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TÉLÉPHONE ET DU MICROPHONE

Au début des études médicales, dans la pratique de l'auscultation, ce n'est pas de ne rien entendre que les commençants se plaignent ; c'est bien plutôt de trop entendre ; et rien ne montre mieux le rôle de l'élément psychique dans l'audition.

Tous les bruits s'imposent d'abord, puis l'éducation se fait peu à peu, et le médecin exercé arrive à isoler à volonté, par l'attention, le bruit qu'il veut analyser, préciser et topographier, si l'on peut ainsi dire.

Cependant il n'est jamais personne qui se plaigne de voir trop bien, ni trop entendre; et, la curiosité scientifique bien légitime aidant, le médecin a cherché et cherche chaque j our à augmenter les moyens d'investigation, à décupler la portée et la finesse de ses sens sans lesquels il ne peut rien.

C'est ainsi que Koenig imagina son sthétoscope à lentille aérienne qui permet de multiplier à volonté l'observation ; que Constantin Paul a mis en œuvre le sthétoscope bi-auriculaire qui double l'intensité des bruits ; c'est ainsi que l'auscultation a été employée à la recherche des calculs ou des séquestres ou des balles, venant au secours du toucher insuffisant.

C'est dans le même but que le téléphone a été essayé ; c'est ainsi , et toujours dans l'espoir G. 18

d'améliorer l'auscultation et d'accroître encore ses services, qu'on a pensé à utiliser les propriétés amplificatrices du microphone en médecine. Nous devons à la vérité de dire que rien de tout ce qu'on a essayé ne vaut pour la pratique jusqu'à ce jour : nous n'en sommes encore qu'à la période des essais et aux constatations scientifiques. Dans l'excellente étude de M. du Mongel (téléphone, microphone et phonographe, 1878), on trouve exposées les applications diverses du téléphone, soit aux usages domestiques, dans les ministères, les grands hôtels et même pour les maisons particulières dans le cas où il est inutile de porter au loin des ordres aux employés, aux domestiques, etc. L'auteur mentionne des adaptations aux établissements industriels, aux signaux de secours ou d'alarme, etc.; il indique les avantages obtenus ou à obtenir du téléphone dans le service des télégraphes, dans l'art militaire ; les applications à la marine, aux mines, aux appareils à plongeurs, etc. M. d'Arsonval a, depuis, montré qu'on pourrait employer le téléphone comme un galvanoscope des plus sensibles.

Dans les rapports à distance, il n'y a que des avantages dans l'emploi de ces curieux instruments ; au moins les inconvénients ne sont-ils pas inévitables. Le plus grand est la sensibilité même de ces appareils ; elle est telle que l'on entend trop, et même ce qu'il ne faudrait pas entendre : avec eux, point de dépêche secrète, si plusieurs fils sont proches l'un de l'autre : la dépêche passe d'un fil au fil voisin sans pudeur ; et l'ordre qui devait aller seulement et secrètement à droite est reçu également à gauche !

Deux lignes télégraphiques voisines se livrent ainsi à un échange fâcheux, à un commérage coupable. Nous allons retrouver ce grave inconvénient plus accusé encore dans le microphone, qu'on a surtout essayé d'appliquer en médecine à l'ana-

lyse et à la recherche des phénomènes d'auscultation.

Chacun connaît l'instrument si simple avec lequel M. Hughes accomplit ses merveilles. Une planchette horizontale ; sur elle s'élève une seconde planchette verticalement ; sur celle-ci deux cubea de charbon de cornue creusés en godets qui se regardent ; entre les deux un cylindre du même charbon à bouts en pointes retenu perpendiculairement, et mobile dans les godets ; enfin à chaque cube aboutit un des conducteurs d'une pile Leclanché : et le téléphone tenu par l'observateur reçoit les deux conducteurs venus, l'un directement du cube de charbon d'en bas et l'autre de la pile même.

