‹ De l'organisation des animaux, ou, Principes d'anatomie comparée [electronic resource]Chapitre 56 sur 68 · DE L APPAREIL DE LA VUE · texte numérisé non relu

DE L APPAREIL DE LA VUE

essentielles et même dans celles de perlêctionnement dioptrique : les paupières sont très-mobiles; la troisième est fort considérable; le cartilage qui la soutient est large et épais; il se prolonge en dedans et au côté interne du globe en un pédoncule assez long, de chaque coté duquel s’attachent des fibres musculaires provenant évidemment de l’orbiculaire, et prenant leur point d’appui au côté interne de l’orbite. Il n’y a pas de véritable glande lacrymale ; mais des grains glanduleux de la grosseur d'un pois , paraissent la remplacer. La glande d’Harderus est au contraire considémble; elle s’ouvre entre la troisième paupière et le globe de l’œil par un canal de la grosseur d’une plume à écrire. Il n’y a du reste ni pores lacrymaux, ni canal nasal, comme tous les observateurs en conviennent : je me suis soigneusement assuré de ce fait. Les paupières sont bordées de poils assez longs, sur plusieurs rangées et simulant des cils.

Les lamaniins. Le lamantin, d’après ce que dit Steller de l’espèce du Nord, a l’œil encore plus petit, puisqu’il était à peine de la grosseur ^e celui d’un mouton sur un individu de vingt-cinq pieds au moins. Nous ne savons rien du. reste de sa composition intérieure. Il est recouvert par la peau percée d’un petit trou rond, d’à peine un demi-pouce de diamètre, et sans apparence de cils. Il y a une troisième paupière cartilagineuse; à son côté interne est une sorte de sinus assez grand pour contenir une châtaigne, et dont l’intérieur est tapissé par une membrane glanduleuse qui sécrète en effet un mucus tenace.

Le dugong paraît avoir l’œil plus gros, la pupille ronde, l’iris blanc : il n’y a pas non plus de pores lacrymaux.

Les A. ongulés. Les véritables ongulés n’offrent rien autre chose de commun que l’existence d’un muscle choanoïde constriérable , ainsi qu’une troisième paupière fort développée. Au reste, je n’ai bien étudié l’œil que dans les chevaux, les cochons et les ruminans.

Nous ne savons absolument rien de celui du dainan. Pallas nous apprend cependant qu’il est pourvu d’une troisième paupière fort grande.

L’œil du rhinocéros est encore extrêmement petit : il paraît que dans sa structure il a beaucoup de rapports avec celui du cheval Les prolongemens des procès ciliaires derrière l’iris sont très-longs, et son muscle choanoïde se divise en deux parties. S’il était vrai qu’il existât une couche formée de quatre muscles à la face interne de la sclérotique, et qui nés autour du nerf optique, s’élargiraient en se terminant dans le cercle ciliaire, ce serait une anomalie dont il n’existe pas d’indice dans aucun animal connu : aussi peut-on par analogie repousser ce fait, et croire avec M. Cuvier que ces brides que M. Thomas a cru musculaires, ne sont que les nerfs ciliaires entourés de vaisseaux et de cellulosité.

L’œil du tapir nous est encore à peu près inconnu.

Il n’en est pas de même de celui du cheval, animal remarquable par la faculté qu’il a de voir aussi bien la nuit que le jour, et à des distances considérables. Son globe oculaire est fort gros, presque complètement latéral, sphéroïdal, mais un peu plus large que profond. La sclérotique est assez mince et flexible. La cornée transparente, médiocrement bombée, est un peu ovale et plus large du côté nasal. On distingue aisétnent à sa face interne la lame qu’on a nommée membrane de l’humeur aqueuse. La choroïde est en général fort mince; les vaisseaux qui la forment sont souvent parallèles : il y a un tapis bien dfstinct , d’un blanc bleuâtre ( i ) , et couvert sur ses bords par le pigmentum. Le ligament ciliaire est très-large. Les procès ciliaires sont nombreux plus que dans le bœuf; ils sont simples à leur base, et ils se prolongent jusque sur la face postérieure de l’iris. Cette partie de l’en-

Rhinocéros.

