SECONDE LOI GÉNÉRALE DU MONDE SURNATUREL
Messieurs,
Dans le système des protestants, voici la manière dont le pécheur arrive à la justification. L'homme qui est essentiellement pécheur, sans aucune activité propre, reste dans le péché jusqu'à ce que, épouvanté par la prédication de la loi, qui lui fait connaître ses péchés, il reçoive un secours de Dieu qui l'empêche de tomber dans le désespoir. Son âme, frappée de terreur, appréhende par la foi, qui seule justifie, les mérites du Sauveur. A cause de ces mérites, Dieu déclare juste ce fidèle, quoiqu'il rie soit pas juste en lui-même. Mais bien qu'il soit réputé innocent et affranchi de l'obligation de subir la peine due au péché, le péché originel, avec ses manifestations, reste persévéramment en lui, et
Wi TROiSEBME PARTIE.
il n'a qu'une justice extérieure. Ll foi justifie seule, à la vérité, unis elle W demtaarC pas seule ; car à la justification se joint la >;iiMiiii.-.iiKMi. et la foi m manifeste p;ir lei bonnes <iu\res. Delà il >u\\ que la Justification :ipp:irt icnt à Dieu seul, et que l'homme n'\ eobpél •• fit ririi, parce qu'il est toujours p;»ssif, et que c'est la Saint-Espril qui produit tous ses actes en lui. De cette sorte, toute l.i p loi if revient uniquement a Dieu dans l'cruvre de la justification, sans que l'homme puisse B'en attribuer l:i moindre partie. Telle est là doctrine dé Lother, et celle de Gniwin n'en diffère que mii- quelques pointi 1res*
Il n'est pas difficile d'apercevoir toutes les erreurs renfermées dan- me. Cependant, nous les ferons mieux ressortir en-
core ni démontrant l^aaU'ittifoi seule ne justifie pas ; 2° que la fol qui j 1 1 s t i t i t ■ nïst pas celle des protestants.
I'hfmii ni Conclusion. — La foi siule ne j m li fie pas mine suffit pas pour la juso/lration.
Le Concile de Trente l'a défini} session \ I. canon 9* : « Si quelqu'un (lit que l'impie est jusiuie pan II seule toi. en sorte qu'il entende par là que, pour obtenir la grâce de la justification. On n'a besoin d'aucune autre chose qui \ coopère, et qu'il n'est nécessaire en aucune manière qu'on s'> prépare et qu'on s \ dispose par le niomenifiit de -;i \olonte, qu'il soit anathenie. »
« Si l'impie, dit le Sciçrneur, fait pénitence de tous les péchés qu'il a coinnn-. et garda t- in mes préceptes, observe ht jugement ei Injustice, il vivra de la Vie et il ne mourra pas (1)... Convcr- Ussi v-\ons .i moi. du le Seiirneur des armées, ei je me convertir.ii a aooa (I ... relui qui est sans In crainte ne peut être justifié 5)... Celui qui espère dans ra Seigdeur'sera guéri 'i...iene sont pas ceu\ qui ^observent qui seront justifiés 3 | i maj
foi c.ipahle de transporter les tDOniagtieS, niais, si je n'ai pas la
charité, je ne suis rien t, ... la circoncision du l'ifssirconcisiOl
ne f ut rien en Jésus-t .!nisi. niais la foi qui opère par la chante (7).
Un Mresi dit l'apôtre saint .lac, pies, que servira-t il a quel*
qu'un de dire uu'il a la foi, S*ll n 'a pas les OBUVreS I B toi poiirra-
i-»die le sauver tQoèsi>un de vos frères on une de vos ftcanrs n Un! point de quoi si rétlr", et «pi ils manquent de es qui leur est nécessaire chaque jour pour vivre ; el que quelqu'un d'entre vous
leur dise : \lliv eu paix, |e \,m, -ouliaile de quoi VOUS couvrir et
de quoi manger, s-ans leur donner néanmoins de quoi satisfaire
i ! | . i | |) r. -i. . lis. (i) p ..
(3 Itom.. t, 13 -
aux nécessités de leurs corps, à quoi leur serviront vos souhaits ? Ainsi, la foi qui n'est point accompagnée des œuvres est morte en elle-même. On pourra donc dire : Vous avez la foi, et moi j'ai les œuvres ; montrez-moi votre foi qui est sans œuvres, et moi je vous montrerai ma foi par mes œuvres. Vous croyez qu'il n'y a qu'un Dieu, vous faites bien ; mais les démons le croient aussi, et ils tremblent. Mais voulez-vous savoir, ô homme vain, que la foi sans les œuvres est morte ? Notre père Abraham ne fut-il pas justifié par les œuvres, lorsqu'il offrit son fils Isaac sur l'autel ? Ne voyez-vous pas que sa foi était jointe à ses œuvres, et que sa foi fut consommée par ses œuvres ? Et qu'ainsi cette parole de l'Ecriture fut accomplie : Abraham crut ce que Dieu lui avait dit, et sa foi lui fut imputée à justice, et il fut appelé ami de Dieu ? Vous voyez donc que l'homme est justifié par les œuvres, et non seulement par la foi (1). » Les œuvres ne sont donc pas les fruits de la foi et les marques de sa présence, autrement l'Apôtre aurait dû dire que la foi n'existe pas, là où il n'y a pas d'œuvres.
Ces paroles sont tellement claires et renversent si évidemment le système des protestants, qu'ils n'ont vu d'autre moyen d'en éluder la force, qu'en rejetant du canon des Ecritures cette Epître de saint Jacques. Façon très-commode de raisonner ! Quel est l'avocat, si sot qu'il soit, qui ne puisse gagner toutes les causes, s'il lui est permis de dire à la partie adverse : Vous me citez un texte de loi très-clair, mais je ne reconnais pas l'existence de cette loi ?
Et quand cette Epitre ne serait pas canonique, ils ne seraient pas plus avancés. Car les autres textes que nous avons cités ne sont pas moins formels ; ils prouvent que la foi seule ne justifie pas, mais seulement la foi qui opère par la charité ; que la crainte de Dieu est requise pour la justification ; que la foi, sans la charité, ne sert de rien ; que l'impie ne peut vivre de la vie, s'il ne fait pénitence de ses péchés et n'observe les préceptes du Seigneur ; enfin, que celui qui n'aime pas demeure dans la mort. Donc, outre la foi, d'autres vertus sont nécessaires pour la justification ; savoir, l'espérance , la crainte de Dieu , la charité, l'observation des commandements et la pratique des bonnes œuvres.
« A ceux qui croient. en Jésus-Christ, dit Origène, et qui cependant ne déposent pas le vieil homme avec ses actes, la foi ne peut pas leur être imputée à justice (2). »
(1) Jacol), 2, U et seq. — (2) Oral., in cap. i, Epist. ad Rom.
TROISIEME pautii;.
