C. DU GOUBS D'ÉTUDES ET DES GRADES
Le cours d'études de la Faculté de théologie, qui n'était que de 8 ans du temps de Robert Courçon , fut porté à ih ans au commencement du xi?'' siècle. L'enseignement fut presque entièrement abandonné par les mattres aux bacheliers. Les disputes solennelles ou actes publics imposés aux bacheliers se multiplièrent. La présidence de ces actes devint la principale occupation des maîtres.
II est difficile d'expliquer les causes de ce changement, il est probable qu'il dépend de la multiplication des collèges, et de ce fait, qu'au commencement du xiv* siècle, la plupart des étudiants séculiers étaient déjà boursiers dans les collèges. Les rt^gleraenîs de ces communautés accordaient aux boursiers, pour obtenir leurs grades, un temps qui dépassait de beaucoup celui qui était fixé par les statuts des Facultés. L'usage particulier des collèges tendit ainsi à se confondre avec la coutume générale de la Faculté. Les r6gu-
Itère ne durent pas | mettre d'obstacle ; ils éludaient iacile^ ment par des dispenses les règlements de la Faculté. L'exemple de la Sorboniqne montre Pinfloence des collèges |
sur la inuliiplicatioD des actes publics dans la Faculté : ane dispute, qui n'était d'abord qu'un exercice particulier^ était bientôt entourée de pins de solennité et devenait un acte pabllc et obligatoire.
C'est h la confusion du régime des collèges et des couvents, avec celui delà Faculté , que j'attribue principalement ce changement dans l'enseignement tbéologique» et cette confasîon put s'opérer» parce que la Faculté ne comptait presque pas d'étudiants en dehors des collèges et des couvents.
Telle est la raison la plus proljable qu'on puisse , à ce qu'il semble, donner de ce changement. Au reste) il y a une lacune pour la fin du xm* siècle et le commencement du xiv* dans les monuments relatifs à ta Faculté de théologie , et on en esL, sur ce poiul , létluiL à des conjectures *•
* l>d loutes les Facultés, lu Faculté de théologie est celle dont les archives sont les moins riches en monuments originaux. — 1* Det SuauU. D^Argentré a publié ( CaUecth judieiorum de novU errùrUm, l. II, pars, i, p. 4^63-467,) une collection d'anciens statuts faite par la Faculté de théologie elle-même. Ces statuts » les serments qni s*y rapportaient, et le calendrier do la Faculté, étaient écrits sur parchemin dans un livre rehé en veau noir. Je ne sais ce qu'est devenu ce manuscrit. Je n'en connais que dos copies.— A. On conserve aux Archives nationales ( section historique, carton 9. L. 10,) une copie de ce manuscrit, écrite sur parchemin, en deux, volumes reliés en veau noir, et portant le cachet de la Facnlié. L*nn contient l'ancienne collection sni?ie d*antres statuts que d*Argentré a toas imprimés. Sa publication peut môme étro considérée comme la reproduction de ce volume. L'autre contient les serments, le calendrier, et une miniature représentant le Christ sur la croix. Une note mise en 1672, par Bouvot, grand bedeau de la Faculté, en tête do ces deux volumes, nous apprend qu'ils reproduisent l'ancien livre de la Faculté. — B. La Bibliothèque nationale (supplément latin 271) possède une copie de ces statuts, faite sur parchemin, et d'une écriture cursive fort négUgée. A la suite des sialuls imprimés par d Ar^c-utrô est une antre collection , où Ton relrouve les mêmes statuts » mais dis* i posés confusément. Cette seconde collection commence an 0 verso par ces mots ; Ista sunt statata Faeullalis theologis cîrca statnm legentiam
Dans eelte nouvelle organisation de la Faculté » on se préparait» par 6 années d'études, à enseigner, à disputer et à
prêcher pendant 7 ans, c'est-à-dire à accomplir tous les actes imposés aux bacheliers. Les actes de la licence et de la maîtrise occupaient la quatorzième année.
cursus saoB etetiam sentenlias facta; et eliam a summo ponlifico super hisaddita quse sequuntur in bâc formà... C'est sans doute celle dont parle Filesac fStatutorum sacrœ Facultatis thfologîœ Parmensîs oriqo prnca , Paris., 1G20, in-S**, p. 51). Ce manuscrit contient quelques détails qu'on ne trouve pas dans la copie des archives. Je le désigne par la lettre N. — G. Edmond Richer avait composé une histoire de rUniversité de Paris, depuis son origiDO jusqu'en 1018» en 80 livres, sous le titre de Hittoria JhadmUB ParisienHt, La bibliothèque nationale (sopplément latin ) possède le manuscrit autographe. Il manque les livres ( IX--XYII) qui contenaient l'histoire de l'Université, depuis la fin de la querelle avec les Dominicains, jusqu'en 1851. Celle histoire do l'Université est surtout celle do la Faculté de lliéolnî^ie. Richer donne dans le III'^ livre ( t. l'*" du manuscrit) une ropie dt's slntnte; imprimés par d'Argenlré ( p. 462- 4G7 ). On y trouve une disposiliua qui n'est reproduite ni par la copie des archives, ni par la copie N. Richer transcrit, dans ce ni* livre, des statuts de la Faculté de théologie que je n'ai pas trouvés ailleurs.— Richer conjecture/ auguror) que cette collection a été rédigée entre les conciles de Bâle et de Constance ( t. III, cap. 19). Bouvot , dans la nolo qu'il a mise en tête du volume des serments, rapporte la rédaction de cette collection h l'année 1426, je ne sais sur quelle autorité. Celte collecliûii t >f certainement antérieure à la réforme do lft52. Il est probable qu'elle Ualc des dernières années du xiv* siècle, ou des premières années du IV*. 11 est étrange que Filesac (Origo prUea F«eultatU theologiœ, p. , ) la rapporte aux dernières années du xiii* siècle. Elle est évi* demment fort postérieure. — Le manuscrit de Corbie , dont j*ai parlé plus haut, contient à la suite du calendrier une collection de statuts de chaque Faculté. Elle est écrite de la même main que le calendrier. Ces statuts contiennent surtout des repliements relatifs aux jours et aux heures des cours. Les statuts de la Faculté de théologie sont en tétç» D'Achèry les a imprimés {SpicUegium ,\i ^ 581 sqq.), et du Boulay les a reproduits ( IV, p. 416-427) en mettant la Faculté des arts en téle. Ces statuts se rapportent évidemment à la même époque que Tancienne collection. ~ Les statuts de la Faculté de théologie de TUniversité de Vienne, promulgués en 1389 ( publiés par KoUar, Âmketa monumcniornm Vindnhoneima , l , p. 127 sqq.), offrent une reproduction fidèle des coutumes suivies dans la Faculté do théologie de Paris à la rat^mr époque. Les auteurs des statuts avertissent eux-mêmes ( p. 127-lfi7 ) (pi ils se conforment exactement aux usages de la Faculté de Tans. Les dlspu-
Des ÉTUDUUiiTS — On ne sait si le grade de mattre od de licencié ès-arts était officiellement exigé, an moyen^ge, des
ttudianis en théologie. On ncpouvait imposer cette cooditioD aux religieux qui étaient exclus de ia Faculté des arts. Pour les séculiers « cette obligation ne se trouve formellement exprimée dans aucun statut , dans aucun serment , avant la réforme de 1587. Dans le fait, il était impossible, à cette époque, d'étudier la théologie sans savoir à fond la dialectique; et les étudiants séculiers étaient presque tous boursiers dans des collèges dont les stsituts n'admettaient aux bourses de théologie que des licenciés ès-arts.
