FONCTIONS DE LA TROMPE D'EUSTACHE
Je désire présenter à l'Académie une étude des fonctions de la trompe d'Eustache.
Au cours de ce travail, les idées récemment émises par M. le docteur Fournie dans un mémoire lu en séance seront discutées.
Tout l'intérêt actuel d'une étude sur la physiologie des trompes réside dans la solution de cette question :
La trompe est-elle constamment béante, comme les narines ? ou, au contraire, est-elle fermée seulement par l'accolement de ses parois, comme le canal de Furèthre, par exemple ? Une question connexe est celle du rôle des muscles tubaires et staphylins dans la circulation de l'air vers la cavité tympanique.
Est-il besoin de dire que l'importance du sujet est relativement grande en otologie ? car, il ne se pose pas un diagnostic, et ne se fait pas un traitement en otiatrique, sans qu'on agisse sur le canal tubaire lui-même, ou qu'on l'utilise pour atteindre les cavités de l'oreille. Au point de vue
physiologique, comme au point de vue des applications séméiotiques et cliniques, il y a donc grand intérêt à vider ce débat.
La thèse se divise en trois points qui serviront de cadre à la discussion :
Premier point: Il y aurait danger de résonnance si la caisse du tympan était close ; or, la caisse tympanique ne résonne pas , donc elle est ouverte !
C'est un syllogisme, développé dans les premières pages du mémoire de M. Fournie.
Deuxième point : La trompe d'Eustache est cette ouverture tutélaire qui s'oppose à la résonnance de la caisse. La trompe, qu'on a dite close, est, au contraire, béante en permanence, par le fait de l'élasticité de ses parois.
Troisième point: Celui-ci, tout original, appartient en propre à M. Fournie ; comme il est assez difficile à énoncer clairement, je cite textuellement l'auteur :
« La communication aérienne entre le pharynx nasal et la cavité du tympan, est établie d'une manière permanente par le moyen de la trompe ; mais, comme il est impossible que l'air circule facilement dans un canal étroit et ouvert seulement à un de ses bouts, des puissances musculaires favorisent et provoquent la circulation par l'occlusion intermittente de ce canal. »
Pour éviter toute ambiguïté, disons que sans doute ici M. Fournie entend parler de l'oreille moyenne et de la trompe constituant pour lui un canal ouvert seulement à son bout pharyngien. Le mécanisme de l'entrée de l'air serait celui-ci :
« La trompe ouverte habituellement par l'élasticité de ses parois se ferme au moment de la déglu-
tition par le moyen de ses muscles qui sont constricteurs et obturateurs et non dilatateurs. »
Voyons le premier point :
« La caisse n'est pas résonnante, donc elle est ouverte. »
L'oreille n'est point un tambour ; la netteté de la sensation auditive est incompatible avec la résonnance. Voyez avec quelle ingéniosité Helmotlz a cherché à expliquer cette belle faculté de l'oreille qu'on appelle l'étouffement du son, et qui consiste en ceci, qu'une sensation sonore disparaît aussitôt qu'une sensation nouvelle se produit. Or, cette extinction a lieu avec une rapidité telle que le célèbre auteur de la théorie physiologique de la musique a pu distinguer des battements de 132 à la seconde.
La netteté de la sensation sonore exige donc non seulement que la caisse ne résonne pas, mais que le son disparaisse : sensation et excitant sensoriel doivent s'évanouir.
En effet, le courant sonore traverse seulement l'oreille sans y séjourner :
Le moindre arrêt cause la cacophonie.
Ce sont, au reste, surtout les ondes sonores solidiennes qui sont en cause ici, c est-à-dire tous ces bruits crâniens de respiration, de déglutition, de circulation et de phonation, qui, physiologiques ou non, sont transmis à l'oreille par les os du crâne.
M. Fournie pense qu'ils sont transmis par l'air inclus dans la cavité tympanique, mais que cet air étant heureusement libre, la résonnance n'a pas lieu : et comment libre ? par la trompe béante*
Il redoute la résonnance des cavités closes; et
pour lui, la caisse serait une cavité close, si la
trompe n'est pas béante en permanence. Mais la
caisse est ouverte ailleurs ! et ce n'est pas par la
trompe qu'elle est une cavité libre , et que les bruits crâniens peuvent s évader en dehors.