« Sans ta foi, ajoute saiol tmbroise, il n'est pas possible d'être smrré, mats la fol seule rie surfil pas. Il esi nécessaire que la foi opère par la cbarfté, induise d'une manière digne de
« \i l 'irnvrt' sans la f"i. reprend saîm Bernard, ni la toi sans les irmriN ne S)tlfTTseflt pour la droiture dé Pâme (4). »
El salril Augustin : « Beaucoup tfiseni . Je crois; mais lo foi sans les œuvres ne sauvé pas (3)... L'homme commence par le fni. maïs les dénions croienl el tremblent... A la foi, ajoutez donc Pespéram é, el h l'espérance elle-même, ajoutez la charité I.n maison de Dîéii e>i rbndée par la foi, élevée par l'espérance, jfjerfectrbntiêe pir In charité (5). »
La ddètrîne des protestants détruit toute la morale et tout le christianisme. Que serait, en effet, nue religion qui n'aura il qu'un seul précepte, celui aé crojre ? Quel reproche adresserez-vous au protestant, dont la conduite n'est pas chrétienne ? Vous lui dii
. car lès Impudiques seront exclus du royaurqe des deux. Il vous répondra : Je crois. — » vous enivrez p is : — Je crois. — Faites pénitence «le vos péchés ? — Je crois. — Aimez mu- les hommes ? — Je créais. — Trie/ sans se/ |)as rfe prier ? — Je crois. - - Ne faites pas de vol? — Je erois.
— !Vê eorrimelt'él pas d'adultère? — Je crois. L'homme nVt-il donc que des veux pour voir el des oreilles pour entendre ? N'at-il pas aussi dés bras pour travailler, des pieds pour marcher, un estomac pour digérer ? Son âme n'a-t-elle qu'une seule faculté,
Celle de l'nmi aiire et de croire? — Quelle profonde pHié l'on
iuve à la vue d'une phrèïHé foliel Quoi, nouveaux Docteurs !
/ dan- I homme que <a tète ? — Vous lui retranchez
mit * — Est-îl i inimani qu'on ne rencontre parmi VOUS ni des
Vincent de Paul, ni de- Frànïjôîs Xavier, ni des François de Sales ?
— Il ne peiu plus v a\oir que dès ns cœur. El voiis vous Hit<> les apôtres île la charité !
Quand salnl Paul attribue, dans son Epitre aux Romains, lajusitlort a la foi seule, à l'exclusion des œuvres, d a soin d'ajouter, de in toi. Ce rie s'ont pas, en effet, les œuvres de la loi, ni celles de la nature, ipii puissent nous mériter la justification nous sommes [ustiflés gratuitement par la f<>i. c*esl-à-dir< jjue la foi est le commenccmcnl du salut, le fondement et la racine de la
{\)(\mm'nl. ni | ff i. Il/ml. id H I I ' '
<t. J.an.— \i) xr.n. I •' 1/><M<.— (3 i
justification, et que rien sans la foî ne saurait nous justifier, ni les œuvres de la loi, ni les bonnes actions naturelles, ni rien qui précède la justification. Mais la foi, l'espérance, la charité imparfaite et les vertus morales sont requises comme des dispositions nécessaires à la justification. Avec cette explication , tout se concilie dans l'Ecriture ; sans elle, tout est contradictoire.
Cependant, les prolestants distinguent trois espèces de foi : la foi qu'ils appellent historique, par laquelle nous regardons comme vrai ce que Dieu a révélé ; la foi des miracles, par laquelle nous sommes convaincus que Dieu a la puissance d'opérer des prodiges ; la foi des promesses qui nous porte à croire que les promesses de Dieu touchant la rémission des péchés sont vraies, soit en général, par rapport à tous les hommes qui croient en Jésus- Christ, soit en particulier, par rapport à chacun qui croit que ses péchés lui sont remis, ou plutôt lui ont été remis par Jésus-Christ. Ils prétendent donc que la foi qui justifie, qu'ils nomment confiance, est cette foi spéciale par laquelle quelqu'un croit que ses péchés lui ont été remis.
Ce qui revient à dire que ce n'est pas la foi qui justifie le pécheur, mais la confiance. Et comment cette confiance justifie-telle le pécheur ? Est-ce par manière de vertu qui est répandue dans Tàme, qui la change ou la transforme, comme les catholiques le disent des vertus chrétiennes ? Nullement. Cette confiance est comme un instrument, qui n'établit aucun rapport entre l'âme et Jésus- Christ, mais nécessaire néanmoins pour appréhender Jésus-Christ. Ce que Calvin explique par la comparaison d'un vase qui renferme de l'or. Il n'y a aucun rapport intrinsèque entre un vase d'argile qui est toujours d'une vile matière, et l'or qui est toujours précieux. Ainsi Jésus-Christ, appréhendé par la foi, est toujours la pureté même, tandis que l'homme reste toujours impur dans son intelligence et dans son cœur. On le voit, il y a une distance infinie entre la confiance ou l'espérance entendue dans le sens catholique et la confiance des protestants. Mais, quel que soit le sens qu'ils lui donnent, il nous suffit, pour les réfuter, de déterminer quelle est la foi qui justifie.
Seconde Conclusion. — La foi, qui est nécessaire pour la justification, ri est pas la confiance aux promesses de Dieu, mais un assentiment ferme oux vérités révélées. Cette conclusion est de foi catholique.
Le Concile de Trente condamne ainsi les erreurs des protestants, session VI, canon 12e : ■ Si quelqu'un dit que la foi justifiante n'est autre chose que la confiance en la divine miséricorde,
lit >I<II.MK PARTIE.
qui remet les péchés a patine «!*■ J< -u>-( '.hrist, ou que c'est par cette seule confiance que nous sommes justifiés, qu'il soitonathème. »
; i" : « Si quelqu'un • 1 î t qu'il est nécessaire a tout homme,
pour obtenir 1;» rémission de ses péchés, 4e croire certainement,
ma hésiter sur sa propre faiblesse et son indisposition, que
| èebés luj -ont remis qu'il .-ml analliénie. »
•i on i '. : « Si quelqu'un dit qu'un homme esi absous de péchés, et justifié dès là qu'il croit avec certitude être absous et jusiiti''. ««u que personne n'est véritablement justifié que celui ■u ae croil justifié, et que c'çsi par cetye seule foi que l'absolution
i justification s'accomplissent • qu'il soi! anathème, » Il définit la doctrine positive dans le chapitre 0% que nous
tts cité |i!u> haut.
La foi qui justifie n'est pas la confiance aux promesses de Dieu, mais une adhésion aux vérités révélées. « Les adultes, dit ce même Concile, chap. 6, se disposent à la justice, lorsqui et aidés par La grâce de DieUi concevant la foi par rouir, se pprlibremenl vers l)i<u. croyant et tenant pour véritables les ses que Dieu a révélées el promises, el celle-ci surtout, que • Dieu qui justifie le pécheur par sa çràçe en \ertu de la réiption de Jésus-Christ. » Or. croire et tenir pour véritables les ses que Dieu a révélées el promises, c'est dooner son assentiment à ces mêmes vérités.
