AVIS
La Muse qui rode et qui cour Soi disant Muse de la cour, Fort mal a propos se dit telle, C'est une pure bagatelle :
Et la pauvre Muse qu'elle est Se contantera s'il lui plaist , D'estre, comme simple Gredine Loin de cabinet en cuisine.
C'est là le vrai bien qu'il lui faut, D'autant que pour premier défaut, Estant sans fonds et sans liquide Elle a souvent le ventre vuide:...
Elle demande argent ou pain :
Voilà l'un de ses caractères.
Le second elle a tant de Pères Qu'on la peut nommer sans hazard La fille du tiers et du quart :
Le premier fagoleur de rime A faire la Belle s'escrime, Puis le père avecque l'Enfant...
S'en va braire de porte en porte
Pour trouver qui les reconforte
Le Père en qui Pauvreté brille Lui dit, seigneur, voici ma fille, La belle Muse de la cour Qui se donne a vous en ce jour :
Mais, seigneur , la gueuse Pucelle N'a pas le liard en l'Escarcelle , Et la misérable est à eu
Si ne lui donnez quelque écu
Mais de tels sales Ecrivains Ont fait cette Muse coureuse, Qui bien qu'alors belle et pompeuse , S'en alloit, oquel deshonneur, C'estoit pour un fameux Aulheur Pour faire encore de la Gredine A la belle mode Esseline, C'est-à-dire de Lesselin Affamé comme un pou mal plein :
C'est I'imprimeur de celte Muse Qui fait qu'avec sa cornemuse, En vieleuse elle va jouer Partout pour gaigner le denier, Et faire aller dans son ménage, Un peu de pain et de fromage:
Mais au lieu de quoy bien souvent Elle n'atrape que du vent. Tesmoin son épitre dernière Qu'on mit a pari pour la beurrière, N'estant digne que de rebut Et non d'arriver à son but, De plaire à la Personne illustre A qui dans un style de rustre , Elle voulait sans jugement Faire un éloge et compliment.
Note 1.
LE PARAIS MAZAIUtf.
Cette Muse de I» cour se composait en effet d'une épltre adressée chaque semaine à une nouvelle et éminente personne. C'était, comme on le pense bien, une manière de se créer un protecteur, un abonné, ou d'extorquer une gratification. J'ai suivi cette publication depuis le mois d'août i656 jusqu'au 20 mars i658. C'était ce qu'on appellerait de nos jours un pauvre journal , aussi fut-il traversé par ces iransfnrmalions qui s'annoncent comme des progrès, pour mieux cacher des défaites.
En 1666, cependant, le libraire propriétaire de celle feuille eut l'heureuse idée de l'appeler d'un nouveau nom, en même temps qu'il lui donnait pour rédacteur un homme d'esprit qui devint célèbre, plus tard, par ses comédies en prose et en vers, par ses querelles avec Racine et son aelivité littéraire soutenue jusqu'en 1672. T. P. de Subligny, avocat au parlement, mais non pas comédien comme on l'a dit, et assez bon poète, consentit à publier chaque semaine à partir du 3 juin la continuation de la Muse de la cour , sous le nom de la Muse Dauphine. De même que ses devanciers, de même (pie ses concurrents, il annonçait tout ce qui fixait l'attention, les victoires de Louis XIV, sur terre et sur mer, les défaites des belles de la cour, les mariages et les décès les meilleurs livres , les pièces nouvellesde Molière, enfin toutes choses, avec exactitude, avec esprit surtout.
La Gazette de Renaudo! était secourable à noire auteur, comme elle l'avait été de tous temps aux gazettes en vers :
La Gazette a parlé du Festin qui se fit Sous un cabinet vert de la royale allée.
Et je n'adjouste à son récit Que ce qu'elle ne m'a pas dit.
(Page ôo de la réimpression.)
Il avait aussi ses informations parliculières:
Si l'on en veul croire une lettre,
Qu'en mes mains l'on vient de remettre.
(Pageu5.)
Je sçais encor des nouveautés Qu'on m'apporte de lous cotes.
(Page 251.)
En général, c'est la forme, et le refrain des gazettes, maison y remarque un ton plus littéraire et une lournure plus poétique. Je ferai deux citations. Dans le numéro du 29 juillet iti66 (c'est une erreur de dale, lisez 5 août), on trouve cetie aventure d'un meurtre commis par une jeune femme :
Cesle belle estoit tapissière, Je ne sçay si quelqu'un vous en a fait récit, Maisquoyqu'elle ait passé ponravoirde l'esprit Ils la trouvèrent fort grossière, En effet dans celte saison, Poignarder les gens de la sorte, Pour une frivole raison, Eli est une preuve assez forte :
Le plus grand mal que lui faisoit Ce gentil avocat qu'à détruit sa furie, Estoit de travailler, alors qu'il lui plalsoit,
Avec elle en tapissserie ;
Et l'on dit qu'il ne fut puni Par cette criminelle, au plus beau de son agi-. Que parce que croyant faire un ouvrage uni,
11 l'avait fait à personnage.
(Page 93.)
La pointe salirique est ménagée avec cet art, et devait plaire justement par sa modération :
Tromp, dans ce dernier combat.
Mit à fond neuf de leurs navires ;
San1- ceux qu'il mit hors d'estat.
Si c'est ainsi qu'on veut à Londre Que les Anglnis enfin soient maistres de la mer, A cela, Monseigneur, je n'ay rien à répondre, Et c'est plutosl à moy de vous le confirmer.
C'est une raison que je gonte, Qu'où le fond appartient , le droit n'est point
[douteuv
Et celuy de la mer ayant esté pour eux, Ils en sont les maistres sans doute.
(19 août 1666, p. 11 5.)
La-Muse Dauphine accueillait les accidents de la rue et les petits événements de chaque jour :
À propos du chasteau du Louvre,
Sçavez-vous le funeste sort, Du vieil abbé Brunrau, qu'on estimoil si fort. De quel rempart, bon Dieu? faut-il que l'on se
Si le Louvre ne suffit pas [couvre,
A nous sauver d'assassinas !
Lundy quinzième de novembre, En plain jour, trois voleurs montèrent dans sa
Le tuèrent de treize cous. [chambre, (18 nov. 1666, p. 233.)
Elle annonce dans le numéro suivant , la nomination du successeur de l'abbé lîruneau ■ Enfin monsieur de Carcavv, A donc les médailles en garde ?
Hé bien, Prince, j'en suis ravi.
Qu'à jamais le bon Dieu le garde, Du sort étrange et bien nouveau Du malheureux abbé Bruneau.
(21 nov. 1666, p. 244.)
La littérature ne vivait pas sans protection : Subligny cite lous ceux sur lesquels il pouvait coinnter; je vois passerfréquemment les noms du duc Mazarin (2 septemb., p. i32 ; 28 oct., p. 205), du duc de Nevers, ducardinal de Retz, et de tant d'autres dont la Muse Dauphine recevait les bienfaits.
A la manière de Loret, il entretenait aussi ses lecteurs de ses malheurs et de ses indispositions, mais il y apporte une certaine réserve de bon goût et un arrangement piquant :
Adieu, j'ay si mal à la teste. Que je ne sçais 011 me tourner, Et que le mal iry ni arreste.
