TABLEAU D'ANATOMIE PATHOLOGIQUE
L'étude des monstruosités a fait connaître quelques anomalies relatives à la position et an nombre des oreilles.
Wolf a décrit un acéphale chez lequel une oreille était placée sur l'épaule gauche (i). Sebenicius a trouvé , dans un cas semblable , les oreilles fixées à la partie supérieure du cou. Fieîitz a vu un pavillon ôriculaire parfaitement conformé, implanté au milieu de la joue gauche (2). Collomb rapporte que Marguerite B*** accoucha , au septième mois de la grossesse , d'un monstre cyclope, chez lequel, entre autres particularités , les oreilles correspondaient à la région du larynx (3). M. Tiedemann a observé un monstre dont les deux oreilles occupaient la place de la bouche (4).
(1) Wolff , Sect. memor. , t. II, in centenar, 16 , p. 82g. ( Voigtel , Handbuch der pathoL anal. , B. IL )
(2) Fielitz , vermischte Beobacht. in Stark's, Archw. fur die Geburtshulfe , B. II, St. I, S. 71. (Voigtel.)
(3) Collomb , Œuvres médico-chirurg. , p. 4-58. Lyon , 1798. — Observation sur un enfant monstrueux.
(40 F. Tiedemann , Journal complém. des sci. méd. , t. XX , p. 207. — Observations sur les vices de conformation du cerveau et de ses nerfs.
J.-F. Cassebohm a disséqué un fœtus monstrueux , âgé de sept mois, chez lequel il existait deux crânes , un seul cou , un seul thorax , quatre bras et quatre jambes. Deux yeux et deux oreilles étaient situés de chaque côté de la tête , deux autres yeux étaient fixés en devant , et une seconde paire d'oreilles correspondait à la région de la nuque. Il existait deux bouches ; chacune contenait une langue , et , dans chacune aussi , Cassebohm trouva deux trompes d'Eustachi. Les deux oreilles de la nuque appartenaient à un même os (os novum) , formé par la soudure des deux temporaux, et parfaitement symétrique (i), Stark dit avoir constaté l'existence d'une oreille incomplète au-dessous d'une autre parfaitement conformée (2). Les exemples d'absence totale du pavillon de l'oreille d'un seul côté (3) , ou même des deux à la fois , ne sont pas rares. Lachmund,
Lycosthenes , Lentilius , en ont transmis des
observations (4). Dans l'histoire de la Société de
( 1 ) J.-F. Cassebohm , De mire mOnstri humani , tractatus VI. Halœ Magdeburgicœ , 17 35, — Dernièrement M. Geoffroy St.-Kilaire a démontré que l'absence native des oreilles accompagne toujours celle du cervelet , et que , selon que ce dernier organe est simple ou multiple , on trouve une ou plusieurs paires d'oreilles.
(2) Stark, Neus Magazin, B. I, & 4.17, Anmerk. (Voiglel.)
(3) On appelle monauis ceux qui présentent ce vice de conformation.
(4) Trnka , Historia cophoseos et buryecoiœ. Viml. 1778,
médecine , an 1776 , il est parlé (Tun monstre privé des deux yeux, du nez et de l'oreille droite (M. Tiedemann , loc. cil, ). M. Samuel Gooper rapporte l'observation d'un entant qui n'offrait pas même les vestiges de l'orifice des conduits auditifs (1). Fritelli a observé un fait semblable chez un enfant dont la conformation de la face se rapprochait de celle du singe (2). M. Tiedemann rappelle ( loc. cit. ) l'observation faite par Prochaska d'un fœtus mort au huitième mois de la grossesse , chez lequel il n'existait de tout l'appareil de l'ouïe que les canaux demi-circulaires et le limaçon,
Les différentes formes que le pavillon peut affecter sont fort nombreuses ; elles dépendent en général du développement proportionnel et <le la position relative de ses éminences: le repli qui forme l'anthélix peut s'effacer ; le lobule de l'oreille plus ou moins prolongé est tantôt libre, tantôt adhérent à la face..,. Ces diversités sont infinies , mais peu importantes. Il n'en est pas de même du rapprochement extrême des éminences situées à l'entrée du conduit , cause d'un rétrécissement nuisible aux fonctions de l'oreille. —Je ne connais point d'exemples d'une véritable
(1) M. S. Cooper, Dicl. de chirurg. prat. , art. oreille.
