‹ De l'organicismeChapitre 3 sur 72 · IG · texte numérisé non relu

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a tout produit. Hélas! il n’en a rien été, et les critiques (il est vrai, sans prendre la peine de nous lire, ainsi que nous le disions déjà dans une précédente publication), n’ont pas craint d’attaquer des propositions citées par nous pour être combattues, et dont la réfutation existait un peu plus loin , pour se donner ainsi l’apparence d’une victoire facile. Je ne citerais pas ce fait, s’il n’avait entaché la critique de l’un de nos plus habiles, de nos plus savants antagonistes.

Les progrès que les travaux modernes ont accomplis ont déjà éclairé tant de points obscurs, ont fait rentrer sous les lois de la physique et de la chimie générales tant de sujets qui paraissaient s’y soustraire, qu’on est autorisé à dire que tous les mystères s’expliqueront un jour. L’urée obtenue artificiellement présente la même composition que l’urée fournie par l’urine ; M. Berthelot a pu recomposer par voie de synthèse les principes immédiats des graisses animales.

« 11 résulte des beaux travaux publiés depuis vingt-cinq ans par MM. Dumas, Liébig, Boussingault, Payen, Persoz, CL Bernard et tant d’autres, que les substances alimentaires de l’homme et des animaux se divisent en deux grandes classes : en aliments azotés et en aliments non azotés; que les premiers sont chargés de la nutrition de nos or-

ganes et que les autres sont brûlés dans l’économie, se transforment en eau et en acide carbonique et produisent ainsi la chaleur animale. (Idem.)

Les tissus organiques éprouvent eux- mômes dans l’économie des transformations continuelles et donnent naissance à tous les produits d’oxydation, tels que l’urée, l’acide urique, etc. Comment concevoir que ces transformations puissent s’opérer autrement que par des réactions chimiques?

« Dire, par exemple, que la digestion se fait sous l’influence du suc gastrique et de la force vitale, c’est ne donner aucune explication, fait observer avec raison M. Mialhe; mais si l’on fait voir, au contraire, qu’elle dépend des acides de l’estomac, des ferments salivaire et gastrique, et d’un certain degré de température; si l’on prouve que ce qui se passe dans la cavité organique de l’estomac peut également avoir lieu dans un vase inerte, que, par exemple, l’amidon se transforme en sucre dans les deux cas; si l’on tient compte de toutes les circonstances qui président aux phénomènes digestifs, on aura réellement démontré que l’acte de la digestion repose sur des réactions chimiques, et on aura fait un grand progrès, en écartant ce mot de force vitale, si vide de sens ! »

Nous pouvons ajouter à ces preuves, et à beaucoup d’autres que nous taisons, l’admirable théorie

de la respiration par l’illustre fondateur de la chimie moderne.

« Lavoisier démontra le premier que dans l’acte de la respiration, l’oxygène de l’air se combine avec le carbone et l’hydrogène du sang, pour former de l’acide carbonique et de l’eau; il prouva aussi, dans des mémoires immortels, que la production de l’eau et de l’acide cabonique était la source de la chaleur animale. Cette grande vérité a été confirmée et développée depuis par les beaux travaux de Dulong, de MM. Despretz, Boussingault, Régnault et Reiset, malgré l’opposition de Bichat, de Brodie de Chossat. »

Les exemples que nous venons de citer suffisent pour démontrer la puissance des réactions chimiques dans les actes appelés vitaux. Et l’on peut dire avec Magendie : « Je ne puis concevoir comment on peut soutenir l’idée qu’entre les lois qui régissent les corps vivants et celles qui règlent les corps inertes, il existe une ligne de démarcation qu’il n’est pas permis de franchir. 11 est vrai qu’il .en est des raisons très-péremptoires. Ainsi les hommes les plus savants en médecine sont souvent étrangers aux notions les plus simples de physique et par cela même sont incapables de comprendre l’importance qu’on doit attacher a celte science. » Mais, nous dira-t-on, comment se fait-il que le

corps humain opère ces transformations? N’est-ce pas au moyen de la force vitale? L’organisme aurait-il, sans cette force, le pouvoir d’opérer ces réactions? Il nous est facile de répondre à cette difficulté : Cette puissance d’agir réside dans l'organisation. A l’organisation seule, dans un certain état de composition, appartient la faculté d’opérer les changements nécessaires à sa conservation.

