ANIMISME. STAHL
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Pour expliquer les actes de la vie, cette doctrine fait intervenir dans les corps organisés un principe existant par lui-même et propre à les animer. 211e admet que c’est l’âme intelligente qui est chargée de la production de ces actes vitaux ! Son ntervenlion dans la sanguification, la digestion, les sécrétions, la nutrition, en un mot, constitue la doctrine de Stahl. Toutefois, il n’en était pas l’in- /enteur, et il s’est évidemment servi des doctrines qui déjà se faisaient jour dans les écoles, au moment de ses éludes ; et peut-être faudrait-il remonter jusqu’à la nature, tpû<7t ç, d’Hippocrate pour en itrouver la première origine.
Oplimenempe intelligenda in corporum viventium negotiis venit antigua ilia et utique Aristotele prior ab ipso prolata, sed male applicata , naturæ definitio, ,'QUOD SIT PRINCIPIUM MOTUS ET QUIETIS, etc., ubi Cei'tC liuidquid ita ut yvoiybi) xoù wept xr,; fvoîwç considerandum ' lut tractandurn apparuerit, etc. »
Ce qu’on n’a pas assez remarqué, c’est que Stahl lui-même ne part pas de l’âme comme d’un principe
' C’est dans sa thèse inaugurale : De sanguine in carpore •^emel formato; léna, 1664, que Stahl publia ses premières idées sur sa doctrine.
général, et dont il faille d’abord convenir pour en déduire par une série de conséquences, tous les phénomènes ( motus organicos ) de l’organisme; mais il part de ces phénomènes, les étudie en eux-mémêmes , dans leurs rapports réciproques , dans les conditions de leur production, il les rapproche, il y saisit les caractères spécifiques qui les distinguent de ceux que les corps organiques présentent aux chimistes et aux physiciens; enfin il les rattache, par induction, à une cause substantielle, différente delà matière organique (Dezeimeris).
Les principes fondamentaux du système de Stahl sont que l’âme raisonnable préside à la conservation du corps.
Natura animalis est ; principium agens, vitale, activum in corpore; est rectrix vitalis spontanea energia, et melhodus naturalis medendi morbos , prœstans vitam ; sed nil, nisi anima, est natura
Anima vitalium actionum rectrix est, sed animus est semper sciendi avidus , ratîocinandi , occupatus in assequenda intimiore rerum essentia . ( Theor . med
ver a) 2.
Anima prœses actionum.
• Georgii-Ernesli Stahlii Theor ica medica vera, etc. Halæ,
* Medicinæ dogmaticae systematicæ, sect. 1, quam cons 1 physiologia.
On trouve aussi cette phrase dans la dissertation inaugurale de Stahl, De intestinis : « La disposition janatomique de la tunique nerveuse des intestins... ne peut absolument rien sur le mouvement péristaltique imprimé aux aliments par les intestins. 'Nous croyons plutôt devoir rapporter cette influence à Vâme, et à son action immédiate, comme étant, dans le. corps de l’homme, la double cause efficiente de tout mouvement et comme étant la seule capable d'agir au choix de sa volonté. »
Depuis Hippocrate les médecins ont admis l’opi inion qu’il existait, dans l’organisme, un principe iqui résiste aux causes morbifiques dont il est meinacé, et tend à modifier avantageusement et à détruire même les changements morbides survenus dans le corps humain. C’est la force médica- ! trice et conservatrice d’Hippocrate. Nous verrons plus bas ce qu’on doit entendre par cette force. Nous ferons seulement remarquer, avec M. Lordal, que son admission conduit fatalement à l’expectation. Stahl va plus loin, il admet que l’âme rationnelle, intelligente, agit seule indépendamment du corps et que sans l’incitation de l’organisme, elle a le sentiment du danger dont elle est menacée, et produit des efforts propres à les conjurer ou à les détruire.
« L’engagement que les animistes ont pris ic
montrer que l’âme se conduit dans la production des actes physiques comme dans celle des actes moraux et de trouver partout des preuves de son intelligence et de sa prévoyance, leur a fait négliger ou interpréter arbitrairement un trop grand nombre de faits étrangers ou contraires à ce dessein. De plus, ainsi que nous venons de le dire, leur dogme essentiel réduit la thérapeutique presque à la nullité, puisque selon eux la plupart des maladies sont des efforts médicateurs, et que lame qui les exécute est toujours mieux éclairée que les médecins sur les besoins de son corps. » (Lordat, loc. cit .)
