait encore rien mériter pour le ciel, parce qu'il n'y a aucune proportion entre des œuvres purement naturelles et un bonheur surnaturel et divin, comme nous le démontrerons bientôt. Nous dirons aussi plus tard à quoi servent les bonnes œuvres qu'on fait avec la grâce sans la charité ou la vie divine complète.
Telle est la doctrine de saint Thomas, qu'il établit à sa manière, c'est-à-dire avec une rigueur géométrique. « L'homme sans la grâce, nous dit-il, peut être considéré dans deux états : l'état de nature entière, tel que fut celui d'Adam avant son péché (et son élévation à l'ordre surnaturel), et l'état de nature corrompue, tel qu'il est en nous avant qu'il soit réparé par la grâce. Si nous parlons de l'homme dans le premier état, par une seule raison il ne peut, sans la grâce, mériter la vie éternelle par le moyen de ses facultés naturelles : parce que le mérite de l'homme dépend de la préordination divine. Or, l'acte d'un être quelconque n'est pas ordonné divinement à quelque chose qui excède la proportion de
I>M Ml MK PARI IL.
m perissanee, qui est le principe de ion aett : car la divine Provideoee a établi que rien n'agisse au delà do sa puissance. Or, la éternelle est un bien qui dépassa la proportion de la nature e, puisqu'elle dépassa même sa connaissance ai son de-ir, selon i es paroles de Mini Paul d. ( or., vj- : DœU m ;i pas vu, l'orellle n'a pas entendu, la cœur de l'homme n'a pas compris ce que Dieu réserve à ceux qui l'aiment. D'où il suit qu'aucune naiure
e n'est un principe suffisant d'un acte méritoire de la via i neUe, a moins qu'il n'y suii surajouté un don aurnalureJ qu'on ippelle l.i L'i.'tee.
« Si d An parlons de l'homme dans l'était de péché, il > a une m «le plus, l'ebstaeie do péché. Car, puisque le péché est une offense de Dieu qui exclut de la vie étemelle, nul ne peut mériter la vie éternelle en l'étal de péché, i moins qu'auparavant il ne réconcilié avec Dieu ci son péahé remia, ce qui se bail par la i- la vie nesl pas due au pécheur, mais la mort, selon le parole de saint Paul [Rom., »i : La solde du péché, c est la mort [\ :. »
Trois conditions -ont requises du eôté de l'œuvre, il faut qu'aile
- « » 1 1 i libre; -■ bonne ei bonne te; 3" surnaturelle*
On distingue ordinairement deux sortes de liberté : la lil>erk
• ■action, qui consiste dans l'exemption de toute contrainte ou
violence extérieure, et la liberté de nécessité, qui fait que l'homme
a.Lrir ou ne peut paS Bgir, faire une chose OU une autre, pre-
iimi parce qu'il veut. Celui qui n'a pas la liberti Alon
est contraint, et celui qui n'a pas («Ile de nécess par
>i propre naiure, a a.LTir ou ne pas agir, à agir de telle manière il non de telle autre, quand même d ne le Munirait pa- : aili-i
rhotnme i tité a chercher le bonheur.
Pour mériter la \ie elernelle, il tant que l'œuvre SOit libre de
essité. I Eglise l'a défini, en condamnani comme hérétique troisième proposition de Jansénius : « h>ur mériter et àé mériter, dan- l'étal de naiure tondue, la liberté de nécessité n'ast requise dans l'homme, mais la liberté de ce/action suffit » I i proposition contradictoire est donc de foi catholique. « il obtiendra la vie étemelle, dit rEsprh-Saint, celui qui ■ été prouvé el qui es! parfall ; qui a pu transgresser les commanda •, et ne lai i pas transgressés : qui s pu faire le mal et ne l'a i u fait •> ... SI j'aw:i- librement, comme nous du saini P.mi. |e i »mpensé ~>. *
I S ' , M 1)1. Cor . 9
Tous les saints Pères, tous les Docteurs de l'Eglise enseignent d'une voix unanime que, là où est la nécessité, il n'y a ni mérite ni démérite, ni récompense ni châtiment, ni triomphe ni défaite.
