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CONSERVER ET PERFECTIONNER LA VIE DIVINE

VIXGT-SEPTIEME ENTRETIEN.

PREMIERE LOI GENERALE DE L'ORDRE NATUREL : L'HOMME, DANS L'ETA! I'I NATURE ENTIERS, POURRAIT ARRIVER A S\ FIN NATI RELLE PAR LES FORCES DE SA NATURE.

Missiu SB,

Nom avons prouve que la fln surnaturelle de l'homme est m transformation en Dieu, sa déification consommée dans leeiel, parce qu'il doil roir Dieu comme Dieu se voit, le posséder comme il se possède, et jouir île lui comme il jouit de lui-même. Nous avons aussi démontré que la Justification n'est pas seulement la r *. • 1 1 1 1 — 1 1 » 1 1 des péchés, mais encore la rénovation de l'homme Intérieur, une nouvelle création par laquelle il participe h la nature divine; en un mot, la déification de l'homme commencée surin terre. I h*, ces <i«'u\ termes extrêmes fiant quelque chose de divin, M faut que le terme moyen, nécessaire pour constituer Pordre surnaturel e( divin ei qui dous reste s examiner, Boil de même nature, h moins qu'on n'aime mieux soutenir que iout< -. les n fies de la logique sont absurdes, Mors nous aurons l'ordre, car nous pourrons i tablir cette proportion : L'homme déifié par la fi

i 1 1 grâce "u a un élément divin, comme la il à la fie

éternelle.

Cependant l'homme peut être considéré avant la justification, et il nous faudra chercher par quels moyens il arrive à cette justification.

Avant d'entrer dans l'examen de cette grave matière, il importe de savoir comment l'homme, soit dans l'état de nature entière, soit dans l'état de nature déchue, peut parvenir à sa fin naturelle ou ce que peut sa nature.

Nous résumerons toute la doctrine catholique, sur ces divers points, dans quelques grands principes que nous appellerons lois générales de l'ordre naturel et de l'ordre surnaturel. Nous prenons ce mot, lois, dans le sens de moyens qu'un être doit prendre pour parvenir à sa fin; et nous nous en servons dans le but de faire remarquer que Dieu a établi des lois analogues pour la création, le développement et le perfectionnement de lhomme naturel et de l'homme surnaturel, et de montrer qu'il existe dans les deux ordres un parallélisme frappant de vérité, et bien propre à nous faire admirer tout à la fois l'unité, la simplicité, la grandeur et la sublimité de toutes les œuvres de Dieu.

Conclusion. — Lhomme, dans l'état de nature entière, n'aurait pas besoin de la grâce surnaturelle pour connaître toutes les vérités et faire tout le bien de l'ordre naturel.

Celte conclusion, que nous regardons comme certaine, est enseignée ex professo par saint Thomas. Nous ne ferons que le traduire.

Saint Augustin dit, dans son premier livre des rétractations : « Je n'approuve pas ce que j'ai dit dans cette prière : Dieu qui avez voulu qu'il n'y eût que les hommes purs qui connussent le vrai ; car on peut répondre que beaucoup d'hommes, qui n'ont pas le cœur pur, savent beaucoup de choses vraies; mais, par la grâce, l'homme est purifié selon cette parole du psaume 50 : Créez en moi un cœur pur, ô mon Dieu! et renouvelez l'esprit de droiture dans mes entrailles. Donc, l'homme peut, sans la grâce, connaître par lui-même la vérité.

» Il faut dire que connaître la vérité est un usage ou un acte de la lumière intellectuelle, parce que, selon l'Apôtre {Ephes., 5) : Tout ce qui est manifesté est lumière. Mais l'usage implique un certain mouvement, en prenant ce mot de mouvement dans un sens large; ainsi comprendre et vouloir sont appelés de certains mouvements. Or, nous voyons que, pour qu'il y ait mouvement dans les choses corporelles, la forme seule de l'être n'est pas seulement requise, la forme, dis-je, qui est le principe du mouvement ou de l'action, mais encore la motion d'un premier moteur.

TftûlSIl Ml PARTIS».

