‹ De l'organisation de l'enseignement dans l'Université de Paris, au MoyenÂge thèse présentée à la Faculté des lettres de ParisChapitre 22 sur 41 · B. DES COMMUNAUTÉS SÉCULIÈRES OU C0L1«É0ES · texte numérisé non relu

B. DES COMMUNAUTÉS SÉCULIÈRES OU C0L1«É0ES

Le clergé séculier» livré à l'anarchie féodale « ne put imiter

que faiblement rexemplc donné par les ordres mendiants. Parmi les communautés fondées à Paris pour l'entretien d'étudiants séculiers , aucune n'a été établie d'autorité publique , par une association ou une commonamé. Elles durent toutes leur origine à la bienfaisance individuelle. Aussi furentelles en général mal gouvernées , mal administrées , mal surveillées , et elles restèrent fort au-dessous des besoins du clergé.

Dès le commencement dn xm* siècle» quelques particuliers avaient pensé à secourir des pauvres étudiants par des fondations charitables où ils leur assuraient la nourriture et le logement. Les établissements counusplus tard sous le nom de collège de Saint-Tbomas du Louvre» de Saint-Nicolas du Louvre , des Dix-Huit , des Bons-Enfants Saint-Victor, des Bons-Enfants Saint-Honoré , paraissent avoir été des hospices d'étudiants , analogues aux maisons de charité fondées pour les pèlerins 11 ne semble pas que les étndianls aient été assujétis à une discipline régulière» à un règlement d'études. Les fondateurs n'avaient eu d'antre intention que de leur donner de quoi vivre et étudier. Un chapelain de Saint-Louis, le fameux Robert Sorbon, conçut le preiuier l'idée d'imiter la puissante organisaiiou des ordres mendiants dans la foudaiion

Cf. loiidalion du rollégo des Bons-Enfanls Sainl-Uonoré. B. 111, ftîi. — Au reste , hospUium veut dire hôtel et non hospice.

d'un établissement eiic1nsi?ement destioé aux séculiers. Vers 1250, il réunit, dans une habitation commune, un certain

nombre de maîtres ès-arts , étudiants en théologie. Il leur assurait la nourriture. Ils durent manger à la même heure, dans une salle commune» remplir ensemble leurs devoirs religieux^ et s'exercer entre eux à la dispute et à la prédication. SI au bout de sept an ils n'étaient pas capables de prêcher et de disputer, ils devaient quitter l i maison. Ils choisissaient chaque anoée parmi eux un chef appelé prieur, chargé de mainieoir Ja discipline dans la maison et de régler la participation de chacun aux exercices de la prédication et delà dispote'. Comme les mendiants, les étudiants de la maison de Robert Sorbon, ou , comme on rappela depuis, de la Sorbonne , s'honoraient de leur pauvreté et portaient avec fierté le titre de pauvres mailres* de Sorbwne. Robert Sorbon comprit de quelle importance il était d'assurer le recrutement de la maison parmi des artiens animés d'un esprit semblable. Une maison fondée par lui à côté de la Soibonne, sous le nom de collège de Calvi *, devait réunir des étudiants eu arts soumis à la vie commune et à une discipline régulière, et qui passeraient après leur licence aux études théologiques. Cette organisation ressemblait beaucoup à celle des ordres mendiants; c'est le même système d'études, la môme discipline , et jusqu'aux mCmcs dénominations.

L'exemple donné par Robert Sorbon lut bientôt suivi. Des chanoines, des évêques , et même des laïcs , laissèrent , par testament , des biens fonciers et des rentes affectés à l'entretien de communautés d'étudiants séculiers organisés comme celle de Robert Sorbon. C'était à la fois une bonne œuvre

* Ce sUUul (\sl au lommencemont du recueil des Statuts do la Sorbonne (ms. Bibl. uaL, ronds Sorbonne, 1280; Je l'appellerai liber Sorbona). Il n'a pas de date.

* Ils sont ainsi nommés dans les actes de 1988 , de 1S63 et do 1968 (B. III, 33^; IV, 363).

