DANS L'ENFANCE ET LA VIEILLESSE
i° Okeille externe.
Vers le milieu du second mois , à dater de l'époque de la conception, on aperçoit le pavillon de l'oreille sous forme d\m triangle allongé. — Le lobule est la dernière partie qui se développe. — Le cartilage reste membraneux jusques au commencement du troisième mois.
— Dans la vieillesse , le pavillon acquiert de la rigidité, mais son ossification est sans exemple.
Le conduit auditif du fœtus présente un rétrécissement considérable vers le milieu de sa longueur, et un évasement de son extrémité interne plus grand que celui de son orifice. — Il n'est pasflexucux comme chez l'adulte (Scarpa). La peau qui le tapisse existe de très -bonne
(8? ) heure; elle est plus épaisse et plus molle qu'après la naissance (Meckel) (i); un duvet très-apparent la recouvre. — Le cérumen n'a pas encore ses caractères distinctifs ; il forme un enduit blanchâtre , étendu à la surface du conduit sous l'apparence de membrane. En cet état, Morgagni l'a comparé et trouvé identique avec l'enduit du creux de l'aisselle et du pli de l'aine. Il croit que sa formation dépend de la présence des eaux de l'amnios dans le conduit oricuiaire (i). — Les incisures du cartilage sont plus grandes qu'à un autre âge , et un tissu fibreux destiné à s'ossifier représente la partie interne du conduit de l'adulte.
2° Oreille moyenne.
Jusques à la fin du deuxième mois de la vie intra-utérine , la membrane du tympan affleure la surface de la tête par le défaut de développement de l'oreille externe, conformation analogue à celle qui s'observe chez les reptiles. Son plan, jusques à la naissance , se trouve sur le prolongement de la paroi supérieure du conduit auditif. L'obliquité qui s'observe chez l'adulte est déterminée graduellement par les inflexions qui sur-
(i) Bichat dit précisément le contraire : cette portion des tégumens est remarquable chez le fœtus par sa ténuité. (Voy. Anat. descript., t. II, p. 5i8.)
(2) Morgagni, Epis t. anat. V*
viennent dans ce conduit (Scarpa), et par le développement de l'apophyse masloïde. Le cadre qui l'enchâsse est composé de trois pièces ossifiées et soudées de bonne heure (i). Il se confond, en haut et en dehors, avec la racine de l'apophyse mastoïde , et reste isolé dans l'autre partie de son contour jusques au cinquième ou sixième mois de la grossesse. Une membrane caduque et blanchâtre recouvre à l'extérieur la membrane du tympan (2); j'ai déjà dit qu'elle était un enduit cérumineux. — La rigidité de la membrane du tympan augmente beaucoup dans la vieillesse ; la transformation osseuse a même été observée quelquefois.
On ne trouve chez le fœtus que l'origine du canal qui conduit aux cellules mastoïdiennes ; l'apophyse elle-même n'existe pas encore. Le développement complet des cellules paraît ne s'achever qu'à l'âge de 17 ou 18 ans (3).
La fenêtre vestibulaire a la même largeur dans tous les âges. Sa membrane devient plus rigide dans la vieillesse.
(1) M. Serres, Mém. du muséum d'hisL nat. , t. XI , p. £36.
(2) Verduc suppose que l'élargissement du conduit amène la destruction de celte membrane, en l'obligeant à se rompre sous le degré de tension extrême auquel elle eist soumise. (Voy. Traité de l'usage des parties , t. IL)
(3) Arnemann, Bibliothèque germanique, t. II.
Le promontoire présente quelques différences de saillie en rapport avec le développement du limaçon.
La fenêtre cochléenne est d'abord tournée en avant ; mais la saillie croissante du promontoire lui fait prendre par degrés une direction en bas et enfin en arrière (i). Cet effet et celui du développement de l'apophyse mastoïde combinés , détruisent le parallélisme et le contact qui existent, dans les premiers mois de l'âge du fœtus , entre la fenêtre cochléenne et la membrane du tympan. Dans la vieillesse , cette fenêtre se rétrécit beaucoup, et paraît même susceptible de s'oblitérer.
