A. LEÇONS ORDINAIRES
Jours. — Les leçons ordinaires devainu (Ht e faites pendant riiiver^ entre la saint Rcmi et le premier dimanche du Carême ; elles commeDçaient le lendemain de la saint Denis ( 10 octobre ) 9 et se terminaient entre le 11 février et le lÀ mars, suivant la place de Pâques*. C'était doneen moyenne lAO jours, dont il faut déduire environ 18 dimanches et h7 jours de congé'. li ne restait donc pour les leçons ordinaires qae 76 joors environ.
Heures. — Les heures do matin jusqu'à la troisième heare ,
* Op«$ majusy p. 2, c. (ed. Jebb., p. $B) : Omois alla facultas
(autre que la Faculté do thé ' -io) atitur texta sno solo , et legitur textus in scholis , quod scito textu sciuntur omtUa, quœ perlinetU ad fmUlaiem , propter qmm textus sunt faclL
* S. N.P. 1329 (B. IV, m).
> J'ai relevé ces jours de cougé d'après les plus anciens calendriers qui nous aient été conservés. Us sont au nonibre de deux : l'un se trouve dans un fragment de livre de la Nation Picarde ( voir plus haut p. 36, noie 1 bis); Vautre est en tête d'un manuscrit de Gorbie, qui est à la Bibliothèque nationale (fonds Saint-Germain, 951); il est écrit sur parchemin et de la même main que les statuts imprimés par d' Achèry (spicilegium Vî, 381 sqq.) , et par du Boulay ( IV, p. ^125), Les indications de ces deux calendriers sont identiques pour le fond el pour la forme , sauf quelques variantes insignifiantes. Ces deufc calendriers donnent les jours de congé adoptés par rUniversité et les trois Facultés de théologie, de décret et des arts. On n*y trouve rien sur la Faculté de médecine. La féte de la saint Charlemagne, établie par Louis XI, n'est pas marquée sur ces calendriers. D'im aulro côté, on lit dans les registres de la Faculté de riiûdccine ( 27 janvier , registre I, p. 238) que l'Université avait décrété rtceinrnent f nujw antc ) que l'on fêterait la saint Antoine , la saint Romam et la suint Yves. Or, les deux calendriers n'indiquent pas
c'est-à-dire jusqu'à 8 ou 9 benres , étaient eidosif eBWBt ré-
sei vées aux leçoub ortiioaires. Les leçons commençaient avec le jour» et duraient sans doute une heure Âu xiv^ siècle, on commmençait beaucoup plus tard. Il en résoltait que les maîtres qui étudiaient en théologie étaient laeiactsani cours de cette Faculté , et que les écoliers employaient à dormir le temps le plus favorable à l'étude. La Faculté des arts décida, en i 367 ^ , que les maîtres commenceraient leur leçon quand les Cannes de la place Haubert sonneraieDt leur première messe , à la même heure que les bacheliers en décret et les médecins , c'est-à-dire dès le lever du soleil.
Salle!3. — La salle oii le maître faisait ses leçons était appelée gcholœ\ Au xiir siècle, chaque maître la louait directement et pour son compte \ Il pourvoyait à cette dépense en exigeant de chacun de ses déterminants une somme qui ne devait pas dépasser deux bourses, quel que fût leur nombre La graiHie affluence des maîtres et des étudiants aurait eu pour effet de faire mouler les loyers à des prix énormes , si le pape Grégoire IX n'eût pas imposé aux propriétaires de maisons l'obligation de se conformer à une taxe fixée par deux maîtres et deux bourgeois Il menaça même de Texcom-
de congé général pour la saint Antoine ( 17 janvier), ni pour la saint Romain octobre) ; et l'on trouvo à la saint Tves ( 19 mai ) : JVbii etmue^ Itgi aUeubi ; an lieu de la formule ordinaire : Ncn uiuur te aliquâ FacuUaie. Il en résulte évidemment que ces deux calendriers sont
antérieurs à Vii9.
* Cf. ch. III, §. 2. Les maîtres devaient d'ailleurs rendre aux leçons de la Faculté de théologie , où ils étaient pour la plupart étudiants. Cf. sur l'heure des leçons, infra ch. Il, ^. 2 G.
' B. IV, 41^. — Sur l'heure à laq\iqUe lisaient les bacheliers, en décret. Cl", infra p. ch. lU, §, % " Toujours le pluriel , même pour désigner une salle unique.
* S. U. {m{h. III, 195).
" S. F. A. i:^73(B. III, ^^20).— Le Mémoire contre Philippe de Thori n*e8t pas clair sur ce point. Il semble dire que les écoBers ne payaient qne les deux tiers d« loyer.
