‹ De l'ordre surnaturel et divinChapitre 45 sur 49 · RAPPORTS DU DOGME DE LA GRACE AVEC LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

RAPPORTS DU DOGME DE LA GRACE AVEC LA PHILOSOPHIE

Messieurs,

Si nous interrogeons les philosophes, et si nous leur demandons ce que c'est que la philosophie, à peine en trouvons-nous quelques-uns qui adoptent une même définition de celte science. Les

(i) P. Lfjeunc, Serm. 152. Peu de chrétiens vivent scion la foi.

17* COROi.i.x:

uns disent que c'est II icienee des idées, ket autres, la science de l'esprit hum. un, d'autres enûo la science dea premier* principes et de leurs conséquences immédiates. Quoi qu'il en toil de «•eue di-

,• de sentiments, il eel certain «pic le domaine de la philosophie ne s'étend pas au-delà de l'ordre naturel; qo il ne le comprend pas même tout entier : car quelques parties de cet qrdre, ayant reçu d'importanta et de longs développements, ont formé des sciences spéciales, telles que la physique, la médecine,

rit, les mathématiques, etc. routes les sciences «h* l'ordre naturel sont comme un arbre gigantesque dont la philosopha le tronc ci le< racines, el les i particulières les branches

■ ii\f i

I i philosophie est s la fois une science et un art de raisonner hien : elle pose les principes qui doivent servir de base à tout raisonnement ; elle les explique, elle en fait Bentir toute l'évidence ; elle Fail connaître les différentes significations de ces mots si frets dana le discours, sTre, natter*, §ub$ta tes, personne, cause, ii /in. etc.; elle établit les règli - a suivre pour déduire légitimement une vérité d'une autre vérité ou d'un principe. < )n s'est demandé, même dans les chambres législatives, s'il n'y pas danger s enseigner la philosophie bus jeunes gens sitol après leur cours d'humanités ; les uns désiraient la renvoyer i un autre temps, et les autres voulaient la conserver. Les défenseurs de ce dernier sentiment n'ont pourtant rien trouvé a répliquer aux raisons de leurs adversaires, quand ceux-ci montraient combien il était périlleux d'agiter, en présence d'une jeu;

- expérience, ces grandes questions sur lesquelles repose le fondement même de toute société, el de n'en résoudre aucun a résoudre en sens contraire.

nous étions chargé de tracer une ligne de conduite a nos lé-

iteurs, voici la règle que nous établirions : Il est utile el même

re de terminer le cours d'études par celui de philosophie,

i il faul que l'Etal veille a ce qu'on n'j enseigne rien d'anti-

il. Tool ce «pu est de l'ordre surnaturel proprement dit doit

tussl exclu de ce cours : l'Eglise seule esi chargée d*<

lui concerne oei nuire des choses, qui dépasse les lumières de la raison naturelle. Il permettra de traiter louti questions touchant la nature de Dieu el la nature de l'homme, i que l'existence de I» - principaux attributs, Is splri-

: l'immortalité de l'ème, la liberté de l'homme ; les devoirs l'homme doil remplir envers Dieu, envers les autres hommes lui-même, ete. La philosophie comprendra donc la In-

gique, l'ontologie, la théologie naturelle, l'anthropologie, la morale, un précis sur l'histoire de la philosophie.

Mais parce qu'il y a des vérités fondamentales dont la négation entraine directement ou par voie de conséquence la ruine de toute société, comme l'existence de Dieu, et sa providence, la spiritualité et l'immortalité de l'àme, ou l'existence d'une autre vie, heureuse pour les bons et malheureuse pour les méchants, la liberté de l'homme, 1 Etat défendrait, sous des peines sévères, de rien enseigner de contraire à ces vérités.

Je sais qu à l'époque où nous vivons, quelques esprits superficiels ne manqueront pas de crier à la tyrannie, et de prétendre que si l'Etat consacrait une pareille mesure par une loi, il se ferait juge de la doctrine, et anéantirait la liberté de la pensée. Mais cette objection n'est d'aucune valeur au jugement de tout homme raisonnable ; car, tout gouvernement, à moins (ju'il n'accorde à tous la liberté de tout dire et de tout faire, est forcé, quelque libéral qu'il soit, de mettre cette règle en pratique. 11 a donc, par sa propre nature, le droit, non d'anéantir ou de restreindre la liberté, mais de la régler et de fixer ses limites.