J’ai dit dans cet ouvrage ce que je crois être vrai, bon et utile. L’expérience de plus d’un demi-siècle a prouvé que j’avais raison. Des travaux innombrables ont enrichi la science, inspirés par l’organicisme. — C’est là un magnifique résultat et, j’oserai le dire, la preuve de la vérité de ces principes. Nous attendons les découvertes du vitalisme et du spiritualisme.

Mon plus vif désir est de n’offenser personne; or, comme les auteurs s’irritent naturellement des critiques que l’on adresse à leurs ouvrages, le plus sûr moyen de ne pas les offenser est incontestablement de ne pas attaquer leurs écrits. Pour atteindre ce but, nous avons cherché dans des auteurs anciens les doctrines remises en lumière par les écrivains modernes et que nous voulions combattre; mais pour éviter jusqu’à l’apparence de l’injustice, et repousser le reproche de faire peu de

cas de ceux-ci, nous avons pensé qu’il convenait de les citer, lorsque ce qu’ils avaient écrit méritait d’être loué.

En effet, à quoi sert pour la science d’attaquer des personnes qui peuvent être très- estimables d’ailleurs, et de suivre l’exemple des Yadius et des Trissotin, en appelant ses adversaires du nom d’ignorants, de sols, de stupides, d’esprits infimes, de bélîtres, de pauvres tètes, etc. Cela donne-t-il quelque force aux arguments qu’on fait valoir? cela fait-il que l’on ait raison? Qu’est-ce que cela prouve? Certes, cela ne prouve pas que vous soyez des esprits supérieurs à d’autres yeux qu’aux vôtres. Les injures ne font tort qu’à ceux qui les disent.

Lorsque pour soutenir un système on a de bonnes raisons à donner, on n’a pas recours aux injures et aux grossièretés; on expose simplement et convenablement ses idées, et on laisse faire à la vérité et au temps. Les injures ne peuvent faire que l’erreur soit la vérité et celle-ci le mensonge. Cette manière d’attaquer ses adversaires nous ramène au bon temps de 1830, où toute personne qui n’était pas de l’avis d’une certaine coterie était traitée de Géronte, de perruque, de momie; où Voltaire était une ganache et Racine un polisson; ou bien encore de nous faire reculer jusqu’au

moyen âge, où les disputes scientifiques étaient émaillées de si touchantes aménités.

Dire que des idées et des expressions sont vieilles et surannées, ce n’est pas dire qu’elles soient mauvaises, cela veut dire que l’esprit paresseux des générations se refuse à les examiner, à les approfondir de nouveau et à plusieurs reprises, et trouve plus facile de les nier et de les rejeter. Non. Ce qui est vrai ne vieillit jamais. La vérité a le privilège d’une éternelle jeunesse. Ce ne sont pas les systèmes vingt fois tombés qui peuvent le réclamer pour eux.

Quand il s’agit d’idées utiles qui ont produit depuis plus d’un demi-siècle tout ce qui s’est fait de bon, de grand, de beau, de glorieux, on est mal venu de s’opposer à leur triomphe, parce qu’elles heurtent les nôtres, de garder un injurieux silence sur leur auteur, ou de l’attaquer par de perfides insinuations; ce n’est pas seulement là un tort littéraire, c’est une faute, c’est une mauvaise action. Quand le système que vous soutenez n’a jamais rien produit de bien ni de bon, et a prouvé toujours, en tous lieux, dans tous les temps, et surabondamment son impuissance et sa stérilité, on joue le rôle ridicule de l’eunuque du sérail en s’opposant à l’admission du système contraire. Il serait plus beau, plus louable de chercher à s’éclairer, à s’ins-

truire consciencieusement, que de déclarer une doctrine vicieuse, erronée, vieillie, tombée, etc., lorsque nous ne nous sommes pas donné la peine de l'étudier.

Pour qu’on ne dise pas que nous attribuons à nos adversaires des torts qu’ils n’ont pas, pour prouver ce que nous disons, nous avions choisi entre mille les passages des auteurs vitalistes où l’organicisme est en butte à des expressions peu flatteuses, et où l’auteur est traité avec assez d’irrévérence; et, bien que nous fussions dans un état de légitime défense, et, qu’attaqué, nous eussions le droit de repousser ces agressions, nous n’avons pas hésité à supprimer un grand nombre de ces citations pour ne pas blesser nos antagonistes. Cependant, comme on pourrait croire que nos plaintes sont exagérées et injustes, nous laissons subsister quelques citations qui doivent suffire pour notre but : ah uno disce omnes.

