ESSAI DE PHYSIOLOGIE
mécanisme DE L'AUDITION,
Au mécanisme des fonctions des sens se rate tache la série entière des phénomènes qui, succédant à l'impression matérielle faite sur un être vivant, s'étend du point de la surface du corps qui en est le siège, au cerveau, centre de toutes les perceptions.
La relation établie par les organes des sens entre l'intelligence et les objets extérieurs, a de tout temps excité l'intérêt des philosophes ; il n'est point d'hypothèses qu'ils n'aient imaginées pour en expliquer la vraie nature. Inutiles efforts! on ne devinera jamais le secret mécanisme de la pensée. Cette marche peu rationnelle , abandonnée depuis que le goût des sciences exactes s'est répandu , ne conduit pas aux découvertes. La méthode d'observation est plus sûre; ses résultats pourront seuls conduire un jour à la solution complète du mécanisme des fonctions; aujourd'hui ils ne s'appliquent encore qu'à la première partie de ce problème , le plus difficile que l'esprit humain puisse se proposer.
Avant d'entreprendre l'exposé du mécanisme de l'audition , il convient de jeter un coup d'oeil
sur les théories les plus remarquables proposées à différentes époques ; on reconnaîtra facilement dans ce simple exposé , que les erreurs de tous ceux qui se sont livrés autrefois à ce genre de recherches, dépendent ou d'une fausse direction donnée à leurs travaux , ou d'un défaut de connaissances préliminaires indispensables.
Une opinion des plus anciennes sur la manière de se représenter le mécanisme de l'audition, est celle de Massa et de Columbus ; ils supposaient l'un et l'autre que le marteau frappe sur les membranes du tympan comme sur une enclume (i), (A cette époque on croyait que cette membrane était d'une texture toute nerveuse. )
Béranger de Carpi imagina que le son est transmis par le choc mutuel des osselets de l'ouïe (2). La connaissance des connexions intimes de ces petits os aurait suffi pour le préserver de cette erreur, que Yerduc n'aurait pas dû renouveler long-temps après, en comparant leurs mouvemens à ceux d'un pareil nombre de petites sonnettes agitées par les vibrations de la membrane du tympan (3).
Ingrassias , Lamy et Bartholin supposaient que le son traverse d'abord la fenêtre du vesti-
(1) Schelhainmer , De audiîu, lib. I, Lugd. Batav.y 1684.
(2)M.I«ard, loc. cit.
(3) Verduc , Traité de l'usage des parties , iom. II.
bule , parcourt ensuite les canaux du labyrinthe en se renforçant , et porte enfin son impression au sommet du limaçon , d'où il est écônduit par la fenêtre cochlécnne (i).
Schelhammer (loc.cit.) essaie de fonder une théorie sur les connaissances physiques ; à cet effet, il rapporte un grand nombre de principes, d'axiomes et de théorèmes empruntés à Kircher ; il expose ensuite le mécanisme dont voici le résumé : le son est transmis par les vibrations de l'air de la caisse , à travers la fenêtre cochléenne , dans les cavités du labyrinthe où la forme du limaçon et celle des canaux le renforcent ; il est en dernier lieu perçu dans le vestibule. L'étrier peu mobile se soulève légèrement quand la membrane du tympan est violemment agitée, et alors seulement il laisse introduire le son par la fenêtre dans laquelle il est assujetti (2)* La découverte de la corde du tympan et l'analogie observée entre la cavité de l'oreille moyenne et les caisses militaires, ont fait imaginer que le nerf dont il s'agit reçoit , à la manière des cordes tendues, la communication du mouvement vibratoire de la membrane du
(1) Scarpa , De structura fenestrœ rotundœ
(2) La transmission du son par les deux fenêtres à la fois , avait été admise antérieurement par Laurent et Willis ; depuis , Vidius l'avait reproduite (Scarpa),
tympan, et doit être considéré comme l'organe principal de la fonction. Dans ces derniers temps Sœmmering a admis de pareilles vibrations (i). Persuadé de la difficulté d'expliquer , .d'une manière convenable , l'usage de toutes les parties de l'organe merveilleux que ses recherches laborieuses ont si puissammenl contribué à faire mieux connaître , Vaîsalva paraît se décider à regret à proposer quelques conjectures (2). Il admet, avec quelques-uns de ses devanciers, que la forme du pavillon et l'élasticité de son cartilage, accrue par la contraction des muscles oriculaires , sont propres à rassembler les ondes sonores et à les diriger vers le conduit auditif, tandis que les inflexions de ce conduit, sa forme conique et ses incisures contribuent à l'accroissement de l'intensité du son. Ainsi renforcé, le son ébranle la membrane du tympan qui s'oppose à ce que les ondes sonores se transmettent plus avantdansl'oreillejlemanchedu marteau partage cet ébranlement , soit directement, soit par ses relations avec la membrane , et il les transmet au labyrinthe par la chaîne des osselets qui représente un assemblage de leviers réagissant les uns sur les autres par des mouvemens de bascule. Le muscle de retrier remplit la double fonction de
(1) Sœmmering , loc. ciU
(2) Yalàalva , loc. cit.
limiter les mouvemens Je son osselet et d'accélérer le retour de la chaîne à l'état de repos. L'air de la caisse, comprimé pendant l'agitation de la membrane du tympan , trouve une issue par la trompe d'Eustachi , qui est susceptible de différens degrés d'ouverture par la contraction synergique des muscles qui l'entourent. La membrane de la fenêtre vestibulaire communique à l'air inné du labyrinthe les mouvemens que lui imprime la base de rétrier, et il en résulte des ondes qui parcourent les canaux et se transmettent ensuite au limaçon par sa rampe vestibulaire. Les degrés de compression que ressentent les zones établissent les différences du degré des sons.