(2) Fritelli , Ortcschi gior. dlmedlc , t. III , p. 80. (J.-F. Meckel , Handbucli der pathol. anaU , B. I. )
( xS4 )
ossification du cartilage de l'oreille ; quelques auteurs semblent cependant l'avoir admise. — Le pavillon est exposé aux mêmes affections que la surface du corps entier. Les dartres ,
lérysipèle , les ulcères, peuvent s'y observer
et causer quelquefois une érosion partielle ou totale des tissus (i). Les contusions , les plaies.... de cette partie sont fréquentes. Stark a vu la division de l'oreille résulter de l'application du forceps. Lœffler a observé la séparation congéniale du pavillon de l'oreille en deux parties, écartées l'une de l'autre de la largeur d'un doigt, M, Bernard a observé sur un jeune enfant un conduit auditif particulier , communiquant avec le conduit naturel, et, comme celui-ci, dépourvu de cloison tympanique et tapissé par un prolongement de la peau. Ce conduit accidentel était privé de pavillon, et s'ouvrait devant l'apophyse mastoïde de chaque côté (2). Un médecin de Brunswick conserve , dans sa collec-
(1) La perforation du lobule de l'oreille , employée pour suspendre des bijoux , détermine parfois des accidens très-graves. M. Robe-Moreau a recueilli sur cette matière plusieurs faits intéressans (Voy. Journal génér. de médecine, t.XXIX). Quelques autres épars sont consignés dans les Ouvrages de Fodéré ( Phys. posit, , U III ) , et de M. J. Frank {Praxcos , t. V),
(2) M. Bernard, Journal de physiologie expérim, de RMagendie, t. IV,
lion de pièces pathologiques , un temporal percé d'un double conduit auditif externe. — Oberteuffer a reconnu l'absence des mêmes conduits chez un sujet dont le pavillon avait la forme normale. Henkel et Bertholin ont observé l'imperforation du temporal. Assez souvent l'orifice externe du conduit auditif est simplement recouvert par un prolongement de la peau ; d'autres fois, cet orifice s'efface par l'adhérence du tragus et des parties voisines ulcérées. *** La longueur du conduit oriculaire est très-variable ; sa direction ne l'est guère moins ; le redressement de toutes ses sinuosités est cependant assez rare : Haas en cite un exemple (i). — Tantôt la cavité du conduit s'agrandit au point de permettre î'introduction profonde du doigt , comme dans le cas de certaines surdités séniles (2) ; tantôt elle présente , au contraire , une étroitesse corigéniale fort considérable (Lamettrie a observe une alrésie qui permettait à peine l'admission d'une tête d'épingle), ou un rétrécissement accidentel produit par des causes très - nombreuses. M. Larrey en a signalé quelques-unes inaperçues jusqu'à ce jour (3) ; il mentionne la
(1) Haas, Dissert, de prœcipuis aurium rnorhis. (VoigteL)
(2) M. ïtard, Maladies de l'oreille et de l'audition, Paris, 1821.
(3) M. Larrey , Journal complémentaire des sci. méd, %* XIII. -*- Notice sur une cause particulière de surdité.
compression du conduit auditif par les condyleg de la mâchoire inférieure , après la chute des dents molaires , et celle que peuvent exercer les glandes lymphatiques engorgées , voisines de ce conduit. Cette dernière remarque avait été faite déjà par F. Hoffmann , qui regarde aussi le développement des glandes cérumineuses comme une cause du même accident. Il résulte encore des observations de M. Larrey , que les cicatrices difformes , à la suite des plaies du conduit , donnent lieu au rétrécissement de sa cavité. — La peau acquiert parfois une épaisseur considérable , aux dépens du diamètre du conduit de l'oreille qu'elle tapisse : M. Earle en a transmis un exemple remarquable ( Samuel Gooper, loc, cit.). Duverney rapporte une observation communiquée , dans laquelle on lit qu'un enfant de 10 à 12 ans était exposé, au commencement du printemps et de l'automne , à une oblitération du conduit, maintenue durant plusieurs jours par l'épaississement de ses parois membraneuses (i). — La même oblitération peut résulter du développement d'une exostose , selon l'expérience de J.-P. Frank. — Les fongosités de la surface du conduit sont des causes plus ordinaires de l'obstruction de sa cavité : Fabrice de Hîlden en
(i) Duverney, Tractatus de organo audiiûs , è galL laU Lugd. Baiiw. 17^0.
