DE LAPPAEEIL DE LA VUE
La lumière, dont nous ne chercherons pas à connaître la nature (i), ce qui nous importe assez peu du moins en ce moment, jouit de certaines propriétés.
Dans l’hypothèse newtonienne ou de l’émission, c’est évidemment l’un des corps les plus ténus, les plus subtils; aussi est-elle rangée parmi les corps impondérables. Il paraît cependant qu’elle est encore moins subtile que le calorique, puisqu’il est un grand nombre de corps qu’elle ne peut traverser. C’est là-dessus qu’est établie la distinction des corps en corps opaques, et en corps transparens ou diaphanes.
La principale propriété de la lumière est de se diriger constamment en ligne droite, tant qu’elle ne rencontre pas d’obstacle.
Si elle en rencontre, le premier phénomène qui se produit, c’est que tout près du corps, qu’il soit opaque ou transparent, elle éprouve une déviation de la ligne droite; c’est ce que l’on nomme la diffraction de la lumière. Mais si elle tombe pleinement sur l’obstacle, alors les phénomènes sont tout dilTérens, suivant l’opacité ou la transparence de celui-ci.
Si le corps, rencontré par un pinceau lumineux, est opaque, comme il ne peut le traverser, il est réfléchi à sa surface, de manière à ce que dans la réflexion spéculairc. l’angle de réflexion est égal à celui d’incidence : c’est lu première loi que nous avons besoin de connaître.
Si au contraire l’obstacle est un corps transparent, le rayon lumineux le traverse , du moins en grande partie ; mais si ce corps e?t de nature et de densité differentes du milieu que le] rayon a d’abord traversé, et si celui-ci tombe obliquenjenl à|
(i) Nous montrerons cependant plus tard que l’hypolltèse de l’ondulation coïncide mieux avec la structure de l’organe , que celle de l'é- ;
mission.
sa surface, le rayon change alors de direction, c’est-ù-dire qu’il éprouve une l'éj'raction ^ de telle sorte qu’en passant d’un milieu moins dense dans un milieu plus dense, il se rapproche de la perpendiculaire au point d’incidence, et au contraire, en passant d’un milieu plus dense dans un milieu moins dense. La loi générale est que le sinus de l’angle de réfraction est à celui d’incidence dans un rapport constant, sous toutes les incidences pour les mêmes milieux.
Mais toutes les parties d’un rayon lumineux ne sont pas également réfrangibles : c’est ainsi que l’on démontre une autre propriété de la lumière, ^ou sa composition d’une multitude de rayons colorés que l’on partage en sept groupes principaux jouissant de propriétés différentes; savoir, le rouge, l’orangé, le jaune, le vert, le hieu, l’indigo et le violet, qui peuvent être artificiellement réduits à trois , le rouge, le jaune et le bleu , dont le mélange dans des proportions différentes forme toutes les autres couleurs.
L’expérience même de la décomposition de la lumière par le prisme, prouve donc que la force de réfrangibilité des difféiens rayons qui la composent, n’est pas la même, le rouge étant le moins réfrangible et le violet le plus : c’est ce qui donne lieu à ce que les opticiens nomment aberration de r^rangikilité ^ et ce qui produit l’irisation des objets, ou pourquoi ils paraissent quelquefois entourés d’une auréole I colorée , comme l’arc-en-ciel. Les opticiens corrigent ou pré- I viennent cette espèce d’aberration dans leurs instrumens, en les composant de milieux de densités différentes.
Une autre propriété dépendante de la forme des corps que la lumière traverse , c’est que s’ils sont sphériques , les rayons lumineux en émergent de manière à converger vers un point plus ou moins éloigné que l’on nomme Joyer , et à former une fmageplus ou moins nette de ces corps , suivant le degré de convexité de la lentille. Cependant, comme elle ne ! peut rassembler en un seul point tous les rajmns de lumière
iî5
qui partent de l’objet et qui la traversent dans toute son étendue, il se produit une aberration de sphéricité, qui est d’autant moins grande que la lentille a moins d’ouverture , et à laquelle les oj)ticiens remédient dans leurs instrumens, en n’em[)loyant pour la formation de l’image que les parties de la lentille assez peu éloignées de son centre.
Enfiti une dernière observation que nous devons faire préliminairement, c’est que, si dans ce qu’on nomme une chambre obscure , c’est-à-dire dans un espace borné de tous cotés par des parois opaques, on laisse seulement une ti-és-petitc ouverture par laquelle puissent entrer les rayons lumineux émanés de tous les points d’un corps placé à une distance convenable, il se produira dans l’intérieur de cette chambre, dans un lieu déterminé par la distance de l’objet extérieur à l’ouverture, une image complète de cet objet, mais dans une position renversée. L’image sera plus nettement circonscrite, si l’on adapte à l’ouverture de la chambre une lentille bien transparente; mais alors la forme de cette lentille influera sur la distance où se réuniront les rayons lumineux pour former l’image, en sorte que la paroi sur laquelle elle se peindra devra varier suivant la convexité de. cette lentille, et non plus suivant la distance de l’objet extérieur à l’orifice de la chambre obscure.
D’après ce que nous venons de dire sur les principales propriétés de la lumière, nous pourrons déterminer le degré de perfectionnement de l’organe de vision, d’après les considérations suivantes :
i“ Le degré de mollesse, de pulposité, et peut-être même de poli de la membrane sur laquelle l’image est formée , et qui doit la transmettre à l’encéphale ; car c’est non-setdement une toile de fond de la chambre obscure, mais encore une toile qui doit sentir l’impression ;
2“ L’étendue de la surface de cette membrane , et par conséquent de l’organe , ce qui est une considération plus essentielle
qu’on ne pense, puisqu’il pourra s’y peindre en totalité l’image d’un plus grand nombre de corps à la fois, ou l’image totale de certains corps à une distance assez peu considérable, ce qui facilitera la comparaison ;
5“ La variabilité de l’ouverture de l’organe, c’est-à-dire la contractilité plus ou moins considérable de la partie de l’enveloppe dans laquelle est percée l’ouverture de communication avec l’extérieur, puisque l’animal pourra recevoir une plus ou moins grande quantité de rayons lumineux orna- i nés d’un corps , et diminuer l’aberration de sphéricité ;
4“ La complication de l’appareil convergent, ou contribuant à la formation de l’image, c’est-à-dire sa composition d’un plus ou moins grand nombre de fluides de nature et de densité différentes, d’où résultera la destruction de l’aberration de réfrangibilité ;
5“ La plus ou moins grande convexité de cet appareil convergent, considéré en général et en particulier, d’où résulte plus ou moins d’aberration de sphéricité ;
6" La variation volontaire de cette cinquième disposition, c’est-à-dire la faculté de faire changer la forme de l’appareil convergent, en le rendant plus convexe ou plus plane, ou de faire varier le foyer de la lentille par rapport à la toile nerveuse ou à la rétine;
7" La direction volontaire de l’organe vers tel ou tel corps extérieur que l’animal veut voir’, ce qui est aussi un avantage considérable ;
8° Le nombre et la position des organes de vision sont aussi à considérer, comme pouvant être une cause de perfectionnement, non pas , suivant nous, que la vision se renforce 4>ar l’action simultanée des deux organes, c’est-à-dire l’image, mais parce que l’animal est plus aisément averti de la présence des corps extérieurs;
g“ Enfin l’abii plus ou moins complet sous lequel l’organe peut être mis momentanément, la faculté qu’a l’ani-
Division lie l'appareil en trois parties.
Coup d’œil général sur son accroissement dans la série animale.
356 AllEIL DK LA VLK
mal de le nettoyer, doivent aussi être pris en considération.
D’après cela , nous considérons l’appareil de la vi.',iun , 1° dans sa partie essentielle, ce qui comprend ses membranes ou enveloppes, que l’on nomme sclérotique, choroïde et rétine i
3“ Dans. sa partie de perfectionnement dioplrique, ce qui constitue ce qu’on appelle les humeurs de l’œil, c’est-àdire l’humeur aqueuse, l’humeur crystalline et l’humeur vitrée;
5° Enfin dans sa partie de perfectionnement accessoire, comme dans la mobilité, la direction, l’abri, le nettoiement, le nombre, la position, la grandeur proportionnelle, etc.
D’après ce que nous avons dit plus haut, et la place même que nous assignons à cet appareil de sensation, il est évident qu’il doit commencer beaucoup plus lard dans la série des animaux , que ceux dont nous avons déjà parlé. On n’en trouve en effet point de trace dans aucun des deux derniers types, les amorphozoaires et les actinozoaires : toute la classe des acéphalophores dans le type des malacozoaires en est également complètement dépourvue , et non pas seulement par une sorte d’anomalie déterminée par leur position habituille, mais bien réellement par dégradation d’organisation. Ce n’est donc que dans la classe des mollusques céphalés que l’organe de la vision commence à exister; mais encore dans un assez grand nombre d’espèces on ne peut nier qu’il ne soit véritablement rudimentaire. Il y a un bien plus grand nombre d’entomozoaires qui sont p&urvus d’un organe de la vision, puisqu’il en existe déjà parmi les apodes; aussi pourrait-on penser que s’il n’y. en £i pas dans les autres, c’est réellement par anomalie déterminée par une habitude constante de l’espèce. Cependant il est évident que les yeux des deux dernières classes d’entomozoaires sont encore à peu près rudimentaires ; mais au delà ,
EN GÉNÉllAL.
ils se développent peu à peu , et deviennent d’une activité remarquable dans les premières classes. Ils offrent pourtant une singularité, c’est qu’ils sont compliqués, ce que nous expliquerons plus loin. Enfin tous les animaux du type des ostéozoaires, depuis les derniers jusqu’aux premiers, ont des yeux plus ou moins développés. Quelques espèces cependant, et dans presque toutes les classes , semblent en être totalement dépourvues, du moins à l’extérieur, mais c’est encore par anomalie.
Article I. De l'organe et de l'appareil de la vue dans les
ostéozoaires.
a. De la partie essentielle ou des enveloppes.
Dans tous les animaux de ce type , les enveloppes de l’organe de la vue ne sont jamais qu’au nombre de trois, quoique plusieurs auteurs aient pensé qu’il en existait davantage, parce que toutes trois offrent ce caractère commun , que leur face interne est d’un tissu plus dense, plus serré, iplus fibreux que l’externe.
