‹ De l'organisation des animaux, ou, Principes d'anatomie comparée [electronic resource]Chapitre 59 sur 68 · HANS LES AM P H I R F ENS · texte numérisé non relu

HANS LES AM P H I R F ENS

qui SC ressemblent complètement, qu’en ce que la paupière supérieure est plus renflée, plus tuberculeuse, ce qui lui donne un peu l’aspect d’un sourcil, et que l’inférieure est moins large et moins mobile,

Je n’ai rien trouvé dans l’œil de la salamandre qui mérite d’être noté, si ce n’est que fort saillant dans l’air, il s’enfonce beaucoup sous l’eau, comme dans les grenouilles, La choroïde ne paraît distincte de l’iris qu’à cause d’une ligne moins noire en dedans du ligament ciliaire. L’ouverture de la pupille est transversale. La rétine est remarquable par son épaisseur supérieure à celle des autres membranes, quoique le nerf optique soit fort petit. Le crystallin est parfaitement sphérique, et cependant la cornée transparente est assez bombée. Des six muscles ordinaires, le droit externe offre quelque chose de singulier en ce qu’il se recourbe autour d’une sorte de petit muscle choanoïde.

Il y a encore des espèces de paupières horizontales formées par un repli très-sensible de la peau ; mais U n’y en a pas d’interne.

Dans l’axolotl, je n’ai remarqué de dilïérences avec ce qui existe dans les salamandres, qu’en ce que les muscles ne sont qu’au nombre de quatre > les deux obliques ordinaires, et deux droits seulement , disposés absolument comme ceuxci, mais en sens inverse, et accompagnant le nerf optique. Il y a encore moins de paupières que dans les salamandres; mais sous la conjonctive qui adhère au globe de l’œil , il m’a paru qu’il existait un sphincter ou bourrelet musculeux.

Le protée est aveugle comme le thyphlops. On ne peut voir de rudiment d’œil qu’en enlevant la peau : c’est un petit globule noirâtre situé au milieu d’une petite masse de tissu cellulaire. La sclérotique est si excessivement mince , qu’on voit complélemetit à travers la couleur noire de la choroïde. Il y a cependant un crystallin extrêmement petit et sphérique.

Lrs

salaiiKi mires.

L’iixoluU..

Le protee.

Considérations et différences générales dans la

Forme.

Les

membranes.

La sclérotique.

La cornée.

La choroïde.

/j.2/1 Dli LAPPAREIL DE LA VUE

La cœcilie est très-probablement dans le même cas que le protée. Je n’eo ai pas disséqué l’organe de la vision. Quant à la sirène, je ne fais aucun doute* que son œil ne diffère pas de celui de l’axolotl.

E. Dans les poissons.

Dans la classe des poissons, l’appareil de la vue devient de moins en moins parfait pour deux raisons; la première, parce que ces animaux appartiennent évidemment à un degré plus inférieur de l’échelle animale; la seconde, à cause du séjour dans l’eau auquel ils sont forcés et ne peuvent se soustraire. On y trouve cependant toutes les mêmes parties que dans l’œil des animaux vertébrés supérieurs.

La forme générale de l’organe ne peut mieux être comparée qu’à celle de l’œil de l’oiseau dont on aurait enlevé la partie tubuleuse antérieure, c’est-à-dire qu’il est hémisphérique , très-aplati en avant, arrondi en arrière.

La première enveloppe a ses deux portions bien distinctes. La sclérotique, dans sa partie postérieure, est blanche, épaisse et molle; mais dans ses deux tiers antérieurs, elle est formée par une lame unique , dure, mince sur ses bords, quelquefois transparente, mais nullement composée d’écailles. Elle est souvent évidemment irrégulière à l’extérieur, et même dans sa circonscription postérieure. La cornée transparente est évidemment plus mince au milieu qu’à la circonférence, ou à l’endroit où elle se joint avec la sclérotique proprement dite : elle est toujours fort aplatie en avant , et concave en arrière.