( i57 ) fournit un exemple : une fille de 18 ans, affectée depuis fort long- temps d'un suintement séreux de l'oreille droite, présentait une excroissance char^ nue , oblitérant tout le conduit de cette oreille, et une partie de la cavité de la conque (i). G. Purmann a extirpé trois fois des polypes volumineux développés dans le conduit auditif (2). Ces excroissances sont rarement cause de la surdi-mutité : la pratique de M. Itard n'en présente qu'un seul exemple. — De fausses membranes se forment quelquefois en différens points du conduit de l'oreille: Oberteuffer (loc. cit.) a observé deux cas de cette espèce ; dans l'un pj la membrane était épaisse et correspondait au milieu de la longueur du conduit ; dans l'autre, elle était plus rapprochée de l'orifice externe et plus mince ; dans ce dernier cas aussi , elle existait dans chaque oreille. Fabrice d'Aquapendente , Duverney et Lôeseke , ont trouvé quelquefois de semblables productions membraneuses. M. Itard en a reconnu l'existence sur un chirurgien militaire , devenu sourd à la suite d'un érysipèle de toute la tête. — L'obstruction du conduit oriculaire est causée fréquemment par la matière sanieuse et stagnante , produit d'une otorrhée ancienne , ou par l'accumula-
(1) Fabrice de Hilden , cent. III , obs. u
(2) Sprengel , Hist. de la méd. , t. YUI , ch. XVL
tion et l'endurcissement du cérumen. Le sans épanché et caillé dans l'oreille , l'accumulation
des écailles furfuracées des dartres , sont
suivis des mêmes résultats. — Gollomb (loc. cit.) reconnut chez un avocat au Parlement de Paris, âgé de 45 ans et atteint depuis long -temps de douleurs rhumatismales, une concrétion d'apparence gypseuse , de la longueur et de la grosseur d'une lève de haricot , qui occupait le fond du conduit de l'oreille gauche ; l'extraction de ce corps étranger rétablit l'ouïe dont le malade était privé depuis deux ans. M. Itard a extrait aussi de l'oreille d'un goutteux un cylindre de matière crayeuse. De semblables observations ont souvent été faites par Duverney. Leschevin dit avoir guéri plusieurs fois une même femme devenue sourde par la récidive de l'obstruction du conduit , dans lequel se déposait une substance ayant l'apparence du plâtre (1). — On connaît des observations multipliées relatives aux accidens que déterminent l'introduction et le séjour des corps étrangers dans le conduit de l'oreille. Une des plus intéressantes par la gra-* vite des symptômes et le nombre des phénomènes sympathiques qui s'ensuivirent , a été re-
(1) Leschevin , Mémoire sur la théorie des maladies de l'oreille.... ( Voy. prix de V Académie de chirurgie , t. IV ? part, f.)
( i59) cueillie par Fabrice de Hilden ( cent, i, obs. S )< Le sujet de cette observation est une demoiselle qui s'était introduit un morceau de verre dans le conduit auditif. Le même chirurgien a fait sur une autre personne l'extraction d'un pois imprudemment enfoncé dans l'oreille. Chez une jeune fille , il a retiré avec le même succès une aiguille tombée profondément dans le conduit, où elle était enveloppée de caillots de sang. Sabatier nous a laissé le détail curieux des accidens qui suivirent l'introduction accidentelle d'une boule de papier qu'il fut impossible d'extraire (i). Hoffmann rapporte qu'un individu s'était enfoncé dans l'oreille une boule de cire 9 qui, après plusieurs tentatives inutiles, fut projetée au dehors par une forte expiration pendant laquelle la membrane du tympan se trouva refoulée (2). Saucerotte fut appelé à donner des soins à une femme qui avait imaginé singulièrement de s'introduire un grain de chapelet dans le conduit auditif , à l'effet de calmer une vive odontalgie (3). M. J. Frank a souvent observé des otalgies et des surdités causées par l'oubli du coton dans le fond de l'oreille externe. — Un
(1) Sabatier, Médecine opérât., tom. III.
(2) F. Hoffmann , Disputalio medica de audihu
(3) Saucerotte , Mélanges de chirurg, , pag. 38g, Paris, ï8oi,
( i6o) jeune paysan s'était introduit un épi de blé dans le conduit auditif: il survint des douleurs de tête intolérables et d'autres accidens graves auxquels le malade succomba. A l'ouverture du cadavre , Fodéré trouva le cerveau en suppuration (i). Au rapport de Duverney, Schenckius a observé le phénomène de la germination sur des graines renfermées dans le conduit auditif. Donatus est parvenu à extraire un noyau de cerise, en le saisissant avec précaution par son germe , développé dans l'oreille même (2). M. Demangeon a fait sortir , par des injections pratiquées dans l'oreille d'un malade, un corps étranger que MM. Cadet et Deslongchamps reconnurent évidemment aux caractères botaniques , et par quelques épreuves chimiques , pour une fève de haricot : depuis 52 ans ce corps était retenu dans le conduit auditif, sans causer d'autre incommodité qu'une légère douleur dans le côté droit de la tête (3). — Il est très -commun d'observer des insectes dans le conduit de l'oreille ; tantôt ils y sont déposés à l'état de larves , tantôt ils s'y introduisent à l'état de développement parfait. On lit dans la Bibliothèque choisie de médecine (4) , qu'un
(1) Fodéré , Phys. posit. , tom. III.
