‹ De l'organisation de l'enseignement dans l'Université de Paris, au MoyenÂge thèse présentée à la Faculté des lettres de ParisChapitre 4 sur 41 · DES ÉTUDIANTS · texte numérisé non relu

DES ÉTUDIANTS

Nous ne traiterons ici de l'état des étudiants que pour les temps qui précèdent le xy* siècle » où ils forent pour la plupart internés dans des pensionnats.

Quand un écolier avait appris la lecture , récriture , et les éléments de la grammaire latine» il était jugé capable de suivre les cours de logique. Il pou?ait se rendre à TUnÎTersité de Psns, et l'on commençait ordinairement à sui?re les leçons

de la Taculté des ans avant l'âge de quinze ans Les études de la Faculté des arts correspondaient doue à ce qu'on appelle aujourd'hui les classes supérieures des lettres ( troisième » seconde, rhétorique et philosophie).

et les non régente de rUoiversité de Paris , 1678 » p. 60 , ) : 1«* registr$t «let procureurs et des receveun de la Nation de France qui restent entiers dejmis 1340 jusqu'à présent... Je n'ai pu consulter que le registre des procureurs, qui so trouve aux archives de l'Univôrsitc , et qui comprend les années ihhU-ikM. J'iguore ce (]ue les autres sont devenus. — Des registres des procureurs de la Nation Picarde , il ne reste aux archives de l Université qu'un registre qui comprend les années 1477- Itsa. ~ n ne reste aucun registre de la Nation Kormande avant le xyii< sièdo. — On conserve aux archives de rUniversilé les registres des procoreurs de la Nation Anglaise» depuis 15i0 jubqu'en im. Cette série n'est pas interrompue par une lacune de quelque importance, sauf entre les années ih^H et 1460. Il manque quatorze ans entre ces deux années. — Je cite CCS registres par la date du mois et celle de l'année ( vieux style); je désigne celui du la Nation de France , par l'abréviation R. N. F.; celui de ia Nation Picarde, par U. N. P. ; et ceux de la Nation Anglaise» par R. K. A. Remploie pour désigner les statuts de rUoiversité, ou de rnne des Facultés, les abréviations S. U., S. F. A., S. P. T.» S. F. D., S» F* M*

* On pouvait être reçu déterminant à quatorze ans accomplis, après deux années d'études. Cf. Batailie de» St^i arU ( Rutebœuf, éd. Jubioal, 11, p. 433).

Ni rUniversité , ni la Facalté des arts , ni aucune de ces

Nations ne prenaient soin d'inscrire les noms des étudiants. L'étudiant y en arrivant^ s'attachait à un maiae qui le réclamait lorsque le prévôt le mettait en prison Les étudiants n'avaient de rapports directs qu'avec leurs maîtres. Les maîtres n'avaient même pas d'abord les noms de leurs étudiants. Ce ne fut quVn l'279 que la Faculté leur oitionna de dresser la liste de leurs étudiants \ Le recteur ne délivrait des lettres de scolarité qu'aux étudiants qui en demandaient pour user des privilèges de l'Université ^ Ce n'était qu'un certificat , et non une immatriculation régulière.

Les relations entre les inaitrcs et les étudiants étaient plus intimes et plus (amilière^ qu'elles ne le sont aujourd'hui ménae dans les collèges ent^e les professeurs et les élèves. L'étudiaDt était réclamé par son maître à la prison du Gbâtelet ; c'était son maître qui présidait à ses actes lorsqu'il prenait ses grades. Avait-il besoin de quelque dispense, de quelque faveur? Son maître la demandait pour lui à l'assemblée de la Nation ou de la Faculté. Les étudiants s'attachaient ordinairement à un maître de leur pays, pour conférer plus librement avec lui ^. et lui demander des explications en dehors des leçons *. Les étudiants et les maîiies d'une même Naliou logeaient le plus souvent dans le même hôtel ^ ; souvent ïU mangeaient k U même tahle. Quelquefois les étudiants ser-

* Nullus sU ficholaris Paristns qui certum magistram non babeat. St. Robert de Courçon. 1)18 (B. UI, 82).— Balle de Grégoire IX. 1S51 (Bol. 10, M) : Uti qui non magistram aliquem profilentur nequaqaam scho-

larium gaudeaot libertate.

« S. F.A. (Bul.,m, W9.) » S. U. 1328 (B. IV, 218).

* Robert Sorbon, de Comcientiâf ap. Bul. lii, 2ôii.