La trompe d'Eustachi est proportionnellement plus courte et plus large chez le fœtus que chez l'adulte.
Au commencement du troisième mois depuis la conception , les osselets ont déjà un volume proportionnel considérable. A la fin du même mois , le cartilage dont ils étaient formés passe à l'état osseux. — A quatre mois de la vie intrautérine , la longueur du marteau égale un i6me de la longueur du fœtus , mesuré du vertex au coccyx. (Le même osselet est seulement un o,ome de la longueur mesurée chez l'adulte. ) Suivant
(i) Bichat assure que cette loi d'organogénie1 due aux recherches de Scarpa? lui a présenté quelques exceptions,
( 90) Mcckcl , dont les observations ne s'accordent pas avec celles de Cassebohm , le marteau subit cette transformation en même temps que l'enclume. La tête et l'apophyse grêle du marteau contiennent les premiers points de son ossification. Une apophyse toujours cartilagineuse attachée à la tête de cet osselet , et dont on ne trouve plus de traces au huitième mois de la vie du fœtus , sort de la caisse entre le rocher et le cadre du tympan, placée au-dessus de l'apophyse grêle , s'applique contre la face interne de la mâchoire inférieure , et s'étend jusques à la symphyse de cet os , où elle s'unit à celle du côté opposé. — L'ossification de l'enclume commence par sa longue branche. — Celle de rétrier commence plus tard, tantôt dans un point, tantôt dans un autre. Ses deux branches non séparées rappellent la conformation de l'osselet des reptiles et des oiseaux.
Les muscles des osselets existent de bonne heure et sont même très-apparens.
La membrane muqueuse de la caisse est d'un tissu plus mou et plus rouge chez le fœtus que chez l'adulte. Un mucus abondant occupe le tympan du premier ; on le retrouve même fréquemment chez l'enfant de naissance. Nul doute que les eaux de Famnios ne pénètrent dans l'oreille moyenne du fœtus (Morgagni et Dcsault).
3° Oreille interne.
Dans le fœtus de trois mois , on observe déjà les canaux et le vestibule développes au milieu de la masse cartilagineuse du rocher (i). — Le limaçon peut être distingué à quatre mois ; il présente alors la même complication que celui de l'adulte. — Le labyrinthe n'est formé , dans le principe , que de deux membranes : l'une interne , blanche , transparente et résistante ; l'autre externe , lisse en dedans et rugueuse à l'extérieur. Vers la fin du troisième mois, tandis que la fenêtre cochléenne passe à l'état osseux , un point d'ossification apparaît à l'extrémité antérieure du canal vertical supérieur , et un autre dans la partie moyenne du canal vertical inférieur. L'ossification du contour de la fenêtre rende s'étend au plancher du labyrinthe , et envahit les deux canaux verticaux (2). A cinq mois , le canal horizontal devient osseux à son
(1) Scarpa a reconnu que les canaux et les sacs membraneux sont , à cet âge , plus épais et plus résistans que chez l'adulte. Lorsqu'on les coupe en travers, dit-il , l'ouverture de la section reste béante.
(2) Bichat s'attribue la première remarque d'un petit enfoncement circonscrit par la courbure du canal vertical supérieur. Cette dépression a été mentionnée par Duverney. Depuis cet anatomiste , les auteurs avaient négligé d'en parler.
Jour par le progrès de la transformation qui s'étend de proche en proche à toutes les parties de l'oreille interne , et sous laquelle la membrane externe du labyrinthe membraneux disparaît complètement au septième mois du fœtus. La membrane interne, devenue plus sèche et plus dense, revêt toutes les cavités de l'oreille interne ossifiée. — Dans l 'âge avancé , la lame membraneuse du limaçon devient plus rigide , et les ;iqueducs de l'oreille interne s'oblitèrent. On assure que l'humeur de Cotugno s'épuise.