Le chemin le plus direct pour la sortie des ondes sonores est celui qu'elles prennent pour entrer : c'est le conduit auditif externe toujours ouvert.
La membrane du tympan, que nous savons depuis Muller être l'organe de transmission par excellence des vibrations sonores apportées par l'air ambiant au milieu labyrinthique, n'est-elle donc pas encore le meilleur appareil pour les conduire au dehors, facilitant la sortie comme elle a facilité l'entrée des sons ? — Aussi le mot ouverture ne doit pas ici s'entendre au propre : la circulation du son a lieu par le moyen de la cloison tympânique ; la voie d'écoulement est bien ouverte ainsi.
Dans cet ordre d'idées, la caisse du tympan n'est donc pas une cavité close et ne peut être dès lors résonnante. L'écoulement des sons au dehors est possible et assuré par cet organe conducteur.
Tout le monde connaît la belle expérience de Tyndall [Le son, traduct. Moigno).
« Une poutrelle verticale en sapin, appuyée par son bout inférieur sur la table d'un piano placé dans le sous-sol, émerge au milieu de l'amphithéâtre. On joue du piano, et rien n'arrive aux oreilles de l'assistance, jusqu'à ce que le professeur ait coiffé d'une mince planchette de sapin l'extrémité libre et silencieuse de la poutrelle ; aussitôt, le son du piano envahit la salle. Cette plaquette vibrante, intermédiaire, conductrice du son, est l'image du tympan, et montre son rôle dans l'écoulement des sons vers le dehors. Ne s'agit-il pas ici de sons amenés par les solides crâniens ? Eh bien ! nos traités classiques ne nous disent-ils pas que les membranes tendues sont les meilleurs conducteurs des vibrations de l'air aux corps solides et aux liquides, et vice versa?
Comme application clinique, je puis rappeler les études de M. H. Ro&kr sur l'auscultation crânienne
par les fontanelles ; et les faits observés par Larrey (chirurgie des armées) de ces trépanés devenus sourds et qui entendaient encore à travers leur cicatrice membraneuse.
Laennec ne nous a-t-il pas enseigné à ausculter par le conduit auditif externe la circulation de l'air dans les cavités auriculaires? N'a-t-il pas conseillé d'utiliser la rhinophonie, et reconnu que certains bourdonnements d'oreille lui ont paru résulter de contractions spasmodiques des muscles moteurs des osselets ? (Laënnec : édition de la Faculté de médecine de Paris.)
Les sons s'écoulent donc par le conduit auditif, et le médecin, dans l'auscultation otoscopique, utilise ce phénomène en séméiotique.
Il est inutile d'énumérer ici les services rendus par l'auscultation de l'oreille, soit pour le diagnostic, soit pour les opérations qu'on pratique sur cet organe.
On connaît le bruit de Leudet, le souffle et le claquement tympaniques, les souffles anémiques, etc., le bruit causé par la douche d'air et le bruit de déglutition : c'est de la pratique otologique journalière.
On connaît l'auscultation dite objective créée par Politzer et qui est basée sur le phénomène de l'écoulement au dehors des ondes sonores venues du crâne par le méat auditif externe. Un diapason vibre sur le vertex, le son est récolté au moyen d'un otoscope à trois branches qui réunit les oreilles du sujet à celles de l'observateur. Celui-ci peut dès lors apprécier les modifications subies par le son du diapason en traversant l'oreille moyenne et le conduit.
Le conduit auditif externe est donc la voie la plus directe pour l'issue des sons crâniens.
Cependant, cela n'est pas l'avis de M. Fournie, qui charge la trompe de cette fonction tutélaire,
bien que, à la première page de son travail, on trouve une suite d'expériences montrant la résonnance provoquée par l'occlusion du méat auditif.