Une mouche qui marche sur la planchette horizontale, le tic-tac d'une montre, etc., les bruits les plus légers sont aussitôt entendus au moyen du téléphone, amplifiés et reconnaissables et à grande distance. Le souffle et la respiration qui frappent le petit crayon de charbon se transmettent au loin avec une force extrême, loin de diminuer d'intensité par la distance. Tel est le microphone de M. Hughes, et telles sont ses propriétés»

Voyons ce que les médecins en ont pu tirer jusqu'ici :

Le premier essai a été fait par Lord Lindsay, qui a imaginé d'adapter au microphone une membrane résonnante, et, il a obtenu ainsi une reproduction excellente de sons musicaux. Mais c'est au docteur Thompson, chirurgien anglais, que revient l'honneur d'une des premières applications heureuses du microphone au diagnostic des maladies. Conjointement avec M. Hughes, il s'est servi d'un microphone particulier monté sur la sonde métallique pour explorer la vessie et pour trouver la pierre.

La sonde de maillechort, promenée dans la vessie du malade, provoque des frottements qui, imper-

ceptibles pour la main du chirurgien, si les calculs sont petits, en grains ou en petits fragments, déterminent aussitôt des bruits distincts dans le téléphone, et qui peuvent être distingués des autres bruits nombreux causés par le frottement du bec de la sonde sur toutes les parties vésicales voisines.

Ici, le défaut déjà mentionné apparaît : on entend trop et trop de choses. Il faut que l'observateur fasse son éducation auditive à nouveau, et apprenne à discerner les bruits multiples et à les isoler. Aussi Thompson recommande-t-il d'user d'un instrument qui ne soit pas trop sensible, pour éviter la confusion.

L'appareil de Thompson a la forme cylindrique pour être maniable, et la sonde de maillechort qui transmet les vibrations dues aux frottements intérieurs est insérée à la base de l'appareil, c'est-à-dire à ce qui représente la planchette horizontale de l'instrument de M. Hughes.

M. du Moncel (p. 199) rapporte qu'il a été possible, se basant sur le principe du microphone précédent, de faire entendre certains sourds dont l'oreille n'était pas encore totalement insensible.

Voici comment on disposait les choses : le malade portait adapté à chaque oreille un téléphone ; les deux appareils étaient en rapport avec un microphone muni de sa pile, pendu au double fil conducteur.

Le malade porte ce microphone dans sa poche et le présente à chaque interlocuteur, comme on fait du cornet acoustique. C'est par un artifice analogue que Bell a appris à articuler les sons au fils de son associé, Thomas Saunders d'Haverkill (Massach). Ce fils, sourd de naissance, est capable de converser avec son père à une distance d'un mille, à travers le téléphone. (Progrès dans la téléphonie, journal de Boston, 1878.)

Le microphone de M. Hugues a donc déjà fait

ses preuves, et les applications pratiques ne manquent point. C'est dans le domaine de la chirurgie que les premiers résultats sérieux ont été obtenus.

L'auscultation médicale est de beaucoup plus délicate, plus complexe; et le diagnostic exige une analyse plus profonde du bruit perçu, vu les divisions nombreuses qui existent dans les qualités sensibles des phénomènes étudiés en clinique.

Un son quelconque offre à étudier, pris isolément, son intensité, son timbre, sa tonalité; le rhythme, la fréquence ne peuvent être modifiés dans l'auscultation au moyen du microphone, il n'en est pas de même des qualités fondamentales du son; et c'est à coup sûr le grand échec de l'instrument de M. Hughes.

Certes amplifier est bien, et à ce point de vue, il suffit dépenser à ce que donne le microscope pour apprécier la valeur des instruments et des méthodes de grossissement. N'oublions pas qu'ici l'observateur a bien soin d'amincir, d'isoler l'élément du tissu qu'il désire amplifier, et que ce travail préparatoire d'isolement et de sélection est indispensable à la réussite de la préparation microscopique.

Le microscope amplifie un champ limité à dessein, extrêmement petit.

Le microphone augmente l'intensité des bruits, mais de tous les bruits qui le frappent. Nous voudrions posséder le moyen d'isoler un son, de restreindre l'observation à volonté; l'attention et l'éducation seules peuvent y arriver.

Et puis, l'intensité d'un bruit, c'est l'un de ses caractères; l'altération de cette intensité signifie pour le médecin modification morbide : que penser d'un instrument qui renverserait aussitôt les notions acquises?