' Crcvier, I, ISOO. Je n ai pas trouvé de documents authentiques sur ce collège, sur son origine et sa fondation.

qu'ils regardaient comme utile à leur salut , une occasion de perpétuer le souvenir de leur nom , et un moyen de rendre service k TÉglise en Ini formant des prêtres instruits» Ces comronnantés farent généralement appelées do nom de eolUgium, qui désignait dans le droit romain ce que nous appelons corporation , et qui était souvent appliqué au moyen-âge à ce qn'on appelle aujourd'hui congrégation.

Le régime de toutes ces communautés était à peu près le même *, La maison du collège était sur la Montagne Ste. -Geneviève ou aux ( iivii oijs, dans le quartier des études. Chaque semaiue > chaque étudiant recevait une certaine somme destinée à sa nourriture et appelée boun$, d'où ces étudiants étaient appelés boursiers. Cette bourse était ^ au minimum , de 2 s. p. , et au maiimum , de 8 s. p. Les bourses des collèges étaient généralement de 3 ou & s. p. La plupart des collèges contenaient deux communautés : une communauté d'artiens et une communauté de théologiens. Les l>oursiers théologiens j moins nombreux que les boursiers artiens, devaient être choisis parmi ces derniers. Les boursiers devaient être originaires de la ville ou du diocèse auquel le fondateur appartenait par sa naissance ou par ses fonctions. La plupart des fondateurs expriment cette condition dans leurs testaments^ et même assurent presque tous aux membres de leurs familles le droit d'être préférés. Le revenu des boursiers ne devait pas dépasser une certaine somme, au-dclh de laquelle ils ne pouvaient obtenir ni conserver leur bourse. Ces bourses étaient conférées par un grand dignitaire ecclésiastique ou par un chapitre du diocèse des boursiers. Ce grand dignitaire» appelé supérieur-mijeur ^ avait pouvoir de visiter et de réfor-

' Les mêmes dispositions sont souvent reproduites littéralement dana les règlements des divers collèges. — Ce qui suit est extrait de ces règlements. Félibien en a imprimé une grande partie dans les tomes I et III

dos Prcuvrs de son Histoire de Pmis. \nx archives dr l'Université, lo registre 96 contient des rîopies auliicniKincs de la plupart des rcglemonts qu'il n'a pas donnés. J'y renvoie une fois pour toutes.

mer le collège, soit par lui-même , soit par des délégués. Un licencié ès-arts , élu par les boursiers ou choisi par le supérieur-majeur quU seul^ pouvait le déposer» était chargé » sous le Dom de nuAtre, de maintenir la discipline parmi les boursiers et de diriger leurs études. Un procureur élu parles boursiers représeiiia il la communauté dans ses aÛaires, veillait à ses intérêts , percevait et administrait ses revenus , pourvoyait aux dépenses. Un» deux» trois» et même parfois quatre chapelains célébraient les offices divins dans la chapelle du collor;e. Tous ces ofiiciers devaient ètrcdu môme diocèse que les boursiers, et ils étaient ordiuairement pris parmi eux. Leur bourse était plus forte que celle des boursiers. Les artiens allaient» me du Fooarre » suivre les leçons des maîtres de Ja Faculté ; les boursiers théologiens des petits collèges allaient sans doute aux écoles de théologie qui se trou vaientdans les couvents et dans les grands collèges. Tous les samedis, chaque boursier disputaità son tour sur une question relativeà ses études Les boursiers ne devaient pas découcher, ni s'absenter de Paris pendant plus de 3 mois; ils étaient astreints à prendre leur nourriture ensemble dans la salle commune; ils pouvaient inviter des étrangers à leurs frais ; nul étranger ne pouvait coucher dans le collège sans la permission du maître ; le maître pouvait louer les chambres de surplus à des étudiants non boursiers, et les admettre à la table commune moyennant pension ; le consentement des boursiers était nécessaire. Les infractions au règlement» les injures» les voies de fait étaient punies par des amendes qu'imposait le mettre. Si des bour« siers conspiraient contre le maître, on était tenu à le loi dénoncer secrètement. Le boursier devait renoncer à la pension lorsqu'il recevait la licence. Si, au bout de 7 ans» il n'était pas licencié dans la Faculté des arts» on si» au bout de 10 ans» il n'était pas en état de faire sou cours sur te Livre des Sentences, il devait quitter la maison : il fail lit ( tre licencié és-arts pour obtenir une bourse de théologien. A son