On trouve peu de règlements relatifs aux étudiants. Pendant les quatre premières années, ils devaient porter ou faire porter aux leçons le texte de la Bible ou du maître des Sentances
sitioDS de ces statuts sont conformes à celles do l'ancienne collection. — 2° Des registres. Il ne semlile pas que la Faculté de théologie ail cti nti raoyen-àge des registres ii nus régulièrement par son syndic, comme les autres corporations de r i ïuversitù. — Le grand bedeau tenait un registre sur papier pu il inscrivait, pour chaque année, les comptes de mise et de recette, la liste des cunores, des Mitfenffarii*, des liceodés et des docteurs , ayec*la date de lear réception , et le chifft^ des sommes qu'ils payaient h la Faculté. La Bibliothèque nationale possède ( ancien fonds 5657 C ) le registre tenu par le grand bedeau pendant les années ihhdihùk. Le commencement do l'année ih^h pf la Qn do Tannée 1464 manquent. — Un manuscrit du xviii® siècle ( Bibliothèque nationale, ancien fonds, 5657, A) contient les listes des licenciés depuis 1573. On lit dans ce manuscrit ( p. qu il existait /»6er in quo scribunlur actus Vesperiaram «t DocloratiM. C'est sans doute le livre que Launoi cite sous le titre Û^Aeia fViaiftalls Ifteologito ( opp. YU, p. 38S, 388}. Je ne sais oiii se trouve ce livre. .
' Pour calculer le nombre des étudiants, on peut prendre pour bsse le nombre de ceux qui ont été admis à faire leur premier cours sur la IVible. Entre {hh^ et 146ft, ce nombre est en moyenne de 18 par an. ( Registre du grand bedeau.) Le total, pour ces quinze années, est 269 ; ce qui , inuiùplié par 6 , donne 108. — Les ordres mendiants ne sont pas compris dans ce calcul.
» Réforme do 1306 ( B. iV , 389 ).
Les vacances de la Faculté commençaient à la Saint-Pierre et à la Saint-Paul (29 jaiD), et finissaient à l'Ëialtation delà Sainte^Groix (lA septembre). Outre les joars de fête et de congé communs à toute rUoiversité^ la Faculté avait six jours de fête qui lui étaient particuliers, où il était interdit de faire leçon ordinaire Il était en outre interdît de faire leçon ordinaire les jours de vespéries, d'auUqae, de prinei' pium i et le jour où un nattre se proposait de disputer. Les pfincipia avaicut surtout lieu eiUre rExaltation de la Sainte- Croix et la Saint-Denis (9 octobre) ; les vespéries et les auliques principalement, entre le Carême et la Saint Pierre et la Saint Paul, et les années paires» L'hiver était donc plus particulièrement réservé aux leçons ordinaires.
Diis Bacheliers. — Les règleme nts de la Faculté de théologie montrent clairement que le baccalauréat n'était pas un grade p mais an ilaL En réalité, ce terme Bignifiaitapprmftf^ $age, l'apprentissage de la maîtrise *. Le bachelier était celui qui n'était plus étudiant et qui n'était pas encore maître. Ainsi , on pouvait avoir reçu la licence , et être cependant encore bachelier Dans la Faculté de théologie , on distinguait trois degrés dans cet apprentissage de la maîtrise, qu'on appelait baccalauréat ; à ces trois degrés correspondaient trois classes de bacheliers : tes bibliei ordimrii et eufwres , les sententiarii et les formati. Les bacheliers de la première classe étaient ordinairement trois ans avant de passer senteti" tiarii; les ientmUiarii n'étaient formati qu'au bout d'un an.
i*. Biblid ordtnanï et eunores. — Pour être admis à ce
« Yet. Kal.
* BaeheUer, dans Tancien français, signifie un jeuno homme qui n'est pas encore marié. ( Cf. Docange , voce Bacealarittt ), Baehektr a le même sens en Anglais.
^ On troavo, S. F. A. 1257 ( B. III, ^420 ) : Nullus bachelarim Ucen-
tialn!^ vo! non Uccntiatus Je remarquerai, pîi passant, qu'on trouve
loujoiH s dU moyen-âge baccalariatus , et Jamais bacealaureatus , du moins fiaus les actes originaux.
premier degré du baeealauréat , il Aillait avoir fait six m
d'étude S être âgé d*au moins 25 ans *, et n'être ni bâtard ni contrefait On n'exigeait que b ans d'études des leiigieuz \ Vers 1452^ les séculiers étaient généralemeot dispensés de la 6* anoée Le candidat devait comparaître devant la Facnlté représentée au moins par sept mattres , et justilier de son temps d'études par des ceriiticats signés de ceux dont il avait suivi les leçons, ou par trois téiiioins qm garantissaient sa moralité et attestaient les m ans d'études Après avoir vérifié si le candidat satisfaisait aux conditions exigées^ la Faculté commettait li maîtres pour l'examiner sor les principes de la théologie Sur le rapport des examinateurs 9 elle admettait le candidat à prêter serment et à commencer ses exercices de bachelier.
Les bacheliers de cette première classe étaient astreints à des leçons sur la Bible et à des disputes.
Les mendiants et les Bernardins devaient lire le texte de la Bible de suite , raprès-dtner^an conp denones des Jacobins^ les jours de leçon ordinaire. Ils étaient appelés, pour ce
iiiotit, biblici ordinariij ou simplemeiit biblici. Chacun de ces cinq ordres ne devait présenter à la Faculté qu'un candidat pour ces leçons sur la Bible. Tous les ans ^ au mois de septembre, ils présentaient de nonveaux Mbliei*; s'ils le né-
gligeaient, la Faculté les privait de la présentation d'uu smtentiarius Deux fois par an , au mois de mars et au mois
* Vet. Slat., B. IV, ft26.
' Réforme de 1966. B. IV, 389.
' Juramenta ciirsorum ( ms.), et Vet. Stai. (d'Arg., p. 463, b. U ).
* Vet. Stat.(B. IV, /i26 ).
» Réforme do \m { B. V, m ).
* Vet. Stat. (d'Argcnlrô, p. W3, b. 16).
» Vot. Stat. (d'Arg., p. 467, b. 51 ).
* Vet. Stat. (B. IV, «38).
* iÀvre du gr* Bed., passim.
