‹ De l'organisation des animaux, ou, Principes d'anatomie comparée [electronic resource]Chapitre 34 sur 68 · C. Dans les décapodes · texte numérisé non relu

C. Dans les décapodes

Les décapodes ou crustacés diffèrent essentiellement, en ce que la solidification de la peau est due à des sels calcaires déposés dans le tissu d’une partie du derme. Pour en bien voir la composition il faut la disséquer sur un animal vivant. Dans une langouste par exemple on y reconnaît: une pre-

mière couche plus fibreuse, de couleur un peu plus translucide, et évidemment plus vivante ; c’est celle qui forme la lame interne des parties qui restent membraneuses, et qui ne s’encroûtent pas; 2" une seconde couche, évidemment plus cartilagineuse, de couleur plus opaline et un peu plus épaisse; elle entre encore dans la composition des parties membraneuses; 5° la troisième couche est encore plus épaisse* son tissu est moins serré ; c’est celle dans laquelle se déposent les molécules calcaires; enfin au-dessus de celle-ci en est

DANS LES DÉCAPODES. lyS

une autre plus mince, qui est évidemment composée de matière colorante ou de pigmentum, et d’une couche épidermique; c’est la seule qui se prolonge sur les parties calcaires.

Dans les tubercules, et surtout dans les piquans, les trois premières couches du derme pénètrent, si ce n’est i\ quelque distance de la pointe, où la troisième s’arrête; et alors on voit la substance épidermique plus forte et plus dure.

Dans les antennes, la première couche est beaucoup plus mince; la seconde est au contraire bien plus épaisse ; la troisième est également assez épaisse; la quatrième l’est davantage dans la partie inférieure de l’antenne, où elle forme presque une membrane.

En faisant l’anatomie d’une bande de peau prise dans toute lia longueur du corps d’un pagure, on voit évidemment que lia membrane calcifère est bien indépendante de la peau, ou '.mieux, forme sa couche externe , et que c’est en dehors que •se trouve la matière colorante. Il en résulte que dans les crustacés c’est une partie même du derme qui s’encroûte;

. c’est celle qui est susceptible de renouvellement, et alors elle t entraîne ce qui était au-dessus. Il se sépare ensuite une nou- ' velle couche de derme, qui s’encroûte de même et qui tombe ; ^et ainsi jusqu’à l’époque où l’animal est parvenu à toute sa crue, et où il ne reproduit plus de peau nouvelle.

I Cet endurcissement d’une partie du derme des crustacés, * après avoir été complètement molle, fait que les saillies et |i !es enfoncemens déterminés par la forme des organes ou vis- I cères sous-posés , sont souvent traduits plus ou moins nctte- I ment par des bosselures à la surface du têt. C’est surtout dans 1 les espèces qui composent la famille des crabes que cela sc i-remarque ; d’où les dénominations de régions slomacaLe, gélitale , cordiale, hépatique médiane, que M. Desmarets a li lonnées aux bosselures médianes en ailantd’avant eu arrière;

(^'hépatique latérale et de branchiale , à celles qui sont paires I *l latérales.

Dans le pagure

DE LA PEAU

l'jG

On trouve souvent aussi dans cette classe que la surface de la peau est revêtue de poils nombreux et fort longs, et plus souvent encore de tubercules de forme extrêmement variable.

Les couleurs des décapodes , quoique plus variées que dans la classe précédente, le sont en général beaucoup moins que dans les hexapodes : une singularité assez remarquable, c’est que ces couleurs passent aisément au rouge par la seule action de l’air, lorsque l’animal est mort.

Les systèmes de coloration sont assez peu variés ; le plus ordinaire est celui de coloration uniforme,

D. Dans hs héteropodes.

Quant au groupe d’animaux articulés que j’ai désignés sous le nom d’hétéropodes, parce que le nombre des appendices ainsi que leur forme sont extrêmement ‘variables, groupe dans lequel se rangent les malacostracés des auteurs, cette dernière dénomination indique la principale modification de leur enveloppe. En effet, chez eux, quoiqu’elle soit de même nature que dans les décapodes , elle est en général beaucoup plus molle, rarement calcaire, et presque toujours membraneuse.

