EST NATUREL
Messieurs,
La question que nous allons traiter entraîne une foule de conséquences dans la pratique. En' effet, s'il est vrai que, sans la grâce, l'homme ne peut faire tout ce qui lui est naturel, il s'ensuit qu'il ne peut y avoir de philosophie complète, de vraie liberté, de vraie civilisation, etc., que sous l'influence de la grâce. Nous nous contenterons de l'exposer néanmoins ; plus tard, nous développerons tous les corollaires qui en découlent.
Conclusion. — L homme tombé a besoin de la grâce pour connaître toutes les vérités de V ordre naturel, pour accomplir toute la loi et surmonter toutes les tentations.
Cette conclusion est regardée comme de foi catholique par le Père Perrone, dans son traité de la grâce. La raison qu'il en donne est que saint Augustin l'a toujours enseignée comme appartenant à la foi catholique, et que l'Eglise a ratifié cet enseignement du Docteur de la grâce. Il s'appuie en outre sur ce décret du Concile de Trente, session V, n. 1 : « Si quelqu'un ne confesse pas que le premier homme, Adam, en transgressant le commandement de Dieu dans le paradis, perdit aussitôt la sainteté et la justice dans lesquelles il avait été établi, et qu'il encourut par cette prévarication la colère et l'indignation de Dieu, et en conséquence la mort dont Dieu l'avait menacé auparavant, et avec la mort la captivité sous la puissance de celui qui eut ensuite l'empire de la mort, c'est-à-dire du diable, et que, par celte prévarication, Adam tout entier a été changé et détérioré quant au corps et quant à l'âme ; qu'il soit analhème. » Or, Adam tout, entier n'a pu être détérioré dans l'âme et dans le corps, et sa postérité, comme le définit le
concile dans le numéro suivant, sans qu'il n> ail eu affaiblissement dans toule la nature humaine.
les du péché originel sont donc un obecorcîssemenl dans I intelligence el une dégradation dans la volonté. I>< roc l'homme tombé m' peut plus, par les seules forces de -.1 nature, ni eonnaitre toutes les vérités de l'ordre naturel, ni accomplir tonte II loi naturelle, ni surmonter toutes les tentations.
■ Des quej'ai su, «lit Salomon, que je ne pourrais aotremeni cire continent, >i Dieu ne m'en accordait la grâce, al cola même était un effet de la sagesse, de savoir <|ui pouvait la donner, je me suis adressé au Seigneur, el je l'ai prié il). ■
Mais écoutons saint Paul déplorer avec tant d'énergie son extrême indigence pour le bien. • Nous Bavons, dit-il, que la I<»i est spirituelle : mais pour moi, je suis charnel, vendu pour être assujetti au péché. Car je n'approuve pas ce que je fais parce qt* ne rais pas le bien que je veux, mais je fais le mal que je hais je Fais ce que je ne veux pas, je consens à la loi, el je reconnais qu'elle e-i bonne : el ainsi ce n'est plu-; moi qui fai> ce mal : mais
le péché qui habite en mol. Car je Bais que le bien 1 trouve pas en moi, c'est-à-dire dans ma chair, parce que je trouve en moi la volonté de faire le bien, mais je ne trouve pas le moyen de l'accomplir. Car je ne rais pas le bien que je veux, mais jt le mal que je ne veux pas. < hr, si je fais ee que je ne veux pas n est plus mol qui le Fais, mais c'est le pèche qui habite en moi. Lors donc que je veux faire le bien, je trouve en moi une loi qui
ppose, parce que le mal réside en moi. Car je me plais la loi de Dieu selon l'homme intérieur; mais je sens dans membres ii<' mon corps une autre loi qui combat contre la loi <lo mon esprit, el qui me rend captif bous la l<>i du péché qui est dans le- membres de mon Corps. M ilheureux homme que je suis ! qui mt délivrera de ce corps de mort? Ce sers la grâce de Dieu par Jésus-Christ Notre-Seigneur (i). •
Les gémissements de l'apôtre des Gentils et ses accents douloureux sur la dégradation originelle <le l'homme et l'impossibilité où il se trouve d'accomplir la loi dans tous ses points, <>m trouvé d< l'écho «i 1 1 1 -. le cœur et li conscience de tous les hommes, parce qu'il n'en e-i aucun qui n'éprouve les mêmes difflcul
it Jérôme avait donc raison de «lire aux pélagiens que. >i
l'h< ne avait en im même 1 1 iree ■! observer la loi <ie Dieu, il
absurde de lai recomm m 1er <ie recourir 1 d'autres moyens
Expliquant ces paroles du Sauveur à ses disciples : Pourquoi dormez-vous ? levez -vous et priez de peur que vous n'entriez en tentation, il dit : « Selon vous, il aurait dû dire : Pourquoi dormezvous ? levez-vous et résistez ; car, vous avez un libre arbitre, et ayant reçu une fois de Dieu ce pouvoir, vous n'avez plus besoin du secours de personne ; puisque, en agissant ainsi, vous n'entrerez point en tentation (1). »
Suivant la doctrine de saint Thomas, que nous avons rapportée tout au long, l'homme, dans l'état de nature entière, pouvait faire, sans la grâce, tout le bien proportionné à sa nature ; mais, dans l'état de nature déchue, il peut encore faire quelque bien, mais non tout le bien qui lui est connaturel. Dans l'état de nature entière, il pouvait, sans la grâce, aimer Dieu naturellement plus que toutes choses et accomplir tous les préceptes de la loi naturelle; mais, dans l'état de nature déchue, il ne peut plus aimer Dieu naturellement plus que toutes choses, ni observer toute la loi sans une grâce qui guérisse la nature.
Mais à quoi bon citer les témoignages de l'Ecriture et des Pères pour prouver une vérité que l'expérience seule s'est chargée de mettre dans le plus grand jour? Dans quelles erreurs ne sont pas tombés les païens, et à quels crimes atroces, même contre nature, ne se sont-ils pas livrés ? Ecoutons saint Paul nous raconter où ils en étaient sur ces deux points. «Ayant connu Dieu, ils ne l'ont pas glorifié comme Dieu, et ils ne lui ont point rendu grâces, mais ils se sont égarés dans leurs vains raisonnements, et leur cœur insensé a été rempli de ténèbres. Ainsi ils sont devenus fous, en s'attribuant le nom de sages. Et ils ont transféré l'honneur, qui n'est dû qu'au Dieu incorruptible, à l'image d'un homme corruptible, et à des figures d'oiseaux, de quadrupèdes et de reptiles. C'est pourquoi Dieu les a livrés aux désirs de leur cœur, aux vices de l'impureté ; en sorte qu'ils ont déshonoré eux-mêmes leurs propres corps, eux qui avaient mis le mensonge à la place de la vérité de Dieu, et rendu à la créature l'adoration et le culte souverain, au lieu de le rendre au créateur qui est béni dans tous les siècles. Amen.
• C'est pourquoi Dieu les a livrés à des passions honteuses ; car les femmes parmi eux ont changé l'usage qui est selon la nature, en un autre qui est contre la nature ; les hommes, de même, rejetant l'union des deux sexes, qui est selon la nature, ont été embrasés d'un désir brutal les uns envers les autres, l'homme com-
(1) Lib. 2, adverê. Pelagian.
mettant avec l'homme des crimes infâmes, et recevant ainsi en eux-mêmes lajosti peine qui était due a leur erreur. Et comme ils n'uni pas lui usage «le II connaissance qu'ils avaient de Dieu, Dieu au— i les a livrés a un sens dépravé, en sorte qu'ils ont fait îles actions indignes. Remplis de toute sorte d'injustice, de méchanceté, de fornication, d'avarice, tir malignité, ils <mt été envieux, meurtriers, querelleurs, trompeurs, il- ont été pleins do malignité, semeur- de Eaux rapports, calomniateurs, ennemis do Dieu, outrarx, superbes, Bltiers, inventeurs de crimes, désobéissants i leurs pores 01 à leurs mères, lana prudence, sans modestie, lana iffection. Bans foi, sans miséricorde I). »
Or» ce portrait honteux, tracé par un écrivain inspiré et tracé d'après nature, comme tous les monuments historique- l'attestent, n'est pas seulement celui dos Gentils du temps de saint Paul, mais de tous ceux qui ont repoussé le catholicisme et se sont soustraits n influence salutaire. Toujours mêmes erreurs, moines désordres, mêmes crimes. « >n en sont aujoui Phui les protestants P Quelles vérités croient-ils, même de l'ordre naturel l N'ont-ils cherché à légitimer leur- erreurs et leurs vices par de- textes de l'Ecriture . Les «rimes les plus révoltants n'ont-ils pas trouvé des apologistes parmi eu\ .