Cheval.

(i) Il paraît que la couleur du tapis varie u.n peu avec l’âge.

396 T)lî r/AI‘l>AREIL DE LA VUE

veloppc vasculaire est épaisse; on y voit très-bien les deux zones ou cercles de stries à sa partie antérieure, La pupille est transverse, un peu plus large en dedans qu’en dehors; à son bord supérieur existent des productions de l’iris en forme de choux-fleurs , dont le nombre paraît variable. J’en ai quelquefois trouvé deux seulement. La rétine n’ofTre rien de’bien remarquable; elle naît de la circonférence du nerf optique qui forme dans l’oeil un assez large cercle, et qui s’y insère beaucoup au-dessous et un peu en dehors de l’axe du globe. En avant , on voit évidemment sa'conlinualion avec la zone de Zinn. L’humeur vitrée est assez abondante; le crystallin est médiocrement convexe, plus en arrière qu’en avant. Le muscle choanoïde est considérable ; il est séparé en deux parties, une supérieure et l’autre inférieure, par deux portions latérales plus minces. Les paupières du cheval sont bien fendues : la supérieure est soutenue par un cartilage tarse plus épais que l’inférieure. La troisième paupière est large et squammiforme. Il y a une caroncule lacrymale évidente. Les pores lacrymaux sont fins et assez intérieurs. Le canal lacrymal renflé d’abord en sac, est très-long, et s’ouvre tout près de l’orifice extérieur des narines. Enfin il y a des cils au bord des paupières, et surtout au côté nasal.

L’hippopotame, dont nous ne connaissons l’œil que trèsincomplétement, a la pupille transverse, et n’a pas de pores lacrymaux, d’après Camper.

Les cochons. Les cochons Ont le globe de l’œil plus gros qu’il ne paraît, à cause du peu d’ouverture des paupières. La sclérotique qui diminue d’épaisseur d’arrière en avant , en acquiert brusquement beaucoup davantage en avant du ligament ciliaire où elle se joint à la cornée transparente , qui est ovale, plus large du côté du nez. La choroïde ne m’a offert aucune trace de tapis. Les procès ciliaires, nés très en avant, se portent beaucoup sous l’iris : on voit évidemment que ce dernier n’en est qu’une continuation. La pupille est ronde. La troisième

paupière est large. Il paraît que la glande d’Harderus est considérable; elle s’ouvre par un canal au côté externe de cette paupière.

L’orirane de la vision dans les animaux ruminans, ne diffère que dans la grosseur propoiiionnelle , et peut-être dans la couleur du tapis ; en général il ressemble beaucoup à celui du cheval. Il est également un peu plus large que profond; la forme de la cornée transparente, celle de la pupille , sont aussi ovales transversalement; les procès ciliaires sont très-épais et comme subdivisés à leur base libre; ils se prolongent fort loin derrière l’iris. On distingue très-bien la zone de Zinn. L’entrée du nerf optique est très-excentrique; la convexité du crystallin est aussi comme dans le cheval, assez forte. Enfin la ressemblance est encore plus évidente dans toutes les parties accessoires. Nous avons traité plus haut, à l’article de la peau, de ce qu’on nomme larmiers dans ces animaux. Nous devons ajouter qu’il y en a un bien complet dans le mouton, mais largement ouvert.

La sous-classe des mammifères didelphes, outre les différences générales qui sont les mêmes à peu près que dans les moaodelphes , offre aussi quelques différences spéciales; mais elles ont été assez peu étudiées.

Le sarigue, dont l’œil en totalité est petit et sphéroldal , plutôt plus profond que plus large, a la cornée transparente ronde. Je n’ai pas remarqué de tapis; les procès ciliaires sont évidens'; la pupille est ronde; le crystallin est très-convexe ; outre les six muscles ordinaires .il y a un muscle choanoïde qui entoure le nerf optique, et qui n’est pas divisé ; la troisième paupière est grande; la glande qui l’accompagne est aussi considérable; elle est renfermée dans une sorte de poche particulière. J’ai remarqué aussi une petite caroncule. Les paupières peu fendues n’ont pas de cils.