Gotugno , après avoir démontré l'existence d'une humeur occupant toutes les cavités du labyrinthe , imagine les modifications que la théorie précédente de l'audition doit recevoir en conséquence de sa découverte (i) : les mouvemens de la chaîne des osselets dépriment la partie postérieure de la base de l'étrier ; l'humeur du labyrinthe est repoussée ; mais une cloison nerveuse ( ce sont les sacs membraneux dont Cotugno n'avait seulement entrevu que les débris), séparant la cavité du vestibule en deux cavités secondaires , s'oppose à son dépja*
(i) Cotugno , foc. cit.
cernent , et elle ne trouve d'issue que par le canal horizontal. Après l'avoir parcouru , la compression à laquelle son excès la soumet , l'oblige à traverser le canal commun qui la ramène à la partie antérieure du vestibule par le canal supérieur, d'où elle est enfin dirigée vers le limaçon ; là , au moyen de la communication des deux rampes, elle fait effort contre la membrane de la fenêtre cochléenne qu'elle oblige à se tendre à divers degrés , et qui lui transmet tous les mouvemens vibratoires qu'ellemême reçoit directement de l'air de la caisse. Les fibres nerveuses consonnantes de la lame spirale partagent ces vibrations , et c'est ainsi que s'établit la distinction des tons ; mais tous ces mouvemens ne peuvent avoir lieu tant que la lymphe remplit exactement les cavités du labyrinthe , aussi les aqueducs ont-ils pour fonction d'en absorber une partie qui est incessamment remplacée par le produit de l'exhalation artérielle.
J. L. Roger (i) reconnaît que la membrane du tympan n'a pas une assez grande force de cohésion pour se tendre à l'unisson de tous les sons audibiles , sans se déchirer ; et d'ailleurs , cet effet ne lui paraît pas nécessaire: il suffit — «— — i— — m~ ii i ■ ■
(i) Roger, Traité des effets de la musique sur le corps humain , Paris , i8o3.
( i83 ) qu'elle soit susceptible de tous les degrés de tension compris dans l'étendue d'une octave seulement. Le son la traverse sans s'altérer, il s'introduit dans le labyrinthe par la fenêtre ronde , parcourt ses sinuosités et agite la surface interne de la membrane de la fenêtre ovale. Celle-ci est encore ébranlée directement par la chaîne des osselets, mais à un degré plus aigu de quelques octaves ; et c'est par la comparaison de la première impression sur la membrane de la fenêtre ovale , à cette dernière , sorte de mesure invariable , que l'oreille détermine le degré du son.
Geoffroy (i) avait étudié l'organisation de l'oreille dans différentes classes d'animaux , et croyait avec raison que les lumières de l'anatomie comparée pourraient éclairer la physiologie ; il propose les explications suivantes : la membrane du tympan est toujours tendue à l'unisson du bruit que l'oreille perçoit. Sa nature cartilagineuse, chez quelques reptiles, n'est point contraire à cette opinion ; on doit seulement en inférer que la perception du son est moins distincte chez ces animaux , et que ses différentes modifications doivent leur être inconnues. L'air de la caisse est agité, soit par
(i) Geoffroy, Dissertations sur l'organe de l'ouïe t Amsterdam, 1778.
( i»4) intermédiaire de la membrane du tympan , soit plus directement par la propagation des ondes sonores dans cette cavité , le long de la trompe d'Eustachi. Cette seconde voie de transmission est démontrée par l'examen des reptiles cités précédemment ; la longueur de leur trompe est considérable et supplée à la souplesse de leur membrane du tympan. L'ébranlement de l'air contenu dans la caisse est communiqué à la membrane de la fenêtre cocbléenne , et de là à la rampe tympanique du limaçon. Les cavités de la caisse et de l'apophyse mastoïde servent à le renforcer par les réflexions nombreuses qui ont lieu contre les inégalités de leur surface (i). Mais le son parvient encore au labyrinthe par une autre route : par l'intermédiaire de la chaîne des osselets et de la membrane vestibulaire, il se propage dans le vestibule , les canaux et la rampe inférieure du limaçon. Les canaux circulaires ayant chez l'homme un diamètre variable dans les divers points de leur longueur , ils sont toujours en quelque endroit à l'unisson des sons
(i) Celte erreur a été fréquemment répétée avant et depuis Geoffroy ; la plupart de ceux qui la partagent ont négligé une circonstance importante du renforcement des sons , c'est la convergence des ondes sonores réfléchies : or, un effet tout opposé doit être produit par l'état inégal et raboteux de ces cavités , que Geoffroy fait valoir comme une cii constance favorable,
entendus , d'où re'sulte la distinction des tons; Cette faculté n'existe pas chez les poissons, parce que leurs canaux ont une forme exactement cylindrique ; par une raison contraire , elle est tellement développée chez les oiseaux , que la nature leur a refusé la troisième partie de l'oreille interne ; car le limaçon a les mêmes usages que les canaux : sa lame spirale , dont la largeur est graduellement décroissante de la base au sommet, peut être considérée comme un assemblage de cordes tendues de différentes longueurs, et dont chacune peut être ébranlée à l'exclusion de toutes les autres, suivant le degré du son produit.