Parcoures tous les livres de nos philosophes, lises tous leurs écrits, examines leur doctrine. Ils insultent à tout ce qu'il y a île plus sacré, il- se moquent de tout, ils méprisent tout. On peut leur sppliquer, à bon droit, ce que Cicéron disait des philosophes m temps : Il n'j a pas d'absurdité que quelqu'un d'entre eux n'a ii avancée el soutenue. Vous rencontres successivement, el quel" quefois tout ensemble, le matérialisme, l'athéisme, le panthéisme, le manichéisme, le rationalisme, l'éclectisme, c'est-à-dire ac
qu'il \ ;i île plu- ;ih.-urde, do plu- BOt, do plu- hi/..rre. de plus infâme. L'un excuse, par la nécessité, les actions les plus atro l'autre se glorifie de ses turpitudes : celui-ci prêche l'abolition de toute propriété : celui-là veut établir l » communauté des femmes. Superbes philosophes, vantez -nous donc encore la puissance de la raison el la force prodigieuse de votre volonté; paril- de la perfectibilité indéfinie du genre humain el de
tua qui n'aves p is laissé un. -. ule vérité debout, vous qui svei anéanti toute loi el toute morale, vous qui vous meiie/ .1 la remorque des sophistes d'Athènes el de home el de tous l<
Certes, personne ne s'étonnerait de ces aberrations étranges, s'il portait un œil attentif sur la faiblesse de la raison, les difficultés qu'elle a de saisir la vérité dans son principe et dans ses conséquences, la brièveté de la vie, la multitude des devoirs que l'homme doit remplir, la force delà concupiscence, l'entrainement des passions, l'opposition du cœur à certaines obligations, comme le pardon des injures, le désintéressement, la chasteté. Ajoutez à cela l'empire, pour ainsi dire souverain que les démons exercent, sur toute la nature et sur l'homme en particulier ; empire que nient les philosophes, mais que proclament les saintes Lettres, la voix du monde catholique et même de tous les peuples.
C'est donc avec raison que le poète a dit :
Aliud cupiditas, mens aliud suadet ; Video meliora proboque détériora sequor.
Ce qne veut la raison, le cœur ne le veut pas, Je reconnais le bien, et je ne le fais pas.
Nos modernes législateurs nous ont fourni une démonstration mathématique de notre conclusion. Oubliant que le cœur de l'homme est beaucoup plus faible que sa raison, et bien souvent son plus terrible adversaire, ils ont cru que, pour rendre l'homme vertueux, il suffisait de l'instruire de ses devoirs. Mais voilà que la statistique établit par des chiffres que, dans les provinces où l'instruction est le plus répandue, le nombre des criminels est plus grand que dans d'autres où elle l'est beaucoup moins, mais où règne la foi chrétienne. L'homme ne trouve donc pas en lui la force d'observer la loi ; il doit la recevoir d'en haut (1).
Cette grâce, nécessaire pour connaître toutes les vérités et observer toutes les lois de l'ordre naturel, pourrait être du même genre, c'est-à-dire un secours de l'ordre naturel. Il est probable
(1) Dès-lors que l'homme est plus porté au mal qu'au Lien, il suit de là 1° que la liberté absolue de la presse et des cultes est un principe destructif de toute société. Le mal l'emportera sur le bien et les mauvaises doctrines l'emporteront sur les saines doctrines. 2° C'est donc un droit et un devoir pour l'autorité de proscrire les doctrines »nii-socia!es et de ne permettre la liberté de la presse et des cultes qu'à titre de tolérance, c'est-à-dire pour éviter de plus grands maux, et encore avec la réserve d'en punir les écarts. 3° Que c'est un droit et un devoir d'employer quelquefois, lorsqu'il eo est besoin, la force coërcitive pour maintenir les hommes dans la pratique de leurs devoirs ou ramener dans la bonne voie ceux qui s'en écartent. Qui oserait reprocher à un père de famille de se servir quelquefois de la verge pour corriger un enfant indocile? Il use de son droit et il remplit un devoir. Donc aussi l'Etal et même l'Eglise.
Ml TROISIEME PARTIE.
néanmoins que, d ..pics |(> pi;m que Dieu s'est proposé, c'est la inrn i li nature ei qui l'élève à l'ordre Slirna-
tUIel
Ces tr< »l i~ générales de l'ordre naturel, ioielleetuel et moral, viennent se refléter dans la pâture physique. Do homme bien por- . i bien constitué peut physiquement faire toutes les actions proportionnées .1 la force de Ba nature. S'il est malade, si sa constitution c>t seulemenl affaiblie cl non détruite, il pourra bien Faire ire quelques œuvres, mais il Lui sera impossible d'accomplir ce que sa nature était capable d'opérer dans Ba constitution □elle : il lui faudrait pour eela un secours qui la guérit.
I es hérétiques accumulent les textes de 1 Ecriture » 1 les témoi- c- des l'< res et des Conciles, par lesquels il> prétendent anéantir toute la force de nos preuves, et établir les points suivants :
- commandements de Dieu ne sonl pas au-dessus des forces humaines; V les nations les ont naturellement observés, et ont 9 des Pérès de 1 Eglise; ~ les pécheurs qui n'observent pas la loi seraient donc « xcusables : V on .1 rencontré, ch( / les païens, des hommes qui ont mieux aimé souffrir 1 1 mort que «le rien faire contre leur conscience.
II Buffil de se bien rappeler en quoi consiste le dojrme catholique, pour comprendre qu'aucune de ces objections ne contredit l.i doctrine que nous avons démontrée ; car l'Ecriture, les Pét 1
les Conciles n'enseignent nulle, part que l'homme peut, sans ta e, accomplir toute h loi naturelle, connaître toute» les vérités du même ordre, et surmonter toutes les tentations. Tantôt Us disent que l'homme peut faire le bien sans la - dire
quelque bien ; tantôt qu'il peut accomplir toute la loi, c'est-à-dire
le secours de la grâce. ll> supposent enfin que l'homme n jaunie dépourvu de toute il n'est donc pas ètonnanl que
les Gentils aient quelquefois pratiqué uV grandes vertus. 1 pourquoi l'homme qui enfreint la loi est toujours coupable. Qu'on veuille bien le remarquer une fois pour toutes ; les nique les adversaires du catholicisme apportent pour le contredire sur un point, Bervenl «le preuves pour en établir un autre, en -orie que, quand on a bien saisi l'enchainemenl de tous les articles de la roi, de toute la doctrine catholique, toutes les diffii u mnouissent; «lies disparaissent comme le froid en présence « I « ■ la chaleur, comme les tén< bres en présence «!«■ la lumière. Il unporte donc beaucoup de ne jamais lutres
qui doivent l'expliquer et la compléter, ou qui l'expliquent en ta complétant.
TRENTIEME ENTRETIEN. 263
TRENTIEME ENTRETIEN.
PREMIÈRE LOI GÉNÉRALE DU MONDE SURNATUREL ET DIVIN ; L'HOMME NE PEUT ABSOLUMENT RIEN PAR RAPPORT A L'ORDRE SURNATUREL ET DIVIN, SANS UNE GRACE SURNATURELLE.
Messieurs,
L'homme peut être considéré dans des états différents, ou dans l'état actuel, ou dans l'état de nature entière, ou môme dans l'état le plus parfait qu'on puisse imaginer.
Selon la doctrine des pélagiens, l'homme, tel qu'il est aujourd'hui, peut, sans la grâce et par les seules forces de sa nature, arriver à sa fin surnaturelle ou au bonheur du ciel. Il est vrai que, pressés par les catholiques, ils consentirent à admettre la nécessité de la grâce ; mais, par grâce, ils entendaient ou la nature même de l'homme, ou le libre arbitre, ou la prédication de l'Evangile, ou les bons exemples de Jésus-Christ et des saints; mais ils ne voulurent pas reconnaître la nécessité d'une grâce intérieure agissant sur l'intelligence et la volonté de l'homme. Cependant, quelques-uns reconnurent que la grâce intérieure était nécessaire, mais seulement pour achever ou faire plus facilement les actions qui doivent nous mériter le ciel : c'étaient les sémipélagiens.
