‹ De l'ordre surnaturel et divinChapitre 43 sur 49 · INFLUENCE DE LA GRACE SUR L'ÉDUCATION · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA GRACE SUR L'ÉDUCATION

Messieurs,

Notre but ne saurait être de donner un traité complet d'éducation. Noua dous bornerons a présenter quelques considérai propre- à faire sentir toute l'action que Is grâce doit exercer sur l'éducation, la large part qui lui revient dana une œuvre si intéi< issnle pour l'homme, pour la famille, pour la société.

f i du ition est l'art de conduire l'homme a as fin, comme Plndique l'étymologie même de ce mot, tducare, ■ Or,

l'homme est destiné a être heureux, .1 faire le bien <!»■ la société, a possi der Dieu dans le ciel.

Que l'homme soit oé pour être heureui . personne m le conteste ; le désfr du bonheur est un sentiment ai fortement r.M iné su fond de son ame qu'il ne peut l'en arracher qu'avec la vie ; c'est là le mobile de toutes ses pensées, de toutes lea 1

m ses projets, de toutes ses sel Interrogez loua lea hommes, le bergt 1 elle roi, le guerrier »'t le ble habitant ries campagnes, tous vous répondront qu'ils poursuivent le bonheur. < ependant, l'homme place souvent bonheur là oi il D'est pas, dani les bien» p »■ monde,

les honneurs, les rii hesscs ou les plaisirs : eo cela, il (ail : ead coupable devant Dieu. Mais il libre de ne pas rechercher le bonheur. Quand il s'arrache II

c'est le désir invincible du bonheur qui arme son bras. Le suicide est une preuve sans réplique que l'homme est fait pour être heureux.

Nul être cependant ne saurait être heureux que par la satisfaction des besoins qu'exige impérieusement sa nature. Or, nous avons dit quels sont ceux qui tourmentent tous les mortels : connaître, posséder, jouir, c'est là tout l'homme. Il vient au monde avec des facultés, il est vrai, mais ces facultés resteraient éternellement dans l'inaction, s'il était seul au monde et si elles n'étaient mises en mouvement par d'autres hommes qui vivent en société avec lui, c'est-à-dire par l'enseignement. Qu'on lui suppose tant qu'on voudra des idées innées, l'expérience a prouvé que, sans l'éducation ou l'enseignement, ces idées restent à l'état latent, et sont pour lui comme si elles n'étaient pas. L'homme a donc besoin des autres hommes ou de la société pour développer et perfectionner les facultés qu'il a reçues de son Créateur à son origine. Donc, il est né pour la société, il a des devoirs à remplir envers la société, il doit concourir au bien de la société.

Mais parce que la société ne saurait satisfaire toutes les exigences ou tous les besoins de l'esprit de l'homme, que les richesses, les honneurs et les plaisirs, outre qu'ils ne peuvent être que le partage de quelques privilégiés, loin de remplir tous ses vœux, ne font qu'irriter ses désirs, il faut qu'il ne soit dans ce monde que comme dans un état d'épreuve, dans un lieu de pèlerinage, pour mériter une félicité quijdevra pleinement le satisfaire.

Le bonheur dans une autre vie est donc la fin dernière de l'homme. Les deux autres fins sont des fins intermédiaires qui doivent lui être subordonnées. Il n'est donc jamais permis de faire le mal dans son propre intérêt ni dans celui de la société. Les païens ont reconnu eux-mêmes que ce qui n'est pas honnête ne saurait être utile ; bien différents sont nos politiques modernes qui n'ont d'autre règle que l'intérêt lui-même. On pourrait leur dire ce qu'un pirate répondit à Alexandre: On m'appelle brigand, parce que je ne vole qu'avec un petit navire ; mais toi, qui voles avec une grande flotte et une armée nombreuse, on t'appelle conquérant. Aujourd'hui le citoyen qui emploie la ruse et le mensonge dans ses rapports commerciaux, est condamné devant les tribunaux comme un fripon ; mais un gouvernement, un ministre, qui en use de même, est un grand diplomate, un politique habile. Ce qui est rigoureusement défendu par la loi de Dieu n'est jamais permis à un peuple ni à une nation, encore qu'un peuple, comme société, ait des droits qui lui soient propres. Ce qui ne veut pas

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dire qu'un gouvernement m* puisse et ne doive user de ménagemeol pour faire disparaître des abus criminels.