RéforDie de im ( B. V, m ).
de septembre^ disque biblkus devait apporter la liste de seB auditeurs à la Faculté > pour qu'elle s'assurât que les leçons étaient faites sénensemeot ^
Les autres bacheliers n'étaient pas astreints à lire la Bible de suite , les jours ordinaires ; ils ne disaient que des leçons extraordinaires » et ils étaient appelés ^ pour ce motif, bacealarii eursores , ou simplement cursom , dénomination qui suflisait pour les distinguer des ùiblici ordiîiarii . qui ne poii- Taient enseigner que les jours de leçon ordinaire , et des sentenliarii , qui ne donnaient que des leçon» ordinaires. Les cunores devaient choisir dans la Bible deux livres^ Tun dans l'Ancien, l'autre dans le Nouveau Testament*. Ces deux livies étaient l'objet de deux cours, dont le premier devait commencer dans les trois mois de la réception du bachelier €es premiers cours commençaient ordinairement entre le mois de septembre et le mois de mai; le second cours avait ordinairement lieu entre le mois de mai et le mois de septembre de la aoisième année Les leçons de c hacun de ces cours devaient être continuées, sans interrupiion uotable, jusqu'à la lin du livre choisi par les bacheliers. Le grand bedeau devait avertir la Faculté du commencement et de la fin de chaque cours, le premier jour du mois suivant *.
On appliquait à la Bible la méthode d'exposition. Les eursores devaient suivre le texte de près , faire connaître les principales gloses, et ne pas lire plus d'un chapitre par leçon On expliquait la Bible tropologiquement , allégoriquement ^ anagogiquement; mais personne ue pouvait 1 expliquer philo-
* S. F. T. (Richer, Ilisl. oc. Par., hb. III, cap. 22). » Vet. Stat. ( B. IV, û26 ).
■ Yet. Siat. ( d'Arg., p. 463, b. 18).
* Eivre âugr. Bed,, passim.— Entre 1(49 et le nombre de ceux qui font leur second cours est en moyenne de S par au ( iti pour IB ans). Cf. p. iS6n. 1.
» Vet. Slat. (d'Ar-., p. m, b. IK).
« Réf. 1366 (B.IY, 389).
logiquement Les Dominicains et les Franciscains avaient fait sur la Bible des travaux importants pour cette époque ; dès le xni'' siècle y ils s'étaient appliqués à l'étude du texte sacré; c'était entre eux on sojet d'émulation. Ce fut sans doute la raison qui décida la Faculté à charger leurs bacheliers de faire des leçons suivies sur la Bible. A côté de ces cinq cours , les leçons des cursores avaient fort peu d'importance. D'ailleurs les théologiens du moyen-âge s'appliquaient moins à la Bible qu'aux commentaires sur le Livre des Sentences» qui préparaient beaucoup mieux à la dispute , le plus important de tous leurs exercices. Aussi la Faculté dispensait parfois les cursores de leurs leçons , et les autorisait à échanger leurs cours contre deux tentatives , ou contre deux disputes sou-> tenues en Sorbonne
Avant de commencer leur cours ^ les ¥bUd devaient foire une sorte de leçon solennelle , appelée principium , entre l'Exaltation de la Sainte-Croix ( lli septembre) et la Saint- Denis ( 0 octobre ) *, et deux conférences, ou un sermon et une conférence ( eollaiio) les curu^rt» faisaient un principhm avant le premier cours» et un autre avant le second. Ces actes étaient accomplis sous les auspices d'un maître qui devait être présent à Pans, pour que la responsabilité fût sérieuse \ Tous les actes de la Faculté de théologie devaient être ainsi présidés par un mattre qui eu garantissait la régularité et répondait de Forthodoxie et de la moralité du candidat.
Les bacheliers de ia première classe étaient tenus d'assister à tous les actes publics de ia Faculté; ils étaient assis sur le troisième bancj le plus éloigné de la chaire du président
* Vet. Stat. (d'Arg., p. m).
* Vet. Stat. (B. IV, «M).
* Vel- Stat. ( tf Arg., p. a. ftO).
» Vet. Stat. ( d'Arg., p. «64 , a. 18 ).
* Slat. Fac. TbeoU Wienoensis ( KoOar, I, p. m ).
^ntre le premier coars et le cours sur les Sentences^ les
iirsores étaieDt tenus d'argumenter aux vespéries et à la r<^sompte d'un nouveau maître ^ s'ils en étaient requis parie maître qui présidait ces actes. Leur refus était puut par une amende de AO s. p. Cette épreuTe était appelée eâ^peclaforta'.
2* Sententiariû — Pour être admis à faire leçon sur le ï^ivre des Sentences , il fallait justifier qu'on avait étudié en théologie pendant neuf années entières , et fait deux cours sur la Bible K
En outre , le candidat devait avoir fait deuf conférences ,
ou uo sermou et une conférence", afin qu'on pût apprécier son talent pour la parole et ia prédication. Au xiy" siècle , il soutenait deux argumentations , l'une pendant rbiver^ Tautre , en Sorbonne y pendant les vacances; plus tard» ces deux disputes se réduisirent à une seule appelée tentative. Le candidat soutenait cette argumeulatioa à la lin de sa neuvième année , avant les vacances , sous la présidence d'un maître qui ne devait être ni du même collège ni du même couvent. Ce mattre indiquait au candidat la question qu'il devait disputer. Les bacheliers formés argumentaient contre les conclusions posées par le répondant ; la discussion terminée, le mattre recueillait les avis des bacheliers sur la capacité do candidat , et faisait à la Faculté un rapport où il constatait le nombre des bacheliers formés opposants , et Popinion de la majorité sur le mérite du répondant \ Plus tard , cette formalité se réduisit à de simples compliments. La discussion fermée, le répondant se levait et demandait qu'on l'avertit s'il n'avait rien dit de répréhensible , se déclarant prêt à le ré-
< Yet. Stat. (d*Àrg., p. m, a. 10).
• Vet. Stat. ( d'Ârg., p. 4» , b. SA ).
• Yel. Slat. ( d'Arg., p. 464, a. b. 21).
• S. F. T. 1587 (N. H verso). Vet. Stat. (d'Arg., p. 467, a. /i9). Si laTciUalive était disputée en Sorbonno, le prieur présidait, suivant lo môme réglemeot, et faisait soq rapport à deux maîtres députés par la Faculté.
tracter immédiatemeiit. Les bacheliers ne faisant aucune réclamation ; le hetleau leur demandait s'ils étaient satisfaits du répondant ; ils déclaraient qu'il était ingemosmimus et doctisiimm \
Le 1*' juillet » ceux qui avaient disputé leur Tentative se
présentaient devant la Faculté et justiflaient qu'ils avaient rempli les coiuliiions imposées à ceux qui deinaudaieut à lire le Livre des Sentences *• Si la Faculté était satisfaite , ils étaient admis à prêter serment « et étaient dès-lors doocalartt smtetUiafii ^ '
Chaque ordre mendiant ne présentait à la Faculté qu'un bachelier pour la lecture des Sentences, exceptés les Dominicains, qui avaient deux chaires de théologie, et qui présentaient en conséquence deux bacheliers. En compensation de ces restrictions , la Faculté accordait aux préwnléB ( prcssmtati ) des ordres mendiants , comme on les appelait , d'importants avantages. Les présentés étaient cxeinpts de J'obligation d'avoir fait à Paris leurs études théologiques et professé sur la Bible. Ils n'étaient astreints qu'à la Tentative \ Au reste, Ils jouissaient de ces privilèges plutôt «n vertu de la coutume qno des constitutions ('crîtes Cette confiance de la Faculté était sans doute motivée sur les épreuves auxquelles les ordres religieux soumettaient les Frères qu'ils chargeaient de la lecture du Livre des Sentences.