Les kanguroos ont l’œil beaucoup plus grand; mais je D’en connais pas la structure.

Rumiaans

Didelphes

Cunsidcrations et dillércticcs Scnéralüs (la 11^

La grandeur.

La forme.

La sclérotique.

09^ I- A l* 1* A K E I L DE LA VEE

Dans l’ornithorhynque, au contraire, le globe de l’œil est cxirêmemcnt petit, presque sphérique; mais il y a aussi des procès ciliaires bien distincts ; la pupille est ronde ; le crystalliii est très-convexe ; les muscles de l’œil m’ont semblé comme dans les autres didelphes; il y a une troisième paupière , et cependant l’ouverture extérieure est très-étroite et peut être entièrement fermée par les poils.

D’après M. Home, l’échidué n’a pas de paupière nasale , mais son œil paraît fort ressembler à celui de l’ornithorhynque.

B. Dans les oiseaux.

La destination de cette classe d’animaux étant en général de vivre dans les airs, de s’élever souvent >même dans ses hautes régions, et par conséquent dans un milieu beaucoup plus rare que celui dans lequel vivent la plupart des quadrupèdes , de pouvoir apercevoir les objets à des distances extrêmement différentes, aussi bien de haut en bas que dans une direction horizontale, enûn de pouvoir embrasser un grand nombre d’objets à la fois ; il était possible de concevoir à priori que les oiseaux devaient avoir l’appareil de la vision plus développé, plus perfectionné que les mammifères, et qu’il pouvait par conséquent contenir des parties que nous n’avons pas rencontrées chez ces derniers.

L’œil des oiseaux est en effet beaucoup plus grand, proportionnèllement, que celui des mammifères; il occupe une place bien plus considérable dans leur tête.

Sa forme est assez généralement différente de la sphérique,le diamètre antéro-postérieur étant souvent beaucoup plus petit que le transversal : Oelui-ci est aussi presque toujours un peu plus grand que le vertical.

D’après cela la sclérotique ou l’enveloppe extérieure, assez mince et molle dans toute .sa partie postérieure , et en général sensiblement plus que dans les mammifères, est soutenue

antérieurement par un cercle de pièces osseuses en forme d’écailles, qui se disposent tout autour de la cornée transparente, en s’imbriquant plus ou moins les unes les autres latéralement, mais sans pouvoir pour cela en aucune manière jouer entre elles. Elles sont comprises entre deux lames de la sclérotique. Leur nombre , et même un peu leur arrangement et leur proportion , varient non-seulement dans des espèces différentes, mais même dans la même espèce , et quel- ! quefois sur les deux yeux du même individu.

La sclérotique est percée en arrière par un trou rond pour le passage du nerf optique.

En avant, son ouverture fort grande est remplie par une ) cornée transparente, généralement très-convexe, et souvent it comme portée à l’extrémité d’une sorte de tube que forme ; la partie osseuse de la sclérotique, ce qui la rend encore ii plus saillante. Le centre de la saillie de la cornée est presque \ toujours hors de l’axe du globe , et un peu plus rapproché ji de l’angle nasal.

1 La choroïde, ou membrane vasculaire, située et compot sée comme à l’ordinaire, n’offre jamais de tapis ou de pigpmentum coloré : on la divise difficilement en deux parties I ou en deux lames. Parvenu à la partie antérieure de l’organe, lie ligament ciliaire est peu considérable , et les procès ciliaires sont moins saillans que dans les mammifères, quoique plus 1 longs. Ils adhèrent plus fortement à la capsule du crystallin par Heur bord libre : leur base dépasse assez peu l’origine de l’iris.

L’iris est aussi à peu près comme dans les mammifères; mais il est plus large, plus contractile; son tissu antérieur ■ qui est souvent très- vivement coloré , est épais et spongieux :

' on n’y voit pas de traces de fibres , ni même de vaisseaux;

: mais en arrière on aperçoit des stries très-fines provenantes '.des procès ciliaires.

L’ouverture de la pupille, qui est constamment ronde dans lia classe des oiseaux, n’est pas exactement au centre de

La cornée iransparcnle.