Le nerf auditif est formé , chez les jeunes embryons, de fiîamens déliés, isolés les uns des autres. Au deuxième mois de la conception , M. Serres a compté cinq , six , et une fois huit fiîamens distincts. Vers le tiers de la vie intra-utérine , ils se réunissent en un faisceau unique et consistant , qui devient pulpeux vers le milieu de la durée de la gestation. — Chez les jeunes embryons, le nerf acoustique est isolé de l'encéphale jusques à la fin du troisième mois de la grossesse ; son implantation coïncide avec le développement du corps trapézoïde. — Dans la vieillesse , sa consistance est considérablement accrue. Le nerf facial est composé de faisceaux distincts et isolés de la masse encéphalique. L'époque de son implantation est la même que celle du nerf auditif ; il ne forme plus alors qu'un faisceau unique.
i° Oreille externe.
Le pavillon de l'oreille présente dans sa con* formation des différences multipliées De forme arrondie et aplatie chez l'homme et les singes, le pavillon se contourne et représente un véritable cornet acoustique chez le cheval et les ruminans.
— Il est habituellement replié sur lui-même dans la chèvre, le mouton,.... l'éléphant. (Cette particularité est regardée comme une anomalie dans l'organisation de ce dernier animal , qui par son rang devrait avoir un pavillon en cornet. )
— Dans le mégaderme lyre , la conque d'un côté est soudée au-dessus de la tête à celle du côté opposé, dans la moitié de sa hauteur. — Le dé* veîoppement du pavillon est considérable chez les animaux faibles et craintifs. Dans l'oreillard, il est plus grand que celui du corps entier, par le prolongement extraordinaire du tragus. — - Dans quelques musaraignes , l'antitragus trèsdéveloppé sert d'opercule à l'oreille. — L'hélix appartient exclusivement à l'espèce humaine. — Dans les carnassiers , l'anthélix disparaît en partie. — Le lobule diminue dans les singes et ne se retrouve plus dans les makis et les autres degrés de l'échelle animale. — Le pavillon entier
disparaît par degrés dans les mammifères qui vivent dans l'eau ; il n'existe plus dans les dernières espèces de phoques. Les zemni , les taupes, qui cherchent leur nourriture dans la terre, sont aussi dépourvus de pavillon. Chez le paresseux , son développement est très-imparfait ; l'oreille externe de cet animal est formée d'une simple écaille arrondie et fort courte. — Organisation: i° La peau qui recouvre le pavillon est d'une moindre épaisseur et d'un tissu plus sec et plus serré qu'en aucun autre point de la surface du corps. — A l'intérieur du cornet oriculaire de quelques espèces , on remarque des poils rares et fins ; en dehors , ces poils ne diffèrent point de ceux des autres parties. — 2° Des cartilages déterminent la forme du pavillon ; ils sont au nombre de trois dans les animaux dont l'oreille externe est contournée en forme de cornet : l'un, cylindrique , s'unit à la portion osseuse du conduit auditif ; un autre forme le cornet du pavillon, il est interrompu par quelques incisures; le troisième est intermédiaire aux deux précédens, on le nomme écusson (M. Cuvier) ou cartilage scutîforme ( M. de Blainville ). — • 3° Les muscles de l'oreille sont intrinsèques ou extrinsèques. Les premiers, au nombre de cinq, correspondent à ceux de l'homme , et sont aussi nommés tragien , antitragien , grand et petit hélicien , et transversal. Les muscles extrin-
scques, pins nombreux chez les rnminans que chez les autres animaux, ne se trouvent tous réunis dans aucune espèce. Selon renumération de M. Cuvier (i) , il en existe vingt-un ; M. de Blainville (2) en décrit dix-huit seulement ; savoir: i° muscle inférieur : maxlllo-conchlen superficiel; 20 muscles antérieurs : jugo-conchlen , maocllloconchien profond , jugo-scutlen , surcUlo-conchien , fronto-scutien , scuto-conchlen antérieur ; 3° muscles antéro-supérieurs : vertlcl-conchlcn , vertlco - soutien , scuto - conchien postérieur ; 4° muscles postéro - supérieurs : cenico - scutlen , cenlco-conchlcn , occlplto-conchlcn postérieur , occlpltO'Conchlen antérieur , occlplto- conchien rotateur , cervlco-tublen profond ; 5° muscles internes : scuto-conchlen rotateur, ducto-conchlen antérieur. — L'oreille du paresseux n'a pas de muscles connus. — Le petit tube auquel est réduite la conque auditive de quelques phoques est pourvu d'un muscle antérieur assez évident , et le peaucier envoie au bord postérieur de son orifice quelques fibres qui contribuent sans doute a 1 élargir.