Immédiatement au-dessous de la sclérotique, on trouve une lame d’un blanc nacré qui entoure tout le globe de l’œil jusqu’au bord même de la pupille. Ici on ne peut avoir de doutes sur la similitude de cette lame de la choroïde et de la lame antérieure de l’iris , puisqu’à peine le ligament ci-

. Jiaire les sépare-t-il. Il faut regarder cette lame comme un l 'Véritable pigmentum extérieur à la choroïde.

La choroïde elle-même forme une couche qui enveloppe ilout le globe de l’œil, et qui se continue avec l’iris : elle ! est bien évidemment vasculaire. Au point de réunion de la I choroïde avec l’iris, où se fait l’adhérence avec la première i enveloppe, se voit un véritable ligament ciliaire, mais il est . j : fort peu considérable, même dans le chéilodiptère aigle.

I L’iris est formé d’une lame argentée qui fait partie du pig- L’iris.

1 mentum extérieur ; elle s’enlève en effet avec la plus grande * ; facilité, et d’une lame noire en arrière : il est fort peu vasl'MCulaire, et par conséquent peu contractile. M. de Lacépède

i dit cependant que quelques espèces peuvent assez contracter k:i Heur pupille pour lui donner la forme d’une fente verticale L ou horizontale; mais il ne cite pas les espèces de poissons qui i;i jouissent de cette faculté.

' Il paraît qu’il <^i’y a presque jamais de procès ciliaires ,

'! même dans les plus grands poissons osseux; mais à l’endroit

ii où se termine la choroïde interne, se voit une sorte de petit » bourrelet qui déborde un peu sur l’iris , ou mieux sur l’uvée ,

| . qui est d’un noir velouté, différent de celui de la choroïde.

On ne distingue cependant aucun pli dans la circonférence, ou au moins fort rarement, et dans une partie de son étendue seulement.

L’organe auquel on a donné, on ne sait trop pourquoi, Delà prétendue le nom de glande choroïde, forme une sorte d’anneau plus ou moins entier, autour de l’entrée du nerf optique dans le bulbe de l’œil : il est situé entre la choroïde proprement dite et son pigmentum extérieur argenté. Cet organe me paraît entièrement vasculaire; il est rouge, et l’on en voit sortir évidemment les vaisseaux qui vont former la mem-^ brane. Il se compose de deux parties qui s’inscrivent : l’une interne, est un large sinus veineux dans lequel on voit arriver des veines qui ont quelquefois traversé une couche de

La rcliiic.

Les buincurs aqueuse ,

cryslaliinc.

/|126 ni: l’ar.i’areil de la vue

graisse située entre la sclérotique et la choroïde, et duquel sortent d’autres plus fines et plus nombreuses : ces veines

semblent traverser l’autre partie de cet organe ; c’est uiie

portion de cercle plus ou moins étendue, d’un rouge brun, presque comme du cruor. Je n’y ai reconnu aucune trace d’organisation. J’ai surtout bien vu la structure veineuse de cet organe dans le poisson saint-pierre ( zeus faher, L. ) : je le désignerai dorénavant par le nom de ganglion vasculaire, cliordidien.

La rétine est fort épaisse; on la voit évidemment finir à la circonférence de l’uvée , par un rebord assez épais. Elle semble composée de deux membranes; l’une interne, épaisse , molle, grisâtre, comme pulpeuse, qu’on détache avec la plus grande facilité des enveloppes extérieures. On la voit sortir évidemment du nerf optique. Il reste alors appliqué contre la choroïde une autre membrane fort épaisse, trésgrésîllée ou plissée dans tous les sens. E»t-c^ une matière déposée ? La connexion de la rétine avec le nerf optique se fait quelquefois un peu comme dans les oiseaux; c’est-à-dire que celui-ci élargi en forme de membrane, et plissé de manière à paraître cylindrique, se déplisse, s’épanouit en traversant les enveloppes ; et c’est des irradiations de cet élargissement que sort la rétine. Quelquefois le nerf optique est divisé en plusieurs parties, comme dans le chéilodiptère aigle.