Où est le tribunal, où sont les juges qui oseraient condamner un homme pour une action qu'il aurait faite nécessairement et dont il n'aurait pu s'abstenir ? où est le prince, où est la nation qui accorderait une récompense au citoyen qui aurait fait une bonne œuvre à la vérité, une action utile et honorable en soi, mais qu'il aurait faite nécessairement? Autant vaudrait récompenser le soleil, de ce qu'il nous envoie sa lumière et sa chaleur ; le tonnerre, de ce qu'il purifie l'air ; la pluie, qui rafraîchit les campagnes et fait germer les semences; le cheval, qui nous transporte d'un lieu dans un autre; le bœuf, qui laboure nos champs; le chien, qui nous garde, et le singe qui amuse les passants.
Il faut, en second lieu, que l'action soit bonne et honnête. Il y aurait contradiction que Dieu, qui est la justice et la sainteté mêmes, récompensât une action mauvaise et contraire à la justice ou à la sainteté. A chaque page de l'Ecriture, Dieu menace de punir toutes les actions injustes ou déshonnêtes : il ne cesse d'exhorter les pécheurs à quitter leurs mauvaises voies et à se convertir, pendant qu'il en est temps encore, s'ils ne veulent ressentir les effets de sa colère durant toute l'éternité.
Tous les Pères, tous les évèques, tous les pasteurs ne tiennent pas un autre langage ; il serait superflu de rapporter leurs témoignages sur une vérité évidente par elle-même.
Mais, pour qu'une œuvre soit bonne, il faut qu'elle le soit sous tous ses rapports, dans son objet, dans sa fin et dans ses circonstances.
Cependant on nous objecte que Dieu a récompensé quelquefois des actions mauvaises ; qu'il bâtit des maisons aux sages-femmes qui avaient sauvé de la mort par un mensonge les enfants des Hébreux, et qu'il donna la terre d'Egypte à Nabuchodonosor, parce que ce roi l'avait servi. Mais saint Thomas répond que Dieu ne laisse aucune bonne action sans récompense; et dans ce cas, ce n'est pas la malice de la volonté qu'il récompense, mais ce qu'il y a eu de bon et d'honnête dans la volonté.
Enfin, il faut que l'action soit surnaturelle dans son principe et dans son motif :
1° Dans son principe. Nous avons entendu le Concile de Trente le proclamer : « Jésus-Christ lui-même répandant continuellement dans les justes les influences de sa vertu, comme la tête dans les membres et le cep de vigne dans ses branches, et celte
M DE1 \iimi: PARTIE.
vertu précédant ei accompagnant toujours les bonnes œuvres, qui, -an- elle, ut" pourraient en aucune manière être agréables b Diei> ni méritoires, «>n doit tenir pour certain, etc. {\). »
Jésus-Christ nous enseigne que sans lui nous ne pouvons rien faire, fine me nihit poteslix facere.
! i raison en est qu'il u*y i aucun rapport entre une action an l'ordre naturel et la déification consommée. Or, pour mériter par e une récompense, il faut qu'il y ait quelque proportion entre reauvre et la récompense. « Dne oeuvre méritoire de l'homme, dit saint Thomas, peut être considérée sons deux points de vue, selon qu'elle procède du libre arbitre, ou qu'elle provient de 1 1 grâce du Saint-Esprit. Si on la considère Belon la substance de l'œuvre et Belon qu'elle procède du libre arbitre, il ne peut y avoir de rapport sous ce point de vue à cause de l'inégalité «le proportion. Car il parait convenable que Dieu récompense, selon l'excellence de sa puissance, l'homme qui travaille selon sa vertu. M.iis <j nous parlons d'une œuvre méritoire comme procédant de la grâce du Saint-Esprit, elle est méritoire de la vie éternelle par justice : car alors on considère la valeur du mérite selon la vertu du Saint Esprit qui nous meut vers la \ie éternelle, d'après ces paroles (Joan . I : Il y aura en lui une source d'eau qui jaillira pour la vie éternelle. On considère aussi la valeur de l'action selon la dignité de la aràce, par laquelle l'homme est devenu participant de la nature divine, et enfant de Dieu par adoption, à qui est du l'héritage par le droit même d'adoption, selon cette parole de saint PlUl (llnm., B) : Si nous sommes les enfant-, DOUS -omine- les
héritiers.