« Les anatomistes et même les psychologistes

du xix‘' siècle ne voient dans les corps rien autre chose que la matière, et pour eux l 'âme et le principe vital ne sont que des rêveries absurdes. Le corps se meut parce que la matière organique a la propriété de se mouvoir d’elle-même : four certaines pauvres têtes même, le cerveau pense, et cela parce qu’il est organisé pour penser, comme le foie

pour sécréler la bile, et le poumon pour respirer. C’est là surtout la doctrine actuelle de l’école médicale de Vienne, et de toutes les écoles qui, le microscope d’une main et le creuset de laulie, veulent sonder par celte méthode purement physique et expérimentale, les secrets les plus intimes de la nature... Comme si la nature des choses s’arrêtait à la structure, à l’instrumentation, à l’organisation.— Pauvres intelligences !.. . dans quel abîme sont-elles plongées! Mais où est donc la source d un semblable scepticisme, d’un matérialisme si excentrique... sinon dans un manque d’études sérieuses en logique (1)? »

Voyez avec quelle bonne foi on ajoute la négation de l’dme au nombre des négations des organicistes pour baser, par une logique irrésistible et bien étudiée, le reproche de matérialisme qu’on leur adresse! et avec quelle modestie et quel atticisme on traite de pauvres têtes celles qui ne peuvent s’élever au sublime niveau de ces génies. Injuriez, injuriez, mes bons amis, c’est de la bonne tradition. Mais, de bon compte, est-ce que vous vous croyez supérieurs à ceux, non, qui ne vous comprennent pas, si obscurs que vous soyez , mais qui nient et repoussent vos opinions absurdes?

* Trad. de G. K. Stahl, tome II, p. 27.

La citation suivante n’est pas de nous, elle est empruntée à un fort bon article de Wnion médicale :

« Il est un reproche banal que nos adversaires ne cessent de répéter, c’est que la méthode expérimentale rétrécit l’esprit, abaisse l’intelligence, dégrade lame, éteint dans l’homme toute lumière supérieure, toute énergie virile, et conduit à un matérialisme abrutissant. Ce reproche a été repoussé avec trop de noblesse et de dignité par M. le docteur Tartivel pour que nous résistions au désir de citer ses dédaigneuses et éloquentes paroles.

« La philosophie expérimentale abaissant les intelligences et dégradant les âmes, et comment? et pourquoi? Cultiver son intelligence, est-ce l’abaisser? Observer les phénomènes de la nature, en étudier les rapports, en déduire les lois, est-ce dégrader son âme? Chercher la vérité, sincèrement la vérité et pour elle-même, par la méthode qui a créé toutes les sciences, éternel honneur de l’esprit humain, dont nous admirons tous les jours les applications fécondes et merveilleuses dans toutes les directions de l’activité humaine, est-ce s’engager dans la voie qui conduit à la perdition intellectuelle et morale? Le progrès des sciences d’observations doit-il avoir pour dernier terme l’enfantement d’une

société de crétins et de scélérats?.... 11 faudrait en finir avec ces accusations banales et fausses, par lesquelles certains partisans du dogme spiritualiste cherchent h jeter du discrédit sur les doctrines et les adeptes de l’école expérimentale. Non, celte philosophie ne conduit ni à rabaissement intellectuel, ni à la dégradation morale, et il est vraiment triste de voir que, malgré les vivants démentis donnés tous les jours à celle calomnie, elle renaisse sans cesse, hydre aux mille têtes, pour souiller de son venin les plus belles intelligences et les plus nobles âmes. » Mais ne sait-on pas depuis des siècles que celte manière de discuter est le partage, le patrimoine de certaine secte dont les armes sont l’hypocrisie et l’injure?

« La doctrine organicienne, dit encore M. Tartivel, est un édifice bâti sur le roc, dont le temps affermit de plus en plus les assises profondes; les vents du spiritualisme et de l’ontologie auront beau souffler sur lui, ils ne l’ébranleront pas. L’organicisme est accusé de n’avoir ni principes, ni philosophie, de n’être pas une science ; il lui suffit pour se défendre de montrer ses œuvres, comme à Sophocle accusé de démence, il suffit de lire devant ses juges, pour tout plaidoyer, sa tragédie d ’OEdipe à Colonc. »

Oui, nous avons dit la vie et les prétendues

forces vitales sont le résultat de l’organisation. L’organisation est la cause de tous les phénomènes dits vitaux que nous observons; celui qui a créé l’organisation lui a donné en même temps la faculté d’exercer une multitude d’actes qu’on a à tort attribués à des forces spéciales variées, suivant les effets produits.