L'intérêt du citoyen est aussi subordonné à l'intérêt de la société ; car > 'il lui était permis <i<- recbercher son avantage personiii I m détriment do bien public, ce serait poser un principe des- Iructeur de toute société. I.c citoyen doit donc servir la quelquefois à ses propres dépens, et même par le sacrifice de sa

propre vie.

Il y i dans l'homme trois \ic^, la Nie du corps, la vie de l'Ame raisonnable ei la \ic divine ; ei l'ordre exige que ce qui est inférieur soi) soumis i ce qui est rapérieur. Le corps ou les sens doivent donc être subordonnés à la raison et diriges par elle, et la raison elle-même subordonnée à la grâce et dirigée par l'Esprit -h Dieu.

rels sont les principes qui doivent servir de règle dans toute bonne éducation. Voyons comme ils sont communément appliq

Quelques-uns ne voient dans l'homme que le corps ; leurs Idées ne B'élêvent pas au-dessus de l» matière. Suivant eux, l'essentiel de l'éducation est «le rendre l'enfant fort, vigoureux et robuste. Il faut, avant tout, l'appliquer I des exercices gymnastiques, lui apprendre s sauter, a courir, à nager, s le rendre agile comme le cerf, leste comme l'écureuil. C'est le thème continuel «le l'auteur de YBmile. En cela, il est conséquent avec lui-même ; quand on définit l'homme, un animal dépravé, on doit l'élever comme la brute. C'eat V éducation de ranimât.

D autres, plaçant tout le bonheur de l'homme dans les richess tient de fore fortune. L'or et l'argent, voilà leur Dieu : ils lui tient tout, ils veulent qu'on apprenne a leurs enfants ce que c'est qu'une bonne action, et comment on peut faire de tonnes affaires dans le m. unie, hune leur éducation consistera a leur faire suivre u n Itutriel : car il faut qu'ils sachent comment

on devient riche. Us se jettent dans le commerce, et deux ou trois banqueroutes les mettent en possession de quelques vingt mille francs de rente. Cela fait. Ils passent leurs jours à boire, à mai .1 dormir, o fumer, s se promener, I aller a la cb isse. < 'est Vé Cateation du : le sauvage fait tout c< la a merveille, et s moins

de frais.

Il reconnaissent que Phomme est quelque chose de plus que la boue qu'il foule aui pieds, et qu'il j i en lui un principe spirituel, une .'une. il> la mettent BU BerViCC du corps

ni cl ne vont pas plus loin ; tout ce qu ils désirent, c'est «pic li m i . ni mu ut bonnétes et polis, qu'ils s ichenl bien connue

on doit aborder une personne, la saluer, lui parler, rendre une visite et la recevoir, faire un compliment et y répondre, flatter les passions des hommes et leur dire des choses agréables ; car c'est ainsi qu'on fait son chemin dans le monde, qu'on arrive aux dignités et aux emplois lucratifs; le talent et les connaissances ne servent à rien. C'est Yéducalion du singe.

Ceux-là montrent plus d'élévation dans l'esprit ; ils confient leurs enfants à des maîtres savants et habiles, pour qu'ils leur enseignent le grec, le latin, la littérature, la physique, les mathématiques, la mythologie et encore un peu la philosophie. Un jeune homme ainsi formé, et sorti des bancs de l'école, lit fort bien une pièce de vers, admire les pages éloquentes des orateurs anciens et modernes, en montre toutes les beautés, porte son jugement sur tous les livres qui paraissent, résout avec facilité les problèmes qu'on lui propose. N'est-ce pas un jeune homme accompli ? il sait tout, excepté la religion. C'est Yéducalion du païm ; il y a deux mille ans qu'elle était donnée aux enfants d'Alhènes et de Rome.