(2) Yoy. Sprengel , Hist. de la méd. , îoc. cit.
(3) Voy. Journ. génér. de méd. , tom. XLIII , pag. 28.
(4) Bibliothèque choisie de méd., art. corps étranger \
enfant de sept ans crut sentir qu'un insecte pénétrait dans son oreille un jour qu'il s'était endormi sur l'herbe : peu après il fut, en effet,* atteint d'une otalgie des plus vives , occasionée par la présence d'un nombre prodigieux de perce-oreilles. Pendant l'espace de quatre ans on vit sortir chaque jour un certain nombre de ces insectes, et les souffrances étaient alors apaisées momentanément. On croira avec peine tous les détails de cette observation , qui porte cependant quelques preuves d'authenticité. Dans le mois d'octobre 1725, quatre-vingt-deux perce* oreilles sortirent en six jours ; le 3o juillet 1728,1 le nombre en fut porté à soixante-deux! Cnôffei a trouvé un grillon dans le conduit auditif (1) ;; J. P. Frank y a vu Vacants equinus (2) ;' Van-der-Wiel en a retiré une araignée (3) , et Barlholin une sangsue (4) ; d'autres y ont observé une fourmi , une puce et fort souvent des mouches. Joh. Van - Horne a extrait de l'oreille l'espèce de ver qui s'engendre dans le blé (5).
(1) Voy. Collection académique , tom. III , pag. 20g.
(2) J. P. Frank, Médec. prat. — Rélent, hétérog., irad. franc.
(3) Stalpartus Van-der-Wiel, Obs. chir, , cent, //, obs. XI, pag. 91. (Voigtel.)
(4) Barlholin , Hisl. anat. rar. , cent, IV, hisU LXKlV, tom. II, pag. 383. (Voigtel.)
(5) Voy, F. Hoffmann, loc% cit.
Leautaud (i) et Farjon (2) ont publié des observations remarquables par la gravité des accidens auxquels la présence de quelques vers , développés dans le conduit de l'oreille , a donné lieu. Menzel a reconnu la présence de huit vers, d'un pouce de longueur, chez un paysan affecté d'un ulcère de l'oreille externe (3). Droin a trouvé dans ses dissections un ver d'une longueur excédant deux pouces , qui occupait une partie du vestibule, toute la longueur du canal vertical antérieur, et une partie de celle de la trompe d'Eustachi (4). Dans une autre observation du même auteur (5), il s'agit d'une femme qui vit sortir de son oreille droite , après les plus vives douleurs de tête , quatorze petites chenilles vivantes , à divers intervalles , et enfin une dernière de dix-huit lignes de longueur sur cinq à six de grosseur. — Les parois du conduit auditif sont quelquefois le siège de
(1) Voy. anc. Journal de méd. , tom. VIII, pag. i4$.
(2) Idem y tom. IX, pag. i36.
(3) Menzel, Misceïï. nat.cur., dec* II, an, II, obs. LVII, pag, g5. (Voigtel.)
(4) Voy. Biblioth. choisie de méd. , art. ver. — Eu égard à la disposition qu'il a observée (la tête était sortie du vestibule par la fenêtre ovale ) , Droin se persuade que le ver a dû s'engendrer primitivement dans l'oreille interne. Je pense que cette raison ne suffit pas.
(5) Voy, Collection académique, tom. VII , pag. 22.
tlartres , d'ulcères de différentes espèces ?
d'une carie , d'une exostose La sécrétion
particulière , confiée aux glandes cérumineuses, peut offrir plusieurs genres d'altération : la matière sécrétée est quelquefois épaisse et peu abondante, d'autres fois copieuse et ténue ; sa coloration ne présente pas des variétés moins remarquables : dans quelques maladies graves , le cérumen acquiert une saveur douceâtre regardée comme un symptôme très-fâcheux ; enfin, chez un sourd observé par Pechlin , il exhalait une odeur de castoréum reconnaissable d'assez loin (i).
