TR :K
irquoi il est utile n quelquefois nécessaire d'exhorter le vérer, el l<- pécheur a faire pénitence, aflri qu'ils prennent garde que cfautfes ne l«*ur ravissent leurs couronne*. Iirêtien ne doit donc pas être présomptueux, parée que la persévérance n'est pas absolument certaine : il peut masquer a la e de Pi. mi. Il doit donc travailler a son salul avec crainte el tremblement, et rendre sa vocation certaine p;ir toutes sortes de bonnes œuvres. Cette doctrine le préserve aussi du désespoir, parce qu'il est certain que la grâce de Dieu ne lui manquera pas : Dieu ne l'abandonnera pas, si lui-nu'ine pe l'abandonne le premier.
lia retrouvons quelque chose de semblable dans l'ordre nttu> Pour être bOo poète, profond philosophe, ci lest* autiafe, peintre distingué, habile musicien, deux conditions <omi n.
s, le talent naturel, el un travail loiiir el soutenu. Pourquoi n'en s o r ; » i i -il pas «le même pour être un homme surnaturel et divin distingu -dire pour être un sainl 4
l'n des plus puissants motifs pour nous .'< la p-
vérance, c'est qu'elle esl le plus excellent des »P «n< de 'r puisque c'est elle qui doit nous mettre en i n lu ciel pour
rnilé. Voyei les animaux, lorsqu'ils sont m danger de perdre la vie : i l s déploient toutes leurs forées, rh se défendent, Us ;»uaquent, ils s'enfuient : et s'ils suecorrrbent, Us témoignent pur des nents, par des l&rmesj par des cris ou des hurlements qfue [u'avec un \if regret qu'ils perdent ht vie. Que ne djotatni des chrétiens, pour conserver une \i<> immortelle et divine? Quel combat né dorvenVils pas soutenir, pour que le 6 ne la leur ravisse pas i Quelle sollicitude el quelle vigilance pour ii conserverl Quel sèle ei quel courage pour la défendre ! Iles larmes, quels soupirs, quels gémissements pour la recouvrer, quand on l'a perdue ! N'oublions p:i> que Jésus-Chris! nous m> .m combat par son exemple, ainsi que i<>us les >.»iin->, qu'il nous Soutient par sa grâce, nous assiste continuellement, et ne mou- abandonne pas, si noua lui restons Ûdèles. Il esl dont- en • e pouvoir de persévéri r.
pendant, la persévérai esl appelée un don particulier cl
ni de Pu n. 1 1 ce a pour plusieurs ru sous, i l'est un don -
lire distinct de i ■ grâce habituelle, «pu seule ne infflt pour persévérer dans le bien, comme l'a défini le Concile de
1 csl , parce qu elle esl la plu- i
ites . qu'eHe net le comble a toutes Belles
e spéciale, pan e qu'a !«• a i
•dée qu'aux seuls élus; non qu'il n'y ait que les seuls élus qui reçoivent le pouvoir de persévérer, mais parce qu'ils reçoivent seuls la persévérance. Car nous montrerons bientôt que Dieu accorde à tous les hommes des grâces suffisantes pour se sauver.
QUATRIEME LOI GENERALE DU MONDE SURNATUREL ET DIVIN LA GRACE NE DÉTRUIT PAS LA LIBERTÉ, MAIS ELLE LA PER- FECTIONNE.
Messieurs,
Vous comprenez tout de suite la haute importance de la question que nous nous proposons d'examiner. Il s'agit de savoir si l'homme conserve ou non sa liberté sous l'empire de la grâce. S'il n'a pas de liberté, il n'a plus qu'à s'endormir dans l'indifférence et à attendre l'avenir sans nul souci ; il sera pour lui ce que Dieu voudra, heureux ou malheureux ; dans tous les cas, puisqu il n'aura pu changer son sort, aucun remords ne pourra jamais le tourmenter. Si, au contraire, il reste libre, il doit concourir à sa propre sanctification et accomplir fidèlement les conditions qui lui sont imposées pour gagner le ciel.
Peut-être serez-vous étonnés de toutes les distinctions que nous sommes obligés d'établir entre les grâces diverses que Dieu nous accorde dans l'ordre du salut. Mais si vous suivez de près le procédé des hérétiques, vous serez bientôt convaincus que ces distinctions sont indispensables. La vérité présentant des faces dix erses, ils prennent toujours l'une pour l'autre, ou n'en montrent qu'une et laissent l'autre dans l'ombre, afin de tout confondre, de tout brouiller, et de faire circuler l'erreur sous les apparences de l;i vérité. Aussi, ont-ils honoré de leurs injures et de leurs mépris les écrivains catboliques, qui ont su préciser toutes les questions en les considérant sous tous leurs aspects, et surtout saint Thomas,
<• que mil n*.i exposé le dogme catholique avei lutantdt netteté el de précision.