L'orifice du conduit auditif est généralement évasé. — Dans l'éléphant , il se présente sous
(1) M. Cuvier, Leç. d'anat. comparée , t. II. Paris, i8o5.
(2) M. de Blainville , Principes d'anat. comparée , t I, Paris, 1822,
la forme d'un sillon par le rapprochement de l'antitragus et du tragus : il a la même apparence chez l'ornithorhynque. — Chez le dudong , il est contracte dans son contour entier. Dans les baleines et les cachalots , il n'existe plus : un cordon ligamenteux le remplace. — Le conduit auditif des chiens et des chats est dirigé horizontalement en dehors ; celui de la loutre et du putois horizontalement en arrière ; il est horizontal et un peu antérieur chez le lion, ascendant et presque vertical chez l'hippopotame. — Sous le rapport de ses dimensions, les variétés ne sont pas moins nombreuses ; le conduit de l'éléphant est large et long , celui du rhinocéros très-long et très-étroit ; il est fort court et large dans les pangolins et les mammifères nocturnes. Le conduit des lamentins est long et tortueux , et s'ouvre en arrière de l'œil par un orifice à peine perceptible. (Adanson dit même ne l'avoir jamais vu.) — Organisation: i° La peau envoie un prolongement dans la cavité du conduit auditif; elle est noire et polie chez les lamentins , recouverte de poils à l'orifice du conduit chez les zemni et les taupes. — Elle contient des glandes cérumineuses ordinairement éparses. 2° Une portion osseuse forme la partie interne du conduit ; elle n'existe ni dans la genette, ni dans le hérisson , ni dans les cétacés. 3° La partie externe du conduit est formée par
le carliîage du pavillon , réuni au périoste de la partie interne ou osseuse ; elle présente des incisures annulaires dans le lapin.
2° Oreille moyenne.
Deux os quelquefois soudés (la taupe, le paresseux et les rongeurs), d'autres fois distincts (les tatous) déterminent la capacité et la forme de la caisse : ce sont Vos ty m panai et le cadre du tympan. Celui-ci représente généralement un cercle osseux incomplet ; il manque dans les dauphins, où il est remplacé par trois apophyses de la caisse ; il forme la moitié d'un cercle dans l'éléphant et les trois quarts dans le chien ; enfin, il est complet dans le cochon d'Inde et le fourmiller. — L'os tympanal, ordinairement soude au rocher , est distinct de cet os dans les carnassiers ; il est épais et celluîeux dans le cochon et le vison, mais le plus souvent il est mince et compacte. — La caisse osseuse manque presque tout entière dans les chauve -souris ; elle n'y forme qu'une sorte de petite écaille antérieure et ovale. — La forme de cette cavité est déprimée dans la taupe , sphérique dans les chais , en oublie dans les dauphins. — La capacité est médiocre dans le cheval, fort petite dans le cochon, considérable dans le chien , la gerboise et les mammifères nocturnes. — Dans le cochon d'Inde et l'agouti , la caisse est formée, d'une seule,
cavité ; elle est divisée en deux loges par une cloison osseuse , percée d'un trou de communication dans la civette et le chien ; deux cloisons semblables la décomposent en trois loges dans l'écureuil.