entrée dans le collège , le boursier jurail , sur les Evangiles ,

d'observer le règlement Ce règlement était, en général, dressé soit parle fondateur lui-même^ soit par des exécuteurs testamentaires.

Le régime des collèges était intermédiaire entre celui d'un couvent et celui d'un chapitre séculier. On pourrait définir les collèges fondés dans rUniversité de Paris» des chapitres réguliers d'étudiants.

De 1200 à 1500» ÔO collèges ont été rondès dans l'Université de Paris. On ne connaît » avec exactitude» le nombre des bourses que pour S5 collèges Ces 35 collèges avaient été fondés pour 680 boursiers , ce qui donnerait, en moyenne» 19 boursiers par collège. Mais ces bourses étaient réparties fort inégalement. Le collège de Navarre avait été fondé pour 70 boursiers; le collège du cardinal Le Moine» pour 100; le collège d'Hareour » pour 52 ; le collège du Plessis , pour ÂO ; le collège de Lisieox , pour 56. Sept collèges devaient avoir de 20 îi 56 l)oiirsiers; 13 , de 12 à 18 ; et il» de 2 à 18. Ou peut donc ranger les collèges en deux groupes : le premier » composé de ô collèges fondés pour plus de 20 boursiers; le second» composé de 51 collèges fondés pour moins de 20 boursiers. €es collèges étaient donc» en général, de fort petites commun autés.

On connaît la date do la fondation pour 42 collèges : 11 collèges ont été fondés au xiii® siècle; 19» de 1500 à à 1359 ; 10 » de 1548 à 1600 ; 5 au xv* siècle. Ces différences sont encore plus frappantes si l'on décompose le nombre des

* Je ne lions compte ici que du nombre des bourses exprimé dans la foadalion. Il a beaucoup varié , et oo ne peut obtenir de moyenne , faute de renseignements. J^exdus ce qui concerne les collèges d'étrangers dont je parlerai plus bas. — J*ignore le nombre des bourses de

fondation pour les collèges suivants : Saint-Thomas du Louvre, Bons- Enfants Saint- Victor, Bons-Enfants Saint-Honoré (on ne peut considérer il^l'iU comme 13 bourses), Saintr-Nicolas du Louvre» Sainte-Barbe, Cocquerel , Âlbuson.

bourses : ont été fondées au xm bièclo ; 375, de 1300 h 1339 ; 130 , de iUS à 1400 ; 2à au xv siècle. Aiosi , Ja plupart de ces foodations sont concentrées dans un espace de 10 ans. On ne saurait méconnaître dans ce fait l'influence de l'esprit d'imitation ; évidemment , pendant les hO premières années du xiv* siècle , la fondaiion d*iin collège était une bonne œuvre à la mode. Cette ardeur se ralentit promptement , et s'éteint , pour ainsi dire ^ au xr* siècle j quoique les désastres de la conquête anglaise et la mine des anciens collèges rendissent de nouvelles fondations aussi nécessaires qu'au XIV" siècle.

Sur 600 bourses environ , on trouve que , parmi celles dont on peut vérifier l'origine , 216 ont été fondées par 12 chanoines , 107 par 11 évêques et archevêques , 73 par

A cardinaux, 101 par 5 laïcs. Ainsi, dans ces fondations particulièrement destinées au clergé de France, la part des laies balance celle des évêques et des archevêques^ et pour les ecclésiastiques, ce sont les chanoines, les plus nombreux parmi les membres les plus riches du clergé , qui ont le plus contribué à l'établissement de ces cumnmuautés. Rien ne prouve mieux que ces fondations ont été accomplies sous une impulsion toute individuelle; le clergé, comme corps, n'a rien voulu ni rien fait.