L homme, ne pouvant Mériter la promit . est purement
»jf lorsqu'il la reçoit. Cette grâce éclaire hntelligi nce, toaiefct le rœur, meut la volonté : elle montre a l'homme quelque Térité on quelque bien dans l'ordre surnaturel, lui inspire le désir d
9( r cette vérité ou de faire ce bien, et met dans la volonté une force suffisante pour accomplir l'œuvre surnaturelle, croire,
rer, aimer ou 9e repentir de ses faites surnaturelleuieht. face s'appelli • venante : elle produit
toujours son effet, en ce sens qu'elle agit sur l'homme, et que l'homme ne peut pas qu'elle n'agisse sut lui ; elle est donc toujours efficace boui ce point de vue. Cependant, l'homme peut la repousser ou l'accueillir : s il agit sous son impression et fait le l»it n, elle esi efficace proprement dite ; s'il la rejette, elle estappe* le. suffisante. L'une et l'autre »*a|)pelleBt encore grôoe-eoneoBiK Uthte, parce qu'elle est donnée à l'homme pour fane laeie ou
mplir l'œuvre, ou parce qu'elle l'accompagne en lui donnant la forée d'agir.
Lu grâce efficace est doue celle par laquelle l'homme i non
• an ni la possibilité d'agir, de faire le bien, mais par laquelle H le fait en effet.
I ;i grâce suffsante est «elle qui donne à l'homme une possibilité
réelle, un vrai pouvoir de faire le bien, et avec laquelle il M I-
i;ni pas, parce qe'il résiste à la gréeek
II \ a. disent les protestants, une tell.* connexion entre la gf
et !<• eooeentemeel de l'homme, que l'un ne peut être - >ni l'autre, que la grâce entraîne irrésistiblemeiat au bien, et que la veaaMé M saurait en aucune manière \ résister. I b doctrine d ahues ne diffère de relie ili v réformateurs que dans l'expression. i n effet, d> prétendent que la gi ace produit dan-; lame une éelaetation qui deiermuie aécessairemenl la volonté et la rend vten> rieuse de la concupiscence. La volonté de l'homme est comme une balance : il \ a d'un coté la concupiscence, et de l'autre
lesini sN lève et l'autre - al aisée, sekrn que l'une ou l'autre domine. tinsi l'homme ne résiste jamais à la grâce ; il m saurai) même ^ n lister.
•ie doeirme de-, protestants est une conséquence de leur terne sur le péché originel cl -ur la justification. I homme ayant
.(.élément Meie p.n - | >\< i:nl,illon originelle, il CSl dépOUTVU
•le toute activité pereoneelle, il ne peut plus que pécher. I .'
liée qu il appi el.en.le par l.i foi e-l pun Du lit ( \l. I ,. me. C'CBt Ufl
homme complètement paralytique étendu sur son lit ; il n'a de mouvement que par une force étrangère ; il est passif dans tous ses actes.
Nous établirons d'abord le dogme catholique ; nous prouverons que l'homme reste libre sous l'empire de la grâce ; nous montrerons ensuite que non seulement la grâce se concilie avec la liberté, mais qu'elle la perfectionne.
Conclusion. — V efficacité de la grâce ne nécessite pas l'homme au bien, ou V homme peut résister à la grâce efficace. Cette conclusion est de foi catholique.
En effet, la doctrine contraire est frappée d'anathème par le Concile de Trente, session VI, canon 4e : « Si quelqu'un dit que le libre arbitre, mu et excité de Dieu, en donnant son consentement à Dieu, qui l'excite et l'appelle, ne coopère en rien à se préparer et à se disposer à obtenir la grâce de la justification, et qu'il ne peut refuser son consentement, s'il le veut, mais que, semblable à une chose inanimée, il ne fait rien du tout et demeure purement passif, qu'il soilanathème. »
Canon 5e : « Si quelqu'un dit que, depuis le péché d'Adam, le libre arbitre de l'homme est perdu et éteint, que c'est un être de raison ou plutôt un titre sans réalité, enfin une fiction que le démon a introduite dans l'Eglise, qu'il soit analhème. »
Canon 6e : « Si quelqu'un dit qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme de rendre ses voies mauvaises, mais que Dieu opère les mauvaises œuvres aussi bien que les bonnes, non seulement en tant qu'il les permet, mais proprement et par luimême, en' sorte que la trahison de Judas n'est pas moires le propre ouvrage de Dieu que la vocation de saint Paul, qu'il soit analhème. »
L'homme est donc libre sous l'action de la grâce ; il peut refuser son consentement, s'il le veut ; il est en son pouvoir de rendre ?es voies mauvaises.
L'Eglise a condamné comme hérétiques les propositions suivantes de Jansénius : « 2' . Dans l'état de nature déchue, on ne résiste jamais à la grâce intérieure. — 5e. Pour mériter et démériter dans l'état de nature tombée, la liberté de nécessité n'est pas requise dans l'homme, mais la liberté de coaclion suffit. — 4". Les sémipélugiens admettaient la nécessité d'une grâce intérieure prévenante pour chacune des actions, et même pour le commencement de la foi, et ils étaient hérétiques en ce qu'ils voulaient que celle grâce fût telle que la volonté humaine pût y résister ou obtempérer. »
rRorsn me partie.
Les trois propositions contradictoires sont donc de foi catholique, savoir: On rénale quelquefois .1 la grâce intérieure, dans l'étal de nature tombée. — Dans ce même état, pour mériter et démériter, la libellé de coaction ne sufûi pas dans l*homme, mais la liberté 4e nécessité est requise. - Les îémipélapicns n'étaient hérétiques, parée qu'ils voulaient que la grâce fui telle que fa volonté humaine put \ résister ou obtempérer. l'eue l'homme
par la l'i'.nr.
