‹ De l'organisation de l'enseignement dans l'Université de Paris, au MoyenÂge thèse présentée à la Faculté des lettres de ParisChapitre 12 sur 41 · B. IT · texte numérisé non relu

B. IT

""aiiirra p. 81,89,83.

«B.lll,m

aux bacheliers de faire leurs cours aox mêmes heures que les maîtres ; mais la réforme de 1306 leva cette resliicLion LfS cours exU'aordioaires étaient pour les bacheliers uue occaflion de recruter un auditoire pour leur mattrifle, et de s'exercer à l'enseignement Il est probable que ces cours faits par les bacheliers étaient des espèces de répétitions.

il fut toujours permis de dicter les leçons extraordiuaii es^ et l'usage parait en avoir été constant et général.

Les maîtres et ies bacheliers pouvaient faire les leçons extraordinaires en robe* de telle étoffe qu'il leur convenait

Objet des leçons extraoedinatres. — Dans le règlement de 1215 , liobi i t de Coui con réserve pour les jours de congé rexplicaliou des livres relatifs à la philosophie^ à la rhétorique et au quadrivium , du traité de Donat sur les figures gra|ijina]^le8y de la morale d' Aristote « du quatrième livre deS'Xe^iques de Boëce, qui traite des rapports de la dialectique et de la rhétorique*. La démarcation établie , ou plutôt sanctionnée par Robert de Courçon^ entre la matière des leçons ordinaires et celle des leçons extraordinaires, subsista toujours. La logique était l'objet exclusif des leçons ordinaires; les cours extraordinaires embrassaient tout ce qui n'était pas compris dans cet enseignement fondamental , la niétaphjsique» la morale, ies sciences, la rhétorique, les langues.

La plupart des cours extraordinaires avaient sans doute

pour objet les traités d'Aristote sur la métaphysique, la physique et la psychologie prescrits pour la licence. Dès 125ili, le petit ordinaire parait avoir été particulièrement réservé à TexpUca-

* Ps.-^oetius , de Dite, mAoI,, cap. Y ( p. 977).

» Le statut de ISSîî les excopte ( B. IV, m), ^ Cappis rugatU ( Vet. Slat., B. IV, HVS). Ducange traduit cette expression par roqufit y manche ridée.

lion (le ces traités Au xv" siècle, les bacheliers les étudiaient, entre les disputes du Carême et leur présenlatioo à la licence , entre Pâqaes et la PurificatioD. C'était la troisième année du eoursd'études. It est probable qa'on n*exfmait pas des traités aussi longs et aussi difficiles. Les maîtres dictaient sans doote à leurs élèves des questions sur ces livres on des al)r<^gés. Au reste, à la fin du xv* siècle , et au xvi% renseignement de la métaphysique tenait fort peu de place dans les études de la Faculté des arts , consacrées presque exclusivement à la logique

On attachait beaucoup d'importance à renseignement de la morale. En 125A, la Faculté fixait six semaines pour l'explication des six premiers livres de la morale d'Aristote Les déterminants commençaient par argumenter sur une question de morale. Boridan composa , sur la morale à Nicomaque , des questions fort célèbres au moyen-âge. En iZhS, les boursiers du collège de Cambray devaient soutenir tour à tour, chaque samedi , une argumeotation sur une question de morale \ £n iâ5d^ un mattre allemand, Albert de Saxe, de* mande à la Faculté l'autorisation de lire chez lui, les Jours de fête, après le sermon , tel livre de morale qu'il voudrait. En lâôS , il fait la même demande, au sujet de la politique d'Aristote La réforme de 1366 prescrivit aux aspirants à la maîtrise , l'étude de la morale d'Aristote * ; et quand la réforme de 1A52 en recommanda parliculièrement Tétode aux baclicliers qui se présenteraient à la Ifcence, elle était depuis longtemps l'objet d'un cours régulièrement organisé. Quelques années avant 1392, la Faculté des aris décida que cha* que Nation nommerait à son tour et à son rang (France,

• Cf. supra p. 7â note 3.

B. lit, m

* Statut du collège de Carabray ( Félibieo, Uisl. de Pittis, Preuve*, I , /tôt, arl. 20).

■ B. IV, m.

• B, lY, 590.