80 bourses n'étaient affectées à aucun diocèse en particulier; mais, en général , chaque collège appartenait exclusivement à un diocèse. Si on attribue les bourses aux Nations de l'Université , on trouve que la Nation Normande en pos^ sédait 1^6, la Nation Picarde H3, la Nation Française 2SS, sur lesquelles les provinces situées au midi de la Loire n'avaient que 65 bourses. On voit par là quelle prépondérance le clergé normand, le plus riche de France, avait dans ces fondations* Les collèges normands étaient les plus considérables et les mieux dotés. Ces 146 boursiers normands

n'étaient répartis qu'entre 7 collèges *. Le petit nombre de bonnes affectées aux provinces da midi de la Loire est un ftit ajouté à tant d'antres» qni montrent que ces provinces se rattachaient plutôt aux Universités d'Italie qu'à rUniversité

de Paris.

Je n'ai pas parlé, jusqu'ici, des collèges fondés pour les étrangers » parce qn'ils n'ont eu aucune importance. Un seul collège fut fondé pour les peuples du Midi, le collège des

Lombards, fondé en 1334, par 3 Italiens pour 11 boursiers. La Nation Anglaise comptait 6 collèges : le collège des Ecossais, le collège des Allemands» le collège de Dace, le collège de Suède , le collée de Linkœping*» et le collège de Skara*. Ces quatre derniers collèges étaient vides en 1S02 * ; la Nation louait la maison îi son profit, et y concédait de temps en temps un logement aux eludiants danois ou suédois qui se présentaient Les autres étaient ruinés ou déserts à la iin du XV* siècle.

Les bourses étaient ainsi réparties entre les Facultés :

138 bourses étaient réservées exclusivement h la théologie , et 212 à la Faculté des arts ; les Facultés de décret et de médecine « plus lucratives que les autres, comptaient seulement, la première 18 bourses, la seconde 6 ; la grammaire comptait 79 bourses.

Des 138 bourses de théologie , 97 étaient fondées avant 1305 , et sur ces 97 bourses , 36 furent fondées avant 1300. Les collèges fondés entre 1250 et iâOO * sont exclosi-

* Trésurior, 12 bourses; Ilarcour, tî%; Lifiieux, 36; Justice» 12; Séez, /i ; maître Gcrvnis, 2/i; Plessis, 0.

« Domus Lincopiai ad coruu Gervi. Il était rue Saint-Hilaire (K. N. A. VU, SSrocto), et IftOO, 15 «vriL

> Domos ecdesi® Scbarensis qoœ situats sunt in ?ico Branelli supra soolas Decrelorum ( R. N. A. 1M6, S mai). Il est aussi désigné sons le nom de Domus ad imagioem nostrac Domioas. R. N, A. 1597 , 7 janvier. Cf. R. N. A. V, P 5G verso et 37 recto.

* R. N. A. 1392, 5 avril.

* Sorbonne, Trésorier, Cliolels, Touroay.

venMDt composés de théologiens. Il est possible que la rivalité ODtre les sécoliers et les mendiants , si ardente au milieu du

Xiii" siècle 3 n'ait pas été sans influence sur ce fait. Sur ces 136 bourses^ les Normands et les Picards ea possédaient 89^ sans compter les 20 bourses de Mavarre> indivises entre toutes les provinces de la France. Les Normands avaient A7 bourses» les Picards h% Ces faits montrent quelle prépondérance avait le clergé de ces deux provinces dans la Faculté de théologie , et combien le clergé séculier s'intéressait peu > en général ^ aux études théologiques. Les autres provinces de France n'étaient pour ainsi dire pas représentées dans la Faculté.