Quant aux humeurs de l’œil, la première ou aqueuse est nulle ou presque nulle, tant la cornée transparente est plate , et le cryslallin saille en avant en soulevant l’iris. ' '■

Le crystallin est au contraire très-considérable, au point de remplir presque tout le bulbe : il est presquë tout-îi-fait sphérique. On y distingue bien les fibres qui se dirigent du pôle antérieuivau pôle postérieur. Ce que j’ai remarqué de plus singulier, c’est qu’il y a une sorte de peigne ou de bride qui s’attache à sa capsule : c’est une production courte .

DAiNS LES POISSONS. 4^7

i un peu conique, de couleur blanclie, et qui provenant de I l’origine linéaire de la rétine, paraît s’altachcr au côté inléi rieur et externe de l’uvée pour se diriger ensuite obliquement i vers le bord interne et inférieur du cryslailin. J’ai vu cette j disposition d’une manière indubitable sur une très-grande i perche marine, sur un trigle, sur un muge, etc. Sur une j truite disséquée très-fraîche, ainsi que sur un zée, un broi chet, etc., j’ai trouvé en outre une autre bride supérieure.

; L’humeur vitrée ne peut, être que très-peu considérable, à cause de la grande saillie du crystallin. La membrane hyaloïde est fort évidente.

Le globe de l’œil est encore contenu dans une cavité, mais

■ elle n’est pas entièrement formée par les os ; sa profondeur est augmentée par le repli d’une partie de la peau épaissie ,

■ presque gélatineuse et translucide, qui est plus considérable en avant ou en dedans, et en arrière ou en dehors. C’est de ce rebord, qui peut évidemment être regardé comme un

. bourrelet palpébral , que sort la peau amincie ou conjonctive . ' qui passe au-devant du globe de l’œil, en adhérant d’une i:, manière constante à la cornée.

On trouve quelquefois un indice de paupière interne dans i une autre masse comme gélatineuse, placée dans le grand angle de l’œil, et qui est indépendante de cclle'qui fait le I tour de l’orbite; mais elle est complètement immobile.

Les muscles qui meuvent l’œil des poissons sont toujours au nombre de six, quatre droits disposés comme à l’o,rdinaire , mais inég<aux, l’externe étant beaucoup plus court que l’interne; et deux obliques fort longs qui viennent presque du même point de la partie antérieure et la plus profonde de l’orbite, pour se terminer l’un en dessus , et l’autre en dessous du globe oculaire.

Nous venons de voir qu’il n’y a pas de paupière proprement dite ; il y a encore moins d’appareil lacrymal.

Les différences que présentent les poissons dans l’appareil

Vilrce.

L‘orl)ite.

Lus paupières.

Les muscles.

L'appareil

lacrymal.

Dillèrcnccsspo*

ciales.

428 DE l’appareil de LA VUE

de lavisioü, semblent devoir être assez peu considérables, du moins quant au milieu dans lequel l’animal doit vivre , puisque aucune espèce ne le peut ailleurs que dans l’eau ; mais n’y aurait-il pas quelques dijBférences déterminées par la profondeur à laquelle les poissons se tiennent habituellement ? c’est ce qui nous paraît probable. La nature, ou mieux la densité du fluide que ces animaux habitent, n’aurait-elle pas aussi quelque influence sur la structure et la forme des humeurs de l’œil; c’est ce que l’on peut concevoir, mais ce qui n’est pas probable, puisque certaines espèces habitent alternativement la mer et les eaux douces.

Quoique la^ nourriture des poissons paraisse être presque constamment animale, il est possible cependant d’admettre que les espèces les plus voraces, qui attaquent et poursuivent les autres poissons , devront avoir l’appareil de la vision plus développé que les autres.

J’ai aussi remarqué que les poissons voyageurs et de haute mer, ont tous des yeux très -grands, très - développés , comme les maquereaux, les harengs , les merlans, etc. , tandis que les espèces sédentaires et littorales offrent une disposition contraire. Les espèces qui vivent habituellement dans la vase, et par conséquent dans des lieux où la lumière ne pénètre pas, ont en général l’organe de la vision moins développé que celles qui vivent dans l’eau transparente, et surtout que celles qui viennent souvent à sa surface.

