IO
mobilité , son élasticité, les degrés de raccourcissement dont il est susceptible , peuvent
concourir à rendre la perception plus parfaite. La membrane du tympan , suivant les variétés d'épaisseur et de largeur qu'elle présente, doit se prêter plutôt ou plus tard à vibrer , et ces limites doivent être diversement modifiées par les variétés de tension que les muscles peuvent exercer sur elle. Toutefois, la remarque de M. Magendie, sur les muscles des osselets des mammifères, prouverait que cette dernière ressource n'appartient qu'aux animaux fort élevés en organisation (i). M. Cuvier estime que dans les cétacés , la trompe , seule voie de communication entre la caisse et l'air extérieur chez ces animaux, offre une disposition qui la rend propre à transmettre les sons excités dans l'atmosphère. Chez les oiseaux, le mécanisme doit être modifié à raison de quelques différences organiques plus importantes. La transmission s'effectue sans doute de la membrane du tympan au labyrinthe par l'intermédiaire de la columelle t suivant le même mode que chez les mammifères ; mais les variétés dans les degrés de tension et de relâchement de cette membrane résultent de mouvemens dirigés en sens contraire de ceux que l'on observe chez l'homme , la traction des mus-
(i) Voy. Tableaux analomiques.
fdes du tympan s'exerçant de dedans en dehors. La situation particulière de la fenêtre cochîéenne, an fond d'un canal occupé par la tige de l'osselet , me fait douter que les vibrations puissent se transmettre par cette seconde voie.
L'épaisseur des parties derrière lesquelles est caché l'organe de l'ouïe de quelques reptiles, ou la nature cartilagineuse de la membrane du tympan chez quelques autres , s'opposent à cei que la transmission du son ait lieu, au moins en général , par la même voie que chez les animaux précédens. Chez le crocodile , il paraît exister, au contraire , une grande analogie dans le mécanisme de la fonction , comparé à celui qui a lieu chez les mammifères : le repli de la peau , qui est placé à l'entrée du conduit auditif, semble destiné à régler sur l'intensité du son le degré de l'élargissement de cet orifice. Il est probable que^ chez quelques reptiles , la trompe d'Eustachi , fort dilatée , sert aux usages du conduit auditif, et que, chez tous, le son peut se transmettre aussi par les os du crâne jusqu'à l'organe auditif, lorsqu'ils sont plongés dans l'eau.
On trouve dans l'organe des poissons , comparés entre eux , les mêmes degrés de complication que parmi les animaux qui respirent dans Fair, et sans doute aussi des différences analogues dans la fonction. Entre eux et ces derniers , ii existe d'autres différences relatives à la nature du
milieu qu'ils habitent. Le son est transmis par les pulsations de l'eau contre le crâne ou contre les membranes interposées entre ses diverses pièces aux fluides qui entourent le cerveau, et par ceux-ci aux membranes qui composent l'oreille. Les muscles de la région occipitale peuvent , dans quelques espèces, comprimer le liquide crânien, et par suite déterminer à différens degrés la tension des fontanelles , d'où résulte la facullé de modérer l'impression sonore. La vessie natatoire du hareng n'aurait-eîle d'autre usage que celui de ces muscles (i) ? Mais quelle est la fonction des osselets, quelle est l'importance de leurs connexions avec la vessie natatoire dans un
certain nombre d'espèces ? M. Weber (2) a
fait des efforts pour répondre à ces questions embarrassantes ; mais le mécanisme qu'il propose me paraît trop compliqué pour être celui de la nature , et toute hypothèse à ce sujet est sans doute prématurée : la physiologie attend de nouveaux secours des dissections, entreprises avec tant de succès par Tanatomiste que je viens de citer. La communication des deux oreilles des poissons , établie par le fluide crânien interposé, par le sinus membraneux impair et par les canaux communs dans quelques espèces , offre
(1) Voy. Tableaux analomiques, (a) M, Webcr , loc* cit.
une particularité très-remarquable de l'organisation de ces êtres (i).
Dans les classes fort inférieures , le mécanisme est des plus simples, comme l'organe: une membrane située en dedans du crâne (lamproies), ou à l'extérieur (insectes), transmet ses vibrations à un liquide par lequel elles parviennent au nerf chargé de la perception du son.
Enfin , il est probable que , dans un certain nombre d'espèces d'animaux , il n'existe point d'organe spécial de l'ouïe , même à l'état rudimentaire , et que , chez elles , la faculté d'entendre n'est qu'une modification de la sensibilité qui se rapporte au toucher, auquel tous les modes de sentir semblent pouvoir se ramener. Les vibrations doivent impressionner toute la surface de leur corps , seulement comme une suite de chocs très-rapides ; mais la sensation particulière qui en résulte , quoique réduite à une extrême simplicité , n'est point inutile à ces animaux , elle suffit pour les prévenir qu'il existe près d'eux une pause de celte impression qu'ils ont
(i) Je lis dans le Dictionnaire classique d'histoire naturelle (article animal, par M. Isidore Bourdon), que l'imperfection de l'ouïe est un caractère distinctif de la classe des poissons. C'est une erreur contre laquelle s'élèvent les travaux importais de M. Webex et auUes anatonûstes modernes.
intérêt à connaître , et pour e'veiller sur elle l'action de leurs autres sens. Nollet (i) soupçon-: nait que , pour les poissons , le sens de l'ouïe e'tait universel , comme le toucher l'est pour
l'homme.