Selon Scarpa (i), l'oreille de l'homme représente un double instrument d'acoustique ; la membrane de la fenêtre cochléenne et le conduit au fond duquel elle est placée , sont exactement comparables à la membrane du tympan et au conduit auditif; même avantage de conformation de part et d'autre , soit pour recueillir le son , soit pour le renforcer. Par la chaîne des osselets , le son est transmis au vestibule et à l'humeur de Cotugno ; l'ébranlement de l'air de la caisse se communique au tympan secondaire, et de là à la rampe tympanique du limaçon. Les sons les plus faibles sont perçus par cette voie.
(*) A. Scarpa , De structura f en eslrœ rotundœ auris„%%*
—Les oiseaux ont un seul osselet qui s'opposerait à ce que la membrane de leur tympan pût être tendue à la manière de celle des mammifères ; aussi celte membrane a-t-elle une forme convexe vers le conduit , et le muscle qui la fait mouvoir est-il situé hors de la caisse.
Admettant la présence de l'air inné dans les cavités du labyrinthe sur l'autorité de Yalsalva et de quelques anatomistes modernes, M. Morel explique ainsi le mécanisme de l'audition (i) : les membranes élastiques de l'oreille forment un système dont la tension est égale pour toutes ; la membrane du tympan et celle de la fenêtre vestibulaire sont amenées à l'unisson par les mouvemens de la chaîne des osselets; la compression de l'air du labyrinthe par la base de l'étrier détermine consécutivement l'unisson de la membrane du limaçon et de la fenêtre cochléenne. La tension du système entier est réglée sur le degré du son , et modifiée par les muscles des osselets, jusqu'à ce qu'il ait atteint celle qui convient à la co-vibration des membranes. Dans cet état, les vibrations de l'air sont transmises par la membrane du tympan et ensuite par celle de la fenêtre cochléenne, à la zone nerveuse de la lame spirale, siège unique de la sensation. Les sacs membraneux du vestibule et les canaux
(i) M. A.-J. Morel, Musique expliquée. Paris, 1816,
( i87) qui en dépendent n'ont d'autre fonction que de rendre la perception plus claire , en prévenant les réflexions sonores.
M. Petetin (i) confie au fluide électrique la transmission des sons ; cette matière parfaitement élastique se met avec une extrême facilité à l'unisson des corps vibrans. A raison de la propriété isolante de l'air, on peut concevoir l'existence simultanée d'un très- grand nombre de rayons sonores, correspondant à des tons différens, étendus sans se confondre du corps qui résonne aux cavités profondes de l'oreille , et prolongés jusqu'au centre sensitif à travers les conduits des fibrilles nerveuses. L'humeur du labyrinthe a pour usage de modérer l'impression des vibrations, et en même temps de faire distinguer la direction par les mouvemens qui lui sont imprimés.
On voit, par l'exposé rapide des opinions précédentes, que chaque auteur a pris du mécanisme de l'audition une idée différente, selon la direction particulière de ses études ou selon ses préjugés. — Mais toutes les parties d'un organe ont-elles nécessairement un usage relatif à ses fonctions? Quelques auteurs, admettant cette idée sans restriction, se sont appliqués à démontrer l'importance des moindres circonstance M. Petetin, Elecuicite' animale , p. i5, Paris, 1808*
<ees anatoïniques de l'oreille. Quoi qu'il en soit, ils ont mis beaucoup d'arbitraire dans de pareilles déterminations. Je vais en fournir des preuves, en énumérant quelques opinions suggérées par ce genre de recherches.
Le pavillon de l'oreille a été généralement regardé comme une partie destinée à recueillir les sons : la forme particulière qu'il affecte chez quelques animaux, a fait naître cette opinion soutenue par une certaine analogie dans l'organisation comparée de l'oreille. Schelhammer (foc. cit.) et Boërhaave ont cru pouvoir démontrer directement cet usage par les propriétés de l'ellipse. M. Ilard (foc. cit.) assure que le pavillon est tout-à-fait inutile à l'audition. Alex. Yalker (i) croit que nous lui devons la faculté de juger de la direction des sons : l'ébranlement de sa partie supérieure fait reconnaître les sons ascendans ; la direction descendante s'accompagne d'une
impression faite sur le tragus et l'antitragus
Trampel attribue au lobule l'usage de fournir aux glandes cérumineuses la matière de leur sécrétion. D'après Yieussens (2), le tragus, l'antitragus et le lobule, préviennent la violence de l'air introduit dans l'oreille. T. Barthoïin (3)
(1) Alex. Valker, Annal, de litt. raéd. étrang. , t. IX.
(2) R. Vieussens, Traité nouveau de la structure de l'oreille. Toulouse, 1714-
(3) T. Barthoïin, Anatome, îib. 3, Lugd. Batav., 1G73*
regardait l'oreille externe comme un ornement de la tête , et rappelait à cette occasion un usage fort ancien conserve de son temps encore chez les Anglais et les Belges, celui de couper les oreilles des hommes condamnés (i). Lavater (2) avoue n'avoir étudie' qu'imparfaitement les caractères physiognomoniques fournis par les oreilles. Les anciens s'étaient appliqués à cette étude , et Diemerbroëck (3) nous transmet quelques-unes de leurs opinions: une oreille allongée était,
dit-il, un indice de bêtise et de loquacité
D'autres formes étaient propres à dénoter la méchanceté, la bassesse, la pureté des mœurs,... la longévité !