Quand l'Etat défend, sous des peines très-sévères, de vendre du poison au premier venu, personne ne prétend qu'en cela il gène ou détruit la liberté des citoyens ; pourquoi la gènerait-il ou la détruirait-il, s'il prohibait une doctrine qui, selon les règles du bon sens, tuera tôt ou tard tout un peuple ? 11 n'y a rien de plus absurde, de plus injuste et même de plus cruel que de payer des hommes pour enseigner une doctrine au nom de l'Etat, et de punir de la prison ou de la peine capitale les citoyens qui la mettent en pratique (1).

La liberté n'est que la jouissance paisible et complète des droits de chacun ; or, personne au monde ne peut avoir le droit de nuire à son prochain ; donc personne n'a le droit d'enseigner une doctrine que le bon sens regarde comme nuisible.

Si une fois vous concédez à l'Etat le droit de défendre tel point de doctrine, dira-t-on encore, vous l'investissez d'une espèce d'infaillibilité ; n'est-ce pas le substituer à l'Eglise? Nous ne le pensons pas ; car, étant établi pour diriger les peuples comme peuples

(1) Donc la liberté de la prpsse, la liberté de conscience et la liberté des cultes ne peuvent être admises comme principes ; car l'erreur ne peut avoir aucun droit. On ne peut que la tolérer dans la crainte d'un plus grand mal, et en la restreignant le plus possible. C'est un droit et un devoir pour l'autorité d'empècber sa propagation, même par des peines coéreilives.

01 l l URBS

rt doo comme chrétiens, le pouvoir <i\il est restreint dans l'ordre naturel e4 ne s*ét< nd pas au-delà. De plus, nous ne lui accordons que le droit «le défendre l'enseignement de ce que imh les peuplea même païens, elle bon sens le plus vulgaire, ont toujours me des erreurs dangereuses pour la Bocii lé. Nous lierons a pendant que, en déhon «lu catholicisme, il sera toujours impossible de réunir tous les esprits dans une même doctrine philosophique ; noua en donnons les raisons, tout en résolvant les difficultés que 1 on propose sans cesse aux catholique

l 'éternelle objection que les rationalistes font bus catholiqu est de leur dire : Pourquoi Dieu vous aurait-il ordonné '!<■ croire et- que nous ne comprenes pas, d'accepter voire doctrine de mal-

|ni voua enseignent el qui ne sont pas plua que voua .' Pourquoi donc Dieu nous a-i-ii donné L'intelligence, si vous ne <l<'\« 7

n faire us .<■ Penses par vous-mém< s, croyex ce que vous comprenes' faites-vous votre symbole, Becouez le joug d'une autorité qui voudrait étendre son empire sur la plus noble partie de vous-mêmes, et, guidéa pur le flambeau de votre seule raison, marchez hardiment à la conquête de la vérité.

v us : mprenona pas, noua catholiques, habitués que nous sommes a noua soumettre humblement à l'autorité de I Eglise, tout ce qu'il y a de séduisant dans un pareil langage, Burtout pour îles jeunes gens bî encline croire indépendants.

M g saint Augustin nous Bpprend que, pendant neuf années, depuis 19 ans jusqu'à 28, il est demeuré attaché à la - i manichéens, dans l'espoir d'arriver, comme il> le lui avaient toujours promis, .i 1 1 connaissance «le la m me par «les démonstrations port no ut philosophiques. Pleins «le compassi n pour cette jeun< imprudente et crédule, et pourtant généreuse, efforçons-nous donc «le lui faut- comprendre combien est faible la raison abandonnée il elle-même. El certes, les preuves ne nous manquent i 1 1 unedes plus fortes et desplus convaincantes sers le tableau complet des aliénations de tant «le grands lioiuuii -, - n des i' mps anciens, soil des temps modernes, quand une fois ils oui proclamé l'indépendance absolue «le la raison humaine. .!«• ne sa< lu1 rien de plus propre à humilier et à confondre les rationalistes, el H m faudrait pas une bien forte dose de bonne foi pour avouer que, il de grand m I mcét au milieu d'un i sont brisés el «>n( disparu sous les flots, le frêle esquif ne -aurait éviter un triste naufrs

