‹ De l'ordre surnaturel et divinChapitre 44 sur 49 · QUE LA CONDUITE DES PERSONNES DEVOTES · texte numérisé non relu

QUE LA CONDUITE DES PERSONNES DEVOTES

MlBSlIUlS,

Nous ne dirons pas que personne ne peut-être honnête hommes s'il n'est chrétien, c'est une proposition mal sonnante, qui a choqué plus «lune fois les oreilles pieuses des gens qui se soucient le moins de moralité. Mais il nous sera permis de rappeler une conclusion que nous a\ons démontrée précédemment, que, -ans la grâce, l'homme ne saurait ohscrvcr tous les préceptes, même de la loi naturelle, et surmonter les tentations lc> plu- difficiles. I t quand il !<• pourrai! par les ieulei forces de sa nature, Is grâce ne lui serait pas moins nécessaire pour parvenir à sa dernière Un, qui <st su-dessus de toute nature créée et possible : c'est pourquoi l'obligation de prier el de recevoir les sacrements, qui sont les deux moyens établis de Dieu pour obtenir la grâce, est une loi indispensable pour acquérir, conserver el perfectionner en sol la vh spirituelle, la vie chrétienne ou la vie divine, nne loi universelle qui pèse sur tous les hommes sans exception, puisque Dieu veut le salut de tous, et que tous sont appelés à jouir de

Don.

M' lit une erreur étrange, si l'on s'imaginait que tous

doivent suivre Is même voie « I pratiquer Is vertu su même d< I i itholicisme est an Immense collège ou maison d'éducation publique, ou il j ;> différentes i ku plus bas degré se trou-

vent les pécheurs, en qui on remarque les dispositions rigoureunt requises pour recevoir dignement le sacrement <\*' Baptême m delaPénltei commençants

Comme les enfants qui commencent à marcher ou à étudier, ils ont besoin d'être soutenus et fortifiés ; car la tentation la plus violente comme la plus commune pour eux, est le découragement et le désespoir, non pas ce désespoir qui persuade directement à l'homme qu'il est mis au rang des réprouvés, mais celui qui le porte à croire qu'il n'aura jamais assez de forces pour se corriger de ses mauvaises habitudes et pratiquer les vertus chrétiennes.

L'expérience a prouvé que cest là le prétexte qui retient le plus communément les pécheurs dans le désordre. Pour les en faire sortir, il faut sans cesse relever leur courage, ranimer leur confiance par les plus puissants motifs et les convaincre qu'ils peuvent tout en celui qui les fortifie. Il faut leur inspirer la crainte de Dieu, sans doute, puisqu'elle est le commencement de la sagesse; mais il faut aussi prendre garde de leur donner la peur, au lieu de la crainte, et la crainte môme a souvent peu de prise sur certaines âmes ; ce qui les enflamme, ce qui les excite, c'est l'espoir de la récompense, le vif désir de partager un jour la gloire, la beauté, la puissance et le bonheur même de Dieu, c'est la charité ou le pur amour de Dieu.

Mais il est des âmes ardentes, passionnées, vives, qui se portent toujours aux dernières extrémités ; elles s'adonneront aux vices jusqu'à l'infamie, ou porteront la vertu jusqu'à l'héroïsme. Leur cœur est un volcan ; il renferme une surabondance de vie et d'activité qui jaillit comme un torrent qui descend d'une haute montagne et ravage toute la plaine, si on n'a pas soin de lui creuser un lit où il roule paisiblement ses eaux et les déverse sur les prairies environnantes. Les meilleures terres, lorsqu'elles demeurent incultes, produisent les plus beaux chardons. Ces grandes âmes ont besoin d'une nourriture solide et d'une habile direction, autrement elles deviendront le fléau de la société. Nous avons la conviction profonde que, dans le siècle dernier, une foule d'esprits élevés, dont le nom est en horreur à juste titre, eussent été de grands saints s'ils avaient bien compris la beauté, la profondeur et l'élévation de la doctrine catholique, et s'ils avaient été conduits par des maures pieux et savants, mais savants dans les vérités de l'ordre surnaturel qui sont l'àme du chrislianisme. Or, il n'est aucune paroisse où l'on ne rencontre quelques âmes de cette trempe ; car Dieu a établi partout l'unité dans la diversité et la diversité dans l'unité. Dans une forêt, à côté de pelits arbrisseaux, il est des arbres dont le sommet s'élève dans les nues ; un champ de blé n'offre peut-être pas deux épis qui se ressemblent ; la beauté d'un parterre provient surtout de la variété des fleurs qui