Les auteurs ont cru remarquer, dans la direction particulière du conduit auditif, une relation constante avec l'espèce de nourriture des animaux ; et, raisonnant d'après l'analogie , on s'est hâté de conclure que l'homme était né pour vivre de chair. — Le diamètre du conduit paraît à quelques zoologistes conserver une relation aussi intime avec l'instant de la journée où l'animal recherche sa proie (4). — Les connaissances
(1) Par des motifs de goût et de mode qui ne prouvent pas une grande sensibilité , nous mutilons tous les jours les oreilles des animaux selon notre caprice.
(2) Lavater, Essai sur la phvsiognomonie.
(3) Diemerbroëck, Anatome, loc. cit.
(4) Voy. Tableaux anatomiques.
( T9° ) physiques ne permettent pas d'admettre , avee M. Itard, que la forme recourbe'e qu'il présenté chez l'homme est propre à renforcer le son. — Les poils qui se trouvent à l'entrée du conduit , ont paru destinés à en défendre l'accès. — Un pareil usage a été attribué au cérumen : on a cru que l'amertume de cette humeur était propre à écarter les insectes qui tenteraient de s'introduire dans l'oreille. Marcus Mappus (i) rappelle les diverses hypothèses émises sur la source du cérumen : Warthon la croyait excrétée par
les glandes parotides ; Eustachi , Rudius ,
Schneider, Ambr. Paré , la faisaient provenir du cerveau ; Mercurialis imaginait que des vapeurs bilieuses élevées vers la tête étaient l'origine du
principe colorant et amer du cérumen Les
anciens lui ont attribué de grandes vertus contre les morsures des vipères et des scorpions , et Derham (2) lui confirme cette efficacité. L'analyse chimique rapportée ailleurs (3) donne la mesure de confiance que l'on peut accorder à de pareilles observations.
L'importance de la membrane du tympan a été diversement interprétée : les uns en ont fait
(1) Marcus Mappus , Bissertalio medka de aurium ce~ rumine. Argenior, 1684. (a) Derham , loc. cit.
(3) Voy* Tableaux anatomiques*
l'organe principal de l'ouïe ; d'autres Font considérée comme une simple barrière destinée àt prévenir l'accès des corps étrangers dans les cavités profondes de l'oreille. Les doutes élevés sur l'utilité de cette membrane, donnèrent à WiHis et à Yalsalva l'idée de tenter quelques expériences sur les animaux vivans : les résultais obtenus de concert par ce dernier et Morgagni, firent juger que l'intégrité parfaite de la membrane n'était point une condition indispensable pour l'exercice de la fonction (i). Le fait bien avéré d'une surdité guérie par la perforation accidentelle de la membrane du tympan (2), et quelques autres analogues appuyaient les conclusions de ces anatomistes. Peu satisfait de ce concours de preuves , Cheselden avait conçu le projet de renouveler les expériences directes; il avait obtenu l'autorisation d'étudier les effets physiologiques de la perforation de la membrane du tympan sur un criminel condamné à mort, qui devait recouvrer la liberté au prix de sa soumission à une pareille épreuve ; mais l'improbation du public le força d'y renoncer. La perforation, employée quelques années plus tard comme moyen curatif de certaines espèces de surdités, donna des résultats conformes à ceux de Yalsalva,
(1) Morgagni, epîsU anaU XIII,
(2) Riolan ? loc% ciU
( *92 ) *— Les physiologistes qui avaient attribué à la membrane du tympan l'usage de transmettre les mouvemens vibratoires au fond de l'oreille , s'accordèrent tous sur la nécessité de l'unisson entre cette membrane et le son qui l'agite. Mais J.-F. Sleigh(i) démontra la fausseté de cette opinion; il vit très-bien que la membrane du tympan ne pouvait se tendre à l'unisson d'un son qui n'est pas encore produit , ou de chacun des sons que l'oreille peut percevoir à la fois ; cependant il substitua lui-même une erreur à celle qu'il renversait, en admettant que la tension de la membrane du tympan , réglée sur l'intensité du son , augmente en même temps qu'elle.
Quelques anatomistes, prévenus en faveur de certains systèmes , se sont persuadés que la cavité du tympan a une forme semi-ellipsoïde , et que les deux fenêtres en occupent les foyers (2). . — Perrault admettait que la membrane de la caisse fait office d'une tapisserie destinée à prévenir le retentissement des cavités de l'oreille , à peu près comme l'uvée s'oppose aux doubles réflexions de la lumière dans le fond de l'œil. — Lecat (3) voyait, dans les lamelles osseuses de*
(1) J.-F. Sleigh, De auditu, 1753. — Thésaurus medicus £din.fJ.IIL
(2) Estève, Traité de l'ouïe. Avignon , iy5i<
(3) Lecat , Théorie du son , foc. ciU
cellules mastoïdiennes, des fibres susceptibles dé vibrer à l'unisson des corps sonores, et de renforcer ainsi l'impression faite sur l'organe. — ■ Suivant M» Mageudie (i) , la raréfaction de l'air contenu dans la caisse affaiblit l'intensité du son qu'il transmet au labyrinthe; mais on remarquera que le ressort de l'air n'est pas changé, puisque sa température augmente dans le même rapport que sa densité diminue.