EXERCICE DE LOUIE.
Quelque opinion que l'on ait du mécanisme de l'audition , on convient généralement qu'il appartient au nerf acoustique de transmettre au cerveau le son et toutes ses modifications possibles. Quelques auteurs pensent que la sensibilité particulière de ce nerf dépend uniquement de la forme pulpeuse sous laquelle il se développe et de l'appareil dont il fait partie ; d'autres admettent en lui une sensibilité propre, indépendante de ces circonstances , soit qu'elle résulte ellemême d'une différence de texture plus importante , soit qu'elle suppose des changemens plus intimes qui n'auraient pu être appréciés jusqu'à ce jour, -r- Des expériences directes ont prouvé que le nerf acoustique peut être piqué , contus , déchiré même, sans douleur (2).
L'entretien de l'ouïe paraît dépendre aussi de la cinquième paire nerveuse : dans des expériences entreprises par M. Mageudie , la section de ces
(i) Nollet , Mémoires de l'Acad. roy. des se. Ann. iy^S. (2) M. Magendie , loc, ciL
aerfs suffit pour l'abolir. M. Séries rapporte une observation qui confirme ce résultat : il s'agit d'un jeune homme de 26 ans, qui perdit successivement l'usage des organes des sens du côté droit. L'ouverture du cadavre apprit qu'il existait une lésion du ganglion du nerf trijumeau , cause des accidens. L'oreilîe fut trouvée d'ailleurs dans une intégrité parfaite (1).
L'exercice des fonctions de l'oreille peut-il avoir lieu chez le fœtus? Dans les premiers mois de la vie intra-utérine, le nerf acoustique, séparé du cerveau , serait inutilement ébranlé par les vibrations sonores ; mais, vers la fin de la grossesse , la réunion du nerf est opérée , l'organe a acquis un grand développement proportionnel , et, sans doute, l'aptitude à remplir ses fonctions. S'il est vrai qu'à cette époque le fœtus peut avoir quelques perceptions de ce genre , la difficulté de la transmission du son jusqu'à lui fait douter de l'importance de cet avantage; toutefois, entre les limites où elle est resserrée, la faculté d'entendre doit suffire à confirmer le jugement du toucher relatif à l'individualité du nouvel être. — M. Serres admet que l'audition n'est parfaite qu'à l'époque où l'on distingue les stries blanchâtres du quatrième ventricule. A la naissance, l'engouement de la caisse et de la trompe
(1) M. Serres , hc. ciU
d'Eustachi , et la présence de la membrane ca« duque au fond du conduit auditif, opposent à l'intensité du son une résistance qui protège la sensibilité du nerf acoustique. On remarquera aussi que l'extrême obliquité , sous laquelle se présente la membrane du tympan des nouveaunés, doit avoir un effet analogue ; car, lorsque le son est dirigé suivant Taxe du conduit auditif, ce qui est le cas le plus ordinaire, la membrane vibre presque tangentiellemcutàsa surface, d'où résulte le peu d'étendue de ses excursions (i). Chez le vieillard , la fonction s'altère par l'accroissement de rigidité dans les membranes de
l'oreille , par l'épuisement de la sensibilité
Il existe entre les individus du même âge, les adultes par exemple, des différences dans les facultés auditives non moins remarquables que les précédentes. 11 suffit de se rappeler le trajet du son , pour entrevoir combien de causes peuvent influer sur le résultat de l'impression qu'il va produire ; la mobilité des osselets , l'action de leurs muscles, la disposition relative et absolue des membranes , devront déterminer
des variétés sans nombre dans les limites de la faculté d'entendre. L'inégalité dans la force de l'ouïe peut être estimée par rapport au degré du Son. ou relativement à l'intensité , et n'est pas
(i) Voy. Exposé des lois de l'acoustique.
( 2i7 ) moins variable entre des limites étendues pour une de ces qualités que pour l'autre.
Pour obtenir avec exactitude la mesure des différences relatives à la seconde , M. Itard a imaginé un instrument d'une construction assez simple , nommé acoumètre , d'après l'usage auquel il est destiné : c'est un cercle de cuivre que percute une boule métallique d'un poids déterminé ; celle-ci est suspendue à l'extrémité d'un fil , de manière à représenter un pendule , que l'on écarte de son point de repos d'un angle mesuré sur un quart de cercle , et que l'on abandonne ensuite à l'action de la pesanteur. L'auteur aurait dû fournir les données propres à construire cet instrument sur des proportions uniformes , afin de rendre comparables les résultats de son application par-tout où elle serait introduite.
Il est probable que le climat influe beaucoup sur le degré d intensité qui forme une limite de l'ouïe. On lit, dans un mémoire sur la musique des Chinois (i), que ces hommes sont presque généralement atteints de surdité complète vers l'âge de 4o à 5o ans, accident attribué à l'humidité constante de l'air et aux variations brusques de la température, contre lesquelles ils ne songent point à se prémunir.
M. Hyde Wollaston a fait quelques remarques
(i) Arnaud , loc, ciU
iconcernant ]a force de l'ouïe relative au degré du son (i). Suivant ses observations , ce n'est point dans les sons graves , mais dans les sons aigus seulement, que les différences sont remarquables ; elles peuvent être de plusieurs tons entre des personnes qui ont l'oreille également saine. Pour la plupart des hommes , le son le plus grave correspond à trente-deux vibrations par seconde , et le son le plus aigu à 755o dans le même temps, c'est-à-dire que l'audition peut s'exercer dans un intervalle de huit octaves environ. Je ne saurais accorder à M. Adelon que ces limites appartiennent seulement aux sons appréciables , et qu'au-delà il existe un bruit perceptible.
