‹ De l'organisation de l'enseignement dans l'Université de Paris, au MoyenÂge thèse présentée à la Faculté des lettres de ParisChapitre 5 sur 41 · D£S GRADES · texte numérisé non relu

D£S GRADES

L'bistoire des grades dans la Faculté des arts est la même que dans les autres Facultés. Il n'y eut d'abord d'autre grade que celui de mattre, conféré par le chancelier de Notre-Dame

sous le titre de permission d*enseigner. Quand la Faculté des arts se constitua en corporation^ l'autorité des maîtres res-

presque tous les étudiants passaient leur détermîuance. En multipliant le nombre des déterminants do chaque année par 3 ( on n'exigeait que deux ans d'études pour cette épreuve ) , on obtiendra approximativement le nombre des étudiants. — 1** Nation de France. On ne peut avoir le nombre des déterminants que pour les années ihhh- Use. On voit que dans cette période , il a été en moyenne de 130 par année, ce qui domieraifc 390 étudiants. 5I<* Nation de Picardie. Dans les années 14^77-1^, le nombre des déterminants a été en moyenne do 89 par an , ce qui donnerait 177 étudiants. — 5" Nation de Normandie. On ne sait pas le nombre des déterminanls pour cette Nation. D'après certains règlements de licence (Cf. inf. B. ), on peut penser que le nombre de ses étudiants était à peu près le même que dans la Nation Picarde. -— Nation Anglaise. Do iWô a i5al , la moyenne des déterminants a été de 17; de 1352 à 1358 , 16; de 1589 à 1969, il; de 1369 à 1378, 20; de 1483 à 149S, 36. £n adoptant le chiffre SO, qui est celni de Tépoque oii la Nation Anglaise était le plus florissante, nous trouvons environ 60 étudiants. — Il est probable que I(> nombre des étndianls était moindre au xiv" siècle qaMl ne l'a été dans la

treignit le pouvoir du chanceiier. Leur recommaDdatiou dut être nécessairement écoutée. D'ud autre côté, pour exercer le droit conféré par le chancelier, il fallait se soumettre aux

coutiiiiies delà corporation, on dehors de laquelle on n'aurait pas trouvé d'écoliers. Les conditions que les maîtres imposèrent à ceux qui voulaient être présentés par eux au chancelier, ou admis à la participation de leurs privilèges , consistaient

en des épreuves dont Tensemble constitua ce qu'on a appelé depuis baccalauréat et maîtrise.

ii. DËÏËRMINÂNGË OU BACCALAURÉAT.

La logique était d'abord Tobjet exclusif de l'enseigacmeut dans la Faculté des arts. La logique étant un art autant qu'une science, les mattres faisaient pratiquer à leurs élèves les préceptes qu'ils leur enseignaient , et les exerçaient à Targumentalion. Pour exciter leur émulation , on les fit disputer à une certaine époque de l'auuée , dans des circonstances plus soleunelles ^ Cette sorte de concours permettait d'apprécier leurs progrès , et de juger plus sûrement s'ils méritaient d'être présentés au chancelier. Cette épreuve, d'abord facultative, ne tarda pas à devenir obligatoire pour tous les can-

seconde moitié du xv*', et surtout dans la première moitié du xvi*. En cvaluaiU ic nombre des éludiants de la Faculté des arts ù iOOO , pour les époques les plus florissantes de rUaiversité de Paris au moyen-àgc , c'est-à-dire la seconde moitié du xiv* âècle et là seconde moitié du xv* siècle, nous sommes, sans aucan donte, au-dessus de la vérité. — Le nombre des bacheliers ne peut pas être apprécié rigoureusement , parce qu'on recevait souvent à la licence des bachelit rs d'antres Universités. Il répondait à peu près à celui des détermioaub ; ils étaient on peu moins nombreux.

' Les di.^i uli ^> de la déleimiuancc semblent être indiquées dans ce passage du statut de lîilii ( B lll, 82 ) : In rcsponsiuiiibus vol opposilionibus puerorum vel juvenura nulla fiant convivia.

didats à la Uccnco Cette dispute fut appelée dclerminance, du mot deieminare , qm signifiait poser des thèses*.

