‹ De l'organisation de l'enseignement dans l'Université de Paris, au MoyenÂge thèse présentée à la Faculté des lettres de ParisChapitre 13 sur 41 · C, DISPUTES · texte numérisé non relu

C, DISPUTES

Les maîtres disputaient entr'eui, au moins une fois par semaine * » en présence des étudiants. On ne pouvait pas disputer les jours de leçon extraordinaire*. Les actes de maîtrise et les leçons extraordinaires occupant tout le petit ordinaire , on ne disputait que pendant Tliiver et le grand ordinaire. Ces disputes étaient souvent désordonnées et tumultueuses. La Faculté des arts décida, en 1339, que personne n'argumenterait sans la permission du mattre qui présidait à la dispute ; et on demanderait cette autorisation par signe el non verbalement *.

Outre ces disputes hebdomadaires , on avait institué une dispute solennelle qui avait lieu une fois par an , en hiver , dans l'église de Saint-Jalien-Ie-Pauvre; quatre maîtres élus chacun parleur Nation^ disputaient sur des questions relatives à tous les arts libéraux *. On appelait cet acte actus quodlibelarius. Il était tombé en désuétude pendant la guerre des Armagnacs. £n iUAb, la Faculté décida qu'elle le reprendrait, et la Nation de France élut un maître pour y participer *. Mais les autres Nations y opposèrent une mauvaise volonté • qui demeura victorieuse , malgré les recommandations du cardinal d'Estouteville et les efforts de la dation de France ^

* s. F. A. !$75 : Si vero in septimanâ non fuerit dies dispulabilis,quod rarô accidit ( B. Ul, k'Ài)). Cf. St. Fac. Art. Wienn. ( Kollar , I , ). A Yienne , oo disputait toQS les vendredis.

* Vet.Stat. (B.IV,m).

» Stat. Fac. Art. Wiennensis (KoUar, I, âiS9-a0). n avait lieu à

Vienne vers la sainte Catherine.

* 2 décembre. R. N. F.

* R. N. A. im ( f> 99 recto). - R. N. A. i446 (f^ 113 reclo).

' B. V, 572. — R. N. F. lftî>ft, 25 octobre. C'est la dernière menUon ([ue j'en aie rencontrée.

Les dKspates hebdomadaires elles-mêines étaient négligées

d'assez bonne heure. Déjà en 1285 , sur cent vingt mattres , sept ou huit seulement disputaient, et le chancelier les accusait d'apporter leurs arguments tout écrits» au lieu de les improi:ifler Au xv* siècle^ les disputes paraissent être devenues des actes sontenns par les bacheliers. Ils prenaient déjà part ft ces disputes en 1330 *. Les réformes de 1366 et de 1452 ordonnent que les bacheliers soutiendront deux argumentations dans les disputes des maîtres avant leur licence*. Depuis cette époqae, les mattres ne semblent plus avoir disputé entr'eux; Us étaient remplacés par les bacheliers qui argumentaient dans les écoles de leur Nation > sous la présidence d'un maître. Les maîtres présidaient à leur tour et par rang d'ancienneté *. Si un non-régent se trouvait en concurrence avec un régent pour cette présidence» et qpe le mattrenrégent eût dé^à pré» sidé une fois, le non-r^ent devait avoir la préférence Le président ne devait pas répondre pour les bacheliers , mais diriger seulement l'argumentation Il ne devait pas leur faire soutenir des propositions évidemment fousses'.

Les écoliers ne connaissaient pas d'autres exercices que la dispute. Les compositions écrites ne furent jamais en usage au moyen-âge. La dispuie était assidûment pratiquée : on dispute avant le dîner , écrivait Yivès , en 15S1 ® ; on dispute pendant le dtner, on dispute après dîner; on dispute en public, en particulier», eu tout lieu^ en tout temps. Les bou^ siers des collèges disputaient tous les samedis chacun était

• Mém. contre Ph. de Tbori.

" B. IV, 990; — V, m.

« R.N.i^ 1408, 1<» juin.

• R. M. A. 1414, «7 janvier. — R. N.. A. 144B , 5 novembre.

« R. N. P. 14114 , 16 novembre.

» Die Cam, eotr* arL ( éd. Basil ), I , p. 3^iî>.

à son tour répondani et oppoioitl Celui qui défait répondre la prochaine fois indiquait , huit jonrs à l'avance , les propo* sitlODS qu'il devait soutenir. Le maître du collège présitluiL C'est le seul exercice que prescrivent les règlements.

Les humanistes ont vivement attaqué l'usage de la dispute. Od met de l'amonr-propre» disaient-ils S à trouver des ques* tions sur les propositions les plus simples. Sur ces senls mots: scribe mihi f on posera une question de grammaire, de dialectique , de physique^ de métaphysique. On ne laisse pas Tadversaire s'expliquer. S'il entre dans quek|ues développements» on lui crie; Au foit» an fait; réponds catégoriquement. On ne s'Inquiète pas de la vérilé ; on ne cherche qu'à défendre ce qu'on a une fois avancé. Est-on pressé trop vivement? . on échappe à Tobjection à force d'opiniâtreté ; on nie iusolemment ; on ahat aveuglément tons les obstacles en dépit de l'évidence. Aux objections les plus pressantes , qui poussent aux conséquences les plus absurdes, on se contente de répondre : Je l'admets ; car c'est la conséquence de ma thèse. Pourvu qu'on se défende conséqnemment , on passe pour un homme habile. La dispute ne gftte pas moins le caraclère que l'esprit On crie à s'enrouer, on se prodigue les grossièretés , les injures, les menaces. On en vient mêmeaux coups de pied, aux soufflets , aux morsures. La dispute dégénère en rixe , et la rixe en combat ; des blessés et des morts restent sur le carreau.

En faisant dans ces reproches la part de la rhétorique et de l'hyperbole , on ne peut s'empCciier de reconnaître que la dispute pouvait amener des violences dans les mœurs grossières du moyen-âge , et que l'usage exclusif de la logique entraîne à sacrifier le fond du raisonnement à la forme, et à ériger la conséquence en critérium unique de la vérité. Mais c'est peut-

* Le répondant est celui qui pose les thèses (^mpond^N^ , respoiulerc éê ^UÊKtttme); l'opposant ( opponens ) est celui qui fait les objections. ' Tivès» de Couf. eorr. «rl. ( éd. Basil.), I , p. M-

être là uae tendance inhérenie à toute discussion. La dispute D*«n avait pas moins de grands avantages. On croyaiti non sans raison , qu'elle était propre à aiguiser l^esprit » à le rendre prompt et fécood en rcssourcesS à donner de l'aplomb et riiabitude de la parole. Ces espèces de tournois dialectiques avaient , en outre j l'intérêt dramatique d'une lutte ; ils atta^ chaient les* jennes gens et excitaient vivement leur ardeur et leur émulation. L'empereur Charles IV prenait tant de plaisir a CCS exercices , que le désir d'avoir à Prague des dispiii(!s semblables à celles de Paris fut, dit-on, un des tuotifs qui le décidèrent à fonder dans la capitale de la Bohême une Université sur le modèle de l'Université de Paris

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