l'embellissent. Mais l'Eglise est le champ de Dieu, et le parterre lieu.

\n Burplus, cotte diversité de caraetères se remarque partout! et dans les beaux-arts. SI le plus grand nombre eux qui -> appliquent se contentent des notions ordinairi eommunea, il en est d'autres qui, épris d'amour pour la -rien

pour l'art, veulent aller on avant el U)Ul approfondir : C*CSt une

vraie passion qui les tourmente. Or, loin de les blâmer, le publie le< 'mie. les admire, les regarde justement comme des hommes distingués : et ee même publie blâme, jette même le ridicule sur ceux qui cherchent à approfondir la science des choses dis Inès se perfectionner dans lan de bien faire. I orsqu'un Bavant explique science <>u de Bon Bit, une foule d'auditeurs ébahis, <;ui souvent n'entendent pas même ce qu'il dit, nu peut-

parce qu'ils ne comprennent rien, fait retentir l'air d< applaudissements répétés : mais Bi un saint explique les myst de In grâce ou delà rie divine, ces mêmes hommes le traitent d'insensé. In savant fuit les assemblées et les sociétés du monde, il renonce aux plaisirs les plus innocents pour êclaircir une question ou résoudre un problême : c'est son occupation continuelle; I! néglige même les devoirs que la bienséance ou sa charge lui impose, el tous de -écrier : C'est un martyr de la science. In

altiste reste une journée entière à inéditer et à contempler les

chefs-d'œuvre de Raphaël et de Michel-Ange. —C'est on homme d'un L'ouï exquis, qui sait apprécier les ieu\ res des grands maîtres,

-i un chrétien fervent emploie une partie de Bon temps à lier la science par excellence, la Bcience de la relie

plusieurs heure- ;i méditer ce que Dieu s fait par amour pour les hommes, la naissance, la rie et la mort de Jésus-Christ,

l'institution et l'excellence des -;ieremeuls, C€8 ChefS-d'œUVrC de

>ute puissance et de la toute-bonté, c'est un sot, un esprit

faillie et crédule, à qui la dévotion S fait tourner la léte. De quel

i si la raison, de quel côté la folie ?

Il \ a. dit-on, de faux dévots, de mauvais chrétiens, oui le nie v

le mondi • jours, de savants dont l'ignorance

moindre défaut, d'artistes qui n'ont que leur |aetance pour

talent : j imals peut-être on n'a ru tant de comédiens, tant d'hvpo-

•ii de personnages de théâtre qu'au] ourd hul : ils se b vent partout, il- se heurtent les uns les autres : la fortune et Ici pour ceux qui jnncnl le mieux leur rôle. Mais re- - pour avancer dans la vertu.

Il v en | "ix : t* l'oraison et la réception fré-

QUARANTE-HUITIÈME ENTRETIEN. 46b

quenle des sacrements ; 2° le travail, la pratique des vertus et la mortification ; 5° le motif qui doit animer toutes nos actions.

L'homme, en effet, n'a rien de son propre fond, ^puisqu'il est sorti du néant ; il reçoit tout de Dieu, la vie, le mouvement et l'être ; la grâce, les vertus infuses et les dons du Saint Esprit ; c'est un fermier qui reçoit tout de son maître, les champs à cultiver, les instruments aratoires et lui-même.