C’est en effet parmi les premières que se trouvent les deux seules espèces de poissons qui soient entièrement privées d’yeux. L’une appartient à la sous-classe des poissons osseux; c’est la cæcilie de Brander, ou l’aptérichte de M. Duméril : l’autre à celle des cartilagineux; c’est la myxiné. J’ai disséqué celle-ci avec soin , et il m’a été absolument impossible de trouver le moindre indice d’œil audessous de la peau. On remarque bien, même à l’extérieur , une sorte de petit renflement coloré à l’endroit où l’œil de-

I vrait être ; mais en enlevant la peau j’ai trouvé que cette I saillie est formée par un amas de petits grains vers lesquels arrivent des filamens nerveux et vasculaires. Le rudiment I de l’organe avait-il été décomposé ?

I 11 nous semble au contraire que les espèces qui ont les yeux presque tout-à-fait à plat sur la tête , comme les raies , les pleuronectes, par exemple, ont dans une sorte d’avance i: de l’iris un moyen d’empêcher l’action trop vive des rayons

lumineux. Dans les pleuronectes, ce n’esf encore qu’une 1 assez petite saillie; mais dans les raies, cqtte saillie figure ^ une palmette joliment découpée, et formée comme tout le ; reste de l’iris.

Y aurait-il des différences qui tiendraient à 1a dégradation Entre les deux animale ou classique? c’est-à-dire, les poissons cartilagineux, qui me semblent devoir être placés à la fin de la classe , offrent- ! I ils quelques différences avec les poissons osseux? C’est ce J ! qui est évident , mais les différences sont peut-être l’avantage i ! des premiers.

La sclérotique, dans les poissons cartilagineux, est assez ! souvent entièrement de la nature du reste de leur squelette,

I et on trouve dans les squales, par exemple, qu’elle se ter- I ( mine en arrière par une sorte de tubercule plus ou moins ■ saillant sur lequel l’œil peut tourner dans ses mouvemens. j| Dans la squatine, le pédicule a acquis tout son développement; il forme en effet un long stylet articulé, comme Perrault l’a observé depuis long-temps : il y en a un également dans les raies.

La cornée transparente ne diffère pas de ce qu’elle est chez les autres poissons. La choroïde me paraît aussi peu différer; cependant je ne crois pas qu’il existe chez eux de pigmentum argenté , pas plus que de ganglion vasculaire choroïdien ; et il m’a semblé au contraire que dans le squale pèlerin j’ai vu des procès ciliaires. Nous avons parlé plus haut de la palmette des raies , et ce qui prouve que cela tient

Dans les vioissons gnalbodontes ou osseux.

Dans les poiS' sons dermodonles ou cartilagineux.

45o DE i/aitaiieil de la vue

plutôt à la position des yeux' qu’au groupe naturel, c’est que les squales n’en ont aucune trace.

Lu rétine n’offre non plus rien de particulier. Les huincurs de l’œil sont dans le même cas. Le crystallin est toujours tout-à-lait sphérique. La cavité orbitaire est ordinairement assez profonde. Les muscles moteurs de l’œil n’offrent pas de différences susceptibles d’être rapportées. Les fausses paupières sont peut-être quelquefois plus marquées, surtout l’interne , comihe dans tous les squales bleus.

Si l’on trouvât à peine des différences entre les deux sousclasses des poissons, à plus forte raison n’en existera-t-il guère entre les différens groupes plus ou moins artificiels qu’on y établit. En effet, j’ai disséqué l’œil d’un assez grand nothbre d’espèces, dans les principales familles qu’on a formées dans la section des poissons osseux squammodermes. Les différences que j’ai observées ne m’ont paru porter que sur un peu plus ou un peu moins de développement de l’organe, sur sa position plus ou moins latérale ou supérieure, plus ou moins éloignée du bout du museau, ce qui dépend de t’aJlongenaent de celui-ci, mais jamais sur les parties essentielles de l’œil. On trouve cependant aussi quelques différences dans la forme et dans l’étendue du ganglion vasculaire choroïdien ; peut-être même ces différences sont-elies assez fixes; mais elles sont trop peu importantes pour nous arrêter à les détailler.