Riolan , cherchant à expliquer le besoin de la multiplicité des pièces de la chaîne osseuse du tympan , croit ep découvrir la raison dans la forme irrégulière de cette cavité. — Yalsalva (2) soutient que , si les osselets étaient susceptibles d'accroissement avec l'âge , les idées qui nous parviennent par le sens de l'ouïe changeraient en même temps, ce qui serait une cause de confusion,—Yandermonde (3) exprime une autre crainte, celle de voir le conduit auditif obstrué par le développement des osselets * si la nature prévoyante ne leur avait donné dès la naissance des proportions invariables.— Morgagni (^n'accordait d'autre usage à ces petits os, que celui
(1) M. Magendie, Précis élémentaire de physiologie.
(2) Valsalva, De aure , cap. VI, n° g.
(3) Vandermonde , Essai sur la manière de perfectionnée l'espèce humaine, tom. II. Paris, 1756.
(4) Morgagni, epist. anat. XfIL
3e servir à l'insertion des muscles par lesquels les membranes de l'oreille sont tendues ou relâchées. M. Adelon (i) adopte, mais à tort , l'opinion de Morgagni.
Tous les auteurs qui ont connu les muscles du tympan se sont accordés à les regarder comme les organes du mouvement des osselets ; mais ils n'interprètent pas leur action de la même
manière. Duverney, Yalsalva ont avancé
que la contraction des muscles du marteau doit tirer en dedans la membrane du tympan. Le premier supposait aussi quelle muscle de l'étrier, eu égard à sa direction , peut tirer de dedans en dehors l'osselet de ce nom , et tendre de cette manière la membrane de la fenêtre ovale ; d'autres anatomistes, et ceux-ci sont en grand nombre parmi les modernes , ont admis un effet contraire de la contraction de ce muscle. Cotugno , en particulier (2) t soupçonne que la base de l'étrier est déprimée dans sa partie postérieure seulement , où l'amplitude de son déplacement est toutefois très-limitée , puisqu'elle ne dépasse jamais un quart de ligne. Plus récemment , Alex. Valker (3) reproche aux auteurs d'avoir mal compris lea principes de la
(1) M. Adelon , Physiol. de l'homme , tom. I,
(2) Cotugno , loc. cit.
£3) Alex. Valker, loc. cit.
( igs )
détermination dont il s'agit ; il leur reproche de n'avoir point eu égard à la connexion des osselets et à la configuration des surfaces articulaires , qui doivent modifier les effets de l'action des muscles, présumés d'après la direction de ceux-ci. En tenant compte de ces deux causes, le muscle interne du marteau lui semble devoir tendre a la fois la membrane tlu tympan et celle de la fenêtre ovale, qui est repoussée en dedans par l'intermédiaire des osselets ; le muscle de l'étrier exerce sur ces membranes une action toute contraire , il les relâche toutes les deux. Les muscles externe et supérieur du marteau déterminent la tension simultanée des mêmes membranes précisément comme le muscle interne , mais avec obliquité en dedans et en avant, quand le muscle externe se contracte ; en dedans et en arrière, quand c'est le muscle supérieur qui agit. M. Àdelon attribue une opinion analogue à M. Chaussier. — Les physiologistes ne montrent pas plus d'accord sur la question de savoir si les mouvemens des muscles sont volontaires ou non.
Depuis la découverte de la trompe d'Eustachî , l'importance d'une communication entre l'oreille et la bouche a été généralement reconnue ; mais les opinions que l'on s'en est formées sont extrêmement diverses. La connaissance de ce conduit* semble avoir suggéré l'idée fort ancienne et &in-
gulière, que les chèvres respirent par les oreilles. Que penser des assertions de Tulpius et d'Hoffmann (i) , qui auraient vu des malades échapper à une suffocation imminente , avec le secours d'une respiration effectuée par les oreilles privées de leurs membranes du tympan? — On a cru fort long-temps que le conduit d'Euslachi était une voie de propagation du son dans l'oreille, et l'on apportait en preuve l'usage d'écouter la bouche béante , qui est en effet très-remarquable chez les gens de campagne , mais qu'il est plus naturel de regarder, avec M. Itard , comme un caractère particulier de l'étonnement et de la stupidité. Sprengel (2) assure que les sourds parlent habituellement du nez : cette habitude , dit-il , est commandée par le plus grand avantage qu'ils en retirent pour l'audition de leur propre voix , qui pénètre alors par la trompe d'Eustachi.
Boerhaave (3) admettait un double organe de l'ouïe et deux espèces d'impression sonore : l'une obscure et confuse transmise par la fenêtre du limaçon , c'est un simple avertissement de l'oreille ; l'autre déterminée et parvenant par la fenêtre ovale , tous les sons qui arrivent par
(1) Hoffmann , DispuU medica de audit u difficilû
(2) Sprengel , Instit. med. , tom, IIL £3) Vôy. Scarpa , lue, cit.
cette voie éveillent la faculté de discerner. — Sauvages (i) voyait aussi dans le labyrinthe un double organe formé par les canaux circulaires d'une construction analogue à celle des instrumens à vent , et par la lame spirale comparable aux instrumens à cordes. Une opinion semblable est adoptée par Vicq-d'Azyr (2). — Yalker (Joe. cil.) suppose que les canaux circulaires servent à la perception des sons considérés isolément ; que nous devons à la présence du limaçon le pouvoir de comparer les sons co-existans ; qu'enfin dans le vestibule réside la faculté d'apprécier les intervalles ou de sentir la mélodie. — Comparant les usages des aqueducs de l'oreille interne à ceux de la trompe d'Eustachi , M. Magendie (3) les regarde comme un diverticulum de l'humeur de Cotugno , qui s'y retire en cédant à des vibrations trop étendues.