Les couleurs et les systèmes de coloration sont à peu près comme dans la classe précédente. •

E. Dans les tétradécapodes*

Les tétradécapodes, qui comprennent les crevettes, les aselles, et les cloportes, sont à peu près dans le même cas. En effet, chez les premières, la peau est souvent assez molle et presque semblable à celle des malacostracés; mais les derniers l’ont quelquefois endurcie , et même un peu calcaire et cassante : sa coloration est en général peu brillante.

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La peau est presque constamment molle dans ce groupe singulier d’animaux, que l’on a désignés par la dénomination d’épizoaires, et que Linné avait réunis sous le nom générique de lernée; mais cela lient peut-être moins à la dégradation dans l’échelle animale, qu’à leur constante habitnde de vivre fixés sur l’enveloppe des autres animaux, surtout sur les poissons, à l’abri des circonstances extérieures. En

■ effet, quelques espèces d’épizoaires ont une sorte de thorax oùla peau est dure et cornée , comme dans les entomozoaires plus élevés; ce n’est essentiellement que l’abdomen où elle est un peu molle et extensible , comme nous avons vu que cela a lieu dans les tiques. Les chondrachantes, comme l’indique leur nom, ont cependant toute leur enveloppe exté-

irieure dure et hérissée de tubercules.

Presque tous les épizoaires sont étiolés, c’est-à-dire quo leur couleur est d’un blanc sale.

F, Dans les myriapodes,

La classe des myriapodes rentre davantage pour la struc-

Iture de la peau dans ce que nous avons vu dans les hexa-

■ podes; chez eux, en effet, elle est ordinairement dure, cornée dans les parties solides ; mais on trouve aussi qu’elle

i' est quelquefois beaucoup plus résistante, plus cassante, et

L alors elle me semble sub-calcaire : les iules sont dans ce cas ,

■ tandis que les scolopendres sont dans l’autre. Le système de

I coloration paraît varier assez peu; il est généralement peu

brillant et presque toujours uniforme.

i G. Dans Us chétopodes.

j La peau des chétopodes a au contraire une certaine ana-

! logie avec celle des animaux du type des molhisqiies : elle

I est plus molle, plus confondue avec la couche musculaire ; 1 . 12

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Dons les espèces lubicotes.

et il y a en général moins de difîérenec pour la solidité entre celle qui revêt les articulations et celle qui forme leurs iniervalles. Elle a encore ce point de ressemblance, que souvent elle rejette à sa superGcie une assez grande quantité de matière mufjueuse; mais son caractère particulier, c’est qu’elle produit des espèces de soies ou de poils roides, qui se disposent par groupes symétriques de chaque coté du corps pour la locomotion. Ces poils, qu’on ne peut comparer aux véritables poils, parce qu’ils n’ont pas de bulbes, sont durs, cassans, cornéo-calcaires, et leur couleur est toujours irisée ou métallique, ce qui se trouve en rapport avec celle de la peau de tous les chétopodes, qui l’est toujours plus ou moins. Du reste la couleur des espèces tubicoles est presque constamment blanche; elle est au contraire d’un beau vert ou d’un beau rouge, ou même noire, dans les espèces libres.

La seconde section de cette classe qui correspond au genre néréis de Linné, diffère de la première qni forme ses genres, serpule, amphitrite, etc. , en ce que ne se mettant jamais à l’abri dans des tubes qu’ils se forment, ces animaux ont la peau généralement plus épaisse et plus sèche.

Ceux de la première section sont dans le cas opposé; la peau est excessivement mince, surtout dans les endroits du corps qui ne sont jamais à découvert, et cependant elle excrète une matière muqueuse.