Malgré le génie de cet illustre médecin, il est facile de voir toute l’inanité de celle doctrine.
Nous ne prendrons pas pour la combattre nos arguments dans la classe des animaux vertébrés ou autres, inférieurs à l’homme, mais dans la classe des végétaux; les végétaux ont aussi des fonctions. Leurs racines absorbent, les vaisseaux séveux font circuler la sève, la font monter et descendre ; les feuilles respirent, elles absorbent l’oxygène et exhalent l’acide carbonique. Ils se nourrissent, ils grossissent d’années en années; leurs maladies guérissent; leurs plaies se cicatrisent, et, direz-vous que tous ces actes vitaux, analogues a ceux de l’homme, sont sous la direction d’une âme intelh-
>ente et rationnelle? Non, vous ne direz pas cela; 'ous direz que ces actes sont des motus organici, produits par la nature, et que ces mouvements organiques sont la suite de la structure, de l’organisation de ces végétaux.
11 ne faudrait cependant pas croire que Stahl fût aussi exclusivement animiste que l’ont dit ses successeurs, ses historiens et ses partisans. On trouve dans ses innombrables écrits des traces irrécusables d’organicisine. Et, sans aller plus loin, n’est-ce pas une chose singulière que cet écrit de son protecteur, dont il devint plus tard le rival, Commentarrius de differentia inter Hoffmanii doctrinam medico- ’MECANICAM , et G. E. Stahlii MEDICO-ORGANICAM ?
lEt n’est-il pas étrange de trouver au milieu de ses écrits des propositions de cette nature : Secundum temperamentorum diversitatem activitas vitalis etiam diversa est? et des chapitres intitulés ; De secretione et excrelione, ultimo vere formali vitæ organismo? Au reste, une chose plus singulière encore, c’est que Stahl, en cela, bien moins exclusif que les autres animistes , après avoir dit de ses propres écrits 4 : (Juamvis enim certo , inesse schediis sciam meis varia quœ,a nemine medico docto atqueperito improbari
1 De scnptis suis ad hune diem schediasmatibus vindiciœ quœdam, et indicia.
possint, sed ver a Iciude dignissima sint; ait déclaré dans la préface du Conspectus therapeiœ specialis que son principe général, son autocratie n’était pas indispensable. Etonnez-vous après cela que Cabanis en ait fait un matérialiste !
Tant s’en faut que tout l’animisine soit contenu dans ce que nous venons de citer, mais pour le but que nous nous proposons, nous pensons que cela suffit. Nous ne croyons pas qu’il soit nécessaire d’exposer la doctrine d’Aristote et de Platon avec les trois âmes dont ils admettent l’existence pour expliquer les phénomènes de la vie; la nature d’Hippocrate; Y archée de van Helmont, aussi peu acceptable que l’âme deStahl; l’air igné des pneumalistes; l’esprit de vie de Paracelse : la raison moderne a fait justice de toutes ces rêveries; mais peut-être conviendra-t-il de nous arrêter un moment sur les écrits de Bordeu, de Barthez, de Lordat, de Grimaud,etc. Quant aux ouvrages très-remarquables, d’ailleurs, d’auteurs plus récents, nous dirons seulement qu’ils se sont bornés à renouveler, avec quelque variété de formes et d’argumentation, les opinions anciennes et que nous ne croyons pas utile de les combattre individuellement.
Dezeimeris explique la ténacité des esprits à maintenir l’existence des principes animistes, spiritualistes et vitaux, par deux dispositions natu-
^lles de notre esprit, ou plutôt deux travers dont I ne se corrigera jamais : le désir de tout expliquer t la facilité avec laquelle on se paye d’un mot vide de sens pour s’épargner un aveu si cruel au dogmatisme : Je ne sais. Si l’on ajoute à ces disposions, communes à la plupart des hommes, une soi le l’exagération de l’instinct de causalité et une ceiaine prédominance des facultés de 1 imagination oour les créations métaphysiques, qui paraissent ;enir, chez un certain nombre de personnes, à quelque particularité de l’organisation, et que, pat conséquent, nul raisonnement ne saurait vaincre, on comprendra facilement combien peu il est pci mis d’espérer obtenir par des discussions l’abandon d’un système dans lequel on se complaît, dans lequel on s’admire, dans lequel on se sent fier de posséder un génie capable de pénétrer les mystères de notre existence, et d’expliquer les merveilles de l’univers. »