Il était interdit aux sMfsntiorît de se charger de conférences,
* lleg. du parlement, 150S ( B. VI, 19 ).
\ Ibid., p. 9S.
" Bntre 1449 et 1464, 13 bacheliers par an, en moyeane, forent admis à lire les Sentences. Les ordres mendiants sont compris dans ce
chifTre (livre du grand bedeau J, " D'Ar?., p. ^£07, b. 23.
" Bulle d hugène IV, ( B. V, 52ft ), Les statuts cités par ie procureur de la Nation de France ( B. V. 523 ) no paraissent pas avoir été exécutés. Il est probable que la i^' acuité voulait buulcmuut iaire casser la bulle, pour qae les mendiants ne rédamassent pas, comme un droit, ce qu'on leur accordait comme une faveur.
de sermons , oa de disputes qui les aaraient détournés de
leurs leçons sur le livre de Pierre Lombard . Les seuls bacheliers des ordres mendiants devaient répondre d'uue question dite de qmlUfet, avant leur quatrième prindpiumf c'est-^idire a?ant le mois de mat ^
L'ou?rage de Pierre Lombard est» comme on sait, nne sorte d'encyclopédie tbéologique divisée en quatre livres , dont le premier traite de la naiure et des attributs de Dieu, le second de la Création , le troisième de riocamation , le quatrième des Sacrements, ties bacheliers soutenaient nn acte appelé principium et disaient ensuite des leçons , sur chacun de CCS livres. Les premiers principia devaient être tous laits entre TExaltation de la Sainte-Croix ( 14 septembre) et la Saint-Denis ( 9 octobre ) ; il ne devait pas y avoir pins d'un primipium par jour ^ Le premier bachelier qui faisait son prineipîum était invariablement un Carme ' ; l'ordre dans lequel les autres bacheliers lui succédaient, marquait leur » rang dans les actes ultérieurs, l'année de la lecture des Sentences étant la première des quatre années de stage exigées avant l'année de la licence. On appelait cet ordre , Tordre de primogénitore Le Carme devait faire son second prîtictpttiif» , le premier jour de leçon du mois de janvier; le troisitime principium, le premier jour de leçon du mois de mars; et le quatrième prkwipium, le premier jour de leçon du mois de mai. Les autres bacheliers le suivaient immédiatement *.
Chaque prmctpium était composé de trois parties distinctes UD court sermon appelé coHalio , Ténoncé de plusieurs pro-
' S. F. T. im ( Richer, !II , cap. 2:2 ).
* Vel. Slat. ( Archives, f° 10 verso).
* Vet. Slat. (B. l\\U%ù).
* Vet. Stat.(N.f»l« verso).
> Tet. Slat. ( d*Arg., p. m , a. 98 ).
* Yet. sut. ((l*Arg., p. MB, a. 50).
' Cf. les prinelpia de Denys lo Cistercien (opp. Paris. 1951 ), et de Pierre d'ÂiUy ( opp. Paris. Jean Petit ).
positions servant à décider la question qui était l'objet du principiiim , ei une polémique contre les autres sententiarii» Le bachelier preoait pour texte de la coUatio uo passage de rËeritore sainte dont il faisait servir les expressions à un éloge de la doctrine chrétienne , à une analyse générale des quatre livres de rouvrage de Pierre Lombard , et à une analyse plus détaillée du livre sur lequel il faisait son principium. Dans la collatio du premier principium, il énonçait ou faisait pressentir les questions qu'il traiterait dans les autres prineipia. Le texte de récriture adopté pour la première eottaHo était conservé dans les trois autres. L'analyse générale de l'ouvrage de Pierre Lombard était répétée à chaque collatio sous des formes plus ou moins variées. On dirigeait dans la collatio le développement des idées , de manière à ramener à la fin le texte que l'on avait choisi , et on en employait les expressions & l'énoncé de la question que l'on se proposait de traiter. • Cette qiiesiiou était toujours relative au sujet du livre sur lequel on faisait le principium* Le bachelier énumérait d'abord les raisons pour et contre^ donnait ensuite sa décision , et l'appuyait sur un certain nombre de conclusions prouvées chacune par plosiéurs syllogismes. Sur chaque conclusion, il posait des objections contre d'autres sententiarii qui avaient fait leur priticipium avant lui. Les nombres des conclusions , des arguments et des objections se correspondaient en général avec une symétrie rigoureuse. Dans le second , le troisième et le quatrième principium , le bachelier reprenait et discutait les objections que les autres sententiarii lui avaient posées dans leurs principia, et les réponses qu'ils avaient faites à ses attaques. Il en résultait que le bachelier ne développait ses opinions personnelles que dans le premier prthctpium» Les autres étaient presque exclusivement consacrés à la polémique. Pour se livrer à cette polémique sans s'écarter du sujet du principium, le bachelier choisissait ses quatre questions, de manière à ce que les principes posés dans le
premier prmc//>H< m dussent servir à résoudre les qnrstions traitées dans les trois autres. L'ordre adopté par Pierre Lombard était favorable à cette combinaison ; le sujet de chaque livre se rattache nécessairement et immédiatement au sujet qu'il a traité dans le livre précédent
Les principia étaient lus le plus souveut d'avance *, Les bacheliers se coimnuuiquaieiit par écrit leurs conclusions et leurs argument» La forme de ces principia est rigoureuse* ment syltogistique* On n'y trouve pas une phrase qui ne soit une conclusion , une proposition , un corollaire, une majeure , une mineure, ou une conséquence. La seule élégance oratoire que les bacheliers se permettent» c'est de rimer les énoncés des questions et les divisions qu'ils établissent dans les co(laliones *, La polémique contre les autres bacheliers n'était pas exemple d'aigreur et d'amertume. On ue s'épargnait pas les ciipressions offensantes et injurieuses
Les leçons sur chaque livre de l'ouvrage de Pierre Lom« bard, suivaient le pn'nciptum. Les leçons des bacheliers sur le Livre des Sentences devaient commencer le lendemain de la Saint-Denis (10 octobre), et finir à la 3^»"^ l^if*i*re et Saint- Paul (29 juin) ; s'ils étaient obligés de les interrompre pour maladie ou pour une autre cause , ils étaient tenus de faire, après le 20 juin , autant de leçons qu'ils en avaient manqué : les bacheliers * lisaient, les jours de leçon ordinaire, le matin, au coup de prime du couvent des Jacobins, et au coup
* Réf. I«iîi2 (B. ¥,565).
' Dionysius Cislcrciensis , IV principium , f* 15 reclo : Opposiluni
posait reverendas baralarius setl qualiler probaveril igooro, quia
propositiones iu scripus non rcccpi ab co.
' Dionvsius Cislerciensis ( / princj])jum ) : Quis nos horror fasciiiavil ad creUeudum cum Dei simplicilate personarum distinctionem ; quis nos atopor excflBcavit ad teoendum cum primi seternitale temporalem productîonem, etc. — Cf. infra p. 15$, n. 1.