Normandie , Picardie , Angleterre ) un de ses luaitres, qui ferait» pendaot deux ans, à tons les bacheliers, les jours de llte, un cours sur la morale d'Aristote K En 1454 , on proposa dans la Nation de France , de limiter à un an la durée de cet

office, pour faire participer un plus grand nombre de maîtres aux avantages qu'il procurait'; mais cette proposi lion fut rejetée à canse des troubles que suscitaient toujours les innovations dans le régime démocratique de rUniversité. La Nation dont le tour était arrivé, faisait son élection vers le 3 lévrier, et présentait le maître qu'elle avait choisi à Tnpprobation des autres Nations. Lorsqu'il était accepté , il remerciait la Faculté 9 et» quand ses fonctions expiraient , il la priait d'approuver ses actes , suivant la même formule que les recteurs ^ Le lecteur de morale {lector ethicarum) , comme on l'appelait, était donc considéré comme un officier de la Faculté des arts. Lors de Texamen de lieence> les bacheliers devaient présenter un certificat signé par lui » attestant qu'ils avaient suivi ses leçons Outre l'argent qu'il percevait en raison de ces certificats , il recevait parfois un traitement de sa Nation ^ L'élection donna lieu à des scènes de violence ^ A |a fin du xv® siècle , ce cours tombait en désuétude* Il rassemblait des écoliers de toutes les Nations et de tous les pensionnats» plus disposés à se quereller qu'à pratiquer les leçons qu'ils venaient entendre. En 1477, à la sortie du cours de morale, les écoliers se livrèrent un combat acharné ; plusieurs furent blessés» l'un d'eux eut même le bras coupé Pour prévenir ces désordres» les prin-

* R. N. A. ISOS, 98 août, t?^^ C'est la première menlion que fan aie

trouvée. L'usage semble noavéau.

' R. N. F. \m, 16 novembre.

' R.N. A. 1475, 18 janvior - 11 N. F. 144g» 19 septembre. » Cf. intra et R. N. A. 1445, iO février.

• R.N. A. 1477, îraar.

cipaux et les maUres de pension n'avaient d'autre moyeu que «le laisser leurs élèves sortir le moins possible des pensionnats et des collèges. En ifi91, les principaux de plusieurs collèges n'envoyaient plus, pour ce motif , leurs élèves aux cours de morale^ et leur faisaient donner cet enseignement dans Tinténeor de la maison \ Jean Standonc, qui en était alors chargé, réclama et insista beaucoup, dans l'intérêt de la Faculté, disaitil» pour que les bacheliers fussent astreints à suivre le cours. Plus tard, i électioii fut accompagnée de graves désordres et même d'homicides. Entre l/i92 et 1617, cet office fut supprimé ; chaque roattre dut faire à ses écoliers on cours de morale qui lui était payé à part

L'enseignement scientifique était à peu près borné à la géométrie et à l'astronomie. Les réformes de 1,360 et de iàb29 prescrivent pour la licence quelques livres de mathématiques et d'astronomie » sans les indiquer avec précision. En 1340 9 un mattre Suédois, Sunoo, demanda à la Faculté rautoi'isatioii de faire chez lui, les jours de fCte, un cours sur la sphère*. Le 10 octobre ià27 % un Finlandais , Jacques Pierre Roodh , commença un cours sur le traité de Campano de Novare, intitulé Theoriea pUmetarum; il faisait leçon vers midi, dans les écoles des Carmes. La Faculté lui accorda la faveur de le considérer comme régent^ quoiqu'il ne fit qu'un cours extraordinaire. En 1382 ^ la Faculté accorda à Jean d'Autriche Tautorisation de faire à quelques-uns de ses écoliers, chez lui, les jours de fête , un cours sur la géométrie d'Ëuclide Charles V, vers 1378 , affecta la dlme de

• R. N. A. am, 7 avril.

• Robert Goulet (apud Launoi , de Varia AristotcHs fortunâ , cap. 48 , opp. YIl , 201 ) De Àcademiœ Porisiemis magnificenlià. Parisiis ,

• 10 octobre. R. N. A.

Gaenchy à reuirctieu de deux maîtres ès-arts, boursiers dans le collège de maître Gen?aiB» qui» sous le nom de seholare$ regi$ , tealeut des leçons sar les mathématiqaes et Tastrononrfe. Ils ne devaient lire que les livres permis ]Mir rËgUseï

L'un ferait son cours les jours de Icçou ordinaire, rue du Fouarre^ à i*heure par la Faculté; l'autre ferait leçoo, sar an autre livre , les jours de congé , au collège , dans le réfectoire de la communanté des artiens. Ils recevraient chacun 6 s. p. par semaine , plus 10 1. t. par an , et demeu* reraieiit avec la communaiiié des boursiers^ médecins et théologiens, dont ils devaient observer les statuts*.