Les différences intimes dans la conformation des parties et dans la sensibilité acoustique produisent une inégalité de l'ouïe très-remarquable entre l'homme et les animaux comparés ; tel doit être l'effet de l'élasticité de la membrane du
tympan , de sa largeur , différentes chez
l'homme , l'éléphant et le serin. — Il est probable que la limite grave des sons perceptibles pour les animaux ne dépasse jamais celle de 1'' homme ; il n'en est pas de même pour les sons aigus, et, parmi les insectes, il est peut-être un
(i) M. Hyde Wollaston, Ann. de phys. et de chim., t; XVI.
grand nombre d'espèces pour lesquelles la limite des sons aigus qui convient à l'homme, est à peine la limite grave de leur faculté d'entendre.
Il ne répugne pas à croire qu'il existe , entre les animaux de même espèce , des différences comparables à celles qui ont lieu chez l'homme : on a cru remarquer que les chiens et les chats très-blancs n'entendent presque pas (i). Cette relation peut paraître singulière; mais, en y réfléchissant, on conviendra que, l'oreille étant liée au système cutané par le prolongement qu'il fournit au conduit auditif, toutes les altérations de ce système pourront influer sur les fonctions de l'ouïe. Je ne doute pas que, si l'observation que je rapporte est exacte , elle ne se trouve confirmée par l'examen anatomique de la membrane du tympan des animaux blancs.
La production de la voix étant étroitement liée aux fonctions de l'oreille , elle doit avoir des limites correspondantes à celles de ces fonctions. On admettra facilement aussi que la présence d'un organe spécial de l'audition dans une espèce
suppose un chant , un cri , comme moyen
d'établir les rapports nécessaires de l'individu à l'espèce ; d'où l'on voit que , si ce mode de communication a été refusé à quelques-unes par les auteurs , c'est qu'ils ont décidé la ques-
(i) Tourtelle , Eléniens d'hygiène.
Hion avec l'oreille qui peut-être ne pouvait en juger. — A l'égard des poissons, il est une circonstance particulière dont il aurait fallu tenir compte dans cette détermination: je veux parler de la perte d'intensité du son à son passage de l'eau dans l'air; par cette cause, leur voix, s'ils en ont une , nous parvient trop affaiblie pour que nous puissions l'entendre , et eux-mêmes doivent nous juger muets. — Il est moins probable que l'on trouve jamais les organes de l'ouïe et de la voix dans les espèces hermaphrodites.
Dans tous les animaux où l'oreille a été découverte jusqu'à ce jour, cet organe est double et symétrique par rapport au plan moyen du corps. La plus exacte symétrie se retrouve dans les moindres détails ; elle est une loi des plus constantes de l'organisation (i). Yalsalva a ob-
(i) La même loi convient à tous les organes de la vie de relation. Il faut cependant avouer que les parties externes semblent quelquefois s'en écarter ; mais on trouve presque toujours la cause de ces exceptions dans les habitudes du sujet qui les présente. J'ai souvent été frappé de l'altération des traits d'une personne vue par réfiexion dans un miroir. On conçoit en effet que , lors même qu'il n'existe qu'une légère déviation du lobe du nez et de la bouche , l'image symétrique réfléchie par le miroir présentant les mêmes déviations en sens contraire , cfelles-ci devront paraître doublées et frappantes.
serve qu'elle se soutient jusque dans le cas de conformations vicieuses , qui se répètent dans chaque oreille (i).
Gomment avec un double organe peut-on n'entendre qu'un son unique? Par le fait de l'habitude , suivant quelques écrivains ; par celui de la communication des deux nerfs acoustiques à leur origine , suivant quelques autres. Cette anastomose n'est pas démontrée, et l'habitude n'est pas nécessaire pour concevoir ce fait psycologique ; il suffit pour s'en convaincre d'observer , qu'eu égard à la vélocité du son, on peut admettre que la perception a lieu rigoureusement au même instant pour chaque oreille, et que les impressions transmises à la cause du sentiment par le double organe de l'ouïe , sont identiques ou seulement différentes dans leur intensité , ce qui n'empêche pas de les confondre. Parmi les connaissances que nous devons à l'exercice de l'ouïe , les unes sont relatives aux modifications du son, objet de ce sens; telles sont les idées d'intensité, d'intervalle ou degré, et de timbre; les autres en dépendent aussi, mais secondairement ; elles exigent de certaines liaisons d'idées établies par l'habitude de comparer les résultats de l'application simultanée de tous nos sens ; c'est ainsi que par le secours seul * " * ■ ' . ■■ i. i n— ———»■,—
(i)Valsalva, loc< cil,, cap* III t n° 7.
Ae Toreille , l'intensité permet d'apprécier à peu près la distance du corps sonore, son volume,... ; le timbre fait connaître jusqu'à un certain point sa nature, sa forme (i).... L'idée de la durée ou de la mesure peut être aussi fournie par l'ouïe i mais elle ne lui appartient pas en propre,
L'intensilé différente des sons correspond sans aucun doute à des excursions plus ou moins étendues des membranes de l'oreille , et à des compressions de la substance nerveuse qui augmentent en même temps qu'elles. M. Savart fait observer avec raison (2) que , les membranes ayant une étendue trop petite pour se trouver à l'unisson d'aucun son perceptible , il en résulte qu'aucun d'eux ne peut être renforcé par cette cause, qui nous aurait privés de la faculté d'estimer les distances par les différences d'intensité.