Depuis longtemps, Politzer, Lucse, de Trœltch et, à leur suite, tous les auristes ont constaté que l'oblitération artificielle ou morbide du méat auditif amène le retentissement des sons crâniens.
Un diapason vibrant au sommet du crâne est entendu plus fort du côté de la lésion : telle est la notion, scientifique expérimentale.
S'il est démontré que l'on ne peut, sans nuire à la fonction auditive et amener du retentissement, obturer le méat, il sera logique de conclure que nulle autre voie ne supplée à celle-là, et par suite, que c'est à tort qu'on a fait jouer ce rôle à la trompe d'Eustache.
En modifiant l'écoulement du son au dehors, on atteint l'audition.
Les preuves abondent pour montrer qu'en bouchant le méat, on agit à volonté sur la sensation acoustique, quand la source du son est crânienne. Voici quelques expériences à l'appui :
Dans une expérience devenue classique, Toynbee a démontré que les pressions les plus légères sont transmises fidèlement par la colonne d'air incluse du méat au contenu labyrinthique. C'est pour éviter cette action à distance, sur les les parties profondes de l'oreille que je m'abstiendrai d'oblitérer le méat à la façon de Luc^E ou de M. Fournie. Les bruits musculaires, en effet, viennent s'ajouter et couvrir l'expérience d'obscurité.
Avec Hinton (annotations à Toynbee), j'adapte au trou auditif un tube de caoutchouc sur lequel je puis agir sans produire de retentissement sur les parties sensibles de l'organe. (1878, Gellé : Etude de la sensibilité acoustique au moyen du tube inter-auriculaire.) C'est sur ce tube que les pressions et les pinçages ont lieu pour empêcher l'issue
du son. L'air ainsi limité s'ajoute à celui du conduit et forme un résonnateur.
Expérience I. — Le tube adapté au méat gauche; le diapason (la 3), vibre sur la bosse frontale du côté opposé. Pincez le tube de façon à effacer sa lumière ; aussitôt le son du diapason passe à gauche ; la sensation maximum est à gauche.
L'augmentation du son, son accroissement du côté gauche sont dus à l'obstacle apporté à l'issue du son de ce côté, et à la formation d'une cavité résonnante. Obéissant à la loi du maximum d'intensité, la sensation devient gauche par ce simple artifice expérimental, bien que le corps sonore soit toujours resté à sa place, à droite.
Cette expérience est un corollaire de celle de Luc^E, dans laquelle on laisse le son du diapason s'éteindre ou même cesser tout à fait, et puis, on le fait renaître ou s'accroître en oblitérant doucement le méat avec la pulpe du doigt.
Si la trompe d'Bustache béante laissait s'écouler ce trop-plein, le renforcement serait impossible à obtenir par l'occlusion du trou auditif.
Quand le conduit ne livre plus passage aux ondes sonores, la trompe ne le supplée pas ; elle n'est donc pas la voie d'écoulement toujours libre : la résonnance a lieu, et cependant on n'a pas changé ses conditions fonctionnelles.
Certains faits restent tout à fait inexplicables, si l'on admet l'hypothèse de la trompe d'Eustache toujours ouverte.
Deux expériences simples rendent la chose évidente :
Expérience II. — Un diapason vibrant est introduit dans la bouche ouverte ; il résonne bien ; mais fermez vivement l'oreille droite, par exemnle, et le son n'est plus entendu qu'à gauche,
Ce conduit gauche est donc la seule porte ouverte, et rien ne passe par les trompes, bien que, cependant, le son naisse dans la cavité buccale.
Concluons que l'audition du diapason intra-buccal avait lieu par la voie des conduits auditifs.
Expérience III. — Laissons s'éteindre le son du diapason placé dans la bouche ; puis, vivement, dès qu'il n'est plus entendu, portons-le près de l'oreille droite ou gauche; là, aussitôt, le diapason silencieux tout à l'heure vibre et sonne ; on l'entend.
Donc, il n'avait pas cessé de vibrer, mais, bien que placé dans la bouche, tout près des trompes, il avait cessé d'être entendu; il était trop loin de l'entrée naturelle de l'organe de l'ouïe.