Le microphone aura-t-il l'inconvénient de faire d'un souffle doux de l'anémie un souffle tubaire? Non, on sait déjà que les sons musicaux sont transmis sans altération par le curieux appareil; et,

pour ma part, j'ai souvent rendu mes collègues du laboratoire de physiologie de la Faculté témoins du fait, en posant le microphone de Gaiffe sur la planche qui supporte le diapason compteur : le son en était rigoureusement transporté sans altération par le téléphone, quand on avait soin de mettre la plaque mince de charbon sous une inclinaison moyenne. En clinique, l'expérience seule peut prononcer ; à priori on voit déjà qu'il y a une sorte d'éducation de l'oreille à renouveler uniquement en vue de l'étude de l'intensité du bruit. En effet, le moindre frôlement des fils conducteurs ou de l'appareil se trouve transmis à l'oreille avec une intensité bien plus accusée que le bruit à l'étude, et est insupportable même pour l'observateur. Mais il y a plus, le microphone paraît modifier profondément le timbre du bruit perçu.

Déjà , lors de ses premières expériences , M. Thompson en avait été vivement frappé; M. Hughes le dit formellement : tout son qui traverse le microphone est modifié dans son timbre.

Thompson ajoute que le timbre particulier de l'appareil s'impose; c'est-à-dire que, quel que soit l'objet sonore qui se trouve en contact avec le microphone, son timbre est toujours le même, celui que donne le corps sur lequel le microphone est monté. Si l'instrument est monté sur une plaq\i.e d'acier, on obtiendra le timbre de l'acier ; si c'était sur un morceau de bois, le timbre serait celui de cette substance. (Leçon faite par Thompson à University-College Hospital, juin 1878. In Giboux 1878).

Le savant chirurgien de Londres a vu que le son obtenu n'est pas différent suivant les différents corps touchés par la sonde, dans la recherche du corps étranger et des calculs de la vessie. Que l'on touche un morceau d'étoffe, un caillou, une muqueuse, un calcul, le bruit, dit-il, est toujours le même; ses expériences le lui ont démontré sans

réplique. Ainsi, amplification et altération du timbre du son sont deux phénomènes à l'acquit du microphone de M. Hughes.

L'explication théorique est celle-ci : le courant électrique amplifie l'oncle acoustique produite dans l'instrument et non d'autres. Au point de vue de l'adaptation à la clinique, chacun voit déjà surgir de grandes difficultés sans que j'aie besoin d'y insister; la tonalité et le timbre des bruits étant deux qualités maîtresses, deux caractères cliniques d'une grande valeur.

Le docteur anglais Richardson a le premier tenté d'adapter au stéthoscope un appareil amplificateur; au dire de l'auteur, les résultats pratiques ont été nuls jusqu'à ce jour (in du Moncel). M. Hughes, le père du microphone, a fait aussi quelques essais dans cette voie, mais sans plus de succès.

Cependant, il paraît avoir posé les principes qui devront guider les constructeurs à l'avenir, s'ils veulent arriver scientifiquement à construire un stéthoscope microphonique. Suivant cet inventeur, les vibrations qui affectent le microphone, même quand on parle à distance de l'instrument, ne proviendraient pas de l'action directe des ondes sonores sur les contacts du microphone, mais des vibrations moléculaires déterminées par elles sur la planche servant de support à l'appareil. Il montre, en effet, que plus cette planche présente de surface, plus les sons produits par le microphone sont intenses ; et qu'en enfermant le microphone de son parleur (microphone dans lequel on parle, et construit ad hoc par lui) dans une enveloppe cylindrique, il ne diminue pas beaucoup la sensibilité pourvu que la boîte qui renferme le tout présente une certaine surface.

D'un autre côté, M. du Moncel dit formellement dans son excellent livre (page 162) que cette amplification n'existe réellement que quand les sons

résultent de vibrations transmises mécaniquement à l'appareil transmetteur par des corps solides.

Les sons propagés par l'air sont sans doute un peu plus intenses qu'avec le système ordinaire, mais ils le sont moins que ceux qui leur donnent naissance, et, en conséquence, on ne peut pas dire dans ce cas que le microphone agit par rapport aux sons comme le microscope le fait par rapport aux objets éclairés par la lumière.

De ces opinions et des expériences bien nettes de leurs auteurs, on peut conclure que c'est par la planchette-support que pénètrent les vibrations sonores.