L'oreille ne peut établir de comparaisons bien exactes qu'entre les intensités relatives des sons, à cause de la complication des distances, qui diffèrent en général. Il paraît bien difficile que cet organe puisse acquérir par l'exercice assez
(1) L'oreille peut rendre d'utiles services dans la pratique de la médecine : l'étude de l'auscultation a éclairé singulièrement le diagnostic des maladies de poitrine ; la crépitation dans les fractures est le signe le plus important ^ue l'on puisse obtenir pour en constater l'existence .
(2) Mr Sayart x Ann. de php. et de chim. , tom.XXVI,
d'habileté pour tenir compte de l'effet de ces différences , et pour ramener le cas à celui des distances égales, le seul où les intensités absolues soient immédiatement comparables. Un calcul analogue est plus facile pour l'œil qui apprécie avec assez de justesse les rapports réels de grandeur entre deux objets inégalement éloignés, par la connaissance des objets intermédiaires sur lesquels il peut s'arrêter, et dont le secours manque à l'oreille.
A parité de circonstances , les sons aigus déterminent plus facilement les vibrations de la membrane du tympan que les sons graves. Les mouvemcns d'excursion , plus étendus dans le premier cas , affectent plus vivement le nerf acoustique : c'est un fait d'expérience que l'oreille souffre bientôt à l'audition prolongée des sons aigus.
La faculté de distinguer la direction du son se rattache à une cause facile à découvrir: la diversité des directions de l'ébranlement communiqué à la pulpe nerveuse auditive. Elle est un produit de l'éducation ; il est indispensable , en effet, que, par des comparaisons multipliées,; l'esprit apprenne à saisir la liaison qui existe entre les positions relatives du corps sonore et de l'oreille, et la diversité des sensations de l'ouïe. A cet égard , un sourd-muet, à qui l'usage de l'ouïe est accordé pour la première
fois par le bienfait d'une opération, se trouvé exactement dans le cas de l'enfant qui vient de naître. J'estime donc que M. Deleau jeune s'est mépris, en rapportant que la faculté déjuger des directions différentes du son fût un résultat presque instantané de la perforation du tympan pratiquée sur Mlle Ém. Yivier (i).
L'oreille et l'œil sont exposés à porter de faux jugemens par les mêmes causes: on sait combien le premier de ces organes est facilement trompé sur les distances, par une imitation de la voix modifiée dans l'intensité, selon l'éloignement dont on veut faire naître l'idée* Les réflexions des ondes sonores produisent des erreurs d'un autre genre , et tout-à-fait comparables à celles qui résultent pour l'œil de la réflexion ou de la réfraction de la lumière. — - L'art du ventriloque donne lieu à des effets très-singuliers qui dépendent principalement de l'imitation du timbre des voix: des plaintes semblent s'élever du fond d'une cave ; des éclats de rire descendent au même instant du baut des toits...... La direction du son ne peut être, en
aucune manière , altérée par le ventriloque , et cependant l'imitation exacte de l'intensité, et plus particulièrement celle du timbre , suffisent pour
(i) M. Deleau jeune , Mémoire sur la perforation de la membrane du tympan ; observ. ire.
que lWcille se méprenne. Il semble que cet organe néglige alors l'effet auquel il doit la faculté de reconnaître les directions différentes, et que le jugement n'obéisse qu'à de certaines liaisons d'idées que l'habitude a rendues prédominantes. Il est quelques intervalles que l'oreille apprécie avec une grande justesse ; mais au-delà de certaines limites , l'organe n'aperçoit que des différences dont il peut d'autant moins assigner, îa mesure , que l'intervalle devient plus petit où plus grand en s'éloignant de ces limites. La distinction des intervalles exige que chacun des sons qui le composent ait agi sur l'oreille pendant une certaine durée : aussi observe-t-on que ce que l'on nomme un trait en musique , ne produit qu'un bruit sourd et confus à l'exécution dans les octaves graves ; car, les vibrations ayant alors beaucoup de lenteur, la rapidité du trait empêche que chaque note soit appréciée isolément* M. Galin (i) a trouvé par expérience que l'intervalle de temps compris entre des sons distincts formant une suite > devait être au moins de ljM de seconde.
L'intervalle de deux sons, ou leur différence du grave à l'aigu , s'estime par le rapport des nombres de vibrations qui leur correspondent :
(i) M. Galin, Méthode du méloplaste pour l'enseigne-* ment de la musique,
tous les physiciens sont d'accord sur ce point , mais non pas sur l'expression numérique des sons. M. Galin , par exemple , admet l'identité de tous les intervalles de même espèce ; il conserve le rapport l\% généralement reçu pour représenter l'octave , mais il suppose le demi-ton mineur égal aux deux tiers du demi -ton majeur , et détermine sur ces bases l'expression de tous \qs autres intervalles. Rameau (i) avait cherché le principe de cette détermination dans la résonnance des corps, et avait déduit de la basse fondamentale la valeur numérique des intervalles musicaux. Tartini (2) parvint aux mêmes résultats , en s'appuyant sur les propriétés abstraites du cercle auxquelles il rattacha le phénomène du son résultant, produit par le concours des vibrations de deux sons simultanés. Enfin , la plupart des physiciens modernes ont déduit l'expression numérique des intervalles de la gamme des divisions et subdivisions du monocorde. Ces nombres sont encore les mêmes qui furent trouvés par Rameau , si on excepte l'expression du la, qu'il représente par a7/l6, au lieu de 5'3 , valeur qu'il avait trouvée pour l'échelle diatonique des Grecs, et qui convient également à la nôtre. Les bases sur lesquelles reposent toutes les déterminations
(1) Elémens de musique par d'Alembert. Lyon, 1766.