On ordonne de me saigner,
Note 1.
Mais je suis pou pour la saignée;
J'ayme mieux prendre du kaué,
Qui guérit en moins d'un aué.
Quand le reste ne peui guérir en une année.
Ce mot de kaué vous surprend :
C'est une liqueur arabesque,
Ou bim, si vous voulez, lurquesque.
Que dans le Levunt chacun prend; On s'en sert en Affrique, on s'en sert en Asie,
Elle a passé dans l'Italie,
En Hollande et chez les Angtois
Où l'on la trouve fort utile ; Et des Arméniens qui sont en cette ville,
L'apportent encore aux François.
Sa vertu n'a point de pareille,
Toui le monde s'en apperçoit, Et surtout pour la femme elle opère merveille,
Quand c'est le niary qui le boit.
(2 déc. 1666, p. 261.)
Le sieur de Subligny avait produit exactement son numéro tous les jeudis, lorsquVn octobre il sollicita un privilège pour la continualion de ses leltres en vers libres, sous le litre de Muse Dauphine. Il lui fut accordé (le 11 octobre 1666), et il le céda au libraire Claude Barbin. Celui-ci. non content de suivre ce succès, réunit en un volume in-12 l'année 1666, lorsqu'elle se fut complétée; elle parut en lévrier 1667, sous ce titre :
La Musc Dauphine adressée à monseigneur le Dauphin par le sieur de Subligny à Paris. Chez C laude Barbin , au Palais sur le second perron de la Sainte Chuppelle. 1667. L'auteur adresse ce joli petit livre à mademoiselle de Toussi : je vous demande, dit-il, de présenter A cette incomparable duchesse Mareschalle (sa mère) ce recueil de nouvelles en vers, quelle a déjahonories de sa protection estant séparées, et île vouloir prendre le .soin de me la conserver pour les muses suivantes que je m'efforceray de rendre plus dignes d être leuës que les premières. Le libraire ajoute : Chaque année fournira un volume et je ne doute pas que ce nouveau Mercure ne soit bien receu, puisqu'il n'est pas moins profitable que divertissant. Au*si celuy qui en est l'aulhenr a un talent tout particulier pour cette sorte de paësie et on peut dire que ses louanges sont dans la bouche de tous ceux qui lisent ses ouvrages. Au reste ceux qui voudront lui envoyer des mémoires qui méritent qu'on en fasse part au public toutes les semaines, s'adresseront s'il leur plaisl à moy, je leur diray où on le pourra trouver.
Telle est la série des gazettes en vers qui parurent en imitation, ou en continuation de la Muse Historique. Il y avait eu au commencement du dix-septième siècle une foule de Muses gaillardes , folastres , etc. , ce sont de petits livres de circonstance, publics sans suite. Plus tard pendant la Fronde et dès 1G/18 on avait pubiié par boutade quelques numéros de journaux des événements, mais ces gazettes ne devant leur existence qu'à la circonstance qui les avaient fait naître, s'évanouirent avec elle. Nous les citerons pour ne
rien omettre, nous servant du catalogue de M. Leber : Le Courrier français. 16/18 (12 numéros). Le Courrier français , en vers burlesques. 16/18. (12 numéros). Le Babillard du temps, en vers burlesques. 16/19. (fi numéros). Le Courrier françois , depuis l'enlèvement du Roy. 16/19. (12 numéros). Journal poétique de la guerre parisienne 16/19. ( 12 semaines avec la conclusion ). Gazette des Halles et de la place Mauberl. îô'ig. Mercure de Compièyne. 16/19. Le Courrier burlesque de la paix de Paris. 16/19. Le Courrier burlesque de la guerre de Paris. i65o. En cette année il ne restait rien de toutes ces publications, lorsque Loret entreprit la sienne , et s'il y eut après le succès de la Muse historique d'autres tentatives que je ne mentionne pas , les unes comme les Gazettes à la reine, de Boursaull (Lettres de respect, Paris, Jean Guinard , vi" , 1669 ) n'ont fait qu'une trop courte apparition , et les autres nous sont restées inconnues. Nous voyons par la gazette de Loret elle-même les lacunes qu'on pourra nous signaler, puisque le candide poète, sans rancune contre les concurrences, cite avec éloge les 2V ouvelles nouvelles, feuille périodique dont nous apprenons par lui l'existence.
Quelle que soit mon insuffisance sur ce point, on voudra bien reconnaître, dans l'ensemble de ce travail, des efforts consciencieux pour découvrir des renseignements peu connus ou mal interprétés, et pour chercher parmi les documents d; jà publiés, le nouveau jour qui était seul capable de leur donner encore de l'intérêt. En les proposant à ceux qui voudraient pousser plus loin ces recherches, je dois signaler à leur attention deux ouvrages modernes qui présentent, avec talent, le résumé de l'histoire de ce temps. Le premier est de M. Bazin, il est intitulé : Histoire de France sous le ministère du cardinal Mazarin. Paris, 8. 18/12. Cette bis oire est conçue dans un esprit impartial et écrite avec une plume digne de l'époque qu'elle retrace. 11 n'a manqué à l'auteur que le courage des citations, ennuyeuse servitude dont on est peut-être excusable de s'affranchir, quand on fait, comme lui, si bon usage de tous les documents. Le second ouvrage porte le modeste titre de Mémoires sur la vie et tes écrits de madame de Sévigué, mais M. le baron VValckenaer a traité avec autant de charme que de talent toute l'époque illustrée par son aimalile héroïne, et son livre devient par la justesse des aperçus et la nouveauté des recherches un document qu'il est indispensable de consulter.
Je dirai plus, si l'auteur de ces mémoires avait rempli toute sa tâche, la mienne eût été singulièrement simplifiée. Une élude de la vie et des écrits de madame rie Sévigné, était sans aucun doute, le meilleur cadre pour présenter un tableau d'intérieur de la société vive et spirituelle (lu dix -septième siècle. Cette femme distinguée était accessible à tons les chefs-d'œuvre, qu'ils fussent écrits, peints, sculptés ou chantés. Au château de Frcsue,
Note 3. LE PALAIS
dans l'intimité de Bussy el dans son désir de plaire à M. de Grignan , elle avait pris le goût des arts, dont se ressentait le château des Rochers , par les embellissements qu'il lui devait; enfin en choisissant Nanteuil pour fixer une beauté qu'elle trouvait encore à quarante ans bonne à reproduire , elle faisait preuve d'un goût fin et d'un jugement sûr. M. VValckenaer n'a pas accordé aux arts le rang important qu'ils occupaient dés lors dans la société; c'est le seul point qu'il n'ait pas traité, en parlant de toutes choses à propos de madame de Sévigné. Nous regrettons plus que personne de trouver cette lacune clans un si bon ouvrage; car si les lecteurs y ont perdu un chapitre intéressant, j'ai gagné l'obligation de l'écrire avec la conscience de ne pouvoir remplacer mon savant et ingénieux confrère.