• Prêchez l'£vangile à toute créature, dit le Sauveur à ses apôtres, celui qui croira ej sera baptisé, sera sauvé l). » Vprès avoir raconte la vie elles miracles de Jésus-Christ, saint Jean ajoute :
i çrit( i, afin que vous croyiez que Jésu
le Christ, le Fils de Pieu, e| atin qu'en croyant vous obteniez la
vie éternelle en son nom $),.. Si %,,"> confessez de bouche le
ucur Jésus, dit l'Apôtre «les nations, et si vous croyez dans
\otre eu-ur que Dieu l'a re^u-iiié d'entre les morts, vous serez
: uni l'eunuque de la reine < .uid.n »• demande le Paplèrne au rc Philippe, celui-ci lui répond : Si \oii* ero\e/ de lOUl VI
: , ji- puis Non- le donner, l.i l'eunuque, reprenant, lui dit : Je i lus I ht ist est le Fils de Dieu
« l.i foi, dit miiiI Paul aux II( lueu\. psi le fondement de* elio
|ue l'on d rcr, et une pleine conviction de celles qu'on
i! point... Qï| d est impossible de plan. D eu sans la foi •
■ - lî) Sor I
car, pour s'approcher de Dieu, il faut croire premièrement qu'il y a un Dieu et qu'il récompense ceux qui le cherchent (4). »
Or, croire que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, qu'il est ressuscité d'entre les morts ; que Dieu existe et qu'il récompense ceux qui le cherchent ; croire les vérités de l'Evangile, c'est adhérer à ces mêmes vérités et non pas avoir la confiance que les péchés sont remis. iMais cette adhésion est la foi que l'Ecriture requiert pour la justification, comme on le voit par les témoignages que nous avons cités.
Dès les temps apostoliques s'introduit l'usage constant et universel d'exiger des catéchumènes, qui se présentent pour recevoir le baptême, une profession expresse et publique des articles de foi contenus dans le Symbole des Apôtres. Il n'est jamais question de cette confiance dont parlent les hérétiques. Cependant il n'est pas croyable que depuis Jésus-Christ jusqu'à Luther et Calvin, il ne se soit pas rencontré un seul pape, un seul évêque, ou un seul prêtre qui eût observé un point aussi important et aussi nécessaire au salut. Il y a plus, c'est que tous les Pères enseignent que la foi, nécessaire pour obtenir la justification, est une adhésion ferme, pleine et entière à toutes les vérités que Dieu a révélées et que l'Eglise catholique professe et enseigne. Bellarmin cite un grand nombre de leurs témoignages dans son ouvrage de la justification, liv. 1, c. 9.
Mais cette confiance particulière, par laquelle quelqu'un croit que ses péchés lui sont remis, suppose et suit nécessairement la justification ; car comment croire que des péchés sont remis, avant qu'ils soient remis ? Cette foi ne précède donc pas la justification et ne saurait la produire, à moins que, d'après la philosophie des protestants, l'effet ne précède la cause.
Dans ce système, le pécheur ne peut jamais prier Dieu de lui remettre ses péchés, et par conséquent réciter l'Oraison dominicale et dire : Pardonnez-nous nos péchés. Car il a la foi qui justifie ou il ne l'a pas ; s'il ne l'a pas, cette prière serait tout-àfail inutile, s'il la faisait, puisque c'est la foi qui est la seule disposition requise pour la justification. Si, au contraire, il a cette foi, il croit que ses péchés lui sont remis, et cette prière ne lui sert de rien.
Ouand Jésus-Christ dit au paralytique qu'il guérit : Ayez confiance, vos péchés vous sont remis, il est question de l'espérance chrétienne, fille de la foi, et non de cette foi qui nous donne la
(l)H(b., 11, 1 et 6.
certitude que nos péchés nous sont remis. Ççgr si quelqu'un ne lient pour certain ce que Pieu a révélé, il ne saurait ;i\oir la confiance que ses péchés lui sont remis, puisque c'est une que Dieu n'a promise qu'à ceux qui croient en lui et qui accomplissent toutes les conditions ni cessajres pour obtenir la remis-
de leurs péchés, liais ces conditions sont la foi, l'espér qui ii. lit de la fol, la charité initiale qui procède de la foi I l'espérancp, et les % < 1 1 n - morales qui dérivent de ces trois vertus théologales, c'est ce qùè nous avons prouvé, hune la confiance du paralytique, non seulement n'exclut pas la foi, mais elle la suppose et embrasse en même temps les autres vertu- nécessaire^ pour obtenir la rémission «les pécb
l'.n deux mots, dans le système des protestants, c'est la fol qui justifie ; mais c'esl une foi, qui n*est pas ce que tout le monde entend pas le mot foi, c'est une confiance ; mais une confiance qui n'est \).\< ['espérance chrétienne, car c'est une espèce d'instrument avec lequel on appréhende la justice. C'est donc un je ne sais quoi qui n'a pas de nom.
TRjOI&lEMJ LOI GÉNÉRALE Dt MONDE SLRNATLRJ MM!.
SOHNATUREL ET DIVIN, OtJTRE !.\ GRACE SANCTIFIANT! * 30IN DE l \ GRACE ACT1 ELLE POl
M i;; | • Il \NI l; I \ \ 1 1 . DrvrNB.
Mi MllUM)
l,i h i i éssité de la iprûcc, dans rhomme justifié, peut être con- .h- iroi> points de vue : i pour éviter le péché ; % pour « \ii« r tout péché véniel ; ~° pour persévérer Jusqu'à la lin.
I- locte rhoroatsin pense que l'homme justifié peut éviter le péi tu mortel sans le secours di - ai nielles, et que In l[
i,i donne asseï de forces pour faire le bien i
plir tous ses devoirs jusqu'à la fin de sa vie. Nous pensons que cette opinion singulière ne peut être soutenue sans témérité : voici les raisons sur lesquelles nous fondons notre manière de voir.
Première Conclusion. — L'homme justifié a besoin du secours de la grâce actuelle et intérieure pour éviter tout péché mortel. Cette conclusion approche de la foi catholique.
Le synode de Diospolis a condamné cette proposition de Pelage : « La grâce et le secours de Dieu ne nous est pas donné pour chacun de nos actes. » La grâce nous est donc accordée pour chacun de nos actes.
Le second Concile d'Orange définit en général, sans faire aucune distinction entre le juste et le pécheur, que « personne ne peut, sans l'inspiration et la lumière du Saint-Esprit, ni penser, ni faire ce qui regarde le salut. »
Ce qui est beaucoup plus formel, c'est le canon 22e de la session VI du Concile de Trente : e Si quelqu'un dit qu'un homme justifié peut persévérer dans la justice qu'il a reçue, sans un secours particulier de Dieu ; ou qu'il ne le peut avec ce secours, qu'il soit anathème. »
Mais si le fidèle n'avait pas besoin de la grâce actuelle pour remplir tous ses devoirs ou pour éviter tout péché, il serait vrai de dire, ce qui est condamné comme hérétique, que l'homme justifié peut persévérer dans la justice qu'il a reçue sans un secours particulier de Dieu. D'où il suit que le sentiment du P. Thomassin, si nous ne nous trompons, approche de l'hérésie.