La membrane du tympan présente dans sa conformation des différences assez nombreuses, relatives à la grandeur qui est variable entre des limites fort éloignées , et à la forme qui peut être circulaire , obiongue ou triangulaire. L'absence congéniale de la membrane du tympan a été observée par MM. Bernard (obs. cllcé) et Itard. Sa destruction partielle ou même totale résulte assez souvent d'une longue suppuration de l'oreille. — La perforation accidentelle par des corps étrangers a été observée bien des fois ; l'introduction imprudente et profonde des cureoreilles est une cause des plus communes de cet
(i) Voy, Trnka , ïoc* ciU
accident: Riolan en rapporte un exemple (i)> sur lequel il fonda l'utilité de la perforation de la membrane du tympan dans le traitement de la surdité. Dans une observation rapportée par Kaltschmidt, cette lésion fut effectuée par un coup d'épée ; mais il est plus ordinaire que la rupture dont il s'agit résulte d'une rétention de matière purulente ou muqueuse rassemblée dans la caisse du tympan. M. Ribes fait dépendre le même accident de l'usure de la membrane par le manche du marteau détaché , ou par le cérumen concrète dans le conduit auditif, ainsi qu'il résulte de ses observations. — Le décollement a été observé par M. Itard dans les otorrhées anciennes ; la membrane se sépare ordinairement par son contour inférieur du cadre qui l'enchâsse. — Tous les auteurs s'accordent sur la possibilité d'une tension morbide de la membrane du tympan ; la plupart ont admis aussi son relâchement extrême , qui est rejeté par M. Itard , comme une idée purement théorique ; toutefois M. Saissy l'aurait observé , puisqu'il en fait dépendre l'enfoncement de la membrane dans le conduit ou dans la caisse , dont sa pratique luA a fourni des exemples (2). — On croit assez géné-
(1) Riolan , Encheirîdium anat. et pathol., lib, IV, p. 297. Parisiis, i658.
(2) J . A. Saissy , Essai sur les maladies de l'oreille interne, Paris, 1827.
( i65 ) maternent que la fausse membrane qui revêt celle «lu tympan , chez le fœtus , peut persister après la naissance: Drack assure qu'un enfant de huit ans, sourd-muet, dut la guérison de son infirmité à l'expulsion de cette fausse membrane. — L'épaississement qui survient quelquefois dans l'âge avancé est sans doute une cause assez rare de la surdi-mutité: M. ïtard ne Ta pas observé une seule fois dans le cours d'une longue pratique. -^-La rigidité de la membrane du tympan est une altération propre à la vieillesse. — La transformation osseuse a été observée par M. Deleau jeune, sur un sourd-muet de naissance âgé de 23 ans , et sur une femme de ^5 , devenue sourde depuis quelques années (i). Scharschmidt possédait une membrane du tympan complètement ossifiée et percée d'une ouverture centrale (2). Lœsecke a reconnu la même altération chez un homme de 3o ans (Trnia , hc.cit.)* Gassebohm et Khœler ont aussi observé la transformation osseuse , mais înoins avancée (3). —
(1) M. Deleau jeune , Mémoire sur la perforation de la membrane du tympan, obs. XI et obs. IX. Paris, 1822.
(2) A moins d'une circonstance pareille , dont M. Portai ne fait pas mention , il est impossible d'admettre l'ossification des membranes sans la surdité , ainsi qu'il en rapporte un exemple (loc. cit.).
(3) Kœhler, Beschr. der Loderschen Sammlungl S. 148, N° 583. (Voîgtel.)
( *66) Des polypes s'implantent parfois sur Tune ou l'autre des faces de la membrane du tympan, < — Enfin cette cloison est atteinte assez fréquemment par l'inflammation, les dartres, les pustules varioliques. , . . ,
Le produit de la sécrétion de la membrane muqueuse de la caisse , la matière de la suppuration des ulcères de l'oreille..... , peuvent être
retenus dans la cavité du tympan et l'obstruer. — A la suite d'une apoplexie sanguine, M. ltard a vu l'oreille moyenne remplie de sang, — Chez une femme avancée en âge , il a trouvé une matière blanche et solide , cause de la surdité dont elle était atteinte. Chez un sourd-muet de naissance , la dissection lui a fait apercevoir la même cause d'obstruction dans les deux oreilles. M. Portai a trouvé une concrétion dure et blanche occupant la caisse et la trompe d'une femme sourde (i). — A la suite d'un écoulement purulent fort ancien , qui avait amené une dureté d'ouïe , Valsai va reconnut dans chaque oreille la destruction de la membrane du tympan , et des productions d'apparence fibreuse irrégulièrement entrecroisées dans la caisse du tambour, qui en était obstruée (2). Une observation à peu
(1) M. Portai , foc. ciU
(2; Valsai va , De aure...t 9 cap. 5.