Nous ne prétendons pas que ces différentes espèces d'éducation soient aussi bien distinctes en pratique, que nous venons de les exposer en théorie. Elles se mêlent presque toujours, s'unissent ensemble, et c'est l'éducation portée à sa plus haute puissance, la plus parfaite qu'on puisse imaginer. Voilà pourquoi nous rencontrons si souvent, dans le pays le plus civilisé du monde, dans le siècle des lumières, des hommes qui sont tour à tour brutes, singes, sauvages et païens.

Il est encore un autre genre d'éducation que nous appellerions peut-être avec raison l'éducation du fanatique ou du bigot. Elle consiste à faire apprendre aux enfants la lettre de la religion, à les soumettre à une multitude d'observances extérieures, sans leur en expliquer l'esprit et sans les fortifier dans la pratique des vertus qui font le bon citoyen comme le fervent catholique. Mais, grâces à Dieu, celte éducation est rare de nos jours.

L'éducation, pour être complète et dans un certain sens catholique, doit embrasser l'homme tout entier, son corps et son àme, son intelligence et sa volonté, et le tout considéré dans l'ordre naturel etl'ordre surnaturel ; comme le catholicisme est la doctrine qui embrasse toute vérité, toute éducation non catholique tronque 1 homme, comme toute hérésie mutile la vérité.

L'homme a un corps, l'éducation catholique devra s'occuper de la santé des enfants, la fortifier, et même faire disparaître, s'il est possible, toutes les difformités corporelles. L'homme est intelligent et libre, l'éducation catholique devra orner son esprit de

toute-; les connaissances utiles et agréables, Mont il esi capable^ et Former son cœur ;i la pratique de toutes les vertus. L'homme est né pour 1 1 société, réducation catholique l«' mettra en étal de lui être utile, d'exercer avec honneur un état, une profession ou une charge, et d'observer toutes le> bienséances qu'exige la dignité de rhomme. Le catholieisme, ;i dit un protestant, esi une grande e de respecl : perce nue, en rendant un culte aux saints, il nous Bpprend .1 honorer nos frères. L'homme esi chrétien, ou doit être chrétien, l'éducation catholique lui donner;) une connaissance tendue dé la religion, pour qu'il en remplisse tous les devoirs pendant toute s;i vie avec courage et bonheur. Voilé ce qui constitue ce que nous appelons éducation catholique.

Chaque partie de cette éducation, chaque branche d'enseignement doit obtenir le rang et la place qu'elle mérite : lune ne doit point empiéter sur l'autre, encore moins l'annuler. Il faut que tout soit «mi harmonie, comme nous l'avons «lit : que tout ce qui tient au corps soil soumis n la raison, et que ce qui conct rue la raison soil subordonne ;i la loi. Il faut que toutes les connaissances humaines convergent vers la doctrine religieuse pour la eonlirnier. et que l'enseignement religieux, tout en exerçant la minence qui lui revient de droit, n'étouffe pas, n'absorbe iences humaines, mois les anime, les épure, les vivifie et fournisse les moyens de s'en servir sans danger pour l'homme et pour la société. Il faut que la jeune personne ou que le jeune homme, qui a terminé son éducation, se présente dans le monde toutes ces qualités même naturelles qui les rendent aimables, raison sage et ferme qui sait apprécier tout a sa valeur, cette pi< lé -"h le et i elairée qui est sans faiblesse et Bil-

lion. Toute éducation, qui n'atteint pas ce but, est incomplète : elle n'est pas proprement catholique.

De là H résulte que c'est au sacerdoce catholique seul qu'appartient la haute et sublime mission de donner l'éducation ;> la jeunesse, "u du moins de la compléter : car nous ne prétendons que le i le ■• oit jamais le monopole de renseignement. Noua connaissons trop bien le cœur de l'homme pour ne pas avouer qu'il j aurait danger à lui confiera lui seul tout l'enseignement, à l'exclusion <\<-- lai meurrence, ou une espèce d<-

rivalité qui stimule la • et le xèle et empêche I homme de

lormir du sommeil d< l'indifférence ; tout le momie sait les

produit» dans l'enseignement prinous nedoul m'elle n'en produise de plus grands

encore dans l'enseignement supérieur, le jour où celle concurrence existera en réalité et non plus en promesse.