Les trompes si voisines sont restées inutiles encore une fois.
Vous allez voir, Messieurs, que cela est fort heureux. r
Il est une nécessité de premier ordre, celle de l'orientation; elle impose la séparation nette des deux oreilles et de leurs sphères d'action, et de la sensation fournie par chacune d'elles.
J'ai montré dans mon étude sur la sensibilité acoustique (voir planche du champ de l'audition) que, de chaque côté du plan médian antéropostérieur de la tête, un ovoïde divergent dans la direction de Taxe auditif représentait la portée de l'ouïe dans les divers sens. Ces deux divisions, loin de converger, comme on le voit pour les yeux, sont, au contraire, séparées par une zone de moindre portée et même de silence, qui les ride. Or, cette sage disposition n'existerait plus si les trompes béantes laissent passer l'air et le son : séparation nulle et orientation nulle ! c'eût été un non-sens de la nature.
Cet argument a, pour moi, une grande valeur ; c'est la première fois qu'il est émis dans cette discussion.
FlG. 1. — CHAMPDE l'auoition, portée de l'ouïe.
Expérience IV. — Je ne nie pas cependant que l'on puisse entendre par les trompes d'Eustache; la chose est possible,'; voici un fait qui m'est personnel : Etant sous la chute d'eau du Palais du Trocadéro, j'eus l'idée de me boucher les oreilles ;
le bruit disparut; mais, comme j'avalais ma salive inconsciemment, j'eutendis à nouveau ce bruit qui avait pénétré du côté droit seulement (la trompe droite probablement étant alors seule perméable), au moment de la déglutition. La sensation, on le .conçoit, fut instantanée, mais elle me frappa, par la façon dont elle avait eu lieu.
On peut donc ouïr à travers les trompes ; la clinique nous apprend qu'il y a à cela de grands inconvénients; non seulement l'audition en, souffre, mais le retentissement de la voix et des bruits crâniens est insupportable.
Voici quelques faits : (M. M. Duval dans l'article Ouïe du Dict. encyclopéd. des sciences médicales) : Faits de W. Poorten ; trompe béante par des cicatrices : résonnance douloureuse de la voix; troubles cessant dès que l'auteur obture la trompe. — Fait personnel d'iAGO (médic. chirurg., Review, 1867); celui de Rudinger (1872, mon. fur Ohrenheik); celui de IIinton (annotations à Toynbee) ; le fait de Clar. Blake, très curieux: il s'agit d'un ancien otorrhéique, chez lequel la prononciation des consonnes n, m, gn, causait de douloureuses secousses sur le tympan. Blake vit ces secousses de la cloison cicatrisée, La trompe était restée béante et déformée sans doute par suite de la suppuration chronique antécédente. (American journal of otoloyy, mars 1879).
Kuss faisait remarquer que, si la trompe reste ouverte, on entend non seulement sa propre voix, mais tous les bruits qui se passent dans la tête et dans la face, ce qui devient un véritable supplice.
M. Béclard, dans son traité classique, rejette l'hypothèse de la trompe béante. On ne voit pas d'ailleurs, dit-il, en quoi cela servirait à l'audition puisque la voix articulée n'est entendue que par l'air ambiant et par les os du crâne ; mais on voit bien mieux, au contraire, en quoi cela pourrait lui nuire.
Si les trompes sont toujours ouvertes, comment expliquer les phénomènes si connus, éprouvés dans l'air comprimé, lesquels cessent dès que par la déglutition on a rétabli l'équilibre sur les deux faces de la cloison tympanique ? N'est-ce pas là une claire démonstration du rôle de la déglutition et de l'action des muscles tubaires dans la circulation de l'air vers l'oreille moyenne ?
Si les trompes sont toujours ouvertes, d'où vient, en clinique, la nécessité de ces procédés multiples d'introduction de l'air dans les caisses ? Et le moyen de ne pas voir que les meilleurs sont ceux qui mettent en jeu la déglutition ?
Ne sait-on pas que souvent, même dans le cathétérisme, celle-ci est indispensable pour que l'air passe?