près semblable est rapportée par Morgagni (i). — La membrane muqueuse de la caisse est quelquefois le siège de végétations charnues ou d'inflammations de diverse nature. — Assez souvent les corps étrangers , introduits dans le canal auditif externe, parviennent jusque dans le tympan par la perforation de sa membrane. — Des abcès formés dans îe voisinage de l'oreille ( le cerveau, la glande parotide , les amygdales...) se sont vidés dans la caisse par le conduit auditif externe ou par la trompe d'Euslachi (2). — Si j'osais hasarder une opinion sur une cause de surdité congéniale , je dirais que cette infirmité doit dépendre quelquefois d'un dépôt abandonné dans la caisse du tympan par les eaux de l'amnios. Ce fait bien constaté servirait à expliquer les surdités de famille (distinctes des surdités héréditaires), dont je connais des exemples. L'ouvrage de Saissy, déjà cité , contient quelques observations de ce genre remarquables par une circonstance particulière dont il n'est pas facile de se rendre compte. On a vu la surdi- mutité atteindre l'aîné d'une nombreuse famille , le troisième et le cinquième enfant, et épargner les autres, ou inversement.
(1) Morgagni , De sedibus et causis morborum.., , epist. i£.
(2) Voyez les observations de J« - L. Petit rapportées par Saissy , Iqc* cii%
L'apophyse mastoïde est quelquefois privée de communication avec la caisse du tympan , par l'opposition d'une fausse membrane devant l'orifice de son sinus. Murray a trouvé cette apophyse entièrement solide (Samuel Cooper , loc. cit. ). De toutes les parties de l'oreille , elle est celle que la carie attaque le plus souvent.
La fenêtre vestibulaire est exposée à quelques variétés de forme et de grandeur. Son absence congéniale a été observée par M. Montait! jeune (Saissy, loc. cit.). — Lœsecke a reconnu l'ossification de sa membrane (i). Va Isa! va nous apprend que , cherchant un jour la cause anatoïnique d'une surdité, il la découvrit dans la continuité osseuse de la base de l'étrier et du contour de la fenêtre ovale (2). Morgagni a fait une observation semblable sur une vieille femme sourde (3). — Le défaut de membrane a été observé plusieurs fois , mais il était toujours accidentel.
La fenêtre cochléenne a offert à M. Lobstein (4) un rétrécissement très-considérable de son diamètre chez un jeune enfant. — Parmi plusieurs altérations de l'organe de l'ouïe chez une femme
(1) Lœsecke , Obs. anat. chir. med. , p. 16. (Voiglel.)
(2) Valsalva , loc. cit. , cap. H.
(3) Morgagni , De sed. et caus, morb, , episl. XIV, § //.
(4) Voyez Saissy , loc. cit.
âgée et sourde depuis 3o ans , M. Ph. Pinel a trouvé la fenêtre du limaçon convertie en une ouverture énorme par la carie de ses bords (i). — L'ossification complète de la membrane de la fenêtre ronde a été indiquée par Cotugno.
L'étroiîesse de la trompe d'Eustachi facilite les fréquentes obstructions de sa cavité. L'engouement muqueux est un casdes plus communs: tantôt il est un produit de l'inflammation de la caisse et de la trompe , tantôt de celte dernière seulement ; dans tous les cas, il est favorisé par le gonflement de la membrane qui la tapisse. M. Otto a trouvé des mucosités endurcies, oblitérant la trompe d'Eustachi, sur le cadavre de quelques vieillards atteints de surdité (2). — L'oblitération de l'extrémité buccale de la trompe peut résulter de l'adhérence de ses parois ulcérées , circonstance observée deux fois par M. Saissy , à la suite de la fièvre scarlatine. On connaît des exemples d'ulcération du pavillon de la trompe , suivie de l'effacement de sa cavité : cet accident est cause quelquefois de la surdimutité.— Des polypes de l'arrière-bouche peuvent obstruer le pavillon de la trompe d'Eustachi :
(1) Ph. Pinel, voyez Journal complém. des sci. méd. , t. XX, p. 78. — Recherches sur les causes de la surdité chez les vieillards.
(3) Voyez J, Frank , foc. cil.
Becket rapporte une observation de surdite' qui dépendait de cette cause et qui fut guérie par l'extirpation de la tumeur (i).