Qu:iml h volonté se meut elle-même, se <li-po<e ci se détermine à agir, quand elle agit et qu'elle opère, quand enfin elle agît el opère de manière qu'elle pourrai) ne pas agir on opérer l'action tic la gràee, qui cri. un- l'intelligence ci fortifie la volonté,
assurément la priicc n'impose aucune nécessité à l'homme : or, l'Ecriture enseigne qu'il en esl ainsi sous l'influence de l>
L'ràee.
D abord, la volonté se meut ci se détermine à agir. « Convertis**
Wi*f^om ii moi, ci je me convertirai à vous, dit l< - ur (1)....
J'ai incline mon c<cur pour accomplir vos préceptes, dit Dnxi'l parlant à Dieu (S) « » Et L'Apôtre exhorte son rtiscipl nper d< - a awrei «le la piété : « Exercez-vous à la pi En second Heu, la volonté humaine agit. Ainsi, saint Paul recommande aux Pttilippiens «le travailler à leur salut : « Faites vôtre valut, leur dii-il, a\ec crainte el tremblement .. Chacun, écrit-il aux l'oriniliien-, rcce\ra sa propre récompense selon son travail : e:ir nous sommes les aide-, ci selon le li x eoopénteurs de Dieu •'» . » Et parlant de lui-même: « I n'ai rpas été vaine en. moi ; mais j'ai travaillé plu< abondamment qu'eux ions, non pas moi seulement, mais
lll'M (')). »
Enfin, l'homme pourrait ne pas agir, s'il le voulait. « Celui-là
aura nue donc éternelle (pu a pu transgresser la loi, et ne I
transgressée : qui a pu faire le mal, el ne l'a pas fail ~ • El saint
l'anl. appliquant ce principe à un fail particulier, dil : • Celui qui 1 dans ton eoaur la résolution ferme, n'étant p pai
la necc^ite. m u> a\aui -.1 wdnuié en son pouvoir, el qui a jugé dans son cœur de ne pas marier sa fille, a bien lui B . • I .iv 1 t 1 avoue que, -ur ce point, l'enseigncmenl des sa nis !'• est unanime, Voici ses paroles : •• 1 meut la volonté, noh
t ... 1, 3. —(2) Pnl . 118, .pp..
IB, |0. If, le
f.or.. 7.
pas de la manière qu'il a été cru et enseigné pendant beaucoup de siècles, c'est-à-dire qu'il soit de notre choix d'obéir ou de résister à ce mouvement, mais en l'affectant avec efficacité (1). »
Cependant, il se glorifie d'avoir pour lui saint Augustin, mais bien à tort, car ce grand Docteur a écrit un livre tout entier, De la Grâce et du Libre arbitre, pour réfuter l'erreur soutenue par Calvin. Ainsi, on lit au 1er chapitre : « Parce qu'il en est qui défendent tellement la grâce, qu'ils nient le libre arbitre de l'homme, ou qui pensent que, lorsqu'on défend Ja grâce, on nie le libre arbitre, pressé par une charité mutuelle, j'ai pris la peine d'écrire quelque chose, etc. » Ailleurs, il répète la même pensée : « Cette question, dit- il, de l'arbitre de la volonté et de la grâce de Dieu, est tellement difficile à exposer que, quand on défend le libre arbitre, on semble nier la grâce de Dieu, et que, quand on établit la grâce de Dieu, on semble détruire le libre arbitre (2)... Parce que l'Apôtre a dit que c'est Dieu qui opère en nous le vouloir et le faire selon sa bonne volonté, il ne faut pas croire qu'il anéantisse le libre arbitre. Si cela était, il n'aurait pas dit plus haut : Opérez votre salut avec crainte et tremblement (3)... Les divins préceptes ne serviraient de rien à l'homme, s'il n'avait pas le libre arbitre de la voionté, par lequel, les accomplissant, il parvint à la récompense promise (4)... Assurément, Dieu opère dans l'homme le désir même de croire, et sa miséricorde nous prévient en toutes choses. Mais acquiescer à la vocation de Dieu , ou ne pas y acquiescer, c'est, comme je l'ai déjà dit, le propre de la volonté (S)... Détruisons-nous donc le libre arbitre par la grâce? A Dieu ne plaise, mais nous établissons plutôt le libre arbitre (6). »
Nous avons prouvé que le système des protestants ne repose que sur un fondement ruineux, savoir : que l'homme a été totalement corrompu par le péché originel ; que son libre arbitre ne peut être appelé libre arbitre, que comme les ruines d'une maison sont appelées une maison; que la grâce ne le renouvelle pas, ne le sanctifie pas, mais répand seulement un vernis sur son âme, pour en faire disparaître les taches du péché. Les conséquences ne sont donc pas de meilleur aloi que le principe.
Mais si l'homme n'est pas libre avec la grâce, il s'ensuit que, lorsqu'il n'a pas la grâce, il faut qu'il fasse le mal; de même que, lorsqu'il a la grâce, il faut qu'il fasse le bien. Mais la grâce ne dé-
M i Institut., lih. 2, c. 2, § 10. — (2) Lib. de Oral. Chrtsti, c. M. — (3) Lib. dr Grdt. et bib. arb., c !). — (i) Ibid., r, 2. — (•')) Lih. de Spirit. et, LUI., c. 34. — (<i Ibid., v. ."50.
