‹ De l'organicismeChapitre 35 sur 72 · APHORISME XVII · texte numérisé non relu

APHORISME XVII

Une lésion ou modification d’organe est indispensable pour la production de quelque modification fonctionnelle.

Et pour arriver tout de suite à la plus grande de toutes les difficultés, je dirai que pour la manifestation d’une fonction physiologique, l’organe fonctionnant est nécessairement modifié.

Mais ces modifications ne sauraient subsister toujours (au moins dans les fonctions intermittentes et passagères), car si elles subsistaient toujours, les organes seraient toujours en exercice et fonctionneraient sans cesse, ce qui n’csl pas: donc les symptômes de ces maladies intermittentes ne sont que des actes organiques intermittents.

On nous a fait des objections qui doivent trouver leur place ici :

Un individu s’anime dans une discussion, la face devient rouge, vullueuse, les yeux s’injectent, les artères temporales battent avec force et vitesse, les oreilles bourdonnent, etc. Ici, nous dit-on, l’altération ou l’exagération de la fonction a précédé la congestion de l’organe: donc l’altération de l’organe ne précède pas toujours le symptôme et elle en est quelquefois précédée. Mais d’après l’aveu même de nos adversaires, celte congestion n’est pas une maladie ! La discusion venant à cesser, tout rentre dans l’ordre, et la congeslion disparaît.

Autre exemple: une fatigue exige le repos; le mouvement cesse, la fonction ne s’exerce plus, et au bout de quelque temps, le membre s’engorge, l’articulation s’ankylose, voilà une altération locale précédée d’une altération fonctionnelle.

Le désir de blâmer peut seul avoir inspiré l’une et l’autre de ces objections. Mais il faut que celle passion aveugle bien l’intelligence pour qu’elle donne le courage d’émettre de semblables propositions.

Où trouve-t-on ici la lésion fonctionnelle précédant la lésion de tissu?

Prend-on le repos de l’organe pour une lésion fonctionnelle?

Prend-on l’animation, l’excitation cérébrale, pour une maladie de la fonction?

Prend-on la turgescence de la face pour une maladie?

Ne sait-on pas que l’abus des fonctions, c’est-àdire le repos trop prolongé des organes, l’exercice trop actif de ces organes sont des causes de maladies?

Ces états sont des causes pathogéniques mais ne sont pas des maladies. Lorsque ces causes agissent, la maladie, c’est-à-dire la lésion locale, n’existe pas; elle se développe par trop ou trop peu d’action ; mais le trop ou trop peu d'action n’est point un étal morbide; il ne saurait être considéré comme tel, c’est un état physiologique.

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