(Je renvoie aux articles que j'ai déjà publiés dans le journal la Presse, i8/i5, et dans la Revue de Paris, 26 et 29 mai i845, ainsi qu'aux réimpressions de ce texte dans la Revue nouvelle, du i« mars 1 8Z16, et dans la Revue d'architecture, de mars 18/16.
(2) Paris a compté plusieurs hôtels Mazarin , qu'il importe de distinguer du palais de ce nom. Il y a eu un hôtel Mazarin dans la nie de Varennes. Bâti en 170'j , un petit-fils du maréchal de la Meilleraye, par conséquent un Mazarin, l'acheta et en lit sa demeure. On appela aussi pendant quelque temps vers 1718, du nom de Mazarin, la belle maison que M. rie Langlée avait fait construire dans la rucNeuvedes PelitsCliamps. 11 l'avait vendue à Claude Lebas de Montargis, garde du trésor qui la céda à Jean Law le célèbre financier. Quand celui-ci eut jeté les yeux sur le palais Mazarin pour placer la compagnie des Indes et la banque qu'il projettait , il échangea a\ec le duc Mazarin l'hôtel de Lancée contre la moitié du palais dont il avait hérité. De ce moment la demeure du Cardinal devint l'hôtel de la compagnie des Indes, et l'hôtel de Langlée ne fut plus connu que sous le nom d'hôtel Mazarin.
On a donné encore le nom de Mazarin au grand hôtel du quai Malaquais qu'on vient d'abattre, et qui servit au ministère de la police sous l'empire. La personne qui expose à la curiosité des amateurs le plafond de la grande salle, a fait afficher partout qu'il avait été enlevé de l'hôtel Mazarin. C'est une erreur. J'ai parlé dans une note suivante de cet hôtel de la princesse deConti, uneMartinozzi, qui par échange devint l'hôtel Guénégaud, et a été gravé sous ce nom dans le recueil in-folio rie J. Marot : Vue de l'Hostel du Plessis Guénégaud sur le quay Maluquay.
Quant à la véritable demeure du cardinal Mazarin dans la rue Neuve des Petits Champs, elle fut appelée dèssonorigine palais Mazarin. C'est ainsi qu'elle est mentionnée dans toutes les gazettes du temps, sur tous les plans de Paris, et sur les gravures de J. Marot : Face du
MAZAIILN. 149
palais Mazarin, à Paris. Lorsque le palais de Richelieu après avoir vu effacer son titre de Palais Cardinal, après l'avoir reconquis par les instances de la duchesse d'Aiguillon , le perdit définitivement pour n'être plus appelé que Palais-Royal, on donna au palais Mazarin ce titre de Palais Cardinal. Mazarin toutefois ne l'accepta pas, il ne le fit pas mettre sur sa porte comme son prédécesseur, et lorsqu'on le trouve dans la Gazette de Loret ou dans la Muse royale, ce n'est peut-être qu'une salisfaction donnée à la rime :
Il fit un festin cordial Dans son beau Palais Cardinal, Qui de cent raretés abonde Comme un des plus beaux lieux du monde. ( Muse historique, liv. vni,p.55.)
(3) Il nous manque un catalogue raisonné des plans de Paris. J'espère le donner un jour, et j'ai sur mes cartes, déjà nombreuses, d'assez curieux renseignements pour me soutenir jusqu'à la lin d'une tâche aussi laborieuse qu'ingrate. Ici, je devais proportionnel- mes indications au cadre de nies recherches, et nie contenter de mentionner les plans de Paris sur lesquels le quartier du Palais-Royal se montre , rompant sous Richelieu l'enceinte de Paris, et se meublant sons Mazarin.
A cette époque l'essor donné aux constructions dans Paris faisait désirer un plan exact qui permît de fixer les alignements et de discuter les percements de rues. Jacques Goniboust , ingénieur du roi, assisté de Petit, intendant des fortifications, parvint au moyen d'une triangulation nouvelle et d'un travail sérieux, à fixer régulièrement la topographie de Paris , et à redresser les nombreuses erreurs sur lesquelles on vivait sans plus de tourment. Seulement le mode de dessin à vol d'oiseau et de représentation des édifices en élévation, autrement dit le plan cavalier, ne permettait pas une vraie précision même sur une grande échelle, et cependant la longue habitude qu'on en avait, aurait rendu inutile ou au moins aurait restreint à un bien petit nombre d'acheteurs un plan autrement conçu. Le plan de Gomboust fut publié en 1602, format in-folio en U feuilles, il comprend Paris , sans y faire entrer le faubourg Saint-Antoine.
L'auteur parle avec peu de respect de ses prédécesseurs : On peut dire qu'autant de traits qu'il y a clans ces malheureux plans , sont autant de grossières fautes, et il avait peut-être le droit de s'exprimer avec celte vivacité en comparant ces ébauches imparfaites et hâliveaveeson patient travail : C'est un ouvraye de cinq ans entiers que l'ayde el les conseils de .11. Petit, intendant des fortifications, ont encore abrégé de plus de la moitié. Le conseil du roi lui rendait cette justice : Par grâce et Privilège particulier du roy doné à Paris le dernier decèbre 16/19. Sur ce qui a esté représenté à sa majesté que la pluspart de ceux qui se sont employez jusques icy à faire les cartes des provinces, plans et élévations des
Note 3.
villes, ports et havres, n'y ont travaillé qu'à veuë a" œil ou sur de vieux exemplaires p'eins de fautes , sans y avoir apporté aucune mesure ny observations mathématiques , notamment dans les Plans de la fille de Paris, désiré avec tant de passion de tous les sulijets et des Estrangers : Sa Majesté aurait fait commander par Monsieur le Chancelier à Jacques Gomboust, conducteur d'Ouvrages de fortifications de trauaillcr au Plan de ladite fille et Faux-bourgs de Paris, avec toutes les rues dans leurs mesures , niesmes de représenter au naturel toutes les Eglises, collèges, haspilaux, couuents, palais , hostels , ponts , places, fontaines et autres lieux publics et particuliers. A quoy ledit Gomboust ayant travaillé continuellement pendant quatre ans , il se seroit si dignement acquitté de ce commandement au jugement des Experts et connaisseurs qui auraient esté Commis pour examiner ledit Ouvrage, que Sa Majesté aurait créé et eslably Ifdil Gomboust son Ingénieur pour l'éléuation des Plans des Villes et Maisons Royales et luy aurait permis de grauer ou faire gratter, imprimer, vendre et débiter par luy seul lesdits plans et perspecliues , aucc le discours concernant l'explication d'iceux.- — Gomboust dédia son plan à Monseigneur Seguier chancelier de Fiance, et signa Jacques Gomboust ingénieur du roy. 1 6 52.