Gardons-nous pourtant de non- jeter contre un autre éeudl non i.. ogereus, et de prétendre que la raison ettàRUfuif-

santé par elle-même. Affaiblie par la dégradation originelle, elle ne peut plus connaître toutes les vérités de l'ordre naturel ; cependant, elle n'a pas perdu toute sa force ; elle n'est pas détruite, mais seulement obscurcie. Mais elle a ses lois, ses conditions d'existence et de perfectionnement. Si la lumière ne vient frapper nos regards, c'est en vain que nous ouvrons les yeux, nous demeurons dans les ténèbres ; mais serions-nous inondés des flots de la plus vive lumière, si nous sommes privés de l'organe de la vue, nous restons plongés dans une nuit profonde. Ainsi en est-il de la vérité ; il faut que la société, qui en est dépositaire, la fasse briller à nos yeux ; mais nous avons besoin d'ouvrir en même temps, pour l'apercevoir, l'œil de l'intelligence.

€eci est encore fondé sur la nature même de toute société, qui ne peut pas être une agrégation d'individus sans aucun lien entre eux, mais une réunion d'êtres intelligents et libres qui ont des intérêts communs et particuliers. Dieu lui-même est une société qui ne subsiste que par une double loi fondée sur l'unité de nature et l'individualité de personne. On ne conçoit pas qu'il existe une société quelconque sans qu'il y ait un symbole commun, religieux, politique ou commercial, qui doit être accepté par tous ses membres ; mais il faut en même temps que chacun conserve une certaine liberté propre et nécessaire, non seulement à sa perfection, mais encore à son existence. De même que le gouvernement le plus parfait sera celui où les deux systèmes de centralisation et de décentralisation seront combinés de manière à concilier, dans la plus juste proportion, la liberté ou les droits des particuliers avec l'unité d'administration, la doctrine philosophique la plus complète est celle qui, tout en exigeant la soumission à l'autorité pour conserver l'unité dans le monde des intelligences, laisse à chacun la liberté nécessaire pour la conservation et le perfectionnement de sa raison individuelle. Car c'est là surtout ce qu'il importe de bien faire comprendre ; l'autorité à laquelle doit obéir tout catholique ne fait pas qu'humilier la raison, mais elle la complète, elle la perfectionne, l'agranditetl'élève à sa plus haute puissance, puisqu'elle l'unit à la raison divine. Cent fois on a démontré que le catholicisme s'est placé, par ses œuvres d'art et de bienfaisance, à une hauteur que n'atteindra jamais la philosophie ou la politique humaine ; mais il faut se souvenir qu'il n'a eu le bras si fort que parce qu'il a eu l'œil si perçant. Ne faut-il pas apercevoir le but avant de le frapper? Comme l'instrument d'IIerschell prolonge la vue en augmentant sa force, ainsi la foi est la raison agrandie, c'est l'homme voyant avec l'œil de Dieu. La raison de l'homme

i7s COROI.I. \|p.F -.

n effet, m faculté naturelle de connaître, mais obscurcie et affaiblie par le péché <> r i Lr i n < ■ 1 . et incapable de connaître tout- tés, même naturelles : la fol est une lumière sur-

naturelle surajoutée à la raison une participation à la raison de Du n. un rayonnement de l'intelligence (ii\ino.

pendant, à entendre nos rationalistes, l'Eglise catholique, par l'autorité souveraine qu'elle exerce sur la raison, arrête nécessairement le progrès de la science, ou plutôt anéantit toute science ; car elle proscril les investigations scientifiques, elle commande la foi ei dit à chacun : Crois, et n'aie pas la témérité de vouloir comprendre ee que lu crois. Qu'est-ce que • -mon l'abdication même de h raison? Nous donc et non- seuls distribuons la science, et chaque jour nous la faisons marcher a grands i rs de nouvelles destin

les, comme précédemment, il y n un double mensonge : car il icile de prouver que le catholicisme seul peut conserver ei faire fleurir les sciences et les arts, el que, hors de son sein, on n'en rencontre que quelques lambeaux à peine reconnaissabl