Ain-i tous i i mouvemcalti kanl des corps que dei esprits, reviennent a un premier moteur qui esi Dieu ; e( c'est pourquoi, quelque parfaite qu'on suppose uni nature corporelle ou spirituelle, elle H.- peut procéder a l'acte, s' elle n'est nue de Dieu ; et cette motion doit 'iio selon la raison de i.i Providence divine, et non selon la nécessité de la nature. A 1 1 1> i (loue, l'acte de l'intelligence et d'un cire crée quelconque dépend de Dieu pour deui raisons, » i parée qti il tient de lui sa perfecliou ou sa ruine, par laquelle il

. fi parce qu'il doit recevoir de lui Le mouvement pour agir. Mais i-h.i pie forme Imprimée aux choses que Dieu .1 1 réées a son efficace, pour un acie détermine, M111' l"'1" faire selon saproprlécé ; et il ne peut aller au-delà, si on ne Lui surajoute une autre forme: ainsi, l'eau ne peut chauffer, si elle n'a pas été chauffée par le feu. L'intelligence humaine a donc une certaine forme.

l-è-dire une lumière intelligible, qui est suffisante par elle-même pour connaître certaines choses intelligibles, -avoir, celles que tous pouvons connaître par les choses sensibles; mais l'intelligence humaine m1 peu) connaître les choses intelligibles

pin» . I.\( i ». si elle n'est perfectionnée par une lumière plu» puis

sente; par exemple, la lumière de la foi ou de la prophétie, qu'on appelle lumière de grâce», en tant qu'elle est surajoutée à la nauirc. H faut donc dire que, pour la connaissance du vrai» quel qu'il mit, l'homme H besoin d un secours di\in, pour que son intelligente, excitée de Dieu* vienne à l'acte ; mais il n'a pas besoin, pour connaître la vérité en toute» choses, d'une nouvelle lumière mrajouti e a la lumière naturelle, mais seulement en certaine» eho»c» qui surpassent la conn&issance naturelle, dépendant, Quelquefois Dieu instruit miraculeusement, par - 1 quelques

pdlBOtmea d< Choses qui peuvent cire connues par la raison natn relie; de même qn il lait ipiclqueloi» iuiraculcu»ejnenl certaine»

ohosee que la nature, peut faire [\). »

I. homme a donc he.»oiu, pour connaître ce qui est de l'oi naturel, d une forme OU d une intelligence naturelle et d'un se-

eottM de Dieu du même genre, pour donner le mouvement a lin leiiigence. Il n'a besoin dune lumière supérieure ou de la gréée

que potff connaître CC qui »urpa»»< »a nain.

« la nature liumamc peut être considérée dam deux étala : dan» sou intégrité, telle qu'elle a été dans 00s premiers 1 tvant

le péché et avant leur « xaltation a l'ordre surnaturel . et dan uption, telle qu'elle est en non» depuis le péché de qoi pre

(•) t, 2. q. »•, il.

miers parents. Dans les deux états, la nature a besoin d'un secours divin pour vouloir et faire un bien quelconque, parce qu'elle a besoin d'un premier moteur, comme il a été dit. Mais dans l'état de nature entière, quant à la capacité de la puissance d'agir, l'homme pouvait, par sa nature, vouloir et faire le bien proportionné à sa nature, tel que le bien d'une vertu naturelle, mais non le bien qui la surpasse, tel que eelui d'une vertu surnaturelle. Mais, dans l'état de nature corrompue, l'homme ne peut accomplir, par sa nature, le bien même proportionné à sa nature. Cependant, parce que la nature humaine n'a pas été totalement corrompue par le péché, de manière qu'elle soit privée de tout le bien de la nature, il peut, à la vérité, même dans l'état de nature corrompue, faire quelque bien particulier par la puissance de sa nature, comme de bâtir des maisons, de planter des vignes et de faire d'autres choses de ce genre. Il ne peut cependant faire tout le bien qui lui est connaturel, de manière qu'il ne manque en rien ; de même qu'un malade peut, par lui-même, faire quelque mouvement, mais ne se peut mouvoir aussi parfaitement qu'un homme sain, à moins qu'il ne soit guéri par le secours de la médecine. L'homme a donc besoin d'une puissance gratuite surajoutée à la puissance de la nature, dans l'état de nature entière, pour une chose seulement, pour vouloir et faire le bien surnaturel. Mais, dans l'état de nature corrompue, il en a besoin pour deux choses, pour guérir la nature corrompue, et pour faire le bien de l'ordre surnaturel. Et, dans les deux états, l'homme a besoin d'un secours divin, qui lui communique le mouvement pour bien agir.