En 1672 Us agrandissements de Paris rendirent nécessaire un plan qui comprît les nouveaux faubourgs et qui enregistrât les constructions neuves. Albert Jouvin de Rochefort adoptant une échelle convenable, put faire entrer dans huit feuilles Paris et ses faubourgs , il réserva une neuvième feuille pourlesenvirons de la ville. Ce plan parut vers 1672 et je ne cite que pour mémoire le Nouveau plan de Paris , par N. de Fer en 1697. Il se compose de quatre feuilles et n'offre que la réduction du plan précédent avec quelques changements exigés par les nouvelles constructions les plus importantes. Il en est de même de Paris et ses environs , dressé sur les dessins de M. Jouvin de Bocheforl par A', de Fer — à Paris — 171/1- Mais à la même époque (1675) et en concurrence avec A. Jouvin, l'architecte du roi et delà ville, un sieur Bullet, leva le plan de Paris sous la direction de M. Biondel, maréchal de camp aux armées du roy. C'était là le travail officiel, commandé par le roy, payé par la ville. Ballet avait été chargé de comprendre dans son plan tous les élémens nécessaires à l'administration municipale et aux travaux d'assainissement qu'elle entreprenait.
Ce plan, dressé à peu près à la même échelle que celui de Jouvin , renferme Paris dans dix feuilles. Deux feuilles supplémentaires sont destinées aux environs de Paris et aux conduites des fontaines. Il parut en 1707 sous ce titre :
Plan de Paris levé par les ordres du roy et par les soins de Messieurs les prévost des marchands etéchevins en l'année 1676. Par le sieur
Bullet (les deuxl.Lfont lire Bullel) architecte du roi et de la ville, sous la conduite de Monsieur Biondel, maréchal de camp aux armées du roi, directeur de l'Académie royale d'architecture et maître de mathématique de monseigneur le Dauphin. Contenant l'estat présent de la vile de Paris et les ouvrages qui ont été commencés par les ordres du Boy et qui peuvent être continués pour la commodité publique suivant les lettres patentes de sa Majesté.
Ce plan dressé sur le modèle de ses prédécesseurs, mais entièrement renouvelé dans le détail, est d'un grand intérêt. Il y a eu trois éditions. La première dont nous venons de donner le titre, une seconde qui a reçu tous les changements survenus dans Paris jusqu'en 1706 et qui porte à la fin du titre cette addition : Contenant l'estat présent de la ville de Paris et les ouvrages qui ont été faits par les ordres de sa majesté , jusqu'en 1707. Divisée en ses vingt quartiers , suivant l'arrêt du conseil. Le tout reveu et augmenté par le sieur JailL)t le fils, géographe. 1707. Enfin la troisième édition a subi un semblable travail, un remaniement du même genre pour mettre la gravure en rapport avec les accroissements de la ville jusqu'en 1710, et cette date a remplacé sur îe titre celle de 1707. C'est d'ailleurs dans les trois éditions le même cuivre qui a servi. Le texte explicatif en quatre feuillets d'impression offre peu d'intérêt; il appartient et se rapporte à la première édition.
Le commissaire La Mare, dans son traité de la police, qui parut de 170a à 1735, publia une suite de plans de Paris qui manquent d'exactitude. On ne croirait pas que l'imagination pût avoir, dans un ouvrage de ce caractère sérieux, une aussi grande part.
Le géographe De Lisle dressa en 1716 sur les meilleurs renseignements de cette époque un plan de Paris en une feuille. C'est un travail qui n'a pas d'autre importance que la garantie d'exactitude qu'a offerte cet homme studieux dans tous ses travaux.
On pouvait croire qu'on avait conquis dès lors la véritable exactitude des tracés géométriques, M. de Turgot se donna, en 1734, la récréation et imposa à la ville la dépense d'un nouveau plan cavalier de Paris en 20 feuilles, et une planche d'assemblage. Louis Bretez, ingénieur, fut chargé de ce travail, d'autant plus mensonger dans les proportions générales qu'il devait être plus exact dans la représentation des détails. Il fut commencé en iiZli, il fallut cinq ans pour le dresser, dessiner et graver; en 1739 il parut sous ce titre : Plan de Paris, commencé l'année 1734 , dessiné, et gravé sous les ordres de messire Michel-Etienne Turgot , marquis de Sousmons, conseiller d'étal, prévôt des marchands , — achevé de graver en 1739.
M. Turgot et les échevins dont les noms occupent le titre de cette fastueuse publication, mettaient quelque vanité à la répandre en grand nombre et au plus loin. Je trouve dans un état sommaire des ouvrages qui ont
Note 10.
LE PALAIS MAZARLN.
été ordonnés sous les prévôtés de M. Turgot , conseiller d'État depuis le 17 juillet 1729 jusqu'au mois d'aoust 1740, cet article : L'impression de deux mille six cents exemplaires du nouveau plan de Paris, dont une partie a été collée sur toile et montée sur gorge, et une autre partie reliée en livres. On en envoia en présent non seulement dans toutes les cours de l'Europe et A tous les scavans, mais encore à Constantinoplc et à la Chine. Ainsi s'expliquent ces nombreuses reliures uniformes aux armes de Paris, et la vulgarité' de ce plan chez les libraires. Il offre aujourd'hui plus d'intérêt qu'il n'en avait alors, parce qu'il nous permet de distinguer par le détail des élévations , plusieurs hôtels que nous confondrions entre eux.
C'est en effet uniquement en cela que consiste aujourd'hui l'utilité de ces anciens plans. L'hisîoire de Paris est écrite dans la suile chronologique de leurs éditions; on y lit la marche de ses agrandissements , les percements de ses rues nouvelles, la construction de ses hôtels et les changements de noms que leur a imposés la succession de propriétaires; on y retrouve enfin tout ce qui a été, tout ce qui a disparu, et dans l'étude particulière du Palais Mazarin,on peut y suivre les divers développements de cette grande habitation, depuis son origine comme hôtel de Chivry , jusqu'à sa dernière destination comme Bibliothèque Royale.
(4) Voir l'un des anciens plans de Paris : Malhœus Merian basilensis fecit gr. folio. Dans le petit volume imprimé en caractères gothiques et intitulé : Les Rues et Eglises de Paris auec la despece q si fait chacû ior, etc., etc., on ne trouve pour ce quartier que les rues suivantes : La granl rue Saint-Uonorê. — La rue du Coq — La rue, des Petits-Champs — La
rue du Pellican Ce petit volume porte à la
finla marque de Fr. Audoyns, libraire de Paris du commencement du seizième siècle; c'est un livre rare que possède la Bibliothèque de la Ville. Il sert de chef de file à cette multitude de petits ouvrages rimés sur les noms des rues et les cris de Paris, ouvrages très populaires pendant tout le seizième siècle. Une étude chronologique de ces livrets fournit des renseignements d'autant plus utiles, que les plans en offrent moins dans cette époque.
(5) Sauvai. II, iqo.
(6) Sauvai. II, i58.
(7) Louis Barbier, intendant des finances, acheta les terrains avec les charges et conditions, moyennant une rente annuelle de huit mille deux cent neuf livres, rachetable, au denier vingt-quatre , au principal de deux cent cinquante mille livres. II réunissait à cette entreprise de l'enceinte du jardin, celle du déplacement de l'enceinte de la ville jusqu'aux boulevarts actuels, y compris la reconstruction des portes St-Honoré à l'extrémité de la rue St-Honoré, et de la porte Richelieu à l'extrémité de la rue qui dorénavant porte ce nom.
