APHORISME XIII
L’innervation est la principale cause des modifications des forces dans l’individu.
Lorsque nous avons admis les forces dans l’organisme vivant, on a pensé que nous admettions des qualités indépendantes de la structure des organes.
On nous a taxé de contradiction. Les principes clairs que nous exposions auraient dû nous mettre à l’abri d’un semblable reproche. Comme toutes les propriétés dites vitales, les forces sont le résultat de l’organisation.
L’influence presque illimitée que le système nerveux exerce sur l’organisme va nous servir à expliquer une multitude de phénomènes qui paraissent contredire les principes de l’organicisme, et que ses adversaires n’ont pas manqué d’invoquer et d’exagérer.
Sans doute les actes nerveux physiologiques et pathologiques ne laissent pas de traces après la mort, et ne doivent pas en laisser. Intermittents de leur nature, la modification organique qui les produit doit aussi nécessairement être intermittente; mais croyez-vous pour cela que ces actes nerveux
puissent se produire sans modification de l’organe nerveux? Est-ce possible? Tout ce qui arrive dans l’organisme, avons-nous dit déjà, est organique; mais par ce mot veut-on comprendre une lésion de texture, toujours persistante, visible et tangible? C’est là une fausse interprétation qu’on ne saurait nous prêter, après la définition que nous avons donnée de la lésion organique.
Par une disposition du système nerveux, les actes de l’organisme s’exercent d’une manière plus ou moins énergique. Celte disposition tient à l’état des organes nerveux eux- mêmes, et c’est cet état qui les rend plus ou moins aptes à remplir leurs fonctions propres, elles fonctions des organes auxquels ils se distribuent. Exemple : Un individu a le système musculaire peu développé, quoique sain; cet individu est cependant susceptible d’efforts bien supérieurs à ceux d’un autre individu pourvu d’un système musculaire bien plus volumineux et sain. D’où vient celte différence? Tout simplement de l’organe nerveux locomoteur; de la supériorité organique du cerveau et de la moelle épinière.
Maintenant, si l’on examine les causes débilitantes, il est facile de se rendre raison de la faiblesse de l’organisme.
Nous trouvons en première ligne des perles
abondantes de toule nature; les altéralions des fluides, et du sang en particulier; une réparation insuffisante, l’introduction dans l’organisme de substances toxiques, septiques, narcotiques, stupéfiantes, etc. Notre but n’est pas de les inscrire toutes. Il nous suffira de prouver que c’est en agissant sur les centres nerveux que ces causes débilitantes portent leur action. Les maladies agissent de la même manière.
El d’abord les pertes de toule espèce allèrent :
1° La composition du sang, qui devient moins riche, moins stimulant des organes nerveux; 2° affaiblissent directement l’action nerveuse, surtout quelques-unes d’entre elles; 3° allèrent môme directement la disposition moléculaire du système nerveux, ainsi que Georget le prétendait avec raison, lorsqu’il expliquait l’affaiblissement produit par les pertes séminales.
2° Une réparation insuffisante produit le même résultat. La diminution des principes actifs, nutritifs, réparateurs des pertes qu’entraîne l’exercice des fonctions, doit nécessairement porter vers le centre nerveux, comme dans le cas précédent, des fluides moins excitants, moins réparateurs; de là, faiblesse et collapsus.
3° Quant à l’action des substances hétérogènes introduites dans l’économie, ne savons-nous pas
qu’un de leurs premiers et constants effets est de jeter les individus dans un profond coliapsus? Le plus grand nombre des poisons, mais principalement de la classe des narcotiques et des stupéfiants, etc., produisent cet effet.
4° Enfin, les maladies; mais qui ne comprend que les maladies modifient non-seulement les tissus, mais les fluides, et qu’il est bien naturel que ces fluides cessent de jouir des propriétés réparatrices et stimulantes qu’ils possèdent dans l’état normal?
Ainsi, il est bien évident que les causes débilitantes ne sont telles que parce qu’elles portent leur action sur les centres nerveux. C’est donc des centres nerveux que dérive la diminution des forces; c’est aussi de là que provient leur augmentation, leur perversion et leur abolition. Mais il faut aussi tenir compte des changements moléculaires que ces causes déterminent dans les organes.
Les moyens d’augmenter les forces sont tous de nature à agir sur le cerveau sur-le-champ, immédiatement, ou d’une manière médiate et éloignée. Parmi les premiers, nous trouvons un régime excitant, les aromatiques, les vins généreux, les alcooliques pris dans des limites convenables; parmi les seconds, un régime alimentaire, substantiel, fortement réparateur. Les effets des premiers se font sentir presque aussitôt après avoir été ingérés; ces
substances absorbées se portent sur les molécules nerveuses et les excitent aussitôt; l’individu faible et abattu, un instant auparavant, se trouve dispos et capable de tous les actes qu’il pouvait remplir dans les temps ordinaires. Voilà ce qui arrive dans les circonstances physiologiques.
Dans l’état de maladie, les choses se passent à peu près de la môme manière.
Les maladies altèrent l’hématose, et toutes les les sécrétions, tous les fluides; ces changements et ceux que la douleur apporte directement dans les organes nerveux, agissent d’une manière analogue aux précédentes et déterminent une prostration plus ou moins grande, plus ou moins rapide dans l’organisme.
C est donc en définitive des centres nerveux que dépend l’état plus ou moins grand des forces de l’individu, et il est complètement inutile d’invoquer 1 existence de quelque propriété particulière pour cela. Nous devons encore reconnaître comme cause d’aflaiblissement les altérations survenues dans les molécules organiques. Les tissus se détériorent par l’effet des maladies; les membres et les viscères s’infiltrent; dans le scorbut, ils se pénètrent d’un sang défribri né, et cet état des organes s’ajoute à l’état de l’innervation ou réciproquement, et ces causes organiques sont plus que suffisantes pour
rendre compte de l’état de faiblesse générale qu’on observe dans les maladies.
De même, d’où vient que dans une même maladie un individu réagit puissamment et un autre est jeté dans la prostration? N’y a-t-il pas là la preuve de l’existence de propriétés particulières, d’une somme plus grande dans l’un que dans l’autre? Non, sans doute, et une simple inégalité dans l’état du système nerveux nous paraît suffire pour expliquer celle différence.
Ainsi, l’état des forces ne dépend que d’une disposition organique du système nerveux, et d’un état particulier des solides et des fluides.