» Par le péché, la nature humaine est plus corrompue dans la volonté que dans l'intelligence (I). »

Ces paroles de saint Thomas sont très-dignes de remarque. Il enseigne, avec la dernière précision, quel besoin l'homme a des grâces de Dieu dans les divers états où il a pu se trouver. 4° Quelque parfaite que soit la nature, la faculté de faire le bien ne suffît pas à l'homme, il faut encore que Dieu communique le mouvement à son libre arbitre pour lemeltre en action; 2* dans l'état de nature entière, l'homme pouvait, sans la grâce, vouloir et faire !e bien proportionné à sa nature ; 5° dans ce même état, il a eu besoin de la grâce pour une chose seulement, pour vouloir et faire le bien surnaturel; 4° dans l'état de nature corrompue, il peut encore, sans la grâce, vouloir et faire quelque bien dans l'ordre naturel ; U" mais il a besoin de la grâce pour deux choses, pour

(i) 2, q. 1(Ji>, a. 2.

faire loul le bien de l'ordre naturel, et pour éire élevé à l'ordn surnaturel.

« L'homme, dans l'étal de nature entière, pouvait faire, par la forée de sa nature, tout le bien qui lui était connaturel, non s;ms un secours divin qui lui communiquai le mouvement, mais ^.mqu'il dît besoin de surajouter un don gratuit; or, aimer Dieu pardessua toutes choses est connaturel à l'homme, < i même à toute créature non-seulement raisonnable, mais irraisonnable et même inanimée, selon le mode d'amour qui peut convenir à chaque créature. La raison en est qu'il est naturel a tout être de désirer ei M aimer les choses pour lesquelles il a reçu l'être. Chaque être agit donc selon ce pour quoi il a reçu l'être. Or. il esl manifeste que le bien d'une partir est pour le bien du tout. Donc, par nq appétit "U un amour naturel, chaque être particulier aime son bien propre à cause du bien de tout l'univers, qui est Dieu. De la

Sainl DenVS 'lit. dans SOU livre e!es .Yo>»s- ditrins, que Dieu tourne loul vers l'amour tic lui-même. Donc, l'homme, dans l'étal de na ture entière, rapportait l'amour de lui* même a l'amour de Dieu, comme a sa lin, et pareillement l'amour de toutes les autres cho-

Û aimait donc Dieu plus que lui-même et sur toutes cho Hais, dans l'étal de nature corrompue, l'homme fait défaut selon le désir de sa volonté raisonnable, qui, à cause de la corruption de la nature, recherche son bien particulier, à moins qu'elle ne soil guérie par la grâce «le Dieu. C'est pourquoi il faut dire que

l'homme, dans l'étal de nature entière, n'avait pas besoin du M

cours de la grâce surajoutée aux facultés naturelles, pour aimer Dieu naturellement sur toutes choses, quoiqu'il < ùt besoin do cours de Dieu pour lui eouununiquer le mouvement; maie, dans Pétai de nature corrompue, l'homme a encore besoin du secours

de la gràCC pour guérir la nature.

« La charité aune Dieu sur toutes choses d'une manière plus

éminente que la nature; car la nature aime Dieu sur toutes cho-

comme étant le principe <'t la On du bien naturel; et la eha-

nte. comme étant l'objet de la béatitude, et selon que l'homme

e*i entre dm- nue certaine société spirituelle evi c Dieu.

• I onqu'on dit que la nature ne saurait s'élever au dessus

d'elle-mèine, eeh ne \eut pi- dire qu'elle M puisse IC DOltCf VCfl

un objet qui mi plus élevé qu'elle-même; car II esl manifeste que notre intelligence peut connaître naturellement des choses qui -■mi au-dessus (Telle, e, . mine on le voit par la connaissant! m tureiie que nous avons de Dieu ; mais on voit par la connaissance naturelle que nous avoua de Dieu; mais on veut dire que ka M

ture ne peut produire d'acte qui excède sa force ; or, tel n'est point l'acte d'aimer Dieu sur toutes choses, car c'est naturel à toute nature créée (1). »

L'homme pouvait donc, dans l'état de nature entière, aimer Dieu naturellement plus que toutes choses ; mais, dans l'état de nature déchue, il ne peut, sans la grâce, l'aimer même naturellement plus que toutes choses.