Cette liaison d'affaires avec Richelieu et sa qualité de partisan lui valurent de violentes épigrammes et de ces épitaphes comme on les composait pour les gens d'importance :
Icy, passant, sous cette pierre Gist le plus fameux partisan
Sache que son nom fut Barbier, Dont l'adresse et la suffisance Fut, en son glorieux mestier, De tirer le sang de la France.
(Voir d'autres épigrammes, Mss., fonds St- Marlin, 79, bibliothèque royale.)
(8) Jaques Esprit, de l'Académie française, avait une de ces maisons (Tallemant, tome vu, 86).
La maison de Madame de Launay a une porte qui rend dans le Palais-Royal ( Tallemant, x. 132) : or, cette dame de Launay était une des habituées du jeu de la reine et du Cardinal ; le roi la voyait chez la comtesse de Soissons, Olympia Mancini , la mère du prince Eugène {Vie de J.-B. Colbert, ministre d'État. Cologne , 12e, 1696. Pierre-le-Vray, page 8).
(9) Tous les titres, tous les plans portent Rue Vivien pendant le dix-septième siècle; c'est au commencement du dix - huitième qu'apparaît : Rue Vivienne. — Sur le plan de Paris par Roussel, pelit in-folio, année 170/1, on lit Rue Viviene. La description de la ville et des fauxbourgs de Paris en vingt planches publiée par Jean de la Caille en 1714 conserve le nom de la rue Vivien. Liger écrivait encore Rue Vivien en 1715 : Au coin de la rue Vivien se voit le palais Mazarin, dont l'architecture ne fait pas le plus bel ornement, (p. 93) {Le Voyageur fidèle, ou le Guide des Etrangers dans Paris, par le sieur L. (Liger) Paris, 120, 1715.
Enfin dans le pelit volume : les Rues et les Environs de Paris, 120, 1745, on lit : Rue Vivienne ou Vivien.
Nous avons d'autres exemples d'un pédantisme grammatical aussi mal placé : je trouve les rues Regratière et Poullelière, que nous devons à MM. Le Regralier et Poulletier. Quant à la rue Bleue, ce nom ne lui vient pas d'un M. Bleu, mais d'une fabrique de boules bleues. (Les Cent et un, le Cocher de cabriolet, par Alex. Dumas, et le Dictionnaire des rues de Paris de M. Lazare.)
(10) Charles Duret, seigneur de Chivry ou Chevry, était fils de Louis Duret, médecin de Charles IX et de Henri III. C'était un homme d'esprit et de plaisir, qui malgré sa légèreté ou par un effet de ce défaut, occupa les graves fonctions de conseiller d'état, de contrôleur général des finances et de président à la Chambre des comptes de Paris , du 8 janvier 1610 au 3i juillet 1037. Il aimait à construire, et outre sa maison au coin des rues Neuve des Petits-Champs et de Richelieu, il se fit
Note 13.
bâtir une maison de plaisance à la Grange du milieu, près Gros-Bois.
Si l'on accordait une entière confiance aux scandaleuses historiettes de Tallcmant des Reaux, qui semble avoir enveloppé Durci dans sa haine contre Sully dont il avait été secrétaire, il faudrait faire de ses mœurs et de ses manières le plus triste tableau. Nous ne prendrons dans ces rapsodies qu'un fait, une anecdote et un mot.
Nous voyons le Président souvent assis à une table de jeu où il risquait beaucoup, dans cette maison même qui aurait été abandonnée à la chance d'une carte, si nous en voulions croire les pamphlets du temps.
Charles Duret, dans un moment de satiété, infidèle à Marion Delorme, et dégoûté des femmes du monde, attira chez lui une simple paysanne, au moins il la croyait telle: le lendemain matin, il la fit lever pour aller voir quel temps il faisait ; elle lui vint dire que le temps était nébuleux. — « Nébuleux! s'écriai-/7, à vertu choux, je suis perdu, qu'on me <tonne vite mes chausses. » Cette anecdote traîne dans tous les Ana, sous tous les noms, et il faut désormais la fixer à une des fenêtres de l'hôtel de Chivry.
Il disait qu'il fallait tenir le bassin de la chaise percée à un favori, pour l'en coiffer après, s'il venait à cire disgracié. Le mot est cru, mais il est de son temps et il en vaut d'autres.
Charles Duret de Chivry mourut en janvier 1637, des suites d'une opération. Guy Paiin, à titre de frondeur, écrivit à ses correspondants l'épi taphe satyrique qu'on fit contre lui. Je l'ai trouvée dans une copie manuscrite du temps, au milieu des papiers de Conrart; elle offre quelques leçons différentes qui n'en changent pas le sens. Guy Patin écrit :
// mourut en 1 63 7, après avoir été taille fie la pierre, voici son épitaphe :
Cy gist qui fuyoit le repos Qui fut nourri dès la mamelle, De tributs, tailles, imposts, De subsides et de gabelle, Qui mêlait dans ses alimens De l'essence du sol pour livre.
Passant, songe à te mieux nourrir, Car si la taille l'a fait vivre, La taille aussi l'a fait mourir.
(Guy Palin, lettres à M. Belin, 8 janv. 1637, Tallemant des Reaux , t. I, p. i&8 et tome II , p. 28 el 65.) Il y eut plus tard un autre président Duret, grand bâtisseur de maisons et d'hôtels qu'il revendait. J'en parlerai quand j'arriverai au commencement du dix-huitième siècle.
(Il) Ces coilsUuciions ne peinent remonter beaucoup au-delà de i633, car la rue Neuve des Petits - Champs n'a été ouverte qu'en août i63Zi. L'arrêt du conseil, qui autorise cette ouverture, est du y3 novembre 1633, il fut enregistré au parlement le 5 juillet 1 033 .
On sait que le Palais Cardinal resta en construction jusqu'en 1636.
Sauvai (tome II, page 202) nous a laissé une longue description de la maison du président Tubcuf, resserrée entre la rue Vivien et le jardin des Augustins déchaussés. Ces détails se rapportent, non pas, comme on l'a dit, à l'ancien hôtel cédé au cardinal Mazarin, mais à une seconde demeure établie sur le côté opposé de la rue Vivienne , et qui est devenue plus tard l'hôtel deTorcy. (Voir le plan que je donne en regard de la page 5. ) J. Marot a fait entrer dans son recueil des plus beaux hôtels de Paris, un plan et quatre vues de l'hôtel de ïubeuf ; mais ils se rapportent à l'hôtel de la rue Vivienne, et non pas à l'habitation qui fut acquise par le Cardinal.
(12) Après les plans , après les actes et pièces authentiques comme ceux que Félibien a réunis dans son ouvrage, nous n'avons pas de meilleur guide clans l'ancien Paris, que Sauvai et ses excellents in-folios ; pour ce qui concerne ce quartier particulièrement, il est riche de détails comme on pouvait les attendre d'un contemporain.