Il ne conserve et ne développe en lui la vie corporelle qu'en aspirant un air sain et salubre, qu'en prenant une nourriture selon l'exigence de sa constitution. Le chrétien ne conserve et ne développe en lui la vie divine que par deux moyens semblables, la prière et les sacrements ; par la prière, il aspire continuellement la vie de la grâce, il l'attire vers lui ou il s'élève jusque dans le ciel pour se l'identifier plus parfaitement. Les sacrements le nourrissent et le fortifient.

Considérez ce jeune homme d'une complexion faible et délicate; sa poitrine, étroite et délabrée, n'aspire que peu d'air à la fois ; c'est à peine s'il peut se soutenir et marcher. Voyez cet autre, robuste et vigoureux, capable de supporter les plus durs travaux, sa large poitrine respire l'air à grands traits. Ainsi, la vie de la grâce est faible et languissante dans celui qui prie peu ou mal ; elle est pleine et abondante dans celui qui prie beaucoup, qui prie avec piété et ferveur.

Les paroles de Jésus -Christ peuvent être prises à la lettre, quand il nous dit qu'il faut toujours prier et ne jamais se lasser ; car comme il faut toujours aspirer l'air pour vivre de la vie du corps, ainsi faut-il toujours aspirer Dieu, ou prier pour vivre de la vie divine. Ce qui ne signifie pas que chacun de nous doive réciter des prières du matin au soir, puisque le Sauveur nous défend de prier avec beaucoup de paroles ; mais il faut que nous ayons l'esprit de prière, que notre cœur prie toujours, que notre âme soit toujours unie à Dieu, avec le sentiment continuel de son néant et de la nécessité de ne s'appuyer que sur le bras toutpuissant de son Créateur. Cette manière de prier n'est pas seulement possible, mais elle est le repos de l'âme, sa force, son soutien, sa consolation ; et des domestiques et des servantes, et de pauvres artisans savent la mettre en pratique. Prenons garde ; un jour ils seront nos juges.

Quelques âmes ferventes, appelées à une vie plus parfaite, passent de l'oraison à la contemplation ; genre de vie ignoré ou méconnu, que les gens du monde les plus raisonnables ne considèrent que comme une sainte oisiveté, une pieuse fainéantise. Ils

Ml coroi i. uni v

mblent à un industriel ignorant qui se permettrait, en passant au pied «l'une haute montagne, de critiquer l'auteur de la nature, et qui (lirait : A quoi bon celte masse de terre énorme qui ne produit rien ; il faut l'abattre, et cultiver ce terrain qui est inculte. — Mon ami, lui répondrait un homme de bon lent, laisses celte mont.iirne, et bénissez Celui qui l*a faite. Ne voyez-vous pas qu'elle porte sa eime jusque dans les nues, pour y puiser ces eaux abondantes qui jaillissent de les 11 mes, et qui forment ces sources Vivet, CCI rivières, ces lieux es. qui fertilisent VOS vallées et fécondent vos champs et vos prairies. Abattez la montagne, vous n'aura plus qu'un désert, que des campagnes stériles. Dans le inonde Surnaturel, les montagnes qui attirent les rosées du ciel sont ces grandes âmes, qui, par la prière, s'élèvent jusque dans le sein de Dieu pour y puiser une vie surabondante, qu'elles déversent ensuite sur tant de eomrs desséchés par le souffle de l'incrédulité ou des passions. Par la contemplation, les François d tssise, les Dominique, les François Xavier et les Vincent de Paul, rempliraient leurv cœurs (le ces pensées >ui>iime>. de ces sentiment^ générera qu'ils communiquaient >i abondamment s tous ceux qui avaient le bonheur de les entendre; c'est là qu'ils concevaient ces vastes projets pour l'instruction des ignorants, le soulagement des pau- \n - et (le- malbeurera ; c'est là qu'ils puisaient cette forée divine, qui leur faisait surmonter tous les obstacles pour mettre à

ution leurs générera desseins. C'est là que les Docteurs de l'Eglise ont trouvé la vraie science, ces traits ou ces flots de lumière qui sont répandus dans tous leurs écrits.