J'en donnerai encore pour preuve la belle expérience de M. Hughes dans laquelle, le microphone reposant sur une large planchette de bois, il y applique un ou plusieurs téléphones, compris dans le circuit, du côté de la plaque vibrante; aussitôt le son déjà amplifié subit encore un accroissement de sonorité, et on peut à volonté en enlevant ou en replaçant le téléphone sur la planchette, diminuer ou augmenter le son. Dans cette expérience, chaque téléphone vibre, et ranime de ses vibrations celles de la planchette, de là sans doute le renforcement si marqué.

Cette association de téléphones posés sur le support ou sur une planche qui porte le microphone produit un effet magique : elle a donné lieu à la création de relais téléphoniques en interposant des microphones ainsi armés à des séries de téléphones dans les transmissions à distance.

Nous verrons, pour notre part, comment j'ai cherché à employer ce procédé de renforcement du son dans l'étude de l'auscultation au moyen du microphone. J'ajouterai qu'il est remarquable combien le son est plus fortement entendu quand le téléphone touche au crâne par un de ses bords dans ces expériences de transmission microphoniques : la circulation du son par les solides est certainement de beaucoup la plus active avec le microphone.

On sait depuis longtemps déjà qu'un téléphone appliqué sur la paroi du thorax peut transmettre à un certaine distance à un téléphone récepteur le son de la voix humaine ; dans ce cas, le passage des ondes sonores a lieu au moyen des vibrations communiquées à la monture de l'instrument, et par celle-ci à la plaque vibrante. Ce sont encore des vibrations solidiennes qui actionnent le courant de l'appareil ; et si le fait n'a rien d'applicable à la pratique, il autorise à conclure que l'observation est favorable à cette idée qu'il y a moyen d'obtenir la répétition des sons par le contact du microphone ou du téléphone avec le corps sonore.

Comment se trouve constitué le son transmis par le téléphone, dans le cas où c'est le tic-tac d'une montre appliquée sur la planchette du microphone, qu'on entend à distance ?

La montre émet un son ; la planchette qui supporte l'appareil, entre en vibrations; et le son passe, altéré déjà dans son timbre par l'addition des harmoniques du bois qu'il fait vibrer. Le mouvement vibratoire sonore arrive ainsi modifié dans l'organe microphonique : le charbon (cylindre, cône ou plaque) est mis en vibrations synergiques. Mais ici entre en scène un facteur nouveau, le courant électrique constant, qui traverse les charbons et les fils conducteurs jusqu'aux téléphones tenus par les observateurs.

Le mouvement sonore arrive là dans un milieu spécial, tellement disposé qu'à l'inverse des lois connues de la physique, il va se propager en se renforçant, au lieu d'aller s'éteignant comme dans tout autre milieu : les causes de déperdition se trouvent être nulles dans cet appareil traversé par un courant électrique continu.

Les ondes sonores font-elles subir au courant des modifications particulières ; et la transmission du son tient-elle seulement à cette action des ondes sur le courant ? ou bien, l'état de tension électrique

de l'ensemble des pièces de l'appareil suffit-il à expliquer la facilité avec laquelle le mouvement se propage au loin, et retentit dans le microphone et dans les téléphones ?

Si l'on se rappelle qu'il a été possible, en attachant un ou plusieurs téléphones à ficelles au fil conducteur, de percevoir nettement le son qui a traversé le microphone, on doit conclure que la modification perçue, l'amplification du son apporté par le support, ne doivent être causées probablement qu'au moment où l'onde sonore et le courant passent simultanément par la plaque de charbon du microphone. On sait, du reste, combien la moindre modification apportée dans l'état d'équilibre de cet organe principal change la conductibilité de l'appareil pour le son.

Que se passe-t-il donc là, dans le conflit entre le son et le courant électrique ? Chacune des vibrations modifie certainement les contacts, et de là naissent des oscillations rapides des molécules, tantôt attirées, tantôt repousées, mais oscillations toujours activées ainsi, car les vibrations sonores sont devenues isochrones et identiques aux oscillations électriques.

L'amplification naît là et de cette association, et de ce continuel renouvellement de la force du mouvement vibratoire sans cesse soutenu par le retour des mouvements moléculaires électriques.

Si les vibrations du corps sonore offrent une amplitude exagérée, la plaque de charbon obéit trop bien ; l'étincelle électrique part entre les deux charbons écartés un instant ; et le téléphone ronfle et crépite éntrgiquement à distance; et l'auscultation est impossible à ce moment.