* BuUo 1351 (B. in, 1^3).
municatioD les ecclésiastiques réguliers ou séculiers qui refuseraient de se soumettre à la taxe Cette mauvaise volonté était plus fiacile h réprimer que les abus qui renaissaient sans eesse de la nature des choses. On ne peut régler invariablement les conditions de contrats renouvelés à chaque iostant par des volontés isolées et individuelles. Les maîtres enchérissaient lés uns sur les autres. Le propriétairei étant contraint de louer an prix de la taxe , sous peine de voir sa maison interdite pendant cinq ans, convenait avec un maître d'une location fictive qui le dispensait de louer désavantageusement h des membres de l'Université. Certains maîtres accaparaient plusieurs salles au nom de bacheliers ou de maîtres nouvellement reçuSj pour les sons^louer à des prix plus élevés. Bn vain la Faculté invoqua Pantorité de l'Université * et des papes pour remédier à ces abus ; elle ne put réussir à les extirper.
Vers la fin du xiu* siècle , les Nations supprimèrent cette eonenmnce qu'elles ne pouvaient régler. Les maîtres n'eurent plus la ftculté de louer leurs écoles individuellement et pour
leur compte particulier *. Chaque année la Nation distribuait à ses maitres les écoles ^ où ils devaient faire leurs leçons ordinaires* Les Nations ne mettaient rien de côté ; ellles n'avaient pas en réserve les sommes considérables qu'auraient demandé des acquisitions et des constructions; elles vivaient au jour le jour , et louaient la plupart des salles où se faisaient les cours ordinaires. Elles payaient avec un impôt levé sur les déterminants de chaque année. ËUes eurent recours au même expédient pour acquérir et pour construire
< BaUeiS37(B.in.l60).
* Le premier exem^e de cet usage se trouve dans S. N. F. 1505 ( B. IV.iOO).
* DUirUnUio tehnXarum est le terme officiel ( Cf. les registres de la Nation Anglaise à la saint llalhien).
-exiles salles mieux appropriées aux besoins de rcnseignemeut. Les écoles qui appartenaient aux Nations étaient situées rue du Foaarre'* Le mobilier était simple; il consistait eo une chaise à estrade^ et nn popitre pour le maître. La Nation ne le fournissait point en dehors de la me do Fonarre*. Les éco* liers étaient assis par terre, dans la poussière et la saleté ^ Quelquefois cependant, surtout en hiver» le sol était jonché de paille Vers IBdô et 1&52 , on commença à avoir des bancs; mais les cardinaux Ste. -Cécile et d'EstontevilIe réprimèrent ce luxe corrupteur; ils exigèrentque les écoliers fussent assis par terre, comme autrefois, pour éloigner de leur cœur toute tentation d'orgueil ^ Le prévôt de Paris autorisa en la Faculté à fermer la rue du Fonarre par une barrière» pour que le bruit des voitures ne troublât pas les eierdces. Les Nations n'avaient pas les clefs de leurs écoles ; elles étaient entre les mains du bedeau de la Nation de France \ Un porte-clefe {elaviger) ouvrait et fermait les barrières de la rue du Fonarre
A la fin de septembre , tous les maîtres qui avaient occupé des écoles pendant la précédente année scolaire , les résignaient à la Nation assemblée Les maîtres qui se proposaient d'enseigner pendant le prochain ordinaire demandaient
* Vkm Sfrofutaiiifi très-sooveDt avant le xv« siècle. Dante traduit ea.
effet vico degli Stranî. Plus tard, gécéraiement vfcm Slraminii,
« R. N. A. 137G, 5 octobre.
» R. N. A. 1570, 18 septembre.
* Cf. supra p. 62 note 6. C'est de cet usage que l'on dérive le nom delà ru© du Fouarre (fcurre). On y vendait de la paille ( R. N. A. lll 8 recto),
* Ut Qccasio superbiie a juvenibus %ecludatur (B. IV, 590, V, 573).
* R, N. A. im, 16 novembre. Elles fanot posées le 5 février 1405 ( ibid.). Cf. UD mandement da danpbin de mai 13S8 (Collection da Louvre m 237). Il était resté sans exécution.
' R. N. F. 1466 , 23 septembre ( Rein, sur les Bed., p. 42).
» C'était le bedeau do la Nation de France. R. N. F. 1473>ill mal- ( Rem. sur les Bcd., p. 37 ).
' R. N. A. 1371 , septembre (f« 28 ver^o).— H. N. F. l W , 3 octobre, . 1W7, 3 octobre.