TK'M.-II Ml. l'M'.TIK.
I>| n.l nullement de lui. Dieu opère donc toujours en lui. le m:d comme le bien; la trahison il»* Judas n'esl p;>> soins son propre ouvrage que la conversion de saint P. ml. Luther n tiré lui-même le conséquence. Uaii alors I homme n'a plus d'autres lofe que . d'autre frein mie la force brute, d'autre Dieu que lui-même: l.i récompense éternelle esl Une chimère, l'enlei une absurdité; lotata loi pénale une oroauté et une injustice; il n ni vérité a croire, ni commandement à observer; il n'y a plus m bien ni mal.
Km rationalises prétendent que la liberté eivile el la liberté politique tont Bues de la néfptme; à beufs yeux, rien n'est grand* rien n \ a beau, n'est magnifique comme In reforme ; ils n'ont 'I nleclion que pour la réforme, ils nous vantent lani eease laa avsttl'elle ;i procurés au mondes Prédicateurs de l'Evangile, ntrez>la donc, oette néforme, dans Ba hideuse nudité; dévoie/. monstrueuses doctrines, publies* les iur les loits; noua avofM wez de confiance dans le bon sens de la nation franc lire qu'il lui suffira de 1rs connaître pour les abhorrer. Dire h réforme nous a dotés de toutes les libertés, elle qui ne «oit - l'homme qu'un cadavre, une machine, une brute ; elle <jui de Dieu le plus cruel de tous les tyrans, qui enseigne que Dieu punit le mal qu'il opère lui-même en nous, el nous fait un hé «lu m'en que nous feteone de notre mieux; elle qui f.ut «le un troupeau de brutes; quelle moquerie ! quelle déri- ' quel blasphème :
Pour appuyer, pour pn tte révoltante doctrine, i
réforme cite des textes de ^Ecriture et des poroh qm !
Dieu de toute miséricorde, ouvrez les yeux à ces aveugles volonté rmei leur l'Intelligence de vos paroles; donnes-leur comme h aoui de comprendre qu'en opérant tout «-n notrs par ice, le vouloir et le faire, le commencement et II On do (oui. lurnalurelle, vous avec autant de douceur que de force, vous ne détruises point notre liberté, mail vous l'inclinez seulement, al vous (ailes en sorte qu'elle agit elle-même as ai m pouvons rien sons li grâce, disent nos ,i,i : le ic la foi u i i | m de1 relui qui court, mais de eolui qui fait donc, il n'v ;i plus de libre arbitre. — Mais, dans 1 1. l'homme m- sait n<n mm l'enseignement ; t ie l'enseignement lue l'intelligence, oOmme I < LM.iee u bitre.
TRENTE-SfXlEME ENTRETIEN. 521
Mais, puisque l'éducation développe au contraire et perfectionne l'intelligence, ne devons-nous pas être portés à croire que la grâce développe aussi et perfectionne la liberté? Quand l'homme reçoit la vie du corps, il est purement passif; à mesure qu'elle grandit en lui, son activité grandit en même temps ; et bien qu'il ne puisse conserver cette vie, sans observer les lois de sa nature physique, il peut néanmoins enfreindre ces lois et s'ôter la vie, si bon lui semble. Pourquoi n'en serait-il pas à peu près de même de la vie surnaturelle et divine ?
Il est vrai que Dieu donne quelquefois des grâces tellement fortes, que l'homme n'y résiste jamais, qu'il ne peut pas y résister, en ce sens qu'il fait le bien certainement, infailliblement, mais non nécessairement.
Les Pères disent que la volonté suffit pour mériter, que ce qui est volontaire est imputable à l'homme, que celui qui agit volontairement sera récompensé ; ce qui ne signifie pas que la liberté de nécessité n'est pas requise pour mériter le ciel ; car si l'on pèse bien leurs paroles, on voit que, par ces mots, ils entendent ce que nous exprimons aujourd'hui par ceux-ci, liberté, libre, librement.
LA GRACE EST LA CIERISON DE LA LIBERTÉ DANS L'ORDRE NATUREL; ELLE EST LE PRINCIPE ET LA RAISON DE LA LIBERTÉ DANS L'ORDRE SURNATUREL.
cJg»frgEa
Messieurs,
Tous les catholiques sont d'accord sur les deux points suivants, qui sont deux articles de foi : 1° l'homme ne peut absolument rien sans la grâce dans l'ordre surnaturel ; 2° l'homme reste libre sous l'action de la grâce, et il peut toujours lui résister. Mais quand il coopère à la grâce, qu'est-ce qui fait qu'il y coopère, ou, d'où
morsn ME PARTIR
vient l'efficacité de la gi àce i isl-ce de la grâce ou du libre arbitre, ? Ici se présentent plusieurs: opinions librement controvcrs» s, finalement, elles M réduisent à deux, celle des Thora le des htolinistes.