Il faut donc admettre qu'il est besoin d'augmenter, dans une certaine mesure la pression de l'air pour lui faire franchir les voies tubaires.
Au moyen d'un manomètre adapté à l'orifice du nez, Hartmann est parvenu à mesurer cette pression qui varie, au reste, suivant le procédé employé ; voici ses conclusions résumées :
1° Il est rare que l'échange d'air ait lieu librement entre la caisse et le pharynx.
2° En l'absence de contractions des muscles tubaires, la pression a pu atteindre 100 millim. de mercure ; mais elle est d'ordinaire de 20 à 40 millim.
3" Pendant la déglutition, la trompe s'entr'ouvre, dit Hartmann, et l'air pénètre à la faveur de la différence de tension de l'air de la caisse et de celui de la région naso- pharyngienne, si minime soit-elle (Annales des maladies de l'Oreille et du pharynx).
Concluons donc encore que les trompes ne sont pas ouvertes en permanence ; l'air doit forcer le passage, en l'absence de la déglutition.
D'autres inconvénients s'aperçoivent à admettre l'état béant de ces canaux.
Expérience V. — J'ai pu les rendre manifestes
au moyen du ly?npanoscope: ce petit appareil se compose d'un tube cylindrique solide sur lequel est tendue une mince peau de baudruche : c'est l'image du tympan. Adaptez le tube de caoutchouc terminal à l'une des narines, l'autre restant libre. On remarque que la baudruche oscille à peine, soit qu'on respire, soit qu'on déglutisse.
Mais, dès qu'on ferme la narine restée libre, on constate les oscillations les plus étendues, et tout à fait incompatibles avec l'intégrité d'une fonction. L'épreuve de Valsalva produit une secousse de la beaudruche qui certainement causerait un traumatisme, si le phénomène se passait dans la cavité auriculaire et si la trompe était béante .comme le tube de caoutchouc de notre expérience.
Certains phénomènes pathologiques graves, tels que les étourdissements, les vertiges, qui sont parfois provoqués par l'action de se moucher fort, de tousser et d'avaler le nez pincé, s'expliquent peutêtre par le mécanisme que je viens de montrer, l'oreille moyenne étant malade et les trompes ouvertes facilitant l'ébranlement profond.
Les données anatomiques s'ajoutent aux preuves expérimentales et cliniques.
Sur des pièces anatomiques de rochers d'adultes et de nouveau-nés, conservées dans l'alcool ou dans la liqueur de Muller, j'ai pu, au bout de plusieurs semaines, retrouver la caisse tympanique aérée, et à peine colorée par imbibition de ses parois. Le magma gélatiniforme des foetus est très tardivement attaqué par le liquide conservateur ; et on le retrouve entier après plusieurs mois de macération des pièces.
Expérience VI. — Sur des chiens fraîchement sacrifiés, j'ai rempli la bulle d'eau colorée, après avoir percé le tympan, et par une coupe du col faite aussi haut que possible, mis les orifices des trompes sous les yeux. Or, cette eau colorée ne sort
pas par les pavillons ; il faut avec la pince écarter les lèvres tubaires pour qu'il passe quelques gouttelettes.
Expérience VII. — J'ai cherché à mesurer la pression nécessaire pour que cette eau soit chassée de la cavité tympanique clans le pharynx, tantôt chez le chien, tantôt sur les pièces d'homme adulte.
Voici le dispositif de l'expérience : de la prise d'eau du laboratoire, part un tube de caoutchouc qui se bifurque bientôt, l'une des branches vient s'engager dans le conduit auditif d'un rocher dont, par avance, le tympan a été largement perforé : la deuxième branche aboutit à un hémo-dynamomètre.
La moyenne des expériences faites ainsi sur le chien a montré qu'une pression de 35 à 40 millimètres de mercure est nécessaire pour que l'eau franchisse le canal tubaire et prenne issue dans le pharynx.
Chez l'homme adulte, les pressions atteignent à peu près la même hauteur, avant qu'on voie le liquide s'écouler par l'orifice de la trompe d'Eustache.