* Réf. 1366 ( B. IV, 389 ). Cf. infra p. 135.
» Vet. Stal. ( B. IV, ti27 ), et d'Arg. ( p. 464, b. 33 ).
de tierce > lorsque les maîtres lisaient nu coup de prime Les leçons des senimtiarii étaient donc des leçons ordinaires. A la fin de chaque livre , les bacheliers deTaient se présenter à la première assemblée de la Faenlté, affirmer, par serment, qu'ils avaient lu le livre aux jours ei aux heures accoutumées, et donner la liste de leurs auditeurs *, Cesieçons étaient laites dans les salles des couvents et de quelques col* léges. Pour s*épaiiKner des frais » les bacheliers lisaient souvent dans leur chambre. On comprit que ce défaut de solennité n*était pas propre à soutenir le zèle et le travail des bacheliers : les leçons pouvaient dégénérer en vaines conversations. Déjà , en 1568^ le collège de Sorbonne exigea que les boursiers fissent leçon dans la salle du collège *. En i&92 , la Faculté arrêta que les ienlenHarn ne pourraient lire que dans les salles oii il y avait une chaire de docteur ; chacun d'eux , en prêtant serment, désignait la salle où il se proposait de lire, et devait y terminer ses leçons sous peine de 2 francs d^amende
Quoique la réforme de 1366 ait ordonné aux bacheliers de
lire le texte môme de Pierre Lombard et de Texposer phrase par phrase ' , celle in<Mhode ne paraît pas avoir été pratiquée. On appliquait au texte de Pierre Lombard la méthode des questions : la discussion et la polémique tenaient donc une
« Vet. Slat ( B. IV, HM ), el d*Arg. ( p. ft«8 , a. 37 ). ' S. F. T. itm ( ap. Bicher, III, »).
* Uber Sorbonœ ( ultimo verso), 36 avril : Ad iaducendam magisiros ad hoc quôdin camerissuis non legerentet schol» non remaDerent vacos,
pcr bonos viros M. Grunnerinm Bonifacii, canoellarium ecclcsiai Parisiensis, cl M. Guillelmum de Saivarvillîi, cantorcm ejusdem Parisiensis occlesiae , magisiros in llicologià — ordinatum cum dcputatis domûs ad hoc missis — qu6d do caMcro magistri pro fnfo anno pro schoUs soiverent 40 s. t., baccalarii pro sententiarum lecturâ iiO s. t., cursores vcro 10 s. t., pro quolibet cursu , et illam pccuniam recipercl librarius ox parle domfts, et in banchis oonverteret.
* Ap.mcher,m,33.
grande place dans ces leçons; elles avaient peu d'originalité ; on exposait les opiûious des docteurs célèbres; on les disca* tait a?ec grand appareil de distinctions et de syllogismes. Le principal bat de ces leçons était de préparer les auditeurs à la dispnteet de lenr fournir des matériaux pour l'argumentation \ Ouoique la réforme de 1366 eût interdit de traiter dans ces leçons des questions de logique et de métaphysique % la philosophie tenait dans ces questions beancoap plus de place que la théologie. C'était le premier livre de l'ouvrage de Pierre Lombard , le plus métaphysique de tous , qui fournissait le plus de questions ; les trois autres livres, plus particulièrement tliéologiques, étaient à peine traités La Faculté recommanda d'y insister davantage , mais nainement * ; TexpUcation des deux derniers livres venait précisément après Pâques , à une époque cfk les actes de la maîtrise enlevaient aux bacheliers le peu de leçons que leur laissaient les jours de congé ; car , ordinairement, la plupart des bacheliers faisaient leçon sur les Sentences, l'année du jutnU*. Souvent les senimîiarii se considéraient comme bacheliers formés après leur troisième principium, et quittaient Pai is. En 1492, la Faculté décida que, dans ce cas, les leçons précédentes ne leur compteraient pas *.
Ces leçons étaient généralement lues vers la fin dnxiv* siècle; la réforme de 1366 le défendit; elle permit seulement d'avoir sous les yeux un cahier pour aider la mémoire et rappeler les principales divisions, les arguments et les cita-
* Voir les Préfaces do Nicolas Beliii , en téte des Quœstiones de Dcnys de Giteaiix.
* Geraon, EpisMa de reformaiione Uteologiœ (opp. éd. du Pin., I. p. 193).
* Yet. Stat. ( d Arg., p. 465, a. 29).
* Cf. Vet. Stat. ( B. IV, 131 ), et le livre du grand bedeau,
* Ap. Richer, m, SS. — Cf. Stat. Fae. miv. thcol. Wicnncnsis (Kollar,p. tU).
— listions*. Ou n on persista pas moins à lire ces leçons. L*argumeBtatiOB, qui faisait le fonds des questions, était si compliquée et si minuliense , en matière théologique les moindres ehangements dans les termes avaient tant d'importanee , que l'on regardait comme plus commode et miiiue comme plus sûr de ne pas prononcer ces leçons de vive voix. Mais il devenait alors à peu près impossible de s'assurer du travail personnel des bacheliers ; ils Usaient des questions qu'ils n'avaient pas composées eux-mêmes. Vers la fin du xv* siècle , la Faculté ordonna de résumer de vive voix, à la fin de la leçoD/les principaux points de la question que Ton avait lue'. Ën 1A52 , le cardinal d'Ëstouteville autorisa les bacheliers à lire leurs prtneîpta et les leçons ^ et recommanda de veiller k ce qu'ils les composassent eux-mêmes
I/année de leçon sur les Sentences était couipiise tîans les quatre années de stage exigées rigoureusement avant la licence * ; les bacheliers cherchaient à s'en faire dispenser^ surtout les religieux, qui épuisent ordinairement dans leur ordre ce qu'ils ont d'obéissance, et u'eii conservent plus pour la société oii ils sont placés. Ils importunaient la Faculté par des bulles^ par des recommandations de rois, de seigneurs et autres gens puissants^ pour obtenir d'être admis à la lecture des Sentences pendant les vacances ^ Cette faveur leur permettait de faire leurs leçons et leurs principia entre le * 1" juillet et la fin de septembre; ils gagnaient ainsi une année pour la licence , et se trouvaient bacheliers formés en
* Vet. Stat. (N. f» 14 recto et verao).
* Ce stage est ordinairement évalué à cinq ans, eo comprenant Taunée de la licence et celle de la lecture des Sentences. ( Vet. Stat. d*Arg., p. «67, b. a?, et S. U. 1389, B. lY, ^7 ).
» S. F. T. im ( ap. Richer , m, »), La réforme de 1886 Tavait déjà interdit ( B. IV, 889 )•
même temps que ceux qui avaient lu les Sentences l'Iiiver précédent.