" PseudcHÉioelias, de DUci^nâ iehoiarium, cap. U ( ed. Venet. iW. p. 973 ) : Mansioni (magistri ), si posait, se insérât ( discipulus ) cobabitando. — Cet ouvrage doit être de la fia du mi* siècle ou des premières années du xru* siècle. Bacon le elle déjà dans son opus majus (ed. Jebb. Venot. 1750. Pars 1» cap. 7, p. 8. et pars 111, p. 59), composé vers 1367.

valent leurs maîtres peuclant le repas , comme des écu^ers Vincent de Beaavais nons montre saint Ëdme soignant an de ses clercs malade , et menant tons les jours avec lai ses auditeurs entendre avant la leçon la messe et les heures canoniques Les maîtres étaient pour la plupart fort jeunes ; on pouvait être maître à 21 ans* et bachelier à ià> Les étudiaots se préparaient à enseigner comme les maîtres et se proposaient le même avenir. Ils étaient fort rapprochés de leurs maîtres par l'âge et par la position. Les maîtres jouaient âouvent avec leurs étudiants et prenaient même part à leurs désordres. En 1275» la Facolté les en rend responsables Les maîtres étaient donc comme les camarades des étudiants , et ils appellent même parfois de ce nom leurs auditeurs *.

II y avait de grandes inégalités de fortune entre les étudiants. Les uns dépensaient 10 s. p. par semaine pour leur nourriture ; d'autres, et en grand nombre, mendiaient leur pain. Ce n'était pas une humiliation. L'exemple des ordres mendiants, particulièrement des Franciscains^ rendait la men, dicité respectable. Les boursiers du collège de Laon distribuaient leurs restes aux écoliers pauvres de leur Nation ^ Les maîtres donnaient à leurs étudiants leurs vieux habits , leurs vieilles chaussures *. Pour gagner de quoi vivre et étudier, des écoliers écrivaient des livres, balayaient , ramassaient les ordures Ils se mettaient souvent au service d'un collège % d'un éiudiant riche, ou d'un professeur

* Oodin, de Script. eccl«*>UI, 886.

» Baî.IIÎ,10i, 102. ^ Stat. (B. 111, ft20).

' Cf. Savigny, III, 191, ot la préface du commentaire de Siger sur le de Animâf citée par M. Leclerc ( Uisi. littér. de laFruncefWl, p. 122, n. l).

' Statuts du collège de Laoo, 20 septembre 1327 (Ms. rcg. 96. Âr* chives de lUnIv.).

' Ps.-Boeli!i8, de JMfcIpl. leftol. ( cap. ft, p. 9S0 ).

' Id., ibid,, p. 97K.

^ Un écolier était cuisinier nu collège d'Atttao, en li»K7 (B.YI»ttl6)« ' S. F. À. ÏH^ ( B. V, 658).

Un pareil monde (oa ie conçoit) n*était pas facile à discipUnen Noo seulement , comme les étudiants de tous les temps et de tous les pays» ils fréqoeotaient les cabarets et les naiivaislieoxS rançonnaient impitoyablement les nooveaiiz Tenoa appelés béjaunes *, mais encore ils commettaient des crimes qui conduisent aujourd'hui au bagne, ils s'associaient aux traands et aux malfaitenrsj battaient le pavé en armes pendant la nuit, Yiolaienty assassinaient, volaient avec ellraetîon Les fèies célébrées par les Nations en l'honneur de leurs patrons, au lieu d'être une occasion d'édification , n'étaient qu'une provocation à l'irrognerie et à la débaucbe. Les étudiants parcouraient les roes de Paris en armes, tronblaient de ieofB cris le repos du boorgeois paisible , maltraitaient le passant inofiensif. En 127(3^ ils jouèrent même aux des sur les autels des églises \ L'arbitraire corrigeait la licence. Le prévôt emprisonnait souvent^ et quelquefois exécutait malgré les privilles ^ Anbriot avait réservé deax cachots anx étudiants; il appelait Tun la rue du Fouarre, et l'autre le Glôt-^Braneau L'Université demandait justice , cessait les leçons et les sermons ; on lui faisait droit; on rendait les coupables à la justice ecclésiastique, qui les traitait avec sa mollesse ofdi« naire. Ils ne recevaient que le fouet quand ils avaient mérité la corde.

La fondation dos communautés appelées collèges n'améliora pas la discipline ; 200 boursiers environ sur iOOO étudiants ^

< Ps.-Boet., de Disc. schoL^ cap. 2 ( p. 870). II donne le sens da mot discoîtis qui s'appliqnnit h celui qui menait ce genre de vie.

* S. U. 15^11 (ii. iY, t2G6).

' Arrêté de l'official. 1218 (B. I«, 95).

* Statut de Simon de Brie (B. III, (i3â).

* Gf. L'affaire Tignonville an U08 ( B. Y, 1S6 ).

* Religieux de Saint-Denis ( éd. Bellagoet. J, iOk ).

. ^ Le fouet était la punition ordinaire dans les cloîtres. Gf. Ducange, voce DiscipHna.

^ l\ est permis do penser que le nombre des déterminants était en rapport avec celui des étudiants (Gf. infra ). Il est fort probable que

ne pouvaient produire grand effet tes boursiers se conduisaient comme les étudiants libres. Ces désordres décidèrent

au siècle la Faculté à interner les étudiants dans des pensionnats. Mais la répression fut toujours inefiicacc. La police était trop imparfaite dans le Paris du mojen-âge» et les privilèges de rUnIversîté énervaient Tautorité du prévôt

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