La choroïde.

L’iris.

La pupille.

4o O DE E A P P A 11 E I L DE LA VUE

l’iris, mais un peu plus en dedans, de manière que celle-ci est un peu plus large à son côté externe qu’à l’interne. Celte excentricité de la pupille est encore un peu plus grande que celle de la cornée.

Dupeia»'’- Une partie nouvelle dans l’organe de la vision, et qu’on croyait n’exister que dans les oiseaux, et que je pense n’être qu’une sorte d’appendice de l’enveloppe vasculaire, est ce qu’on nomme le peigne ou la bourse.

De la lace interne du nerf optique qui a pénétré obliquement dans l’intérieur de l’œil par une ouverture en forme de fente, naît un corps noir plus ou moins comprimé, quelquefois mince, et portant sur ses deux faces des plis parallèles qui l’ont fait comparer à un peigne, d’autres fois plissé dans toute sa circonférence, comme une bourse dont on aurait serré les cordons ; dans ce cas, après s’être un peu élargi depuis sa naissance jusque vers son milieu environ, il diminue ensuite très-peu , et se termine d’une manière plus ou moins évidente, immédiatement ou presque immédiatement à la capsule du crystallin, et constamment à son côté interne. Quand au contraire sa forme est lamelleuse, alors le bord antérieur s’allonge obliquement, de manière que c’est son angle inférieur qui s’approche le plus du crystallin; cependant son adhérence paraît n’avoir jamais lieu à la capsule elle-même, mais à l’hyaloïde ou à quelque bride celluleuse de l’humeur vitrée. D’après cela ce corps , dirigé un peu obliquement de dehors en dedans, semble traverser presque en entier cette humeur : mais il est réellement compris dans un enfoncement de sa membrane.

Sa structure est évidemment celle de’ la choroïde. A sa surface existe égalemetit une sorte de pigmentum coloré d’un beau noir, mais très-consistant. Quant à l’intérieur de ce corps, c’est un tissu cellulaire blanc , probablement vasculaire, qui retient tous les plis dans une situation fixe; mais je n’y ai jamais vu de cavité.

4oi

J’ai vu dans l’autruche un vaisseau et un nerf y pénétrer à son extrémité postérieure. Il paraît en effet que les vaisseaux de la capsule du crystallin s’y rendent en traversant cet organe.

Quant à la rétine, elle n’offre rien autre, chose de remar- Laréiine. quable que sa grande épaisseur, et la manière dont elle naît des deux bords d’une espèce de fente ou de lame plus ou moins étroite que forme le nerf optique à son entrée oblique dans le bulbe. Sa mollesse, sa pulposilé, m’ont cependant généralement paru plus grandes que dans les mammifères.

La zone de Zinn est peut-être aussi plus marquée que dans ces animaux. L’on voit très-bien qu’arrivée à quelque distance du crystallin, la rétine s’épaissit, adhère plus fortement à la membrane hyaloïde ; après quoi elle s’amincit, et forme un cercle radié dont les rayons vont se fixer à la circonférence de la capsule.

Dans la partie de perfectionnement achromatique, ou les humeurs de l’œil, je ne vois guère d’autres différences connues, que celles qui tiennent à la quantité et à la forme.

Ainsi, quant à l’humeur vitrée, je ne sache pas que sa L’humeur nature chimique ait été étudiée : sa forme est tout-à-fait celle de la partie postérieure du globe de l’œil. Antérieurement elle offre toujours une excavation pour la place de la seconde humeur ou du crystallin. La membrane hyaloïde qui l’enveloppe est toujours plus épaisse, plus évidente que dans les mammifères. Elle est toujours enveloppée par une quantité assez notable d’humeur aqueuse.

Le crystallin est en général plus comprimé que dans ces Le crystallin. animaux. 11 est certain que sa convexité postérieure est plus grande que l’antérieure ; mais c’est ce qui m’a paru moins marqué que dans les mammifères. II est en général plus mou et plus mobile que dans les animaux de cette classe. Sa capsule, évidemment fort mince, donne ouverture dans sa circonférence à la zone de Zinn qui est très-prononcée, comme 1 . 26

DE LAPl'AREIL DE LA VUE

L’humeur

aqueuse.