• I.a grâce du Saint-Esprit que nous avons présentement, bien qu'elle m- Boit pas égale à la gloire par l'acte ou actuellement, elle est cependant égale par sa vertu; comme I» semence des arbres dans laquelle se trouve la vertu pour tout l'arbre, lu également le Saint-Esprit, qui est une cause suffisante de la \ie éternelle, habite
dans l'homme par sa -rire. D'où il est dit qu'il est le ca.-e de notre
héritage -2 . » (II- for., t.)
Il n'y a doue que || grèCS qui établit de vrais rapport- entre le-
actes de l'homme et la vie éternelle. Et encore la grâce ou les actes produit- par cette grâce ne -ont à la vie éternelle, «pie comme la semence de rarbre est a l'arbre tout entier, comme reniant est <
l'Inuume fuit.
2" Il f.oit que l'acte -oil -urnalurcl dan- -on motif. Le motif ou
i s«„. m, r. |f, __ ri t, t, ,,. IH.jrt. 3.
l'intention est en effet ce qui détermine le but ou la fin qu'on se propose. Or, si l'homme se propose une fin purement naturelle, la valeur de son acte ne peut s'étendre au-delà ; car le motif ne serait plus la fin qu'il se propose ; il y aurait donc contradiction dans les termes.
Aussi saint Paul veut-il que tout ce que nous faisons nous le fassions pour la gloire de Dieu. C'est pourquoi saint Thomas prouve que le mérite provient surtout de la charité.
« Le Seigneur dit (Joan., 14) : Si quelqu'un m'aime, il sera aimé de mon Père ; et je l'aimerai et je me manifesterai à lui. Or, la vie éternelle consiste dans la connaissance claire et manifeste de Dieu, selon cette parole (Joan., 17) : La vie éternelle consiste à vous connaître, vous qui êtes le seul Dieu vivant et véritable. Donc le mérite de la vie éternelle dépend surtout de la charité.
« Un acte humain tire sa valeur de deux choses : premièrement et principalement de l'ordination ou ordre divin, selon que l'acte est méritoire du bien auquel l'homme est divinement ordonné. Secondement, de la part du libre arbitre, en tant que l'homme a par-dessus les autres créatures la faculté d'agir par lui-même et librement. Et, quant à l'un et à l'autre, le mérite dépend principalement de la charité. Car il faut d'abord considérer que la vie éternelle consiste dans la jouissance de Dieu ; or, le mouvement 4e Fàme humaine, qui se fait pour jouir d'un bien divin, est un acte propre de la charité, par lequel tous les actes des autres vertus sont ordonnés à cette fin, selon que les autres vertus sont commandées par la charité. Et c'est pourquoi le mérite de la vie éternelle appartient premièrement à la charité, et secondairement aux autres vertus, selon que leurs actes sont commandés par la eharité. Il est pareillement manifeste que ce que nous faisons par amour, nous le faisons surtout volontairement. D'où il suit que, relativement à cette condition que l'acte doit être volontaire pour qu'il y ait mérite, il est encore attribué principalement à la charité (I). »
Ainsi le motif de nos actions, pour qu'elles soient méritoires, doit être surtout la charité ou les autres vertus, pourvu qu'elles soient exercées sous l'empire de la charité. Donc, il doit être surnaturel ; autrement, l'aclion n'aurait pas de rapport avec la récompense, qui est surnaturelle.