Les osselets de fouie peuvent offrir de nombreuses variétés , relatives à leur forme, à leur grandeur, à leur disposition et à leur nombre : Comparetli a trouvé sur un même sujet les deux étricrs fort petits et formés chacun d'une tige unique (2) ; M. Tiedemann a observé la même conformation dans l'oreille droite d'un nouveauné, et une autre fois il a vu chez un adulte l'intervalle des deux branches de l'étrier occupé par une lamelle osseuse (3). — Chez un sourd-muet, âgé de trois ans , Bailly a trouvé les osselets réduits au tiers de leur volume ordinaire. Un anatomiste moderne a vu à l'inverse ce volume doublé. — Dans quelques cas d'hydrocéphale , Blumcnbach a observé des altérations dans la position relative des osselets (J. Frank, loc. cit.). Bonnet et Mersenne ont reconnu chacun une fois l'absence de l'enclume. Le défaut simultané de icnclume et du marteau s'est offert à l'observation de Caldani , sur un sujet qui entendait
(1) Voyez Haller, loc. cit.
(2) Voyez Meckel , Manuel d'anatomie , trad. franc.
(3) F. Tiedemann , Journal complém. des scienc. méd. , t. VIII , p. 83. — Sur quelques variations dans la forme de l'étrier chez l'homme.
néanmoins. L'absence congéniale et complète des osselets est constatée par les observations déjà citées de MM. Bernard et Montain jeune et par celle de Reimarus (Samuel Cooper). — M. Itard a observé la destruction accidentelle et complète des osselets chez; un sourd -muet de naissance ( elle accompagnait de plus grands désordres encore ). — Quelques ailleurs ont décrit des osselets surnuméraires ; ces derniers se rencontrent le plus ordinairement entre le marteau et l'enclume. — Parmi les altérations auxquelles les osselets sont soumis , une des plus rares est le ramollissement , dont le fait est rapporté dans le détail d'une observation très-curieuse d'ostéomalacie , transmise par Morand (i). — Ruysch et J.-L. Petit ont constaté l'ankylose des osselets ( M. [tard ). Hoffmeister en rapporte aussi un exemple (2). Il me paraît que cet accident doit accompagner souvent l'extrême rigidité et l'ossification ancienne de la membrane du tympan. — * Quelques auteurs ont admis la possibilité d'une luxation des pièces qui composent la chaîne des osselets ; mais je ne sache pas que ce fait ait jamais été prouvé par l'examen anatomique. — J'ai trouvé entre le manche du marteau et la longue branche de l'enclume, une membrane qui
(1) Morand , Biblioth. choisie de méd. , art. os.
(2) Voyez M. Boyer , Maladies chirurg. , tom, "VX
me parut n'être qu'un repli de celle qui tapisse J.a caisse entière ; elle était tendue et résistante. Sans doute , si le jeune enfant chez qui je l'observai eût vécu , elle aurait nui à l'audition.
Les muscles qui meuvent les osselets sont quelquefois atteints de paralysie , de rupture de leurs fibres ou du tendon qui les termine. — Leur dessèchement a été observé par Morgagni (i). — Schelhammer a trouvé un point d'ossification dans le tendon du muscle interne du marteau; des points semblables ont été aperçus dans le tendon du muscle de l'étrier
par Roifinkius ? Folius , Bartholin (Haljer,
loc. cit. )
hes altérations que l'oreille interne peut offrir sont beaucoup moins connues que celles des parties extérieures. — Dans l'observation citée de M. Montain jeune , il y avait absence complète des cavités du labyrinthe (l'oreille externe était d'ailleurs conformée régulièrement). Dans un état de développement imparfait , on a vu toutes les cavités de l'oreille n'en formant qu'une seule , sans communication avec l'extérieur (Meckel). — M. Itard a trouvé, à la suite d'un long écoulement qui avait entraîné la surdrmutité , Foreille interne convertie en un vaste cul-de-sac. — Des fractures de l'os pétreux ont
(i) Morgagni, De sedib, et caus. morùorum. epist* XIV*
été observées par Haller. — M. Cline a trouve ,< sur le cadavre d'un jeune soud-muet , toutes les cavités du labyrinthe obstruées par une substance ayant l'aspect et la consistance du fromage (1). Haighton a vu chez un sourd-muet l'humeur de Cotugno convertie en une matière épaisse eE caséeuse (2). Cette humeur s'est présentée à M. Itard sous forme d'un fluide gélatineux, occupant toutes les cavités de l'oreille interne. — Chez un homme de 60 ans , devenu sourd peu de temps avant de mourir , le même auteur a reconnu , par une dissection faite avec toutes les précautions convenables , que le labyrinthe était complètement privé d'humidité. M. Ph. Pinel a observé plusieurs fois le dessèchement complet de l'humeur labyrinthique chez des sujets sourds et âgés ( loc. cit. ). — On voit par deux observations de M. Yiricel , qu'une phlegmasie aiguë peut s'emparer des membranes de l'oreille interne et donner lieu à des accidens dont la terminaison est funeste. Dans les deux cas , un pus roussâtre occupait les cavités du labyrinthe (3). Deux fois Bichat a vu le canal commun des canaux verticaux oblitéré et converti en une
(1) Voy. Astley-Cooper , loc. cit.