Les pr« arien disent que l'efficacité de la grâce vient de la grâce elle-même. Dieu donne d'abord une grâce qu'ils appellent sufiisante , pur laquelle l'homme a la puissance d'agir, mais laquelle il n'agira jamais : il lui faut, de plus, la grâce efficace. La
-■ efficace est une seconde grâce qui réduit la pu ;i l'acte, et sans laquelle l'acte n'existerait jamais, l».,:. i me,
la grâce efficace se nomme prémotion physique on prédétermination physique, parce qu'elle meut la volonté et la détermine antérieurement à tout contentement. Néanmoins, l'homme peut toujours résister a cette prùce. Ils attribuent cette doctrine à saint Thomas d où d^ onl prie leur dénomination.
I es seconds reconnaissent pour maure Molina, -avant Jésuiti théologien distingué; il- soutiennent qu'aucune grâce n'est «■ fti eace par elle-même <>u par sa propre nature, mais seulement parce que la volonté v acquiesce ; non pas que la volonté, par son
acquiescement, donne à la grâce une force qu'elle n'avait pas, OU
lui ote celle qu'elle avait, par sa r< sistance ; mais dans ce sens que
la griCC n'a son effet, qu'autant que la volonté obéit au mouvement de la grâce, on qu'elle n'est privée de son effet, qu'autant que la volonté > résiste ; à peu près comme les sacrements qui produisent leur effet selon les dispositions de ceux qui les r< vent, quoique ces dispositions n'ajoutent rien ou n'enlèvent rien a l'efficacité des sacrement
I ■ - • ■ < miess appuient leur sentiment sur une foule de textes de l'Ecriture, où H est 'lit : C'est Dieu qui fait marcher dan- et oh ommandements; personne ne peut aller au Fils,
»i le Père ne l'attire : le salut n'e-i pas de celui qui court ou qui
veut, niai- de Dieu qui fait mi-ericorde : I>ieu Opère en non- le
vouloir et le faire : nous avons tout reçu de lui. le cour île l'homme «•-I dans -i main, il le tourne à -mm gré, etc., etc. Il- rapportent ensuite de nombreux léra< - de
-e qui présentent le même si ns, et ils concluent «pie, puisque tout vient de Dieu, de sa volonté, de -a puissance et di miséricorde, le n • il de bu non-seulement le pouvoir de
faire le bien, mu- eue, .te le nioii\enienl qui but pa--er la \oloille
■ le.
I ■ - .ml- fondent au — i leur opinion sur l'Ecriture ; car Dieu souvent aux hommes de n'avoir pas voulu répondre
voix, quand il les a appelés, et d'avoir négligé ses conseils et méprisé ses réprimandes. Qu'ai-je dû faire à ma vigne, leur dit-il, que je n'aie pas fait?... Je suis à la porte et je frappe ; si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui. . . Jérusalem, Jérusalem, combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes, et tu n'as pas voulu.
Les témoignages des Pères ne leur manquent pas non plus. De là ils concluent que, puisque la grâce de Dieu n'a été privée de son effet que parce que l'homme n'a pas voulu suivre son impulsion, elle n'obtient non plus son effet que lorsqu'il y donne son consentement.
Dans le premier système, il est difficile de concevoir comment, la grâce opérant tout en nous, ou plutôt comment, l'efficacité de la grâce venant delà grâce elle-même, nous conservons cependant toute notre liberté ; et, dans le second, on ne peut pas mieux comprendre comment, l'efficacité de la grâce venant de l'acquiescement de la volonté, ce ne soit pas la volonté qui la rende efficace et qui commence en nous l'œuvre du salut. Aussi les Thomistes accusèrent-ils les Molinistes de trop accorder au libre arbitre, et de tomber ainsi dans le sémipélagianisme : et les Molinistes à leur tour accusèrent les Thomistes de détruire le libre arbitre et d'enseigner la doctrine de Calvin.
Le pape Clément VIII leur défendit de s'accuser réciproquement d'hérésie. Un peu plus tard il imposa silence à tous, et ordonna aux plus célèbres théologiens des deux partis de mettre par écrit leur propre sentiment, avec les preuves sur lesquelles ils l'établissaient, et de les lui adresser à lui-même. Pour terminer ce différend, ce même pape institua une Congrégation de cardinaux et de consulteurs, sous le nom de Congrégation de Auxiliis, parce qu'il s'agissait de discuter sur les secours qui nous sont donnés par la grâce.
Cette Congrégation dura neuf ans ; la première assemblée eut lieu le 2 janvier 1S98, et la dernière le 28 août 1607.
.Après soixante-dix-sept réunions, les consulteurs étaient d'avis qu'il faTlâit proscrire le livre de Molina et censurèrent vingt de ses propositions. Deux consulteurs refusèrent de souscrire à ce jugement. Le souverain Pontife ne voulut pas prononcer non plus la sentence définitive, avant d'avoir entendu les théologiens de chaque opinion exposer et défendre leur sentiment en sa présence. De solennelles discussions s'ouvrirent donc au Vatican en présence du Pape, le 20 mars IG02. Elles furent si vives cl si animées
. sembl kbles à des champions qui se baltenl en champ clos,
' plusieurs de ceux qui y prirent part, épuisés de fatigue, furent
1er la place à d'autres pour continuer la discussion.