rijon-seulement ces fondations étaient insufiisantes, mais même elles ne prirent aucun accroissement j et ne purent se maintenir au niveau de leur premier établissement. Les collèges ne possédaient et ne pouvaient posséder que des biensfonds , et Ton sait à quelle variation est exposée cette sorte de revenu. Un fermier qui ne payait pas, une maison qui ne pouvait se louer > la nécessité de faire des réparations et des avances , toutes ces causes rompaient Téquilibre entre les recettes et les dépenses. Les bourses avaient été fixées en monnaie courante par les fondateurs , qui ne prévoyaient pas rabaissement successif et continu du titre du sou pariais. Toutes ces causes tendaient incessamment à réduire le nombre des boursiers. Les revenus de la plupart de ces collèges étaient d'ailleuià fort mal administrés. Le maître et les boursiers ne résidaient dans le collège qu'eu passant ; ils cherchaient à tirer de leur séjour le plus de profit possible. Souvent même ils le prolongeaient au-delà des limites filées par les règlements. On voyait dans les collèges des étudiants de 50 ans, assez riches d'ailleurs. Ainsi , les bourses tendaient à se convertir en bénéfices. Les boursiers n'avaient aucun intérêt à ménager les ressources et l'avenir de la communauté. Ils ne Élisaient aucune économie, dépensant ou se réservant

Targcnt à mesure qu'ils le percevaient. Aucune surveillance sérieuse ne garantissait l'eiécution des règlements. Le maître et les boursiers peu nombreux , originaires du même pays , pouvaient focilement se concerter entre eni et éluder l'action des supérieurs-majeurs. D'ailleurs , ces supérieurs , pour la plupart évêques et abbés , demeurant loin de Paris , et chargés déjà de bien d'autres soins, n'accordaient à la surveillance des collèges qu'une attention distraite ou peu éclairée. A la fin do XIV* siècle « et surtout au xv*, les collèges obérés durent réduire le nombre de leurs boursiers Les Nations exer* taieut bien sur leurs collèges respectifs un ceriain droit d'inspection et de surveillance. Elles administraient les revenus des coUéges^d^gp^. assuraient la collation des bourses , visitaient V. mm'ir , les livres , les ornements de la chapelle, en lescompmbtanx inventaires*. Hais celte action était peu efficace : le régime des Valions était lui-même trop anarchique. D'ailleurs , toutes ces communautés opposaient souvent à l'inspection et au contrôle Tinfrancbissable Abu rmlabU seertta Cet article de leur serment, qui protégeait tons les abus et tontes les dilapidations , était le plus

constamment ohfîervé.

Seules^ les maisons de Sorbonne et de Navarre se maintinrent toujours an milieu de la décadence des autres collées» parce qu'elles dépendaient immédiatement d'une autorité publique y et que l'autorité publique n'a pas intérêt à sacrifier l'avenir au présent Le choix de leurs chefs et de leurs boursiers n'était pas d'ailleurs soumis à ces restrictions qui ren-

* Ainsi les hO bour^o? du collège du Plessis furent réduites à en 1355 ( Félib., I, 580 ); les 8 bourses du collège de Tréguior furent réduites à tl , en ifi{{ ; les 36 bourses du collège de Lisieux lurent réduites à 9, en l'if)3.

^ Les boursiers du collège du Plessis ne voului eut pas montrer leurs sLatats dieenie» qwd hu^usmoâi ottemio ttaêutorum tmrum jwtel afferre prnjudkium dieU coOegio. ( R. N. F. itSO, t*' octobre ).

dent toute bonne administration impossible. Le collège de Sorbonne était oavert à toute l'Europe , le collège de Navarre à toute la France. L'Université nommait le proviseur de la

maison de Soibouue et veillait elle-même à i'€xéciiiion tics règlements. Le confesseur du roi nommait le grand maître et les boursiers do collège de Navarre ; la cour des Comptes en administrait les revenus. Mieux gouvernées et mieux di8cipli<nées que les autres collèges, parce qu'elles étaient mieux surveillées, les maisons de Sorbonne et de Navarre balancèrent presque à elles seules l'importance des ordres religieux. Elles donnèrent à la Faculté de théologie la plupart et les plus distingués de ses maîtres Béculier&