La sclérotique, toujours extérieure, est plus ou moins répaisse, quelquefois inégalement dans les trois zones antér Heure, médiane et postérieure que l’on peut y considérer. ILe plus souvent formée d’un tissu cellulaire fibreux, dont lies mailles sont généralement très-serrées , elle est molle et lllexible; mais il se peut aussi qu’elle ne le soit que dans une îDartie de son étendue, ou même qu’elle ne le soit pas du . out, et alors ou des pièces osseuses se développent dans son iissu , ou elle est totalement cartilagineuse.
On a beaucoup disputé sur son origine, c’est-à-dire si elle )rovenait de la dure-mère ou de l’enveloppe fibreuse du système nerveux central qui lui est parvenue en enveloppant le K i ierf optique , ou si elle en était indépendante. On ne peut
Des enveloppes «le l'œil.
1° Fibreuse sclérotique.
Cornée
transparente.
•)56 DE L AP PAU El L DE LA VUE
nier qu’elle ne soit dans une connexion inlitne avec l’enveloppe du jaerl’ dont elle semble une continuation; mais son épaisseur beaucoup plus grande, et surtout sa nature tiès - différente quand elle est cartilagineuse, font voir que cette partie du système fibreux est aussi en partie indépendante.
C’est elle qui donne constamment insertion aux muscles qui meuvent le bulbe oculaire; et la terminaison de ces muscles à sa partie antérieure, empêchant quelquefois d’apercevoir la couleur plus ou moins foncée de la seconde membrane, rend cette partie de la sclérotique plus blanche , d’où le nom A’’ albu^imc , sous lequel quelques anatomistes ont désigné cette partie. Cette terminaison fibreuse pourrait en effet faire croire que la sclérotique en cet endroit est composée de d^'ux lames. On a aussi quelquefois étendu le nom d’albuginée à toute la couche extérieure de la sclérotique, parce que cette partie n’est jamais imprégnée de la couleur du pigmentum, comme l’interne qui est aussi d’un tissu moins sew’é.
Cette première enveloppe^ dont la forme un peu variable détermine celle du globe en totalité, est percée de deux ouvertures principales, l’une postérieure ou interne pour l’etttrée du système vasculaire, et surtout pour celle du système nerveux, et l’autre antérieure ou externe pour la communication avec le monde extérieur.
L’ouverture postérieure n’est pas toujours unique; elle est au contraire souvent partagée en différens petits trous plus ou moins distans les uns des autres pour le passage des artères, des veines et des filets nerveux : ceux du nerf optique se rapprochent beaucoup, et il en résulte une petite plaque criblée dont le centre n’est que fort rarement dans l’axe du globe.
L’ouverture antérieure do la sclérotique’ n’est pas libre et béante, elle est fermée par une membrane particulière qu’on
DANS LES OSTÉOZO AIRES. oSc)
nomme cornée transparente , ù couse de su parfaite Iranslucidilé, et qui par sa convexité plus ou moins grande, termine en plus ou en moins le sphéroïde que forme la sclérotique.
On admet généralement que la structure de cette cornée transparente est toute difTéreute de celle de la sclérotique , et qu’elle est formée de couches ou de lames qui s’appliquent en dedans les unes des autres. Celte structure, l’insensibilité complète de celte partie, et même l’absence totale de système vasculaire dans sa composition, ont porté quelques anatomistes à la comparer aux productions épidermiques ou cornées; c’est aussi ce qui m’avait fait soupçonner que la cornée transparente pourrait bien être la partie produite ou morte du phanère ocidaire ; mais un examen attentif m’a forcé d’abandonner cette opinion. Les couches qu’on croit y démontrer me paraissent même être artificielles; aussi les auteurs varient-ils assez pour le nombre. J’ai cependant souvent trouvé que la face concave est tapissée par une lame distincte , que des auteurs assez anciens ont nommée la membrane de l’humeur aqueuse ; mais elle diffère beaucoup du reste de la cornée à laquelle elle adhère assez peu : son état lisse, sa transparence parfaite et constante, l’absence totale I d’apparence fibreuse permettent de la comparer pour l’as- ; pect avec ce qu’on nomme dans les arts papier gélatine.
Un caractère particulier de la cornée transparente, c’est )i que mise dans l’eau elle se gonfle d’une manière remarquable en perdant sa transparence, ce qui est beaucoup moins sensible pour la sclérotique. J’ai cependant remarqué que^celle du cochon se gonfle également et perd sa blancheur. Aussi adopté -je l’o()inion que la cornée transparente n’est qu’une simple modification de la première enveloppe de l’œil.
La forme plus ou moins bombée, plus ou moins circuilaire de la cornée, son étendue comparative, ainsi que la I manière dont elle naît de la sclérotique, ou semble s’ajuster
a° Vasciilairo, Choroïde.
Pupille-
DE L A r P A R E 1 L DE LA V l' E
clans rouverUirc que celle-ci lui présente, offrent un grand nombre de variations que nous ferons connaître plus tard.
L’enveloppe fibreuse de i’œil est tapissée à l’intérieur par la membrane vasculaire à laquelle on donne , à cause de sa composition, le nom de chordide. Sa forme est assez bien celle de la sclérotique proprement dite; elle est aussi percée de deux ouvertures, une postérieure pour le passage du système nerveux, et même d’une partie du système vasculaire, et l’autre antérieure pour la communication avec le monde extérieur. Cette ouverture diffère de eelle de l’enveloppe fibreuse en ce qu’elle est réellement béante; on lui donne le nom CiG pupille; elle est percée dans le milieu d’une espèce de diaphragme formé par la membrane vasculaire , qui au point où la sclérotique se convertit en cornée transparente, l’abandonne, et tombe perpendiculairement à l’axe de l’organe. Ce diaphragme se nomme iris à sa face antérieure, à cause des couleurs variées dont il est quelquefois orné; et Meeeà sa face postérieure, à cause de sa couleur foncée due au pigmentum qui le recouvre à l’endroit où la choroïde se courbe pour former l’iris. On voit à sa surface extérieure une zone plus ou moins étroite , un cercle d’un gris blanchâtre par lequel la membrane vasculaire adhère à la membrane fibreuse à l’endroit de son partage en partie opaque et en partie transparente , beaucoup plus que dans tout le Ceicic , ou jiga- restc de son étendue : c’est ce qu’on nomme le cercle ciliaire
ment ciliaire.
ou ligament ciliaire ; il dépasse ordinairement un peu le plan de l’iris. La dénomination sous laquelle cette partie de l’enveloppe vasculaire est connue, vient de ce qu’on a cru qu’elle faisait l’office de ligament, soit pour réunir les deux enveloppes, ou mieux pour lier les replis t^ue la choroïde offre à Procès , la face interne de sa partie antérieure, ou les procès ciliaires, Corps ciliaires, gi pour en former un tout qu’on nomme corps ciliaire.
Chaque procès ciliaire est une saillie de la membrane vasculaire plus ou moins forte, lamelleuse, en forme de triangle
Iris.
Uvée.
DANS LES OSTÉO ZO AI KE 6. 56l
curviligne plus ou moins allongé, dont le sommet est en arrière, le côté convexe en dehors, le côté concave et libre en dedans, et la base en avant : cette base est oblique, et son angle libre se prolonge en avant, et dépasse ainsi jtlus ou moins l’origine de l’iris; il n’est pas adhérent, tandis qu’au contraire le bord concave de chaque procès ciliaire est appliqué d’une manière serrée entre des plis semblables de la seconde couronne de procès dont nous allons parler tout à l’heure. Comme les procès qui composent la première, convergent tous vers l’axe de la pupille, il résulte de leur ensemble quelque chose d’assez semblable é une fleur radiée quand on regarde le corps ciliaire en arrière, et à une roue dentée quand on le voit par-devant, où les bases seules des procès sont visibles , derrière l’iris. Ce corps semble quelquefois une partie distincte ayant pour base le ligament ciliaire, d’où sortiraient les procès iridiens et choroïdiens.
La structure de cette seconde enveloppe de l’œil est de l’aveu de tous les anatomistes, pour la partie postérieure évidemment vasculaire ; elle est en effet composée d’un nombre immense de ramifications artérielles et veineuses, réunies par du tissu cellulaire, et disposées en général de manière que les veines forment une couche externe, et les artères, une lame intérieure villeuse, dans toute sa surface.
Cette couche intérieure est quelquefois bien plus dense, plus serrée et moins vasculaire que l’autre; elle prend alors un aspect plus fibreux ; mais elle est toujours hérissée à l’intérieur de filamens très-fins. Quelques auteurs la désignent sous le nom de ruyschienne.
Quant à la structure de la partie antérieure , les anato- I mistes sont moins d’accord. Il est cependant évident qu’elle est également vasculaire; le cercle ciliaire l’est peut-être un I peu moins : le tissu qui le compose est plus celluleux, queli quefois plus pulpeux; mais les procès ciliaires ne sont com-
Kuyschieane.
i'ij;nientum.
.3“ Nerveuse, ou féline.
nii l’appareil de la vue
po^és que de viiisseaux arlériclsel veineux , quelquefuis di.çposé.s en petites houppes llotlanles et prohableiiierit trèsérecliles.
L’iris lui -même ne laisse pas plus de doute sur sa structure; il est évidemment composé d’une trè.s-grande quantité de vaisseaux et de nerfs dont nous étudierons l’origine et la disposition en parlant de l’appareil de la circulation : à sa lace antérieure , ce tissu cellulaire est ordinairement plus serré, et il prend quelquefois l’aspect un peu membraneux ; à sa face postérieure on remarque souvent des plis fort peu élevés qui ont une disposition radiaire : ce sont ces plis que quelques auteurs ont regardés comme des fibres musculaires , mais tout -à- fait à tort. On ne conçoit pas plus à priori de fibres musculaires dans lephanère oculaire qu’on n’en démontre de circulaires ni de convergentes à posteriori.
La face interne et lanugineuse de l’enveloppe vasculaire du bulbe de l’oeil, est souvent recouverte d’une couche plus ou moins épaisse, d’un pigmentum de couleur d’un brun foncé, quelquefois presque noir; ce pigmentum ou cette matière colorante transsude dans toute l’épaisseur de la choroïde, de manière à teindre quelquefois la face interne de la sclérotique; mais ses molécules sont peu ou point adhérentes entre elles : il n’en est pas de même de ceiles qui sont à la face interne de la choroïde, et surtout en dedans des procès ciliaires; elles y forment une couche épaisse, quelquefois assez adhérente, principalement à la base ou à la partie libre de ces procès dont elles encroûtent toutes les lanugosités, et à la face postérieure de l’iris. La partie antérieure de celui-ci n’en offre au contraire aucune trace , et ses couleurs dépendent de son tissu même , ainsi que celles de la choroïde, quand il y a ce que nous allons connaître sous le nom de tapis.