pendant, l'oraison et la contemplation sont insuffisantes pour conserver et développer en nous Is vie divine, il faut y joindre la réception de- sacrements ; Dieu en ;i fait à tous les chrétiens nne obligation rigoureuse, et l'expérience prouve que ceux qui les négligent perdent bientôt la vie divine qu'ils avaient reçue; tandis que ceux qui s'en approchent fréquemment, avec toutes les diepositions requises, marchent à pas de géants dans le chemin qui (■(induit : 1 1 1 ciel. Les sacrements sont, en effet, comme <\<'* sources d'eaux \i\es qui rafraîchissent et fécondent i< Pir eux, l'àme s'unit à Dieu, participe à la nature divine, possède en elle-même Is substance ci Is personne «lu Père, du Fils ci du Saint Esprit ; il faut donc qu'elle participe de plus en plus s la lumière. ;i la beauté, ;i la puissance, à Is bonté et •> la liberté de

Dieu, en un mut. | lOUtCS les perfections divines. Peut on porter

le feu en sol même sans en être embrasé, la lumière — • » i » -- an ôtrt

ré, ii puissant <■ sans en c ne fortifl

Il n'est personne qui ne sente la nécessité de participer à la nature physique, pour conserver et développer la vie du corps, de communiquer ou converser avec la sagesse et' la science, pour conserver et développer la vie intellectuelle et raisonnable ; pourquoi trouve-t-on étrange qu'il soit nécessaire de converser et de communiquer avec Dieu pour conserver et perfectionner en nous la vie divine ?

Puisque le but de la prière et des sacrements est de répandre dans l'àme la vie divine, de l'augmenter et de la perfectionner, il faut que le chrétien s'efforce de retracer en lui l'image de Dieu, à la nature duquel il participe ; or, Dieu n'est pas seulement un être qui se contemple et se connaît, mais encore qui aime et qui agit ; il est, par sa nature, essentiellement actif, et saint Thomas le définit, d'après Aristote, un acte très-simple et très-pur, c'est-àdire que l'action lui est tellement essentielle, qu'il ne peut ne pas agir. De toute éternité, il engendre le Verbe, son Fils, son image vivante et parfaite ; et, en unité de principe avec ce Verbe, il produit le Saint-Esprit. Il crée le monde dans le temps, il le conserve, il le sanctifie, il y opère toujours.

Soyez parfaits, dit le Sauveur, comme votre Père céleste est parfait. Le chrétien doit donc agir en lui-même comme Dieu, et coopérer à l'action divine dans l'œuvre de sa sanctification ; imprimer dans son âme l'image et la ressemblance de l'adorable Trinité, du Père, du Fils et du Saint-Esprit, par la foi, l'espérance et la charité. Il doit observer les rapports qui l'unissent aux autres hommes dans la société, selon qu'il est père, mère ou enfant, pouvoir, ministre ou sujet; il doit imiter la personne divine dont il est l'image, remplir, avant tout, les devoirs que lui impose sa qualité de père, de mère ou d'enfant, de pouvoir, de ministre ou de sujet.

Il est donc faux de dire que la contemplation détruit la liberté et l'action de l'homme, que l'obéissance aveugle l'annihile et le réduit à l'état de machine ou de cadavre. Que fait donc le religieux, quand il promet à ses supérieurs une obéissance aveugle? Il renonce à sa volonté faible, indécise, sans discernement, pour suivre celle de Dieu, qui lui est manifestement connue par ses supérieurs, pour s'attacher à une volonté éclairée, ferme et constante. Il imite l'enfant qui, sentant son ignorance et sa faiblesse, se laisse conduire par la raison et la volonté de son père ou de sa mère, le disciple qui se montre docile à l'égard d'un maître renommé par 1 étendue et la profondeur de ses connaissances. Loin d'avoir abdiqué ou anéanti sa liberté, il en fait acte chaque fois

qu'il obéit. L'homme n'est-il donc libre que pour faire le mal ? Le -oM.n. qui B'eat « librement à servir sa patrie, n'eat-ilpea

libre, qu'il • renoi propre volonté pour faire celle

de ses i hefs .' 1 n jeune fille, qui contracte mariage, n'est-el libre en I sire voeu d'obéissance ou rc-

noncer s ta volonté pour obéir i une autre plus parfaite, est donc le plus uoble us ige que l'homme puisse faire de sa liberté.