Clément VIII étani mort, et Léon \l. son successeur, n'ayant
le S t-Siéjj i que vingt-cinq jours, PaulV, qui fut élu
ensuite, ordonna de continuer l'examen de cette question, <i
après quatre-vingt-cinq discussions, tant en sa présence qu'en
présence de Clément VIII, dissout la I cation, ne prononça
aucun jugement, et accorda aux di ux partis la liberté de défendre
chacun son sentiment, bous la c mdilion expresse qu'ils ne se no-
leraienl j;mi;ii> de qualifications odieust
' est là une des nulle preuves qui montrent comment l'Eglise s maintenu, dans tous les temps, une sage liberté dans touies les discussions, pourvu que le dogme catholique ne soit pas cornpromis.
<' de saint Thomas, que la grâce ne détruit pas la natun , mais qu'elle la perfectionne, nous .1 rail comprendre que loin de détruire 1;» liberté, la grâce doit au co 1 traire la perfectionner. Nqus allons exposer notre sentiment avec toute la déférence et le respect que nous devons à nos maures* et surtout au apostolique.
Çoncli sion. — Non étalement la tjràie s? concilie, ave la lib rlè : maii elle est la guérison de bi liberté dam l ordre naturel, ton principe < t sa raisin dans l Onlr \ surnaturel.
Pour bien comprendre celle question, il faut, avant tout, nous une idée juste <lr la liberté dans l'ordre naturel, et de la nature <l<- la justification.
La liberté n'es| pas seulement une force ou faculté d'agir communiquée ii l'homme ; autrement presque toutes les créatures cm libres, puisqu'il d icune qui n'ait une puissance
d'action propre s. -.1 nature, il > a force et puissance daos la liberté, : mais ce qui fait son caractère essentiel, ce qui la consproprement, o'eal qu'elle forme un principe d'action, un e de foyer où elle se n sume et se concentre, de sorle que •■ qu'elle pro luit, bien <i"'il vienne «le Dieu comme <!<• sa premier doit être imputable non à Dieu, mais h l'être dans lequel ella réside, ou a la personne qui I est une force qui se personnifie d ins l'être, qui lui donne la faculté »i • •n de ne pas agir, s*M veut ; 1 est par elle que l'homme devient maître d< - pu qu'il est | lire
: /> ir lui m me.
eçoil donc de n iiure et toute • ses faculu
il a en Dieu l'être, le mouvement et la vie ; et quoiqu'il reçoive ainsi tout de Dieu, l'activité et le mouvement, il n'est pas moins maitre de ses actions, parce que Dieu agit sur lui, même dans l'ordre naturel, avec tant de douceur et de suavité, qu'il peut toujours agir ou ne pas agir. De cette action de Dieu sur l'homme et de la coopération de la nature humaine résulte un seul agent, qui est maitre de lui-même, suijuris, en sorte que, lorsque l'homme agit, on ne peut pas séparer l'une de l'autre. Si vous ôtez l'action divine, il ne reste plus qu'une puissance, mais une simple puis-; sance ou faculté, qui demeurerait éternellement en repos, si le seul être qui a le mouvement par lui-même ne la réduisait à l'acte. Si vous séparez le concours de l'homme, l'action ne peut plus lui être imputable. Laliberté humaine est donc une force ou faculté d'agir à laquelle Dieu communique le mouvement, lorsqu'elle s'est personnifiée dans l'homme, mais de manière que l'homme est toujours maitre d'agir ou de ne pas agir. C'est ainsi que nous concevons la liberté dans l'ordre naturel.
Mais comment un être qui n'a rien par lui-même, qui ne possède rien que d'emprunt, qui reçoit tout de Dieu, peut-il devenir comme le principe et le maitre de ses actes, de manière qu'ils lui soient imputables à lui-même et non pas à Dieu qui lui communique tout? Voilà précisément où réside le mystère, et, à notre avis, c'est un des plus incompréhensibles de la nature et de la religion ; mais" il est là seulement, et non pas dans la conciliation de la grâce avec la liberté. Cependant il faut l'admettre : car, outre que chacun de nous sent bien qu'il est libre," qu'il peut agir ou ne pas agir, qu'il mentirait à sa propre conscience, s'il soutenait le contraire, la négation de cette vérité anéantirait tout ordre, toute morale, toute vertu, toute société. La nature elle-même empêchera l'homme de pousser jusque-là l'extravagance et la déraison. Il faut donc admettre que l'homme est libre dans l'ordre naturel, et qu'il est libre parce que la puissance d'agir, qui est en lui s'y personnifie et devient le principe et la raison de ses actes. Il y a là un profond mystère, mais il faut l'admettre comme tant d'autres.
Considérons maintenant comment la grâce peut guérir la nature et l'élever à l'ordre surnaturel.
Un homme est étendu sur son lit ; il ne peut faire par lui-même aucun mouvement, parce qu'il est mort ou qu'il est paralytique. Si une force extérieure ou étrangère vient lui prendre le pied ou la main pour le faire marcher ou agir, il faut, de toute nécessité, qu'il se laisse conduire -, son action ne vient pas de lui et ne lui
TROffiffiME PARTBi
19 imputable. <>r. telle Bst la doctrine des protestante touchant la manière dont la gfàce agit ->ir l'homme : car, suivant eus, par lr péché originel, l'homme esl mort <>u totalement parai] l.i .! . ne l'affectant qu'cMem incluent, il n'est plus libre sous iciibd : mais il est inévitablement porté an bien pu au mal, i ii- principe qui le conduit : Loua ses mouvements pnt- ■eannlnnt a ceux et la agenouille morte sous l'influence de leleeirioitè.