Nous avons dit que le sacerdoce catholique seul peut compléter l'éducation : expliquons-nous. Dans un établissement d'instruction publique, le prêtre est nécessaire pour enseigner la religion aux enfants, parce qu'il est revêtu dé l'autorité divine et que seul il parle au nom de Dieu, et parce qu'il a fait une étude spéciale de la religion. Or, la religion est une vaste science qu'on n'acquiert que par des travaux longs, continus et pénibles ; pour bien la posséder, il ne faut rien moins que l'étude de toute la vie. L'expérience prouve, dit Bossuet, que ceux qui n'ont pas fait un cours suivi de théologie et n'ont pas étudié dès le commencement les auteurs scolasliques qui en traitent, finissent par tomber dans des erreurs graves ou n'ont pas des idées assez nettes sur l'ensemble des vérités catholiques.

Mais ce n'est là qu'une faible partie des fonctions du prêtre catholique, qui, à la rigueur, pourrait être remplie par des laïques instruits. Ce qui fait que personne ne peut le remplacer, c'est qu'il n'est pas seulement un professeur de morale, mais encore le dépositaire de la puissance de Dieu, le canal par lequel ses grâces se répandent dans les âmes. Or, nous avons démontré que, sans la grâce, l'homme ne peut connaître toutes les vérités de la religion naturelle, ni accomplir tous les préceptes, ni surmonter toutes les tentations. Il a donc besoin du prêtre catholique, en supposant que sa fin est purement naturelle. Mais nous avons encore démontré que Dieu a destiné tous les hommes à une fin surnaturelle, à le voir face à face dans le ciel. Quand donc l'homme pourrait connaître toutes les vérités de l'ordre naturel, et en observer toutes les lois, et surmonter toutes les tentations ; quand, par les forces de sa nature, il serait honnête, chaste, tempérant, et ne commettrait aucune faute grave contre la loi naturelle, non seulement il n'arriverait point à sa fin, mais il serait condamné au dernier jour. Pourquoi donc ? Parce qu'il aurait contredit, pendant toute sa vie, la volonté de Dieu, parce qu'il aurait méprisé ses dons, parce qu'il aurait violé ou négligé toutes les lois de l'ordre surnaturel auquel il est appelé. Or, il n'y a que le prêtre catholique qui établisse l'homme dans l'ordre surnaturel, qui l'y maintienne et l'y fasse persévérer par l'administration des sacrements ; et ces sacrements sont aussi nécessaires pour vivre de la vie surnaturelle et divine, que la nourriture est nécessaire à la vie du corps, que l'enseignement et l'éluiie sont nécessaires pour la vie intellectuelle et raisonnable.

Il \IRES.

A I époque ou nous sommes, quelques chrétiens timides, m eootldérani les questions qu'a leur surface, s'épouvantent suites de cette propagation «le connaissances et de - qui

i.i <iu r che au pauvre, de la cité an hameau. Tour nous, nous •bannes loin «le parti craintes, et cette diffusion «le lu-

miéres esl a nos yeui un véritable progrès. La Religion ;« pi redouter «le l'ignoraoce que de la science, des ténèbres que du grand jour. Il est bien vrai que l'instruction sans l'éducation est plus nuisible qu'utile : l'homme dépravé, mais Instruit, i phai de Iirees pour f;iire le mal, qu'un Ignorant fripon. Hais le mal n'est pas un effet nécessaire et inévitable de la scien M un

abus déplorable auquel il foui apporter remède. Il n'y s que \> cerdoce catholique qui »"ii capable d'en donner d'« fficaees, et nous avons la confiance qu'il ne sera j>a< au-dessous de sa mission ; il redoublera «le aèle et d'i fforts pour diriger cette instruction ven le bien. Un cultivateur ne craint pns d'agrandir Bes proprii re qu'il augmente en même temps ses peines et ses travaux.