Ce pigmentum est immédiatement appliqué dans une grande partie de son étendue sur la troisième enveloppe de
DANS LES OSTÉOZOAIRES.
l’œil, sur la membrane nerveuse que l’on appelle rétine,
I probablement à cause de la structure réticulée de sa face interne. Cette membrane la plus importante de toutes , puisqu’il est à peu près certain qu’elle est le siège immédiat de la vision, se colle exactement en dedans de la choroïde, aussitôt après què le nerf optique dont elle provient a traversé celle-ci : parvenue à la racine des procès ciliaires, elle diminue souvent subitement d’épaisseur , assez pour paraître former un bourrelet; aussi en passant sous ces procès, elle
est excessivement mince ; elle se continue ainsi jusqu’à la
capsule du crystallin à la circonférence antérieure de laquelle elle adhère en se confondant avec elle, et en se plissant trèsfinement tout autour, de manière à produire une seconde couronne de procès ciliaires ; mais ils ne sont libres à aucune de leurs extrémités. La légère saillie qu’ils ferment pénètre dans l’écartement des procès ciliaires choroïdiens ; et comme ceux-ci laissent souvent sur l’humeur vitrée le pigmentum qui les revêt, il en résulte une zone radiée, quelquefois bien formée , quand on enlève la masse des humeurs de l’œil dans la préparation de cet organe.
Zinn , dans son excellente Description anatomique de V œil a parfaitement décrit cette zone radiée; mais il pense qu’elle provient de la membrane hyaloïde, ce qui me paraît contraire à ce que j’ai vu.
La membrane rétine dont je viens d’exposer la disposition paraît véritablement être formée par une sorte de réseau celluleux, dans les mailles duquel se dépose une matière, pulpeuse. CeHe-ci étant beaucoup plus abondante en dehors, semble former une couche distincte beaucoup plus molle . tandis qu’au contraire la substance réticulée, en forme intérieurement une autre plus résistante. On y voit aisément une quantité innombrable de filaraens très-fins, assez parallèles, fréquemment anastomosés entre eux, et qui sont celluleux. Les ramifications vasculaires s’y mêlent > mais
5G/| üli l’ai» P ARE IL DE LA VUE
paraissent en être indépendantes : c’est ce que l’on voit inêrnfe à l’œil nii.
Je ne suis pas éloigné de penser que la zone de Zinn n’est formée que de cette partie celluleuse et cellulaire qui s’est prolongée jusqu’au jcryslallin , et que la partie pulpeuse a abandonnée i\ la racine des procès ciliaires. La manière dont celte membrane rétine naît du nerf optique, ou est en connexion avec lui, varie trop pour que nous en parlions ici.
b. De la partie de perjectionnement dioptrique.
Des luinicurs de l'œil.
Cette partie du phanère oculaire est comprise dans les enveloppes que nous venons d’étudier; elle se compose de ce qu’on nomme les humeurs de l’œil. Son usage est de prodiûre une image plus nette, sans irisation. Son analogue est non-seulement la pulpe que nous avons vu devoir exister dans toute espèce de phanère; mais en outre une partie morte, et produite par cette pulpe.
Les humeurs de l’œil paraissent n’êlre jamais au-dessus de trois, que l’on désigne sous les noms d’humeur vitrée, d’humeur crystalline ou de crystallin, et d’humeurvitrée : toutes trois de forme, de nature et d’origihe différentes, que nous allons étudier successivement.
r“ Vitrée.
1° \j' humeur vitrée. Cette humeur, de beaucoup la plus considérable des trois, du moins dans l’homme, puisqu’elle remplit presque toute la cavité formée par la dernière enveloppe de l’œil, est plus ou moins sphéroïdale dans toute sa partie postérieure ; mais dans une petite portion de son hémisphère antérieur, elle offre une excavation plus ou moins profonde dans laquelle se loge la face postérieure du crystallin.
Celle humeur est remarquable par sa transparence parfaite dans tous ses points, ce qui, joint à sa manière de couler, l’a fait comparer à du verre en fusion.
DANS LES OSTÉ OZOAIP.es.
La plupart des ailleurs modernes sont d’accord pour admettre qu’elle est enveloppée par une membrane particulière excessivement mince, et aussi transparente que la matière vitriforme qu’elle contient, d’où lui provient le nom û'hyaloicle. Ils ajoutent que cette membrane ne se borne pas à entourer le corps vitré, mais qu’elle envoie dans son intérieur des prolongemens qui forment des cloisons, et par conséquent des mailles inégales , mais en général considérables, dans lesquelles l’humeur est contenue; en sorte que Ziinn définit l’humeur vitrée une cellulosité dont les lila- Tiens membraneux extrêmement minces et translucides, brmeut des mailles remplies d’une liqueur également très- ■dellucide.
Les mêmes anatomistes admettent aussi que celle hyaloïde 'St formée de deux lamés, puisqu’ils pensent qu’elle se dé- .ouble en avant pour comprendre entre elles l’humeur rysldlline et sa capsule , ce qui donne naissance à ce que "on décrit sous le nom de canal godronné de Petit. Ce lanal se trouve formé par la capsule du crystallin, au bord r anchant de celui-ci, et au point de dédoublement de l’hyatdde. II j-ègne dans la circonférence du crystallin; et comme m l’insufflant, l’air y élève des bosselures à son bord externe, test ce qui lui a valu le premier des noms qu’il porte.
J’avoue n’avoir pu toujours démontrer d’une manière salisii isaïite, ni la membrane hyaloïde extérieure, ni les mailles Il 1 loges dans lesquelles serait déposée l’humeur vitrée , quel- I le soin que j’aie mis à cette recherche / et quelque procédé ne j’aie employé sur les yeux des animaux mammifères. Cette nmeiir m’a toujours semblé une masse homogène parfaitetent transparente , assez tenace, que la chaleur et les acides iint contracter graduellement dans tous ses points, et é la irrface extérieure de laquelle on peut enlever des lambeaux i'embraniformes , mais qui sont composés de la substance liêmc du vitré : aussi peut-on en retrouver de nouveaux à
Hyaloùle.
" Cryslalliii.
3()6 DE t/appaheil de la vlc
mesure qu’on en a enlevé d’abord. Cependant l’analogie de l’humeur vitrée, avec la pulpe d’un phanére, ne permet pas de douter de son existence ; et en effet elle est souvent aisée h démontrer dans les animaux ovipares. Je conçois même qu’elle envoie des brides celluleuses à l’intérieur, ce que démontre, dit-on, la manière dont le vitré se congèle en morceaux, quoique ce soit ainsi que se congèle également l’humeur aqueuse qui n’est pas contenue dans des mailles ; mais je ne puis admettre sa cluplicature antérieure et la manière dont elle se dédouble pour recevoir le crystallin. L’œil d’aucun animal ne m’a montré rien de semblable. Le crystallin est retenu dans la place qu’il occupe par la zone de Zinn , que l’on retrouve môme dans les poissons où il n’y a plus de corps ciliaire choroïdien. Or, nous avons vu que cette zone appartient à la rétine. On peut de même concevoir le canal de Petit , qui ne sera qu’un espace vide formé par l’écartement du bord de la capsule du crystallin en dedans, de la zone de Zinn en dehors et en avant, et de la membrane hyaloïde en dedans et en arrière. Les bosselures qu*e l’on y forme artificiellement sont dues à ce que cette zone adhère à l’hyaloïde davantage aux endroits où les procès ciliaires sont appliqués dessus qu’ailleurs. Alors il en récîulle des espèces d’orifices dans toute la circonférence de la lacune , comme M. Jacobson les a vus.
Quoi qu’il en soit, car je ne prétends pas que je ne me sois pas tiompé , celte humeur vitrée reçoit dans son intérieur une branche de l’artère centrale de la rétine qui s’y ''amifie.
3° L'humeur crystalline on crystallin. Cette seconde humeur de l’œil occupe dans la cavité de l’organe un espace beaucoup moindre que la première avec laquelle elle forme un tout, un système, aussi bien sous le rapport dioptrique que sous le rapport aùatomique. Situé à la partie antérieure de l’humeur vitrée dont il occupe l’excavation, le crystallin
DANS LES OSïÉOZO A IRES.
a une forme ordinairement circulaire et plus ou moins convexe en avant et en arrière, ce qui le fait ressembler à une lentille des opticiens. Nous étudierons parla suite ces différences de forme; nous nous bornerons à dire en ce moment qu’il est extrêmement rare que les convexités antéi'ieure et postérieure soient complètement semblables, et que c’est presque toujours celle-ci qui est la plus forte.
La forme de l’humeur crystalline lui est donnée par une ■ enveloppe particulière à laquelle on donne le nom de capsule du crystallin; elle est évidente en avant comme en arrière, mais beaucoup moins épaisse de ce côté où elle est appliquée sur l’humeur vitrée; elle forme une petite poche •sans trace d’ouverture. Sa structure ne m’a paru ni cellu- :leuse, ni fibreuse, et par aucun procédé je n’ai pu y découvrir autre chose que cet aspect de papier gélatine dont j’ai ! parlé à l’occasion de la lame interne de la cornée transparente. Il est cependant certain qu’elle reçoit une pctite*branche de 1 l’artère centrale de la rétine qui se ramifie d’une manière {presque régulièrement radiaire dans toute sa partie postéjirieure. Je l’ai très-bien vue dans les fœtus de chat.
Quanta l’humeur crystalline elle-même, Jes anatomistes ‘sont à peu près d’accord pour n’y voir aucune trace d’orsganisalion. C’est, dans ma manière de voir, une matière rmorte, déposée, et se crystallisant pour ainsi dire par coucches concentriques , dont les plus petites, les plus dures, les {plus anciennement déposées, sont les plus internes, et dont l'Jes plus nouvelles, les plus grandes, les plus externes sont lies plus molles ; aussi l’humeur crystalline est-elle composée i.de trois parties assez distinctes dans l’âge adulte : 1“ l’huimeur liquide qui est immédiatement sous la capsule, et qui C3st la moins abondante; 2“ l’humeur molle qui est plus e^paisse , comme pultacée, et dont les molécules n’offrent Hucune disposition régulière; 5“ enfin riuimeur solide ou *ienticulaire qui est dure, solide, et dont les molécules se
3'^ Aqueuse.