Qu’on nous pardonne de citer encore quelques passages des écrits de nos antagonistes pour faire juger leur manière de raisonner. Qu’on n’oublie pas que nous sommes dans le cas de légitime défense. Gela nous paraît curieux dans le siècle où nous vivons; siècle de bon sens, nous dit-on :

« L’affirmation première de Y organicisme est celle-ci : La vie ne peut être séparée de l'organisation, ni les forces isolées de la matière, ni les fonctions observées en dehors des organes. On ne peut les voir, les toucher, les saisir matériellement par quelque côté que ce soit. Rien de plus vrai; si l’on pouvait physiquement voir et toucher la vie et les forces, celles-ci ne seraient plus ni forcés, ni causes de mouvements . Oh! la cause etles forces s’atteignent par le sens intellectuel; elles ne sont pas du domaine sensible; les phénomènes, les effets réalisés parla cause tombent seuls dans ce domaine, et s’y présentent à nos perceptions externes. Il est donc certain, nous ne voyons ni ne touchons la vie et les

forces, isolées de l'organisation el de la matière. De ce fait, voici la conclusion de l’organicisme : La vie et les forces que nous ne pouvons voir el toucher n 'existent pas comme cause, comme existence réelle; elles existent seulement comme résultat de l’organisation et de la matière ! — Mais, sans aucun doute. »

« Quelles conséquences étranges, et que va devenir le milieu scientifique où elles se produisent? Quoi! il n’y a de réel que ce que l’on louche? la cause n’est qu’un vain mot, parce que nulle part on ne louche une cause? Par cela qu’un fait est inséparable dans sa manifestation d’un autre fait qu’on ne l’isole pas, il s’ensuit qu’il découle du fait, auquel il est nécessairement associé? Voyez où conduisent ces façons inattendues de raisonner : Une cause, une activité n’existent pas sans se produire en effet, sans se développer en phénomènes; donc la cause et l’activité n’existent pas et résultent de l’effet et du phénomène ! Une cause n’existe pas sans s’appliquer, sans se réaliser dans un composé qui la manifeste en action : donc la force n’existe pas et résulte du composé! Une unité, le principe, l’idée d’unité n’existe pas sans se réaliser pour nous en une quantité quelconque, laquelle est toujours une multiplicité, un nombre si minime qu’il soit; donc l’unité n’existe pas et résulte de la plu-

ralilé! Enfin, pour résumer toutes ces équations, l’infini n’existe pas sans se réaliser dans le fini, sans se développer infiniment en quantités déterminées; donc l’infini, c’est-à-dire l’existence, principe, source active et féconde de toutes les existences, l’infini n’existe pas et résulte du fini! » OUF! et voilà pourquoi votre fille est muette, 718 pages de ce style! N’est-il pas vraiment heureux d’être combattu par un pareil chef-d’œuvre d’analyse et de logique?

Allons plus loin. « La vie est, dit- on, le résultat de l’organisation. Mais celte organisation d’où provient-elle? qui l’a conduite à son évolution, quelle force a présidé à sa constitution, qui l’a faite organisation? On ne peut pas ne pas répondre : La vie. La vie serait donc le résultat d’une organisation qui n’a pas pu se développer sans elle? elle serait résultat et cependant cause constituante de ce qui doit la produire en résultat! Quel enchaînement de contradictions ! » Sans doute, mais qui a dit que l’organisation dépendait de la vie? et qui a jamais fait de semblables raisonnements, sinon les vitalistes?

Et ceci : « L’organicisme est un mal perfide qui corrompt les esprits peu sûrs d’eux-mêmes, par la facilité trompeuse de ses images, par l'apparente clarté de ses explications, par Y infériorité même

de ce monde qu’il compose de toutes pièces, dans lequel il nous transporte sans fatigue, et où nous trouvons tout à notre portée. L 'infimité de ces prétendus principes de V organicisme en augmente la redoutable influence, et loin de dispenser de réfutation, ne fait que la rendre plus nécessaire *. »

Nous pensons, en effet, qu’elle est plus nécessaire que jamais.

Nous apprenons avec une vive satisfaction que l’Allemagne savante , que nous étions habitués à considérer comme sous le joug de l’obscurantisme, a abjuré aujourd’hui la philosophie de Kant ; le transcendantalisme de Schelling et de Hégel. Méprisant aujourd’hui toute vaine doctrine, toute hypothèse, toute vaine discussion, elle entre avec une admirable résolution dans la voie solide de l’observation et de l’expérience , c’est-à-dire de l’organicisme sans lequel il n’y a ni observation rigoureuse ni expérience satisfaisante. Et qu’on ne fasse pas intervenir ici le vitalisme comme on n’a pas craint de l’associer, dans ce dernier temps à l’organicisme, sous le nom d’organicisme vitaliste, ou de vitalisme organiciste. Ces deux idées hurlent de se trouver ensemble ; à moins que par la première

' Principes de Pathologie générale , par P. M. Chauffard.

expression on n’entende par organicisme vitaliste, que l’organicisme est la cause du vitalisme, auquel cas ce serait le véritable organicisme.