Du côté de Dieu, il faut une promesse formelle. Le Concile de Trente l'enseigne formellement (2). . C'est ainsi qu'il faut propo-
(1)1,2, q. |M, a i. — (2)Sess. VI, c. 16.
Dl 1 \U Ml' PARTIB.
Ser II ViC élerm Ile I ceux M11' travaillent luen jusqu'à la tin et qui
renl en Dieu, et comme une pràce misérlcordicusement promise aux enfants de Dieu par le moyen de Jésus-Christ, et comme une !■ • 1 1 1 [ •< nse qui, selon la promesse de Dieu même, doM être ftdèh ment rendue à leurs bonnes œuvres et h leurs mérites. ■
Les justes, dil sainl Paul, « par leur foi et par leur patienee, hériterool le« promesses 1), • El un peu plus loin: « La pntience voua Bat nécessaire, afin qu'en faisan! la volonté de Dieu, voui tbteoiea la récompense «pu vous esi promise (2). • « Le Seigneur, dit saini tugustin, Qftitué débiteur, non en recevant, nu -
en promettant. ( m ne lui «lit pas : Rendez ce que vous av< i r< pasus : Rendes ee que voua avei promis
- m Thomas prouve que rhomme peut mériter le ciel, non selon toute la rigueur de la justice, mais selon rordre que Dieu a établi. « L'homme ne peut avoir aucun mérite devant Dieu, n'est selon l'ordre divin qu'il faut présupposer, c'est-à-dire n'est que l'homme, par son travail, obtienne de Dieu, comme osmpena . es pour quoi il lui a donné la faculté d'opérer.» \i il n'aura qu'une récompense naturelle, >i Pieu ne lui a donné qur le pouvoir d'agir dans l'ordre de la nature ; mais il obtiendra une récompense surnaturelle, si Dieu i surajouté des puissances surnaturelle- pour opérer dans l'ordre de la grâce. Puiv le saint Docteur ajoute : « Parce que nos actions né peuvent mériter que d'après la présupposition de l'ordre divin, il s'ensuit, non que Dieu soi) simplement notre débiteur, mais qu'il est son débite* lui-même, en tant qu*il e>i leriù d'accomplir l'ordre qu'il i eu u, ;i. .
Pour qu'il > eut en effet une obligation rfgOUreOSe de la pro
Dieu d accorder une récompensé à l'homme, abstraction faite rf la promesse qu'il lui en a donnée, il faudrait que cette obligation fût fondée sur la justice commutaliVé, qu'il y eût des ch
• i acceptées de pain el d'autre : car celni qui n'a rien
reçu, n'est tenu par justice à rien rendre. Mais Dieu ne reçoit
ru u de les créalu reatures qui reçoivent tout de
lui. De plus, il peut exiger que nous le servions, sans nous a< der plant tard une récompense ; car toutes nos actions lui sont dues, comme étant notre créateur, notre bienfaiteur et le potrvo ■ ur de toutes choses. Quel est l homme qui pourrait dire justement i Dieu à la lin de sa vie : Seigneur u de
voa Is dons, dan- l'ordre dé la nature et de I
mais je vous ai si bien servi, que je vous ai rendu plus que vous ne m'avez donné; j'ai un droit rigoureux à une récompense ?
Tous les catholiques sont unanimes sur la nécessité de toutes ces conditions, pour que nos actes aient de la valeur devant Dieu et méritent le ciel ; mais ils ne s'accordent pas sur la nature du motif surnaturel qui doit animer nos actions ; les uns veulent que ce soit la chanté, et ils appuient leur sentiment sur l'enseignement de saint Thomas, dont nous avons rapporté les paroles, et sur ce texte de l'Ecriture {Jacob, 1, 12): « Heureux celui qui supporte la tentation ; parce que, lorsqu'il aura été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. » Les autres soutiennent qu'il suffit que le motif soit surnaturel, pour que l'acte soit méritoire.