La membrane du tympan est en général circulaire ou elliptique ; elle est concave du côté du conduit auditif, comme celle de l'homme. Dans la taupe , cependant , elle est presque plane, et dans l'ornithorhynque , elle est concave en sens contraire. — Son diamètre est fort grand chez les mammifères nocturnes, — Chez les mêmes animaux , elle est presque à fleur de tête, par la brièveté du conduit. — Sa direction est presque horizontale dans le hérisson et la taupe , à peu près verticale dans le singe et le chat... — En général , elle est mince et transparente ; dans la gerboise et les lamcntins, elle est au contraire fort épaisse. — Organisation : la membrane du tympan est composée d'une lame propre et de deux autres , l'une fournie par la peau du conduit , la seconde par la membrane de la caisse. La lame propre n'a jamais la texture musculaire qu'on lui a supposée , même chez les plus grands animaux.
Cellules de la caisse. — La cavité du tympan communique, dans certaines espèces de mammifères , avec des cellules creusées dans les os voisins. Il en existe deux dans les sapajous et le
(99) paresseux. Chez ce dernier, l'une s'étend suivant l'épaisseur du temporal et du pariétal même * l'autre , antérieure , est creusée dans l'apophyse zygomalique. Bans les chats, les cellules de la caisse sont presque nulles; elles ont, au contraire, un développement extrême dans les taupes. On ne trouve dans les rongeurs qu'une cellule toujours médiocre. La caisse des phalangersvolans communique avec trois cellules creusées dans l'apophyse mastoïde , l'apophyse zygomatique et toute l'épaisseur du temporal.
La fenêtre vestibulaire de tous les animaux hibernans est traversée par une languette osseuse qui passe entre les branches de l'étrier , et qui est quelquefois creusée en forme de canal. — ■; Dans la gerboise , la taupe et le vison , la fenêtre vestibulaire est ovale ; dans le paresseux et le sarigue, elle est ronde. — Dans toutes les espèces, elle est fermée par la base de l'étrier et par une membrane qui assujettit cette dernière au contour de la fenêtre.
L'ouverture cochléenne est de forme triangulaire dans le castor et la marmotte , ovale dans le vison et les édentés , et ronde chez le paresseux ; dans le lièvre , elle se présente sous forme de fente verticale. — La fenêtre cochléenne est plus grande que celle du vestibule dans les ruminans, les solipèdes et les cétacés ; elle est plus petite dans le sarigue. — Elle est complètement
fermée par une membrane légèrement convexe vers la rampe tympanique du limaçon.
Les osselets de l'ouïe , considérés dans les diverses espèces de mammifères , présentent des formes variées, avec lesquelles les dénominations reçues ne sont point en rapport. — Ils sont, en général , au nombre de quatre. Dans l'échidné ^t l'ornithorbynque , il n'en existe que deux. —
Les osselets sont fort petits dans le cochon et
•volumineux dans les tatous. — g. Marteau : cet osselet a une forme presque rhomboïdale dans la taupe. Sa tête est pointue dans l'orang-outang ; dans les guenons, elle est réunie à angle droit au .manche. Le manche lui-même a la forme d'une pyramide triangulaire dans les chiens et les chats, et adhère à la membrane du tympan par la plus étroite de ses faces. Dans le paresseux , il s'élargit en cuiller à son extrémité , en se recourbant un peu. Dans les dauphins , le manche proprement dit n'existe plus. Dans l'ondatra , le rat d'eau , le cochon d'Inde et l'agouti , il est distinct du reste de l'osselet et s'en détache aisément. — p. L'enclume présente des différences moins importantes et moins nombreuses : ses deux apophyses sont à peu près égales dans le chat et le paresseux ; l'inférieure est très-longue, et la supérieure presque nulle dans les lièvres et les rats ; toutes les deux sont dirigées en haut dans le dauphin. — y. L'osselet lenticulaire est quel-
( ioi )
qucfois à peine apparent: M. de Bïainville l'a trouve ovoïde et volumineux dans l'alouatc et le paresseux. — & Étrier : dans les sapajous , les branches de cet osselet sont aplaties et creuses à l'intérieur. Chez les animaux hivernans, un canal osseux les traverse ; il en a été parlé. Dans les taupes , la platine de l'étrier a une forme elliptique très-allongée. Dans les lamentins, les deux branches réunies représentent un corps cylindrique, terminé par une platine très-convexe» L'étrier de l'échidné a la forme d'une trompette, comme celui des oiseaux ; il s'articule avec une tige, analogue du marteau , fixée au centre de la membrane du tympan qu'elle repousse et rend convexe dans le conduit auditif (exception remarquable mentionnée ailleurs).