Les muscles droits ,

obli(|ucs.

L'orbite

nous venons de le faire remarquer. 11 paraît que ses proportions ne laissent pas que de varier beaucoup, suivant les individus. Il est vrai qu’il est assez difficile d’avoir des mesures exactes.

Je ne suis pas éloigné de penser que la position du cryslallin peut changer un peu, non pas seulement suivant son axe, mais suivant son plan.

L’humeur aqueuse, dont la nature chimique n’a pas non plus été examinée, doit être plus considérable que dans les mammifères, à en juger seulement par l’étendue nécessaire des chambres; la cornée étant plus convexe et le crystallin plus plane; et en effet elle égale souvent le poids de celui-ci.

Dans la seconde partie de perfectionnement, on trouve aussi quelques différences en plus.

II n’y a cependant jamais que quatre muscles droits, qui de la circonférence du trou optique se portent à la partie antérieure de la portion molle de la sclérotique, ou avant le commencement de la partie osseuse : ils sont par conséquent très-courts.

Il y a également deux muscles obliques, mais tous deux sont semblables au petit oblique des mammifères, en ce qu’ils naissent dans la partie antérieure de la paroi interne de l’orbite, et qu’ils se portent de dedans en dehors, l’un en dessus et l’autre en dessous du globe oculaire qu’ils comprennent entre eux. L’obliqne^inférieur est toujours plus long et plus fort que le supérieur.

L’abri que les appendices de la tête offrent à l'organe de la vision , ou l’orbite , est encore assez complet et proportionnel à cet organe , il forme de chaque côté de la tête un vaste entonnoir, incomplet du côté externe; mais du reste ce sont à peu près les mêmes os qui entrent dans sa composition, que dans l’orbite des mammifères.

C’est surtout dans l’abri momentané des paupières que

L(.'s jwupièrcs.

DANS LES OISEAUX. l\0’5

l’œil des oiseaux diffère de celui des mammifères. La peau , parvenue au-devant de l’organe , forme toujours deux paupières horizontales bien distinctes , l’une supérieure et l’autre inférieure; mais celle-ci est presque toujours la plus grande et de beaucoup la plus mobile; aussi est-ce la seule qui'ait, dans un assez grand nombre d’espèces , -une sorte de plaque lisse et polie à sa face interne. La supérieure a un petit muscle élévateur qui vient du côté externe de l’orbite, et l’inlérieure a aussi un abaisseur qui vient de l’orbite à sa partie inférieure.

Mais c’est dans'cette classe d’animaux que la paupière verticale, ou la troisième paupière, est parvenue à son summum de développement ; c’est dans tous les oiseaux un repli fort étendu de la conjonctive, translucide, situé obliquement à l’angle nasal de l’œil, de forme triangulaire, et dont le bord libre est oblique du haut en bas, et de dehors en dedans, du moins quand elle est étendue; car dans l’état de repos, cette membrane se plisse verticalement dans l’angle de l’œil. Le mécanisme , au mojen duquel l’animal peut à volonté en couvrir son œil, est fort remarquable. L’angle externe et supérieur est attaché ou adhérent à la partie osseuse de la sclérotique , et par conséquent immobile ; mais l’angle ini-î terne et inférieur du voile membraneux se prolonge en un tendon arrondi , lisse , qui parvenu derrière le globe de l’deil , à son côté externe inférieur , se courbe et se dirige vers la partie supérieure du nerf optique : là il traverse une sorte d’anneau allongé ou de canal courbe formé par l’extrémité d’un muscle large , mince, trapèze, attaché à la partie supérieure et postérieure du globe, et remontant de bas en haut en éventail ; c’est ce qu’on nomme le muscle carré. Le tendon du voile qui l’a traversé, et qui s’est ainsi dévié dans l’espèce de poulie qu’il lui offre, se termine bientôt à une autre portion musculaire conique , qui se dirigeant verticalement, va s’attacher par sa base A la partie inférieure interne

De la 3* paupière.

pyra-

L[Ot\. L AP PA. UE IL M; la vue

et postérieure du bulbe ; c’est le muscle nommé midal.