Les poissons qui forment la seconde section des poissons osseux, ou les hétérodermes, ne me paraissent pas non plus beaucoup différer entre eux.

On trouve peut-être un peu plus de différences entre les espèces de la sous-classe des cartilagineux : ainsi l’esturgeon a l’œil des poissons ordinaires.

Les chimères s’en rappz’ochent beaucoup : cependant la sclérotique est molle , flexible.

Les raies ne diffèrent des squales , qu’en ce que dans celles-

à, le globe est déprimé à sa partie supérieure, et n’csl pas protégé par l’orbite.

Les lamproies ont un œil encore assez gros : la scléroique est molle.

Nous allons terminer par la description de quelques anonalies.

La plus remarquable parmi les poissons tétrapodes abdoi.ninaux est celle des anableps. Dans toute la petite famille :i laquelle ce poisson appartient, les yeux sont fort saillans, •{uoique petits, supérieurs et très-rapprocbés ; mais dans ’anableps , la cornée transparente est subdivisée par une narre transversale, opaque, en deux cornées, une supélieure et l’autre inférieure, ayant chacune une courbure piarticuliére ; et comme l’iris adhère à la bande opaque de la i ;ornée, il en est résulté deux iris et deux pupilles , une pour cbhaque cornée. Il n’y a cependant , comme le fait justement t’àbserver M. de Lacépède,, de qui nous empruntons la des- Tiplion de celte anomalie, qu’un seul œil de chaque côté; i!t en effet il n’y a qu’un crystallin , qu’un nerf optique , etc. ; ;t ce qui prouve que ce n’est qu’une anomalie, c’est que ■ans l’état de fœtus, ce partage des orifices n’existe pas.

Une anomalie au moins aussi singulière, et qui a quelque inalogie avec la précédente, est celle que présente les pieu-

lonectes dans la position des yeux, qui ne sont plus symér-’iques mais placés tous les deux d’un même côté, à cause • e la torsion de la tête, comme nous le verrons plus tard. <e n’ai, du reste, remarqué aucune différence dans le déve-

|)ppement, et encore moins dans la structure et dans les

luscles des deux yeux de ces poissons.

Ce serait une singularité encore bien plus anomale que elle des yeux du styléphore , tels que Shaw les a décrits et gurés , si réellement ils étaient portés à l’extrémité d’une olonne cylindrique ou pédonculés. Heureusement pour les rincipes de la science, il n’en est rien; le naturaliste et le

Anomalies,

Considérations et différences générales.

452 DE L’ArrAREIL DE LA VUE

dessinateur ont copié et arrangé un état d’altération évident , comme je m’en suis assuré sur l’individu même qui a servi à leur observation.

Article IL De l’organe et de l’appareil de la vue dans les

entomozoaires.

Sous le rapport de cet appareil des sens, du moins quant à la structure de l’organe lui-même, peut-être que ce type d’animaux paraîtra plus reculé que celui des mollusques; et cependant , en examinant la chose plus attentivement , on verra qu’il n’en est pas ainsi ; en effet il y a un bien plus grand nombre d’animaux articulés pourvus du sens de la vision que de mollusques, chez eux l’appareil est en outre presque toujours beaucoup plus développé, proportionnellement ; en sorte qu’il est probable qu’ils doivent être placés avant ceux-ci.

La modification principale que les entomozoaires offrent , dans cet appareil, consiste en ce qu’il n’y a jamais de crystallin situé dans une cavité de l’organe lui -même; que celui-ci n’est jamais mobile, et existe à la superficie de la peau endurcie, dont la cornée transparente et bien plus la sclérotique elle-même semblent faire partie. Enfin le caractère le plus singulier qu’offre l’appareil de la vision des insectes, c’est que dans un grand nombre de cas il est composé d’un amas j plus ou moins considérable de petits organes simples situés • de chaque côté de la tête, outre quelques-uns de ces derniers £ qui se disposent sur quelque endroit de sa partie anté- • ' rieure. On donne aux premiers le nom d’yeux composés, ^ et aux seconds celui d’yeux simples ou de stemmaies. Les anatomistes ne sont pas entièrement d’accord sur leur structure, et la manière de voir la plus généralement admise n’est guère d’accord avec la théorie de la vision établie par analogie.