568 i)h. l’ai* PA UE IL DE LA VUE
disposant d’une manière régulièie , Ibrmeni des couches concentriques d’autant plus dures qu’elles sont plus inté- Heures. C’est cette partie qui prend quelquefois à sa superficie l’aspect de faisceaux- de fibres convergentes vers le centre, et que Reill a regardées comme musculaires.
3° h’humeur aqueuse occupe un espace encore moins considérable que l’humeur crystalline, au devant de laquelle elle est placée, puisqu’elle ne remplit que l’intervalle compris entre la concavité plus ou moins grande de la cornée transparente et la convexité du crystallin. Par conséquent , plus celui-ci est convexe et celle-là est plane , moins l’humeur aqueuse est abondante. Sa quantité est encore diminuée par l’existence de l’iris dans l’espace que nous venons de circonscrire, et qui le partage en deux parties inégales connues sous le nom de chambres , l’une antérieure et l’autre postérieure par rapport à l’iris, communiquant entre elles par la pupille.
Cette humeur est évidemment exhalée, et par conséquent sans organisation; est-elle produite par une membrane particulière, par une sorte de membrane séreuse qui tapisserait de toutes parts la cavité qui la renferme cela est assez probable. On ne peut cependant démontrer de partie membraneuse que celle' de la face concave de la cornée transparente à laquelle en effet quelques auteurs donnent le nom de membrane de l’humeur aqueuse. Jexi’ai jamais pu la pousser
beaucoup au delà du bord de l’iris.
Ainsi les trois humeurs de l’œil sont d’origine toute différente : la première étant évidemment organisée; la seconde produite et presque crystallisée, et l’autre simplement exhalée et conservée à l’état liquide ; aussi verrons-nous qu’elles diffèrent beaucoup dans leurs propriétés physiques et chi-
miques.
DANS Lï:S 0 STÉOZO aires. 569
c- De la partie de perfectionnement accessoire.
1“ Mobilité'. Dans tous les animaux vertébrés on trouve que le bulbe de l’œil est susceptible d’une mobilité plus ou moins grande au moyen de muscles disposés de manière un peu différente, mais qui d’une part prennent toujours leur origine plus ou moins immédiate au système osseux, pour aller s’attacher de l’autre à la sclérotique. On les divise en muscles droits et en muscles obliques ; les premiers sont ceux qui étant dans la direction du diamètre 'antéro-postérieur de l’œil, prennent leur origine dans le fond de l’orbite, à son périoste ou à l’enveloppe fibreuse du nerf optique, et vont se terminer é la sclérotique , en comprenant dans leur écartement le globe de l’œil dont ils déterminent le mouvement, le premier en dessus, le second en dessous, le troisième en dedans et le quatrième en dehors , d’où les noms de droit supe’r'ieitr ou (y élévateur, de dt'oit irféricur ou i^ahaisseiir, de droit interne ou (^adducteur, et de droit externe ou â'’a:bducteur qw’on leur donne. Les muscles obliques ont (;ri général une direction perpendiculaire à celle des muscles droits; il n’y en a jamais plus de deux, l’un en dessus ou Voblique supérieur, et l’autre en dessous ou Voblique inférieur. Quoique tous deux insérés en dedans de l’orbite, se portent constamment plus ou moins obliquement de dedans en dehors à la partie supérieure ou inférieure du globe oculaire; ils offrent une disposition particulière pour chaque sous-type des ostéozoaires.
2° Abri et protection. Dans ce type d’animaux, le globe de l’œil est plus ou moins complètement mis à l’abri, soit constamment, soit momentanément au moyen d’une espèce d’enfoncement fait entre les pièces osseuses du premier et du second appendice de la tête, et qui est désigné sous le nom à' orbite , ou à l’aide du repli de la peau qui se trouve aux environs de l’organe, et qu’on uomme paupières.
Des muscles qui le meuvent.
Abri.
Osseux
ou <Ie l'orbüc.
Abri cutané.
Conjonctive.
010 DE l’aI'I'AIIEIL DE LA VUE
L’orbite plus ou moins profond, suivant le développement de l’organe qu’il doit contenir en grande partie, est une sorte de cavité, ou mieux d’enfoncement qu’on ne peut mieux comparer qu’à celui qu’cn ferait à la surface d’un pot d’étain avec un corps contondant, et qui varie par l’étendue, la profondeur et sa fermeture plus ou moins complète en arrière et en dehors, et par les os qui entrent dans sa composition.
Ce que cet orbite a de général est de se trouver entre la première paire d’appendice du corps , ou la première articulation et la deuxième, ou celle de la mâchoire supérieure sur laquelle surtout il s’appuie beaucoup. Aussi dans les espèces les plus élevées, cet orbite est toujours formé en arrière du sphénoïde antérieur, en dedans de l’os palatin, de l’os ethmoïde , de l’os lacrymal; en dessus du frontal, en dessous du maxillaire supérieur et du zygomatique, en dehors du même os et de la grande aile du sphénoïde postérieur.
Quelquefois ces os ne sont pour ainsi dire qu’écartés; mais le plus souvent ils sont évidemment modifiés pour ce but.
La direction de cet orbite offre des différences assez notables; en général elle tend d’autant plus à être dans la direction de l’axe du corps de l’anima! qu’il est plus élevé dans la série. Il faut cependant ajouter que quelquefois les différences de direction tiennent à quelque chose de local , ou à quelque anomalie.
L’abri momentané est produit par la peau qui avoisine l’organe.
D’abord cette peau devient d’autant plus mince, qu’elle s’approche davantage de l’axe ou du milieu de la cornée transparente; il se pourrait même qu’elle n’atteignît pas toujours son milieu quand l’organe est fort développé, et qu’il se trouvât ainsi au devant du bulbe un orifice ou trou consi-
DANS LES OSTÉOZOAIRES. 37 l
dérable dans la peau : cette partie de la peau amincie se nomme conjonctive.
Mais celte membrane, dans beaucoup d’animaux vertébrés, ne se borne pas à s’amincir au devant de l’organe; car avant d’y arriver elle forme fort souvent un repli supérieur et un repli inférieur, composés par conséquent chacun de deux peaux, l’une externe, à peu de chose près semblable à la peau ordinaire, et l’autre interne, qui s’applique sur la partie amincie et adhérente au bulbe, ou conjonctive, en devenant à cause de cela membrane muqueuse ; c’est à ces replis qu’on donne le nom de paupières. Leur bord ou l’endroit où la peau externe se replie à l’intérieur, est quelquefois soutenu par un cartilage dont la coupe verticale fait voir que sa base est taillée obliquement , en sorte que lorsque les deux paupières viennent à se toucher sur le globe de l’œil, il en résulte un canal triangulaire, étendu de l’angle " externe à l’interne. L’entre-deux du derme composant cliaque paupière, est rempli par un muscle cutané orbiculaire , qui en se fronçant les serre fortement; et souvent l’une ou l’autre est en outre pourvue d’un autre muscle abaisseur ou élévateur attaché au fond de l’orbite. Il y a encore dans la composition des paupières une lame fibreuse fort mince, qui vient de la continuation du périoste de l’orbite.
Mais outre l’usage évident que ces paupières ont de mettre momentanément l’organe de la vision complètement à l’abri , elles contribuent aussi à le nettoyer en répandant sur toute l’étendue de la partie antérieure du bulbe ou de la conjonctive des fluides qui y sont versés en plus ou moins grande abondance. Elles sont encore puissamment aidées dans cet usage par un autre repli plus ou moins membraneux qui se place dans l’angle -nasal de l’ouverture oculaire, et que l’on désigne sous le nom de troisième paupière ou de membrane nictitante : elle a cela de particulier qu’elle est toujours plus ou moins verticale, au contraire des véri-
Paupières
lionzoïitalcs.
Verlicale , ou 3* paupière,
Appareil lacry • mal.
Cryptes sébacés , ou glandes de Méibomius.
Caroncule lacrymale.
Appareil lacrymal.
DK t.’appatiett. de la vue
tables paupières; du reste sa structure, sa forme et son mécanisme offrent des différences que nous étudierons plus tard.
Quant aux fluides versés au devant du globe oculaire, ils sont ae deux sortes; les uns aqueux ou lacrymaux, et les autres sébacés ou graisseux. Les premiers sont produits par un ou plusieurs amas de cryptes sécréteurs logés entre l’organe et la cavité protectrice, et dont les canaux excréteurs en plus ou moins grand nombre s’ouvrent à la face interne des paupières. On donne plus spécialement le nom de glande lacrymale à celle qui se trouve au côté externe et supérieur du bulbe oculaire appliquée sur lui, et dont les canaux excréteurs se terminent au côté externe de la face interne de la paupière supérieure. On désigne au contraire sous le nom de glande d’ Harderus ou de lacrymale interne un autre amas glanduleux situé au côté interne de l’orbite, et qui s« termine par un seul orifice, en dedans de la troisième paupière.
Quant au fluide sébacé, il est fourni par une série de petits cryptes qui occupent le bord interne de chaque paupière, dans l’épaisseur de laquelle ils sont compris. Chacun a un petit pore excréteur : c’est ce qu’on nomme les glandes de Méibomius.
Nous devons aussi noter que dans l’angle interne de, l’œil, on trouve quelquefois un autre petit amas de cryptes plus ou moins rouges, entremêlés de poils, et formant une petite saillie qui a reçu le nom de caroncule lacrymale. On ignore la nature du fluide qu’elle verse, et il paraît qu’il est fort peu abondant.
Il n’en est pas ainsi du fluide de la véritable glande lacrymale; et même son abondance quelquefois trop grande, a nécessité dans un certain nombre d’animaux vertébrés qu’il fût versé dans l’intérieur des narines. Il est d’abord dirigé vers le côté interne de l’ouverture oculaire, par la dis-
. DANS LES MAMMIFÈRES. 5'y3
position et le rapprochement des paupières et du globe de l’œil dont nous avons parlé plus haut. Arrivé en cet endroit, il pénètre par un ou deux orifices que l’on nomme pores lacrymaux y dans un canal lacrymal , dont la partie supérieure, quelquefois un peu renflée, forme le sac lacrymal, et dont le reste plus ou moins prolongé va se terminer dans les narines au-dessous du cornet inférieur. Ce canal lacrymal, membraneux, qui n’est que la continuation de la conjonctive, et son anastomose, si l’on peut employer ce terme , avec la membrane olfactive, se loge, comme nous le verrons plus tard, dans un canal osseux plus ou moins complet, formé le plus ordinairement par l’os lacrymal.