D’après cette description, on voit que la troisième paupière est déroulée , ou tirée comme un rideau au devant de l’œil, par l’action de ce muscle dont le tendon dérivé par l’anneau du muscle carré, va s’attacher à sa pointe.

Son usage est évidemment de servira nettoyer l’organe; mais en outre dans quelques cas, à ce que l’on suppose, à empêcher l’action trop vive des raycns lumineux.

Le reste de l’appareil de nettoiement n’offre rien de bien remarquable, surtout dans les glandes de Méibomius.

L’appareil Les glandes lacrymales sont toujours au nombre de deux;

lacrymal. ,, , .

l une externe, plus petite, qui tournit deux a trois canaux s’ouvrant vers l’angle de ce côté; et l’autre, interne, beaucoup plus grosse. Celle-ci est située à la partie inférieure ou supérieure du côté de l’angle nasal. Son canal unique s’ouvre à la face externe de la troisième paupière du côté du globe : il s’allonge et se raccourcit avec elle. Il n’y a jamais de caroncule.

Les orifices lacrymaux sont deux trous fort grands situés dans l’angle interne, entre la commissure des paupières horizontales et la troisième. Quelquefois cependant il semble n’y en avoir qu’un.

Ces deux pores donnent presque de suite dans le sae nasal situé à la base du nez, en avant et en dehors de l’os lacrymal, et qui va s’ouvrir par un orifice fort grand dans la partie postérieure et externe de la fosse nasale.

Jamais il n’y a de sourcils; mais les paupières sont quelquefois garnies d’espèces de petites plumes d’une nature particulière, que l’on peut jusqu’à un certain point regarder comme des cils. Le plus souvent le bord des paupières est nu , et presque régulièrement tuberculeux.

Nous avons vu déjà que les yeux dans les oiseaux sont ordinairement fort grands. Quoique leur direction soit réel-

DANS LKS OISEAUX. ^ 4^^

leuienl presque toujours latérale, il arrive que quelquefois ils semblent dirigés en avant, comme dans les oiseaux de proie nocturnes; cela tient en général à ce que l’œil des oiseaux est un peu plus enfoncé du côté interne, et se relève au contraire de l’autre.

Les oiseaux n’ofFrant pas dans l’ensemble de leur organisation de CCS différences importantes ou majeures qui tiennent à ce que nous avons appelé dégradation , nous n’en devons guère trouver dans l’organe de la vision considéré sous ce rapport, c’est-à-dire dans les ordres ou divisions premières qu’on y a établis.

Mais sous trois ou quatre autres points de vue divers, nous allons en apercevoir.

Ainsi , quant à l’espèce de nourriture , il me paraît évident que les oiseaux qui se nourrissent de proie vivante qu’ils chassent et poursuivent de vive force, ont l’organe de la vision plus développé, proportionnellement; mais encore ce n’est pas absolument sans exception.

L’époque de la journée à laquelle la recherche de la nourriture a lieu, paraît aussi avoir quelque influence. Ainsi quand c’est pendant la nuit, ou dans un crépuscule plus ou moins obscur, l’œil est plus grand, proportionnellement; il est surtout beaucoup plus large, plus comprimé d’avant en arrière , et la cornée transparente est placée à l’extrémité d’une espèce de tube formé par la partie osseuse de la sclérotique. La rétine est par conséquent proportionnellement plus large, plus étendue, surtout dans la partie utile, et l’iris l’est également; c’est du moins ce qu’on voit d’une manière évidente dans le grand duc .et les oiseaux de proie nocturnes. Il est également probable que les membranes formées par la rétine et l’iris sont plus tendres, plus molles, puisqu’elles sont susceptibles de sentir une très-petite quantité de rayons lumineux , et de faire éprouver de la douleur à l’animal quand Ils deviennent abondans, comme au soleil.

Ditiereuces spéciales en rapport avec

La nourriture.

L’époque de la journée.

L« séjour.