Si l'homme justifié trouvait en lui-même assez de forces pour éviter le péché mortel ; s'il n'avait pas besoin d'un secours particulier de Dieu pour remplir tous ses devoirs, pourquoi Jésus- Christ nous aurait-il ordonné à tous de dire en le priant : Et ne nous induisez point en tentation, mais délivrez-nous du mal? Pourquoi disait-il à ses apôtres, après qu'il eut déclaré qu'ils étaient tous purs, excepté celui qui devait le trahir : Veillez et priez, de peur que vous n'entriez en tentation ; car l'esprit est prompt et la chair est faible ?
• Mes frères, dit saint Paul aux Ephésiens, fortifiez-vous dans le Seigneur et dans sa vertu toute-puissante. Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir vous défendre des embûches et des artifices du diable. Car, nous avons à combattre, non contre des hommes de chair et de sang, mais contre les principautés et les puissances infernales, contre les princes du monde, c'est-àdire de ce siècle ténébreux, contre les esprils de malice répandus
dan- l'air. ('". -i pourquoi prenez mules ta Dînes de Dieu, alin que \ imi- puissiez résister ad jour mauvais et demeurer fermes. Soyez donc fermes \ que la vérité soll la ceinture de vos reina"; que i;i justice soit votre cuirasse; que vos pieds aient tait chourare qui vous dispose h suivre fEvangili de pais. Bervett-Yops surtout du bouclier de le foi, afin de pouvoir repousser tous les traita enflammés du malin «'<pri t . Prenea encore le casque «lu -a- 1 ut ei l'épée spirituelle; qui eSl la parole de Dieu -, invoquant en esprit et en tout temps, par toutes sortes de supplications et «le prient, et \nu- employant avec une vi.uilanee 81 une j »* i - ranee continuelles, à prier pour tOUS les -ami-, il pour moi au--'. afin que Dieu, m'ouvrant la bouche, un- d< mm- (tel paroles pour annoncer librement le my-tèro .le ll]van£rile (1). »
Cotte magnifique exhortation de safaft l'aul suppose certainement que l'homme justifié ou te fidèle atMsoia du leoetasdefla gtice actuelle, pour remplir tous les devoir- et -urmonier lottes les tentation5;. Car, a quoi Dot) leur reeomm anderait-il -i instamment de veiller toujours sur eux-mêmes, de ie revêtir des aonci de Dieu, de faire dés supplications- et des prières continuelles pour eux. pour les saints ou les fidèles et pour lui ?
Saint Thomas prouve que celui qui a la eràce sanctifiante ne saurait par lui-môme et sans le secours de la irràce, hure le bien et éviter le poché. « Saint Augustin dit, dans son li\re de II lure et de la Grâce, que de même que l'œil du corps, quoique parfaitement sain, ne peut voir, s'il n'e-t aide de l'édai et de la chaleur de la lumière, amsl l'homme, quoique ire--paifaitement justifié, ne peut vivre dan- la [USliOO, -il n'e-t di\iucnieiii aide de l'éternelle lumière de la ju-liee. Or. la pi-l Mention se lait par la JTÔCe, Selon cette pàrOfe de saint Paul aux Uoinain- : \ ou- étejustifiés gratuitement par sa grade1; donc, l'homme nu nie qui a
déjà la .craie a besoin' d'un autre secours de la grâce pour vivre
dan- la jil-liee. »
« Tour \i\re dm- la jusiiee, l'homme a besoin du iceouA Dieu de deux minière-, l'reniierement, il lui faut un eeriam don habituel ([in guérisse la nature corrompue, et qui. l'ayant -uerie. l'élève pOUr fane de- leiiMe- méritoires de la \ie eterindle, qui e\. . -dent II proportion de la nalure. Secondement, le -eeour- de
Dieu lui e-t nécessaire pour lui communiquer le mouvement et le
faire igil M eel i pOUr dCUI ralSOUf : l> âpre- le principe mènerai qu il n \ a aucun être créé qui puisse faire un acte quelconque,
(tj I 10 «I St(].
s'il n'est mis en mouvement par la vertu divine ; et pour cette raison particulière, savoir : à cause de la condition de la nature humaine, qui, quoique guérie quanta l'intelligence, conserve encore en elle, quant à la chair, une certaine infection ou corruption qui la rend esclave du péché, comme il est dit (Rom., 7.) : Il demeure encore une certaine obscurité ou ignorance dans l'intelligence qui fait, comme il est dit encore [Rom., 8.), que nous ne savons pas prier comme il faut. Car, à cause des événements divers, et parce que nous ne nous connaissons pas parfaitement, nous ne pouvons bien savoir ce qui nous est utile, selon cette parole (Sap., 9.) : Les pensées des mortels sont timides et nos prévoyances incertaines. C'est pourquoi il nous est nécessaire que Dieu nous dirige et nous protège, lui qui eonnait tout et qui peut tout. C'est encore 'pour cela que ceux qui sont régénérés doivent dire : Et ne nous induisez point en tentation, et que votre volonté soit faite au ciel et sur la terre, etc., comme il est contenu dans l'Oraison dominicale ; ce qui démontre notre question.
» Le don de la grâce habituelle ne nous est pas donné pour que nous n'ayons plus besoin ultérieurement du secours de Dieu ; car toute créature a besoin que Dieu la conserve dans le bien qu'elle a reçu de lui. C'est pourquoi, si, après la justification, l'homme a encore besoin du secours de Dieu, on ne peut pas conclure que la grâce lui ait été donnée en vain, ou que cette grâce soit imparfaite, parce que même, dans l'état de gloire, lorsque la grâce sera tout-à-fait parfaite, l'homme aura besoin du secours de Dieu. Mais ici la grâce est en quelque sorte imparfaite, en tant qu'elle ne guérit pas totalement l'homme.
» L'opération du Saint-Esprit, qui nous meut et nous protège, n'est pas circonscrite par l'effet du don habituel qu'il met en nous; mais, outre cet effet, il nous meut et nous protège avec le Père et le Fils (1). »
C'est encore une loi générale de la création qui a sa raison et son modèle dans l'auguste et adorable Trinité. Nous disons que Dieu le Père a engendré son Fils et que du Père et du Fils a procédé le Saint-Esprit ; mais nous parlons improprement, car nous devons dire que le Père engendre toujours son Fils et que du Père et du Fils procède toujours le Saint-Esprit. Le Saint-Esprit et le Verbe ne subsistent que par la vie qu'ils puisent incessamment et éternellement dans leur principe. A plus forte raison doit- Ci) 1,2, q. 109, a. 9.