Suivant l'observation faite par M. Magendie (i) , l'homme seul présente deux muscles du marteau; dans les singes , il n'en existe plus qu'un ; et au-delà , ces muscles et celui de l'étrier sont remplacés par des corps élastiques d'une forme irrégulièrement sphérique, et d'une structure évidemment fibreuse au centre , mais difficile à déterminer à l'extérieur. Ils reçoivent quelques artérioles provenant de la membrane muqueuse de la caisse ; M. Magendie a fait d'inutiles efforts pour y découvrir des nerfs. — Le
(i) M. Magendie , Journal de physiol. expérimenta t. h
corps élastique du marteau est reçu dans un enfoncement sphérique de la paroi interne du tympan , et celui de rétrier dans une dilatation de même forme du canal que parcourt la portion dure de la septième paire. Un prolongement de la substance fibreuse de ces corps va se fixer à l'osselet qui leur correspond. — Le marteau dans les daupbins est immobile et dépourvu de ïnuscîes ; mais M. Cuvier a vu distinctement celui de rétrier. Le même anatomiste admet quatre muscles des osselets dans la plupart des mammifères.
La trompe d'Eustachi représente , chez l'éléphant , un canal long et large ; elle est trèscourte dans la plupart des carnassiers , et s'y termine par un pavillon en forme de fente étroite et verticale. Dans les cétacés , en général , la trompe est un canal qui traverse l'os maxillaire, et aboutit à la partie supérieure du nez. Dans le hérisson , elle s'ouvre par un orifice étroit dan» une cavité profonde , creusée sous le crâne et ouverte dans les arrières -narines, La trompe des fourmiliers est sans communication avec l'extérieur ; elle représente une simple cavité pratiquée dans l'os palatin , et sans ouverture autre que celle qui la met en rapport avec la caisse (i). Dans les dauphins , la trompe est Ira-
(i) Je soupçonne- qu'un nouvel examen analomiquc plus attentif ferait disparaître cette étrange anomalie de l'orga-
( io3 )
versée par des cloisons irrégulières forme'es par des replis de membrane muqueuse, et s'ouvre dans le canal nasal par un orifice petit et oblique. Avant sa terminaison , elle communique largement en arrière avec un grand sinus placé au côté externe de l'apophyse ptérygoïde , et en avant , avec le sinus maxillaire. Dans le cheval , la trompe s'ouvre latéralement dans un sac membraneux ovale et fort mince , occupant la base du crâne , et n'ayant aucune communication avec celui du côté opposé dont il se rapproche jusqu'au contact. — Scarpa croit qu'il existe constamment un rapport inverse de développement entre la caisse et la trompe de tous les quadrupèdes. — L'organisation de ce conduit offre souvent une portion osseuse attenante à la caisse , une portion cartilagineuse contigue* à celle ci , enfin, une membrane qui tapisse toute la surface de la trompe. Dans les dauphins , le conduit d'Eustachi est tout membraneux.
Dans la plupart des carnassiers, les cellules mastoïdiennes semblent faire partie de la cavité du tympan. L'apophyse où elles se développent est généralement peu saillante ; dans les lamentins , elle offre au contraire un volume énorme.
Un prolongement de la membrane muqueuse
nisation des fourmiliers , el ferait connaître en quelque point une ouverture de libre communication entre le tympan et l'air extérieur.
du pharynx s'introduit dans la caisse par îa trompe d'Eustachi , iapisse ses parois , et maintient en rapport les pièces de la chaîne des osselets.