Quelquefois cette matière muqueuse entraîne avec elle, comme dans les malacozoaires , une certaine quantité de substance crétacée, et il en résulte une sorte de coquille ou d’enveloppe calcaire qui est formée comme dans les véritables coquilles des animaux mollusques, de couches ou de cônes qui s’emboîtent les uns les autres, et dont les bords sont indiqués par les stries d’accroissement.

La grande différence qui existe entre ces tubes calcaires, quelquefois droits, d’autres fois un peu courbes et même enroulés presque régulièrement dans un seul plan, et cer-

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taiues coquilles de mollusques qui ont la même forme ; c’est qu’ils sont toujours percés à leur sommet , tandis que celles-ci ne le sont jamais, et que l’animal n’y adhère en aucune manière.

L’on trouve aussi que certaines espèces de chétopodes tubicoles ne fournissent pas les deux niatières de leur tube, et empruntent pour ainsi dire la partie solide aux corps environnans. Il en résulte un tube artificiel plus ou moins i flexible ou cassant, suivant la proportion de la matière mucoso-cornée fournie par l’animal, et des grains de sable ou d’autres corps plus ou moins fins qu’elle a servi à agglutiner.

Les chétopodes nus ont aussi une enveloppe plus ou moins muqueuse; mais la matière qu’elle produit ne se réunit pas ' en tube, ou bien elle tapisse seulement le trou qu’habite

I l’animal ; aussi par contre-coup elle est beaucoup plus épaisse,

I comme on le voit, surtout dans le ver de terre, où elle est ! aussi extrêmement vasculaire.

H. Dans les apodes^

\ La très-grande partie des animaux qui forment la classe i des entomozoaires apodes, a son enveloppe cutanée très-rap-

j procbée de ce qui a lieu dans les lombrics, que l’espèce vive

i à l’extérieur ou à l’intérieur d’autres. animaux,

! Ainsi dans les sangsues , la couche musculaire sous-posée est partout confondue et adhérente au derme : celui-ci est très-peu serré, très-muqueux, recouvert par un pigmentum colorant abondant, et par un épiderme à peiné sensible. Outre les cryptes mucipares qui paraissent entrer dans la composition de tout le derme , il y en a quelques-uns qui s’amassent par petits groupes, et qui. ont un orifice commun; c’est ce qui produit les deux rangées de lacunes que l’on voit sur le dos de la sangsue vulgaire , et les anneaux tuberculeux de la sangsue de mer.

Dans les especes nues.

Dans la sang sue.

DE LA PEAU

Jamais il n’j a de productions épidermiques dans ces animaüx.

Dans l’ascaride. Lcs ascarides et les échinorhinques parmi les entozoaires, olfrent une structure de peau fort rapprochée de ce que nous venons de voir dans les sangsues, non-seulement dans la disposition de la couche musculaire, mais même dans la peau proprement dite : le derme est cependant encore beaucoup plus granuleux, et il est recouvert par une couche plus gélatineuse, sans qu’on voie de pigmentum ni d’épiderme.

’nans k ténia, Les ténias ont l’enveloppe générale au moins aussi épaisse que les vers intestinaux de l’ordre précédent; mais le derme ' qui en fait la très-grande partie est presque entièrement confondu avec la couche musculeuse; on ne peut les séparer; c’est dans son épaisseur que se trouvent les vaisseaux latéraux; on trouve au-dessus une sorte d’épiderme gélatineux fort mince, et ce qui pourrait porter à penser que c’est le derme lui-même, c’est qu’au-dessous sont dés fibres longitudinales qui paraissent contractiles.

Quant aux bydaiides, qui semblent n’être que des ténias dont l’extrémité postérieure serait renflée en une vessie remplie d’eau , la peau de la partie antérieure du corps est comme dans les ténias, et celle de la vésicule est seulement excessivement amincie. Je ne parle pas du kiste fibreux qu’habite l’hydatide, parce qu’il ne lui appartient pas, et qu’il est produit par sa présence dans le tissu de l’animal où elle habite.