DANS LES ENTÜMOZO A I1\ES. l1^ù5

La petitesse des stemuiales ii’a encore guère permis de les analyser anatomiquement d’une manière suffisante; on a seulement remarqué et étudié avec soin leur nombre et surtout leur disposition , parce qu’on a pu en tirer d’assez bons caractères zoologiques, cornme nous le verrons plus loin.

Quant aux yeux composés, M. Marcel de Serres, qui s’est dernièrement beaucoup occupé de ce sujet, pense à peu près comme Swammerdam et M. G, Cuvier, que chaque petite cornée est revêtue à sa face interne par un enduit opaque plus ou moins coloré, auquel est dû la couleur souvent singulière des yeux des insectes, et qui est indépendant du pigmentum de la choroïde'. Entre cet enduit opaque et la cornée , vient se rendre 4 chaque facette un filet optique qui se moule dans la concavité de celle-ci. Ces filets optiques ont cependant traversé la choroïde et son pigmentum qui est constamment de couleur noire. Cette membrane est composée d’un tissu cellulaire assez serré, dans lequel se répandent en grande quantité des ramifications trachéales fournies par une grosse trachée Circulaire. Chaque filet optique provient d’un ganglion nerveux, conique, proportionnel à la grosseur de la masse oculaire, et qui communique avec le cerveau par un cordon plus ou moins cylindrique.

Quoique j’aie cherché bien des fois à m’assurer de la structure de l’œil composé des insectes hexapodes, j’avoue n’être arrivé à rien qui me satisfasse complètement. J’ai obtenu quelque chose de mieux sur une très-grande langouste; et voici ce que j’ai vu.

L’enveloppe extérieure n’est presque formée que par la cornée transparente qui se joint à l’enveloppe endurcie dont elle paraît n’être qu’une modification, surtout en ce qu’elle n’admet pas de dépôt calcaire dans son tissu. En examinant de près cette cornée plus ou moins large, bom- 1. 28

Des

yeux simples ou

slemmales.

Des

yeux compose's

/|34 »E l’a pvAiiEir ni: la vue

bée et étendue, on aperçoit que sa surface est partagée par une immense quantité de petites facettes ou cornées de forme et de grandeur variables. Chacune de ces petites cornées est bombée en dehors, et son épaisseur est plus grande au milieu que sur les côtés, d’où il suit qu’elle forme une sorte de lentille couvexo-concave pour chaque tube oculaire composant. Derrière celte cornée existe une sorte de pigmentum ou de membrane noire vasculaire qu’il faut regarder comme une véritable choroïde. En effet, elle est évidemment percée au milieu de chaque petite cornée par un petit orifice qui doit être l’analogue de la pupille. De cet orifice part une petite production membraneuse en forme de tube extrêmement court qui s’applique sur un mamelon correspondant d’une masse considérable sub-gélatineuse, évidemment translucide, et qui est indubitablement l’analogue du crystallin ou de l’humeur vitrée; elle est assez solide. Je ne puis assurer qu’elle soit partagée en autant de parties qu’il y a de petits tubes , par le prolongement de leur enveloppe , quoique cela se puisse concevoir ; mais il est certain que les cloisons qui la partageraient seraient parfaitement transparentes , car la lumière passe aisément d’un côté à l’autre. Quoi qu’il en soit, cette masse d’humeur vitrée, convexe d’un côté est concave de l’autre, et c’est par cette partie qu’elle s’applique sur un gros ganglion ou renflement nerveux qui' m’a paru aussi offrir à sa surface autant de petites alvéoles qu’il j a de petits tubes oculaires.

Dans D’après cela il est évident que l’œil composé d’un insecte

e uombie. formé d’un très-'grand nombre de petits yeux ou de tubes ►

oculaires, réunis, serrés, groupés les uns avec les autres. Ces petits yeux sont quelquefois au-dessuS de douze mille sur un seul animal.