à la Nation qu'elle leur accordât Ues écoles Les maîtres qui ii'avaieat pas encore enseigaé oa qai ataient ioterrompo , liayaieoi nne aorte de bienTenae en vin on en aigent*. Qaieonqae faisait partie de la Faculté ^ et avait satisfait à ces
conditions, avait Jroit une école'. Les plus belles écoles, celles de la rue du Fouarre , étaient données aux maîtres qui eonq^ent le plus d'années de régence \ Entre des droits éffani, le sort décidait ^ Quant aux antres maîtres » ils allaient chercher en dehors de la rue du Fouarre, des écoles dont la Nation s'engageait à payer le loyer *. Comme les leçons ordinaires se faiBaient en même temps, chaque maître avait ses écoles. Quelquefois des maîtres cédaient » avec Tapprol>ation de la Nation , leurs écoles à d'autres maîtres , à condition qu'ils pourraient les reprendre à une époque déterminée \ Les Nations se sous-louaient souvent des écoles K il arrivait souvent que des mattres demandaient des écoles, sans être sdrs d'avoir ou de garder des écoKers. IKautres fois, ils n'allaient pas jusqu'au bout du grand ordinaire. Les écoles vides ne fournissaient pas de déterminants pour en acquitter le loyer. Les Nations se trouvaient ainsi grevées par le caprice on la négligence de leurs maîtres. Les écoles situées loin de la rue du Fouarre > donnaient surtout lieu à ces abus , parce
* Sn^ppUeare pro icholii, est la fonnole ordinaire au xiv« siècle.
* R. N. F. , 31 décembre. — mi, 30 décembre. — En 1459 ( ^ avril), la Nation Allemande décida que les nouveaux régents paieraient Il B. par. (Mb. S* Kaase n^SO).
* R. N. A. 1577, septembre ( 9 recto) : Brant illœ snppUcatioiies — tanquam rigorosœ COncesâSe. — 1376, i% octobre : Nalio deliberavit qaod babere scbolas esset rigorosum, — Dans les registres, la prattqae est constamment d'accord avec ce principe.
* R. N. A. 1396, 2i septembre ( 26 recto); — 1392, il septembre. — R. N. F. ia09, "26 septembre (B. V, 889).
* R. N. A. 1376, septembre (f> 2 verso).
« R. N. A. 1396 , 21 septembre. — 1377, septembre ( f° 9 recto).
R. N. A. 1578 , 31 septembre.
> S. N. A. im^
qa'an ne j^uvait pas y surveiller les mattres aussi facilement. En 1S27, la Nation de France décida que les maîtres se chercheraient des écoles, autant que possible, dans la r«e do
Fouarre. S'ils en louaient ailleurs sans nécessité, ils ne recevraient pas de la Nation plus de 28 sous 8 deniers, pour le loyer \ Cinq mattres, élus dans les cinq provinces, visiteront avec le bedeau les écoles, pour savoir ceux qui enseignent sérieusement , et on ne paiera les écoles que pour les vrais régenis. Le bedeau devra dire lu vérité touchant les noms el les écoles des vrais régents; et on le croira sur parole , à moins qu'un maître ne prouve le contraire. Ën 1329 % la Nation picarde décida qu'elle ne paierait que pour les écoles situées dans la rue du Fouarre, ou aux environs, et exclusivement allectécs à l'enseignement et à la dispute. Klle prit une mesure que toutes les autres Nations imitèrent. Tous ceux qui demanderaient des écoles, durent promettre qu'ils enseigneraient sans interruption pendant tout le grand ordinaire. S'ils Interterrompaient , le loyer des écoles restait à leur charge ; ils devaient présenter uu répondant qui s engageât solidairement avec eux S
Costume. — Les mattres devaient faire les leçons ordinaires, en robe noire, avec capuchon fourré de menu-vair ^
OuBT DB8 LEÇONS ORDiNAiBES. — Les livres prescrits en 1215, par Robert de Courçon, pour les legons ordinaires , sont la grammaire de Priscien , et les traités compris dans rOrganon d'Aristote ^ La bulle de Grégoire IX (12^1) ne
s Ponerc fîdcjtmoret. Donner des répondants, fournir caution. Cf. tt. N. Â. 1395, 31 septembre , etc.
• Vet. Stat. ( B. IV, 425 ) : Cum capulio fourralo de minulis-variis.