(2) J.-J. Rousseau, Dictionn.de musique, art, système»
précédentes ne paraissent pas assez solidement établies. L'on peut , avec raison, reprocher aux auteurs systématiques d'avoir choisi une loi trèsparticulière des vibrations ; et , par exemple r pourquoi la loi qui convient aux vibrations des anneaux ou des cloches , n'aurait -elle pas les mêmes privilèges que celle qui convient aux cordes tendues (i) ? Les expériences récentes dé M. Savart , sur les vibrations des membranes , sont propres à accroître les doutes (2). M* Raymond croit pouvoir éluder la difficulté (3), en justifiant la préférence donnée aux cordes tendues , par l'analogie qui existe entre les instrumens à cordes et le larynx. Par ses relations intimes avec l'oreille , ce dernier organe lui parait devoir fournir exclusivement le principe de la détermination dont il s'agit. M. H. Butrochet (4) a eu l'idée de chercher dans la nature vivante des bases moins arbitraires; celle qu'il adopte est purement métaphysique , et n'est autre que la faculté de « concevoir les nombres « sans le secours de leurs signes représentatifs
(1) M. Biot , Traité de phys. mathém. et expérim. , t. II ; M. Chladni , Traité d'acoustique.
(2) Voy. Exposé des lois de l'acoustique.
(3) M. Raymond , Essai sur la détermination des bases physico-mathématiques de l'art musical Paris , i8i3.
(4.) M. H. Dutrochet, Mémoire sur une nouvelle théorie 4e l'harmonie. Paris, 18 xG,
# conventionnels. » Ce principe , employé déjà par Euler (i), se prête avec une fécondité remarquable à l'explication d'un assez grand nombre de difficultés de la théorie musicale ; mais il semble qu'il doive rester de l'incertitude sur sa justesse ou au moins sur l'extension de ses limites: la faculté d'imaginer les nombres est réduite aux cinq premiers de la série naturelle par ces deux auteurs , et aux trois premiers seulement par M. Galin (2).
L'oreille n'agrée pas tous les intervalles qui lui sont présentés ; elle établit à cet égard des préférences incontestables ; il est quelques intervalles qu'elle ne peut jamais admettre. La plupart des auteurs ont regardé la simplicité des rapports qui les représentent comme le principe 4e ce départ 7 et retendent à l'explication des préférences de l'oreille pour certains accords (3).
(1) Euler , Lettres à une princesse d'Allemagne.
(2) On se rappellera que le même nombre cinq représente nos manières différentes de sentir et les doigts de la main.
(3) « Les choses qui paraissent les plus arbitraires ont « été suggérées par les rapports, et ce principe doit servir « de base à un essai philosophique sur le goût. » (Diderot, Mém. sur l'acoustique.) — « ïl faut que le compositeur ait « suivi un certain plan ou dessin 7 qu'il ait exécuté par des « proportions réelles et perceptibles. » ( Euler t loc. cit. ) ■ — On trouvera , dans la citation suivante , une obscurité et
Plusieurs exceptions semblent prouver l'insuffisance d'une base unique : on convient généralement que l'intervalle de seconde est plus agréable que celui de sixte , et cependant le rapport numérique de ce dernier est le plus simple des deux. Un principe plus général auquel se rattache, suivant M. Dutrochet , la préférence accordée à de certaines successions des sons , exige que les intervalles soient exprimés par des nombres harmoniques consécutifs (i) , et parmi ces derniers , Tordre de préférence lui paraît établi sur la simplicité des nombres. 11 assujétit à la même loi la succession des accords ; mais il établit , entre l'harmonie considérée comme une simple association des sons et la mélodie, la différence essentielle , « que les consonnances agréables « sont bornées aux rapports harmoniques les « plus simples, tandis que l'oreille admet égale- <c ment presque tous les rapports harmoniques « dans la succession des sons. » Cette différence
une exagération Lien étranges. « La consonnance plaît parce « qu'elle produit l'union de la vie , l'amour , la génération... « La vie est une musique intérieure de nos organes ; les « sympathies qui les unissent sont des consonnances vi- « taies... Il y a des bruits de mort et. des accords dévie.,.!!!» ( J.-J. Vire y , L'art de perfectionne!' l'homme , t. IL )
(i) M. Dutrochet appelle nombres harmoniques , les cinq premiers nombres naturels et ceux qui dérivent de ieuc composition.