-Il ME PAMTI
il t'n rire ainsi des ôlfefl cn'és qui n'ont rien par eu\-mèm. *, et qui n'exi*icnt que par nu acM de la miséricordieuse boni'
Dieu, iprèe qu'il* sont sorti* ,1m neunt. ils oai donc toujours bede hi'Mi. .u ii.nis xénon* d'entendre saint Thomas nous dire que h cràee est encore n/M'i'-i^un* aux saints dans le ciel. (>r. -i - ont* cuit be-oiu d< la fTBOe pour exister n jouir éternellement di' l.'iir bonheur, ut- doit-elle pa* •'tir plu- indispensable Ofe aux saint* qui sont Rlf la terre, qui doivent *e déxelopper
perfectionner -.ili- ee-.-e I
Si vous parcourez toute l'échelle de la création, depuis le minerai, le dernier degré tfc 1 '<• vi <t . i h f. ju*qu 'à l'ange qui forme le tronc de Dieu, vous ne trouverez, aucune créature qui ne tende le niant, qui ne perde de sa perfection et de sa vie, si elle ~i c.n-erxee ••) soutenue «le Dieu. J/arbre et la plante meurent la pluie, la chaleur et la lumière du soleil : l'animal a besoin de nourriture : le corpi de l'enfant réclame sans eesat de* aliment» pour 16 fortifier et prandir ; l'intelligence humaine ne se forme, • développe ei ne se conserve que par renseignement, l'étude el la méditation ; donc l'homme déifié doit avoir incessamment n 'lu -«'cours de Dieu pour conserver et développer en lui la vie divine.
ne loi n'accuse pa* en Dieu un plan providentiel imparfait. Dieu veut par ce moyen que l'homme coopère iei-lias à l'action, à la conservation et au perfectionnement de la vie divine en lui; il l'établit maure de mui sort et de ses destinées, il l'élève au plu* haut degré d'honneur, de irloire et de perfection, iiuquel puisse prétendre un être créé ; il *ati*fait tous les désirs l'ambition la plu* démesurée, la plu* extravagante de l'homme, puisqu'il le fuit participer ;'i un attribut qui e-t uniquement propre
• u. fi l'aâcéhé ; détenu responsable de ses nie-, pouvant eboK
m ou |e mal, la vie ou la mort, il obtient le bonheur par justice, et il ci, danl un -en*, l'auteur de *a propre félicite. I <»in de non* plaindra de n'être pas confirmé 9 de-uile el pour tnujourl'étal de L'r'icf mi de vie divine, l'éternité ICUM entière ne n m* suffira pi* pour rendre à Dieu de- action! de | fi-Mf
d'un pareil bienfait Mai- l'homme justifié peut -il. avM les jràoOf nécessaires pour remplir loutea sea obligations, éviter en même temp* et pendant toute sa \ie imi, |e- | -l la
!-• queatfon que nous nvons a résoudre.
n l'iiscn >:<in. \>ii I,, iiiimi' iHitr w f>rnt, tmi* un prt , trticulier <ir ih'it, éviter tnu* Ici ptekiê vénielt pendant 1 ette conclusion est de foi catholique.
Un Concile de Carthage, tenu en 418, s'exprime ainsi dans le canon 6e : « Nous approuvons ce que dit l'apôtre saint Jean : Si nous disons que nous n'avons pas de péché en nous, nous nous séduisons nous-mêmes et la vérité n'est point en nous. Quiconque pense qu'on doit entendre ces paroles dans ce sens que nous devons dire que le péché est en nous, par humilité, et non parce que cela est vrai, qu'il soit anathème. Car l'Apôtre continue et ajoute: Mais si nous confessons nos péchés, Dieu est fidèle et juste, il nous remet ra nos péchés et nous purifiera de toute iniquité. Ce qui montre assez que nous devons parler ainsi, non seulement par humilité, mais encore avec vérité. En effet, l'Apôtre pouvait dire : Si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous élevons nous-mêmes, et l'humilité n'est point en nous ; mais lorsqu'il dit : Nous nous trompons nous-mêmes et la vérité n'est point en nous, il montre suffisamment que celui qui dit qu'il n'a pas de péché, ne parle pas vrai, mais faux. »
Et canon 7e : ■ Il nous a plu encore de déclarer que quiconque dira que, lorsque les justes disent dans l'Oraison dominicale : Remettez-nous nos dettes, ils ne parlent pas pour eux, puisque cette demande ne leur est pas nécessaire, mais pour d'autres qui sont pécheurs parmi le peuple ; et que c'est pour cela que chacun des justes ne dit pas : Remettez-moi mes dettes, mais : Remettez nous nos dettes, pour faire entendre que le juste fait cette demande plutôt pour les autres que pour lui-même, qu'il soit anathème. »
Et canon 8e : « Il nous a plu encore de déclarer que quiconque prétend que les justes disent avec humilité et non avec vérité ces mêmes paroles de l'Oraison dominicale : Remettez-nous nos dettes, soit anathème. Car qui pourrait souffrir que le juste en priant mente, non aux hommes, mais au Seigneur même, lui dise des lèvres qu'il désire que ses dettes lui soient remises, et dise dans son cœur qu'il n'a pas de dettes qui puissent lui être remises ? »
Mais le Concile de Trente a défini la question, session VI, canon 23': : « Si quelqu'un dit que l'homme une fois justifié ne peut plus pécher ni perdre la grâce, et qu'ainsi celui qui tombe dans le péché n'a jamais été vraiment justifié ; ou au contraire que l'homme justifié peut, durant toute sa vie, éviter tous les péchés, même les véniels, si ce n'est par un privilège spécial de Dieu, comme c'est le sentiment de l'Eglise à l'égard de la bienheureuse Vierge, qu'il soit anathème. »
• Il n'est personne qui ne pèche (I), dit l'Esprit-Saint.. Le juste
(i) Paralip., 6, 3G.
-h; TROISIEME PARTIE.
MM premier accusateur (I).... I.e juste tombe sept fois, c'edire plusieurs fois (•!).... Il n'y a pas OU homme juste sur la terre ijui fasse le bien et qui "flè pèche .'.'. vui'uii homme nei Justifié devanî le Sei-neur (*-).... J'ai dit : Je conférerai contre tlioi mon Injustice au Seigneur, et VOUS m'avei remis l'impiété de mon péché. 'C'est pOllt efelâ que tout juste vous priera en temps opportun (N). » Mais, dit saint Augustin à ee sujet : « Ce n'e-t donc pa- mut pécheur, mai< mut juste; cnr e'est la parole dt - {ustes ; -i nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous trompons nous-mêmes, et la vérité n'est point en nous (6). »
I <• Sauveur nous a eoftimandéde prier ainsi: RënsenesViious nos dettes, CoMme nous-mêmes nous remettons à nos débiteur-. Mais cette prière est la prière des justes comme celle des pécheur-, ■ Il tféSI aucun d'eux, dit saint Nuirustin, qui porte la folie et l'ar rogance )US(JU'à penser qu'il n'a pas besoin de l'Oraison dominic.iie pour ses" pécûés*, tjuels qufUs -oient (7t. »
« Nous pécuons tous eu beaucoup de Chose*, dit ftpotre saint )aeqUes 8 » S& iaoUS péchons mus, personne n'est donc
pté.