Si l'esprit le plus ingénieux pouvait remplacer l'autoriié d'un témoin, nous renverrions à V Histoire de la rue Neuve des Petits- Champs , entreprise, et malheureusement seulement entreprise par M. Paulin Paris (dans la Revue : La France littéraire , tome VII , nouvelle série, 3i octobre 18/11). Un premier article ne nous a encore donné que l'histoire de la maison de Claude Vanel, devenue plus tard l'hostel Colbert, au coin de la rue Vivienne, en face de l'hôtel Tubœuf; mais la note qui le termine nous laisse quelque espérance. L'auteur de cette monographie se prépose de faire ainsi, maison par maison, l'histoire (l'une rue de Paris. La maison Vend est la première que l'on ail construite dans la rue \euvc des Petits-Champs. Ce petit travail est le germe, il pourrait devenir le modèle d'une nouvelle histoire el description de Paris, qui nous délivrerait de la popularité affligeante de Dulaure.
Toutefois M. P. Paris, en faisant l'histoire de la grande habitation de Colbert, aurait dû parler de la petite, ou au moins nous expliquer ce que c'est qu'un hôtel Colbert qui a donné son nom à la rue du vieil hôtel Cobcrt et qui s'y est conservé intact.
(13) L'hôtel de Bautru est cilé par Sauvai, dans son 2e volume, p. 225, comme étant appelé le Gentil, parmi les hôtels qui, du vivant du Cardinal, furent bâtis derrière le Palais-Royal ; l'hôtel d'Emmery était appelé le Commode; l'hôtel de Senneterre, le Grand.
Nicolas de Bautru est aussi cilé par Minage et en bonne compagnie : Les quatre grands diseurs de bons mois de notre temps étaient Angevins, t\T. le prince de Guéménêe, U, de lliuitru, M. le comte du Lude, et M. le marquis de Jarzé, De ces quatre hommes d'esprit, c'est
Note 15.
Baulru qui s'est fait la plus populaire réputation ; elle était proverbiale :
Riche en bons mots comme un Bautru,
dit Scarron dans une de ses épîtres, et Loret, en s'excusant d'un oubli, s'adresse à lui :
Pardon j'en demande à mains jointes
A ce noble diseur de pointes.
(Liv. ix, p. iliS.)
Plus tard en pleurant sa mort, il ne manque pas de regretter ses reparties :
Son temps de vivre étant prescrit, Monsieur Bautru, ce bel esprit, Vers la fin de l'autre semaine, D'entrer au tombeau prit la peine ; Fort regretté des courtisans Pour ses apophetèmes plaisans.
(4 mars 1665.)
Toutefois j'ai plus entendu parler de ses bons mots que je n'en ai lu ; Tallemant des Reaux en a conservé quelques uns, les ana lui en attribuent un certain nombre, mais en général ils sont, en quantité et en mérite, au dessous de la réputation qu'ils lui ont faite. Sa réponse au roi d'Espagne, après avoir visité la Bibliothèque de l'Escurial , mérite de prendre place ici. Il disait du bibliothécaire, un Ignorant, qu'on devrait lui confier l'administration des finances, bien assuré qu'on serait de trouver intact le dépôt.
Bautru avait cet esprit et cette gaîté en dépit de malheurs qu'il faut appeler domestiques, quelque désir qu'on ait d'éviter un mauvais calembourg. On sait en effet par les mémoires du temps, et surtout par Ménage, que sa femme Marthe Bigot, qui se faisait nommer madame de Nogent, de peur d'être appelée Bautru, comme le prononçait à l'espagnole la reine Anne d'Autriche, fut surprise avec un de ses valets, qui expia aux galèrps sa bonne fortune et le scandale dont elle fut cause.
La conduite de la dame n'était pas excusable, elle n'était pas non plus inouïe. Le désordre du temps avait donné de si fréquents exemples de ces écarts, qu'une femme pouvait dire qu'elle n'était pas valétudinaire (Tallemant, tom. VI, p. 36), en même temps qu'on appelait un carrosse de Paris, un grand maquereau. La Bruyère, près de cinquante ans plus tard, en plein règne de Louis XIV, avait le droit de faire allusion à cette inconduile {Caract. des Femmes, % 33) , dont Mmede Genliscontestesansautoritéles excès: Des femmes qui aiment un valet et auxquelles on peut proposer pour amant le bourreau, n'ont jamais été en grand nombre dans la société. Qu'est-ce que c'est qu'en grand nombre ? Il y avait de. ces femmes, et des plus haut placées. Les chansons du temps et Tallemant des Reaux {Omissa du tome II, à la page idi, in-8") nous ont conservé quelques vers qui s'adressent à ces désordres :
Pongibaut se vante (bis) D'avoir vcu la fente
De la comtesse d'Alais, Qui aime fort les valets ,- Il dit qu'elle est plus charmante Que celle de la Chalais.
Je suis la petite Cliizelle Qui profanant trop mes attraits, Parfois aux pages et aux laquais Ne fut pas trop cruelle.
{Chansons manuscrites, 1 vol. in-fol. , et Tallemant des Reaux, totn.vui,p.aii.)
(14) Je donne sur la planche II, une reproduction exacte du plan de Paris, qui fut exécuté dans les dernières années du dix-septième siècle. Je l'ai copié exactement, en conservant l'orthographe, sur la deuxième édition de 1707. (Voir dans la note 3 l'indication des différentes éditions de ce plan.)
(15) Toutes les relations du temps parlent de la séduction de son langage; en citant Brienne, je ne serai pas accusé de partialité dans le choix de mes autorités; il écrit dans ses Mémoires : Mazarin aimait à parler et présumait un peu trop de son éloquence; je conviens qu'il en avait beaucoup ( tom. ir, p. 108); et cependant il prononçait mal le français (Mém. de Retz), mais ce défaut pouvait avoir moins de déplaisance aux oreilles d'Anne d'Autriche. La critique cependant ne lui fut pas épargnée, les Mazarinades en sont remplies, sa prononciation italienne fait le sujet de plusieurs d'entre elles; j'en citerai une :
L'Oygnon ou l'union qui fait mal à Mazarin. A Paris, U", 16Z19. On y lit ces vers :
Quesce que c'est arrest d'oygnon ou d'union Qui nous cause tant de grabeuge...
Cet oignon te fera pleurer...
Un autre dist : Tu te déçois, Cet Italien, ma commère, Ne faict qu'escorcher le françois.
Il n'écrivait pas plus correctement sa langue adoptive qu'il ne la prononçait; il suffit pour s'en assurer de lire les extraits que je donne de ses papiers, de ses agendas et de sa correspondance. Les lettres et dépêches publiées en Hollande ont été complètement transformées, et ne donnent pas l'idée de son style, qui, dans son incorrection, avait une libre allure et de l'aisance.
Il ne manquait pas d'une certaine complaisance poursa figure, qu'il fit peindre et graver nombre de fois, sa vie durant, par les artistes les plus habiles. On lit dans ses agendas, qui passaient sous les yeux de la reine : Regina di Suetia (Christine) ha detlo a Chanul wdendo il mio ritratto, gran bene di me, e délia mia fisonomia et in fine, che tulto le piareva, fuoi i delV abito di Cardinale. Gennaro 1646. (Bibl. Roy., fonds Baluze, n. 8, p. 3.) Et de fait sa physionomie était distinguée, son port majestueux. Guy Patin, en parlant de sa figure décomposée pendant sa dernière maladie, remarque qu'il n'est plus tantôt ce Mazarin si
rougeaul et qui était si bel homme. ( Mars 1661.)