Mais, dit-on, n'y a-t-il pas trop de jeu qui, après avoir

terminé leurs études, ne savent |iiu> que devenir, encombrent antichambres des députés et des ministres, demandant s grandi

une place qui les fasse vivre, du, se jetant dans les pi publiques, provoquent le mécontentement de la elasse ouvrière, et nous gratifient périodiquement de quelques émeutes ! Cens qui font ce raisonnement ne s'aperçoivent pas sans doute qu ils ioss> bent dans le paradoie «le fauteur de VEmilet qui prétend «pie les sciences et les arts dépravent l'homme et corrompent la société. Croit-on que, quand le nombre «les personnes instruites sera plus restreint, la société sera plu» heureuse \ Si l'instruction est msstmi, elle l'est pour tout le monde ; si elle est bonne, pesnv ••Ile être trop répandu*

^'ii- pouvons répondre •« ees difficultés par des faits. Nous oostnaissons «i« - cur< - qui. propagateurs /< lés «le toutes le» connaissanees utiles, m- félicitent chaque jour «lu résultat «le leurs < fforts* ll> ont Introduit il. m» leur- paroisses l usage «le la langue fran< en imposant ,« tous les enfants «pu fréquentent i< le devoir

•le toujours parler frai i enfants oui mieux compris l'expli-

cation 'lu catéchisme, et les instructions piu> relevée-, qu'ils leur font fréquemment* La plupart ont contracté le goût 'le la lecture. et une petite bibliothèque paroissiale, tome composée délivrai pieux, instructif- et amusants, latiafail leurs désirs, alimente leur n i ie < crcle «le leurs connaisssuseea, et i« - garantit «le h

i ui.iiion ili-s mauvaises cmnpapnies.

Dans certains établissements d'éducation dirigés par des ecclésiastiques, on suit, pour enseigner les langues anciennes, une méthode qui devrait être adoptée partout. Dans les premières années, le temps des classes est double de celui des études ; chaque professeur explique d'avance trois ou quatre pages d'un auteur grec ou latin ; au bout de quelques mois, les élèves sont familiarisés avec les tournures et les constructions des phrases, et toutes les difficultés sont aplanies. Dans moins de trois ans, ils traduisent presque tous les auteurs classiques, ont appris 1 histoire ancienne et sont en état de comprendre à la lecture les ouvrages les plus difficiles. Les trois dernières années sont consacrées à l'étude des mathématiques et de la littérature ; les élèves donnent des analyses oratoires et littéraires des plus beaux morceaux de tous les auteurs sacrés et profanes, et cette étude comparée, dont le résultat est tout à l'avantage des écrivains inspirés et des Pères de l'Eglise, les initie à ces grands mystères de la foi chrétienne exposés avec tant de force et d'éloquence par les Tertullien, les Basile, les Ambroise, les Chrysostôme, les Augustin, les Bernard.

Cependant, un cours d'instructions religieuses vient couronner cet ensemble d'études littéraires et scientifiques ; toutes les vérités chrétiennes sont exposées avec autant de force que de clarté, et présentées avec des couleurs vives et sous les faces propres à les faire goûter et aimer. Pour en donner une idée, nous allons transcrire quelque chose de l'introduction :