Comment , après un si grand nombre de tentatives infructueuses, oserai-je entreprendre l'analyse difficile du mécanisme de l'audition? Comment évilerai-je l'erreur au milieu des incertitudes qui régnent encore sur les connaissances qui en comportent le moins, sur les faits
(1) Sauvages , Nosologie méthodique , traduction franc» Lyon, 1772.
(2) Vicq-d'Azyr , loc. cit.
(3) M, Magendie x loc. cit.
( i98) palpables qui sont du domaine de l'anatomie (i)? S'il est possible de surmonter les difficultés , ce ne peut être qu'en invoquant le secours de l'observation des cas pathologiques, celui des expériences directes sur les animaux vivans ; enfin , en empruntant aux sciences physiques les données indispensables à l'intelligence d'un phénomène qui dépend partiellement des lois générales ou de la matière brute, comme tous les phénomènes que présentent les êtres organisés. Sans m'arrêter à développer quelques causes d'incertitude inhérentes à ces divers genres d'applications, j'entreprends cotte analyse que je dois laisser fort incomplète; trop heureux encore si, par une démarcation exacte, élablie entre les faits et les hypothèses , je fais connaître les lacunes pour lesquelles cette partie de la physiologie attend de nouveaux secours des sciences qui l'éclairentï Le pavillon de l'oreille vibre par influence et transmet ses mouvemens aux parois du conduit auditif et à la membrane du tympan. — La conformation de cette partie , qui est détachée de la tête dans une grande étendue , et son organisation , qui la rend éminemment susceptible de vibrer, démontrent suffisamment l'analogie qu'elle doit avoir avec les membranes que M. Savart a soumises aux expériences. M. Itard
(i) Voy» Tableaux anatomiques.
assure , il est vrai , que l'ablation de l'oreille externe ne nuit point aux fonctions de l'ouïe ; mais il ne dit pas comment il a pu s'en assurer, et quelques physiologistes d'ailleurs ont soutenu le contraire. Chez les animaux , le pavillon de l'oreille paraît remplir au moins simultanément un autre usage , celui de renforcer le son par une forme en cornet dont l'avantage est incontestable ; aussi les mêmes animaux peuvent-ils faire exécuter à cette partie des mouvemens très-sensibles qui la présentent à la direction du son , ce qui n'empêche pas d'admettre , avec moins d'exclusion que M. Itard , que ces mouvemens peuvent appartenir quelquefois à Y expression faciale. — Chez l'homme, les mouvemens généraux ou de totalité du pavillon sont peu étendus ; on connaît cependant quelques exceptions: Astley Cooper(i) rapporte l'exemple d'un malade chez qui l'imperfection du sens de l'ouïe , par la destruction des membranes du tympan , semblait en partie corrigée par la faculté de faire mouvoir à volonté l'oreille externe.
Le conduit auditif et la conque qui le précède ont l'usage des tuyaux renforçans ; l'air qui s'y trouve renfermé vibre par influence comme celui
(i) Astley Cooper, Transactions philosophiques , 1800-
des vases d'un large diamètre et d'une petite profondeur (i). — Chez quelques animaux, cet usage acquiert une plus grande importance par une particularité anatomique qui m'a frappé en étudiant l'oreille de deux espèces timides , les lapins et les lièvres. On y trouve le eonduit auditif précédé de plusieurs pièces cartilagineuses et annulaires , pouvant s'emboîter par l'effet de la contraction des muscles extrinsèques auxquels le tissu cellulaire environnant les unit. De-^là résulte le pouvoir de raccourcir le tuyau renforçant auditif, et de l'amener au degré qui convient le mieux à son usage. Chez l'homme, les incisures du cartilage de l'oreille externe sont trop peu étendues , et les muscles qui les recouvrent trop peu développés, pour se prêter à de semblables modifications; sans doute , ils ne sont que l'ébauche de l'organisation plus parfaite dont je viens de parler,
La membrane du tympan vibre sous l'influence des sons que l'oreille perçoit , de la même manière que toutes les membranes tendues , et elle transmet ses mouvemens au manche du marteau et à l'air de la caisse. — Elle doit donc se relâcher le plus possible pour saisir les sons les plus faibles, et se tendre, dans le cas opposé, pour soustraire l'organe à l'impression pénible
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(i) \oy. Exposé des lois de l'acoustique.
des sons intenses (i). — On voit aisément quel avantage résulte de la conformation particulière de cette membrane, pour son relâchement gradué qui s'effectue d'une manière si simple par le seul mouvement de son centre. — La profondeur du conduit met la membrane du tympan à l'abri des variations continuelles de température, par lesquelles sa tension serait incessamment altérée. — La transmission de ses mouvemens au manche du marteau est prouvée par une expérience de M. Savart , dans laquelle ce physicien a vu des figures nodales se dessiner nettement sur une verge de bois appliquée contre une membrane , tendue de manière à imiter la connexion du manche du marteau et de la membrane du tympan (2). — Il est maintenant facile d'expliquer la divergence «ties opinions relatives à l'importance de cette cloison. Lorsqu'elle conserve son intégrité dans la partie qui avoisine le manche du marteau, elle doit continuer ses fonctions, mais toujours avec d'autant moins d'avantage que sa surface sera plus réduite ; car il en résulte une plus grande difficulté à vibrer , et par suite une insensibilité de l'organe pour les sons faibles. Lorsque le manche du marteau est complète-
(1) Voy. Exposé des lois de l'acoustique.