Parmi les contemporains qui l'ont le mieux connu, je citerai, me défiant de ma propre bienveillance, les deux écrivains d'ordinaire les plus malveillants. Brienne, au milieu de troubles souvenirs, le voyait ainsi qu'il suit : // était d'une belle taille, un peu au dessus de la médiocre, il avait le teint vif et beau, les yeux pleins de feu, le nez grand et un peu élargi par le bout, le front large et majestueux, les cheveux châtains et un peu crépus, la barbe plus noire et toujours bien relevée avec le fer, ce qui avait assez bonne grâce. Il avait grand soin de ses mains, qui étaient belles et propres. Il peignait bien et il dictait mieux encore. Il était toujours fort parfumé, et il fallait lui parler bien matin pour s'apercevoir qu'il sentait mauvais.
Bussy-Rabutin cherchait à endormir ses loisirs et a occuper son oisiveté de manière à les remplacer par une faveur après laquelle il soupira vainement pendant ses dernières années. Son histoire de Louis XIV était digne de ses enfants, auxquels il l'adressait, car c'est l'enfantillage d'un flatteur, qui rappelle cette autre histoire qu'on prétendait avoir été enseignée à un jeune prince, et qui supprimait des quinze années de l'Empire, le personnage de l'empereur, pour en faire le général de Louis XVIII. En effet, à peine s'il est question de Mazarin, le roi a tout fait. (Voir par exception les pages 5g et 68.) Voici cependant le portrait qu'il trace du ministre : Il estoit l'homme du monde aussi bien fait, il estoit beau, il avoit l'abord agréable, quand il ne vouloit pas l'avoir rude, l'esprit d'une grande étendue; il V avoit fin, insinuant et délicat; il parloit bien, il faisait fort plaisamment un conte, il estoit homme de bonnes mœurs, il n'avait aucune passion dominante : personne n'a jamais esté plus offensé que lui/, et personne n'en a jamais moins pris de vengeance, quoiqu'il ait esté en pouvoir de le faire impunément.
Les traverses qu'il a eues pendant sa vie n'ont fait que lui rehausser le goust de son bonheur, et après quelques maux et beaucoup de biens, il est mort entre les bras de la fortune. (P. 102.) (Histoire en abrégé de Louis le Grand, quatorzième du nom, roy de France, par le comte de Bussy-Rabutin, adressée à ses en fans. Paris, 12% Florentin , 1699, avec un frontispice gravé par S. Le Clerc.)
Il faut connaître la bile hargneuse qui stimulait Bussy, pour apprécier à sa valeur ce portrait flatteur et ces expressions bienveillantes, que ne sollicitaient ni l'intérêt personnel, ni des espérances de faveur.
(1G) La reine mère, veuve de Louis XIII, non contente d'aimer le cardinal Mazarin, avait fini par l'épouser : il n'était pas prêtre et n'avait pas les ordres qui pussent l'empêcher de contracter mariage. On en connaît maintenant toutes les circonstances. Le chemin
MAZARIN. Note 16.
secret par lequel le cardinal se rendait chaque nuit chez elle, se voit encore au Palais-Royal. — La vieille Beauvais, première femme de chambre de la reine-mère, avait le secret de son mariage avec le cardinal Mazarin; cela obligeait la reine de passer par tout ce que voulait sa confidente. De là est venu que les premières fetr.' mes de chambre de ce pays- ci ont tant de droits dans nos appartements. C'est ainsi que l'écrivait dans ses mémoires Elisabeth Charlotte, duchesse d'Orléans, Madame, plus connue sous le simple nom de la Palatine. Née en 1652, arrivée à la cour de Louis XIV en 1674 seulement; ce n'est pas sans doute le témoignage d'un contemporain, mais c'est une autorité plus grande, car le temps des médisances était passé, et celui de la vérité pouvait être arrivé. A la cour, les secrets sont des traditions, et la Palatine les recueillait avec une impartialité qui n'est égalée que par la crudité cynique avec laquelle elle les rapportait. ( Voir ses Mémoires : Brunswick, 8», 1789; — Dantzig, 8°, 1791 ; — Leipzig, 8°, 1 820; — Paris, 8°, i823; — Paris, 8» i832,et l'édition nouvelle donnée d'après uneancienne copie, bien autrement complèteet intéressante que ces extraits tronqués et sans ordre; les originaux ont été détruits dans un incendie.)
ïallemant des Reaux dont l'esprit caustique et la plume indiscrète pourraient inspirer quelque défiance, avait recueilli, tant dans l'hôtel de Rambouillet que dans ses rapports avec quelques hommes sérieux, des renseignements d'un certain poids, et qu'il est impossible de ne pas peser : J'ai ouï dire à Lyonne que la première fois que le cardinal de Richelieu présenta Mazarin à la Reine (c'était après le traité de Casai), il lui dit : « Madame, vous l'aimerez bien, il a de l'air de Buckingham.' Je ne sais si cela y a servi, mais on croit que la Reine avait de l'inclination pour lui de longue main, et que le cardinal de Richelieu s'en était aperçu ou que celte ressemblance lui donnait Heu de l'espérer. (Tome II, p. 232.)
Le cardinal de Retz avait vu se briser ses prétentions amoureuses devant le calme de la Reine; il put conserver de son mécompte un mauvais vouloir qui perce dans ses Mémoires. Cependant il donne pour garantie de ses assertions l'autorité de madame de Chevreuse, la fidèle amie et la confidente d'Anne d'Autriche; cette circonstance ne permet pas de passer son témoignage sous silence. Madame de Chevreuse qui a été la seule et véritable confidente de sa jeunesse , m'a dit plusieurs fois que la Reine n'était espagnole ni d'esprit ni de corps, qu'elle n'avait ni le tempéramment ni la vivacité de sa nation, qu'elle n'en tenait que la coquetterie, mais qu'elle l'avait au souverain degré (elle cite les hommages galants de MM. de Bellegarde et de Montmorency), que le seul homme qu'elle avait aimé avec passion était le duc de Buckincgam, qu'elle lui avait donné rendez vous une nuit dans le petit jardin dit Louvre, que Madame de Chevreuse qui était
Note 16.
MAZARÎN.
seule avec elle , s'étant un peu éloignée, entendit du bruit comme de deux personnes qui se luttaient; que s'éianl rapprochée de la reine, elle la trouva fort émue et M. de Buckincgam à genoux devant elle, que la reine qui s'était contentée ce soir de lui dire que lo is les hommes étaient brutaux et insolents, lui avait commandé le lendemain au malin de demander à M. de Buckincgam s'il était bien assuré qu'elle ne fût pas en danger d'être grosse; que depuis cette aventure, elle, Madame de chevreuse, n'avait eu aucune lumière d'aucune galanterie de la Reine, qu'elle lui avait vu, dès l'entrée de la régence, une grande pente pour M. le cardinal, mais qu'elle n'avait pu démêler jusques où cette pente l'avait portée ; qu'il était vrai qu'elle avait été chassée de la Cour sitôt après ( Mémoires, tome II, p. nli, édit. in-12 de Paris, 1842).