« On peut accomplir les commandements de la loi de deux manières : premièrement, quant à la substance de l'œuvre; par exemple, l'homme peut pratiquer les vertus de justice, de force, et d'autres. De cette manière, l'homme, dans l'état de nature entière, a pu accomplir tous les commandements de la loi, autrement l'homme n'aurait pu ne pas pécher dans cet état, puisque pécher n'est rien autre chose que transgresser les commandements de Dieu; mais, dans l'état de nature corrompue, l'homme ne peut accomplir tous les commandements de Dieu sans une grâce qui guérisse sa nature. Secondement, les commandements de Dieu peuvent être accomplis non-seulement quant à la substance de l'œuvre, mais aussi quant au mode d'agir, en sorte qu'ils se fassent par charité, et de cette manière l'homme ne peut, sans la grâce, accomplir les commandements de la loi, ni dans l'état de nature entière, ni dans l'état de nature corrompue. De là saint Augustin, dans son livre de la Correction et de la Grâce, après avoir dit que les hommes, sans la grâce, ne font absolument aucun bien, ajoute : Pour que, non-seulement la grâce le faisant connaître, ils sachent ce qu'ils doivent faire, mais encore afin que, donnant elle-même la force, ils fassent avec amour ce qu'ils savent. Ils ont besoin en outre, dans les deux états, d'un secours de Dieu, qui leur communique le mouvement, pour accomplir les préceptes, comme il a été dit (2). »

L'homme, dans l'état de nature entière, pouvait donc, sans la grâce, connaître les vérités de l'ordre naturel, vouloir et faire le bien proportionné à sa nature, aimer Dieu naturellement plus que toutes choses et observer tous les préceptes de la loi.

Dieu ne saurait en effet créer des êtres intelligents et libres sans leur assigner une fin proportionnée à leur nature, savoir, la connaissance et l'amour du vrai qui, lorsqu'ils seront arrivés ù leur terme, satisfassent toutes leurs facultés ; car il répugne qu'un être sage et bon crée des êtres sans leur assigner aucune fin, ou leur donne une fin qui ne remplisse pas tous leurs désirs. Par la

(1) i, 2, q. 10!», a. 3.— (2) Jbid., a. 4.

TROISl] Ml-: PARTIR.

misse raison, ;' est tenu "l*.- leur donner, pour atteindre leur tin, moyens proportionnée à leur fin et ;'i leur nature ; car, s'ils

m- relaient pas, ils seraient insuffisants, et Dieu manquerait ainsi i bonté, et menu i - 1 sainteté, puisque ces

- ne pourraient psi m psi pécher, comme dit saint Thon

et cette infrsetion de la loi retomberait sur Dieu hii-mémei Dr,

puisque, dans l'état ■!<• nstore entière, rien ne dépasse les forces

i ssture, »-t qu'elle n'a rien perdu de son intégrité, tout est en

proportion, -le sorte qu'on peut dire : La nature <--i aux faculté»,

connut1 le- facultés BSM à la tin. Donc, dsni cet état, l'homme pouvait, par s;i osture et sans nue grâce surnaturelle, obst i

commandements de Dieu et connaître les vérités de l'ordre nstun l.

ite doctrine, exposée avec tant de lucidité par saint Thoffjos, mérite la plus sérieuse attention de la pan des catholiques, parut nnsissons aucun théologien qui ait distiof 1 nettement les deux ordres il'- la nature et de la . montré ni<>i clairement le besoin que nous >\on> de i.i gi

- l'un et l'autre.

NÉRALB DB miinRK NATtTREl : I/BOMMS TOMBÉ il i: CHOSE SANS i Ni QRA< B SI RNATI iBI t ! .