Supposena, ait contraire, un habile médecin ou un prophète qui vient rendre la aie lavre. Il lui donne d'abord un pre-
mier remède qui ne le guérit pet >m -de-champ, maïs qui lui donne atsa «lr inné pour en accepter ou receler librement un «ccoinl, qui remira -a ^m-rison pari nie : >'il refuse Ce deuxième remède, il retombe dans son étal de mort ; s'il l'accepte, il guérit. Alors ||ge lèse lui-même de son In, il marche et agit mut seul. En quoi la liberté de cet fcieeame es4-elle Lésée 2 II est bien vrai qu'il a été purement passif lorsqu'il a reçu le premier remède, mais il était petfuitemant libre de reeewetu ou de repousser le
Second. L'avant librement accepte, il se l'est inç-opoie, il I f»r-
sonnifir en lui la force qui lui a été couunumqm e par ce rem
ci bien qu'il n'ait de force et de mc que par ce remède, celle vie
et cette force sont devenues lui-même. Il est plein de Meneur et me, mata il n/èst pas forcé d'agir ; il peu! se coucher, se
i même retomber malade OU perdre la \ie, h bon lui xinblc.
< )r. l 'homme, dan-; l'etai de nature déchue, n— cinble à un malade, iu>U8'a<dit saint 1 humas. Le premier remède que le
i nie médecin lui donne est l'i -iai e pri venante, qui ne l'ait
que le disposer a accepter on fa refuser les autres S'il
lit.- la si ;urisi que toutes les autres qui | i seront
données, une force morale entre dans son àme, qui hb jstr-
<'>>' l en lui, et ne l'ail plus qu'une incine « ho-e a\cc 8O0
libre arbitre, de manière qu il n \ a pas deux agents, mais un seul
ii en lui. \uisi, par le péché originel, l'homme a été lésé dans
l'équilibre établi primitivement cuire son libn
bitre et ses ili été rompu ; la grâce le rétablit, eonunc un
rem île perdue I loue, de même qu'un homme
luen portant est pta libre dans lesi idouveninnu et da nous
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qu'un malade, le fidèle, dont le libre arbitre a été guéri par la grâce, est beaucoup plus libre que celui qui n'a aucune grâce. Donc la grâce, loin de contredire la liberté dans l'ordre naturel, la rétablit entière et complète.
Passons maintenant à l'ordre surnaturel proprement dit. L'homme ne saurait mériter la première grâce, nous l'avons vu ; lorsqu'il la reçoit, il est donc purement passif. Cependant, par cette grâce, Dieu lui fait voir quelque chose de l'ordre surnaturel, et incline son cœur à opérer dans ce même ordre. Il est libre de repousser cette grâce ; mais s'il s'y montre fidèle, comme aux autres qui suivront, il obtiendra la justification. Mais,, par la justification, l'homme est entièrement renouvelé, toutes ses facultés sont transformées ; il est véritablement juste ; la grâce affecte formellement et personnellement l'âme, et ne fait plus qu'un même être avec l'âme, comme l'âme ne fait qu'un même être avec le corps. Il résulte que, lorsque l'homme coopère à la grâce, il n'y coopère plus avec un libre arbitre purement humain, mais surnaturalisé par la grâce ; le libre arbitre et la grâce, considérée comme agissant sur la volonté, constituent une seule et même faculté, qu'on pourrait appeler divine ou divinisée, comme l'homme justifié par la grâce ne fait pas deux êtres, mais un seul être, un être divin ou divinisé.
Mais, dira-t-on, avant la justification, le libre arbitre est encore purement humain. C'est une erreur ; car aussitôt que la grâce agit sur le libre arbitre, elle commence à le modifier et à le transformer, à peu près comme le feu modifie et transforme le fer, aussitôt qu'il l'échauffé, encore qu'il ne lui communique sa chaleur que peu à peu. Voilà pourquoi le pécheur, quoique aidé de la grâce, ne pratique pas aussi facilement la vertu que l'homme juste, parce que son libre arbitre n'est pas complètement constitué dans l'ordre divin.
La grâce, en ne la considérant que dans son action sur le libre arbitre, pourrait donc se définir : une puissance ou une force surnaturelle que Dieu communique à l'homme en le rendant participant de sa nature divine, et qui se personnifie en lui, de manière qu'elle devient le principe de ses actes surnaturels ; mais il n'y a dans l'homme qu'une seule personne, qu'un seul être ; donc cette force s'identifie avec le libre arbitre, et il n'y a plus en lui qu'un seul agent.