8* Baeeala^i formati. — Immédiatement après avoir terminé le cours sur les Sentences, ou é la il dit baccalarius formatus, sans doute parce qu'où avait accompli tous les exercices imposés autrefois aux aspirants à la licence Il fallait encore résider pendant trois ans à Paris , assister à tous les actes publics de la Faculté, faire des sermons et des conférences, et répondre dans certaines disputes solennelles Ce stage avait pour but d'éprouver plus sûrement la moralité et la capacité du candidat Seuls, les tenieniiarii des ordres mendiants jouissaient du privilège d'être présentés immédiatement à la licence ; ils devaient seulement répondre dans deux disputes ajipi'lées ordinaires \ sans doute parce qu'elles n'avaient pas lieu pendant les vacances, mais pendant le temps consacré anx leçons ordinaires.
Chaque bachelier formé devait faire par an an sermon et une conférence, et, s'il en était requis par un maître, une conférence après le sermon de ce maître. Il était tenu de reprendre dans la conférence le texte adopté par le maître dans son sermon S Les bacheliers avaient en général fort peu de sèle pour la prédication. Us prêchaient souvent par procureur. Entre 1387 et 1A03, lors de Texclusioa des Dominicains, les sermons du dimanche manquaient dans TUniver- Sité
An XIV* siècle » chaque bachelier formé soutenait contre ses collègues quatre argumentations : Tune à une aulique ,
Tautre à des vespéries , la troisième pendant les vacances ,
* Entre li|49 et 1161^, il dut y avoir, tous les ans, terme moyen , 39 bacheliers formée. '
' Vet. Stat. ( d'Arg., p. h&i, a. b. 3t ).
' Bulle d'Eugène IV, ( B. V, m ). Cf. S. U. ia«i-2 (B. V. 5»).
• Vet. Stat. ( d'Arg., p. Ù6G , a. 38 ) , ot ( R. IV, 1^27 ).
' Gerson , Episi, ad ilud, Navarrœ (opp. 1> lU, D.). CL Vel. Slat. (N.P 12 verso).
dans la salle de la Sorbonne « la quatrième lors de TaveDt
(de quolibet) Tous ces actes devaient être accomplis avantia Sainte-Catherine de l'année delà licence'. On pouvait échanger la dispute de quolibéi contre un sermon à faire après la maîtrise. On derait consigner deux francs entre les mains du bedeau , en gage de Paecomplissement de cette obligation *, A la fin du xv* siècle , il n*est plus question de la dispute de tjuotibet '';\mdii8 rargumcntation^ soutenue en Sorbounc pendant les vacances , acquit beaucoup d'importance et de solennité sous le nom de sorbaniqw * ^ dès la fin du xt* siècle. A celle époque, la dispute soutenue dans les vespéries d*UD nouveau maître prit le nom de magna or dinar ia ; et la dispute^ soutenue lors d'une auliqne» celui de parm ordinaria *.
* VoL Stat. (B. IV, ft27), et(d Arî?., p. .'168, b. 5'»). Ccpendnnl ailleurs ( Vet. Slat. d'Ar^'., p. 567, a. hl ) on ne compfo pas le de qitolihft^ et les disputes sont réduites à trois : auiko, ordinaria, borbonica. Cl. infra.
* Vet. Stat. (d'Arg., p. hùC), a. 59 ).
» Vol. Stat. ( d'Arg., p. /i(>5 , b. 34 ). Cet échange est cependant iuterdit(p. 466, b. 451).
* Il est évident , d'après Vet. Stat. ( d'Arg., p. 466 , b. 43 ) , que ceUe dispute ayait moins d'importance que les autres. Il était défendu de lire son argumentation (Vet. Suit. d'Arg., p. 466, b. 49 ).
* Telle est aussi Topinioa de Richer ( lU , 33 } sur l'origine de la Sorboniqne. Il n'admet pas, et avec raison , l'opinion commune qui attribue au mineur François Mayronis l'inslilution de celte dispute ( Cf. Wadding., Ann. 3Im., éd. Rome , VII ,11). Suivant Richer, Genebrard est le premier qui ait avancé co lait, de sa î>ropre autorité, et par conjecture. L'origine do celte dispute est certaiue'inent beaucoup plus moderne. Au XIV" siècle , Ici bacheliers de tous les degrés disputaient en Sorbonne . et même tous les ans ( Cf. supra et St. lî. W. Kollar, p. 14a , § 10 ); et alors la Sorbonique des bacbeliers formés ne semble pas avoir été plus particulièrement distinguée de celles des eunoret. Les statuts de la Faculté de théologie de Vienne ne la mentionnent que trèfr-brièvemeat, et en passant, avec la Sorbonique des eurtore$ ( Kollar, p. 146 ).
* II en était déjà ainsi vers 1495. Voir lY-numération des actes d'Eleutherius dans Launoi, opp. Il, ô8G. — Vordinnria est séparée de Vaulica (Vet. Stat, UArg., p. 467, a. ^i7). On trouve dans un statut do la Faculté de théologie du '1 novembre 1S23 (d'Arg., p. 474, b. 10) : Vf sint baccaUirii magis ifiUicili rcsiiondvir dv parm ordinaris in aulà $ub nom
Daus tous les actes, dans toutes les disputes solennelles de la Faculté , on argumentait avec des formes rigoureusement syllogistiques. Le répondant reproduisait Tobjection de Topposant mot pour mot; il répétait une seconde fois les propositions qu'il contestait « et lenr opposait un syllogisme, ^opposant suivait la même méthode Ces actes étaient souvent tumultueux; les assistants, même les religieux ^ riaient aux éclats, sifflaient, huaient, trépignaient. La Faculté interdit ces désordres et menaça les délinquants d'une amende de 10 sous
De Licence. — Quelque savant que Von fût en théologie, on ne pouvait prêcher et enseigner publiquement sans mission, sans autorisation préalable* Le pape, chef des évéques , pouvait envoyer en tout diocèse certaines personnes prêcher ou exercer toute autre fonciiou relative au gouvernement des âmes. Il déléguait ce di'oit au chancelier de Notre- Dame pour l'exercer en son nom; il le chargeait d'examiner à sa place la capacité de ceux qui devaient prêcher et enseigner la parole de Dieu. Le chancelier était donc le représentant du pape ^ li était sans doute institué par uua bulle Il prêtait serment, lors de son installation, en présence des chanoines de Notre-Dame, du recteur, des députés de TU* Diversité (un maître en iliLoIogie, un mattre en décret, et les quatre procureurs) , qui représentaient cette corporation , et de Tofficial qui représentait i'évêque de Paris
magislris... — On trouve àé\h l'expression ordinarin prlncipali^i dans Vet. Stat. ( d'Arg., p. «i66, b. 45 ).— Sur le rôle quo jouaient les bacheliers formés dans les vespéries et l'auliquc , voir infra p. iati.
* Ramus, Proœm. reform. Acad. Paris, à la fin. Cette petite scène de comédie n'est pas reproduite dans réditiou française.
• Vet. Stat, ( N. P la verso).
» ÙmmHsaHut Po/pœ ( Pelrus AUiacus, Traclalm I advenus Canceltarium PmrtMientem, Gersonii , opp. ed. du Pin. I, 75» B.) ^ Cf.suprap.^'i.
' Voir Tactc authcnlique drossé on 13*9, a l'occasion de la réception du chancelier, dans fi. lY, SIS.