(2) Haighton , A case of original deafness in Mem. of the med. society, vol III, p. i-~i5. ( J. F» Meckel , ouv. cit.)
(3) Yoy. Saissy, loc. cit.
( i74) tige complètement osseuse (i). M. Murer a trouvé chez un jeune sourd -muet les canaux circulaires remplacée par une substance celîulospongieuse (2).
On a vu chez un sourd-muet de naissance le limaçon ne former qu'un tour et demi de spirale seulement (3). D'autres fois, cette partie de l'oreille a présenté la conformation propre à l'organisation des reptiles et des oiseaux. ( J. F. Meckel, loc. cil.)
F. Sylvius a observé l7exsiccation du nerf acoustique , au rapport d'Hoffmann , qui a surpris lui-même cet état des nerfs de l'audition et de la vue sur un chien aveugle et sourd (4). Une observation semblable a été faite par Arends (Trnka) ; une autre est due à M. Itard: le sujet de cette dernière est un homme devenu sourd depuis très-long-temps , à la suite d'une attaque d'apoplexie. — Arnemann a trouvé le nerf acoustique plus dur que de coutume. Chez un sourd* muet soumis à la dissection par M. Rosenthal , la moelle allongée avait une consistance au-dessus de celle qui lui est ordinaire , et le nerf auditif
(1) Bichat , Anatomie descriptive , tom. II.
(2) Miirer , voy. Journ. univ. des scienc méd. , t. XLII. (3)Mundini, Comment. Bonon. , tom. VU, anat. surdi
nati, pag. I+11. (Voigtel.)
(4) F. Hoffmann t DispuL med. de auditu difficile
était plus ferme que le facial. — Chez un autre sourd-muet, M, Itard a observé une altération contraire : la pulpe nerveuse avait perdu (oute consistance , on l'eût prise pour une simple mucosité. — Bonnet a trouvé un triple nerf acoustique de chaque côté , chez un sujet affecté d'hypercousie (J. Franck), Morgagni doute de l'exactitude de cette observation , et croit , d'après ses recherches , que l'on a pris pour une triplicité du nerf la distinction de ses faisceaux. —» Morgagni rapporte , d'après Valsafva , qu'à l'examen du cadavre d'un enfant mort en naissant, on reconnut l'absence complète âes nerfs acoustiques : une membrane était étendue à l'intérieur du crâne au devant du conduit qui aurait dû les transmettre au dehors. (Parmi plusieurs enfans de la même mère , se trouvaient deux filles sourdes-muettes.) — Plusieurs causes peuvent déterminer la compression, et par con* séquent la paralysie du nerf auditif. Drelincourt, Séverin , Sandifort , . . . » cités par M. Voigteî , ont trouvé des tumeurs développées dans le voisinage ou même sur le trajet de ce nerf. M. Itard a vu trois hydatides logées dans la partie postérieure de la protubérance cérébrale. — M. Lévèque-Lasource a trouvé , à l'ouverture du cadavre d'une femme devenue graduellement aveugle et sourde , deux onces de sérosité épanchée dans les ventricules latéraux du cerveau , la
glande pituitaire accrue de volume et ulcérée i et du côté gaurhe, une tumeur fibreuse de 14 lignes de diamètre, occupant le fond du conduit auditif (i). — M. Ilard a observé une surdité dépendante d'une collection de sérosité dans le ventricule du cervelet. — Une autre fois il n'a trouvé d'autre lésion anatomique appréciable , qu'une exostose développée à la face interne d'un pariétai.
Les altérations propres au système sanguin de l'oreille sont peu connues : on a soupçonné plutôt que démontré la dilatation anévrysmale des artères du labyrinthe , à laquelle on a quelquefois attribué les pulsations qui fatiguent cruellement certains malades. Il existait certainement une lésion de ce genre dans le voisinage de l'oreille interne , chez une dame par qui Duverney fut consulté: après un exercice un peu soutenu, cette dame entendait des pulsations isochrones avec les mouvemens du cœur , et perceptibles pour le chirurgien lui-même , quand il s'en approchait (2).
(1) Lévèque-Lasource , Journal général de médecine., tom. XXXYII , pag 368.
(2) Duverney , De organo auditûs.