Mi SSII '

avons entendu saint rhomas nous dire que l'homme même

l'( i ii de nature entière, avait besoin d'un secours <i. i

pour lui communiquer le mouvement et mettn - inces ou

taeultés en action. La raison en est que Dieu seul .1 le mouvscAtjM

par lui même, et qu'un être contingent, n'ayant dans sa nature

que des facultés ou puis» •-. n< pourra jamais agir, si l'être aclil

1 eu, qu'on appelle pouf ion us tête pur,

ne |i innique le mouvement, a plus forte raison, l'homme

déchu a-t-il besoin de ce secours de Dieu; mais ce sera un secours de l'ordre naturel et non pas une grâce surnaturelle. Beaucoup de théologiens ont suivi la doctrine de saint Thomas ; ils soutiennent que l'homme déchu ne peut absolument rien sans un secours naturel de la part de Dieu ; ce que nous admettons volontiers dans le sens de saint Thomas.

Conclusion. — L'homme tombé peut quelque chose sans une grâce surnaturelle, savoir : surmonter de légères tentations, connaître quelques vérités et observer les commandements les plus faciles de l'ordre naturel. Celte conclusion approche de la foi catholique.

Le Concile de Trente, session V, n. 1, dit : « Si quelqu'un ne confesse pas que le premier homme, Adam, en transgressant le commandement de Dieu dans le paradis, perdit aussitôt la justice et la sainteté dans lesquelles il avait été établi..., et que, par celle prévarication, Adam tout entier a été changé et détérioré dans son corps et dans son àme ; qu'il soit anathème. » Or, bien qu'un être détérioré ne puisse plus tout ce qu'il pouvait avant sa dégradation, il peut encore quelque chose, car il n'est pas totalement détruit.

Et session VI, chap. I, il définit que « ni les Gentils par la force de la nature, ni les Juifs même par la lettre de la loi de Moïse ne pouvaient s'affranchir du péché, quoique le libre arbitre ne fût pas éteint en eux, mais atténué et incliné. » Et canon V:« Si quelqu'un dit que depuis le péché d'Adam le libre arbitre de l'homme est perdu et éteint, que c'est une chose qui n'a que le nom, ou plutôt un titre sans réalité, enfin une fiction que le démon a introduite dans l'Eglise ; qu'il soit anathème. » Or, si le libre arbitre n'a pas été éteint ni perdu par la prévarication d'Adam, mais seulement affaibli et incliné au mal, il s'ensuit qu'il peut encore faire quelque bien. Donc l'homme peut aussi connaître quelques vérités et surmonter les plus légères tentations.

L'Eglise a condamné les propositions suivantes de Baïus : « 27e Le libre arbitre, sans la grâce de Dieu, ne peut que pécber. — 30e : Ils sont voleurs et larrons ceux qui enseignent que l'homme peut résister à quelque tentation sans le secours de la grâce de .lésus-Christ, de sorte qu'il ne soit pas induit en elle, pour en être vaincu. — ôic : La distinction de deux amours, savoir, de l'amour naturel par lequel Dieu est aimé comme auteur de la nature, et de l'amour gratuit par lequel il est aimé comme auteur de la béatitude, est vainc et illusoire, et inventée pour éluder les saintes Lettres et plusieurs témoignages des anciens. — .50" : L'amour

TROISIÈME PUtTlE.

naturel (de Dieu), qui nait des seules forces de la nature, delà seule philosophie, est défendu par quelques Docteurs, par l'orgueil cTuue présomption humaine, avec injure pour la croix de Jésus* Chri-t. — "7 : Il pense somme Pelage, eelui qui reconnaît quel* que bien naturel, s'est fc'SUre qui provient «les seules forces de la nature. — "s* : Tout amour de la créature raisonnable est, ou la cupidité vicieuse, par laquelle on aime le monde, et qui est prohibée par saint Jean, ou Mlle charité louable, que le Saint-Esprit répand dans !<• cœur, et par laquelle on aime Dieu. — 'ii>'! : Dans tous ses actes, le pécheur sert la cupidité dominante. ■ Orales propositions contradictoires étant vraies, I homme peut sans la e aimer Dieu comme auteur de la nature, faire quelque bien et résistera quelque tentation. Il peut doue, s plu- forte raison, connaître quelques vérités, puisque la nature humaine est plus corrompue dans la volonté (pie dans l'intelligence.