Remarquons encore que, quand la grâce agit sur la volonté, elle opère en même temps sur l'intelligence, établit l'équilibre entre ces deux facultés, et rend ainsi la liberté pleine et entière. Si la
nté était plus f(»ri«* que l'intelligence, l'homme ntrimit imprudemment et sans1 trop savoir ce qu'il fait; il ressemblerait à un le dans l'accès '!-• la fièvre. Mais il n'en esl pas ainsi dans les • ins de Dieu, puisqu'il esl le principe de l'ordre et qu'il le f;iit cr partout. La raison est la faculté naturelle il»- conna ■ une lumière qui doit diriger l'homme dans l'ordre naturel , qu'elle est obscurcie par le péché originel, Dieu a outé la fol bu la lumière de la grâce pour guérir la n malade et PèTeVer jusqu'à la raison divine : \\ foi est une participation à la scîehce ou à l'intelligence divine ; mais une lumière infiniment plus parfaite ajoutée a une lumière Imparfaite, i contredit pas, ne la détruit pas, mais la perfectionne. De même, la liberté est une rorcè naturelle qui donne à rliomme la faculté ilo faire le bien dans! l'ordre naturel : mais, parce qu'elle i affaiblie par le péché, Dieu a surajouté une force ou puissance surnaturelle, qui esl une participation à la nature divine : donc cette puiss ihi e ou forée surnaturelle ne détruit pas la première) mais elle la perfectionne ; doue la gr ice perfectionne la libi et devient lé principe de la liberté dans Tordre surnaturel.
De même que, plus un homme a dé santé ei de vigueur, plus il a de liberté dahs. tous ses mouvements ei dans lout< lions
corporelles : ainsi, plus il ;i d<- grâces, plus il a de sarité el de vîe divine, plu- il esl litre pour le bien et fa pratique de 1* vertu. Nais plus un homme esl robuste el Wrt, moins il e>t sujet à tomber : de même, plus il a de grâces, plus il esl libre, plus il est parfuit. moins il esl sujet à pécher. En continuant celte marche ndante, nous en uroll de Conclure que >i quelqu'un
était assez forl pour que. non-seulement il ne tombal pas, mais ne put jamais tomber, il sérail arrivé au dernier degré d lion dans l'ordre physique, el sa Ifberté serait parfaite, puisqu'il pourrait faire lous l< > mouvements possibles nhh se causerie inoindre mal OU la moindre douleur ; de même la liberté de l'homme moral sera parfaite, quand il sera devenu impeccable. Il jouira de cette double liberté après la résurrection^
- resté, il sfiml de se rappeler que Dieu étani infiniment r.usonnable et infiniment libre. 1 1 [ui esl une partii ipation R
l nature divine, ne saurait que perfectionner la raison et la'li-
Les deux systèmes des Thomistes et des Molinistcs sont doue faux, en t.mi qu'ila s'exclue ni l'un l'autre; mais ils sont vra bn Tes unit. En effet, -•ui> la grâce, l'homme no peut rien dans fordre du salut ; mais fa gràc< n'opère dans l'homme que lors-
qu'elle est unie au libre arbitre ; donc l'action vient tout entière de la grâce. Elle vient aussi du libre arbitre, non du libre arbitre naturel, puisqu'il ne peut rien pour le salut, mais du libre arbitre transformé par la grâce.
Je puis donc dire avec les Thomistes que tout vient de la grâce, et le pouvoir de faire le bien et l'acte lui-même. Mais je dirai aussi avec les Molinistes que l'action vient du libre arbitre, parce que la grâce et le libre arbitre ne forment qu'un seul agent lorsqu'ils opèrent. La grâce fait tout, dans ce sens que, transformant ou surnaturalisant la liberté, elle seule constitue dans l'homme un libre arbitre surnaturel capable de faire des actions surnaturelles; et de cette doctrine à celle de Calvin, il y a la distance de l'homme parfaitement libre à une machine. Je puis dire aussi avec les Molinistes que tout vient du libre arbitre, non pas du libre arbitre resté dans l'état naturel, mais du libre arbitre surnaluralisé par la grâce ; et de cette doctrine au pélagianisme, il y a la différence qui existe entre l'ordre surnaturel et l'ordre naturel, entre Dieu et l'homme.
L'âme, ornée de la grâce, participe aux perfections divines, comme le fer jeté au feu participe aux qualités du feu. Mais si je saisis un fer rougi au feu et que, par son moyen, j'allume un incendie, je puis dire que l'incendie est l'effet du feu seul, puisque le fer n'aurait pas allumé le feu par sa nature de fer. Je puis dire aussi que c'est l'effet du fer, non pas du fer dans son état naturel, mais du fer transformé par le feu.
Pour que noire explication soit hors de doute, il ne nous reste plus qu'à prouver que la grâce se personnifie dans l'homme ; or, c'est u;ie conséquence rigoureuse et évidente de la nature de la justification. En effet, par la justification nous sommes régénérés enfants de Dieu, nous sommes renouvelés intérieurement, nous sommes form> llrinml et personnellement justes, c'est-à-dire que tout nous mêmes, ou que toute notre personne a été surnaturalisée ou divinisée : mais il est impossible de concevoir que toute noire personne soit surnaluralisée, si la grâce ne se personnifie pas en nous, ou si la grâce et notre nature ne forment pas un seul être surnaluralisé.
Saint Paul disait qu'il avait beaucoup travaillé pour l'Evangile, non pas lui seul, mais la grâce avec lui. Donc la grâce s'était personnifiée en saint Paul, et ne formait qu'un seul et même être, un seul et même agent.
Saint Bernard, dans son traité de la Grâce et du Libre arbitre, chapitre 14, nous enseigne la même chose avec une profondeur