" Libros AricfoLelis (îo Diaicclicà tam (îo veieri quàm de novâ ( B. lU, 82). Le iwA velus lofiira ost ainsi (i^'voloppé S. F. A. l^iM ( B. 111, 280) : Veterem logicanj Porphyrii, Pririlu amcntorum , Perierminias, Divisionum et Topicorum Boetii , cxcepto quarto. — rnOn, Vivès ( de Gaws/s
changea rien à ces dispositions. Les ouvrages métaphysiques d'Aristote» condamnés en 1216, étaient encore suspects en 1281 \ En i^bà 9 ib étaient entrés officieHement dans renseignement de la Faculté des arts \ Ils ne paraissent pas toutefois avoir été à cette époque l'objet des cours ordinaires. Eu effet, Toici quels étaient alors les livres que les maîtres étaient tenus d'expliquer» entre le 1" octobre et le 25 mars, c^est-èdire pendant le temps réservé plus particulièrement aux leçons ordinaires : l'Introduction de Porphyre, les Catégories, Tlnterprétatioo , le Traité de Boëce sur la division , les trois premiers livres de ses Topiques, la Grammaire de Priscien , les Topiques et les $lemihi d'Aristoie, les premiers et les seconds Analytiques. Quoiqu'on n^ait pas de données directes pour les temps postérieurs, sur la distribution des matières entre les leçons ordinaires et les leçons extraordinaires, on peut conclure de quelques allusions * , rapprochées des règlements des autres Universités S que FOrganon était Tobjet k peu près êxdosif des leçons ordinaires. L'explication de la grammaire de Priscien semble avoir perdu beaucoup de son importance au xiv* siècle , et au xv^ siècle renseignement grammatical était réservé aui petites écoles qui préparaient aui leçons de la Faculté des arts. On conçoit an reste que la saison et les heures les plus fevorables h Tétude durent être réservées exclusivement à la logique ; ou la
corruplariim arlium , cd. Vaîoncc, Vî, p. 131) : Loi^icam appellaot velerem — praedicahilia , categoriae , et do intorprelatione ; logicam novam , priora , posteriora , topica. Les livres de la Logica nova correspondent précisément à ceux que ne oonoaissait pas Àbèlard , et c'est sans doate là l'origiDe de cette déoominatioD.
* B. m, lai.
« s. F. A. (B. m, MO).
> Ramus, Schol. DiaL, lib. lY, c. 16(apud Kastus de Pétri Rami vite, srriptis, philosophia, Parisiis, ISftS.) — Yivès de CautU eamÊpIanm
arlium ( ed. Basil.), I > P- 390.
* Règlement de la Faculté des artb d« Xouiouâe. 1509 ^Ab. bibi. nat*,
mt, p. 23).
regardait comine Tari des arts» comme la Bdeii(ce des seiences ; eHe tenait daos l'édocatîon do moyen-âge la même place que
la rhétorique dans l'cducatioD des anciens et dos modernes. D'ailleurs , les candidats au grade de bachelier devaient avoir mtmdu en deux ans tous les traités compris dans l'Organon ; «t ce n'était certes pas trop de cent cinquante leçons poar les expliquer consciencieusement
FOBME DES LEÇONS OBDINAIRES. — Les leçons SG faisaient suivant deux méthodes différentes. Ou on interprétait le texte de l'auteur dans une expontUm (expositio)» on on le discutait dans nne série de qituUom (qosestiones).
La méthode des expositions est toujours la même. Le cornmentaleur discute dans uu prologue quelques questions générales^ relatives à l'ouvrage qu'il expose , et il traite ordînai* rement de ses causes matérielle» formelle «finale et efficiente. Il indique les divisions principales^ prend le premier membre de la division , le subdifîse , divise le premier membre de cette subdivision, et ainsi, par nne série de divisions dichotomiques , il arrive à une division qui ne comprend que le premier chapitre. U applique à chaque partie de l'ouvrage et à ebaque chapitre le même procédé qu'à l'ouvrage entier. U pousse les divisions jusqu'à ce qu'il arrire à une division qui ne comprenne qu'une phrase exprimant une idée complète. Alors il prend ces phrases une à une^ et les paraphrase en se préoccupant de l'idée plutôt que de l'expression. Il ne passe Jamais d'une partie de l'ouvrage à l'autre» d'un chapitre à un autre , et même d'une phrase à une autre phrase , sans analyser minutieusement les raisons pour lesquelles cette partie , ce chapitre , ou cette phrase doit être placée après celle qui la précède immédiatement.