Il y a aujourd'hui plus de pélagiens qu'on ne se l'imagine. Plusieurs philosophes rationalistes et une foule de chrétiens, tout en rendant une certaine justice au catholicisme, croient néanmoins que, pour aller au ciel, il suffit d'être honnête homme, c'est-àdire d'observer la loi naturelle ; et ils pensent pouvoir d'eux-mêmes accomplir tous les devoirs qu'elle prescrit. Ils accordent volontiers, néanmoins, que la prière, le culte et les sacrements sont utiles pour le peuple. Tâchons de les détromper (1).
(I) Celte observation est de la plus liante importance. Lors même que l'homme pourrait, par les seules forces de sa nature, observer la loi naturelle dans tonte sa perfection, il ne serait pas moins exclu du royaume des cieux : car, pour entrer dans le ciel, il faut que l'irne soit ornée de la grâce sanctiGanle, ou possède la vie surnaturelle et divine.
CONCLUSION. — V homme né peut absolument rien connaître, vouloir nu faire dans tordre du salut, sans une grâce intérieure et surmitun u<\ Celte conclusion esi de foi catholique.
Le second Concile d'Orange, tenu en M9, expose tinsi e* vérité, canon 5' : « Si quelqu'un dit que l'augmentation ou le commencement de la foi, et même le sentiment «le la foi par laquelle noua croyons en celui qui justifie l'impie, ci nou^ parvenons à la régénération du saint Baptême, est en nous naturellement, et non par le don de la grâce, c'est-à-dire par l'inspiration «lu Saint- Bsprit, celui-là est déclaré contredire les dogmes apostoliques. » « Si quelqu'un dil que, a nous, croyant, nna la grâce de Dieu, voulant, désirant, travaillant, veillant, étudient, demandant, cherchant, frappant, la miséricorde a été divinement irdée, et n'avoue pas que tout cela se fait en noirs par l'infusion et l'inspiration du Saint-Esprit, afin que nous croyions, que nous voulions, que nous puissions faire toutes ces choses comme il convient, et ajoute le secours de la grâce par humilité ou obéissance humaine, ei ne confesse pas que le don de la grâce ellemême est en nous pour nous rendre humbles et obéissants, il résiste a l'Apôtre qui dit : Qu'avez-vous que vous n'ayez recul El : i par la grâce de Dieu que je suis ee que je suis. • non 7 : « Si quelqu'un dit que, sans la lumière Cl l'inspiration du Saint-Esprit, l'homme peut, par la force de la nature. penser ou choisir quelque bien qui concerne le salut de la vie oelle, ou acquiescer à la prédication de l'Evangile, il est trompé par un espril hérétique. »
I c saint Concile de Trente explique et définit plus clairement w\i- de foi, session \l, ebap. t'r : « Le saint Concile déclare premièrement que. pour bien entendre el connue il buil la doctrine de la justification, il est nécessaire que chacun reconnaisse el confesse que tous les hommes avant perdu l'innocence dan- la prévarication d Adam, el étant devenus impurs, et, connue dit l'Apôtre, par nature, enfanta de colère, ainsi qu'il a été exprimé dans le décret sur le péché originel, ils étaient, jusqu'à no tel point, esclaves d i p< i hé el asservis au pouvoir du démon el de la mort, que ni les Gentils, par la forcede la nature, m les Juifs,
par la lettre de la loi de liolse, 06 pouvaient >Vn affranchir i
relever, quoique le libre arbitre ne fui pas éteint en eux, mais bit n atténué et inclim . •
CbapitreS' :«!.«• leini Concile déclare» de plus, que le corn*
mencemeni de la Justification, dan-; les adultes, doit m prendre de
prévenante de Dieu par Jeaus-C.hr m, c'est à-dire de *a
TRENTIEME ENTRETIEN. 2(iï
vocation, par laquelle ils sont appelés sans qu'il y ait aucun mérite de leur part ; afin qu'au lieu que leurs péchés les éloignaient de Dieu, sa grâce, en les excitant et les aidant, les dispose à se convertir à lui pour leur justification, par un consentement et une coopération libre à celte même grâce; en sorte que, quand Dieu vient à toucher le cœur de l'homme par la lumière du Saint- Esprit, il n'est pas vrai que l'homme soit absolument sans action en recevant cette inspiration, puisqu'il peut même la rejeter, quoiqu'il soit vrai que, sans la grâce de Dieu, il ne peut se porter, par le libre arbitre de sa volonté, vers la justiqe. »
Canon 1er : « Si quelqu'un dit que l'homme peut être justifié devant Dieu par ses propres œuvres, faites seulement selon les lumières de la nature ou selon les préceptes de la loi, sans la grâce de Dieu, méritée par Jésus-Christ, qu'il soit anathème. »
Canon 2e : « Si quelqu'un dit que la grâce de Dieu, méritée par Jésus-Christ, est donnée seulement afin que l'homme puisse plus aisément vivre dans la justice et mériter la vie éternelle, comme si, par le libre arbitre, sans la grâce, il pouvait faire l'un et l'autre, bien qu'avec peine et difficulté, qu'il soit anathème. »
Canon 5e : * Si quelqu'un dit que, sans l'inspiration prévenante du Saint-Esprit, et sans son secours, un homme peut faire des actes de foi, d'espérance, de charité et de repentir, tels qu'ils doivent être faits pour obtenir la grâce de la justification, qu'il soit anathème. »
Les hommes ne peuvent donc, sans la grâce de Jésus-Christ, s'affranchir du péché ; leur vocation à la foi n'a point son principe en eux-mêmes, mais en Jésus-Christ, qui les appelle par sa grâce ; ils restent toujours libres de coopérer à cette grâce, lorsqu'elle touche leur cœur, encore qu'ils ne puissent la mériter ;' cette grâce leur est donnée, non pour accomplir plus facilement la loi, mais absolument pour vivre dans la justice ; enfin, sans l'inspiration prévenante du Saint-Esprit et sans son concours, ils ne sauraient croire, espérer, aimer et se repentir comme il faut pour obtenir la justification. Donc, sans la grâce de Jésus-Christ qui touche son cœur, c'est-à-dire sans une grâce intérieure et surnaturelle, l'homme ne peut absolument rien dans l'ordre surnaturel, pas même avoir le commencement de la foi.
Jésus-Christ n'a-t-il pas dit : « Je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Il retranchera toutes les branches qui ne portent point de fruit en moi, et il taillera toutes celles qui portent du fruit, afin qu'elles en portent davantage Demeurez en
moi, et moi en vous. Comme la branche de la vigne ne saurait
HI m USIBMB PARTS.
porter de fruit d'elle même, nais qu'il foui qu'elle demeure unie
ep, ainsi vous ne pouvei porter aucun fruit si voua ne demen-
■ H moi ; je suis le sep de la vigne el vous êtes les branches. Celui qui demeure en moi, et en «pu je demeure, porte beaucoup de fruit : car vous m* pouvea rien faire sans moi i
sus-Chrisi représente a ses apôtres combien il est m d'être uni :.\ lui : et, pour leur faire comprendre la né» • cette union, il se compare à une vigne, Bes disciples aux branches ne vigne, et son Père bu vigneron qui b soin <!<■ la cultiver. Jésus ' hrisl esl donc, à notre ég ird, ce quesi le cep aux branches ilt- la vigne, il esl la vie en lui même el le principe de la vie dana
unes. Nous somm< lés <'u lui pour porter
fruit- de vie, el ees fruits soni les œuvres 'l'une foi vive el d'une charité active. Gomme «loue la racine de la vigne commtioifljue ;m\ branches la Bève qui lui «,,;i naturelle, ainsi le Fila de D su, en communiquant aux hommes son Esprit, les rend pariici]
i vie divine.