(2) M. Savart , Annal, de physiq. et de chim. , t. XXYT,
ïnent détaché , ïa fonction fort altérée , il est vrai , continue néanmoins à s'exercer , ce qui ne peut avoir lieu que par l'impression des ondes sonores aériennes sur les membranes des fenêtres; d'où il résulte que dans l'état normal un effet pareil doit avoir lieu, et s'ajouter à l'effet principal qui résulte de la transmission des vibrations par la chaîne des osselets. Parmi les observations publiées par Astley Cooper ( loc. cit.) , on trouve celle de M. P***, entièrement privé de la membrane de l'oreille gauche , et n'offrant dans l'oreille droite que quelques vestiges de sa circonférence; M. P*** n'avait qu'une légère surdité, qui ne le privait pas de jouir de la musique qu'il aimait, et qu'il continua à cultiver.
Les osselets de l'ouïe se transmettent le mouvement de vibration du manche -du marteau et le communiquent à la membrane du vestibule ; ils sont aussi les organes passifs du mouvement de tension ou de relâchement imprimé à la membrane du tympan. — L'inspection anatomique suffit pour établir ce dernier usage , et Ton voit qu'il doit être aboli lorsque les muscles des o selets seront paralysés ou rompus , lorsque les osselets eux-mêmes seront luxés ou ankylosés , ou enfin lorsqu'il existera dans la caisse quelque obstacle mécanique : des concrétions , de fausses membranes Quant au
premier et principal usage , il dérive naturelle-
ment des lois de la propagation du son , et doit être aboli lorsque la chaîne des osselets est interrompue. — L'importance des osselets dans l'acte de l'audition , doit paraître bien établie d'après cela , et c'est aussi ce que l'on peut déduire de l'observation de M. Flourens (i) , qui a reconnu dans des expériences directes sur les animaux vivans , que la destruction de la première parlie de la chaîne des osselets altère la fonction. M. Itard a fait la même remarque suides malades atteints d'otorrhées , et chez lesquels un ou plusieurs osselets s'étaient détachés; cependant il est probable que l'altération de la fonction , très-grave dans les cas de cette nature, dépend en même temps d'une lésion des parties profondes de l'oreille, et l'on observe, en effet , qu'elle n'arrive à ce degré que par des progrès assez lents.
Les muscles des osselets déterminent , en se contractant , la tension des membranes de l'oreille. On peut facilement s'assurer de ce fait sur le cadavre , en exerçant de légères tractions dirigées suivant la longueur des muscles. Mais quels efforts combinés résultent immédiatement de leur action ? J'admets avec les auteurs le
(i) M. P. Flourens , Expériences sur le système nerveux» Paris , 1825.
mode d'action qu'ils ont adopté pour les muscles du marteau , c'est-à-dire , la tension en dedans de la membrane du tympan ; mais je propose une autre opinion sur celui du muscle de Té trier. Ce dernier me paraît avoir pour fonction de maintenir constamment la membrane de la fenêtre ovale à son état du plus grand relâchement possible ; en sorte que rallongement et la contraction de la chaîne des osselets, pendant les mouvemensdela membrane du tympan , entraînée tantôt en dedans , tantôt en dehors , s'effectuent principalement par les mouvemens de rotation de l'enclume. En effet , la direction du muscle de l'étrier est telle, que , les membranes de l'oreille étant supposées dans cet état qui convient au relâchement général des muscles , l'action isolée du muscle de l'étrier est sans effet , et qu'au contraire cet osselet étant repoussé vers le labyrinthe , ou entraîné vers la caisse par les mouvemens généraux de la chaîne dont il fait partie , le même muscle , dans les deux cas , s'oppose avec avantage à son déplacement. Quelques réflexions me confirment dans cette idée : la membrane du tympan servant à modérer l'intensité du son , il n'était pas nécessaire qu'il existât derrière elle un mécanisme destiné à répéter ses effets ; en second lieu , eu égard au diamètre de la membrane de la fenêtre vestibulaire , on voit que , son unisson étant fort
au-dessus du son le plus aigu appréciable par l'oreille , tout mouvement de rétrier, sok en dedans du labyrinthe ; soit en dehors , aurait pour résultat de nuire à l'audition en éloignant la limite où les vibrations s'établissent avec le plus de facilité.
La trompe d'Eustachi est nécessaire à la liberté des vibrations des membranes de l'oreille. — M. Itard, avec raison, rapproche ses usages de celui du trou , percé dans les parois des caisses militaires. L'observation a fait connaître bien des fois la nécessité d'une libre communication entre l'oreille moyenne et l'air ambiant; Vaîsalva en a rapporté des exemples. Dans les cas d'obstruction complète de la trompe d'Eustachi seulement, la perforation de la membrane du tympan ou celle de l'apophyse mastoïde ont rétabli la fonction instantanément.