Pour cclaircir une question, on doit, avant tout, la poser nettement, la préciser et la définir; ce qui souvent suffit pour terminer la controverse : et c'est pour cette raison que nos adversaires éprouvent autant de répugnance pour les définitions que certains n\ de nuit pour la lumière. Ainsi, quand vous lise/ pour la

première fois leurs inintelligibles èlucubrations, vous êtes tentés de vous écrier à chaque page : Quelle profondeur! el quand enmite vous Nouiez vous rendre compte à vous-mêmes de leurs brillantes théories, discuter la certitude de leurs principes et la légitimité de leurs conséquences, peser au poids de la saine raison ai «lu bon sens la valeur des preuves qu'ils vous donnent comme Incontestables, vous ne rencontres plus que des incohérences, louvenl des chimères, et presque toujours une phraséologie vide d'idées. \ ou- penslei saisir une réalité, el vous n'embrasses qu'un lanterne qui disparaît comme l'éclair. Non, cènes, ee n'es! pas là l.i véritable science comme l'ont comprise les vrais philosophe, et les Docteurs de l'Eglise, Platon, iristotf, saini Augustin, saint i: isuet, Fénélon, ftfallebranche, Leibnits; car, suivant riiv. h-. i la connaissance raisonnée des êtres, i onsi l< rés

non seulement en eux-mêmes et d ins leur naturel ut dans

principes nu leui . m ins leurs effets el leurs rapi

dis- ,)iil i> i(i pet rautas : tOÇnMo rn non fana-

. in <"o star, std edinaa fsj relatiombus* SI donc la science mp

pose Ici uihlion, I érudition ne |Up| - toujours la

II n'est pas rare de rencontrer des hommes très-érudits qui ne sont rien moins que savants ; doués d'une mémoire heureuse, ils ont amassé de nombreux matériaux ; mais, faute d'intelligence, ils restent là pêle-mêle, sans suite, sans ordre ; il n'y a pas d'édifice, il n'y a pas de science.

Or, si acceptant cette définition de la science que nous venons de rappeler, et il n'y en a pas d'autre, nous la prenons pour mesurer nos rationalistes qui se disent et se prétendent savants, il me semble, ou je me trompe beaucoup, que la plupart d'entre eux, pour ne pas dire tous, passeront sous la mesure sans se baisser, et que, malgré tous leurs efforts pour s'exhausser, ils seront encore loin de l'atteindre.

Parmi les sciences humaines, il en est une qui l'emporte sur toutes les autres, qui en est la base et en même temps le sommet, qui les constitue et les met à l'état même de science, qui les dirige, les classe et en fait une sage application : celte science est la philosophie. Or, qu'est-ce que la philosophie, selon les rationalistes? Bien que divisés sur la définition, ils semblent s'accorder sur son objet, c'est la science de l'homme ou de l'esprit humain. Ils doivent donc nous dire ce que c'est que l'homme, quel est son principe ou son origine, sa nature, ses facultés, sa destinée, ses devoirs ou ses rapports avec les autres êtres. Cependant, si je leur demande comment me trouvé je sur la terre, d'où je viens, qui je suis, où je vais, si c'est Dieu qui m'a créé ou si je suis sorti de la terre comme un champignon, si mes ancêtres appartenaient primitivement à quelque famille de singes ou de marsouins, si Dieu existe et ce qu'il est, si j'ai une âme ou seulement un instinet, si je serai un jour anéanti ou absorbé dans le Grand-Tout ; à ces hautes et importantes questions, d'où dépend le bonheur ou le malheur de l'homme, la tranquillité ou la ruine des Etats, ils ne

savent que répondre ; ils disent : Oui.... Non Peut-être... On

ne sait... Il se pourrait bien... Tel est, pour tout homme qui a lu attentivement, et sans préventions, les ouvrages de nos rationalistes, éclectiques, panthéistes et autres, le résumé de la philosophie enseignée dans presque toutes ies écoles. Les moins sceptiques s'efforcent de couvrir leur nudité à l'aide des haillons des sophistes d'Athènes et de Rome, et des guenilles des brahmanes de l'Inde. Et ils ne rougissent pas de se proclamer hommes du progrès et de l'avenir, eux dont tout le progrès a été d'ajouter aux erreurs des philosophes païens toutes les impiétés et toutes les rêveries des hérétiques qui ont paru depuis rétablissement du christianisme.