i peut être uni a lui par la foi seulement <>u par toutes lt>< vertus. Ceux qui lui soni unie par la charité, sont ces branches qui portent des fruits, et seux qui lui sont unis par Is foi seule, sont dea branches mortes qui ne portent point de fruit. Mais, quelle que soit cette union, il pronom'. -, sans restriction, que lui on ne peut rien faire. En effet, ce n'est pas la branche qu lie ;'i 1» racine, mais la racine qui f;iit pousser la branche, en» nie ' i branche puisse as dessécher d'elle-même, sans qu'on pi racine, hrisl «lit encore : « C'est l'eauvre de Dieu que vous ■ h celui <[u"il ;t envoyé... Celui <|ui vieni à n i p;i*
faim, el «'cliii qui croil en moi n'aura jamai C'est la vol
de mon Mrs que quiconque voit le Fila el croil en lui, Bit la vis éternelle.. . Personne ne peui venir à moi, si mon Père, qui mxi envoyé, ne l'attire... Quiconque a entendu la voix de mon Père et p n- lui. vienl ;'i moi (-.M. • Or. cette foi. dont |
}-Christ, esl la foi surnaturelle, car celui qui l'aura obtiendra la vie éternelle El le Sauveur du monde décide qu'elle sol si
ntiellemeni divine, que personne m- peut l'avoir sans < impression céleste qui ouvre les oreilles du coeur, el qui répand M m- l'ànx l'intelligence de In vérité C'est l'œuvre de Dieu, «lu il. que voua i en celui qu'il a envoyé Personne ne peut venir
I, -i mon Père m l'attire, il' ureux ceux qui entendent la vota
' ' |, — (2) J« ii
du Père et sont dociles à ses inspirations, ils jouiront du royaume des cieux. La foi est donc le fruit de la grâce ; c'est une opération divine qui la forme en nous par l'onction sainte qu'elle répand dans nos cœurs. Ce serait en vain que la voix de Dieu se ferait entendre comme autrefois sur le mont Sinaï, près du Jourdain et sur le Thabor, s'il n'inclinait en même temps les cœurs vers la vérité, on ne la verrait pas, on ne la comprendrait pas, on ne la croirait pas. Quand le Sauveur eut demandé à ses apôtres ce qu'ils pensaient de lui-même, et que saint Pierre lui eut répondu qu'il était le Christ, le Fils du Dieu vivant, il ajouta : Vous êtes bienheureux, Simon Barjona, parce que ce n'est ni la chair ni le sang qui vous ont révélé ces choses, mais mon Père qui est dans le ciel.
Saint Paul enseigne, dans toutes ses Epîtres, que la foi qui sauve est l'effet de l'inspiration divine. « C'est par la grâce que vous êtes sauvés, écrit-il aux Ephésiens, en vertu de la foi ; et cela ne vient pas de vous ni de vos œuvres, mais c'est un don de Dieu, afin que nul ne se glorifie (4). » Or, si le commencement de la foi venait de notre volonté, il serait faux de dire qu'elle ne vient pas des œuvres, et nous pourrions nous glorifier en quelque chose.
« Il nous a été donné, dit-il aux Ephésiens, par Jésus-Christ, non seulement de croire en lui, mais encore de souffrir pour lui.» L'Apôtre « montre, dit saint Augustin, que l'un et l'autre est un don, puisqu'il dit que l'un et l'autre a été donné. Il ne dit pas : Pour que vous croyiez en lui plus pleinement et plus parfaitement. Il ne dit pas non plus que lui-même a obtenu miséricorde pour être plus fidèle, mais pour être fidèle, parce qu'il savait qu'il n'avait pas le premier donné le commencement, de sa foi à Dieu, pour en recevoir ensuite l'augmentation, mais qu'il avait été rendu fidèle par lui, comme il avait été fait apôtre (2). »
« Qui vous dislingue des autres ? dit encore saint Paul aux Corinthiens. Qu'avez-vous que vous n'ayez reçu ? Mais, si vous l'avez reçu, pourquoi vous glorifiez-vous comme si vous ne l'aviez pas reçu (5) ?» « C'est surtout par ce témoignage, reprend saint Augustin, que j'ai été convaincu, lorsque j'étais pareillement dans l'erreur, pensant que la foi, par laquelle nous croyons en Dieu, n'est pas un don de Dieu, mais qu'elle est en nous par nousiiirnies. (4). »
(1) Ephes., 2, 8. — (2) Lib. de Prœdest. Sancl., c. 2. — (3) I. Cor., i, 7.
— (i, lbid., c. 3.
26t< TROISIÈME l'Ai; TU .
Dtm ec même ouvrage, saint Augustin presse vigoureusement les sémipélagiens par ces autres paroles de saint Paul : Non que nous puissions penser quelque chose par nous comme venant de non- un mes, mais toute notre capacité Nient de Dieu 1 1). • Personne, dit-il, ne croit une chose, à moins <|u'il n'ait pensé auparavant qu'il fallait la croire... El la croire n'est rien autre chose que penser s elle avec assentiment. Car quiconque pense ne croit pas toujours... mais quiconque croit, pense, et en croyant il pense, et en pensant H croit. Si donc nous ne sommes pas capables de penser quelque chose par nous-mêmes, mais si toute notre capacité est de Dieu : assurément, nous ne Bommes pas capables de croire quelque chose par nous-mêmes, puisque nous né pouvons avoir la foi Bans la pensée, mais notre capacité, par laquelle nous
ms, est de Dieu... Ainsi donc, dans toute bonne œuvre, soit pour ii commencer, soit pour L'achever, notre capacité est de Dieu : ainsi personne ne se sufti t à soi-même, soit pour avoir le commencement île la fol, -"il pour l'avoir parfaite, mai- nuire capacité est de l'ieii ; puisque la foi, si elle n'est réfléchie, est nulle, et que nous jie sommes pas capables de penser quelque chose par nousmémes, mais que noire capacité est de Dieu (ï). »
grand Docteur, aussi modeste que profond, aime à s'appuyer sur l'autorité des Pères. Il eite ces paroles de saint Cyprien : « Nonne devons nous glorifier en rien, puisque rien n'est a nous et celles-ci de saint Ambroise: «Notre cœur et nos pensées ne sont pas en notre pouvoir; » puis ces autre- de saint I de Nazianze : « Confi Bsez, je vous prie, la Trinité d'une seule diviniié : ou, si vous aime/ mieux, dite- d'une seule nature; ci Dieu fera que ce que vous devez dire vous soit donne par le Saint- Esprit.... Il le donnera, \'*w >ui- certain ; celui qui a donné ce qui est en premier lieu, donnera ce q< i est en second lieu. » Puis il ajoute : • Lorsque de tel- et de -i grands Docteurs non- disent qu'il n'\ a rien dont nous puissions nous glorifier, comme étant de non- et que Dieu ne non- ait donné -, que notre cœur même et nos pens< es ne sont p;is en notre pouvoir : lorsqu'ils attribuent tout .1 Dieu, et qu'ils avouent que non- recevons de lui la de ix mi- convertir et de lui demeurer fidèles, la lumière pour voir
que ce qui BSl DOO DOUS CSt DOO B imil- im nu-, et le 1>oii VOUloiT
pour le désirer... assurément, ils attribuent touti - ces i hoses i la h u, reconnaissent que ce sont des dons de Dieu, et at<
TRENTIEME ENTRETIEN. 269
testent qu'ils sont en nous venant non de nous-mêmes, mais de lui (1). »
Saint Thomas donne la raison de ce dogme. « Puisque, dit-il, l'homme est élevé au-dessus de sa nature en donnant son assentiment aux vérités qui sont de foi, il faut que cela soit en lui par un principe surnaturel qui l'excite intérieurement, et qui est de Dieu (2).
« L'homme a besoin d'une puissance gratuite surajoutée à la puissance de la nature dans l'état de nature entière, quant à une chose, pour vouloir et faire le bien surnaturel (3). » Or, si la grâce était nécessaire à l'homme pour vouloir et faire le bien surnaturel, dans l'état de nature entière, à plus forte raison l'est-elle dans l'état de nature déchue. « Les actes qui conduisent à une fin doivent être proportionnés à cette fin. Or, aucun- acte n'excède la proportion du principe actif. C'est pourquoi nous voyons que, dans les choses naturelles, aucun être ne peut, par son opération, perfectionner un effet qui excède sa puissance active, mais qu'il peut seulement, par son opération, produire un effet proportionné à sa puissance. Or, la vie éternelle est une fin qui excède la proportion de la nature humaine, comme il a été dit plus haut. C'est pourquoi l'homme ne saurait, par les forces de sa nature, produire des œuvres méritoires proportionnées à la vie éternelle, mais il faut pour cela une puissance plus haute, qui est la puissance de la grâce. Donc l'homme ne peut, sans la grâce, mériter la vie éternelle. Il peut faire seulement des œuvres qui conduisent à un bien connaturel à l'homme (4).