Enfin l’organe de la vision peut encore être mis à l’abri de l’action nuisible des corps extérieurs au moyen d’une certaine modification de poils plus longs, plus forts que les autres, qui bordent les paupières, ou qui forment une 1 bande plus ou moins étendue le long du rebord orbitaire frontal : c’est ce dont nous avons déjà dit quelque chose à l’article des poils, sous les noms de cils et de sourcils.
'Passons maintenant à l’étude des nombreuses différences !que présentent les animaux vertébrés dans l’appareil de la ' vision.
A. Dans les mammifères.
Ce que nous venons de dire en général de l’organe et de I l’appareil de la vision dans le type des ostéozoaires étant en ;grande partie tiré de la classe des mammifères, nous pourrions {passer de suite aux principales différences que les animaux qui lia composent peuventprésenter. Nous donnerons cependant , • comme leur étant plus ou moins commun, la sphéricité du g^lobe oculaire; la mollesse de l’enveloppe fibreuse où de la f^clérotique ; l’existence des procès choroïdiens bien prononc;és, ainsi que celle des procès rétiniens ; le nombre des mus-
Cils et sourcils.
Consitlcralions et diflcrences générales.
57/1 f)E l’appareil de la vue
des moteurs du globe de l’œil qui ne sont jamais au-dessous de six, quatre droits et deux obliques, et qui peuvent aller jusqu’à dix : on trouve en eflet dans un grand nombre de mammifères que les muscles droits sont divisés en deux couches, l’une externe, plus longue, composée des quatre muscles droits ordinaires: et l’autre interne, plus courte, quelquefois subdivisée en quatre portions, absolument comme l’externe, mais d’autres fois ne formant qu’une sorte d’entonnoir qui enveloppe l’hémisphère postérieur du globe de l’œil , et auquel , à cause de cela , on donne le nom de muscle choandide ; la disposition des muscles obliques diffère aussi de ce qui a lieu dans les autres ostéozoaires. Dans les mammifères, le grand oblique inséré au fond de l’orbite avec le droit supérieur à l’enveloppe fibreuse du nerf optique , se porte d’avant en arrjère entre le globe oculaire et la paroi interne de l’orbite: parvenu à sa partie antérieure et supérieure, les fibres charnues se réunissent autour d’un tendon arrondi qui glisse à travers une sorte d’anneau fibreux, ou du dedans d’un cartilage adhérent à l’os frontal ; réflécW presqu’à angle droit à ce point, ce tendon autour duquel s’est disposé un petit appareil synovial, s’élargit horizontalement et se porte de dedans en dehors, et un peu d’arrière en avant à la partie supérieure du globe où il se fixe sous la terminaison du muscle droit supérieur. L’oblique inférieur est aussi généralement plus court que dans les ovipares; il naît à la partie interne et antérieure de la paroi inférieure de l’orbite, et se porte de dedans en dehors à la partie inférieure et externe du globe de l’œil. Les mammifères offrent aussi une disposition assez particulière dans les paupières qui sont pourvues toutes deux sur leur bord d’un cartilage tarse plus ou moins épais, et dont la supérieure, beaucoup plus large et plus mobile que l’inférieure, est soulevée par un muscle élévateur; ce muscle inséré au fond de l’orbite , se porte d’arrière en avant au-dessus du muscle droit supérieur, sort de la cavité , et se
DANS LliS -MAMMIFÈRES.
termine en s’élargissant par une sorte de membrane fibreuse qui se perd dans le tissu de la paupière. L’existence de véritables cils et surtout de sourcils, est peut-être encore propre aux mammifères.
Les différences que, les mammifères présentent sous le rapport qui nous occupe en ce moment, sont toujours susceptibles d’être partagées en deux catégories ; les unes, à peu près inexplicables, tiennent à ce que nous avons nommé dégradation classique , et au degré d’organisation auquel l’espèce appartient; d’autres sont évidemment en rapport avec le milieu dans lequel l’animal devait trouver sa nourriture , ou bien avec l’époque de la journée à laquelle il la recherche, et enfin peut-être avec la nature et l’espèce de nourriture.
Je range dans la première catégorie l’espèce de tache jaune, avec un petit enfoncement plus ou moins ovalaire , translucide au milieu, autour duquel se plisse un peu la rétine, que l’on remarque dans cette membrane, à quelque distance en dehors de l’entrée du nerf optique, dans l’axe 1 même du globe de l’œil. On ne la trouve que dans l’espèce j humaine et dans les véritables singes de l’ancien et du nou- ^veau continent. Je n’en ai vu aucune trace dans, les autres r mammifères, pas même dans les makis.
Ce serait évidemment à tort que l’on voudrait regarder I cette tache, dont nous devons la découverte à Soërnmei ing,
■ comme ayant quelque analogie avec le tissu coloré qui se t trouve occuper un espace beaucoup plus étendu de la lame interne de la choroïde d’un assez grand nombre d’animaux i!;namrnifères , et qu’on nomme le lapis. Eu effet, sa place ( jst toute différente, puisqu’il est situé tout-à-fait en dehors pie la rétine , et s’il est visible à travers les humeurs de l’œil , roela tient à la transparence de celle-ci ; d’ailleurs sa strucfiure diffère également beaucoup, comme nous l’avons vu lolus haut. Ainsi le seul rapport qu’il y ait entre la tache de
Différences inexplica files.
De la (aclie de Soéniinoring.
Du lapis.
376 DE l’appareil de LA V U j-
Socniinering- et le tapis, c’est qu’on ignore aussi coinpléleinent l’usage de l’une que celui de l’autre.
L’homme, les singes, les sapajous, les makis, les paresseux, n’ont jamais de véritable tapis.
Tous les carnassiers même n’en sont pas pourvus , du moins je ne l’ai vu dans aucuD des chéiroptères que j’ai disséqués, non plus que dans les carnassiers insectivores.
L’ours lui-même ne me semble pas avoir de tapis, ou bien il est entièrement couvert par le pigmenturn.
Il n’en est pas de même des autres carnassiers; tous en ont un plus ou moins développé, et assez ordinairement à peu près également distribué autour du nerl‘ optique ; il est presque toujours d’un beau blanc mat, comme dans les chiens, la civette, le jaguar; d’un blanc bleuâtre, comme dans la loutre, le lynx, le chat-pard; ou d’un jaune doré, comme dans le lion, le chat domestique.
Les carnassiers édentés aquatiques ou les cétacés, ont aussi un tapis qui est également d’un blanc d’argent, ou bleuâtre.
Quant aux rongeurs, aucune des espèces que j’ai disséquées ou dont l’anatomie nous a été donnée, ne paraît avoir cette partie colorée. Les anatomistes de l’Académie disent cependant que le porc-épic a un tapis blanchâtre parsemé de plusieurs petits points rouges.
La plupart des animaux ongulés en ont au contraire un fort étendu, et surtout au côté interne, à cause de l’insertion très -excentrique du nerf optique. La couleur de ce tapis est ordinairement i’un vert blanchâtre : c’est ce qui est indubitable pour le cheval et tous les animaux ruminans.
Quant aux groupes des didelphes, nous manquons d’observations.
D’après ce que nous venons de dire sur le tapis chez les mammifères , on voit que l’espèce de nourriture, l’époque
! «de la journée à laquelle elle est recherchée, le milieu qu’hai Ibite l’animal, ne paraissent être nullement en rapport avec ; son existence dans tel ou tel groupe : il faut donc admettre , 'que ses usages sont tout-é-fait inconnus.
Je mettrai dans la même catégorie le nombre des muscles t droits qui meuvent le globe de l’œil, quoi qu’il soit possible de concevoir que les différences qu’offrent les mammifères f sous ce point de vue tiennent à leur mode de station, et surtout à celui de préhension buccale.
L’homixie et tous les quadrumanes n’ont qu’une seule couche de muscles droits divisée en quatre parties bien distinctes, mais dans des proportions un peu variables.
Les carnassiers en ont au contraire toujours, à ce qu’il me semble, deux couches distinctes, l’une qui se termine vers , le tiers antérieur du globe , et l’autre vers le tiers postérieur;
‘ et chaque couche est divisée en quatre, ce qui fait huit muscles droits : c’est ce que j’ai bien vu dans l’ours, le blaireau, le coati, les martes, plusieurs espèces de chats, les renards et les chiens.
Les édentés me paraissent aussi avoir la même disposition des muscles droits que les carnassiers.
Les rongeurs diffèrent des groupes précédens en ce que les muscles droits ordinaires sont en général moins forts, et que la couche intern'e est très -petite, à peine divisée, et n’existe bien complètement qu’au côté interne du nerf optique.
Dans tous les animaux ongulés, il y a toujours deux couches bien distinctes de muscles droits; mais la couche interne ne se divise que très-rarement, et forme une sorte d’entonnoir autour du nerf optique, d’où vient le nom de muscle choanoide qu’on lui donne.
Jvcs différences que présente la cavité orbitaire sous le rapport de sa position et de sa direction , appartiennent aussi à cette première catégorie.
D«i noiTibre des muscles droits.
De la ilireclion de l'axe des orbites.
De la troisième paupière.
O7S DE LArPAREIL DE LA VUE
C’est chez l’espèce hti inaine que les axes des orbites se rapprochent davantage d’être parallèles entre eux et à l’axé du corps, ou ,ce qui revient au même, chez laquelle la base des orbites est le plus dans le même plan vertical antérieur : aussi l’homme ne peut-il voir que dans tout l’hémisphère qui est au devant de lui.
A mesure que l’on descend dans la série des mammifères inonodelphes ou didelphes, on voit ces axes devenir de plus en plus perpendiculaires à celui du corps, ou , ce qui revient au même, tendre à ne former qu’une même ligne droite, et à ce que les deux bases des orbites soient parallèles. Alors le mammifère a les yeux de plus en plus latéraux , et par con- .séquent il peut apercevoir deux hémisphères, l’un à droite et l’autre à gauche , sauf la bande qui correspond à l’écartement des yeux.
Jamais cependant cette disposition latérale n’est parfaite, non plus que l’antérieure qui place les deux yeux dans un même plan.