• Ju-qu'à ce que cette lin arrive, dit saint Jérôme à Pelage, fel que ce qui est corruptible et mortel soit devenu incorruptible et immortel, il e8t nécessaire que nous soyons sujet- au péché, non pnrlesiec de notre nature ou de notre condition, comme tu l'avanees faussement, mais par la fragilité et par l'inconstane. la volonté humaine qui change à chaque instant (9). » El ailleurs : Je te l'ai dit dès lé principe, il e-t en noire pouvoir de pécher ou de ne pas pécher, et d'étendre la main ver- le bien ou \er- le mal en sorte que le libre arbitre e-t con-er\e ; mais mut cela eu égard au mOde, au temps et à la COndHJOh de la fragilité humaine ; mais
une impeccablKté perpétuelle esl réservée à Dieu, et au Verbe
qui -e-t fut chair, cl qui n'a bas été sujet aux détriment- de la chair et aux pèche-. Kf parce que je puis é\iter le péché quelque temps, Ul veux que je |e pui--e toujours ? Je puis BUSsl jeûner. Veiller, marcher, lire, chanter, m'a--ei»ir, dormir ; est-ce que je
le puis toujours 1 10) ? »
9 mu \iiL'ii-tni non- dit encore : < K\ccplé donc la sainte Vierge Mme. dont |e veut, pour la gloire du Seigneur, qu'il ne -oit nul-
I 1 //../. 24, 1<i. - 3) Bcelw., 7 . 21. — [i] Pstl .
Uî. 2. — '■ P "t. t. ' -
(7) /-./.. 15,1 iv - B Jar..|.. :,, t. — (9J Oialof . 2, cnnt. /', ..
I L, Lifc. 3.
lement question, lorsqu il s'agit du péché ; car nous savons qu'il a été accordé plus de grâces pour éviter tout péché à celle qui a mérité de concevoir et d'enfanter celui qui certainement n'a jamais connu le péché ; excepté donc cette sainte Vierge, si nous avions pu rassemhler tous les saints et toutes les saintes, pendant qu'ils étaient dans ce monde, et leur demander s'ils étaient sans péché, que pensons-nous qu'ils auraient répondu? Ne se seraientils pas écrié tous ensemble : Si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous trompons nous-mêmes et la vérité n'est point en nous (\) ? »
Et saint Thomas : « Saint Augustin dit dans son livre de la Perfection de la justice : Quiconque nie que nous devions prier, pour que nous n'entrions pas en tentation, le nie, parce qu'il prétend que pour ne pas pécher le secours de Dieu n'est pas nécessaire à l'homme, mais que, la loi seule étant reçue, la volonté humaine suffit, je ne doute pas qu'on ne doive l'empêcher toul-àfait d'enseigner, et l'anathématiser universellement (2).
« L'homme peut être considéré dans deux états, l'état de nature entière et l'état de nature déchue. Dans le premier, l'homme pouvait, même sans la grâce habituelle, ne pas pécher ni mortellement, ni véniellement ; parce que pécher n'est rien autre chose que s'éloigner de ce qui est selon la nature, ce que l'homme pouvait éviter dans l'état de nature entière ; cependant il ne le pouvait sans un secours de Dieu pour le conserver dans le bien, sans quoi la nature elle-même serait retombée dans le néant. Mais, dans le second état l'homme a besoin de la grâce habituelle qui guérisse la nature et l'empêche de tomber dans aucun péché. Or, cette guérison se fait dans la vie présente selon l'esprit, l'appétit charnel n'étant pas-encore entièrement réparé. D'où l'Apôtre parlant aux Romains, chap. 7, dans la personne de l'homme réparé, dit : Moi-même je suis soumis par l'esprit à la loi de Dieu, mais par la chair à la loi du péché. Dans cet état, l'homme peut, à la vérité, s'abstenir de tout péché mortel, mais il ne peut pas s'abstenir de tout péché véniel, à cause de la corruption de l'appétit inférieur de la sensualité, dont la raison peut, à la vérité, réprimer chacun des mouvements, et c'est pour cela quils sont volontaires et ont le caractère de péché, mais elle ne peut les réprimer tous ; parce que, tandis qu'elle s'efforce de résister à lun, l'autre surgit ; et aussi parce que la raison ne peut pas être assez vigilante pour éviter ces sortes de mouvements. Pareillement, avant que la
(\) lib. deNat. et Grat.,c. 3G, n. 42. — (2) 1, 2, q, 109, a. 8.
TROISrinlE PARTIE.
•n de l'homme, dam laquelle consiste le péché mortel, «oit réparée par In grâce sanctifiante, il peui éviter cbacon des péchés mortels, ei cela pendant quelque temps, parce qu'il n'est pas né- ! i i r«* qu'il pêche continuellement par des actes, mais il ne peut demeurer longtemps sans commettre quelque péché mortel. Dr Ni snim Oée-oire .lit sur Eiéchiel, que le péché qui n'est pas bientôt effacé par la pénitence, entraine pnr son poids u un autre péché. l'.i l.i raison, c'est qui-. de même que l'appétit inférieur doit être BOamtS ;i la raison, ainsi la raison doit être sntimi<4' à Dieu, et doit établir en lui la fin de la volonté. Or, c'est par la fin que lOUS les actes humains doivent être tégtés, de même que doivent être réglés par la raison tous les mouvements de l'appétit inférieur. De même donc que l'appétit inférieur n'étant point totalement soumis à la raison, on ne peut empêcher qu'il ne s'élève
mouvements désordonnés dans l'appétit sensitlf, de même aussi li raison de l'homme n'étant point totalement SOUUlisi Dieu, il arrive p;ir voie de conséquence qu'il y a plusieurs désordres dans les actes mêmes de la raison. Tar lorsque l'homme n'a p a son cœur affermi en Dieu, de manière qu'il ne veuille jamais s'en séparer pour obtenir un bien ou pour éviter un mal, il rencontre une foule de choses, qu'il veut obtenir on éviter, qui éloignent de Dieu et font mépriser ses préceptes; ainsi, il pèche mortellement, surtout parce qu'il opère sur-le-champ d'api '< fin préconçue et son habitude préexistante, comme le philosophé le dit dans le 3" livre de la Morale, quoique, d'après la préméditation de la raison, il p<issr faire quelque Chose en outre de l'ordre de l.i lin préconçue et de l'inclination de l'habitude. Mai-:, pnn-c
que l'homme ne peut être toujours dans une telle préméditation, il ne peut arriver qu'il demeure longtemps -,ni> agir selon la conséquence de la volonté désordonnée et éloignée de Pieu, à moins (|n.\ par la grâce, il ne soit repart'' bientôt selon l'ordre
qui convient.
• L'homme peut éviter chacun de- actes du péché, non pas ions cependant, si ce n'est pat la grâce. Cependant, parce que cY fou.- qu'il ne se prépare pas a recevoir h grâce, il n'est pas eveusé de péché, de d' que, - m- i.i grâce, il ne peut éviter le péché. »
Quand l'Eglise enseigne que l'homme ne peut pas éviter le : ché mortel -:m< h grâce de Dieu et tout péché véniel s.ms nn >u privilège p irtlbiilier, elle constate plutôt un fait qu'elle n'établit une nécessité. C'est comme si elle dis. ut : Je connais iln qu'avec I' - -! ces ordinaires ci m veillai
tivement sur lui-même, il peut éviter chacun des péchés véniels en particulier, et il le fait quand il le veut sincèrement; mais, ayant remarqué que les plus justes sont tomhés dans quelques-uns de ces péchés, j'en conclus que personne ne saurait les éviter toujours, s'il n'a reçu de Dieu un secours ou privilège particulier. Cette simple réflexion fait voir qu'il n'y a qu'une contradiction apparente dans cette proposition : Le juste peut éviter chaque faute vénielle avec les grâces communes, et il ne saurait les éviter toutes.