» Il est dit (Joan., 6) : Personne ne peut venir à moi, si mon Père, qui m'a envoyé, ne l'attire. Or, si l'homme pouvait se préparer à la grâce, il ne faudraitpas qu'il fût attiré par un autre; donc l'homme ne peut se préparera la grâce sans le secours de la grâce.
» 11 y a deux sortes de préparation de la volonté humaine pour le bien. L'une, par laquelle on est préparé à bien agir et à jouir de Dieu. Une telle préparation de la volonté ne peut se faire sans le don habituel de la grâce, qui devienne le principe de l'œuvre méritoire, comme il a été dit. On peut entendre d'une autre manière la préparation de la volonté humaine, savoir, pour obtenir le don même de la grâce habituelle ; or, pour que l'homme se prépare à recevoir ce don, il ne faut pas présupposer un autre don habituel dans l'âme , parce qu'on procéderait ainsi à l'infini ;
(ij L'ib. de dono Pcrsever., c. 19. — (2) 2, 2, q. G, a. 10. — (3) 1, 2, q. 109, I. 2. — (<*) Ibid., a. B.
mais il faut présupposer quelqu< secours gratuit de Dieu, qui excite l'ame intérieurement ou qui inspire le bien proposé. I ar non- avons besoin du secours « l *- Dieu de ce- deux manit comme il a été dit. Que bOus ayons besoin du secours de Dieu pour non- communiquer le mo ivement, cela est maoift ili-- re, puisque loul agent agit peur une fin, que toute
cause tourne ses effets vers la Hn ; et, puisque l'ordre tirs Bas .-i selon rordre des agents ou des moteur-, il im nécessaire que l'homme soit tourné vers sa Bn dernière par l.i motion du premier moteur, Bn prochaine par la motion de quelque moteur
inférieur. Comme l'esprit du soldai « Bl porté a rechercher la \i<-loire par li motion du général, et à suivre le drapeau de pur la motion du tribun, kinsi done, puisque Dieu est le moteur proprement dit, c'est par sa motion que toute- choses se tournent vers lui, -• on l'intention commune du bien, par laquelle chaque tend à être assimilé i Dieu, selon sa manière. D'où saint Dons-, dans son livi su diwm, «lit que Dieu convertit t lui-même, mais qu'il convertit les homm- à lui m comme à une tin spéciale vers laquelle il- tendent, et a laquelle il- di - in ni s'attacher comme m leur bien propre, selon cette parole du psaume 73: Il m'est bon «le m'attacher a Dieu. D riiomme ne peut se convertir à Dieu, si Dieu ne le convertit. M.iis
.piirer ;i la grâce, c'est se convertir à Dieu. Comme celui qui i l'œil détourné de la lumière se prépare a recevoir la lumière «lu il, par là même qu'il tourne ses yeus vers le soleil. Donc il soi évident que l'homme ne peut se préparer a recevoir la lum de 1 1 me par un secours gratuit de Dieu qui e\eite inté-
rieurement.
« l i conversion de l'homme à Dieu se fait à la vérité par le libre arbitre, et, sous ce rapport, il est ordonne à l'homme d
convertir a Dieu ; mais le libre arbitre ne peut -e eotnerlir a Dieu, à moillS que Dieu ne le con\erli--e | -ci. -elon cette parole
{jrr'ii.. SI Convertisset-moi, et je serai converti, parée que
neur mon Dieu. Bl plus loin : Corn nous
leur, et non- serons convertis.
« L'homme ne peut rien (aire, s'il ne reçoit le mouvement de
Dieu selon cette : l, 45.) : Sans mol vous ne potfrea
rien foin pourquoi lorsqu'on dit que l'homme rail ce qui
h ion pouvoir, on veut due qu'il est au pouvoir de l'homme
r selon le mouvement qu'il reçoit de Dieu (l). »
il. 10», i ...
Le saint Docteur prouve ensuite qm l'homme ne saurait se relever du péché sans le secours de la grâce.
« L'Apôtre dit {Galal., 2.) : S'il a été donné une loi qui peut justifier, Jésus-Christ est donc mort en vain ou sans cause ; pareillement, si l'homme a une nature par laquelle il peut être justifié, Jésus-Christ est mort en vain. Or, ce langage est inconvenant ; donc, l'homme ne peut pas être justifié par lui-même, c'est-à-dire passer de l'état de péché à l'état de justice.
« L'homme ne peut aucunement ressusciter du péché par luimême sans le secours de la grâce. Car, puisque l'acte du péché étant passé, il resle l'obligation de souffrir une peine, ressusciter du péché n'est pas la même chose que cesser de pécher ; mais ressusciter du péché, c'est reconstituer l'homme dans tout ce qu'il a perdu par le péché. Or, l'homme encourt un triple détriment par le péché, savoir, la tache de l'âme, la corruption du bien naturel, et l'obligation de la peine. Il encourt la tache, en tant qu'il est privé de la beauté de la grâce par la laideur du péché. Le bien de la nature est corrompu, en tant que la nature de l'homme est désordonnée dans la volonté de l'homme qui ne veut plus être soumise à Dieu ; car, cet ordre n'existant plus, il suit que touîe la nature de l'homme qui pèche demeure désordonnée. L'obligation de la peine est ce par quoi l'homme, en péchant mortellement, mérite la damnation éternelle. Or, il est manifeste que ces trois choses ne sauraient être réparées que par Dieu. Car, puisque la beauté de la grâce provient d'un rejaillissement de la lumière divine, une telle beauté ne peut être réparée dans l'âme, si Dieu n'y répand de nouveau sa lumière ; il faut donc un don habituel, qui est la lumière de la grâce. Pareillement, l'ordre de la nature ne peut être réparé, c'est-à-dire que la volonté de l'homme ne se soumet à Dieu, si Dieu n'attire la volonté de l'homme vers lui, comme il a été dit. De même encore, l'obligation de la peine éternelle ne peut être remise, si Dieu, contre lequel l'offense a été commise et qui est le juge des hommes, ne la remet. C'est pourquoi il faut le secours de la grâce pour que l'homme ressuscite du péché, et quant au don habituel, et quant à la motion intérieure de Dieu.
« Ces paroles, levez-vous et Jésus-Christ vous éclairera, ne doi- \t ut pas être entendues dans ce sens que toute la résurrection du péché précède l'illumination de la grâce, mais dans ce sens que, quand l'homme s'efforce de ressusciter du péché par son libre arbitre, auquel Dieu a communiqué le mouvement, il reçoit la lumière de la grâce sanctifiante.
mOISIEME PARTIS.
« La raison naturelle n'est pas un principe suffisant de celte >"«iitc qui est dam l'âme par ht grâce justifiante : mais son principe estls tée par le péché. C'est pourquoi l'homme ne peut
par lui-même être réparé, mais lia besoin que la lumière de II i de nouveau répandue en lui : comme si l'on réuni-- ut à un corps mort pour le ressusciter (t). » :it rhomas nous «lit encore ces paroles >i remarquable « L'homme après le péché i besoin « i « ■ la grâce, pour plus de cho- [u'avant le péché, mais elle ne lui est pas plus nécessaire, parce que l'homme, même avant -ou péché, avait besoin d •■ pour obtenir la vie éternelle qui est l.i principale néeei de h grâce. Mais, après le péché, l'homme ;i besoin en outre de pour obtenir la rémission du péché et guérir sa fai- I we J). »
9 Ion la doctrine de saint Paul, la grâce est tout-à-fait gratuite, le ne vient pas dos oeuvres, autrement la grâce ne serait plus uni' grâce. Mais -i l'homme pouvait quelque ehose par lui-même, commencement de la foi dépendait de lui et l'accroissement Dieu, la trràce ne serait plus tout-à-fait gratuite, puisqu'elle proviendrait au moins en quelque chose de- bonnes œuvres ci du mérite de l'homme.