Nous verrons dans l’étude de la partie passive de la locomotion ou du squelette, qu’il existe dans l’état plus ou moins complet du cadre ou du bord de l’orbite, et surtout de la
paroi orbitaire des différences de même nature.
On doit aussi considérer comme du même genre le plus ou moins grand développement de la troisième paupière, puisqu’il semble être en rapport avec la facilité plus ou moins grande qu’a l’animal de porter le membre antérieur à l’œil.
Dans les mammifères, cette troisième paupière, originairement formée par un simple repli sigmoïde de la conjonctive, est souvent soutenue par une lame cartilagineuse fort mince, de forme un peu variable, et qui se prolonge en arrière et en dedans du globe de l’œil par une sorte de tige ou de pédicule; c’est autour de ce pédicule, et surtout à son extrémité , que se rainassent les cryptes de la glande
DANS LES MAMMIFERES.
d’Harclerus. Le plus souvent celte espèce de paupière est immobile, et le globe de l’œil vient se frotter contre son extrémité fort mince et plus om moins arrondie; mais quelquefois elle peut aussi être portée en dehors par une disposition musculaire dont nous parlerons ù l’article de l’éléphant.
A peine frouve-t-on un rudiment de la troisième paupière dans l’homme, où ce n’est évidemment qu’un très-petit repli de la conjonctive.
Ce rudiment est beaucoup plus évident chez les singes et les sapajous ; le repli semi-lunaire de la conjonctive est bien libre. «
Dans les carnassiers et les rongeurs, la paupière verticale devient beaucoup plus évidente, elle est cartilagineuse et pourvue de son appareil glanduleux. Plus large dans les premiers , elle est peut-être plus saillante dans les seconds.
L’éléphant a cette troisième paupière encore plus prononcée, et pourvue d’un appareil musculaire.
Tous les animaux à sabots l’ont aussi très-développée ; mais il n’y a pas de fibres musculaires pour la mouvoir.
Je suis également obligé de rapporter à ce premier genre de différences, l’existence d’une ou de deux glandes lacrymales dont le développement est assez bien en rapport inverse.
La glande lacrymale est unique dans l’homme, les singes, *
les sapajous, les makis; mais dans tous les autres mammifères qui ont cet appareil, il y en a deux; et à mesure que l’interne augmente , l’externe diminue.
Enfin la dernière différence que l’on puisse regarder comme De* sourcîisv appartenante à cette section , est celle que l’on peut remarquer dans l’appareil pileux protecteur. Je ne parle pas des cils, quoiqu’il n’y ait peut-être que l’homme qui en ait de véritables ; parce que beaucoup d’espèces de mammifères ont aussi au bord des paupières des poils plus longs qu’ailleurs; mais les sourcils ne se trouvent que dans l’espèce humaine,
Diflercnces Jotit la cause est appréciab'e, dépendaoles
De l’élat mort ou vivant de raliincnt ,
De l’e’poque de la journée à laquelle l'animal le cherche.
SOUS forme d’une bande de poils longs étendue le long du rebord orbitaire, et Ibrmant une saillie assez considérable ; la peau dans laquelle ils sont ’mplantés est mue par un petit muscle peaussier appelé sourcilier, qui d.e l’angle interne de la crête de ce nom se porte en dehors sous la moitié interne du sourcil.
Cette dernière dilTérence, que l’on pourrait jusqu’à un certain point rapporter à la station verticale, nous conduit à celles qui ont des rapports plus ou moins évidens avec quelque cause appréciable.
La première me paraît tenir à l’état dans lequel se trouve la substance qui doit servir d’aliment; elle est d’une assez faible importance; cependant la nourriture est-elle morte ou immobile, alors l’organe de la vision est en général peu développé; mais est-elle au contraire vivante et fugitive, alors l’œil est fort grand; aussi les mammifères, essentiellement carnassiers, l’ont-ils généralement plus grand que les autres. Il arrive cependant qu’un petit nombre de rongeurs, et surtout les ruminans, ont aussi des yeux fort gros , mais pour un autre but, celui d’apercevoir de plus loin leur ennemi.
Je remarque une auti’e différence évidemment plus importante, puisqu’elle tient à l’heure de la journée dans laquelle l’animal cherche sa nourriture. Si c’est dans une obscurité assez profonde, l’organe de la vision en totalité est aussi plus développé que dans le cas contraire; les espèces nocturnes, comme certains sapajous, parmi les singes, et ■ i' surtout les galagos, les tarsiers, l’aye-aye parmi les makis; || les chats,* les phoques dans l’ordre des carnassiers; les écureuils, les gerboises dans celui des rongeurs ; les chevaux ? parmi les ongulés, ont des yeux beaucoup plus gros que les ^ autres espèces des mêmes groupes. Mais il paraît que cela ^
ne se borne pas à un plus grand degré de développement |
de l’oi gane en totalité ; et que la cornée transparente ainsi que j
DANS LES MAMMIFÈïïES. 38 1
l’iris sont beaucoup plus larges, celui-ci étant plus contractile, ce qui très-probablement indique plus de sensibilité dans la rétine.
C’est peut-être à cela qu’il fout attribuer que l’espèce humaine est parmi les mammiléres, celle qui a la cornée transparente et l’iris d’une moindre étendue, et au contraire le blanc de l’œil plus grand et plus visible.
Mais si c’est dans une obscurité profonde que l’animal doit exister, alors l’organe disparaît presque tout entier, et l’on me trouve plus dans certaines espèces qu’un très-petit bulbe •udimentaire situé sous la peau , qui n’est nullement amincie ,
;t qui même est couverte d’autant de poils que dans les iiutres endroits du corps. On en voit un exemple bien évillent dans le zemni {mus tjpJilus , L.), et dans plusieurs autres ispéces de rongeurs. Si l’animal vient encore quelquefois à ..a lumière , comme les musaraignes, les taupes, l’œil est ort petit , mais complet, et pour être utile à l’animal , il aut que préalablement les poils nombieux qui le recouvrent ordinairement soient écartés et disposés en entonnoir par ;ii contraction des muscles de la peau.
Une autre série de différences dans l’appareil de la vision ou milieu [lhez les mammifères paraît tenir à la densité du milieu où ‘
t espèce devait vivre , et par suite à la distance à laquelle elle eeut apercevoir les objets; aussi portent-elles davantage sur U partie de perfectionnement dioptrique.
Les plus importantes ont sans doute lieu dans la nature *es humeurs de l’œil, mais elles sont encore à peu près in- 'Onnues. Celles qu’il nous est permis d’apprécier assez aisément existent dans la proportion de ces humeurs et dans mur forme.
Les mammifères qui vivent dans l’air ont constamment le rrystallin beaucoup moins sphérique , et par conséquent occupant un moindre espace parmi les humeurs de l’œil , que “ 'S espèces qui vivent dans l’eau. Mais s’il est hors de doute
DE l’appareil de LA VUE
que plus l’espèce est aquatique , et plus le crystallin est sphérique ; il n’en est pas tout-à-fait de même des espèces qui vivent dans l’air; ainsi, comme on l’a justement fait observer depuis long-temps, il paraît que c’est l’homme dont le crystallin est le moins bombé : celui des écureuils qui vivent dans les arbres, et même celui des chauve-souris qui poursuivent leur proie dans les airs, est évidemment aussi convexe que le crystallin d’animaux du même ordre, et qui vivent à terre. Celte humeur daris les chats, par exemple, Ibrme une lentille évidemment plus comprimée.
Au contraire dans les espèces aquatiques , le crystallin est certainement d’autant plus sphérique, que l’animal se trouve plus habituellement dans l’eau.
Ainsi dans les mammifères qui en sortent assez souvent, comme le castor, la loutre, le crystallin est déjà d’une convexité assez forte; mais elle est bien plus grande chez les espèces qui, comme les phoques, poursuivent, atteignent et mangent même leur proie dans Teau. L’on remarque que chez ces animaux, la sclérotique est beaucoup plus mince dans sa zone médiane que dans les deux autres. Cette dernière particularité n’existe pas dans les lamantins, et encore moins dans les cétacés qui offrent dans la structuré de l’œil le summum de la disposition aquatique, c’est-à-dire un crystallin presque complètement sphérique, et la cornée transparente, fort plane.
Mais la modification de l’appareil delà vision pourvoir dans l’eau , ne s’est pas bornée à la partie de perfectionnement dioptrique; on trouve aussi que la mobilité des paupières, le développement de l’appareil lacrymal diminuent de plus en plus, à mesure que le mammifère est plus aquatique; en effet, il est certain que les lamantins et les cétacés n’ont plus de glandes lacrymales, plus de pores ni de sac lacrymaux, et que leurs paupières ne sont plus bordées de cils. Mais cela est-il nécessairement en rapport avec le séjour? c’est ce qui n’est
poas certain En effet , si les cétacés n’ont pas de cils , ils n’ont pas non plus d’autres poils évidens, et plusieurs mammifères i;|ui ne sont nullement aquatiques, comme l’éléphant, n’ont pas d’appareil lacrymal : c’est ce que nous allons voir dans nos spécialités; mais auparavant disons quelque chose des I différences qui dépendent du sexe et de l’âge.
Je ne sache pas qu’aucun anatomiste ait noté dans l’appap;eil de la vision des mammifères, d’autres différences entre I es sexes, qu’un peu moins de volume de l’organe dans les I ndividus femelles, toutes choses égales d’ailleurs. C’est à l’Petit que nous devons cette observation laite sur l’espèce Mumaine : il est probable qu’elle existe* dans d’autres, mais ’est ce que je ne puis affirmer.
Les différences qui dépendent de l’âge sont beaucoup plus nombreuses et plus évidentes. Je ne parlerai cependant pas .ci de celles qui se remarquent à l’état de foetus, mais seulement de celles qui se succèdent depuis le moment où l’or- ;.;ane peut servir à l’animal.
La plus remarquable consiste dans la proportion relative
We l’organe en général , d’autant plus forte que l’animal est )idus jeune; disproportion encore plus grande lorsqu’il est à Vétat de fœtus. Le globe semble en outre diminuer de vouume, se racornir, contenir moins de fluide à mesure que .’animal avance en âge. 11 s’ensuit que la saillie de la cornée iliminue proportionnellement.
Dans les membranes on a remarqué que le pigmentum de J 1 choroïde devient d’une couleur moins foncée, plus pâle,
‘ t presque blanche dans les animaux âgés. La couleur du apis semble aussi varier un peu par la même cause. La réiine m’a également paru plus molle, plus épaisse dans le teune âge.