4o6 DE l’aEPAIIEIL DE LA VUE

Mais c’est surtout la densité du milieu dans lequel les oiseaux sont appelés à vivre, qui paraît le plus influer chez eux sur les dilTércnces de l’organe de la vision , par la même raison que dans les mammifères. Ainsi les espèces qui s’élèvent le plus dans les airs, qui peuvent y rester le plus long-temps , et apercevoir cependant un espace immense dans tous les points de la sphère dont elles sont le centre , et par conséquent de haut en bas, sont celles chez lesquelles l’organe paraît le plus parfait , et surtout dont le cryslallin est le plus aplati, comme les oiseaux de proie diurnes , certains échassiers, etc.

Les espèces, au contraire, qui restent le plus communément à terre, ou qui s’en élèvent fort peu, comme les gallinacés et plusieurs autres genres, ont le crystallin sensiblement plus convexe.

Enfin les oiseaux qui plongent fréquemment dans l’eau , non pas seulement pour y prendre leur proie qu’ils palpent avec leur bec, comme les canards, mais pour y poursuivre celte proie vivante, comme tous les plongeons et genres voisins, ont le plus possible l’œil d’un poisson , le crystallin devenant de plus en plus sphérique, suivant que ces habitudes sont plus ou moins prononcées : c’est ce dont on peut se convaincre en comparant successivement les cormorans, les canards, les plongeons, les macareux, etc.

Le groupe na- Mais outre ces différences générales que nous remarquons

turcl dans les o t a

dans les oiseaux, à peu près comme dans les mammifères, il en est encore quelques-unes tout-à-fait spéciales, et qui ne peuvent être presque en aucune manière, prévues ou expliquées. Elles sont peut-être encore moins évidentes que celles de la môme sorte que nous avons rapportées dans la classe précédente. Voyons au moins les principales , celles qui appartiennent à chaque groupe naturel.

Les perroquets ont en général l’œil petit ou assez peu développé en totalité. Ce que l’on y remarque surtout de plus

rcrrofjucls.

singulier, c’est la possibilité qu’ont ces oiseaux de dilater, ou mieux de contracter l’ouverture de la pupille, indépendamment de l’action de la lumière, au point que l’on a cru que ce mouvement était volontaire, ce qui n’est réellement pas. D’autres oiseaux, le coucou, par exemple, jouissent de la même faculté, mais à un degré moindre.

Il faut surtout remarquer la petitesse de la troisième paupière, dont on ne voit jamais les perroquets faire usage, quoiqu’elle existe réellement avec ses deux muscles , comme dans tous les oiseaux. Les paupières horizontales forment un orifice arrondi , bordé de petits tubercules dans toute sa circonférence; la supérieure est évidemment la plus mobile. Le cartilage inférieur est si mince, qu’il paraît nul.

Il y a deux points lacrymaux, dont l’inférieur est toujours le plus petit.

Les oiseaux de proie diurnes sont pour la plupart dans une disposition toute contraire à ce que nous venons de voir dans les perroquets, tant l’œil est développé, surtout dans les espèces de haut vol : dans un aigle de deux pieds au plus, l’œil a un pouce et demi de diamètre. La grandeur et la saillie de la cornée transparente sont surtout remarquables. Le peigne a douze plis.

Le vautour a les deux paupières également mobiles et bordées de cils. L’iris, d’une étendue proportionnelle, est de couleur Isabelle très-vive. Le crystallin est peu convexe. Les paupières sont larges, très-mobiles, et surtout la paupière nasale qui peut aisément recouvrir tout le globe de l’œil.

Les oiseaux de proie nocturnes ont encore l’organe peutêtre plus développé, comme animaux carnassiers et nocturnes. La sclérotique, de forme hémisphérique aplatie, en arrière, se prolonge en avant en une sorte de tube' formé par la portion osseuse et qu’augmente encore la grande convexité de la cornée. Il en résulte que les procès ciliairés sont

Oiseaux de proie diiinios,

nocUirncs.

Grimpeurs.

Passereaux.

Pigeons.