L'expérience établit donc ce fait incontestable, qu'en dehors du

COBOLLAIRES.

catholicisme, la philosophie vient loujoan aboutir au scepticisme. Oe n'est pas, néanmoins, que ta raison naturelle de riiommc ne puisse, sans la grâce, connaître et démontrer quelques vérités, mata parce qu'elle ne saurait les connaître ei les démontrer toutes. Or, ees vérités naturelles, que la raison humaine seule ne peut atteindre, laissent une profonde lacune, un vide immense dans un «■luir- de philosophie qu'il esi impossible au rationaliste de combler ; el parée que toutes les vérités d'une science B'enchalnent, s'éclairdi el se fortifient les unes les autres, et qu'on ne peut en bien connaître une seule sans en connaître quelques mille autres, il se rencontre, dam Is philosophie rationaliste, des difficultés sans fin t i tout à t'ait insolubles, faute de pouvoir embrasser toutes les vérités de l'ordre naturel dans un harmonieux ensemble. Alors le philosophe, qui veut rire conséquent avec lui-même, rejette les vérités qui lui semblaient les plus évidentes, mais qui se trouvent, selon lui et par suite <h> l'affaiblissement de sa raison, en contradiction avec d'autres. Toutes disparaissent «le la même manière, et il finit par tomber dans cet abime sans fond qu'on appelle le doute absolu Chose remarquable, c'est que, plus il a d'intelligence, plus vite il arrive à eetle fatale conséquence. Cependant le doute absolu est la mort de l'intelligence, et le philosophe veut vivre. II f.iil donc de nouvelles recherche-;, il parcourt et étudie de nouveau tous les systèmes, il emprunte à chacun quelques parcelles ou

lambeaui qu'il réunit et dont il se fait une doctrine à lui propre,

mais aussi obscure, ;m-si et plus incohérente peut-être que ta première, kprés l'avoir élaborée avec peine, embrassée avec empreint, défendue avec chaleur, il en aperçoit les défauts, il la répudie pour en adopter une antre qui vaut moins encore et qu'il réformera toujours, jusqu'à ce que, de guerre las, il ira, - il s 'les inclinations vicieuses, s'endormir pour toujours do sommeil de l'indifférence, ou demandera an catholicisme, s'il i conservé Ml

Cœur droit et bon, ce qu'il S cherche si longtemps en vaifl ailleurs.

i e désir ins niable de tout savoir, de tout pénétrer, de connaîtra

ence même <\*'-> choses, est un autre aboutissant au seepti-

e I e philosophe superbe voudrait, le scalpel à la main. di<<é-

Qjuer Pi humaine, Is \oir de ses yeux, Is loucher de ses maint,

lémélCr les facultés avec SCS doigts : et parce que la nature de

resprit lui échappe, qu'il ne saurait le palper, comme il palpe une

pierre «ni un ;irhre, il prend le parti de nier BOA existence; il nie

la liberté, Is spiritualité de lune et l'âme elle-même, H nie Dien.

m est trop ii nue pour se complaira uniquement dans les

imsances de la matière, il bâtira, dans son imagina-

tion, une foule de systèmes philosophiques plus absurdes les uns que les autres : ce sera l'idéalisme, le symbolisme, le panthéisme indien ou germanique.

Mais, à côté de ce chaos d'idées creuses, de ce panthéon aux mille divinités qui s'y sont donné rendez-vous pour y recevoir l'encens dune multitude d'adorateurs aveugles, car les dieux intellectuels ont remplacé, dans un 'certain monde, les dieux de pierre, d'or ou d'argent ; à côté, dis-je, de ce bazar philosophique, n'est-ce pas avec bonheur qu'on voit paraître la philosophie catholique? La raison humaine, restaurée et soutenue parla grâce, aidée de la révélation, peut connaître et démontrer toutes les vérités de l'ordre naturel ; aussi résout-elle, avec une force de logique incontestable, tous les problèmes qui intéressent l'humanité, et enseigne-t-elle avec certitude l'origine de l'homme, sa nature, sa fin et tous les devoirs qu'il doit remplir en sa qualité d'homme. Lisez les écrits des Pères, des Docteurs de l'Eglise et des philosophes vraiment catholiques; considérez la manière dont ils traitent les questions philosophiques; comparez-les avec ce que les philosophes anciens et modernes ont produit de plus remarquable en dehors de l'Eglise, et vous serez étonnés du contraste. Si ceux-ci s'élèvent quelquefois, c'est pour rendre leur chute plus profonde; si vous voyez briller, dans leurs ouvrages, quelques éclairs de génie, ils ne servent qu'à rendre plus épaisses les ténèbres qui les pressent de toutes parts. Ceux-là, au contraire, toujours fermes, toujours solides, exposent et prouvent toutes les vérités avec une clarté, une précision et une profondeur qui laissent rarement quelque chose à désirer.