dépend sans doute de la même cause qui rend l'oreille moins sensible à un de'faut de justesse dans l'intonation d'un intervalle, qu'à la même altération reportée sur l'accord des notes qui le forment ; et cette cause n'est elle-même que la difficulté de retenir fidèlement les impressions faites sur nos sens et de comparer exactement les idées qui en résultent ; toutefois , on ne peut disconvenir que la mémoire des sons ne se conserve plus long- temps que celle des couleurs. Mais je fais observer que la mémoire dont il s'agit n'est que celle des relations ou des suites de sons, car le degré absolu échappe bientôt; cependant un musicien de profession peut avec assez d'avantage s'en fier à sa mémoire pour dé^ terminer ce qu'on nomme le ton d'orchestre (ij. L'art musical fournit une preuve bien incontestable de la faculté de conserver l'impression du degré relatif. La durée de cette impression
(i) A diverses époques , on s'est proposé d'obtenir un $on fixe destiné à régler invariablement le ton des orchestres. Sauveur avait proposé un moyen ingénieux et exact ; il consistait à employer le son résultant de deux tuyaux d'orgue. Diderot conseillait d'employer un seul tuyau , auquel on ferait les corrections que nécessiteraient , au moment de s'en servir , l'état de la température , celui de la pression
atmosphérique Ces moyens présentent des inconvéniens
dans la pratique , et l'on y préfère l'usage des diapasons , dont l'exactitude est suffisante.
( a3? ) rst lice au maintien de certaines propriétés des notes ; celles-ci, transférées à de nouveaux sons, altèrent le degré absolu des premiers , que l'oreille n'admet plus qu'avec des propriétés différentes, ou que même elle repousse entièrement. Par quel artifice merveilleux les modulations obligent-elles cet organe à n'admettre que des propriétés qui changent nécessairement sous leur influence ? Il est probable que l'oreille reconnaît la tonique à la plus grande simplicité i\u rapport de ses vibrations, comparées à celles de tous les sons au milieu desquels elle est entendue, et qu'elle !a recherche pour s'en servir comme d'un terme invariable de comparaison, qui lui facilite l'appréciation et le rapprochement de tous les intervalles qui lui sont offerts. La distinction de nos deux modes , majeur et mineur, tient, sans aucun doute , à l'introduction de quelques intervalles qui sont propres à chacun d'eux et qui en font le caractère essentiel, suivant la remarque de M. Galin. Le principe de celte distinction s'étendrait facilement aux autres modes dont on a proposé l'introduction dans notre système musical (i).
L'idée de la mesure ou de la durée est le produit d'une abstraction de l'esprit qui compare des effets égaux dans leur succession non inter-
(i) Voy. J.-J. Rousseau et M. Dutrochet , îoc. cit,
rompue. La simplicité des rapports est encore ici le principe évident de la facilité à établir certaines comparaisons de ce genre ; mais la faculté de saisir les relations de la durée des sons paraît plus limitée que celle d'apprécier les intervalles ; elle semble bornée à la division par deux et par trois. Au-delà de ce terme, l'esprit est obligé de s'aider de la subdivision par les mêmes nombres , et toute mesure qui ne se prête pas à cette décomposition est étrangère à l'oreille. La qualité du son qui se rapporte à la durée est celle que l'esprit se forme le plus promptement à reconnaître , sans doute à cause de la notion qu'il en a acquise par d'autres sens que l'ouïe. Il semble que le sentiment de la mesure dérive de l'organisation même où l'on voit les mouvemens de la circulation assujétis à l'empire du rhythme, et par suite tous les organes excités par le sang d'une manière périodique et régulière. Je me rappelle un fait que chacun pourrait peut-être confirmer par des observations analogues : pendant la durée des paroxysmes d'une fièvre violente dont je fus atteint , il y a quelques années, mon imagination , préoccupée de la lecture d'un traité d'astronomie , me retraçait les mouvemens apparens des corps célestes avec une continuité et sur-tout avec une rapidité désespérantes: le mouvement diurne s'accomplissait dans la durée d'une pulsation d'artère, qui était ma mesure du
( 233) temps; et, en quelques heures, j'avais vu le monde vieillir de plusieurs siècles.
La supériorité de l'intelligence de l'homme dépend de la grande perfection de ses organes principaux de relation; elle tient essentiellement au précieux avantage d'établir avec ses semblables, par la voix et l'oreille, des relations plus étendues que celles des animaux entre eux , et de profiter des lumières de l'espèce auxquelles chacun ajoute le produit de son expérience et de ses réflexions. Borné au langage des gestes , un peuple de sourds- muets qui commencerait à s'instruire par lui-même ferait des progrès peu rapides , et ses connaissances seraient bien lot limitées. Le nombre prodigieux des signes mimiques, la lenteur de leur exécution , et sur-tout le défaut de liaison, nécessaire entre eux comme entre les idées qu'ils représentent, telles seraient les causes du retard apporté au développement de ses lumières (i). La nécessité de charger la mémoire de tous les résultats acquis par une pénible expérience, opposerait bientôt les limites
(i) De la dernière cause me paraît dépendre le défaut de réflexion qui caractérise le sourd-muet privé (Vune éducation spéciale. M. Itard a fait ce rapprochement curieux: les enfans et les sourds-muets sont rarement exposés au délire des maladies aiguës , qui est toujours muet chez les
premiers. ( Notes à la médecine légale de M. Hoffbauer.
Paris, 1827.)
mêmes de cette belle faculté à la possibilité de s'instruire encore ; au-delà , toute acquisition nouvelle exigerait le sacrifice de quelque autre connaissance, à moins que le peuple pantomime ne parvînt à sentir le besoin de fixer invariablement ses idées par des caractères de convention, a moins qu'il n'arrivât à la découverte des signes écrits par lesquels les forces de l'intelligence se multiplient. Les considérations précédentes ne sont point applicables au sourd-muet vivant dans la société des hommes qui parlent ; celui-ci peut apprendre dans leur commerce l'usage des signes dont il empruntera le secours , ou auxquels il pourra confier lui-même le dépôt de ses connaissances, et les bornes de ses facultés intellectuelles seront reculées indéfiniment.