- tint Paul dit des philosophes païens : « Parce qu'ils ont connu ce qui peut se découvrir de Dieu, Dieu même le leur ayant fait connaître. En effet, les perfections invisibles de Dieu sent d nues visibles depuis Is eréationdu monde, parla connaissance que ses créatures nous en donnent, en sorte qu'ils sont inexcusables (i)... Lorsque les Gentils, qui n'ont point la roi, font naturellement les choses que la loi commande, n'ayant point la loi, ils sont à eux-mêmes la loi (2). »

Or. mi peut entendre ces paroles de la loi n;iturelle proprement

dite ; car l'Eglise a condamné cette proposition de Babis : * Us pensent comme Pelage, ceux qui entendent le texte de l'apôtre aux Romains, le$ nattons eut n'ont pas lu loi, etc., des nations qui n'avaient pas la grâce d<' la foi. » Donc les Dations qui n'avaient pas la foi ont fait naturellement se qui la loi commandait.

i 'est en vain que nos adversaires prétendent s'appuyer sur l'an lorité >\>' saint Augustin : car ce grand Docteur eux igné dani plus d'un endroit de ses ouvrages le doctrine que nous exposons. « Si ceux, dit-il, qui font naturellement ce qui est de Is loi ne doivent pas encore être comptés au nombre de ceux que la grâce de Jé- 1 brist justifie, mais bien plutôt au nombre de ceux qui a'adori m pas le vrai Dieu avee v< rite et avec justice, et même des Unpies, nous lisons ou nous connaissons ou omis entendons raconter actions, que non seulement nous ne pouvons pas blaSMr selon les régies de la justice, mais encore que non-» louons raison, quoique, m l'on examine avec quelle intention elles smi

ii ,1,41 ,14.

faites, à peine en trouvera-t-on qui méritent qu'on les loue et qu'on les défende justement. Parce que l'image de Dieu, dans l'àme humaine, n'a pas été tellement effacée par la tache des affections terrestres, qu'il n'en soit resté quelques vestiges et quelques linéaments, d'où l'on peut dire que, dans l'impiété même de sa conduite, elle observe encore et goûte quelques préceptes de la loi... Ayant la loi écrite dans leurs cœurs, c'est-à-dire que ce qui a été imprimé en eux par l'image de Dieu, lorsqu'il les créait, n'a pas été entièrement effacé... Car eux aussi étaient hommes, et il y avait en eux cette force de la nature par laquelle l'àme raisonnable sent et fait ce qui est légitime... De même que quelques fautes légères, inévitables dans cette vie, n'excluent pas le juste de la vie éternelle ; ainsi quelques bonnes œuvres, que font même les hommes les plus mauvais, ne servent de rien à l'impie pour la vie éternelle (1). ■

Ailleurs, il nous apprend que Dieu a donné aux Romains la gloire terrestre du plus beau des empires du monde, « pour les récompenser de leurs bonnes actions, c'est-à-dire des vertus par lesquelles ils s'efforçaient d'arriver à une si grande gloire... Ils méprisèrent leurs intérêts particuliers pour le bien commun, c'està-dire pour la république et les avantages du peuple, ils résistèrent à l'avarice, ils servirent la patrie avec dévouement, observant leurs lois et domptant leurs passions. C'est par tous ces moyens, comme par le véritable chemin, qu'ils prétendirent aux honneurs, à l'empire, à la gloire (2). »

Dans un de ses sermons, il est encore plus précis : « Il y a une charité divine et une charité humaine ; il y a une charité humaine licite et une autre illicite... La charité humaine n'est pas seulement licite pour être tolérée, mais elle l'est pour rendre coupable celui en qui elle fait défaut. Qu'il vous soit donc permis d'aimer par une charité humaine vos épouses, d'aimer vos enfants, d'aimer vos amis, d'aimer vos concitoyens ; car tous ces noms de parenté et d'amilié renferment un lien et comme une espèce de glu de charité. Mais remarquez que cette charité peut être aussi celle des impies, c'est-à-dire des païens, des juifs, des hérétiques (3). »