« Mes amis, dit le prêtre chargé de cet enseignement, pour répondre aux desseins de la Providence sur vous, il ne vous suffit pas d'acquérir les sciences humaines et d'orner votre esprit de tout ce qui peut le faire briller dans le monde ; car, seriez-vous des littérateurs habiles, de grands poètes, des orateurs accomplis, si vous n'étiez que cela, votre tâche ne serait pas totalement remplie. Il est une science plus haute, plus sublime, plus étendue que toutes les autres, et qui doit tenir la première place dans votre cœur plus encore que dans votre esprit, c'est la science de la religion ; ancienne comme le monde, vaste comme l'univers, élevée comme le ciel, ou plutôt infinie comme Dieu qui en est le principal objet, aucune autre ne peut lui être comparée ; elle n'est point un fruit de la terre, c'est une fleur éclose sur les lèvres de l'Eternel, quand il fit entendre sa voix dans l'Eden, sur la montagne du Sinai et près des rives du Jourdain. Vous ne sauriez faire un pas dans le monde sans la rencontrer ; elle est mêlée à tout, aux sciences et aux arts pour les vivifier ; les sciences et les ails la confirment et lui rendent le plus éclatant témoignage.

ns COROLLAIRES.

• En effet, si von étadiei rhistoire, e*estla religion dans sa

pureté, ou défigurée par les passions des boauna qui nous donne la note première de tous la événements. Les grandi faits historique- in- non- sont eonnui que par lei livrer neréa ; Moïse nous décrit la création de l'homme, son bonheur primitif, sa chute qui le précipite, lui et n postérité, dans «les souffrances et des malheurs qui ne finiront qu'avec le monde, li dépravation des prenlen temps et l'eitinction, par le déluge, de toute la race humaine, à l'exception d'une seule famille que Dieu conserve pour repeupler la terra : Ut dispersion îles hommes et l'origine îles peuple- ; le rôle immense que In race d'Abraham remplit à l'égard du genre humain ; les destinée- des plus grandi empires écrites plusieurs siècles d'avance par les prophètes ; en un mot, les faits le- plus important! et ceui qui intéressent le plus les hommes, c'est la religion seule qui en a eardé le souvenir intact et pur, et qui nom Ici raconte et les certifie de toute son autorité.

• Il b'esl pas Jusqu'aux auteurs païens de l'antiquité profane, aui po< les, sus historiens, sus philosophes et aux orateurs qui ne \iuis parlent delà religion et de ses mystères. I enr \<>i\ est un écho affaibli et confus de celle de Dieu, qui se lii entendra dés l'origine; elle proclame la plupart des vérités chrétiennes, mais altérées par des fables absurdes ; par exemple : Un seul Dieu, Père des dieux et des hommes ; parmi ces dieux, les uns sont boni et bienveillants, et les autres mauvais et cherchant à nuire ; trois grandi dieux se partagent l'empire du monde : i li mort, eenx qui ont pratiqué la vertu fouissent du bonheur même 'les dieux, et ceux qui onl fait le mal Bouffrent d'éternels suppli durant l'âge d'or, les premier- habitants de la terre étaient heureui : la faute de l'homme i introduit le de-ordre dans le monde;

i réparée par le Forf, qui don précipiter Jupiter «le "..ne , ce réparateur naîtra de la femme sans le concours de l'homme, et l'affranchira de toui sei maux : ces grandes vérités el beaucoup d'autres, les uni les chantent, l< - le- racontent

ou les enseignent ■ Le langage lui-même, dans ses partiel constitutives, est ire l'expression de li vérité religieuse. Pourquoi, dan- toutes Dgues, tous le- moti n'expriment- ils que l'existence de l'être, son action ' Pourquoi n') s t-il qu'un verbe substantif, qui n'a besoin d'aucun antre pour existt r « i que les autn i peuvent subsister sans lui f Pourquoi seulement u i oms

■ trois personni - dam Ici verbes, trois terme- dam la propositions dans le %) I rai nom

disons du langage, nous pouvons l'appliquer aux mathématiques et à toutes les sciences naturelles. Il faut bien le reconnaître, toute la nature nous parle de Dieu, exprime quelques-unes de ses pensées, révèle ses perfections, parce que tout être agit selon sa nature et opère des œuvres qui portent l'empreinte de lui-même, comme le dit le plus profond Docteur peut-être qui ait honoré l'Eglise, saint Thomas, surnommé avec tant de raison l'ange de l'école.