D'après le même Apôtre, il n'est personne qui d'abord ait donné quelque ehose à Dieu pour en recevoir une récompense, p que tout vient de lui, existe par lui et eu lui. Or, si l'homme poopar lui-même et sans te secours de la grnt e, faire quesejnes bonnes oeuvres dan- l'ordre «lu salut, il donnerait le premier à i quelque chose pour on recevoir une récompem La foi, dit encore ce même tpé re, esi la substance des ehot qu'on espère, l'argument des choses invisibles, dire l'ad-
i surnaturelles. Mais puisque ces vérités sont
; iSSUS de la nature existante, il \ aurait ronlradielion -i
Phomme pouvait par sa raison ou son intelligence naturelle, atteindre des vérités qui mou au-dessus de -;i nature. Les hommes ne seront sauvés que selon l'élection de ncore -oui Paul ; mais si l'homme pouvait avoir !<• commente ii f<>i p ir lui même, l'élection commencerait par lui, et dt f aux de dire qu'elle provient de divins oracles non- disent que Dieu ■ promis de donner la M - Dieu promet sa qu'il doit faire lui-même, i homme- \ un ni il ne serait
TRENTIEME ENTRETIEN. 273
plus au pouvoir de Dieu, mais des hommes, que les promesses de Dieu s'accomplissent (1). »
L'Eglise demande à Dieu qu'il accorde la foi à ceux qui ne l'ont pas, et elle le remercie de ce qu'il la donnée à ceux qui sont fidèles. Mais nous ne demandons pas à Dieu ce qui est en notre pouvoir. « Quand, dit saint Augustin, na-t-on pas prié dans l'Eglise pour les infidèles et ses propres ennemis, afin que Dieu leur accordela foi ?... Mais si l'Eglise croit que ce don de la foi provient d'elle-même, et si elle le demande à Dieu, ses prières ne sont pas vraies, mais insignifiantes ; ce qu'à Dieu ne plaise ! Car qui gémit véritablement, désirant recevoir de Dieu ce qu'il demande, s'il croit que l'objet de sa demande dépend de lui-même, et non pas de Dieu (2) ? » Et ailleurs : « La prière est le témoignage le plus manifeste du besoin de la grâce (5). »
Toutes les actions qui ont quelque rapport à la vie éternelle doivent être surnaturelles, au moins dans leur principe et dans leur motif, parce que tout doit être en proportion. Or, une œuvre ne peut être surnaturelle que parce qu'elle dépasse toutes les forces de la nature existante. Il y aurait donc contradiction dans les termes que l'homme pût faire, par sa nature, ce qui surpasse toutes les forces de sa nature. Aussi l'Ecriture remarque-t-elle que les apôtres ne comprenaient pas ce que Jésus-Christ leur disait, et il a fallu qu'il leur ouvrit l'intelligence et leur donnât le sens des Ecritures. C'est en vain que la parole frappe les oreilles si Dieu ne donne des yeux pour voir et un cœur pour comprendre (4), des yeux surnaturels et un cœur surnaturel. Saint Luc rapporte que Dieu ouvrait le cœur de Lydia, afin qu'elle fût attentive à ce que lui disait saint Paul (o).
Selon nos adversaires, c'est à l'homme de préparer son àme, de se convertir, de prier, de chercher et de frapper ; car Dieu le lui commande, et l'on rencontre de beaux exemples de ces dispositions préparatoires dans Zachée, le bon larron et le centurion. Les Pères de l'Eglise racontent qu'il y a eu des chrétiens parmi les Gentils, et que quelques-uns se sont préparés à recevoir le don de la foi par l'observation de la loi naturelle. Enfin, on conçoit qu'uu philosophe se démontre la vérité des faits évangéliques, et croie quelques-uns de nos mystères par celte seule démonstration.
On oublie toujours une chose essentielle, qui est de concilier
(1) Lib. de Prœdest. Sancl., c. 20, n. lit. — (2) Lih. de dono Pcrsever., c. 25, l. 63. — (3) Epist. 177, alias 93. —(4) Deuteron., 29. — (5) Ad., 16.
i ile-méoae, et lea -unis Pères aussi avec euxmêmes. Noua avons prouvé surabondamment, par l'Ecriture el ! - que l'homme ne peut absolument rien dans l'ordre
il n'es! prévenu par la grâce divine. Quand donc <ui l'exhorte .1 m convertir et à préparer Bon .une. on suppose qu'il réveau par li ai on l'eng ige a j coopérer, oar Mn ne
e .1 personnel / icbée, le cent irion Corneille, k bon larron et le- Gentils croyante <«ni d'abord reçu cette grâce pn ■ente. L'observation <le l.i loi oaturelle peut être appelée une <lisposition 1 li grâce, mais une disposition négative, en ce sens que celui qui rempli! ions aes devoirs ne met aucun obstacle a la réception de la grâce. Enfin, il > .1 comme deux faces différentes «lans In plupart desvériléa révélées, l'une naturelle, el l'autre bujv naturelle, ce qui les rend croyables el ce qui 1rs fait croire < >r, celai qui ne considère ses vérités qu'avec sa raison naturelle, les voit que du côté humain, el ao foi, bï tant est qu'elle exista . purement naturelle ; mais il ne Baurail lea croire surnalureUemem de Dieu, comme le Sauveur l<' «lit a Pierre, après que celui-ci l'eut reoonni peur le Fils de Dieu. Ki pourtant rien m lemblail plus facile, puisqu'il se disait le Fils de Dieu, et <|u'il confirmait sa doctrine par les plus éclatante miracles.
CONl [RMATÎON DE LA PREMIÈRE LOI GÉN1 RAI E ni M SURNATUREL. — L'ORDRE »t un \ 11111:1. PROPREMENT l>;
de rouTE n \n m: possibi
xf 1 -i' 1 ■
I 1 question que nous allons examiner fera voir que la disfine* non que noua avoni établie entre rordre naturel et l'ordre iurns> inrei est bien fen ; l' lurona bien ans mu*
prendrons parfaitement 1 ensemble de toutes les vériu - ii< rordre
mm l'un 1.
NCLOtioi - L'Ansjum de a o/nre iê plus parfait,
TRENTE- UNIÈME ENTRETIEN. 271i
auraH encore besoin de la grâce pour connaître ou fuir* quelque chose dans V or cire surnature! proprement dit.
Cette conclusion est défendue, comme très-probable, par la plupart des théologiens ; elle nous parait, à nous, certaine et évidente.
« Nous prêchons, dit saint Paul, la sagesse de Dieu renfermée dans son mystère ; cette sagesse cachée qu'il avait prédestinée avant tous les siècles pour notre gloire ; sagesse que nul des princes de ce monde n'a connue ; car, s'ils l'eussent connue, ils n'eussent jamais crucifié le Seigneur de la gloire. Et de laquelle il est écrit que l'œil n'a point vu, l'oreille n'a point entendu, et le cœur de l'homme n'a jamais conçu ce que Dieu a préparé à ceux qui l'aiment. Mais, pour nous, Dieu nous l'a révélé par son esprit, parce que l'Esprit de Dieu pénètre tout, jusqu'aux secrets les plus profonds de Dieu ; car qui des hommes connaît ce qui est de l'homme, sinon l'esprit de l'homme qui est en lui ? Ainsi, nul ne connaît ce qui est Dieu, que l'Esprit de Dieu. Or, nous n'avons point reçu l'esprit du monde, mais l'Esprit de Dieu, afin que nous connaissions les dons que Dieu nous a faits. Et nous les annonçons, non avec les discours qu'enseigne la sagesse humaine, mais avec ceux que l'Esprit enseigne, comparant les choses spirituelles aux spirituelles. Or, l'homme animal ne perçoit point les choses qui sont de l'Esprit de Dieu ; elles lui paraissent une folie, et il ne peut les comprendre, parce qu'on doit les juger par une lumière spirituelle. Mais l'homme spirituel juge de tout et n'est jugé par personne. En effet, qui connaît l'Esprit du Seigneur, pour l'instruire et le conseiller? Mais nous avons le sens (ou l'Esprit) de Jésus-Christ (1). »
Ces paroles méritent d'être approfondies-. Il est ici question des choses surnaturelles proprement dites, de ce que Dieu réserve à ceux qui l'aiment, c'est-à-dire du bonheur et de la gloire du ciel. L'Esprit de Dieu seul les connaît, parce qu'il scrute les profondeurs de Dieu, parce que son intelligence est en équation exacte avec l'essence divine. Puisque 1 Esprit de Dieu connaît seul ce qui est de Dieu, il a fallu que nous le reçussions pour connaître les dons qu'il nous a faits ou les dons surnaturels. L'homme animal, c'està-dire avec les forces de sa nature, ne les perçoit point, et il ne peut les comprendre, parce qu'il n'a pas le sens surnaturel nécessaire pour les connaître ; pour nous, nous pouvons les connaître, parce que nous avons reçu le sens de Jésus-Christ. La vie éter-
(\) I. Cor., 2, 7elserj.
nclle esl donc un des secrets de Dieu, que mil autre que l'Esprit île Dieu ne connaît. Or, quelque parfaite que -<ot la nature de rhomroe, de lui m l'Esprit de Dieu il y aura toujours une distance infinie. Donc, la vie éternelle ei lotu les dons que Dieu nous a faits, ou l'ordre surnaturel est au-dessus de toute nature créée et possible : donc, dans l'étal île nature le plus parfait, l'homme aurait encore besoin de li grâce pour connaître, vouloir ou opérer quelque cbose dans l'ordre surnaturel.