Cette supériorité des philosophes catholiques n'a d'autre cause que la grâce. Quelle est, en effet, la source de presque toutes les erreurs ? C'est, au jugement de tous les hommes, l'orgueil et la volupté. Or, l'homme ne peut être humble et chaste que par la grâce ; la grâce détruit donc, dans tous ceux qui lui sont fidèles, les deux causes principales des erreurs. De plus, la grâce est une lumière qui dissipe les ténèbres de l'intelligence, en éclairant la raison ; elle est une force surajoutée au libre arbitre pour le rendre capable de plus grands efforts. Enfin, c'est encore la grâce qui fait connaître à l'homme les bornes de toutes ses facultés, et le rend capable de les respecter. II éprouve, lui aussi, le désir de tout connaître, mais il sait que ce désir ne doit être satisfait que dans l'autre vie; la claire vision de Dieu, par où il saura toutes choses, devant lui être accordée à titre de récompense, il faut qu'il y ait des mystères aux jours de l'épreuve ; et il n'est point

iS2 C0ROLI URES.

surpris d'en rencontrer partout, et d'aussi profonds dans un brin d'herbe ou on frein de gable que dans l'ange ou le séraphin, ou dans la nature divine.

Un îles piii> grands reproches qui <oit adressé s la philosophie que eat u forme quelque peu sèche et rude, sa forme seo*lastique, qu'on appelle barbare, bien plutôt parée qu'on ne la comprend pas que parée qu'elle n'est pas s la hauteur de l'époque, foute seienee a, et doh avo r sa langue propre, barbare pour la foule Ignorante, el intelligible seulement pour ceux qui en font une étude sérieuse. Rien ne nous parali plus propre que les procédés de la méthode SCOlastique, pour mettre de la clarté et de renchainement dans les idées, de la précision dans les termes, de la force dans le raisonnement. Ce n'esi pas néanmoins que nous croyions parfaite, sous tous les rapports, la philosophie, telle qu'on l'enseigne aujourd'hui dans tous les établissements ecclésiastiques. S'il BOUS était permis d'émettre iei notre opinion, nous souhaiterions que quelque professeur nous la présentât dég de cette allure un peu étriquée, parée de quelques ornementa simples, façonnée au goût et aux usages de notre siècle, tout en conservant les manières graves ,t sévères qui conviennent à sa naissance et à sa qualité princiéres.

Il est donc certain qu'en fait de sciences philosophiques, historiques cl même sociales, puisque celles-ci ne sont que des corollaires ci des applications de celles-là, les rationalistes n'en pot

dent pas même les éléments. Nous ne remarquons dans toutes leurs sevrés qu'incertitudes et contradictions. Or, il est évident

qu< ee n'est pas a\ec le doute OU l'absurde qu'on construit la

science.

Peut-être ont-ils, dans les sciences physiques, quelque avantage sur nous; mais, quand sela serait, il nous semble qu'il n'\ i pas

de quoi se vanter si l'oit. Ye^l-il pas vrai que plus les gci< |

naturelles s,- développent et se perfectionnent, plus aussi les ip plicationi se multiplient, pins les besoins augmentent, plus le luie s'accroît, plus les passions sont vives el acquièrent d'empire?

Alors, si irs sentiments religieui ou l< - sciences morales n'en règlent et n'en modèrent l'usage, loin de concourir au bonheur

d'une nation, ces sciences la matérialisent et en hâtent la reine; elles ramènent, sons d'autres formes, l'esclavage avec son hideux eortége de mitt res et Ée vices, cotant on peut le voir ohea queiques p« uplea modérai

Noos avoue dit que neatf-4frs les rationalistes avalent une i laine supériorité sur Boas dan- les sciences physiques; earoosjs

sommes bien résolus à en douter jusqu'à ce que nous ayons la preuve du contraire, et nous ne croyons pas qu'elle ait été donnée De grandes et d'importantes découvertes sont dues aux travaux et au génie de catholiques sincères, de religieux ou de prêtres aussi savants que pieux.

Nous conviendrons, tant qu'on voudra, que le cercle des observations a été agrandi, qu'on a recueilli plus de faits et examiné plus de phénomènes. Mais quelle est la cause de ces faits ? Quelle est la loi qui les produit? Comment se lient-ils entre eux ! Quelle place occupe chaque science ? Quels sont ses rapports avec les autres sciences ?