Dans la Faculté de théologie , la licence n'était conférée que tous les deux ans; Tannée de la lic( ace était dite Tannée du jubilé, ou simplement le jubilé' ; ce jubilé ouvraitia Toussaint de toutes les années impaires Les bacheliers , - surtout les religieux^ cherchaient à obtenir do pape Fautorisation de recevoir leur licence en dehors du jubilé. Ils se faisaient rocomm;iii(ier au pape par des princes, des seigneurs, et même par des dames. Ces faveurs causaient des jalousies et des divisions dans le sein de la Faculté ^ Elles diminuaient le nombre des bacheliers formés 9 dont la présence était nécessaire à la célébrité des actes de la Faculté *. La Faculté défendit aux bacheliers for m (' s de faire itUcrvciiii l'autorité du Pape, et de se faire conférer la licence eu temps extraordinaire sans Tassentiment de tous les màltres *.
Les bacheliers formés , qui devaient accomplir lear stage à la Sainte-Catherine de Fannée du jubilé , demandaient à la Faculté, vers la Toussaint", d'êlre présentés au chancelier pour la licence. Ils présentaient chacun une cédule où ils consignaient leur temps d'études» leurs actes et leurs degrés; ils en affirmaient le contenu par serment S'ils étaient acceptés, ils étaient présentés au chancelier, dans la salle de Tévéché, chacun par leur maître, devant la Faculté \ Le
* j4nnus juhUrri , juhUœus. (Vet. Slat. passim). C'est une expression métaphorique cniprunlôo de la coutume juive {LêàiiquCy XXV, tO ). Le jubilé était Tannée de délivrance pour le^ bacheliers formés.
* Statuta Fac. theol. Univ. Thoiosanro. 1580 ( Bibl. nat. 90 recto). — Ou voit par les listes de licence que le jubilé tombait toutes les années impaires.
* Slat. Fac. Tfaeol. im , ap. Ricber, III.
* Stat. Fac. Theol. Univ. ThoL, 1380. 95 reeto.
■ S. F. T. «3», et Vet. Stat. ( d'Arg., p. ^66 , 59 ).
* Le premier jour scolaire, oo la première messe après la Toussaiot ( Vet. Stat. d'Arg., p. Il«6 , 39 ).
^ Ordonnance du roi. 1496 ( B. V, 379 }. *
* Stat. Fac. Th. Univ. Wicnnensis (KoUar, p. 13$), et Ordonnance du roi. im(B. V^379).
chaucelierassignait à chaque bachelier le jour où il devait être examiné. Cet examea n*était pas public ; le chancelier el les maîtres y astistaient seuls. Le cbaocelier argumeDtait coDtre le candidat L'examen terminé, ie candidat se retirait, et le chancelier interrogeait chaque maître sur la moralité, la science, Téloquence et Taveoir probable du candidat". Cet examen n'était qu'une pure formalité. Le bachelier qui avait fait son temps et soutenu tons ses actes était considéré comme ayant droit par cela seul à la licence D'un autre côté, le chancelier ne pouvait s'opposer h la volonté de la Faculté; et quoiqu'il eu eût le droit, il n'aurait pu en user sans être obligé de soutenir une lutte fâcheuse contre l'Université \
Le chancelier envoyait vers Noël à chacun des bacheliers qu'il avait examinés, un billet appelé signetum pour leur dé* signer le jour et le lieu où il devait lui conférer la licence ^ Après la réception de ces billets, les bacheliers se considéraient comme assurés de leur licence. Ils réunissaient leurs maîtres et leurs amis pour leur donner le vin et les épices *; ils prononçaient, à cette occasion, une harangue où ils mêlaient âui remerciements et aux actions de grâces des paroles mordantes contre ceux à qui ils en voulaient
* Slat. Fac. Th. Univ. W. (Kollar, p. 155).
* Ordûimanco du roi, à l'occasion de TaSiedre de Jeao d'Esclavooie , «nU26(B. V, 377).
' Gerson , E])istola de reformalionc thcnlofjiœ ( opp. I, p. ).
* Dedans iurdinairc de Noël ( arrêt du parlement , 158Î). H. IV, 609 ). " Arrôt du parlement en 1385 ( B. IV, 607 ). La licence était conférée
ordinairement en janvier ou en février ( Listes de licence nos.).
* Slal. Fac. Th. Univ. W icnn. (Kollar, p. l'K) ).
' Vet. Slat. (art. 59, ap. ilicher, \U ) : Pnpcipitur baccalariis quod in signetis eorum sub gravi pvrnh no verba nioi dacia aut injuriosa proférant, et quod ilid quaj dicuuL m bij^uetis dicant memoriter. —C'est évidemment one cérémonie semblable à celle qui avait Iteo sous le même nom dans la Faculté de opédecine. Cf. infra. Je crois que Richer se trompe en interprétant ici le mot tignetmn par le mémoire écrit que tes bachoUers romcllaient à la Faculté, ot où ils consignaient tous les actes de leur stage. Ce mémoire était appelé eedula»
Le jour &%é,U3» bacheliers se rendaieol en grande pomipe^ afec tonte la Faculté , à la salle de réfdehé. Le chancefier
prononçait une harangue et faisait proclamer les iioms des bacheliers auxquels il allait conférer la licence. L'ordre dans leqael ces nons étaieot proclamés devait êire l'ordre de mérite. Mats soofent on achetait un rang, ou , comme on disait , un Uêu honorahle h prix d'argent , on par des reeomniandntions de princes, de seigneurs ou de grandes dames; le premier lieu , surtout ^ se payait fort cher Les bacheliers proclamés prêtaient serment entre les mains du chancelier ; puis , ils se mettaient à gênons ' , et le chancelier leor con* férait, en vertu de raulorité du Saint-Siège, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit 9 Tautorisation {licentia) d'enseigner» de prêcher et d'exercer toutes les fonctions des maîtres en théologie à Paris et partout aillenrs *•
Dk la Maffrise. — Après avoir reçu la licence, on passait dans TaDiiée les actes qui ouvraient l'entrée delà corporation des mattresw Ces actes étaient an nombre de trois : vespériHt auU^et rnompte. Ils n'étaient pas institués pour éprouver la capacité du récipiendaire. La maîtrise était à la licence ce que les noces sont h la bénédiction nuptiale : une solennité célébrée en Tbonueur et à Toccasion du sacrement qu'où vient de recevoir \
Quinze jours avant ses vespéries» le licencié , revêtu de sa
* Petrtig AlUacos, TrœU l oO», Omc. Pûrit, { Gerson , opp. ed. du Pin., 1, 73fi» A.).
* StaU Pac. th. Univ. Wienn. (KoUar» p. 155).
* La formule esi dans Gerson., de SxamlnaUùne doetrinarum ( opp. I, 10) : Ego auGtorilato apostolicà do tibi lieenliam leg«n^ , regendi, dispQtandi , doceodi in aacrà theologirt; Facultate hic et ubiqoe terrarum, in nomino Palris, et Filii , et Spiritûs Sancti. Amen.