Article III. De la peau dans les malacozoaires , ou dans les animaux mollusques.

Considérations et difl'érenccs générales.

La différence la plus capitale que ce type d’animaux présente dans la structure de la peau , et qui montre bien évidemment que la couche musculaire n’en est qu’une dépendance et n’est même qu’une modification de son tissu élémentaire, c’est que le derme est tellement adhérent ou confondu avec

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le tissu contractile sous-jacent, qu’il est souvent presque impossible de l’en séparer, et même de l’en distinguer, en sorte que tous ses points sont mobiles et dans tous les sens.

Ce derme est du reste ordinairement d’un tissu peu serré et très-celluleux. Ce qu’il offre de plus remarquable, c’est qu’il contient quelquefois dans son intérieur, mais le plus souvent à sa surface, un dépôt de matière calcaire formé d’une ou plusieurs pièces, auquel on donne le nom deco^wiVf^. Mais ce n’est jamais dans ses mailles mêmes que ce dépôt a lieu ; c’est lui qui forme le corps protecteur de cette classe d’animaux.

Le réseau vasculaire paraît devoir être encore assez développé; ce que l’on peut juger d’après la grande quantité de matière muqueuse versée à la surface de la peau.

Le pigmentum cqlorant existe comme dans la plupart des animaux , et très-probablement son mode de formation est le même; l’on peut en effet l’étudier avec facilité sur le bord renflé du manteau des colimapons , dont la coquille est trèscolorée, dans la peau de la limace rouge, sur le bord, de celle des laplysies.

Quant à la membrane nerveuse, il est fort probable qu’elle est assez considérable , si du moins il est permis d’en juger par la grande sensibilité de la peau de ces animaux , et même souvent par la grande quantité de nerfs qu’elle reçoit; mais on ne peut que difficilement les suivre jusqu’à sa surface extérieure, et jamais on n’y voitde papilles proprement.dites.

L’épiderme est nul ou n’est formé évidemment que de matière muqueuse endurcie.

On ne connaît aucun des animaux de cette classe qui offre quelque chose d’analogue au système pileux , à moins qu’on ne regarde comme lui appartenant , et ce serait fort à tort , de petites productions pililbrmesque l’épiderme forme quelquefois à la surface des coquilles , et qu’on nomme drap marin on mieux dpijjlilose ■ mais tous ou presque tous ont l’appareil

Dans le tienne.

Le réseau vasculaire..

Le pigmentum colorant.

La l'nembrano nerveuse.

L’épidcrnie.

DE LA TEAD

Dans l’appareil cryplcux très-cléveloppé ; du moins encore si l’on e» juge par la grande quantité de matière muqueuse qui est rejetée de toutes les parties de la peau de ces animaux et surtout dans les espèces nues et terrestres. Je n’oi jamais pu cependant démontrer de véritables cryptes dans la peau des mollusques; on voit seulement que sa superficie est criblée d’une grande quantité de pores ou de cellules mucipares.

De la coquille. C’cstcettc matière muqueuse qui entraîne avec elle la substance calcaire, et qui produit ain^i, par la dessiccation, un amas crétacé de structure et surtout de forme extrêmement varialiles.

Quelquefois les molécules calcaires restent répandues dans toutes les parties de la peau ; il me semble qu’il en est ainsi ' dans les limaces. i

D’autres fois elles se déposent dans une grande maille du f derme lui-même , en formant des couches successivement appliquées les unes en dedans des autres, et dont l’externe f est toujours la plus ancienne, la plus petite, tandis que l’in- | terne est lu plus nouvelle et la plus grande. Ce sont ces co- | quilles que l’on nomme internes ou dermiques ^ elles sont , ordinairement fort peu solides et jamais colorées.

Le plus souvent ce dépôt calcaire se fait à l’extérieur du derme entre lui et les autres parties de la peau , mais tou- ; jours de la même manière, par couches imbriquées; alors il 'j en résulte qu’il est plus ou moins coloré et recouvert par

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