Cette épreuve prit, en 1275^ une forme régulière qu'elle conserva jasques vers la fin du xiv* siècle. Pour être admis à déterminer, il iallait OAvc âgé de 1^ ans au moins, avoir suivi peudani deux ans un cours de logique à Paris ou dans une autre Université qui comptât au moins six régents , et être dans la troisième année du cours de logique. Le candidat avait dû suivre un cours ordinaire et au moins deux cours extraordinaires sur l'iutroducuoii de Porphyre, le livre des catégories, rioterprétatiou^ et la syntaxe dePriscien , un cours ordinaire et un cours extraordinaire sur les topiques et lescitfncfttd'Aristote. Il follait avoir suivi , ou suivre , au moment où l'on se présentait, un cours sur le livre des six principes , le traité des divisions de Boèce, le traité de Donat sur les figures de grammaire, les topiques de Boèce, les seize premiers livres de Priscien , les premiers et les seconds Analytiques. On exigeait en outre du candidat qu'il eût fréquenté pendant deux ans les disputes des maîtres et disputé lui-même pendant le même temps dans les écoles. La Nation pouvait dispenser de ces conditions \

En 1275, on jugea utile de faire précéder la déterminance par un examen.particulierqui écartait de l'épreuve solennelle et publique les candidats qui auraient fait trop peu d'honneur

* Mémoire contre Philippe de Thori, écrit yers 1283 ( M», archives de rUniv.) : Fuit inventes annus in quo per totum non erant 60 deter^ minantes; magistri ordinaverunt qaèd nullus recipereturad magistcrium, nisi dcterminassct. — Je crois que l'auteur du Mémoire fait allosiOD au statut de la Faculté des arts de 1279 ( B. III, hh7 ).

' La locution complète est delerminare quœsUonem (slatuta Univcrsilaii^; Wiennensis Kollar, î,p. 230). Le mot dclerminalio est employé pour les antres Facultés, S. N. F. 1335 (B. IV, Vin), et le mot dclcrminare pour la Faculté do théologie, bulle d'Urbain V, 1505 (B. IV, 572).

» Serment des lielernunaïUs. R. N. A. 111 , bO veréo. Ce serment élaiC prêté au XIV* siècle.

ù la Nation. Avant Noël, le candidat soutenait une argumentation sur uu sujet de morale, contre uu maître régent, en présence des écoliers

Chaque Nation cominettait à des mattres nommés par elle le soin de vérifier si les candidats remplissaient les conditions exigées. Cet examen avait lieu après la dispute de Noël ».

Les délerminaoces commençaient avec le Carême. Tous les candidats devaient avoir inauguré leur déterminance avant le mardi ou le mercredi qui suivait le premier dimanche du Carême \ Aussi , chaque déterminant n'argumentait-il d'abord que peu de temps, sous le patronage et la recommandation du mattre qu'il avait choisi \ Le déterminant , accompagné du bedeau de sa nation S allait inviter certains personnages importants à assister à cette dispute. On voyait à ces épreuves des maîtres des Faculics supérieures, des archidiacres, des chantres, des doyens d'églises cathédrales L< déict minant devait disputer tous les jours jusqu'à la fin du Carême , rue du Fouarre» dans les écoles de la Nation. Il obtenait quelquefois la permission de se faire remplacer par nnsous-déterm" nant qui disputait pendant la seconde moitié du Carême

* S. F. A. (B.m,4^i0). S. F. A. 1288 (B. lU, 487). S. N. P. 1329

(B. lY, 222).

» S. F. A. 12îi8(B.ni,3?t7).

* Serment des détennioants. (Us.)

* Hémmre contre Philippe de Thori. — Les registres de la Nation Ang'Klse marquent toujours que tel écolier a déterminé sous tel maître ( tub masUtro. N.)

^ Serment des déterminants.

^ Mém. contre Ph. de Thori : Cùm ad eorum tleterminationos venianl viri valentes et discret! do singulis iaciilLatibus, nia^juates, puta aliquando , archidiacoui , cantore^ et prœpositi ecdeâarQin cathedrallam , coram illis loquendo, acquirunt loqnendi audadam qn» neoessaria est artistœ, magnatum notitiain per quam aolebant ad bénéficia ecclesiastica promoverl.

' Serment des délerrainanis. - Cf. S. JN. F. 1288 (B. 111 , W7 ). Cf. B. iV, 993.

Pour être admis à sous-dèter miner, il fallait aUirmer par ser<^ meot qu'on était hors d'état de payer les frais de réception Ces épreuves subirent quelques modifications au xt* siècle.

Le livre de Priscien , le traité de Donat sur les ligures grnmmaticales, TOrganon d'Aristote , les topiques deBoèce furent toujours au nombre des livres que les candidats devaient avoir mtmâus \ Les réformes de iS6d et de substituèrent à la grammaire de Priscien le Grécisme et le Doctrinal *, La réforme de l/i52 insista parLiculièreraent sur la coiiiiaissauce des règles de la versification *. La logique forma toujours le fond de cet examen ^ Mais Timportance relative des différentes épreuves changea.

