APHORISME XII
Les sciences physiques et chimiques expliquent déjà par leurs lois générales un grand nombre de réactions qui s’opèrent dans l’organisme vivant.
Noiis avons cité précédemment les travaux si remarquables de savants chimistes, qui prouvent que dans l’organisme les réactions chimiques sont les mêmes qui s’observent dans la nature inorganique. Les discours que M. Poggiale a prononcés à l’Académie de médecine au mois de juin dernier ont mis cette vérité hors de toute contestation. Avec' une science admirable et une logique non moins puissante, M. Poggiale arrive à cette conclusion : « Qu’un grand nombre d’actes de l’organisme s’expliquent de la manière la plus satisfaisante par les lois des sciences physiques et chimiques, et qu’il n’est pas nécessaire d’avoir recours
a laclion de prétendues propriétés vitales pour les expliquer, parce qu’elles n’expliquenl rien. » C’est le virtus dormitiva. J’ajouterai que les actes qui, en apparence, semblent se dérober aux explications que donnent la physique et la chimie, ne doivent ces différences qu’à l’action de l’organisation et à l’intervention de l’innervation.
Citons encore M. Lehman, l’un des chimistes et des physiologistes les plus distingués de l’Allemagne, qui a écrit les lignes suivantes dans son Précis de chimie physiologique animale : « Comme on ne peut guère démontrer l’existence d’une force dite vitale, appartenant exclusivement aux corps organisés, tous les phénomènes propres aux êtres vivants doivent pouvoir s’expliquer par les lois de la physique et de la chimie ; ces lois seules nous donneront la clef des phénomènes de la vie. Aussi, dans un avenir peu éloigné, la physiologie animale sera-t-elle entièrement réduite aux seuls principes de physique et de chimie. »
Notre savant collègue, M. le professeur Gavarret, dans son excellent livre Sur la chaleur produite par les êtres vivants, dit : « Les travaux modernes ont heureusement renversé à tout jamais la barrière que Bichat s’elforçail d’élever entre les lois des corps inertes et les phénomènes des corps vivants. Tout le monde comprend aujourd’hui que les agents phy-
siques interviennent comme cause ou comme effet dans les fonctions de tout être vivant. »
« La vie elle-même ne peut être saisie que dans les actes de l’organisme, et ces actes, pour une grande part, relèvent des lois physiques et de la chimie. C’est ainsi que le sang veineux saturé d’acide carbonique laisse, par un simple jeu des forces physiques, échapper ce gaz qui est expulsé au dehors ; en même temps, sous l’empire des lois physiques et chimiques , l’oxygène se fixe sur les globules, etc. »
L’illustre M. Dumas n’a-t-il pas dit, en parlant de la théorie de Lavoisier, sur la respiration : Lavoisier est intact, impénétrable; son armure d'acier n a pas été entamée.
Je répéterai ici ce que je viens de dire : pour que ces réactions chimiques s’effectuent, il faut l’intervention de l’organisation et du système nerveux disposé pour l’action.
Si beaucoup de phénomènes dits vitaux ne trouvent pas leur explication dans les lois physiques générales, ce n’est pas qu’il soit nécessaire de recourir à des prétendues forces vitales, qui n’expliquent rien pour en rendre compte; mais bien de reconnaître que l’organisation et surtout l’innervation impriment à ces lois générales des modifications qui paraissent les contredire, mais que le
temps rangera certainement parmi les lois males.