Les humeurs de l’œil offrent 'aussi quelques différences ! ||ui dépendent de la même cause; elles sont d’abord en gé- : riéral moins considérables, surtout pour l’humeur aqueuse.
Du sexe.
De râge.
DiHérpnces
s|)cci'ilcs.
Monodelplies.
Homme.
584 l’ArPAREIL DE LA VUE
Les différences chimiques, s’il y en a, ne me sont pas connues; mais on sait que l’humeur vitrée est d’une teinte rougeâtre dans les enfans, et qu’au contraire le crystallin de plus en plus dense chez les animaux âgés, s’aplatit, et prend une teinte jaune citron, assez vive dans les vieillards; mais cette couleur n’existe jamais dans les animaux.
Passons maintenant à l’examen des pi incipalcs différences que l’appareil de la vision offre dans chaque famille de mammifères, différences qu’il nous serait bien difficile de ra'pporter à des titres généraux.
Dans l’espèce humaine, le globe de l’œil en totalité est d’une grosseur médiocre; mais celle du nerf qui s’y rend est proportionnellement plus grande que dans aucune autre espèce de mammifères : sa forme est presque sphérique. La sclérotique, d’une épaisseur assez peu considérable, et qui diminue d’arrière en avant, est évidemment formée d’une seule couche. La cornée transparente, assez peu saillante, est plus petite que dans aucun mammifère, d’où il est résulté que le blanc de l’œil est plus grand et plus visible. La choroïde est formée de trois lames vasculaires, une veineuse au milieu de deux artérielles; mais il n’y a réellement aucune trace de tapis. Le pigmentum, d’un brun foncé, est abondant. Le ligament ciliaire est large et pulpeux ; les procès ciliaires clioroïdiens ne sont pas très-nombreux (6o à jo). Ils sont assez courts, distans entre eux, arrondis et simples à leur base. L’iris a sa face antérieure comme recouverte d’une membrane fibreuse, et colorée d’une manière variable. On y voit très-bien les deux zones vasculaires; les vaisseaux qui les forment sont du reste anastomosés d’une manière très-irrégulière. La pupille est toujours ronde. La rétine est épaisse. Nous avons déjà parlé de la tache jaune qui s’y remarque. L’humeur vitrée, dont la membrane byaloïde est extrêmement fine, est en général plus abondante que dans les autres mammifères, ce qui tient au peu de convexité du
crystallin. Celui-ci est toujours plus convexe en arrière qu’en avant ; il est en général assez plane, et sa capsule est plus mince que dans les autres espèces. La cavité orbitaire est la plus complète possible, et la plus dirigée en avant; elle est un peu échancréc en dehors. Les muscles sont en généi'al puissans, et surtout le droit exteme. La glande lacrymale unique s’ouvre par six ou sept pores au côté externe du bord . de la paupière supérieure. La caroncule lacrymale est fort 'Visible, d’un beau rouge; les cartilages tarses sont très-épais ; il n’y a pas de paupière interne; les pores lacrymaux sont trèspetits, et chacun à l’extrémité d’une sorte de petit mamelon. Le canal nasal se dilate supérieurement en un petit sac logé dans l’os lacrymal. Enfin il y a des cils et des sourcils bien I formés.
Les singes de l’ancien continent ont l’organe de la vision presque complètement semblable à celui de l’homme ; il est (Cependant en général plus petit, et la paupière interne est : plus développée. ^
Les sapajous l’ont peut-être un peu plus grand, et en I effet il est quelques espèces de ce groupe qui sont nocturnes ; imais du reste il n’offre pas beaucoup plus de différences.
Les makis, par la même raison , ont en général l’oeil plus
■ grand, la cornée transparente, et par conséquent l’iris plus l large, le crystallin plus convexe. Nous avons déjà fait 1 remarquer que la rétine n’offrait plus de tache jaune;
MW. Cu vier et Duméril disent cependant qu’il y existe en- (core un petit repli. La direction de l’oeil en tdlalité est évidemment plus latérale.
L’aye-aye me paraît devoir être dans le même cas que les
■ makis , du moins sous le rapport du grand développement de I l’organe.
Le paresseux, autant que j’en ai pu juger sur un fœtus, a I l’œil petit, sphérique ; la pupille en repos m’a semblé vertitcale. J’ai cru distinguer un petit muscle choanoïde.
Quadrumanes.
Siugcs.
Sapajous.
Makis.
Carmissici-s.
l*lanri;;radcs.
Digilifirades.
38() i) li LAI'I’AIIEIL DE LA VUE
Dans l’ordre des carnassiers je ne vois de commun que rexistcncc d’une double rangée de muscles droits, de deux glandes lacrymales, et le développement plus grand de la troisième paupière ; tout le reste varie dans chaque petit groupe.
La famille des plantigrades a généralement l’œil fort petit et sphérique.
L’ours a un œil à peine aussi gros que celui d’un chat; son crystallin est assez peu convexe ; il n’y a pas de lapis proprement dit.
Le blaireau, au contraire, en a un d’un blanc d’argent.
11 paraît qu’il en est de même de celui des civettes , dont l’œil est déjà plus grand.
Dans la famille des chats , l’œil acquiert plus de développement, et surtout dans les espèces nocturnes : la cornée v transparente est assez bombée; la sclérotique est percée par i le nerf, dans son milieu à peu près; la choroïde a sa face ^ interne revêtue- d’un large tapis d’un blanc d’argent ou d’un K jaune doré, suivant les espèces, et plus large en dedans du nerf optique qu’en dehors. Le ligament ciliaire est large , très- i adhérent, et d’un gris pulpeux ; les procès sont nombreux et r allongés; l’iris très-large, très-contractile, est en général j d’une belle couleur jaune doré; la pupille est-souvent verti- ' cale, comme dans les chats proprement dits, mais quelquefois,aussi elle est ronde. D’après les anatomistes, de l’Académie, il paraît que très-souvent dans cette famille, le crystallin en général assez peu convexe, le serait plus en avant qu’en arrière. C’est ce qu’ils disent en effet de deux lionnes , i du chat domestique, d’une espèce de lynx et du chat-pard. 4 L’humeur aqueuse est aussi en général fort abondante. Les S pores lacrymaux sont larges, béans et très-intérieurs.
Le petit groupe des chiens n’offre de particulier que les 1 chiens proprement dits, et les loups ont toujours la pupille i ronde, tandis que les renards l’ont verticale; et cependant ^
ÜANS LES MAMMIFÈllES. *^87
ils ne sont pas plus noctambules les uns que les autres. Tous ont le tapis d’un blanc d’argent.
Tous les petits carnassiers clavicules ou insectivores sont un peu dans le- cas de la famille des plantigrades, en ce que leur œil est en général fort petit, même proportionnellement avec leur taille il est vrai qu’ils vivent tous plus ou moins sous terre. Cela est évident pour les hérissons et les musaraignes; mais surtout pour la taupe dont l’œil a à peine une demi - ligne dé diamètre; il est cependant formé comme de coutume. Dans cette famille je n’ai, pas vu de tapis. '
Je n’en ai pas vu davantage dans les- espèces de la famille j'des chéiroptères que j’^ai disséquées. Le globe de l’œil est du
I : reste toujours fort petit , sphéroïdal ; la cornée est fort grande, r tfrès'-convexe ; la choroïde esf épaisse et noire; l’iris assez
II large; la pupille ronde (1 ) ; le crystallin est assez peu ^conr*
« vexe , raafe’ plus en arrière qu^en aVant< Je ti’ai trbuvè aüicune trace de muscle choanoïde,- mais bien: une paupière
interrte de forme sigmoïde. EnünTes' paupières' sont très^ épaisses sur les bords, et très-peu fendues. ' ■' ^
Quant aux edrnassiers aquatiques', iioutre les caractères {propres- au ’groupe^aufjuebils appartiennent, et ceux qui 'dé-* {pendent du-müieu dans lequel ils eherchentienr nourriture', • i ils offrent encore quelques glifférehees spéciàles'çi ainsi les loU" ttres ontle globe dé rdeil extrêmement petit, plus large que Hong; la cornée transparentexlrèsd'bombéer.j la;;bhoroïdé iépaisse, hnèment vîlleuse sur ses déux'faées; le tapis. est d’un Iblahc bleuiHre ; Ijesüprocès ciliaires sont Irès-saillans, peu allongés , au 'nombre de soixante-douze : biris est dî’un- gçis iblancbâtre, la pupille ronde, le'orystallîn'sub-sphérique.- sa Les phoques’bnt au contraire tm-bùlbe oculaire très-^grô's'p
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(1) P<ilia8'dit dé son 'cdpbâlbtt;, 'tjùe lâ pupillé 'élait'en fente trans- 'versale.- ‘ ' ■ - -'’j' j-. «u.
Iii.sfclivores.
Chéiroptères.
Aquatiqnes.
Meules tcncstres.
aquatiques
ou
cétacés.
388 DE l’aP? AREU, DE LA VL’E
presque sphérique. La sclérotique est évidemment plus mince au milieu.
Les édentés terrestres sont en général remarquables par la petitesse de leur œil; je n’en connais malheureusement pas la structure; mais il est fort probable: qu’elle n’est pas trèsdifférente de ce qui existe dans l’ordre précédent.
Les édentés aquatiques ou les cétacés ont le globe de l’œil eu général plus petit.
. Dans les dauphins, outre l’aplatissement de la cornée transparente , la graqde, convexité du crystallin , et même la petitesse des procès ciliaires, caractères dont nous avons déjù parlé, et qui tiennent au milieu dans lequel l’animal vit habituellement, nous ferons remarquer que la sclérotique est extrêmement épaisse, ■ surtout à sa partie postérieure, et qu’elle diminue graduellement jusqu’à la cornéë transparente, que le tapis est d’une; , très-belle couleur bleue , et que l’ouverture de la pupille est transversale dans son état de contraction, un peu commedans lesruminans. Lés muscles sont plus forts, plus nombreux et même un peu différemment disposés qué.dans les autres mammifères. Ils forment, cependant toujours: un faisceau de muscles obliques, et deux couches de muscles droits. Les obliques sont au nombre de trois, un supérieur et deux inférièurs ; le plus long de ceux-ci naît delà partie antérieure et profonde de la cavité orbitaifce, passe.dans un trou ovale de la,racinexki supérieur, et, vase terminer transverSarernent à tout le bord antérieur et inférieur de la.scléro-
tique. Le, muscle oblique supérieur naît par deux racines rapprochées , un. ‘peiLplus en avant que le premier inférieur, se ponte. obliquemenÿlfin dehors, et s,e ter’mine'', en s’élargissant à la partie suflérieure du globe de l’œil, par deux divisions que sépare le droit supérieur. Quant au second oblique inférieur, il est large; son origine est confondue avec celle, |dp, premier oblique inférieur, et sa terminaison se fait par une sorte d’aponévrose qui enveloppe tout le globe en dessous.