Le mutisme est une fatale conséquence de la surdité qui atteint les enfans en bas âge. Pour ce résultat , il suffit même qu'une dureté d'ouïe empêche d'entendre le ton ordinaire de la conversation, à moins qu'une éducation spéciale ne lire parti du reste précieux d'un sens imparfait, pour apprendre au jeune enfant à se servir de la voix ; mais alors la plus grande assiduité dans les soins les mieux diriges ne saurait prévenir le retard du développement de l'intelligence. M. Itard assigne la vraie cause de ce fait, en la rapportant à la nécessité de l'audition directe à laquelle le sujet est réduit , et qui le prive des connais-
sances fournies abondamment par les conversations générales auxquelles il ne saurait prendre part (i). La surdité survenue avant l'Age de huit années, entraîne ordinairement le mutisme, soit que l'éducation de l'organe vocal ne soit pas encore suffisamment avancée chez les uns , soit que, chez les autres, les relations ayant diminué par cette infirmité , l'exercice de la voix devienne plus rare et s'oublie entièrement, Fabrice de Hilden en rapporte un exemple pris chez un enfant de huit ans (2). — Dans le premier âge de la vie , le larynx est doué d'une souplesse qui le rend propre à limitation de la voix articulée ; mais le défaut d'exercice lui fait perdre bientôt ce précieux avantage, et la parole , développée après un certain temps d'inertie , se ressent invinciblement du défaut de culture de son organe. Ce résultat est acquis par l'expérience de MM. llard et Deleau jeune, qui ont tenté de généreux efforts dirigés vers ce but , et ont obtenu les suffrages les plus honorables de l'académie de Paris.
C'est un fait d'observation générale , que la privation d'un sens est suivie du perfectionnement de l'éducation des autres, par la triste nécessité
(1) M. ïtard , Notes à la médecine légale appliquée.,,,,, par M. Hoffbauer.
(2) Fabrice de Hilden , cent. V, obs, 26,
(236) de les exercer comme suppléans de celui qui manque. Les aveugles de naissance portent généralement un jugement plus certain que les autres hommes sur les objets dont on acquiert la connaissance par l'oreille ; il n'est pas rare qu'un aveugle reconnaisse au bruit de la marche les personnes dont il était séparé depuis long-temps. Diderot (i) rapporte qu'un aveugle , qui jugeait de la direction de la voix avec une précision admirable , fut assez méchant pour tuer son frère , dans une dispute qu'il eut avec lui , en le frappant au milieu du front. Un autre jouait aux quilles et tirait à la cible avec une justesse étonnante ; on lui faisait connaître le but qu'il devait atteindre , au moyen d'une légère percussion du point de mire (2). Le toucher et la vue se perfectionnent beaucoup chez le sourd muet. M. Itard ne trouve, au contraire, aucune différence , sous ce rapport , entre le commun des hommes et le sourd ; mais les preuves qu'il fournit ne sont pas de nature à convaincre. « Il « y a , dit-il , parmi les sourds-muets, autant de « myopes que parmi les autres enfans ; la cata- « racte et la goutte-sereine n'y sont pas très- « rares. » Il est évident qu'il fallait distinguer
(1) Diderot, Lettre sur les aveugles.
(2) MM. Gall et Spurzheiin , Analom. et physiol. du système nerveux.
l'avantage d'une organisation plus parfaite , du produit de l'exercice des sens qui développe l'habileté à en diriger l'application ; c'est seulement sous ce dernier rapport que le sourd-muet se montre supérieur a,ux autres hommes. Le secours de la vue peut être sur-tout d'une grande importance pour le sourd-muet instruit, et pour l'homme qui n'est privé de l'ouïe qu'après en avoir joui un certain temps. Le premier saisit rapidement la mobilité des traits et jusqu'aux moindres nuances de leur expression : le recueil de ses observations serait un traité parfait de physiognomonie. Le second , en étudiant le mécanisme de la voix articulée , • peut encore parvenir , jusqu'à un certain point, à l'intelligence de la parole. Tulpius en rapporte un exemple : un homme, devenu sourd à ia suite d'une chute, s'était fait une habitude de saisir, à la vue seule du mouvement des lèvres , les paroles qui lui étaient adressées; et, ce qui est une exagération sans doute , de la hauteur du dernier étage d'une maison , il suivit un jour la conversation entière de deux personnes arrêtées sur une place publique (i). Des observations qui semblent mériter quelque confiance apprennent aussi que le sens du toucher se perfectionne chez les sourds. Une demoiselle de quinze ans suivait très-bien la con-
(i) Voy. Trnka", Historia coplioseos et baryecoiœ.