Les membranes des deux fenêtres répètent les vibrations de celle du tympan , transmises à l'une par la chaîne des osselets , et à l'autre pat les ondulations de l'air contenu dans la caisse. Pour juger de leur importance dans la fonction , citons quelques faits : M. Ribcs rapporte avoir observé l'intégrité de l'ouïe chez un sujet dont la fenêtre cochléenne était privée de membrane. M. Bernard (i) a connu un enfant de 8 ans , privé
(i) M. Bernard , Journ. de physiol. expérirnent. , t, IV.
des la naissance de la membrane du tympan et des osselets de chaque oreille ; il avait l'ouïe dure et ne répondait que par monosyllabes. M. Flourens (loc. cit.) a détruit à la fois toutes les membranes de l'oreille sur des animaux vivans, et a observé aussitôt une diminution très-considérable dans la faculté d'entendre. Ce dernier résultat s'accorde avec l'assertion de M. Magendie (loc. cit.) , que la chute de l'étrier entraîne nécessairement la perte de l'ouïe ; quelques auteurs ont cependant assuré le contraire : M. Giraud (i) a fait communiquer à l'académie l'observation d'un malade privé accidentellement de tous les osselets des deux oreilles, et qui continuait à entendre quoique avec un peu moins de facilité.
Les cavités qui composent la caisse du tympan, offrent l'avantage d'entretenir constamment au même degré de température et d'humidité l'air qu'elles renferment , et par conséquent celui de maintenir au même point l'élasticité des membranes de l'oreille (2).
Les vibrations des membranes des fenêtres sont transmises à la pulpe nerveuse par un mécanisme qui n'est point encore éclairé, mais toutefois par intermédiaire de l'humeur de Cotugno , si l'on veut en admettre l'existence malgré les contes- Philos, anat.
(1) Voy. M. Geoffroy Sl-Hilaire , Phil<
(2) Voy. Exposé des lois de l'acoustique.
tations de quelques anatomistes , ou seulcmenlE par intermédiaire des vapeurs labyrinthiques , transmission possible , suivant les expériences de M. Eiot. Cette opinion que je propose , mais dont je ne puis fournir une preuve directe , je l'avoue, me paraît cependant offrir autant de probabilités anatomiques en sa faveur que celle d'un liquide ou d'un air innés. Ne peut-on pas supposer, par exemple, que la quantité variable et quelquefois insensible de l'humeur de Cotugno. est le produit de la condensation des vapeurs du labyrinthe dans les derniers instans de la' vie? Les globules de gaz que l'on a quelquefois observés dans l'oreille interne n'existent peut-être que par le développement des phénomènes cadavériques. — Par un défaut d^équilibre entre l'exhalation et l'absorption des vapeurs du labyrinthe , on expliquerait assez naturellement deux symptômes fréquens des maladies aiguës, l'hypocophose et Thypcrcousie. Les perturbations remarquables qui ont lieu dans quelques sécrétions,; à de certains jours de maladies, semblent indiquer la cause prochaine de ces troubles de l'ouïe,; qui se présentent souvent en même temps qu'elles, et sont alors considérés comme des phénomènes critiques. L'extrême rareté des vapeurs du labyrinthe, exhalées en moindre abondance, rendra l£ perception plus difficile et limitée aux sons les plus intenses ; l'exaltation de l'ouïe sera produite
au contraire, parla réduction des vapeurs à l'état liquide , les sons les plus faibles transmettant alors au nerf acoustique une impression trop forte qui blessera sa sensibilité.
Le vestibule paraît être la partie la plus indispensable à la fonction , puisqu'il se retrouve dans tous les animaux où l'organe de l'ouïe a été découvert , et qu'il représente seul l'oreille des animaux de quelques classes où l'appareil semble réduit à sa plus grande simplicité. Dans les classes supérieures , les cavités réunies au vestibule sont destinées sans doute à perfectionner la fonction ; mais l'analyse des usages dévolus à chacune d'elles surpasse encore l'état de nos connaissances.
M. Flourens a tenté des expériences sur l'oreille interne ; mais la difficulté de ce genre de recherches laisse une grande incertitude sur les résultats. « La rupture des canaux circulaires « rendit tout à la fois l'ouïe confuse et doute loureuse , et s'accompagna , de plus , d'une « agitation brusque et violente de la tête et du « tournoiement de l'animal sur lui-même (r). » L'auteur ne dit pas comment il parvint à reconnaître la confusion de l'ouïe ; cependant ce fait méritait d'être rapporté avec toutes ces circonstances , dans un travail qui avait pour but
(i) M, P. Flourens , loc, du
( 209 ) d'éclairer la physiologie de l'oreille. La même incertitude se retrouve dans l'exposé des effets de la destruction du vestibule membraneux , laquelle occasionait une diminution de l'ouïe , proportionnée à son étendue. On parviendrait à des faits plus importai» , sans doute , avec l'attention de noter soigneusement les altérations correspondantes de la fonction et des organes.
Les physiologistes qui tenteront par la suite d'expliquer les usages du labyrinthe, devront particulièrement fixer leur attention sur les circonstances suivantes : la constance des trois canaux propres de l'oreille interne , dans l'immense majorité des espèces douées d'un organe auditif ; les anastomoses des deux canaux verticaux; leurs rapports presque invariables déposition absolue et de position relative.... Les exceptions à ces lois organiques sont tellement rares 7 que, par ce fait même , il devient intéressant de rechercher la cause dont elles dépendent.
Le mécanisme de l'audition doit être à peu près le même chez l'homme et chez les autres mammifères. Les différences relatives au développement des parties, à leur forme...., doivent cependant avoir une influence qu'il n'est pas facile d'estimer , au moins en ce qui concerne l'oreille interne ; mais on peut regarder comme très-vraisemblable que l'utilité du pavillon est en taison directe de son développement , et que sa