3° Oreille interne.
Le rocher dans leqncï cette troisième partie de l'oreille est pratiquée, se soude entre la troisième et la quatrième vertèbre céphalique, avec d'autant moins de solidité que l'on descend davantage de l'homme vers les animaux ruminans. Dans la plupart des chéiroptères cependant , il est libre , et dans les dauphins, il est séparé des os du crâne par un tissu fibreux. Chez ces derniers, il est aussi plus dur que dans aucun animal et d'une petitesse très-remarquable. Il est grand et fort aplati dans la taupe ; dans les singes de l'ancien continent , il a plus du tiers de la longueur totale du crâne.
Dans toutes les espèces, le vestibule est séparé de la caisse par la fenêtre vestibulaire , et communique avec les canaux et le limaçon. — Dans les chauve-souris , il est petit et rond ; il est de forme sub-carrée dans les quadrongulés ruminans. — Chez ces derniers et chez le cheval , on ne voit bien que quatre orifices des canaux circulaires; dans les lièvres et les lapins, on n'en voit que trois, — L'aqueduc du vestibule ne se retrouve pas chez les rongeurs ; il existe chez tous les autres mammifères.
( io5 )
Les canaux circulaires toujours au nombre de trois , comme chez l'homme , présentent une grande uniformité dans leurs dispositions relatives. Deux d'entre eux sont verticaux et se réunissent en un canal commun à leur terminaison; le troisième est horizontal. — Leur cintre est fort petit dans les chauve-souris; il est fort grand dans les taupes. — Le diamètre de leur cavité est extrêmement petit dans les dauphins et les lamentins ; aussi les canaux de ces poissons avaientils échappé aux recherches de Camper qui en niait l'existence (i). — Dans toutes les espèces , l'origine des canaux est dilatée en ampoule. — Dans le mouton , les canaux circulaires membraneux et leurs ampoules sont ponctués de noir dans toute l'étendue de leur surface (2).
Une lame spirale sépare la cavité du limaçon en deux rampes , communiquant toutes deux entre elles, et l'une avec le vestibule; l'autre est séparée de la caisse par la membrane de la fenêtre cochléenne. Dans les dauphins , la lame spirale est osseuse , et partagée dans toute sa longueur par une fente étroite que recouvre une membrane. — Dans le même animal et dans les
(1) Camper , sur l'organe de l'ouïe des poissons. — Mém. de l'Acad. des sci. , savans étrang. , t. VI.
(2) Scarpa, Anaiomicct discjuisiliones de auditu et oîfactiu Mediolani , 1793.
( io6) ruminans , on trouve un canal très-rapproché de Taxe du limaçon et contourné en spirale , comme la cloison des rampes dans l'épaisseur de laquelle il est creusé : M. Cuvier le croit destiné à envelopper un vaisseau ou un nerf. — Le limaçon de l'échidné est une cavité conique , légèrement recourbée et séparée en deux rampes par une lame cartilagineuse. Le limaçon des dauphins ne forme qu'un tour et demi de spirale; celui du porc-épic est de trois tours et demi ; il est de quatre tours entiers dans le cochon d'Inde et l'agouti , et le dernier tour y est beaucoup plus volumineux que les autres. — Le développement du limaçon est énorme dans les chauvesouris ; il est au contraire fort peu avancé dans les taupes. — La grandeur de la rampe- tympanique l'emporte sur celle de l'autre rampe dans l'éléphant , le chien , le dauphin, et sur-tout la
chauve-souris Le développement est inverse
dans le chat , le veau , le lièvre Enfin , il y
a égalité dans l'hippopotame et le cochon. — L'aqueduc du limaçon est fcrt apparent dans le lièvre et le lapin.
Une membrane en forme de périoste tapisse toutes les parois des cavités labyrinthiques , et , comme chez l'homme , concourt à fermer les fenêtres vestibuîaire et cochléenne. Une autre membrane est suspendue au centre du vestibule; elle y forme deux sacs recevant les épanouisse-
( io7 )
mens des nerfs auditifs, et envoie des prolongerons cylindriques et renfles à leur origine, qui parcourent les canaux circulaires. Une humeur en quantité variable occupe les sacs membraneux et leurs prolongemens, et s'interpose entre eux et le labyrinthe osseux.