La place. Ordinairement , chacun de ces amas ou groupes situés de chaque côté de la tête après les antennes, est immobile; mais dans un certain nombre de classes ou de divisions se-

DANS LES ENTOMOZ.OAIRES. 4^^

condaires, il est à l’extrémUé d’un véritable appendice plus ou moins allongé, fracturé en plusieurs pièces mobiles, d’où s’en est suivi que l’organe de la vision , sans pouvoir jamais être complètement mis à l’abri, peut être porté plus ou moins aisément dans un certain nombre de directions, et surtout au-devant de l’animal.

Si ces organes ne peuvent être cachés à sa volonté, on conçoit qu’ils soient défendus du choc des corps extérieurs par une quantité plus ou moins considérable de poils qui remplissent quelquefois les sillons de partage des facettes, comme dans les hyménoptères. 11 est aussi probable qu’il doit en résulter quelque inconvénient pour la vision; mais c’est ce que nous ne pouvons guère assurer.

Les entoraozoaires offrent sans doute de nombreuses djjBférences dans la structure de leurs yeux; mais elles ont été jusqu’ici assez peu observées; et il faut convenir que cela n’est pas facile. Nous allons cependant en faire connaître quelques-unes. ^

Il est évident que dans les groupes dont les espèces ne se nourrissent pas toutes de substances de la même nature , on conçoit que celles qui vivent de substance animale, qu’elles poursuivent et saisissent à l’état vivant , quelquefois même au milieu des airs , doivent avoir des amas d’yeux beaucoup plus gros que les autres : c’est en effet ce que l’on observe dans les carabes en général, mais surtout dans les cicindèles, les élaphres parmi les coléoptères; dans les libellules parmi les névroptères ; les mantes parmi les orthoptères.

L’époque de la journée à laquelle ces animaux recherchent leur nourriture a pu aussi avoir quelque influence sur le développement et peut-être même sur la structure des yeux des insectes. Aussi M. Marcel de Serres a-t-il observé que les coléoptères lucifuges , comme les blaps , les ténébrions, etc., n’ont ni choroïde ni trachée circulaire, mais que

Dülérences

spéciales

suivauL

La nature de l’aliment.

L'époque de la journée à laquelle il est recherché.

/|5G DK l’aI'I'AKKIL de ea vue

l’endtiil de leur cornée esl irès-foncé, 11 en est de même des blattes parmi les orthoptères. Leur cornée est aussi plus terne et plus opaque.

1,1' .éjour. D’après les observations de M. Marcel de Serres , l’œil des insectes aquatiques n’ofTre que de très-légères différences. Il fait observer cependant qu’en général leurs yeux sont plus ternes et plus opaques.

Il est aussi quelques différences de forme dans l’œil de plusieurs insectes entièrement aquatiques, et qui consistent en ce que chaque masse oculaire est tout-à-fait latérale et divisée en deux parties, une supérieure et l’autre inférieure, par la ligne latérale; c’est ce que l’on voit déjà très-bien dans les hydrophiles; dans les dytiques et les tourniquets nus, L.) , la séparation des deux parties est encore plus complète, en ce qu’il y a une bande opaque qui les divise un peu comme dans l’anableps.

Le séjour doit avoir aussi une influence de la même nature sur le développement proportionnel des yeux dans les insectes. Ainsi il est probable que ceux qui vivent dans des substances, dans des lieux où la lumière ne pénètre jamais, doivent avoir, toutes choses égales d’ailleurs, l’appareil de la vision moins développé; on conçoit même qu’il puisse être complètement nul par une sorte d’avortement.

Le sexe. J® observé, et je ne sache pas qu’aucun auteur

ait eu l’occasion de le faire, que le sexe exerce une influence sur l’appareil de la vision des entomozoaires qui en sont pourvus.