Cependant, saint Thomas dit que le principal mérite provient de la charité ou des autres vertus, sous l'empire de la charité. Or, quand le chrétien est en état de grâce et qu'il agit par un motif surnaturel, on peut dire qu'il agit sous l'empire de la charité, parce que la charité, qui est dans son cœur, anime toutes les autres vertus. Cette explication, qui nous semble juste, concilierait ce dernier sentiment avec la doctrine de saint Thomas.
Pour mériter, par convenance et non par justice, on ne requiert ni l'état de grâce, ni même la promesse de Dieu.
Six conditions sont donc requises pour le mérite de justice, c'est-à-dire pour qu'une action reçoive sa récompense dans le ciel. Mais il n'y en a que trois qui imposent des devoirs à remplir, savoir, faire des œuvres bonnes et honnêtes, les faire en état de grâce et avec un motif surnaturel. Les trois autres, la promesse de Dieu, la liberté de l'homme, l'état de voyageur sur cette terre, ne l'obligent qu'à se hâter de travailler à son salut.
Faire ses actions avec un motif surnaturel n'est pas un fardeau bien lourd ; car il suffit pour cela de les offrir à Dieu tous les jours le matin, ou, tout au plus, deux ou trois fois dans la journée. Quel est l'homme qui ne puisse facilement contracter cette pieuse habitude, de manière qu'il n'y manque pas plus, durant toute sa vie, qu'à ce qu'il fait le plus naturellement ?
Pour se conserver dans l'état de grâce, il faut éviter le péché mortel ; et si l'on a le malheur d'y tomber, se releveraussitot et se purifier par la réception du sacrement de Pénitence. Ce n'est pas là non plus une tâche très difficile, puisqu'il y a peu de paroisses où l'on ne rencontre bon nombre de personnes de toute condition, de tout âge, de tout sexe, qui vivent habituellement dans
i-i.i x 1 1 . m i; PARTIS.
Pétai .!«• i: i e. Pourquoi tous ne font-ils pu «le même * (Jue leur manque-t-il ? ID peu de bonne volonté.
Les actions sont bonnes et honnêtes, quand elles ne sont pu des péchés. Cette troisième condition rentre donc dans la seconde, n peut dire qu'il n'y en ;i qu'une seule a remplir qui soil pénible, se conserver dons l'étal de grâce.
kprés cela, pouvons nous encore nous plaindre «le la difficulté «l'aller ;iii eul 1 Chaque jour nous QOIIS exposons aux plus grands dangers, nous entreprenons les nasaux les plus pénibles, nous supportons «le- Fatigues inouïes, nous faisons volontiers le sacrifice île nuire repu-;, de nuire santé, de nos biens, et de notre vie même, pour dous procurer des richesses ou des honneurs ou des plaisirs frivoles qui ne sauraient remplir l'immensité de nos dé- II > .1 plus, il n'y a pas un homme qui n'ait plus à souffrir pour satisfaire ses penchants et ses appétits grossiers, que pour les réprimer el pratiquer les vertus chrétiennes. Ne pas travailler pour le ciel est donc a la fois un malheur, une folie et un erime.
Remarquons que ce qui donne de la valeur à DOS actions, n'esi pas Is grandeur ou l'utilité de l'œuvre, considérée en eue même, mais le principe et le motif qui nous font agir. Saint Thomas a dit à ce sujet une parole bien remarquable : Le plus petit bien dans l'ordre surnaturel vaut mieux que tous les biens de l'ordre naturel. En effet, ce qui est surnaturel est divin, participe à la valeur et au pria «b's actions «le Jésus-Christ. Il y s donc quelque chose d'infini dans le mérite d'une action surnaturelle, tandis que tOUS les biens et que toute- les actions dans l'ordre naturel ne dépassent pus le fini. Quand un prince, un roi, un ministre, batitdes églises, fonde des hôpitaux, porte les lois les plus i ou établit une foule d'institutions de la plus haute important: e
pour le bien <\<-^ peuples, -i Ces SUVreS BOnt faites naturellement.
elles "ni infiniment moins de valeur devant Dieu, que les actions les plus basses d'un porte-faii qui agit surnaturellement. \m>i
mi Dieu, une pauvre servante «pu nettoie les souliers de -«>n maître, un porteur d'eau, un casseur de pierres sur la route, peut être infiniment plus riche, et faire >\<^ actions qui ont infiniment plui «h- valeur que les plus grandes choses entreprises el
niées par i"u> les minlatres, tous les princes «-t tous les n>i> «lu monde.