« La connaissance de Dieu, dit saint Jérôme, est naturellement innée dans tous les hommes, et il n'est personne qui naisse sans h; Christ, et qui n'ait en soi-même les semences de la sagesse, de la justice et des autres vertus; d'où il arrive que plusieurs, n'ayant

(1) Lib. de Spirit. et Lia. c. 27. —(2; Lib. 5, deCivilat , c. 15. — (3j Serm.. 349, c. t et 2.

m IHOISIEME PARTIS.

ni la foi ni l'Evangile de Iéeun-Christ,fc>fit taajeanenl <■! saintement

lines actions, comme d'obéir aui parents, de lecourir les pan»

m i, I ne p m opprimer ses voisina «m de ne pas enlever le Mena

<r.iii'rtii I .

» Il \ en a qnelque>-un<. .lit -iint Grégoire-ie-Grand, qui ai-

aneni leurs proches par l'affection du sang ei de la parenté, 1 1 pendant eelte dileetton n'e-i peint contredite par les saintes Parole-;. Mais auli devoir qu'oa accomplit spontanément et naturellement, et autre l'ob e qu'on doit rendre par amonr :iu\ préceptes du Seigneur (8). »

Noos venons d'entendre saint Fhomas non- prouver «ssac la ! turc humaine, n'ayant pas été lot dément corrompue par le p< de manière qu'elle soit privée de tout le bien de la nature,

•re faire quelque bien particulier par les forces de la nature... que l'homme sans la grâce ne peut mériter la \ie éternelle, maiqu'il peut faire quelques oeuvres qui sondnisent a un bien eonna* turel à l'homme '"ï. •

Les Pérès et le- Docteurs de l'Eglise enseignent donc qu'il \ ;i deux charités, l'une humaine et l'autre divine ; deux ordres, l'un naturel et l'autre surnaturel: que la charité humaine est lietfi que, dans l'état de nature déchue, rhorame peut eneore, sana la

en'iee et par les -enle- force- de la nature, faire quelque- hmme-

Beurres naturelles.

I i - ni- prétendent que l'homme ne saurait faire anOSJB

bien dans l'ordre naturel s;m> la grâce, parce que, d'après leur

téme. il nlielleinenl ci t<> t. dénient eorrmnpu par le pé»

• i imite son activité anéantie. C'est nue erreur: il est de qu'il .1 en changé et détérioré dm- -mi Ame et dans son et < >r, quand (ont n'eat pas détruit dans la nature d'un être, quand il

lentement détérioré, il peut eneore faire quelque bien proportionné au] forces qui lui restent.

Pour ee qui e-l de l'intell igenCC OU de h raison, le -;iml Concile

du Vatican confirme notre proposition par le canon suivant :

• Si quelqu'un du que le Dieu unique et véritable, nol teurel maître, ne pet re cornu ■^'■', certitude, par la lu-

mière naturelle de la raison humaine, au moyen de- choses qui ont i 3 ; qu'il -"ii .m ithème. »

Qui oserait due qu'un infidèle on un pécheur, qui donne une

auinmie à un pauvre qu'il remontre, fait une action ni.iu\ I

i , |, .',.■■. ait G ' mil. 17, <n Emmf, — S \,

quoi l'est-elle? je vous prie. Dans son objet? Mais l'argent qu'il donne lui appartient. Dans le but qu'il se propose ? Mais c'est le soulagement de ce malheureux. Dans son principe ? Mais ce qui le pousse à soulager la misère de ce mendiant est un sentiment de compassion inhérent à la nature humaine et qui vient originairement de son auteur. Ainsi, sous quelque point de vue que l'on considère cette action, elle est légitime, et la saine raison, loin de la blâmer, et d en faire un crime, la loue et la regarde comme un acte de vertu.