« Mais il ne s'agit pas seulement de connaître la religion, il faut encore la réduire en pratique. C'est sans doute quelque chose de pénible que de combattre sans cesse contre soi-même; que de lutter incessamment et pendant toute sa vie contre les penchants les plus forts de la nature. Ne vous trompez pas cependant, jeunes amis, la religion vous commande plutôt de bien diriger vos passions que de les réprimer. Vous avez de grandes passions, tant mieux ; ce sont des coursiers fougueux, mais qui, bien conduits, vous transporteront avec la rapidité de l'éclair au terme de votre course. Vous avez des passions fortes, tant mieux ; ce sont des ailes au moyen desquelles vous vous élancerez de la* terre au ciel. Saint Jean Chrysostôme, saint Basile, saint Augustin, saint Jérôme, saint Bernard, saint François d'Assise, saint François Xavier, saint François de Sales, en un mot, tous les saints, ont eu de grandes passions. Qu'est-ce donc qu'un saint, sinon un homme passionné pour la science, les honneurs, la beauté, les plaisirs, la liberté, la gloire ? Vous aussi, vous sentez au fond de votre cœur un vif sentiment pour tous ces biens ; tant mieux ; mais ne vous trompez pas ; la gloire du monde, les sciences humaines, les richesses temporelles, la beauté, les plaisirs de la terre ne rempliront jamais l'immensité de votre cœur ; il lui faut quelque chose d'infini, et c'est ce que lui offre la Religion ; car elle lui présente comme récompense une gloire éternelle, une science parfaite du monde et de Dieu, des richesses immuables, des plaisirs sans fin, une beauté et une liberté ineffables.

« Par la grâce qui vous est donnée sur la terre et qui sera consommée dans le ciel, vous êtes devenus participants de la nature divine. Si vous la conservez avec soin jusqu'au dernier soupir, vous entrerez en possession et en jouissance de votre Dieu, c'està-dire que vous participerez à la gloire, aux richesses, à la liberté, à la science, à la beauté même de Dieu. Pourriez vous désirer une gloire plus grande, de plus immenses richesses, des plaisirs plus vifs et plus purs, une liberté plus étendue, une science et une beauté plus parfaites, en un mot, des biens plus grands

que ecui qui Batisfoni loua le* dV »ii - du cœur même d'un Dieu I

« Jetés l<- yeux fur loutet les d iiioni du monde ; les plus lib les plus glorieuses, les plus puissantes, les plus généreuses, ont toujours été les plus catholiques, parce que le eatholicism Punique source de tout ce qu'il j a de grand, de beau, de vrai, de puissant, dans le monde. C'est la foi, • •• de Dieu, qui

élève les peuples comme les individus. Examinez attentivement In conduite de tous les saints, et vous vous convaincrez que, bumainemenl parlant, il- oni été de grands homm<

« \ - -L'iic- destinés, Messieurs, b être grands el devasH

Dieu et devant les hommes. Mais souvenez-vous que celte grandeur ne s'obtient qu'au prix de grands sacrifices. <>n ne devient noble dans ce monde que pnr le dévouement el le travail : tout litre de noblesse qui ne repose pas sur celte base esl une fouille de papier ou de parchemin, que la poussière, que lesversron-

, ou que le vent emporte. Clovis, par sa valeur, esl fait chef de l'armée des Francs, et, appuyé sur son Bctivilé, sou <■< l.i puissance de son épée, il fonde In monarchie frani

■ ndants, dégénérés, tout occupés de plaisirs, perdent tout : l'autorité leur échappe des mains, et, avec l'autorité, le pouvoir, le sceptre el la couronne. L'histoire i n donne la raison : c'étaient

oi* fainéante. Il n') .1 pas d'i xceplion ;i cette loi universelle : depuis le prince jusqu'à l'artisan, il n'esl personne qui soit véritablement noble, B'il n'a gagné ses éperons sur le champ de bataille.

mplicité des mœurs, l'amour du travail, le mépris des fatide la mort, !«• désintéressement, telles sont les vertus, >:iint \ii.-ii>iiii nous l'a dit, qui ont mérité aux Romains l'empire du monde.