On trouve fort peu de traces d*un enseignement des sciences physiques et naturelles. Le règlement de mentionne THistoire des Animaux et le Traité des Météon» , parmi les livres que les maîtres sont tenus de ne pas achever avant le 2A juin. Cinq semaines sont assignées h IVxplication du traité des plantes ^ La réforme de lâ6ô ordonne que nul ne sera admis à la maîtrise s'il n'a suivi an cours sur les trois premiers livres des météores Cette disposition n'est pas reproduite dans la réforme de iA52 \

On trouve peu de traces de renseignement de la rhétorique dans la Faculté des arts au xiu*' et au xi\* siècle. Le à* livre des Topiques de Boèce , prescarit pour les déterminants» par les réformes de 1366 et de i&52» contenait un court résumé de la partie de la rhétorique qui se rapporte à l'invention , et des considérations sur les rapports de la rhétorique et de la dialectique. La rhétorique n'était donc pas complètement exclue des études de la Faculté des arts ; mais elle n'y tenait

* Statuts du cdlége de Gervais ( Bis, registre 96, archives de TUni-

versité ).

* Yivès de Cam» eorr, art. (éd. Valence, VI , p. 190 ) : Libros flieteororum ita tractant nt aliod vldeantor agere. On voit (Yivès i&jdem») que l'Histoire des Animaux n'était pas expliquée.

imr aiD%î dire ancone piaee. La rbétorfqae et la poétique d'Aristote ii*éuient connues que par de mauvaises traductions, faites h la fin du xm* siècie, d'après l'arahe, par un certain

Hennannus Alemanous *. Ces traductions, en grande partie inintelligibles pour l'auteur et pour les lecteurs, paraissent avoir été très-peu répandues au moyen-âge. En général, les humanités étaient considérées comme un appendice de la grammaire. L'étude de la rhétorique tenait à celle du droit*. A la fin dii xiv« siècle, les études liaéraires paraissent avoir été assez florissantes dans la communauté des grammairiens du collège de Navarre. Pierre d'Ailly et Gerson semblent mieux connaître les classiques que beaucoup d'autres schohisliqnesde cette époque *. Leur contemporain, Glémengis, est, avant tout, rhéteur et bel esprit; il a déjà pour la scholastiqne toute l'aversion des humanistes du xvr- siècle. Il se vante d'avoir remis en honneur la culture des lettres et de Téloquenee \ Ce mouvement de renaissance est encore plus marqué dans la seconde moitié du xv* siècle. Le diéok^n Guillaume Pichet* enseigna la rhétorique dans le collège de Sorbonne, et inspira k beaucoup de jeunes étudiants le goût des lettres et de l'élégance dans le style ^ L'on de ses élèves ,

* Jourdain , Recherches critiques sur les traductions d'ArisMe , 1810

( p. V\h sqq.).

* Cf. Henri d'Andeli, BalaîUe des Sept Arh ( Rutc lui uf, éd. Jtibinal, il) MqH i oi Clievaliers iornbards, etc. — Cf. ibid. II, p. llW, note; citation de Y Image du Mimâe,

* Voir la cuneuse énomératioa d'aoleara dans Piewe d^Ailly, Prindjriiim <ft cunum BibUa ( Geraonii , opp. éd. du Pin., I, p. 613), et dans Gerson (opp. ID, p. S96 : Reeponeioad scripta cujusdam. de Huuteentiâ puetiti errantU), — Ct, Clemengis epistola h ad Qaleotam de Pelra Mata.

* Epistola 6 ad Gontherum ColH ( apud B. IV, 893).

' Il fit son premier cours de bible le 21 février IftKO, le sorond le 3i août 1463, commença son cours sur les sentences en seplembre 1463, fut licencié le 23 janvier 1^67, et maître le 7 avril 1467 ( livre du grand Bedeau ),

* Gagninus , ap. Bul. Y, 682.

Robert Gaguin , général des UathariDs , docteur en décret, eut beaucoup d*iofluence. Il donna des leçons de rhétorique dans sou couvent et encouragea de tout son pouvoir à l'étude des belles-lettres. 11 était dans rUniversité le centiy d'une société de beaux esprits avec lesquels il échangeait des lettres et des épigramnies. Sa haute position, son crédit à la cour de Charles VIII , l'imporiance que lui donnaient dans l'Université les discours qu'il prononçait en son nom dans les occasions solennelles durent exciter Témulation de beaucoup de jeunes gens. La rhétorique et la poésie commenc^entà être cultivées avec ardeur. On cite deux maîtres qui ont enseigné à cette époque la rhétorique au collège de Navarre, Guillaume Tardif* et Guillnume Montjoie^ Le nouiinaliste Martinus Magistri écrivit lui-même sur cet art En 1495 , le moine chargé de diriger les études du couvent des Bernardins dut instituer un mattre qui ftt, les jours de congé, des leçons sur la rhétorique et sur les poêles ^ La réforme de 1452 avait recommandé spécialement Tétude de la versification ; elle fut enseignée k Paris par des Italiens , parmi lesquels on cite Jean Balbus, Faustus Andrelinns et Gornelios Vitellius \ En 1^89 , la Faculté décida que les poêles [on appelait ainsi Its maîtres d'humanités) feraient leçon l'après-diner^ pendant une heure indiquée par les commissaires de l'Université K La métropole de la scholastique ne poursuivait donc pas la littérature avec Pacbamement de

' EpIstotaReucUini, ap. Bal.T, 898.