H faut donc nue ignorance rare ou une mauvaise foi insigne, pour comparer les pieui personnages que vénère l'Eglise catholique aux brahmanes indiens. Il- diffèrent entre eux comme l'être et le néant, la lumière el les ténèbres, la \ie et la mort. Les premiers réfléchissent sur les grandes v< rites chrétiennes, pour s'en pén< irer, sut la laideur du vice, pour s'en corriger, Bur la I" <li- l.i vei lu, pour l'acquérir et In pratiquer ; ils contemplent toutes i' - perfections de Jésus-Christ, pour rendre leur vie pin- conforme .1 Is sienne. I'- . au contraire, font con-

toute la perfection a. rester sans pensée, -.m- sentiment, sam lion, eY-i l'annihilation de l'homme.

Toute l'hisioire de l'Eglise proteste d'ailleurs contre une assertion si étrange. Les contemplatifs les plus consommés sont qui ont rendu les pi us éminents services à l'humanité. Quel philosophe a aniant travaillé pour le bonheur ou la perfection des hommes que les Basile, les Augustin, les Antoine, le- Benoit, les Dominique, les François d'Assise, les \ incent de Paul f Mais l'épiacopat français n'a jamais été plus ferme, plus vigilant, plus actif, que lorsqu'il se recrutait parmi le< moines qui employaient des heure- entières s faire oraison.

:- ne nions pas, disent les gens du monde, que les hommes

qui unissent l'action s la contemplation ne -oient éminemment utiles s la société : mais que font tant d'autres qui passent tome

leur vie reiil» rnu- d;m- leur- cloltl

Nous pourrions demander ii notre tour : que font pour la société

1 rentier-, ce- riches propi i< luire- qui h

peut toute leur vie que de plaisirs : S'il est libre a chacun de diaai-

bien en débauches ou en orgies, pourquoi serait-il

défendu de l'empl entretenir pour prier et faire pénitet

1 1 1 me d'immenses avantages de l'institution des ordres

eux, qui ont pour but principal la prière, la contemplation et

Bvres de pénitence. Mais pour les apercevoir ci les appn

;i leur Valeur, une rai-on -aine, une haute philosophie ne suffît

il faut les lun

que 1 bomoM ne peut se suffire 1 lul-mecne, que 1 1

société est nécessaire ; c'est un corps où il y a des membres divers chargés de fonctions différentes ; ce corps a une tète pour se conduire, des yeux pour voir, des mains pour travailler et des pieds pour marcher. Tandis que le magistrat, par l'étude et l'application des lois, conserve la paix et la tranquillité au-dedans, le soldat la maintient par son épée contre les ennemis du dehors. Le laboureur et l'artisan, tout occupés de pénibles travaux, n'ont ni le temps ni la capacité de donner ou de compléter l'éducation de leurs enfants ; des maîtres instruits et dévoués les remplacent. Toute une famille s'anoblit par les actions d'éclat d'un de ses membres ; tout un peuple est sauvé par le sang des soldats ignorés qui sont morts sur le champ de bataille ; toute une nation est grande par les œuvres que quelques hommes de génie ont enfantées dans son sein. Mais toutes les créatures vivent en société et ont besoin les unes des autres.