■ Lors donc que vous aurei h méditer sur le choix d'un état, déflez-vous di ils funestes d'une prudence toute humaine.

1 e monde \<>u> dira que les meilleurs emplois sont ceux où il > 1

1 faire m beaucoup a gagner : cela Berail vrai, si cette vie était noire patrie véritable, »i elle n'était pas une lice, une épreuve, un combat. Mais, aux yeux de la saine raison comme aux >«'u\ de la foi, cette profession est, su contraire, la plus noble, qui rend .1 la

lé les plus grand ure !<• moins d'avanuuj 1

c« lui qui l'exeree. Qui < -1 grand, majestueux, indépendant comme Dieu qui se suffit 1 lui-même el communique la vie à tous les donc pai faits comme votre i'< re c< leste 1 -1 pat

e laborieux, sobres, désintén m 1, pleins de dévouemeal pour el pour la -• êi itablemenl nobl<

/été, l'amour du gain, la bonne 1 : il el

QUARANTE-SF.PTIÈME ENTRETIEN. 461

affaiblissent la raison, obscurcissent l'intelligence, dépravent le cœur et mettent l'homme au niveau de la brute ou tout au moins du sauvage. Si la Providence ne vous destine pas à occuper quelque charge honorable dans la société, servez-la par une profession utile, appliquez-vous un jour à l'agriculture, à l'architecture, à la sculpture, et même à un art mécanique. Soyez un jour des pères de famille honnêtes, probes, modestes, généreux, actifs, en un mot, des modèles de toutes les vertus chrétiennes, et vous jouirez d'un bonheur d'autant plus grand et plus pur, qu'il sera le fruit de la bonne conduite, et que l'instruction que vous aurez reçue vous le fera mieux apprécier. »

La Religion, ainsi présentée, s'emparera des esprits et subjuguera les cœurs. La jeunesse est, pour l'ordinaire, ardente, vive, impatiente du joug, mais enthousiaste et dévouée jusqu'à l'excès ; elle se passionne aisément pour tout ce qui est beau, élevé, généreux ; il suffit de le lui montrer pour qu'elle l'embrasse avec ardeur et le poursuive sans relâche.

Telle est, si nous ne nous trompons, la véritable notion que nous devons nous faire d'une éducation solide et de la direction qu'il convient de lui donner. Et c'est à nous, prêtres catholiques, qu'est réservé un si glorieux ministère ; nous portons dans nos mains les destinées de la France entière ; car, si nous élevons chrétiennement la jeunesse, toute la nation est réformée. Souvent, nous nous plaignons des doctrines et de la conduite de ceux qui nous gouvernent ; mais n'oublions pas qu'ils sont mortels, que bientôt ils seront remplacés par d'autres. Si le pays légal, c'est-àdire les électeurs et les députés étaient tous des catholiques éclairés et sincères, l'arbitraire, le despotisme, la tyrannie seraient désormais impossibles chez nous, de quelque masque qu'on les couvre, de quelque nom qu'on les décore ; mais c'est à nous de les rendre tels, c'est à nous de préparer, de. former une jeunesse vraiment catholique, et par là sincèrement libérale.

Mais nous le répétons, l'instruction, la prédication et l'exposition des vérités chrétiennes, quelque sage, quelque savante qu'elle soit, ne suffit pas pour rendre les enfants chrétiens et solidement vertueux. Il faut encore, il faut surtout l'action de la grâce, de cet élément divin qui peut seul changer les cœurs, en déraciner les vices et y planter les vertus. Employons tous nos moyens, usons de toutes nos forces, déployons toute notre énergie, mais n'attendons le succès que de Dieu seul. Demandons-le, sollicitons-le incessamment par nos prières et nos bonnes œuvres et celles de toutes les âmes pieuses et ferventes. La prière est toute puissante,

4«* CORni LAIW -

une foi \ivc transporte des montagnes, la charité ne connaît pas

l'impo^Mhlc.

Al POINT DE VUE DE LA <;r\CF, RIEN N'EST PLUS PHILOSOPRIQU1

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