De l’aveu de ses adversaires, celte doctrine séduit par sa clarté, sa simplicité, et la logique rigoureuse de ses déductions ; mais peu touchés de ces qualités , ses ennemis ont pris la mission, non pas de la combattre, mais de la dénigrer.

Elle a eu l’insigne bonne fortune d’être attaquée par des auteurs obscurs, prolixes, et passablement ampoulés, dont les critiques n’ont servi qu’à faire éclater la clarté, la simplicité de scs principes, si satisfaisants pour l’esprit et la raison.

Nos adversaires ont encore combattu nos doctrines par des objections qui ne sont que puériles telles que celles-ci :

« Ce qui prouve que la fonction peut être lésée sans l’organe, ce sont les battements de cœur qu’une course ou une émotion produisent: où est la lésion organique ?

« Un individu perd connaissance, on lui asperge de l’eau froide sur la face , il revient à lui : où est la lésion organique?

« On lui enlève l’air respirable, il est asphyxié, où est la lésion organique? Dans les névropathies locales et passagères où est la lésion ?

« Dans les névroses, où est la lésion? une indi -

vidu est blessé, ou bien son état, quel qu’il soit, exige un repos absolu, certes l’immobilité est bien fonctionnelle, et après un certain temps, le membre s’engorge et s’ankylose; est-ce que la lésion locale n’a pas été précédée de la lésion fonctionnelle? » Nous avons souvent répondu et nous répondrons encore à toutes ces niaiseries, et à bien d’autres encore de la même farine qu’on nous objectera.

Ce que nous venons d’exposer sommairement sera développé et commenté dans le cours de cet écrit. Ces propositions émises ici seules, sans commentaires, seront exposées avec les développements que nous jugerons convenables et propres à les faire accepter par les bons esprits qui voudront bien prendre la peine de fixer sur elles leur impartiale attention.

Lorsque je publiai, il y a près d’un demi-siècle, les premières lignes de l’organicisme, et que j’en fis l’application dans mes cours de clinique, le succès inespéré qu’elles obtinrent me fil croire que des vérités aussi claires n’avaient pas besoin d’être défendues, qu’elles se défendaient assez par ellesmêmes. Hélas! je méconnaissais les influencés des préjugés, des habitudes, de l’envie, du désir érostratique de se faire une renommée sur les ruines de la raison, et par-dessus tout, sur l’indifférence et l’incurie des critiques qui aiment mieux tran-

cher une question qui les gêne, que de se donner la peine de l’approfondir. Les difficultés de faire adopter ces principes est aujourd’hui encore la même; les objections, toujours les mêmes et cent fois réfutées, se reproduisent encore aujourd'hui, toujours vivaces, toujours opiniâtres; tant il est difficile de faire adopter des idées, si simples et si claires qu’elles soient, quand elles heurtent celles avec lesquelles la génération a été bercée! C’est l’histoire de l’esprit humain. Quelle est l’innovation qui n’ait suscité les oppositions les plus violentes et souvent de cruelles persécutions? N’y a-t-il pas eu toujours des gens, des sectes intéressées à étouffer la lumière naissante? El ces gens et ces sectes, infatigables dans leur mauvais vouloir, n’ont-elles pas eu recours jusqu’à la mauvaise foi, jusqu’à la calomnie? N’ont-elles pas dénaturé le sens des écrits qui les offusquaient pour se donner plus facilement la victoire? Eh bien ! n’est-ce pas l’esprit de nos jours?

Cependant, malgré tous ces obstacles, l’organicisme a fait d’immenses progrès, ses principes se sont infiltrés dans la pratique de la plupart des médecins modernes de tous les pays, de toutes les écoles.

La tombe va bientôt se fermer sur moi. Mes principes se défendront seuls. J ai la conviction

inébranlable d’avoir écrit ce qui est vrai. Je meurs avec la persuasion qu’un jour viendra où l’organicisme versera sa lumière sur toutes les écoles, où il régnera universellement au grand jour, ouvertement, où il n’y aura plus de honte à le confesser et à rendre publiquement justice aux auteurs qui l’ont les premiers proclamé.

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