Le microphone éprouve donc l'effet de pressions infinitésimales, et cette sensibilité pourra un jour, peut-être, être utilisée pour construire un baromètre excellent, pour mesurer les plus petites oscillations de la pesanteur atmosphérique, ou un ma-

nomètre dans les plus délicates recherches de tension.

Il est toute une catégorie de ces instruments inventés dans le but d'étudier l'auscultation et de renforcer les sons, pour leur transmission au loin, dont le principe s'écarte cependant sensiblement de ceux du microphone de M. Hughes, en ce que ce ne sont pas des bruits qui sont transportés par l'appareil micro-téléphonique, mais bien des mouvements qui sont rendus manifestes par le son du microphone. Ainsi, le Sphygmophon de Th. Stein, (Das sphygmophon, Berlin. Kein Wochenschrift, 1878) ; ainsi, le Microphone stèthoscopique de M. Ducretet; ainsi le délicat et très pratique appareil sphygmo-phonique présenté par M. Dumont à la Société médicale de Nancy (1879). M. le Dr Spillmann, agrégé de l'Ecole de Nancy, dans une courte étude sur l'emploi du microphone en médecine (Archiv. de méd., mai 1879) confirme les appréciations déjà émises par M. Giboux (1878) sur le rôle particulier de ces appareils.

Le phénomène étudié est un mouvement, les battements d'une artère par exemple ; ce mouvement est transmis à l'appareil par des moyens divers suivant les inventeurs ; mais toujours, en ce cas, il y a production d'interruptions du courant électrique par la cessation du contact de deux pièces de l'appareil. Insistons sur ceci, que ces allées et venues sont le fait des mouvements communiqués à l'un des articles de l'appareil microphonique.

Dans l'appareil de Th. Stein, à chaque pulsation, un bouton saillant appliqué sur l'artère, comme dans le sphygmographe de Marey où pose le ressort, se trouve soulevé, et vient alors toucher la pointe d'une vis graduée qui lui fait face -, la fermeture du courant a lieu, avec production du bruit téléphonique, qui s'éteint dès que l'artère s'affaisse , et que par suite le contact a cessé.

Dans l'instrument de M. Ducreiet, c'est un tambour explorateur de Marey qui, promené sur le corps, reçoit et transmet le mouvement par un tube de caoutchouc au tambour supérieur garni d'une plaque de charbon. C'est ainsi que cette plaque de charbon s'élève ou s'abaisse alternativement, et que le contact avec le charbon vertical fixe est interrompu et repris à chaque battement du vaisseau.

On sait la grande sensibilité des tambours à membrane de caoutchouc de Marey ; on peut juger de l'impressionnabilité extrême de l'appareil de M. Ducretet : il a au centuple les défauts de tout microphone, de là une confusion inévitable qui enlève toute valeur pratique à cette invention.

Mais, de plus, ainsi que M. Giboux l'a bien vu, on peut reprocher à ce microphone de ne fournir que les bruits dus aux mouvements, et non des transmissions des bruits nés dans l'économie : c'est là, on le voit, un mauvais stéthoscope.

Nous sommes donc forcés de revenir au microphone de M. Hughes, soit à ses analogues, à ceux de M. Gaiffe, pour retrouver une conductibilité entière, et la transmission avec amplification des bruits d'auscultation.

M. Giboux (p. 31) adapte au microphone ordinaire une sorte de porte-voix en bois léger et mince. Le cône enveloppe l'ensemble des charbons. L'auteur a espéré augmenter la force du mouvement sonore qui frappe la plaque de charbon et assurer ainsi le succès de l'amplification. Par malheur, le résultat est plus qu'insuffisant ; et la lecture des expériences de M. Giboux enlève toute illusion sur les services à attendre d'un semblable dispositif. Ne savonsnous pas, au reste, par la discussion qui précède, que c'est par le support que le son doit pénétrer dans l'appareil pour qu'on puisse obtenir un effet sérieux. Aussi je regarde comme un progrès la disposition adoptée par M. Trouvé, et que je trouve

décrite dans le journal la Nature (14 sept. 1878). Il y a là un perfectionnement important ; et l'une des conditions notées plus haut de la conductibilité de l'appareil paraît se trouver remplie. M. Trouvé ajoute à la planche-support un morceau de bois en équerre que l'on applique sur la partie du corps que l'on soumet à l'auscultation. J'ignore à quels résultats l'auteur est arrivé par ce moyen.