• Crevier^ IV, 598, 40t, «07, 409, «16, m,

' Sa rhétorique (Guillelmi Tardivi Anideiuig rhetoric» arlis et oraforitt facullatis compendium. Paris, per Petr. Casparis. kK) n'est qn^un

centon de CicéroD et de QointilieD.

" Launoi , opp. VU , p. 870.

• Félibion , HxsL de Paru , Preuves , 1 , 17ft, b. ' Cf. le Catalogue de du Boulay ( volume).

rUniversité de Cologne. Érasme reproche même à TUdw

versilé de Paris d*admeliie trop facilement quiconque se présentait pour enseigner les belles-lettres Au reste, beaucoup de théologiens et de lAaItres ès-arts méprisaient ces Douvelles études qu'ils confondaient sons la dénomination méprisante de grammaire. Us appelaient dédaigneusement grammairiens , c'est-à-dire, maîtres d'école, tous ceux qui les cultivaient. Bon grammairieu « mauvais logicien» c'était leur maxime

Cette renaissance des études littéraires est marquée par quelques tentatives faites pour répandre la connaissance du grec et des langues orientales. Déjà, en 1311, Raymond Luile avait obtenu du pape Clément V un décret , confirmé par le concile de Vienne, qui instituait > au lieu de la résidence de la cour de Rome et dans chacune des Universités de Paris , d'Oxford , de Bologne et de Salamanqae, huit professeurs : deux pour l'hébreu, deux pour Tarabe, deux pour le grec, deux pour le chaldéen. Ils devaient enseigner ces langues et faire des traductions latiues ; ils seraient entretenus aux frais des prélats» des corés et des communautés ^ Le but de cette institutîoji était la conversion des infidèles» Ce décret ne fut jamais exécuté. En 1A30 , on proposa , dans la Nation de France , de pourvoir d'un bénéfice convenable quelques maîtres qui enseigneraient le grec» l'hébreu et le chaldéen. Cette proposition ne paraît pas avoir eu de suite \ En 1456 , chaque Nation donnait 8 écus à un religieux pour des leçons d'hébreu * ; en 1457 , la Faculté des arts accorda 100 écus à un certain Grégoire pour faire deux leçons par jour, Tuiie de grec le matin» l'autre sur la rhétorique Taprès-dîner; il.

* Epistola ad Ludov. Yivera. ap. Bul. V, 875.

' Vivès de Cam, eorr. art. (ed. Bafiil.), I, p. 361.

» B. IV, iU, » B. V, 593.

D'eiigerait rien des étudiants Vers lâ77, un grec exilé, HenDonyme , Spartiate» enseignait sa langue *.

Li plvptit de ees leçons extraordinaires doiveoi être cqbsidérées eonme des répétitions particulières. Les rivalités et les querelles qui divisaient les Nations, s'étendaient aussi à renseignement. Vers 1290, les maîtres d'une iNation défen- ; daient k iears étudiants de suivre les cours faits par lears ennemis. La Faculté rendit aux éindianu leur liberté accoouimée Le cours de morale , commun à toute la Facolté , peut être comparé aux classes de nos collèges d'externes. Les cours d'humanités et de langues orientales ressemblent à ceux du collège royal qu'ils semUent annoncer. Mais aucune de ces leçons n'avait de publicité dans le sens que nous attachons aujourd'hui à ce mot Les auditeurs payaient sans doute , et , quand le cours était gratuit^ les seuls membres de TUaiversité y étaient admis.

Ces leçons comportaient une grande variéié. Les faits relatifs à renseignement de la rhétorique et des langues orientales montrent que cette coutume des leçons extraordinaires permettait d'introduire dans l^enseignement de TUniversité, sans trouble et sans brusque secousse , beaucoup d'innovations tmpof lanles> et se prêtait à des essais de tout genre. Les leçons eitraordinalres corrigeaient ce que renseignement ordinaire avait d'exclusif, et suppléaieut à son insuffisance. En réalité , les cours extraordinaires tenaient plus de place dans I l'enseignement que les leçons ordinaires. Ën d^autres termes» les règlements laissaient à l'enselgnemeat des maîtres beaucoup de Mtttde et de liberté ; ce qui faisait prédominer la logique dans la Faculté des arts, c'était peut-être moins l'enseignement que la pratique assidue de la dispute et la nécessité de s'y exercer pour les examens.

' S. F. A. (B.Ui,W7),

Page 1