* Pelrus Alliacus, Tract. II adv. Cane, Pari«. (Gerson, opp. I, p. 767, c. 7f>9). — Je décris ces actes d'nprôs les statuts do la Facnitô de théologie de Vioîino. On y lit (p. l 'i 7-î)G ) : In lieenlià et vcsperiib et in docloralu coulormouL se ( licenliandi ) in actibus scholastiris Facultali Ihcologiae Parisicnsis sludii, secundtnn furmam infra scriplam.
robe 9 allait chez tous les maîtres et les bacheliers formés pour leur porter les titres ' de quatre questions dont deux devaient
être disputées dans les vespérics et deux dans l'aulique. li demandait à la Faculté qu'elle lui désignât un de ses anciens pour argumenter contre lui dans les vespéries. Dans cet acte, le mattre-président énumérait d'abord les raisons pour et contre sur l'une des questions qui devaientêtre disputées. Un cursor ou uii bachelier formé décidait la question par un certain nombre de conclusions et d'arguments. Le maître-président posait des objections contre lui, et, après le maître» tous les bacheliers formés. On n'adressait des objections qu'au bachelier qui avait posé les conclusions , et celui-ci ne répliquait pas. Ensuite . l'ancien maître désigné posait la seconde question au liceucié ; ii en expliquait les termes , il énumérait les raisons pour et contre. Le licencié décidait la question par une série d'articles et de conclusions ; le maître qui l'avait posée argumentait contre le licencié et répliquait à ses objections. Le plus ancien aprt^s ce maître, argumentait et répliquait contre le licencié. Cette dernière argumentation épuisée , le président terminait l'acte par une harangue où il faisait Téloge du licencié *.
Uaulique avait lien dans la salle de l'évéché (in aulà episcopi). Le cliancelier ou le maître qui présidait à l'acte imposait au licencié le bonnet doctoral en lui disant : Incipiatis in wmme J*airis , FUii et Spirilûà SanoU. Amen, Le nouveau ^ maître prononçait une harangue à la louange de l'Ecriture sainte et posait la première question. Un bachelier formé don ti. lit sa décision , à laquelle des objections étaient successiveuicut opposées par le nouveau maître» par le président, et enfin par le chancelier. Ensuite» un ancien maître posait la seconde question , en expliquait les termes» énumérait les
* Les litres des quoslions étaient souvent rimés. ( Kollar, p. 137).
* Kollar, p. 1J>7,
1 aisoQs pour et contre. Le nouveau muilre don [i i i i sa décision; le pliM jeune maître posait dés objectiotts et répliquait ; pois, ' un autre maître, parmi les plus anciens» reprenait la même
question, en expliquait les termes auiiement que celui qui
l'avait posée > et critiquait ses eiplications. Le maître qui venait après le pins jeune donnait sa décision snr la question ainsi posée > etcontredisait le plus jeune matire» soitimr des assertions, soit par des arguments. On ne lui répliquait pas, et quand il avait posé ses conclusions , l'acte était terminé *.
L'un des jours suivants» le nouveau maître faisait sa première leçon. Il prononçait une harangue à la looange de TEcritare sainte sur le même texte que la première. Il reprenait la question qu'il avait décidée dans ses vespéries, et répliquait aux objections qu'on lui avait posées. 11 terminait eo rendant des actions de grâces à Dieu « h la Vierge , aux Anges » aux Saints et à tons ses bienfaiteurs.
Au commencement de Tannée scolaire qui suivait le jubilé, le nouveau mattre prenait possession de la régence dans uu acte appelé raomple. Il posait de nouveau la question qu'il avait résolue dans son antique. Un cunor, ou un bachelier forroédonnalt sa décision; le nouveau mattre, et après lui tous les bacheliers formés , faisaient leurs objections. Ensuite le maître reprenait la question , la décidait par des conclusions et des corollaires , et répliquait aux objections qui lui avaient été adressées *.
Frais d'études etd'actks. — Les étudiants ne payaient rien' aux maîtres , qui du reste faisaient à peiue des leçons ; on ne sait ce qu'ils payaient aux bacheliers dont ils suivaient les cours. •
De iAAO à 1469 , les bacheliers payaient à la Faculté 20 s. ,
lors de leur premier cours de Bible ; 20 s. , lors du secoue! ;
* Kollar, p. m.
* Kollar, p. 1:JU, IGO.
* Pctruj^ Alliacus, rracf. // adv, Cunc. /'(ir<«. (Gcrson,opp.l, 708, A.)
S/l s., lors do premier principium; t*7 s., lors de la
oence '.
Les irais iûdétermtDés étaient beaucoup plus cousidérabies ; on doDnait des bourtes aux bedeaui à chaque acte que Tod passait On donnait de 10 à 12 fr. au chancelier , lorsqu'il envoyait le signetum *. Cet usage fut attaqué avec vivacité , en 1385. L'Université défend il au chancelier de rien recevoir à Toccasion de la licence Le chancelier réclama ce qu'il appelait ses droits , et en appela au parlement Pierre d'Ailly soutint à cette occasion que le pouvoir de prêcher et d'enseigner la théologie était un ponvoir spirituel; que par conséquent le conférer pour de l'argent était simoniaque ; qu'eufin soutenir le contraire était hérétique \ Malgré tous ces beaux raisonnements, le chancelier resta en possession du droit de recevoir une certaine somme des licenciés. On distri> buail îe vin et les Cpices aux maîtres pendant l'examen de licence ^ Chaque maître et chaque bedeau devait recevoir deux bonnets , lors de l'aulique ^ A chaque acte que l'on passait , il était d'usage de donner un repas ' ; le festin le plus consi» dérable était réservé pour l'aulique , et, comme on disait, pour la fêle du doctorat \ On invitait toute la Faculté, par fois tous les maîtres ès*arts de sa Mation , les bacheliers formés 9 les licenciés 9 ses amis , etc. Dès 1811 , Clément V défendit dans le concile de Vienne de dépasser la somme de
* A/v. du (jr. bed. On ne trouve rien do relatif au doctorat.
* Arrêt du parlement en 1385 ( B. iV , 607 ). Cf. Stat. Fac. Th. Uuiv. Thol., 96 verso.
' B. IV, GOj. — Cf. Vot. Stat. ( (l Arg., p. 462 , 1 ).
* Petrus Alliacus , Tra< <af«s dm adversùs Canceïlarium Parisiemcm (Gerson , opp. I , 723-778 ).
» Arrêl du parlement en 1585. ( B. IV, 610 ). ^ S. F. T. l/i3G(d'Arg.,p. TO).
' Vet. Stat. ( N. 14 recto ).
" Feslum docloratûs.
* Cf. B, V, m.
3000 loarnoû à Toccasion da doetorat Les licenciés juraient d'observer ie décret , qu'on éludait sans doute. Dans les cor-
poi allons, ces dépenses facultatives se règleut toujours suites dépenses des plus riches. Les pauvres ne veulent pas paraître rester en arrière » par amour-propre. A l'occasion de la ISte du doctorat» la Nation , la communauté accordait ordinairement à ses membres nn secours *. Mais ces frais n'en étaient pas moins ruineux. Pour arriver au liac do maître , on consumait son patrimoine, on épuisait la bourse de ses amis, on restait souvent endetté et besogneux pour le reste de sa vie*.