Dansles questions» on extrait du texte de l'auteur toutes les propositions qui sont susceptibles d'être diseotées en deux sens contraires. On pose la question ; on énunière d'abord les rai sons qui peuvent la (aire décider en tel sens ; on éuumére en-
suiie les l aisons qui peuvent la faire décider dans le sens contraire. L'auteur se décide alors pour l'un des deux partis , doone ses raisons > et termine en réfutant snccessivement tons les arguments sur lesquels s'appuie l'opinion contraire à celle qu'il a adoptée. Chaque raison est présentée sons la forme d*un syllogisaio complot, avec majeure, mineure et conclusion, et chacune des prémisses est prouvée par d'autres sjllogismes, s'il est nécessaire. En un mot , une question est une dispute écrite. Dans cette méthode^ on ne s'assujétit pas au texte de l'auteur qui fournit les questions. On y prend seulement uuc partie des matériaux de Targumentation
Ces deux méthodes paraissent avoir été employées concurremment dans les leçons ordinaires. L'une &îsait connaître le texte qui avait autorité; l'autre préparaît à la dispute, qui
était Tunique exercice et la seule espèce d'épreuve. L'ennui de l'exposition la faisait souvent négliger. La réforme de l/i52 rappelle aux mattres qu'ils doivent expliquer le texte d'Anstote de point en points de chapitre en chapitre, et foire connaître les opinions des commentateurs anciens et modernes Au xiii" siècle , on expliquait plusieurs livres différents dans la même leçon. Vers 128^9 on n'expliquait qu'un livre pendant une leçon ; mais on passait à un autre livre, à la leçon suivante'.
Il est évident qu'aucune de ces deux irK^thodesne comportait la liberté du développement oratoire. Dans l'une on est enchatné à la pensée d'autrui ; dans l'autre on est assujéli à un ordre de discussion consacré et à une méthode de démons-
traLiou iiiHexible qui ne règle la place des idées que suivant
*■ Le CùummlUikn de saint Thomas et les QîiuUwm de Buridan sur la morale d'Aristote, peovent être regardés comme les types de ces deux méthodes différentes.
« Mémoire contre Ph. de Thori.
leur valeur logique^ et eu soumet l'expression à des formules convenues* Dans ^exposition > le développement de la pensée personnelle est à chaque instant interrompu par la lectore dn Texte que Ton explique. Dans les questions, il deviiii ôtre singulièrement difficile de garder dans la mémoire et de produire à propos et avec exactitude toutes les subtilités d'une argamentation minutieuse. l)*nn autre côté, les livres étaient chers ^ les étudiants pauvres; encore anjonrd^hui on est obligé de beaucoup copier, de faire beaucoup d'extraits, si Ton ne veut pas se contenter de garder de ses lectures une impression fugitive* Dès les premières années du xiv* siècle , les maîtres dictèrent leurs leçons. Les inconvénients de cette méthode ne tardèrent pas à se faire sentir. Le maître devenait inutile ; il était dispensé de tout UaViiil personnel ; non-seulement les maîtres lisaient des travaux étrangers , mais ils finirent par se dispenser même de la peine matérielle de la lecture. Ils remettaient le manuscrit à un écolier qui le dictait à ses camarades. Ainsi le maître ne payait plus de sa personne > mais seulement de sa présence. La Faculté des arts comprît que c'était trop peu. Elle rendit» en 1365^ un statut qui interdisait de dicter, et recommandait de parler d'abondance, comme les prédicateurs. Ce statut devait être juré par les déterminauis et les nouveaux maîtres. Une première contravention serait puuie de la privation d'une année de leçon > la récidive de la privation de deux ans, une quatrième contravention de la privation de quatre ans. La Faculté s'attendait vraisemblablement à une vive rtîsibtaiice lors de la publicalion de ce statut. Elle menace des mêmes peines les auditeurs qui s'opposeraient à cette nouvelle mesure en criant» en sifflant» en trépignant» ou en jetant des pierres*. On continua à jurer ce statut et à ne pas Pobserver. La crainte du parjure ne pouvait détruire une habitude qui dérivait ua-
* B. IV, 33a.
turelleroeut de la forme des cours. Elle prévalait géuéralemeot au zt' siècle, et le cardinal d'Ëstouteviile dispensa d'un serment qaotidiennemeiit violé K II interdit seulement Ie8 abos qoi ne pouvaient guère être séparés de Pusage que par une surveillance minutieuâe et impossible dans une corporation indépendante.
Pdbucité. — Les leçons ordinaires n'avaient évidemment pas plus de publicité que nos classes de collège* Chaque mattre les fiiisait à un certain nombre d'écoliers avec lesquels il passait sans doute marché , pour les préparer à la déterminance. Elles se faisaient toutes de grand matin et à la même heure. On ne remarque dans Torganisation de ces leçons aucune des précautions propres à leur assurer une vraie publicité.