Cette loi de solidarité doit donc se retrouver dans la société surnaturelle ou l'Eglise. S'il se fût trouvé dix justes dans les villes de Sodome et de Gomorrhe, elles n'eussent point péri par le feu. Moïse obtient, par ses humbles supplications, le salut de tout son peuple. A la prière de saint Paul, Dieu conserve la vie à tous ceux qui sont dans le même vaisseau que lui. Ainsi, en considération des œuvres de pénitence et des prières incessantes que font de saints religieux, Dieu fait miséricorde à tout un peuple coupable. Ces âmes pieuses et saintes sont autant de victimes qui s'immolent pour le salut du monde ; c'est Jésus- Christ qui continue à souffrir dans ses membres, à être crucifié dans ses membres pour le salut du monde. Un couvent de chartreux ou de trappistes, nous en avons l'intime conviction, est dans le monde moral un paratonnerre qui préserve les contrées où il se trouve des coups de la foudre et des tempêtes.

Le P. Lejeune de l'Oratoire va nous dire quel motif doit animer toutes les actions du chrétien.

« Si Jésus-Christ nous dessillait les yeux de l'Esprit et de la foi, comme il ouvrit les yeux du corps de cet aveugle de Bethsaïde, nous dirions comme lui : Video hommes sicut arbores ambulantes (Marc, 8. 24.); nous verrions que plusieurs personnes qui sont fort estimées et louées dans le monde n'ont point d'autre vie que celle des plantes, point d'autres ressorts et de principes de leurs actions que ceux des arbres. Voilà un marchand fort soigneux et diligent, qui travaille nuit et jour, qui voyage par mer et par terre, qui se couche tard et se lève de bon malin ; quel est le principe de tous ces mouvements ? pourquoi fait-il tout cela ? C'est pour ache-

ter ici une maison, là une forme ; c'c-i-adirc pour s'établir sur la terre eomiDC M noyer et cet orme qui jettent des racines de tous - pour s'agrafer et l'affermir dans la terre. Cet homme n'était autrefois qu'un petit mercier, et c'est maintenant un riche marchand, comme cette plante, qui n'était autrefois qu'un petitarbrisi. est maintenant un grand arbre.

i On dit dans le monde : Voila une brave femme, elle a été une bonne ménagère, active et vigilante, elle i bien pourvu ses enfants et les enfanta de ses enfanta. \m>i un cep de vigne jette des racine-. IUCC I humeur de la terre pour s'élever, s'étendre, jeter des branches et des sarments de tous côtés : Usor tua ticut pilii nèundam. On dit : Voilà une habile femme ; elle a marié sa fille à un maître des requêtes ei sa cadette à un trésorier de France. Ainsi on peut due : Voilà un excellent arbre, on en a tiré tant de greffea pour enter et peupler un verger. Vie d'arbre, vie de plante, voua ne vous occupes qu'à vous établir et à vous affermir >ur la terre, à vous étendre, vous accroître et vous élever, et encore vous b'avea pas tant d'esprit qu'une plante Voilà un arbre qui est auprèl d'une muraille ; n'attendez pas qu'il élude ses branches du côté où la muraille lui fait ombre, mais du côté qui est plus exposé au soleil. Voua (Miriez vos enfants, qui Boni VOS ranu aux. du côté des grandeurs du monde, qui est moins regardé du soleil de justice, non du côté de la bassesse, de l'humilité ei de la pauvreté, que Dieu regarde plus volontiers : Humilia respirai.

« Quelques autres mènent une vie sensitive, et, au jugement de

Dieu, ils ne sont pas plus estimés que des eues irraisnnnahles : lll m m conduisent que par les sens ; Comparatut e*t jumtntit isast*piriiti'nis. Cet ouvrier travaille courageusement, parce qu'on lui

| donne un bon repa- : ce Serviteur VOUS e>t Qdèlc parce que VOUS le nourrisses bien : VOtre COUrsier en l'ait autant, parce qu'on lui a

donné de l'avoineel qu'on l'a bien abreuvé* Ce jeune homme emploie aa matinée a -<• m is< r, à s'ajuster, à se parer et on le I Voilà un corps bien fait, de beaux cheveux ; on en fait autant à on équip tge 1 1 "ii hu donne les mêmes louanges. . \ oua i i qu'à boin , à dormir, à vous vautrer dans les volt