Rappelons ce qu'Hartmann a trouvé chez le vivant et par d'autres procédés expérimentaux: ses résultats sont entièrement conformes aux miens. La pratique de l'otologie nous l'avait enseigné depuis longtemps; il faut pousser l'air pour qu'il arrive dans la caisse.
D'autre part, j'ai démontré depuis quelques années déjà que chez le nouveau-né, ce sont les premières succions et les premières inspirations qui ouvrent les trompes et amènent l'aération des caisses tympaniques dont la cavité était restée virtuelle jusque-là, et que l'on trouve chez les mortsnés le magma gélatiniforme fœtal en entier, à peine liquéfié pendant le part. (Gellé, 1877 : Signe nouveau de la respiration du nouveau-né tiré de l'inspection de l'oreille.) Les trompes s'ouvrent donc
par la déglutition et les caisses ne se remplissent d'air qu'à ce moment.
L'examen anatomique de la trompe soit chez les animaux, soit chez l'homme par des coupes perpendiculaires à sa longueur montre que les parois sont accolées dans les 2/3 supérieurs de la portion cartilagineuse de l'organe.
Le pavillon naturellement formé par le cartilage à son extrémité pharyngée n'est jamais très profond.
Rudinger, qui a étudié surtout ce point, est seul à admettre Tadossement des deux parois, excepté au niveau de la petite encoche formée supérieurement par le crochet qui termine le bord supérieur du cartilage. (Guerder: Dix années d'otologie... in Annales des mal. du larynx et de l'oreille.)
On a pu voir par les expériences de Hartmann et par les miennes combien ceci est impossible. De cette discussion et des faits expérimentaux nombreux que j'ai produits, il faut conclure à la fermeture de la trompe à l'état de repos.
Dès lors, est-il utile de poser la question de savoir si les muscles tubaires sont constricteurs et non dilatateurs ? Dans quel but constricteurs, si la trompe est close? On voit mieux pourquoi il faut des dilatateurs qui ouvrent la trompe close. Or la trompe s'ouvre par la déglutition ; et c'est ainsi que l'air circule dans les cavités de l'oreille.
Parmi les contemporains, de Trœlstch a surtout bien étudié et analysé le jeu des muscles tubaires. Sur le cadavre, il a vu la traction opérée sur le muscle péristaphylin externe s'accompagner d'un bruit de claquement, de décollement, que l'auscultation reconnaît aussi sur le vivant.
Peut-être n'a-t-il pas assez dit que, le point fixe étant le bord supérieur bifurqué du cartilage, l'action musculaire tend à écarter les deux parois. C'est aussi lui qui recommande d'ausculter le patient auquel on fait une injection d'air; s'il avale, le
bruit causé par le passage de l'air devient plus intense, et la sensation du jet d'air qui entre, très énergique.
Expérience 8. — Cependant il nous a paru nécessaire de voir sur le cadavre de chiens fraîchement sacrifiés l'action des muscles tubaires sous l'influence de l'électricité. M. le docteur Laborde, du laboratoire de physiologie de la Faculté, conduisait l'expérience. Eh bien, en thèse générale, toutes les actions ont été trouvées dilatatrices de l'orifice tubaire, aucune constrictive.
En voici le détail :
1° Les fibres les plus élevées du constricteur supérieur du pharynx forment un demi-anneau, dont les deux extrémités s'attachent à un pavillon cartilagineux de chaque côté. Le passage clu courant produit aussitôt un bourrelet qui s'avance vers le voile, et en même temps les deux lèvres internes des trompes sont portées en dedans et en arrière, ce qui ouvre le canal.
2° Le muscle péristaphylin interne, très nettement isolable, tire le bord inférieur du cartilage tubaire, en bas et en dedans, et ouvre ainsi l'orifice.
3" Le péristaphylin externe, très bien isolé, en se contractant écarte en dehors la paroi membraneuse à laquelle il s'insère.
Tous ces mouvements associés dans la déglutition ouvrent manifestement le conduit tubaire. Nous avons eu soin, dans ces expériences, de ne couper aucun des muscles creux du pharynx ou du voile, véritables digastriques, dont la section médiane antéro-postérieure aurait détruit l'action physiologique.