Les études étaient fortes dans ces deux maisons. Les boursiers s'exerçaient assidûment à la prédication et à la dispute. Les disputes delà Sorbonne acquirent beaucoup d'importance au XIV' siècle» et demandent quelques détails^ £lles peuvent , du reste, donner une idée de cet exercice dans les autres communautés. Il y avait dispute toutes les semaines , même pendant les vacances. Le prieur présidait les disputes, de la Saint-Pierre et de la Saint-Paul (27 juin) jusqu'à la .Nativité de la Vierge (8 septembre) ; un maître des étudiants (Magiiier studentmm) , élu par les boursiers le 29 juin, les présidait depuis la Nativité de la Vierge (8 septembre) jusqu'au 29 juin. Les disputes présidées par le maître des étudiants furent instituées et réglées, en S par des disposilioub sans doute analogues aux règlements déjà observés pour les disputes du prieur. Le maître des étudiants devait rassembler pendant les vacances, pour toute Tannée, des questions relaiives à tous les cbapiircs du Livre des Sentences, et différentes de celles qui avaient été disputées l'année précédente. 11 assignait» iô jours à Tavance , utfe question au répondant et à l'opposant Sa négligence était punie par une amende

* Liber Sorbwœ, Richer a copié ce statut. HUL Acad, Paris., 1. 1 , lib. V.

de deux quartauts de vin ; le refas du répondant , par une

amende d'une bourse. La dispute avait lieu tous les samedis. Le boursier le moins ancien devait commencer. Le répondant d'un samedi était l'opposant du samedi suivant Le maître des étudiants présidait la dispute » dissipait les malentendus qui pouvaient se glisser entre les deux adversaires; si l'un d'eux argumentait de mauvaise foi, le maître devait l'avertir jusqu'à deux fois , et s'il persistait , lui dire : Je vous impose silence. Une opiniâtreté persistante après ces trois avertissements, était punie par une amende de 2 quartauts de vin. Le répondant ne pouvait poser que trois thèses ou conclusions appuyées chacune sur une citation et un nigament, et sans corollaires. Pour laisser à d'autres le temps d'argumenter > l'opposant ne devait poser que 8 objections , et chacun des autres argumentants, S. Immédiatement après le principal opposant ^ argumentaient successivement le mettre des étudiants , le prieur , les maîtres en théologie, s'il leur plaisait, les senlentiarii, iescursores, en commençant par ceux qui avaient lu leurs deux cours, et enfin les boursiers de la maison, suivant leur rang d'ancienneté. Le maître des étudiants était libre d'admettre des étrangers à ces exercices, pourvu qu'ils ne fussent pas eu assez grand nombre pour gêner les boursiers. On attachait tant d'importance à ces disputes qu'on ne voulait pas qu'elles fussent absorbées par des congés. SI un samedi était férié , la dispute devait être avancée ou réservée.

La Faculté de théologie était une fédération de communautés régulières et séculières. L'accord était souvent troublé entre tous ces corps jaloux et rivaux. Cependant la réconciliation finissait toujours par s'opérer, parce qu'ils avaient besoin les uns des autres. Cette association était avanta-* geuse à toutes les communautés : l'émulation des étudiants et des bacheliers était excitée par l'espérance de briller dans les actes publics de la Faculté, et de faire honneur à l'ordre

OU au collège auquel ils apppartenaieut. Les séculiers trouvaient d'ailleors^ dans les coovenis des mendiants et des Bernardins 9 des professeurs distingués qui pouvaient se vouer,

sans distraction, à l'étude et à renseignement, parce qu'ils étaient libres des soins du monde et des soucis de la pauvreté. La possession du grade de maître en théologie de T Université de Paris n'était pas indiffikente pour les ordres religieux* Un prédicateur, un Inquisiteur revêtu de ce titre, avait beaucoup plus d'autorité ; la participation aux aclcs de la Faculté était d'ailleurs pour eux une occasion de se mesurer avec leurs rivaux , et un mojen de constater et de soutenir parmi eux le niveau des études.

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