sensuelles Que font les lions et tous les animaux de ls t< m < I \ mis nourrisses vos enfants, pane qu'ils sont vos enfant-, ainsi fait une

bu lelle, une colombe, un rossignol. Nous ioram< i donc tels

que la vie que nous menons : ai le motif par lequel nous in -ire. toutes n"- actions ne sont que matérielles. » i i autres qui ne sont pas ai aensu< ls, mais ils m sont

pas plus chr< liens ; il- penseni eue bien pat I lits, pana- qu lia sont

bien raisonnables; la raison, la prudence humaine, la vertu naturelle ou morale est le principe de leurs actions. Vous tenez bien droite la balance de la justice, vous aimeriez mieux mourir que de fléchir tant soit peu dans votre devoir ; parce que vous aimez naturellement l'équité, vous êtes ennemi de toute injustice ; vous assistez les affligés, parce qu'il est naturel d'avoir pitié de son semblable et que vous seriez bien 'aise d'être assisté, si vous étiez jamais affligé. Vous vous abstenez des plaisirs sensuels et des voluptés charnelles, parce que vous êtes trop noble, né pour quelque chose de trop grand pour vous rendre esclave de votre corps. Vous endurez les injures qu'on vous fait, parce que c'est le propre d'un grand courage de mépriser ces faibles esprits ; vous les estimez indignes de votre colère. Tout cela c'est être honnête homme, homme d'honneur, philosophe, bon politique ; mais s'il n'y a rien autre chose, ce n'est pas être chrétien, disciple de Jésus-Christ, disciple de la foi et de la grâce.

« Mon juste vit de la foi, dit le prophète cité par saint Paul. 11 y a des justes selon le monde et des justes selon Dieu : les justes selon le monde sont ceux qui sont gens de bien par raison humaine, par maxime d'Etat et par intérêt temporel ; les justes selon Dieu sont ceux qui ont la foi pour principe de leurs actions et pour règle de leur vie ; un juste selon le monde ne fait de tort à personne, parce que la lumière de la nature lui dicte : Ne faites point à un autre ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit à vous-même; un juste selon Dieu, ne fait tort à personne, parce que Jésus-Christ a dit la même maxime ; un juste selon le monde fait l'aumône à un pauvre par tendresse de cœur; un juste selon Dieu fait l'aumône parce que Jésus-Christ a dit : Ce que vous ferez au moindre des miens me sera fait... Un bon serviteur selon le monde sert fidèlement son maître, parce qu'il le nourrit bien; un bon serviteur selon Dieu sert fidèlement son maître, parce que saint Paul a dit : Serviteurs, obéissez à votre maître comme à Jésus-Christ; un juste selon le monde nourrit et entretient honorablement ses enfants, parce qu'ils sont ses créatures ; un juste selon Dieu le fait, parce qu'ils sont les créatures de Dieu et les membres de Jésus- Christ. Saint Jean l'Évangéliste, en parlant des enfants de Dieu, qui sont les vrais chrétiens, dit que non-seulement ils ne suivent pas la volonté et les inclinations de la chair, mais qu'ils ne suivent pas même la volonté de l'homme, c'esl-à dire les inclinations de l'esprit humain.

■ La vie du chrétien est une vie surnaturelle, c'est-à-dire une vie qui est au-dessus de la nature, qui est au-delà de l'esprit hu-

#71 ( OROI I \

main, autant ei pltM que l'e-prit humain est au-delà des êtres dépourvus de raison. La fol en au-dessus de la raison, autant ei plus que la raison esi au-dessus du corps el <1< is sens, ei comme l'homme qui \\i en tant qu'homme oc -<• conduit pas par les sens comme font les animaux, mais par la raison, ainsi celui «pi i \n en tani que chrétien nduii pas par la raison comme font les

hommes, mais il se conduit par la foi el par les maximes de l'Ki est au dessus de la raison, beaucoup plus que la raison n'est au-dessus «lu sentiment el de l'inclination corporelle.

