‹ De l'organicismeChapitre 19 sur 72 · APHORISME II · texte numérisé non relu

APHORISME II

L’âme ne saurait être malade.

Le reproche de matérialisme nous est donc continuellement adressé par les lycophrons orthodoxes qui professent le vitalisme.

Nous ne craignons donc pas de répéter que, autant que qui ce soit, nous reconnaissons une âme immatérielle, inaltérable, immortelle, exemple, par conséquent, de maladies, et étrangère à toute doctrine médicale. D’après la définition de l’Église, l’âme est un esprit pur, immatériel , immortel. Il est donc impossible qu’elle soit malade; immatérielle, elle est indécomposable; immortelle, elle est inaltérable. Nous rejetons donc toute espèce de maladies de l’âme, donc elle n’a rien à démêler avec les maladies; elle doit rester étrangère à nos études, et comme nous refusions de l’admettre dans nos conceptions médicales, on nous a taxé de matérialisme; ce reproche injuste et absurde ne prouve que la malveillance et l’inintelligence de nos adversaires.

Nous avons exposé précédemment de quelle

manière celle essence pure pouvait exercer quelque influence sur l’organisme, par exemple la volonté, la plus subtile de ses facultés, sur les contractions musculaires; les passions, par une action réflexe sur tous les organes de notre économie. Nous avons répudié son action, son intervention dans la production, dans la direction des phénomèns appelés vitaux. Mais là se borne notre exclusion. L’âme étant un pur esprit ne peut être un sujet clinique; elle ne prend part aux phénomènes pathologiques qu’en agissant comme cause. Or, ce n’est pas en cette qualité que nous devons la considérer ici.

La conclusion à tirer de celte proposition est pleine de conséquences utiles aux progrès de la médecine. En effet, si l’âme est inaltérable, lorsque des désordres s’observent dans ses manifestations, il ne faut pas les attribuer à l’âme elle-même, mais aux organes de ces manifestations. Il ne faut pas, comme le veut Morgagni lui-même, renoncer à chercher la cause de ces désordres dans l’organisme, puisque cest un être immatériel qui est malade; mais il faut, au contraire, chercher dans les organes altérables les causes sensibles de ces désordres. C’est là, en effet, qu’on en a découvert déjà un grand nombre, et c’est là qu’on les découvrira de plus en plus à l’avenir. C’est dans le cerveau et

ses dépendances que gisent les causes organiques de 1 aliénation mentale, c’est là qu’on doit les trouver, c’est là qu’on les trouvera, sauf cependant celles qui sont de nature à disparaître; mais leur nombre diminuera de jour en jour.

Page 1