N »us ;i\i»ns démontré, par l'Ecriture ei par les Pérès, <jue la esl une vraie participation a la nature de Dieu, et qu'elle établi! une union substantielle entre l'homme et Dieu. Ecoutons emore ce que non- <lit à ce sujet -aint llilaire, expliquant les effets que la sainte Eucharistie produit dans les âmes. « <Juc cette unité (formée entre Dieu et le chrétien par IKneharislie) soit une unité par nature, lui même l'atteste ainsi : Celui qui mange ma chair et qui hou mon sang demeure en moi et moi en lui. Car quelqu'un ne peut être «n Jésus-Chrisl que Jésus-Christ ne soil en lui. prenant la chair de celui qui aura pris la sienne. Or, il usait déjà enseigne le mystère de cette unité, disant : De même que mon I h- Dieu \i\ant. m'a envoyé, et que je vis par mon Père, celui qui mangera ma chair vivra par moi. Il \it donc par son Père, et de ta manière qu'il \it par son Père, nous vivons par -a chair. Car toute comparaison esl employée pour donner l'intelligence, afin que ce qui est en question -<>it compris par l'exemple proposé (l). •
BlUuard se demande si les irois personnes divines -ont substantiellement présentes à l'âme par la grâce sanctifiante; il répond affirmativement et prouve son assertion par l'Ecriture et de- raiihéologiques
1 mtenson prouve que. par la grâce, Dieu n'est pas seulement présent dans Pâme du Juste affectivement ou par amour, mais ire physiquement, réellement ou substantiellement, nonnffcciitf tolùm ted pkyticè, r aliter il tubstantialiter 3 . Entre autre- preuVes, :l cite le témoignage <\<' saint rhomas : « Les modes par lesquels Dieu existe dans les ni distincts du en
la créature, en tant qu'elle est ordonnée a Dieu et qu'elle lui esl uni'- «le diverse manière, et non par une différence de raison li'incnt. < ar puisque ihcn esl dit cire dans h1- cl Ion qu'il
leur esl appliqué de quelqu< manière, il faut que là où se trouve un mode différent d union et d'application, il > ait un mode diffé-
i /. i i. ii
rent d'être. Or, la nature est unie à Dieu par une première manière, selon une ressemblance seulement, en tant qu'on trouve dans la créature quelque ressemblance de la bonté divine, non qu'elle atteigne Dieu selon sa substance ; et cette union se rencontre dans toutes les créatures qui représentent la bonté divine; et ce sera le mode commun, par lequel Dieu est dans toutes les créatures par son essence, sa présence et sa puissance. Secondement, la créature atteint Dieu considéré selon sa substance, et non selon sa ressemblance seulement; et cela se fait par une opéralion, savoir, lorsque quelqu'un adhère par la foi à la vérité première, et par la charité à la souveraine bonté même ; et c'est un autre mode par lequel Dieu est spécialement dans les saints par sa grâce (1). »
Par la grâce il s'établit, entre l'àme et Dieu, une union substantielle, une union qui diffère essentiellement de celle qui existe entre lui et les créatures. Or, quelque parfaite que soit la nature de l'homme, par lui-même il sera toujours une créature et ne pourra s'unir à Dieu que par le mode commun à toutes les créatures.
Saint Thomas dit encore : « L'homme est naturellement le principe de ses actes par son intelligence et sa volonté ; or, la dernière béatitude préparée aux saints excède son' intelligence et sa volonté, car l'Apôtre dit : L'œil n'a jamais vu, etc.; donc l'homme ne saurait obtenir la béatitude par les forces de sa nature.
» L'homme peut acquérir par les forces de sa nature, de la même manière que la vertu, dont la pratique est la source, la béatitude imparfaite, dont l'homme peut jouir en cette vie. Mais la béatitude parfaite de l'homme consiste dans la vision de l'essence divine ; or, voir Dieu par essence , est non-seulement au-dessus de la nature de l'homme, mais encore de toute créature, comme il a été montré plus haut. Car la connaissance naturelle d'une créature quelconque est selon le mode de sa substance, comme il est dit de l'intelligence dans le livre des Causes, qu'elle connaît ce qui est au-dessus et au-dessous d'elle selon le mode de la substance; or, toute connaissance, qui est selon le mode de la substance créée, fait défaut pour la vision de la divine essence qui dépasse infiniment toute substance créée ; d'où il suit que nul homme, ni aucune créature ne peut obtenir la dernière béatitude par les forces de sa nature (2).
» Aucun être ne peut agir au-delà de son espèce, parce qu'il
(i) In \ . dist., 57, q. 1, a. 2. — (2) 1, 2, q. 5, a. 5.
faut toujours .nu' la saUSC soit plus parfaite que l'effet. Or, le don de l\ trace dépasse toute faculté d'une nature créée, puisqu'elle 11'. -i in h autre chose qu'une certaine partieipation à la nature divine, qui dépasse tome intre nature; c'est pourquoi il est im- >ible qu'aucune créature soil la cause de la grâce. Car de iin'me qu'il est impossible que quelque chose communique II chaleur, >i i .- n'esl te feu seul, ainsi I tsair ■ que Dieu seul dnfie, en
communiquant une part de la nature divine par une certaine parricipation de ressemblance I .
» L/assompUon (de la nature hum ilne] qui sa fait par d'adoption, >«• termine, à une certaine partieipation de la nature divine, selon une certaine assimilation a -a bonté, diaprés cet paroles 'le simi Pierre : Pour que vous deveniez participante <le la nature divine (S). »
i i tin île l'ordre surnaturel est de voir Dieu par essence nu tel qu'il est en lui-même : or, voir Dieu en lui-même, tel qu'il est. BBl une minière de voir uniipieineni propre ,i Dieu, a l'être qui « I par lui-même : ear pour le voir tel qu'il est en lui-même, il |,mt une faculté île voir aussi parfaite ou aussi élevée que l'objet à voir, autrement l'effet serait plus parfait que la cause, ce qui implique contradiction. Dieu seul possède donc par sa nature la feeulu
•C \oir lel qu'il est, parce que son intelligence forme mie équation avec SS nature. Aucun être créé ne peut doue par sa nature connaître Dieu tel qu'il BSt, parce que -on intelligence, quelque nie qu'on la suppose, -cra tOUJO r> infiniment aii-dc — ou» de
l'objet à connaître, qui est Dieu. L'ordre surnaturel est dont
deeSUS de tOUte nature ei •■, ,• ri même pOSSÏblC DoBC, dans toute
hypothèse, la jera toujours nécessaire pour voir I
divine, qui est la fin de l'ordre surnalural. Telle est, li noua ne nous trompons, l'argumentation de saint Thomas, qui noua parait évidente ci incontestable.