I nOttS fait connaître pourquoi le Catholicisme, bien coin
pn*. esl -i populaire, et pourquoi li e>t la religion hien-aiiuce dSS
petits, des malheureui et des pauvres. U leur donne la certitude
que leur état et leur condition, si vils et misérables qu'ils paraissent, seront pour eux, quand ils le voudront, une source de bonheur et de richesses. Seul encore, par les considérations que nous venons d'exposer, il détruit, au fond de leur cœur, la racine de la jalousie et de l'ambition. Car que peut désirer celui qui ne voit dans toutes les créatures que des moyens d'arriver au ciel, et qui trouve plus de facilité à s'enrichir spirituellement dans sa condition obscure et ignorée, que dans les postes les plus élevés et les situations les plus fortunées? Pratiquer la pauvreté, souffrir la faim et la soif, les mépris et les opprobres, rendre au prochain les services les plus humiliants, ce sont les moyens les plus sûrs et les plus efficaces pour devenir grand seigneur, grand prince, grand roi dans l'Eglise, dans cette société qui commence sur la terre pour subsister éternellement dans le ciel. Voilà pourquoi tant de personnages distingués par leur naissance, leurs dignités et leur fortune, ont tout quitté pour mener une vie pauvre, tout occupée d'œuvres de piété et de charité.
Chaque jour vous n'entendez que des plaintes sortir de la bouche des fonctionnaires : à les entendre, il n'y a pas d'avancement possible, ou les emplois sont donnés par faveur. Lorsqu'il s'agit du ciel, l'avancement dépend de nous. Les commerçants se plaignent de la morte-saison : mais il n'y en a pas pour le mérite. Dans tous les lieux du monde, dans toutes les conditions, dans tous les états, dans tous les temps de la vie, on peut obtenir de l'avancement et augmenter sa fortune spirituelle. Et ceux-là sont les plus favorisés qui se trouvent dans les situations les plus pénibles et les plus humiliantes. C'est pourquoi Dieu fait passer par de dures épreuves ses amis privilégiés, lesapôtres, les martyrs et les plus grands saints, afin de leur donner lieu d'obtenir de l'avancement et d augmenter leurs mérites. Semblable au capitaine qui expose aux plus grands dangers et aux plus rudes fatigues ceux d'entre ses soldats qu'il affectionne davantage, afin de leur faire mériter de l'avancement. Heureux donc les pauvres, les ouvriers, les domestiques, les infirmes et tous les délaissés de ce monde!
Chacun de nous peut acquérir sans cesse de nouveaux mérites : 1°, en faisant toutes ses actions, même les plus indifférentes, par le motif de la charité ;
"2°, En les rapportant à Dieu par une intention virtuelle;
5°, En multipliant ses désirs de faire des bonnes o3uvres, désirs qu'il ne peut cependant réaliser ;
4°, En multipliant ses intentions ;
-j°, En approuvant tout le bien qui se fait dans le monde ;
m . i \ll UE PARTIE.
frant m > i 1 1 n • 1 1 1 « ■ i Dieu ci en renouvelant le plus veau possible l'offrande de -.1 personne el de ses œuvi
l il offrant 1 Dieu !«• plus souvent possible Les bonnes œuvres fane- pai .1. -n- < lui-i. par sa très sainte Mère, par lous les anges ci tons les laiottk
Il ne nous reste plus, qu'un moi a dire sur la valeur des aetes d« l'homme déifié.
S< - aew - lui valent <>u la gloire ou la grâce.