Il suit de là 1° que les vertus des philosophes ne sont pas des vices, que toutes les actions des pécheurs et des infidèles ne sont pas des péchés. Croire ou enseigner le contraire est hérétique. « Si quelqu'un dit que toutes les œuvres qui se font avant la justification, de quelque manière qu'elles soient faites, sont de vrais péchés ou méritent la haine de Dieu ; ou que plus un homme s'efforce de se disposer à la grâce, plus il pèche grièvement ; qu'il soit anathème (1). » L'Eglise a condamné cette proposition de Baïus : « Toutes les actions des infidèles sont des péchés ; et les vertus des philosophes sont des vices. »

2° Il y a deux ordres bien distincts, l'ordre naturel et l'ordre surnaturel ; trois termes constituent l'un et l'autre, la nature de l'être, ses moyens, sa fin. Il y a donc dans l'homme deux sortes de vertus ou puissances, les unes naturelles et les autres surnaturelles. Donc la foi, l'espérance, la charité, la prudence, la justice, la force et la tempérance peuvent être des vertus purement humaines et naturelles ; mais elles sont surnaturelles et divines quand elles ont pour principe la grâce, pour motif une raison tirée de la révélation proprement dite, et pour fin le bonheur du ciel ou Dieu comme auteur de la grâce.

5° Les vertus naturelles ne sauraient mériter qu'une récompense proportionnée à leur principe, à leur motif et à leur fin, c'est-àdire une récompense naturelle.

Nos adversaires ont rassemblé une foule de textes tirés de la sainte Ecriture, des Conciles et des saints Pères, pour prouver que l'homme, sans la grâce, ne saurait faire le bien ou surmonter les tentations, ou ne peut que pécher. Il serait aussi ennuyeux qu'inutile de les discuter les uns après les autres ; car, au moyen des «rois distinctions suivantes, toutes les objections sont résolues ; la grâce, l'homme ne peut rien faire, c'est-à-dire rien pour le ciel ou par rapport à l'ordre surnaturel; sans la grâce, l'homme

(1) Conn. Trid., sess. VI, cari . 7.

ne peut que pécher, lorsque la tentation est grave et forte ; b

. l'homme ne peut pas faire le bien ni accomplir la loi, c'est -à-dire i<>ut le bien de l'ordre naturel ni accomplir toute la loi naturelle.

Quand sainl Paul déclare que tout ce qui ne vient pas de la foi.

est péché, quod non est cr fitr. prcmlum est (Rom.. 1 '. . 15), par

le mot fït/rs. H entend, non la vertu surnaturelle de la foi, mais la

conscience, il au/fil de lire lu suite du texte pour comprendre que

1 1 pensée de l'apOtre.

Mais pour Itien comprendre le sens «le- paroles de saint tftgvatin, qui semblenl contredire noire conclusion, il importe de faire l( - observations suivantes :

1' Le péiagien Julien, évéque d'Ëclaue, prétendait que toutes I i œuvres <lont l'objet seulement est bon, sont des bonnes BBU- S proprement dites, quand même on les ferait dans une mauvaise lin. Sainl Augustin répond que le< œuvres qui se font dans

nne mauvaise tin, ne sauraient être des aetes il.- vertu. Lors donc qu'il affirme qne l'infidèle, qui secourt un pauvre par compasdon, pèche, il suppose qu'il le fait avec un mauvais motif, tel que

li Naine gloire.

•j Julien enseignait qu'on pouvait, sans la grâce, a\oir le désir de la vertu et la volonté du bien dans l'ordre du salut : bien plus. les vertus elles-mêmes. Quand donc saint Augnstin nie qu'il y ail de Nraies vertus «ht/ les infidèles, il faut l'entendre des vertus surnaturelles, qui leur font éviter la damnation et mériter leciel il ne nie pas, nous l'avons vu, qu'il n'y ait, chei lesinfidèles, quelques vertus humaines, par lesquelles ils méritent une récompense temporelle.

3 Julien se vit forcé, par l'argumentation pressante de saint \un. d'avouer que lr> vertus des infidèles étaient Btériles. Mais mi Docteur lui tait voir que cette déclaration était contradictoire ; car, lui ditril, ces vertus sont bonnes seulement dans leur i et non dans leur motif : et Blors ce ne Bont pas des vertus des vertus nulles, fausses, mais des vices. 81) eu contraire, elles sont bonnes sous tous les rapporta, elles oc sont i> j inutiles, m lis vraies <■! parfaites dan-; le sens de Julien, i re méritoires pour le ciel ; ce que niait avec il in

lin.

TROISIEME LOI GENERALE DE L'ORDRE NATUREL : L'HOMME TOMBÉ NE PEUT, SANS LA GRACE, FAIRE TOUT CE QUI LUI

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