Le conduit auditif interne des sapajous est fort étroit ; celui des martes est large et profond.
Systèmes vasculaires.
A, Sanguin artériel.
Le tronc de l'artère basilaire , provenant de l'anastomose des deux vertébrales , donne naissance à l'artère labyrinthique. Les distributions de cette dernière n'ont pas été étudiées d'une manière approfondie.
L'artère carotide cérébrale a des rapports très-remarquables avec la caisse des animaux hibernans : chez tous , elle s'introduit dans cette cavité , et traverse l'écartement des branches de Tétricr, renfermée dans le canal osseux qui partage la fenêtre vestibulaire , ou simplement soutenue par la languette osseuse qui le remplace. Dans ce trajet , elle fournit des ramuscules peu remarquables à la membrane de l'oreille moyenne (i).
(i) Olto, Mém. sur les vaisseaux céphaliques Annal,
des scienc. nat, , t. IL — Loin de soupçonner que le fait
( io8 )
B. Sanguin veineux et lymphatique.
Les systèmes veineux et lymphatique de l'oreille des mammifères n'ont pas encore été étudies.
Système nerveux.
L'insertion du nerf acoustique de tous les mammifères se fait sur l'extrémité du trapèze , ou au même point correspondant , quand le trapèze manque, comme dans les cétacés. Elle est double comme chez l'homme , et l'insertion postérieure y est aussi recouverte par le tœnia ; mais le nerf acoustique ne reçoit pas de stries médullaires du quatrième ventricule. Quelquefois seulement des cordons grisâtres qui les remplacent proviennent du plancher de cette cavité, et se réunissent tantôt à lui , tantôt au facial , tantôt à la cinquième paire. — Le nerf acoustique présente de très-grandes variétés de grosseur. Le tableau dressé par M. Serres (i) fournit les résultats qui suivent : dans le dauphin (delphinus delphis) — o,moc55o ; dans le vespertilion (vespertilio murinus) = o,mooo75. — Bans le
singulier de l'engourdissement de ces animaux doive s'expliquer par cette disposition particulière de l'artère carotide , M. Otto regarde la circonstance anatomique dont il s'agit comme dépendante du phénomène de l'hibernation. (i) M. Serres , Anatomie comparée du cerveau dans les quatre classes des animaux vertébrés...,. Paris, 1827,
chien et le chat, le nerf auditif prend au fond de son conduit l'apparence et la consistance d'un renflement ganglionnaire. — La distribution des fdets nerveux aux parties les plus profondes de l'oreille est analogue à celle qui s'observe chez l'homme.
Le nerf facial est inséré sur le même point de la moelle allongée que le nerf acoustique ; mais il est toujours un peu supérieur et souvent antérieur à celui-ci. Le faisceau médullaire, nommé nerf accessoire par M. Serres, manque moins communément chez les mammifères que chez l'homme. — La grosseur du nerf facial, en prenant le plus grand et le plus petit résultat des recherches de M. Serres , est pour le chameau (camelus dromadarius) — o,raoo533 , et pour le vespertilion ^ o,mooo25. — Son trajet et sa distribution sont conformes à ce qui s'observe chez l'homme. Les branches qu'il fournit à l'oreille externe sont volumineuses dans les espèces qui ont un pavillon très-développé ; mais la corde du tambour n'obtient jamais un diamètre proportionnel , si ce n'est chez les ruminans , les pachydermes et les singes. -* Dans le chien , le
chat , il n'existe pas de nerf vidien , ni de
ganglion sphéno-paîatin ; par suite, il n'y a point de communication entre la cinquième paire et le nerf facial (i).
(i) M. Desmoulins , Anatomie des systèmes nerveux des animaux à vertèbres.. Paris , 1825.