L’âge. Il n’en est pas de même de l’âge, du moins dans le groupe

des hexapodes, et surtout chez les espèces qui subissent ce qu’on nomme des métamorphoses complètes, c’est-à-dire dont plusieurs degrés de développement sont tranchés ; on remarque alors que plus leur premier état est vermiforme , moins il y a d’appareil de vision , comme dans les larves de diptères qui sont le plus souvent aveugles. Celles des co-

DANS LES ENTOMOZOAIRES. 4^7

léoplères, îles lépidoptères, ont des yeux simples ou des steimnates en nombre un peu variable. Les orthoptères, les névroptères même ont la môme disposition d’yeux à toutes les époques de la vie.

On trouve’ aussi dans l’appareil oculaire des entomozoaires quelques singularités ou anomalies plus ou moins inexplicables. Telle est surtout la disposition de la masse oculaire du*diopsis ichneumoïde, qui est portée sur une espèce de long pédoncule immobile.

Mais les principales différences, les plus évidentes du moins , semblent être assez bien en rapport avec la dégradation animale , et par conséquent concorder assez bien avec les coupes secondaires ou classiques que la zoologie introduit dans ce type. Jetons un coup d’œil sur les principales de ces différences.

Tous les entomozoaires de la classe des hexapodes, à l’état adulte, sont pourvus de masses oculaires composées; mais tous n’ont pas à la fois de stemmates ou d’yeux simples.

Le groupe des coléoptères, par exemple, n’en a jamais.

Quant à la forme des yeux composés, à la proportion de la masse qu’ils forment, et même un peu à leur position, il y a tant de variations, qu’il serait presque fastidieux de les énumérer ici, d’autant plus qu’elles sont prises en considération par la zoologie.

La section des orthoptères offre toujours à la fois des yeux composés et des yeux lisses. Il faut cependant en excepter le genre blatte, qui fait évidemment le passage aux coléoptères et les phasmes.

La forme des yeux composés est aussi fort variable , même dans les genres les plus naturels de cette section.

Le nombre et la disposition des stemmates paraissent offrir des caractères plus constans.

Les hémiptères sont dans le môme cas que les orthoptères; ils ont toujours les deux espèces d’yeux.

La place dans la seri o

Hexapodes.

éoleoplèrcs.

Orlhoplères.

Hémiptères,

Lcpidoptèrcs.

Ndvroplèrcs.

Hyménoptères.

Diptères.

Aptères.

Octopodes.

Décapodes.

Hétéropodes.

438 DE l’appareil de LA VUE

II en est de même des lépidoptères, des névroptères et des hyménoptères , chez lesquels le nombre des stemmates n’est jamais au-dessus de trois, disposés en triangle. L’hémerobe et le fourmilion n’en ont pas.

Presque tous les diptères ont aussi ti la fois des yeux composés et des stemmates au nombre de trois. Les cousins et les hippobosques font cependant exception.

Quant aux hexapodes aptères, il paraît qu’il n’ônt que des yeux composés.

La classe des octopodes n’a jamais que des yeux simples, disposés d’une manière bien symétrique à la partie antérieure et supérieure du céphalo-thorax. Leur nombre , leur disposition et même leur forme , et leur grosseur proportionnelle, sont tellement fixes dans chaque groupe, que les entomologistes modernes s’en sont servis avec beaucoup d’avantages pour établir des subdivisions génériques dans la famille des araignées, par exemple, qui les ont presque constamment au nombre de quatre paires. Les scorpions- sont dans le même cas. Les faucheurs n’en ont jamais, au contraire, qu’une paire.

Dans cette classe, il me paraît que plusieurs espèces, évidemment parasites doivent en être complètement dépourvues.

Les décapodes sont dans le cas contraire des octopodes, c’est-à-dire qu’ils n’ont jamais d’yeux simples : tous ont dés yeux composés , et ce qu’ils ont de singulier , c’est qu’ils sont à l’extrémité d’appendices toujours mobiles, et plus ou moins longs. Ces pédoncules sont surtout très-développés dans les espécès de crabes que les zoologistes distinguent à cause de cela sous le nom de podopthalmes.

La section artificielle des hétéropodes varie sous ce rapport comme sous celui du nombre et de la nature des appendices. Leurs yeux paraissent cependant être toujours composés ; mais ils sont quelquefois pédiculés, comme dans

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