4o8 T)Ii l’a P PAREIL DE LA V ü E

fort longs, et que l’humeur vitrée est assez peu abondante. La rétine m’a semblé réellement plus épaisse et plus pulpeuse que dans les autres oiseaux. Le peigne , au contraire beaucoup plus court, est formé de six gros plis parallèles entre eux. La paupière interne est bien complète et mobile; mais au contraire, le globe en totalité est presque immobile dans l’orbite, quoique pourvu de ses muscles ordinaires qui sont, il est vrai, fort courts. Dans ces oiseaux, la paupière supérieure est aussi mobile que l’inférieure.

J’ai disséqué l’œil d’un assez petit nombre des oiseaux que je réunis sous la dénomination de grimpeurs, et par conséquent j’en dirai peu de chose.

Le coucou a le globe de l’œil assez grand, bordé par une paupière circulaire blanchâtre. La pupille est ronde et un peu contractile à la suite d’autre irritation que celle de la lumière.

L’engoulevent a une cornée transparente très-large et trèsbombée. Le peigne n’a que trois plis; il est extrêmement court. La paupière supérieure est mobile, comme dans les chouettes.

Le groupe des passereaux ne doit pas non plus offrir de différences considérables , si ce-n’estpeut-être dans la grosseur proportionnelle de l’œil en totalité, et dans le' nombre des plis du peigne. Peut-être cependant sont-elles un peu plus grandes dans les premières familles qui ne sont pas encore de véritables passereaux.

Les pigeons ont l’œil en général plus grand qu’il ne paraît réellement; il est lai’ge et comprimé d’avant en arrière. Les procès ciliaires sont fort adhérens, bien développés. Le peigne est large, presque carré , formé de dix-huit plis. Le pigmentum est d’an noir très-foncé. Il y a deux grands pores lacrymaux, dont le supérieur est le plus ouvert.

Les gallinacés l’ont encore médiocre, au moins proportionnellement à leur taille. Le globe de l’œil est presque

Gallinacés.

sphérique. Le diamètre transverse est à l’antéro*postérieur ,

I environ comme 4 est à 3. La série d’écailles ne forme I qu’un léger bourrelet autour de la cornée transparente. Le peigne est assez large, dirigé obliquement, et terminé par ' l’angle inférieur de son bord antérieur i\ la capsule du crys- 1 tallin : celui-ci est fort petit , assez comprimé , et aplati à la i circonférence, de manière n’être pas régulièrement lenti- I culaire. Il y a deux très-larges ouvertures lacrymales dont

I l’inférieure est la plus grande. L’insertion du nerf optique est très-oblique, et à la partie inférieure du globe.

1 L’autruche et le casoar ont le globe de l’œil fort grand, parce que ce sont de très- gros oiseaux; mais il l’est réellement assez peu proportionnellement à leur taille.

Je n’ai rien trouvé qui leur fut particulier, que plus de développement dans les différentes parties de l’œil qui y existent toutes. Le bulbe est en général fort aplati ; on y voit trèsbien que le centre de la cornée transparente n’est pas dans l’axe même de l’œil, mais un peu plus en dedans. Le centre I du nerf optique est aussi plus interne; mais il est surtout I beaucoup plus au-dessous. Les procès ciliaires sont fort larges , frangés à leur bord libre. Le peigne fort épais , conique , I a au moins dix-huit ou vingt plis : il s’attache évidemment [ d’une manière immédiate à la capsul-e du crystallin qui semble [; pénétrer dans son tissu. Cette attache est tout-é-fait sur le f côté interne. Le crystallin est assez peu convexe : j’ai re- 1 marqué dans toute la circonférence de la capsule un cercle i blanchâtre denlîculé, que je n’ai vu dans aucun autre oiseau. Les paupières bien fendues forment une ouverture ovale, un peu comme dans les mammifères : toutes deux sont mobiles et garnies de longs cils.

Je n’ai malheureusement pas disséqué beaucoup d’yeux d’échassiers. Je noterai comme le plus remarquable, celui de l’œdicnème , oiseau certainement noctambule ; aussi ses yeux sont-ils très-larges. Je n’y ai cependant rien trouvé de

Autruches.

Echassiers.

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