Au surplus, cette faiblesse humaine se révèle partout et avec les mêmes caractères. Un auteur ou un lecteur instruit et habile peut écrire ou lire chaque phrase d'un livre sans faire aucune faute, et il ne pourra écrire ou lire tout un livre sans en faire quelques-unes. En un mot, il n'est aucune œuvre d'art qui n'ait quelques défauts; on en remarque dans les ouvrages des grands maîtres en éloquence, en poésie, en peinture, en sculpture, en architecture, en musique. Cependant il n'y a aucun de ces défauts que ces hommes illustres n'eussent pu éviter, s'ils avaient travaillé avec plus de soin et de vigilance.
Passons à la troisième question, savoir, si l'homme juste peut persévérer jusqu'à la fin sans un secours particulier.
Il s'agit, comme on le voit, de la persévérance finale. Or, cette persévérance peut être considérée sous deux points de vue : ou elle signifie la coopération fidèle et constante à toutes les grâces actuelles, ou bien la mort du juste dans l'état de grâce; elle est appelée active dans le premier cas, et passive dans le second. On appelle persévérance finale celle qui les embrasse toutes deux.
Personne ne disconvient que la persévérance passive ne soit un bienfait spécial de Dieu, parce qu'il est évident que la plus grande grâce que Dieu puisse accorder à quelqu'un, c'est que la mort le surprenne en état de grâce, qu'il a reçue au Baptême ou dans le sacrement de Pénitence. Car, pourquoi meurt-il, lorsqu'il est dans l'amitié de Dieu, sinon parce que la bonté souveraine ou l'exfréme miséricorde l'ont ainsi voulu, selon ces paroles (Sap.. 4) : Il a été enlevé, de peur que la malice ne changeât son intelligence, et que le mensonge ne trompât son âme... car son âme était agréable à Dieu.
Il s'agit donc ici de la persévérance active que les sémipélagiens niaient être un bienfait particulier de Dieu. D'après leur système, la grâce actuelle est toujours la même, quant à sa substance, que celle par laquelle l'homme commence ou achève une bonne œuvre, et par laquelle il persévère dans la justice qu'il a reçue ;
310 TROISti MF. PART».
ils ne Voyaient donc pas pourquoi l'une est ordinaire et l'autre spéciale; car, suivant ce principe qu'ils posaient comme la base .le linr doctrine^ qu'on peut achever une truvre par le moyen par leqoel on l'a commencée, et que l'homme est capable d'avoir le commencemenl de la foi et du salul par !<•- .-cuirs forces il nature, ils concluaient qu'il pouvait persévérer dans cette même foi a\ee son libre arhitre seul.
Enfin, ce «Ion deïa persévérance comprend une gréée intérieure par laquelle lé juste s'éloîgtre du péché, fait certainement pénitence des finîtes qu'il a coTnmises, et persévère dans la justice; et une grâce extérieure, par laquelle DieU détourne du jusic les occasions du pèche, les tentations et le* autres obstacles bu -dut, le soostràii aux dangers de cette vie, et l'appelle à lui au moment même ou lu charité est répandue dans son cœur.
TnoisiiMF. Cos. il s|o\. — I.'homw juxle ne peut, sans un secours particulier de IHni, petÉivêrer <I<ms la justice. Cette conclusion est de foi catholique.
le Concile de Trente l'a ainsi défini, -e<<ion VI, canon VJ « Si quelqu'un dit qu'un homme justifié peut persévérer dm-; la justice qu'il a reçue salis un séCOUre particulier de Dieu, ou qu'il ne le peut ].is avec ce secours, qu'il soit an.ithéme. »
Kt :ui chapitre l5*î « Il en est de même du don de la persévérance, di.nl \\ est écrit que celui qui aura persévéré jusqu'à la lin sera saUVé. Ce qu'on ne peut recevoir d'ailleurs que de celui qui est puissant pour soutenir celui qui est debout, afin qu'il demeura debout jusqu'à la Bn, comme il est tout-puissant pour relever celui qui tombe : mah personne là-dessus ne peut ri'
promettre de certain, d une certitude absolue, quoique tous doivent mettre et établir une conlianee très- ferme dans le M-miirs
de Dieu. Car Dieu, -il- ne manquent eux-mêmes à achèvera et perfectionnera le bon ouvrage qu'il a commencé, opérant le vouloir et le faire : mai-, néanmoins, que ceux qui croient "ire d« bout prennent garde «le tomber, et qu'ils travaillent a leur salut a\ec crainte et tremblement, dans les travaux, dans les veilles, ti m- les aumônes, dans les prières, dans les offrandes, dan- les Jeûnes, dans la pureté ; car, sachant qui leur renaissance
ne le- m.! point encore en possession de la ploire, mais seulement dans l'espérance de l'obtenir, d- doivent craindre pour le
Combat qui leur re-te ;i BOUtenir OOntrC le démon, le monde et la
:. dans lequel il- ne peuvent être victorieux, -i .
Dieu, ils n.' niivenl ce pféocpti «le i '\ poire, «pu «In : imes point redevables b II chair pour vivre lel<
TRENTE-QDATRIEME ENTRETIEN. 311
chair ; car si vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si vous faites mourir par l'Esprit les passions de la chair vous vivrez. »
« Il vous a été donné par Jésus-Christ, dit saint Paul aux Philippiens, non seulement de croire en lui, mais encore de souffrir pour lui (I). * Sur quoi saint Augustin fait cette remarque: « L'un de ces dons regarde le commencement du salut, et l'autre la fin ; l'un et l'autre cependant est un don de Dieu (2). » Ensuite il cite ces paroles de Jérémie : « Je mettrai ma crainte dans leur cœur, afin qu'ils ne s'éloignent pas de moi (5). » « Qu'est-ce autre chose, poursuit ce saint Docteur, sinon que ma crainte que je mettrai dans leur cœur, sera si grande et si forte, qu'ils s'attacheront à moi avec persévérance ! » Il rapporte ces autres paroles du prophète royal : « Que votre main soit sur l'homme de votre droite et sur le fils de l'homme, que vous avez affermi pour vous et nous ne nous éloignons pas de vous (4). » Puis il ajoute : « Ce n'est donc pas notre main, mais la main de Dieu qui fait que nous ne nous éloignons pas de Dieu. »
L'Apôtre des nations dit encore: « Celui qui a commencé le bien en vous, l'achèvera jusqu'au jour de Jésus-Christ (ci). »
« Vous êtes gardés, dit saint Pierre, dans la vertu du Seigneur parla foi pour le salut (6). » Or, tous ces témoignages nous prouvent que la persévérance est un don spécial de Dieu. C'est pourquoi Jésus-Christ, la veille de sa mort, prie son Père de l'accorder aux siens : « Père saint, conservez en votre nom ceux que vous m'avez donnés (7). »
Innocent Ier dit dans sa lettre au Concile de Carthage : « Quoique Dieu ait racheté l'homme de ses péchés passés, sachant néanmoins qu'il peut pécher de nouveau, il lui a ménagé beaucoup de moyens de réparation, et chaque jour il lui offre des remèdes. » Après avoir cité ces paroles dans sa lettre aux évèques des Gaules, le pape Célestin définit, « que personne ne peut, sans un secours de Dieu quotidien, recevoir la persévérance d'une bonne conduite. »
Saint Augustin a composé un livre tout entier pour établir ce dogme catholique. 11 l'appuie sur une multitude de textes des livres saints ; puis il dit au chap. 7 : o Quand nous n'aurions d'autres documents, l'Oraison dominicale seule suffirait pour démontrer la vérité que nous défendons ; car le Seigneur ne nous a
(1) Philipp., \, 29. lu (2) Lib. de Persévérant., c. 2, n. 2. — (3) Jérem., :w. — (4) Psal., 79, 18. — (5) Philipp., 1, G. — (G) 1 . Pet., 1, S. — Joan., 17, i I .