te que pour aller au ciel, pour obtenir des bénéfli des em| I lis dans le paradis, il faut être simple comme un cnfam, il faut traiter avec votre prochain sains dissimulation, avec une grande candeur et une grande sincérité, endurer les injure?, dire ilu bien de ceux qui nous calomnient, aimer ceux qui non- p<

ni et leur l aire du bien : la lui naturelle ne comprend point

irine, elle est au-delà de si portée ; il ne faut pas -y arr, mais passer outre.

« Le très honorable et très-glorieux nom que nous portons nous y doit obliger ; le nom de chrétien- vient de Christ, et il noua exprime que nous faisons profession d'être disciples, imitateut soldat- de. Jésus, on appelle platoniciens el êpieuriens eeux qui sont disciples de Platon et d'Epieure : on «lit qu'un hommi cicéronien, quand il tache d'imiter Cicéron en écriTanl ou en haranguant. Nous Bommes appelés chrétiens el noua devons 1

-i nous voulons être sauvés : donc nous devons être die*

eiples il»1 lésUS-ChriSt, entrer dan- son éeole, apprendre -a doctrine, éeouter -<•- paroles, pratiquer ses maximes. Son Père noua mmande : limon audite. Celui <pii veut devenir bon théoiojuriseonsulte ou médecin, lit assidûment ou très souvenl -aint rhomas, Justinien, Hippocrate et les commentaires qui les expliquent; ainsi celui qui désire être bon chrétien ht souvent le saint Evangile et les livres qui en traitent, comme les atMitotaonj ({>• Dat/Km/f les OBuvreedt Grenade et Y Imitation de Jétut-Chritf; dus devons imiter ses vertus, suivre les exemples de sa via), •ne il non- l'a commandé sur la tin de ses jours. Non- do nous enrôler sous ses drapeaux, combattre pour sa cause, faire la guern i onemis j saint Paul nous le commande.

i mon avis la meilleui d, la plus droite intention

et la plus sainte disposition que nous puissions avoir < d mi

lions, pratiquer telle vertu, parce que Jésus-Christ l'a enseignée,

pratiquée. Quand les disciples de Pythagore

avançaient quelque vérité, ils n'en rapportaient point de preufi

que ce mot : Notre maître l'a dit. Quand un apprenti en peinture, en écriture ou en sculpture a un modèle devant les yeux, si vous lui demandez pourquoi il peint ainsi ce visage, pourquoi il forme ainsi cette lettre: C'est, dit- il, que le modèle est fait ainsi. Si vous demandez à un soldat pourquoi il va d'un côté et d'autre, tantôt aux ailes de l'armée, tantôt à l'arrière-garde : C'est que mon enseigne fait toutes ces démarches. Ainsi celui qui est vrai chrétien, vrai disciple, imitateur et soldat de Jésus, pratique telle vertu, non comme les philosophes, parce qu'elle est plus excellente, plus héroïque et plus digne d'un grand courage, mais parce que Jésus l'a enseignée et pratiquée.

« Nous sommes quelquefois en peine de connaître la volonté de Dieu, ce qui lui est plus agréable, ce qui contribue le plus à sa gloire ; personne n'a jamais mieux connu la volonté de Dieu que Jésus-Christ ; personne n'a jamais mieux fait ce qui est agréable à Dieu que Jésus Christ ; personne n'a jamais mieux cherché la plus grande gloire de Dieu que Jésus-Christ ; donc, pour faire la volonté de Dieu, pour faire ce qui lui serait plus à sa gloire et ce qui serait plus parfait, il ne faudrait que voir ce que Jésus a fait, enseigné, commandé, et le pratiquer au pied de la lettre, par cette seule raison, par ce seul principe et motif que Jésus-Christ l'a ainsi pratiqué et enseigné (1). »

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