Quant à la gloire, il eaj < i * • Foi catholique l" quele juste peut nu riter la vie éternelle él une augmentation de gloire : "2 que cette faculté de mériter la vie éternelle est fondée mu la miséricorde d< Dieu, <iui 1 bien voulu promettre a nos bonnes œuvres une récom
pen-f elemelle: " nue .cite f.ieiille .le mériter est encore fondée
sur le- inenie- .|.' .l< >u>-('.lirist, (|'ou |r„ bonnes œuvres du juste tirent tout leur propre mérite : '1 " enfin, que no- mérites sont des don- de Dieu, parce qu'ils proviennent de la grâce sanctifiante ei de l b ictuelle quf nous sont gratuitement accordées « I
que Dieu, dit avec raison saint Augustin, couronne 110- niera ne fiiit que couronner tes propre- dons. • Ceci non- montre que la doctrine catholique, loin d'e\elure l'humilité, comme les protestants ne cessent de le due, est seule propre à l'inspirer
l'entretenir dan- le m ur de tous les fidèles.
Quoique l'Eglise n'ait pas défini que Dieu récompense les jus au-delà de leurs mérites, c'est pourtant une vérité qu'on ne saurait révoquer en doute, depuis qu'elle a condamne cette proposition d< Bains : « I es bonnes œuvres des ju-ie-.;m jour du jugement dernier. ne recevront pas une récompense plus grande qu'elles ne méritent de recevoir -clou le juste jugement de Dieu. •
Quant à la grâce, H est de fol catholique t* qu'on ne peut méri ter aucunement la première grâce actuelle ; 9* ni |>ar justice, la e lanctiflante ; "'que l'homme juste peut mériter, par Justice, une augmentation de la grâce sanctifiante.
Nous ne démontrons pas ces conclusions, puce que. ou elles font été, ou elle- le seront bientôt.
Oneroil communément qocTttbmmejustc,pe«Hlanl qu'il demeure dans la justice, peut mériter par convenance son pardon, après qu'il sera tombé dans le péché.
N >ui montrerons qu'il peut, «'t comment il peut mériter II gt de la persévérance.
Mail un juste peut il mériter 1 un aune h grâce de ht eonvi lion? Tous conviennent que personne, a. l'exception deJétni Christ, ne saurait mériter par justice la prêt pov IDC
autre personne. C'est le privilège de notre Sauveur, qui s'est livré lui-même pour les péchés du monde. Cependant les catholiques pensent communément qu'un juste peut mériter, par convenance, la première grâce pour un autre. Saint Jacques (Cap. 5, 16) exhorte les fidèles à travailler au salut les uns des autres : ■ Priez les uns pour les autres, afin que vous soyez sauvés. » Les Pères, de l'Eglise attribuent la conversion de saint Paul aux prières de saint Etienne, premier martyr, et celle de saint Augustin aux larmes et aux prières de sainte Monique, sa mère.
Après avoir établi que Jésus- Christ peut mériter, par justice, la première grâce à un autre, saint Thomas ajoute : « Mais quelqu'un peut mériter, par convenance, la première grâce à un autre. Car, puisque l'homme constitué en grâce accomplitla volonté de Dieu, il convient, selon la proportion de l'amitié, que Dieu accomplisse la volonté de l'homme pour le salut d'un autre, bien que quelquefois il puisse y avoir obstacle de la part de celui dont le juste désire la sanctification (1). »
En deux mots, la valeur des actes de l'homme déifié par la grâce, pourvu qu'ils soient animés par un motif surnaturel, est telle qu'ils peuvent lui mériter une augmentation degràcesurla terre, la gloire dans le ciel et une augmentation de gloire, et mériter aux autres des grâces de salut et de conversion. Non, la raison, l'intelligence, l'imagination et le cœur de l'homme ne sauraient s'élever à quelque chose de plus grand et de plus capable d'émouvoir toutes les puissances de son âme, car il s'agit d'un bien éternel et infini, aussi beau et aussi aimable que Dieu, puisque c'est une participation à la nature divine.
(1) 1,2, q. Mi, a. 6.