Ces épreuves étaient, comme nous Pavons vu , au nombre de trois : une dispute avant Noël, un examen, et des disputes pendant le Carême.

Au XV* siècle, la dispute avant Noël prit une grande importance; elle fut appelée déterminance» et les règlements autrefois pratiqués pour les disputes du Carême^ lui furent appliqués \ Les écoliers inauguraient Targuraentalion sous la présidence de leur maître dans les écoles de la Nation, lis ne

* Serment des sous-détcrtninanU. R. N. A. II, 67 recto. — Cf. R. N. A. 157o, 2o avril.

* Cf. infra § lit sar rexpression entendre un Uvre. — Les livres énumérés ici se trouvent dans un serment des déterminants« écrit dans le registre de la Nation Picarde, f» 107 verso* Le barbarisme et Priscien ont disparu des réformes de lo6G et do

^ B. IV, 590, et V, 573. ~ Le Grécisme se trouve dans le serment du registre do la Nation Picarde.

" B. V, 573 : lu arle metrificandi fuerint comppfentcr cdocli. Le Mémoire contre Ph. de Tltori sur l'utilito do la déterrainance : Ilerum veniunt ad hoc qo6d sdonl per hoc sophismata diverse probare , et in probalione respondere communi responsione ad eadem, ad veritafes eormndem ae distinctiones argaere.

H. N. F. ikhQ, 16 décembre : Supplicabat... quèd prseclara Ârtiam facultas veltet dispcnsarc qnôd post fcstum Nativitatis posscnl fieri déterminantes. Dicebat enira quôd eranl plures qui non erant nec potuerani esse déterminantes anle dictum feslum Nativitatis. — Cf. R. N. A. 1(^69» 13 avril.

pouvaient passer plus de cinq à la fois ^ Ils continuaient k

clisputiM' pendant un mois dans leurs collèges et leurs pensiouiiats rospectifs *. Ces argumentations devaient avoir lieu entre la Saint-Martin (il novembre) et Noël (26 décembre)^. Mais on accordait souvent des dispenses. Tout un pensionnat était même parfois exempté de l'épreuve

Les déterminants so présentaient nnsuite'devaiil des examinateurs nommés par leurs Nations respectives. Ils justifiaient de leur temps d'études par des certificats que leur délivraient leurs professseurs et leurs maîtres de pension *. Le temps d'études se comptait par mois *. Les candidats étaient examinés sur la grammaire et la logique \ LVxaiiien avait lieu il la fin de janvier, ou au comniencemeut de février. Les examinateurs devaient être gradués depuis trois ans. Les formes de leur élection variaient suivant les Nations. Dans

* R.N. A. IH'J, 'à'inovcmhreiNatioNormanniîB (deliberavit) quod oascnl plures (déterminantes) inunàcalhedrà quàm quinque, vel qaodeâàenl duas eatbedrsB ante prandium, prima pro pauperibos horft octavft, ei secooda pro divitibus horà decimà. — Le mot cathedra est sans doute pris ici métapboriqoemcnt. Le bachelier qui passait un acte était dans ane chaire plus basse que la chaire do président. Cinq déterminants sont en chaire, signifie sans doute cinq déterminants passent l'acte de la déterminance. De même à Bourges, Slatula FacuUatis Arlium (vers ihliZ. Copie manuscrite, Archives de TUniv.) ; Nec poterunt plures quàm 5 la unâ catliedrâ detorminare.

• R. N. A. Ift7() , :» novembre.

= B. V, n^-nii ( iû76, 6 novembre).

» R. N. A. 1476 , n novembre. Cf. R. N. P. t" 15.

^ Les certificats des maîtres sont appelés cedulœ{]{. N. A. t'iSO, 5 février), les atlostalions des principaux «ignda (R. N. A« 1488,5 février ).

• R. N. A. 1446 , 22 février. On comptait ainsi dans toutes les Facultés.

Réforme de im ( B. Y, 575 ) .

* Réforme de 1458 (B. Y, li73). Cf. R. N. F. m[ , 8 janvier. losoleDliœ,di8so1atioDes,etioordinationes — contingunt fréquenter innationo circa tentaroeo bacchalariandorum, exeoyideticet quôd juvenes magislri et inexperU eligontur ad (entandam...