IHOI.-ll.MK PABT1E.
rien laissé dont noua i » n i <s i « »n - nous glorifier comme de noire propre bien. En effet, il nous fait voir qu'il n'\ .1 que Dieu qui puisse nous accûfder la grâce de ne jamais nous séparer de Jui,
n'il montre que c'esl à Dieu qu'il faut la demander* Car celui qui n'est pas induit en tentation ne se sépare pas de l'un. Ce n'esj pas l'effet îles forées du libre arbitre, telles qu'ellei sont aujourd'hui : mais l'hOmme Éveil ce pouvoir avant sa chute.» El uo peu plus bas i'« L'Eglise n'a poinl a écouler de fatigantes dispul qu'un [tasse seulement attention à m-- prières. Bl|e prie pour que 1rs incroyants croient : dbtic c'esl Dieu qui donne la persévéra jusqu'à in fin. »
El <nint TrrOttîaS : • Saint tugustio «lit dans son livre de la I'er-
rance ■. Pourquoi demànde-t-on la persévérance à Dieu, m ce n'est pas Dieu qui (à donne ! tfe serait-ce pas une chose dérisoire que de demander à quelqu'un ce qu'on sait qu'il ne donne pas, et que. ne le donnant pas, on \*i en son propre pouvoir? Or, la per-
rance est sollicitée même par ceux qui -ont sanctifias p;ir la grâce; ce que Ton entend lorsque nous disons : Que Nuire nom Mil -niMiitii : comme aU même endroit saint Augustin le continue par les paroles de safril ('yprien. Donc l'homme même constitué en grs.ee a besoin, pour persévérer dans le bien jusqu'à la tin de $à mc. non pas du don habituel de la grâce divine, mais «l'uii COUtS spécial de DU Û qui le protège contre les attaque- des 14 -ni.itinns. » Puis il le prouve ainsi : « Il y a trois sortes de persi rancé. En effet, Ce mot signifie quelquefois une habitude de l'aine qui rend l'homme ferme et l'empêche d'être détourné de ee qui est selon la vertu, par dés tristesses qui fondent sur lui, de manière (pic la persévérance esl à fa tristesse, comme la continence ., ii edneuplsietrce el aux plaisirs.
• 11 v a une autre persévértinee (jui esl une certaine habitude
|.ar laquelle rinuiune »e prOpOSC de persévérer dan- le bien jusqu'il la lin. Ki la persévérance entendue dans ces deux répandue dan- rime avec la 1 omme la continence et les
autres vettu».
» Une troisième sorte de persévérance est la continuation du
bien ju<qu ;'i la tin de la\ie. Kl pour a\oir une semblable pei
vérruiri . l'homme constitué en grâce n'a pas besoin a la vériu de
quelque autre gfécC habituelle, mai» d'un setOUri de DiCU (pu le
dirige et b- pi ntre les attaques des tentations. C'est pour-
quoi, après que quelqu'un •• été justifié par La grâce, il est n»
t 1 . .'. •!. MO, I. 10,
saire qu'il demande à Dieu ce don de la persévérance, afin qu'il soit préservé du mal jusqu'à la fin de sa vie ; car beaucoup reçoivent la grâce sanctifiante, qui n'ont pas le don de persévérer dans cette gïàce jusqu'à la fin.
» L'homme dans l'état primitif reçut le don par lequel il pouvait persévérer, mais il ne reçut pas la persévérance. Et maintenant beaucoup reçoivent par la grâce de Jésus-Christ, et le pouvoir de persévérer et la persévérance elle-même. Et, sous ce rapport, la grâce de Jésus-Christ l'emporte sur le péché d'Adam. Cependant, dans l'état d'innocence, l'homme pouvait plus facilement persévérer par le don de la grâce, que nous ne le pouvons maintenant, parce que la réparation de la grâce de Jésus-Christ, bien qu'elle soit commencée pour l'esprit, n'est pas encore néanmoins consommée pour la chair ; ce qui n'aura lieu que dans la patrie, où l'homme pourra non seulement persévérer, mais ne pourra plus pécher (t)..
On ne peut rien concevoir de plus sage et de plus admirable que cette doctrine sur la persévérance. Car le propre de l'homme déchu est de tomber d'un excès dans l'excès opposé, de la présomption dans le désespoir. Or, d'après la doctrine des hérétiques, l'un ou l'autre de ces deux extrêmes est inévitable. Direz-vous avec les pélagiens et nos rationalistes que l'homme peut pratiquer toutes les vertus et obtenir la vie éternelle par les seules forces de sa nature ? Si vous engagez ces hommes à se convertir, ils vous répondront qu'ils ont tout le temps d'y penser. Ils se convertiront quand ils le voudront, et ils pourront toujours le vouloir, puisque le bon vouloir ne dépend que d'eux-mêmes. Soutiendrezvous, avec les protestants, que cette persévérance ne dépend que de Dieu ? Personne n'a plus à s'inquiéter de son salut ; on sera sauvé, si Dieu le veut ; et on ne le sera pas, si Dieu ne le veut pas.
Suivant la doctrine catholique, la persévérance dépend à la fois de Dieu et de l'homme, de la grâce divine et du concours de la volonté humaine. 11 est certain que le juste peut, par une coopération fidèle et constante à la grâce actuelle, qui ne manque à personne et qui est distribuée avec sagesse selon les temps, les lieux, les circonstances, persévérer dans le bien jusqu'à la fin de sa vie, et mériter ainsi, mais par convenance seulement, le don de la persévérance. Si donc le juste résiste à la grâce et tombe dans le péché, il ne peut attribuer sa perle qu'à lui même. Car si la grâce est nécessaire, la coopération du fidèle ne l'est pas moins.
(1) 1, 2, q. ICO, a 10.