Chez l'homme, un muscle très actif, agent de la dilatation, est certainement le salpyngo-pharyngien, formé des fibres les plus élevées du constricteur dont nous parlions tout à l'heure chez le chien. Ce mus-
cle, bien décrit par M. Sappey, s'attache en effet chez l'homme à la pointe inférieure du bourrelet que constitue le bord postérieur saillant de l'orifice ie la trompe; dans la déglutition, ces fibres en anneau rapprochent leurs insertions et tirent le cartilage en arrière, d'où l'ouverture du conduit.
Le péristaphylin interne, chez l'homme, vu la longueur plus grande du cartilage tubaire, a ses fibres presque parallèles à sa direction. Mais, au niveau du pavillon, il se place en avant des fibres du salpingos-pharyngien, et soulève le bec du bourrelet, avant de s'épanouir en éventail dans le voile du palais. Il constitue véritablement la paroi inférieure de l'orifice tubaire, dont les deux parois latérales se sont écartées pour former l'infondibulum du pavillon. Aussi, dans sa contraction, ce muscle relèvet-il le bourrelet en même temps que le voile, et il l'écarté de la paroi tubaire antérieure en le portant vigoureusement en arrière; d'où l'effet dilatateur sur le pavillon. L'action du péristaphylin externe de l'homme porte surtout sur la partie la plus élevée de la paroi membraneuse de la trompe.
Par la rhincoscopie antérieure, on a pu constater parfaitement les changements d'aspect de l'orifice de la trompe d'Eustache pendant l'acte de la déglutition.
Zaufal en a donné une bonne description prise sur un sujet qui manquait du cornet inférieur (Annales du larynx et de l'oreille, mars 76).
En définitive, l'examen de visu a confirmé ce que l'anatomie avait pu faire prévoir.
La partie inférieure du cartilage est surtout le point mobile, et la déglutition porte cette partie en arrière, de façon à effacer la fossette de Rosenmuller ; de plus, la paroi triangulaire inférieure de l'orifice tubaire s'élargit, se creuse au même moment.
Sapolini (congrès d'otologie italien 4877) avait déjà remarqué qu'un moyen simple de faire péné-
trer facilement le bec du cathéter dans la trompe, consiste à mettre le bec de la sonde en regard du pavillon, dans son voisinage, et à faire exécuter un mouvement de déglutition au patient ; par l'action des muscles du voile, le bec est ainsi introduit presque spontanément (Annales des maladies de l'oreille et du larynx).
Les muscles du pharynx et du voile concourent donc à l'ouverture de la trompe au moment de la déglutition.
Expérience ix.— J'ai rendu tangible, pour ainsi dire, cette fonction de la circulation de l'air par les trompes d'Eustache vers les cavités de l'oreille moyenne, au moyen de l'appareil enregistreur de Marey.
Par la méthode graphique, j'ai pu obtenir des tracés des mouvements subis par la membrane du tympan sous l'influence de la déglutition, de l'épreuve dite de Valsalva, du cathétérisme, etc., etc. Je laisse de côté les applications à l'étude des faits morbides, et je mets seulement sous les yeux de l'Académie les tracés expressifs, que j'ai publiés dans la tribune médicale, 1878-79.
Ces tracés sont ceux que je montre à mon cours à l'école pratique ; les mouvements sont amplifiés, mais bien en proportion.
Tracé de la déglutition.— On voit que, à chaque déglutition, le trait s'abaisse légèrement et pendant un temps appréciable ; puis, tout à coup, le retour à l'équilibre a lieu d'un saut brusque. Le premier trait est, en général, 10 fois plus long que le crochet de retour, qui offre le plus souvent moins d'un millimètre.
Interprétons ce tracé :
Au 1er temps, doucement le trait s'abaisse; c'est le moment où les parois tubaires se décollent, où la caisse se vide d'air; le tympan s'enfonce et le trait marque cette aspiration générale : puis la lumière
est largement béante, Pair entre; le tympan revient à sa position, et le trait reprend vite la ligne
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