« \iicun être ne peut agit au-delà de -on espèce, parce qu'il faut
toujours que la cause son plus parfaite que l'effet. • Partanl d<
I /' uiiuiii fjubd nul' rr ultm .«/
non '"■ Dottum nu> 'iinern
i nihil a/iud m' •/" ■>• • < > dt-
' omnrm aliam nnturam ; ri \<ifn im/<u«»i/>i,
. \mdnm $imilit*
principe que vient de poser saint Thomas, nous pouvons faire ce raisonnement qui nous semble péremptoire. Une pierre, une roche, du plomb, du fer, de l'or, de l'argent sont des êtres dans leur espèce ; et bien que Dieu puisse créer des pierres, des roches, du plomb, du fer, de l'or, de l'argent, avec une perfection indéfiniment plus grande que celle de ces minéraux dans leur état actuel, il ne pourra cependant, quelque puissant qu'il soit, donner à ces minéraux une nature ou une vie aussi parfaite que celle qu'il donne aux végétaux, aux plantes et aux arbres, à moins qu'il ne leur communique ce qui constitue la nature ou la vie des végétaux, des arbres et des plantes. Nous pouvons raisonner de même sur les végétaux et sur les animaux. Dieu peut bien produire des plantes indéfiniment plus parfaites que celles qui existent, mais il ne saurait leur donner la perfection ou la vie propre aux animaux, qu'en leur communiquant ce qui fait la nature de l'animal. Il peut créer des animaux plus parfaits que ceux que nous voyons ; mais ils n'atteindront la perfection de l'homme, que lorsque Dieu mettra en eux ce qui constitue la nature ou la vie de l'être raisonnable.
Donc aussi, quoique Dieu soit assez puissant pour créer des êtres raisonnables plus parfaits que l'ange et l'homme, il lui est impossible d'en créer qui aient la vie divine, à moins qu'il ne leur communique sa nature, non telle qu'elle est en lui et dans son intégrité, mais par participation. Or, par la grâce, l'homme est déifié; nous l'avons prouvé plus d'une fois ; et il suffirait, pour s'en convaincre, de considérer que la nourriture d'un être est toujours en rapport avec sa nature. Ainsi, parce que le corps de l'homme se nourrit et se fortifie par la matière, nous concluons qu'il est matériel. Et parce que l'intelligence de l'homme se nourrit et se fortifie par un aliment intellectuel et incorporel, nous concluons que lame de l'homme est spirituelle. Mais le chrétien a pour nourriture, le corps, le sang, lame, la divinité toute entière de Jésus- Christ. Donc, puisque la divinité est la nourriture du chrétien, nous pouvons et nous devons conclure qu'il est déifié. L'homme ne peut donc atteindre, quelque parfait qu'il soit, à la vie divine ou à la déification, par sa nature, et il est nécessaire que Dieu le rende gratuitement participant de sa nature. Donc l'ordre surnaturel est au-dessus de toute nature créée et possible, et, dans toute hypothèse, l'homme aura besoin de la grâce pour parvenir à sa fin surnaturelle.
On peut sans doute élever contre notre conclusion des difficultés assez sérieuses. Mais qu'on n'oublie pas que toute la question se réduit à savoir si notre démonstration est solide ou non ; et
l>> TROISIEME PARTIE;
nous croyons qu'elle ne laisse rien à désirer. Mais nous ne nous ehargeons pas d'expliquer le comment. Les sciences naturelles
• des phénomènes, des faits, des lois ; elles démontrent des propositions ci des théorèmes. Elles donnent le pourquoi, parce que o est ce qui constitue là science : mais près |ue jamais elles ne disent le epmtnent. Or, nous ;i\ ods dit pourquoi l'ordre surnaturel e<t ait- dessus de toute nature créée et même possible, «•i nous défions l'argumentation In plus subtile de prouver qu*Il \ Dtradiction dans nos raisonnements; Nous p<-n-i .n- même qoe si l'on rejette noire conclusion, tout devient inexplicable ei semble même contradictoire dans la doctrine catholique. En effet, par
nous sommes fatts enfants de Dieu autrement que par la nature, nous sommes rrères^ de Jésus-Christ, héritiers de Dieu et cohéritiers de Jésus-Christ. Or, il y a trois vies en Jésus-Christ, la vie du corps, la vie de l'âme raisonnable et la vie divine. Hou trois vies doivent être aussi en nous; autrement nous ne serions pi- enfants de Dieu par adoption, frères de Jésus-Christ, héritiers héritiers de Jésus-Christ.
Mats* comment un être créé peut-il participer à la nature divine? Comment un être fini peut-il participer à l'infini : EncOTe One f n i < , nous ne nous chargeons pas d'expliquer le comment, puisqu'un ne l'explique pas même dans les sciences physiqut naturelles. Mars nous soutenons qu'on ne prouvera jamais qu'il v ait contradiction qu'un être créé participe, par un don gratuit, à h nature divine. En effet, toute créature, par là même qu'elle est
un <"'lre continrent, doit rire DOTnée : et c'est pour celle raison que sdinl Thomas prouve que le< anges, bien que leur nature <n i t incorrorptible, n'étaient cepen tant pas immortels pur leur hait mais seulement par grâce : et jamais philosophe n'a pu démontrer que l'âme est immortelle1 par s'a nature. I ;i raison qu'en donm le l> icteur angéliqUe flous parait évidente : une créature est néifremeut un être fini; Il est donc fini dans sa durée Comme les autres rapports, et rimmortalité est quelque chose d'infini. En considérant les êtres ioos le rapport de la durée, on peut en distinguer de trois sortes : Dieu qui, par sa pâture, est eti rnel,
n'.i m cuiiuiiciici nient ni lin ; tOUlC iTc.ilure ipn. par m naliire. doit nvoir un eommei meut cl une lin. et les être* que Dieu rend
Immortels p h qui ont un commencement et qui n'auront
le fin. l 'frrimortalité est donc une durée qui participe h le fols
au tini ci .1 1 infini. < >r. jamais personne n*i prétendu que Nummî
tallté fût impoealble, etjanlltl OU m prouvera qu'elle renferme
radiction. Qu'on admette l'éternité simultanée ou l'éternité
TRENTE-UNIEME ENTRETIEN. S8f
successive, peu importe, l'immortalité est quelque chose d'infini ; ce n'est pas l'infini proprement dit, mais l'infini participé. L'immortalité, dit saint Thomas, avec sa profondeur ordinaire, est une participation à l'éternité divine. Donc il ne répugne pas qu'un être créé soit immortel, non par nature, mais par grâce ou don gratuit.
Mais puisqu'il n'y a pas contradiction qu'un être créé participe à l'éternité de Dieu, c'est-à-dire à une perfection infinie, pourquoi y aurait-il contradiction qu'il participe aussi à d'autres perfections et d'une manière analogue ?
D'après ces explications, on conçoit avec la dernière évidence que l'ordre surnaturel soit au-dessus de toute nature créée et même possible, puisque toute nature créée est nécessairement bornée et finie, quelque parfaite qu'elle soit, tandis que l'ordre surnaturel est une participation à la nature divine et aux perfections divines.
Cette première loi du monde surnaturel et divin existe pareillement dans.la création. Rien n'est plus évident que cette proposition : L'homme, avant d'exister, avant même d'être conçu, ne saurait agir ni faire le moindre mouvement, par la raison que, pour agir, il faut être. Mais celle-ci n'est pas moins évidente : L'être surnaturel ne saurait rien faire, absolument rien, avant qu'il soit être surnaturel ; or, c'est parla grâce seule que l'homme est fait ou au moins conçu comme être surnaturel. Donc l'homme sans la grâce, ou l'homme non surnaturel ne peut rien faire de surnaturel. Qu'on me permette cette comparaison, à cause de son extrême justesse : Quelque parfait que soit un singe, il ne fera aucun acte humain ou raisonnable, tant qu'il restera singe, et qu'il n'y aura pas en lui le principe qui constitue l'être raisonnable. Or, l'hérésie des pélagiens revient à dire que l'homme peut agir avant d'exister, qu'un être d'une nature infiniment inférieure peut faire des actes infiniment plus parfaits que sa nature, ou qu'un singe peut faire des actes humains ou raisonnables (1).
(1) Si les pélagiens, avons nous dit (2° entretien), nient que l'homme soit destiné à une fin surnaturelle, ils renversent tout le christianisme. S'ils supposent qu'il a une fin surnaturelle et divine, en prétendant qu'il peut l'atteindre par les seules forces de sa nature, ils doivent conclure que sa nature est divine, qu'il est Dieu ; c'est le polythéisme d'abord , mais, le polythéisme étant absurde, il faut qu'ils aboutissent au paulhéisme.
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