la Nalion de France, au coininencement de janvier, chacune des cinq provinces nommait un intrant , et cet intrant choisissait un examinateur de sa province Les examinateurs devaient exercer leurs fonctions en épitoge dans les grandes écoles de la Nation. Ils dressaient une liste des candidats admis, qui devait Otrc signée par eux et disposée dans le coffre de la Nation. Ils expédiaient, en présence du procureur, à chaque bachelier^ un certificat de son admission^ scellé du sceau commun Dans la Nation de Picardie , à la fin de décemhre, chaque diocèse nommait un intrant: ces dix intrants se partageaient en deux groupes comme dans l'élection du recteur, et chaque groupe nommait deux examinateurs, un maître régent^ et un maître non-régent ^ — Dans la Nation d'Allemagne , on confiait Texamen au receveur, au plus ancien régent , et au plus ancien non-régent Les examina-^ teurs ne devaient pas avoir d'éi^ives parmi les candid.tts. Les déterminants devaient être examinés successivement sur la grammaire 5 les parva Icgicalia % et les livres prescrits de Porphyre et d'Aristote. Chacun des maîtres devait poser au candidat au moins une question sur chaque livre. Aussitôt après la fin de l'examen , le procureur devait recueillir les votes des examinateurs, écrire les noms de ceux qui étaient admis , faire signer la liste par les examinateurs , et la sceller de son sceau. Le bedeau lisait la liste en public, et les ba-

* CL le registre de la Nalion de France au commencement du mois de janvier.

« R.N.P. mi, «janvier.

* Cf. le registre de la Nation Picarde à la fin dn mois de décembre.

* S. N. A. mh (Reg. VIII, 3 verso ).

" Les parpala0<6alia forment le septième traité des sutnmulœ attribuées à Petnis HispanasJls traitent des équivoques qui peuvent naître des difTérentes acceptions dont les mots sont suceptibles. Cf. A ce s^jet, une lettre de Horos à Maiilnus Dorpius dans les lettres d*Erasme ( ed. Lugd. Batav., p. 4897, 1898, 1899), et Vivèsde camis eorrupî, orl.(éd. Valence , 1785, 4», VI , p, 148-146 ). ^

cheliers prétaienl lessennents accontamés entre les mains du

. procureur

Après cette double épreuve, les disputes du Carême» qui n'étaient plus les déterminances, n'avaient plus d'importance. On j tenait cependant comme à nn ancien nsage ; mais l'indiscipline des écoliers tendait à le faire disparaître. Ces exerciccs réunissaient aux mêmes jours et aux mêmes licures, dans la rue du Fouarre, une multitude d'écoliers turbulents, où il était fort difficile de maintenir Tordre. Déjà en iA62> le cardinal d'Estonteville a?alt recommandé aui mattres de mener leurs écoliers me do Fonarre , et d'assister aux disputes'.Cepcndaullesécoliersétaic lit abandonnés à eux-mêmes, sans surveillance. Au lieu d'argumenter, on se battait. En iU72, la Faculté fut obligée d'interdire les dispotes depuis leB avril jusqu'à la fin do Carême

Au xy* siècle , les déterminants prirent habituellement le nom de bacheliers *. On ne leur délivrait pas de diplôme en règle. La Nation leur expédiait des lettres testimoniales de leur grade , sur leur demande \

Ces épreuves étaient en queiqoe sorte domestiques et par* ticulières à chaque Nation. La Faculté n'avait aucun droit d'j intervenir. Les bacheliers ne prêtaient même aucun serment au recteur ^ Ce grade n'était pas d'un accès difiiciic. L'examen éuit souvent fait précipitamment et sans soin \ On n'observait même pas le principe si nécessaire dans les examens : res judieata pro veritate habetur. Les candidats refusés

* Au XIV* siècle, le mot de baehiUarn ne leur est jamais appliqué. Ils sont toijyours appelés deîerminmte$*

• R. N. F. ilA9, a février. R. N. A. 1378 , ih mai.

^ lis prêtaient serment au procureur de leur Nation. Cf. R. N. A. ihkS,

12 février.

importunaient les examinatears par lears prièreB et les faisaient revenir sar tenr dédsion En ilitiQ, quelques écoliers de la Nation de France , repoussés par les examinateurs , en appelèrent à la Nation qui commit cinq autres maîtres ponr informer de la capacité et de la moralité des réclamants *. Il manquait deux mots d'études à un candidat delà Nation d'Allemagne; les examinateurs le refusèrent, la Nation radmit En 1A79, un maître delà m^rae Nation réclama pour un candidat repoussé à cause de sa - moralité , et obtint qu'une commission fût nommée pour réviser le jugement des examinateurs Le régime anarchique de ces corporations devait annuler Tautorité des examinateurs. Ln maître , dont les écoliers étaient repoussés , considérait leur échec comme une offense personnelle; comme les examinateurs étaient ses pairs , il pouvait ré* clamer contre eux. II n'avait qu'à choisir un moment où l'assemblée de la Nation ne comptait que quatre ou cinq membres ses amis , et ii enlevait tout ce qu'il voulait.

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