M. Giboux, dans la thèse duquel je lis ces détails, en dit à peine quelques mots ; mais on voit que ce constructeur intelligent a voulu utiliser la meilleure voie pour le passage des sons ; en annexant au plateau-support la planche solide qu'un lien tient collée à la paroi thoracique du sujet pendant l'observation.

Concluons :

Les essais sont nombreux, et les résultats maigres; mais, ne commence-t-on pas toujours ainsi? J'ai essayé de dégager quelques principes.

Nous savons maintenant que la première condition dans l'application à l'auscultation du microphone de M. Hughes ou de Gaiffe, c'est d'assurer le contact de la planche-support avec le corps sonore ; à l'exception de M. Trouvé, aucun constructeur ne s'est spécialement préoccupé de remplir cette principale indication dans la construction d'un microphone stéthoscopique. En second lieu, je ne vois point qu'aucun d'eux ait songé à utiliser la belle expérience de M. Hughes, en ajoutant un ou plusieurs téléphones compris dans le circuit, et posés sur le support par le côté de la plaque vibrante ; cependant, il y a là un excellent procédé pour amplifier à volonté du double et au delà le phénomène sonore déjà grossi à son passage à travers les plaques de charbon du microphone .

En troisième lieu, je ne sache pas qu'on ait réussi à limiter le champ de l'observation, afin d'arriver à

isoler les bruits, à les préciser, et à les localiser, conditions indispensables d'une bonne auscultation.

Enfin, le microphone de M. Hughes n'est pas maniable ; la plaque de celui de M. Gaiffe tombe au moindre choc : rien de tout cela n'est pratique.

Pour utiliser en clinique cet ingénieux instrument d'amplification, il faut trouver autre chose.

J'ai rempli la condition première fondamentale en adaptant à la planche-support du microphone de Gaiffe, un bouton articulé, susceptible de s'appliquer sur le malade debout ou couché, cette avance solide fait corps avec l'appareil ; et transmet le bruit né d'un point limité du corps, d'une région facilement circonscrite. On évite donc ainsi la multiplicité des bruits de sources différentes, en restreignant les surfaces en contact ; et par suite on s'oppose à la confusion si nuisible à l'observation.

Les occasions de frottements, de frôlements deviennent également plus rares, on le conçoit. Par ce dispositif simple, j'ai pu entendre nettement et faire entendre à plusieurs auditeurs, les bruits de la respiration, ceux du 'coeur, soit chez l'homme, soit chez: le chien.

Le phénomène était beaucoup plus facile à percevoir quand je plaçais sur la plaque de bois du microphone un téléphone tourné du côté de la plaque vibrante. Nous avons vu que la plaque de charbon du microphone de Gaiffe ne peut être maintenue sans que l'appareil ne perde aussitôt ses qualités, tant la mobilité de ces organes est délicate : cette plaque tombe au moindre choc. Ceci doit faire préférer dans l'espèce le microphone construit par Gaiffe également, qui est constitué par des fragments de cylindres de charbon de cornue placés bout à bout dans un tube de verre ; les deux fragments des extrémités sont reliés au circuit. De plus, une vis graduée permet de pousser au con-

tact, plus ou moins près l'un de l'autre, les fragments inclus dans le verre. On a, par avance, trouvé le point qui donne le maximum de transmission ; et pour tout le reste de l'expérience, les dispositions sont celles décrites plus haut. Aussi , l'instrument est maniable et transportable ; son réglage seul exige beaucoup de tâtonnements,

C'est, à mon sens, ainsi modifié, le meilleur appareil pour l'étude de l'auscultation au moyen du microphone. C'est avec lui que j'ai fait mes expériences.

Nous avons dit, en commençant cette étude d'un sujet à l'ordre du jour, que la science n'en était encore qu'à la période des essais : on voit que nous disions vrai. En conclusion générale, il y a eu jusqu'ici un bien faible résultat obtenu de l'adaptation clinique du microphone, et les observateurs ont appris, une fois de plus, que l'intensité n'est pas, des qualités du son, la plus importante en auscultation ; mais surtout nous avons tous compris que rien ne peut remplacer l'éducation des sens et la connaissance de l'auscultation telle que nous l'ont enseignée Laennec, Barth et H. Roger.

DES TUMEURS PULSATILES

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