De toutes ces questions, dont la solution constitue la science, on ne dit mot ; et, s'il y a progrès, il faut avouer qu'il est encore à l'état latent. La grande gloire de nos rationalistes, géologues, physiciens, chimistes et naturalistes quelconques, sera d'avoir été les manœuvres des sciences physiques, les charpentiers ou les maçons, mais les architectes ne sont pas parmi eux, et ils doivent venir d'ailleurs. C'est la foi, c'est la pensée chrétienne, qui doit les faire naître et les former; c'est l'esprit religieux qui doit souffler sur cette matière inerte, sur ces éléments arides et desséchés, et leur donner la vie.

Non, les rationalistes ne seront jamais des hommes de progrès, car ils n'en possèdent pas les conditions. Peut-il y avoir progrès là où l'on change de doctrine du jour au lendemain, où l'on recommence toujours ce que d'autres ont fait, où l'on détruit sans cesse pour rebâtir, sans savoir même quels doivent être les fondements de l'édifice? Peut-il y avoir progrès, quand on marche toujours à reculons ? Appelons cela progrès, j'y consens, mais, pour dire vrai, ajoutons que c'est un progrès en arrière.

Cependant, ajoutent-ils, nous sommes réellement hommes de progrès, puisque nous n'excluons rien de la science ; nous étudions et nous comparons toutes les doctrines, nous acceptons tout ce qu'elles renferment de vrai, et nous ne repoussons que ce qu'il y a de faux. Vous, au contraire, vous êtes nécessairement exclusifs ; car vous repoussez toute doctrine, par là même qu'elle n'est pas catholique.

Nous nous contenterons d'une seule réflexion pour répondre à cette difficulté. Il n'est pas vrai que nous rejetions toute doctrine, parce qu'elle est professée par des hérétiques, rationalistes ou autres ; seulement, nous regardons comme faux tous les articles ou tous les points condamnés par l'Eglise, parce que, étant établie de Dieu pour conserver et discerner la vérité, son jugement de-

;-; COROI I URSS.

vient avec raison noire régie à suivre pour connaître le vrai et le distinguer «In feux. Son autorite tu'elaire, loin d'opprimer la raison, l'erapéche d'exlravagucr è m guise «m de tomber dans l'absnnle. De plus, non- non-; emparons de toutes les vérités qu'on a mêlées a l'erreur, perce que c'est notre bien propre, notre héritage, ittenda mie nous somme-; catholiques, e'est-è-dire les enfants de la lumière et de la vérité; c'est la réflexion de saint Augustin. Vous, nu contraire, vous n'avez que votre raison individuelle pour démêler la \ rriu* de l'erreur, c'est-à-dire que vous \.mh serves d'une mesure essentiellement fautive pour déterminer une quantité inconnue, que vous vous serves d'autant <l<- mesures différentes que VOUS «tes d'individus, pour arriver à l'unité. Est-il donc étonnant que vos doctrines éclectiques ne soient qu'un amalgame de vérités et d'erreurs?

Il est donc évident que, en dehors du entholicisme, il ne saurait y avoir propres, du moins dans les sciences philosophiques, morales, sociales et historiques. « C'est une loi universelle, dit saint \ ineent de Lerins, que tout être se développe et progresse. » De ce principe, le même conclut que la doctrine catholique ellemême ( st susceptible de progrés. » Mais, pour qu il y ait propre-;. il est nécessaire, ajoute-t-il, que l'être conserve sa nature et son identité; car il n'y a pas proprés, là où il y a changement, mais détérioration et destruction. » Or, si I histoire des variations de la philosophie n'est pas faite, ce n'est pas faute de matériaux ; ils sont même trés-ahomlants, et l'historien n'aura que l'embarras du choix.

neluons. En dehors du catholicisme, il n'y aura jamais une philosophie complète; I* parce que l'homme, tel qu'il est, ne peut

connaître, par le- SCUlCS force- de sa nature, toutes les vérités de l'ordre naturel; '2" parée qu'il exige la seienee de certaines veri-

qui ne doivent lui être révélées qu'après les joins de son épreuve; !• parce qu'il n'a pas asses de force pour réprima

ons, sources de presque tomes les erreurs; v puce qu'il n'a

le courage ni de croire tOUtCS le- vérités de l'ordre n.ilurel, ni de

h- mettre en pratique. Et, pour ces mêmes raisons, a force de raisonner, il finit ptr tomber dans le scepticisme.

Page 1