(238) versation, lorsqu'on traçait avec le bout du doigt , sur quelque partie de son corps , les mots du discours qu'on lui tenait : « on écrirait aussi « vile qu'on le fait sur le papier, elle ne s'y « tromperait pas , en observant d'écrire dis- * tinctement(i).» C'est par un semblable moyen que les sourds-muets et les aveugles des institutions fondées à Paris parvinrent à communiquer entre eux , lorsqu'à une certaine époque les infirmes de ces deux classes furent réunis en un même local (2). Pfingsten a connu une jeune fllîc sourde qui , lorsqu'elle appuyait sa main sur la poitrine nue d'une personne , pouvait tenir une conversation suivie (3). Bonnet rapporte un fait moins croyable , et dont il avoue d'ailleurs n'avoir pas été témoin : une jeune fdle sourde-muette comprenait les discours que sa sœur lui tenait pendant la nuit, au seul mouvement des lèvres , perçu par l'application de la main (4). S'il faut en croire M. J. Swan , une fdle de 36 ans , venue au monde avec une imperforation des conduits
(1) De la Rue, ancien journal de méd. , t. VI. — Une observation semblable est rapportée par Plater ( Obseroar tiones, lié. I) ; elle concerne un homme devenu sourd et muet par les ravages de la syphilis.
(2) M. Guillié, Essai sur l'instruction des aveugles.
(3) M. Rosenthal , Journ. compîém. des scienc. méd. } t. VI , p. 17 Essai d'une pathologie de l'organe de fouie,
(4) Voy, Derham , loc< cit.
auditifs , entend et parle distinctement depuis l'âge de 12 ans, sans que l'on ait pris aucun soin particulier de son éducation. L'ouïe s'exerce par les nerfs faciaux , assure M. Swan, el lui-même jouit de cette faculté'. « J'ai souvent entendu la « voix humaine , quoique je me bouchasse ente tièrement une oreille. » On voit que l'auteur ne dit pas ce qu'il faisait de l'autre oreille. Quoi qu'il en soit de l'explication qu'il propose , on doutera certainement de l'exactitude du fait ,; lorsqu'on saura qu'il suffisait de serrer le bras de la malade de M. Swan avec un mouchoir de soie pour la priver de l'audition (1). Camper se dit témoin d'un fait aussi peu croyable : il assure avoir vu un sourd conversant avec facilité lorsqu'il tenait entre les dents le bout d'une baguette longue de trois pieds, l'autre bout étant appuyé sur le collet ou sur un bouton de l'habit de son interlocuteur (2).
Il n'est pas de moyen plus convenable pour faire apprécier l'importance des services du sens de l'ouïe , que d'observer le sourd-muet sans éducation. L'isolement où le retient l'insuffisance de ses moyens de relation avec la société, influe à la fois sur les facultés de son intelligence et sur.
(1) M. Swan , sur une sourde-muette, Journ. complém* des scienc. méd. , t. XIV.
(2) Camper , îoc. cit%
ses qualités morales : « rapporter tout à lui ; « obéir avec une impétuosité dont nulle censi- « dération ne peut affaiblir la violence , à tous « les besoins naturels ; satisfaire tous ses appétits « et les satisfaire toujours ; ne connaître en cela « d'autres bornes que l'impuissance de les satis- « faire encore ; s'irriter contre les obstacles, les « repousser avec fureur ; renverser tout ce qui « s'oppose à ses Jouissances , sans être arrêté par « les droits d'autrui qu'il ne connaît pas , par « les lois qu'il ignore , par les chàtimens qu'il « n'a pas éprouvés : voilà toute la morale de
« cet infortuné Le monde moral n'existe
« pas pour lui, et les vertus comme les vices « sont sans réalité (i). » Rien ne prouve mieux la puissante influence de l'éducation , que ce tableau tracé par le digne instituteur qui a consacré une partie de sa vie à observer les sourdsmuets. La première idée d'instruire ces êtres malheureux paraît appartenir à Pedro de Ponce, bénédictin espagnol, qui vivait dans le 1 6e siècle, et s'acquit une grande réputation dans l'art de leur enseigner à parler (2). Wallis , en Angleterre , et Jean Ammann , médecin suisse , se proposèrent le même but vers la fin du 17e siècle.
(1) Sicard , Cours d'instruction d'un sourd-muet.
(2) Voyez la notice qui le concerne, rapportée dans la Çréface du docteur Gall, (Anat, etphysioï, du syst. nerveux.)
Leurs travaux étaient oubliés, lorsqu'on en 1750^ Pereyra , d'origine portugaise, entreprit à Paris l'éducation de deux sœurs sourdes - muettes. L'Abbé de l'Épe'e lui succéda ; sans connaître les procédés de ses prédécesseurs, il borna, comme eux , toute son application à faire articuler un certain nombre de mots à ses élèves. L'humanité conservera une reconnaissance éternelle aux auteurs de si nobles efforts, malgré l'insuffisance des résultats. Mais un succès plus complet, une gloire entière, étaient réservés à l'abbé Sicard >■ dont le zèle était éclairé par une connaissance plus parfaite des actes de la pensée et par un esprit plus philosophique. Réalisant l'hypothèse de la statue animée par Gondillac , il se dépouilla de toutes les idées qui supposent l'existence du sens de l'ouïe , établit alors un commerce intellectuel avec les êtres au niveau desquels il venait de descendre , et s'éleva ensuite avec eux , par degrés et par voie d'analyse , jusqu'aux connaissances des hommes qui communiquent entre eux par la parole. L'exécution de ce projet présentait des difficultés d'un ordre supérieur: l'abbé Sicard les a toutes surmontées. Par le bienfait de l'éducation dont il a construit l'édifice , il a rendu à 3a société des hommes que leur infirmité en avait exclus , et qui sont aussi capables que ceux qui entendent, de réflexions suivies et de jugemens Jbien liés,
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