13ANS LES MAMMIFEUES.
On pourrait encore regarder comme un autre muscle oblique la partie supérieure et superficielle de la première couche des muscles droits; c’est un muscle distinct, étroit, sub-cylindrique , qui delà gaine du nerf optique se porte directement en avant, puis se recourbe en dehors, passe entre les deux branches de terminaison du second oblique supérieur, et même sous la première couche des muscles droits , pour se terminer transversalement à la partie antérieure de la sclérotique.
La première couche de muscles droits semble envelopper i tout l’œil comme un muscle cboanoïde; mais on y distingue i aisément les quatre portions, et surtout l’interne. Toutes inaissent autour de l’enveloppe du nerf optique, et se terminent très en avant; une partie de la supérieure va à la ; .paupière correspondante; l’inférieure se partage en deux lames, séparées par le premier oblique inférieur, et dont la plus mince va à la paupière.
i. La seconde couche de muscles droits, séparée de la pre- 1 imière par une espèce de cloison fort dure, et eomme tendijineuse, formant des espèces d’anneaux pour le passage des jtnerfs , est encore plus nettement divisée en quatre portions, rrapprochées un peu deux à deux, en dehors et en dedans. ^Nées du périoste qui enveloppe le nerf optique, elles l’enttourenl, et vont en s’élargissant se terminer à la partie posttérieure de la scléi’otique.
L’œil de la baleine est d’une petitesse incomparable avec lia taille de l’animal , puisqu’il n’est qu’un peu plus gros que 'Celui du bœuf. La sclérotique est d’une grande épaisseur, l un pouce à un pouce et demi en arrière (i); elle est formée
) (i) Celte grande épaisseur est probablement duc à ce qu’on com-
>>rend dans la sclérotique la lamé fibreuse plus ou moins épaisse qui ^ iépare les deux couches de muscles droits.
' ^9^^ L’Ari’AKElL DE LA VUE
de deux parties, une postérieure, plus molle et plus huileuse , et une antérieure , plus dure et plus résistante. On voit aisément les fibres de la sclérotique pénétrer dans la cornée, sous forme de lignes blanches. On divise, à ce qu’il paraît aisément , la choroïde en deux lames ; l’une externe , formée dé trois couches; l'autre interne, ou la ruyschiennc. L’anneau extérieur de l'iris est très-différent de l’intérieur ; en effet, le premier est composé de fibres très-nombreuses, les petites au milieu déplus grandes, toutes parallèles, ondulées, se joignant en arc , tandis que le second, plus pâle et plus mince , est formé de fibres plus rares. On voit aussi à la partie postérieure de l’iris, des stries radiaires très-prononcées. Quant aux fibres annulaires dont parle Heister, aucun autre anatomiste n’en fait mention. L’ouverture de la pupille est transversale. Sur les humeurs de l’œil de la baleine, nous savons seulement que le crystallin est extrêmement convexe.
Quant aux muscles, il paraît qu’il y a quelque chose de particulier. M. Ransonne a en effet décrit, il y a peu d’années, dans l’œil de cet animal deux muscles qu’il regarde comme nouveaux , et qu’il nomme arcuateurs de la cornee. Ils naissent , dit-il, d’un grand muscle rétracteur, et d’une gaîné fibreuse qui entoure le nerf optique ; ils se logent dans deux canaux creusés dans la sclérotique elle-même , et ils vont par un tendon distinct se terminer au point où elle sc joint à la cornée transparente. Sauf cette dernière circonstance, je serais fort porté à croire que ces muscles ne sont autre chose que le muscle choanoïde du dauphin.
Rondeurs. Le groupe bien naturel des mammifères rongeurs offre aussi quelques différences qui lui sont propres. L’œil, presque toujours très-latéral, est en général assez petit, même proportionnellement, et surtout dans les espèces qui vivent dans la terre; car celles qui s’élèvent dans les airs, ou qui sont nocturnes , l’ont toujours beaucoup plus gros; le globe
DANS LES MAMMIFÈIIES. a3() 1
de l’œil m’a paru constamment plus épais que large et la cornée transparente très-grande et très-bombée. Je n’ai jamais remarqué de véritable tapis dans aucune des espèces que j’ai disséquées. La glande lacrymale interne est en général plus grande que l’externe. Le faisceau des muscles est très-oblique; l'insertion du nerf optique assez externe. La troisième paupière est grande , arrondie et comme squammeuse.
Les écureuils , et surtout les polatouches, ont un œil proportionnellement fort gros, dont le diamètre antéro-postérieur l’emporte sensiblement sur les autres : la cornée transparente est surtout large et bombée.
Les loirs ne diffèrent des écureuils qu’en ce que Iq globe oculaire est plus petit; le crystaliin m’a aussi paru évidemment plus convexe.
La marmotte a l’œil encore assez grand; la sclérotique est partout presque de la même épaisseur; la choroïde est fort mince; les procès ciliaires très-fins , nombreux, peu saillans , et dont un certain nombre seulement se prolongent à la face postérieure de l’iris. La pupille est ronde. La rétine offre cela de particulier qu’elle naît d’une longue ligne étroite, formée par le nerf optique qui s’est fort aplati avant de traverser la sclérotique.
Les véritables rats, les hamsters, ont l’œil plus petit, et encore plus cylindrique par la grande saillie de la cornée.
Les gerboises sont au contraire remarquables par la grandeur de l’œil, dont la cornée est très-large et très-bombée,; mais je n’en connais pas la structure. »
Le-zemni [mus typhlus , L. ) est peut-être le mammifère chez lequel l’organe de la vision est le moins développé; on peut dire qu’il n’est réellement que rudimentaire. Ce n’est plus eu effet qu’un simple petit grain noir caché sous la peau, qui n’est pas même amincie au-devant, et qui par con'-é(jnent est couverte de poils, comme partout ailleurs.
Grimpeurs.
Fouisseurs.
Coureurs.
092 DE l’appareil de LA VEE
Le porc-épic, d’après ce que disent les anciens anatomistes de l’Académie, a un tapis blanchâtre parsemé de plusieurs petits points rouges, comme nous l’avons déjà fait observer.
Le globe oculaire du castor est exirêmement petit, s})bérique; la cornée est très-saillante , et cependant le crystallin est sub-sphérique. Le nerf optique est vérilablemeni remarquable par sa petitesse.
La famille des lièvres a au contraire l’œil gros, saillant et tout-à-fait latéral; la sclérotique est en général mince, mais plus au milieu ; la cornée très -grande est fort saillante; la choroïde est noire, surtout en dehors, car en dedans la couche vasculaire est plus serrée et un peu blanche ; le ligament ciliaire est très-étroit et à peine distinct; les procès ciliaires sont simples, très-saillans à leur base, mais extrêmement courts; à peine commencent-ils en effet au delà et en arrière du ligament; mais ils se prolongent derrière l’iris presque jusqu’à l’ouverture de la pupille qui est ronde. La rétine naît d’une manière assez singulière de deux longues branches ou faisceaux blancs produits par la division du nerf optique aussitôt après sa pénétration dans le bulbe. L’humeur aqueuse est fort abondante , et le crystallin est assez convexe, d’où il résulte que l’humeur vitrée est assez peu considérable. Les muscles du globe' oculaire n’offrent rien de bien remarquable; le grand oblique est réfléchi par une petite écaille cartilagineuse du milieu supérieur et antérieur de l’orbite. Les paupières sont Irès-fendues ; il n’y a pas de cartilage tarse à la supérieure ; le muscle orbiculaire n’a pas régulièremetit cette forme. La paupière inférieure a un muscle abaisseur distinct qui vient de la joue. La troisième paupière, soutenue par un cartilage triangulaire, a aussi un petit muscle particulier, qui de sa partie postérieure va à l’angle interne des paupières. La glande lacrymale externe et supérieure est assez petite; maïs elle semble se prolonger en dessous et en dedans , en une masse considérable qui
s’enfonce jusqu’à la membrane buccale. Je n’en ai pas pu voir les canaux excréteurs. La glande d’IIarderus est aussi fort grosse, de couleur jaunâtre; elle s’ouvre en dedans de la troisième paupière. Il n’existe qu’un assez grand pore lacrymal ; il est inférieur et en dedans du repli de la paupière; il forme une fente dans une sorte de petite saillie sub-carlilagineuse.
Les cochons-d’Inde, et toute la famille des cabiais, ont encore le globe oculaire fort petit, presque complètement sphérique; il n’offre du reste rien de bien remarquable dans sa structure. La choroïde, fortement colorée enbi'un foncé, n’a certainement aucune trace de tapis. Le ligament ciliaire est très-large et fort adhérent; les procès sont encore assez courts, simples ; mais ils ne se prolongent pas derrière l’iris. La pupille est ronde. La rétine, dans ce groupe, se continue bien évidemment jusqu’au crystallin, et la zone qui entoure celui-ci est bien formée. Cette membrane naît comme à l’ordinaire du nerf optique qui perce le globe peu en dehors de son axe. Le crystallin est encore fortbombij, surtout en arrière. Je n’ai pas vu de muscle choanoïde. La glande d’Harderus est énorme. Il n’y a pas de glande lacrymale proprement dite; mais au-dessous de l’orbite, et même en dehors de cette cavité , se voit une masse glanduleuse qui paraît s’ouvrir en dedans de la paupière inférieure. Les >paupières sont peu fendues; leur bord épais n’est soutenu par aucun cartilage ; il n’y a pas de véritable paupière interne; mais une caroncule faite en croissant, et peu saillante. Les pores lacrymaux sont fort petits; le canal lacrj^mal très-long s’ouvre assez près de l’oriGce extérieur des narines : il n’y a ni cils ni sourcils.
L’œil de l’éléphant a à peine deux pouces de diamètre : il est donc comme dans presque tous les grands animaux, très-disproportionné avec la grandeur totale. Je n’y ai du reste trouvé rien de remarquable, du moins dans ses parties
Marcheurs.
ÉJéphaus.