Cette passion de la reine pour Buckingliam était pour ainsi dire chose acquise. Mu,e de Motleville nous a conservé des vers impromptu que fit Voiture un jour qu'Anne d'Autriche le rencontra dans les jardins de Rue!. Le poète lui rappelle fort crûment ce souvenir, ajoutant :
.: vous étiez plus heureuse
Lorsque vous étiez, autrefois, Je ne veux pas dire amoureuse, La rime le veut toutefois.
Je ne donnerai ni pour une preuve de cette passion, ni pour sa réfutation l'ouvrage suivant : Les amours d'Anne d'Autriche épouse de Louis XIII, avec Monsieur le C. D. R. le véritable père de Louis XIV, aujourd'hui Roi de France. Où l'on voit au long comment on s'y prit pour donner un héritier à la couronne, A Cologne, chez Guillaume Cadet, in-120. 1692. On sait coque valent ces amours du dix-septième siècle, que la Hollande enfantait dans sa haine, mais j'ai acheté ce livre par curiosité, je l'ai lu par conscience et je veux en le citant retrouver quelque peu de mon argent et de ma peine. L'éditeur annonce à la fin de son petit volume : Si cette histoire plail au public on ne tardera pas a donner la suite qui contient la fatale catastrophe de C. I). R. et la fin de ses plaisirs qui lui coulèrent cher. Je ne connais, ni ne regrette cette suite, et je renvoie pour la série des éditions de ce livre, à l'article du manuel de M. Brunet.
Dans des temps aussi dissolus, n'avoir aucun reproche à se faire contre la morale, est une sorte d'avantage que le cardinal Mazarin eut sur son prédécesseur, sur les hommes d'état et les chefs de parti ses contemporains. Guy Patin, malgré toute sa haine, n'aurait pu trouver dans sa vie ce qu'il écrivait du cardinal de Richelieu : Le. cardinal, deux ans avant que de mourir, avoit encore trois maîtresses, dont la première éloit sa nièce :
La seconde éloit la Picarde , scavoir la femme de M. le maréchal de Chaulnes ;
La troisième éloit une certaine belle fille parisienne nommée Marion Delonnc.
Tant il y a que Messieurs les bonnets rouges sont de bonnes hèles : Verè cardinales isti sunt carnales (Lettres choisies, 3 nov. îOig).
La coquetterie de la reine, ses passions vives, son tempérament ardent quoique endormi, sont des faits prouvés par les mémoires du temps, en dépit des assertions du cardinal de Reiz, qui pour parler de la froideur et de l'indifférence de la reine, avait ses raisons ou pour mieux dire ses mécomptes. Les goûts galants de Mazarin ne sont pas moins bien connus, et cependant depuis la dernière entrevue de la reine avec Buckingliam jusqu'à sa dévote vieillesse, depuis l'entrée de Mazarin au ministère jusqu'à sa mort, il n'est pas possible de trouver dans les écrits du temps, à une époque où la presse usait d'une licence effrénée, de trouver, dis-je, le moindre indice, non d'une passion, ou d'une intrigue, mais d'un penchant passager ou d'une distraction soit de la part de la reine , soit de la part du cardinal.
Arrivé à ce point de notre examen, en face de ces deux personnages si réguliers dans leur conduite, il est nécessaire de lire la correspondance de la reine et de Mazarin , soit pendant l'exil du ministre , soit alors qu'il négocie la paix des Pyrénées et le mariage du roi. En face de ce style passionné qui peint les tendres regrets de l'absence, les transports passionnés du retour, en présence de cette domination qui impose une soumission si entière dans toutes les plus grandes affaires, une ténacité si persévérante pour ramener ce pauvre exilé, on s'explique une conduite si réservée de part et d'autre et des passions si bien contenues, car on découvre facilement la raison de celte réserve et l'explication de celte continence.
Je laisserai aux libelles et aux chansons du temps le soin de trahir ce secret ; ils le font, je l'avoue, avec un cynisme révoltant, mais je ne publie ces extraits qu'en vue de leur utilité historique, et qu'après m'être assuré, pai un lirage à petit nombre, que cette publication reste exclusivement du domaine de l'érudition.
Le cardinal Mazarin donne à la reine, dès l6Zl3, sur ses tablettes et sous forme de calomnies populaires, des avis qui ont pour but de lui inspirer une sage réserve pour elle-même, et une profonde haine contre les Importants : Gli important! dicono cose del diavolo contra S. M. che si déguisa, che da randevu nelli monasterii e cose simili (N° 4, p. 22, année iô/i3. Bibl. royale, fonds Baluze).
Il y avait donc déjà des propos, des médisances, il y eut en 16/18 des chansons; j'en retrouve une dans la collection Maurepas, elle est intitulée : Chanson sur l'air: hû que j'aime ma bergère, sur l'amitié que la reine porte à Mazarin.
La platitude de ces vers rend inutile d'en faire une citation. En 1649,1e cardinal n'était pas encore assez maître du terrain pour mé-
Noie 16.
priser ses rivaux, mais il était assez habile pour connaître et déjouer leurs projets; je prendrai pour preuve, dans ses agendas, ce curieux passage : Gersé ( Jarzay ou Jerzé, gentilhomme d'Anjou, capitaine des gardes du corps), s'offrit à M. le prince contre moi dans la querelle et demourat d'accord qu'il s'offriroyt à moy. C'est estre bien coquin, trestre et ingrat tout a fayt appres les grazes que je luy ay procurés et la familiarité qu'il avoyst avec moy.
On a dit à la reyne que M. le prince avout poussé Gersé à se déclarer amoureux de la reyne, et conseillé de s'adresser à Bovay (Mme de Beauvais) avec dessigne de reconestre par là boucoup des choses, et avoyr un moyen de me fayre du mal.
La reyne pourroyt dire devant boucoup de princesses et autres personnes : favay gran tort à présent de me playnclre plus de rien, ayant le bonhetir d'avoyr un galan si bien fayt que Gersé ;je crains solement de le perdre un de ses jours, que ne pourroy pas empêcher que on ne le mène aux pcilitlcs maysons et que je n'oray pas l'avantage que l'on die qu'il est devenu fou pour amour de moy, parce que on sayt que ly a longtemp qu'il est afligé de ceste maladie.
Apprès que la primiere foys que Gersé entrera dans le lieu où la r-eync sera, s'y a l'effronterie appres ce que dessous dy, de s'y présenter, cl luy pourroyt dire en riant : E bien 31. de Gersé , me trouve vous à vostre gré? Je ne pensé jamays avoyr une si bonne fortune; il faut que cela vous vienne de raze (race), car le bon homme Lavardin estoit aussy le galan de la reyne mayre avec la mesmejoye de la court, qu'elle témoigne à présent à vostre amour.
S'il répond quelque chose peu respectuose , ou mal à propos, soyt s'esmouvant , soyt s'adoucissant et voulant entrer en matière , la reyne pourroyt luy repartir; si vous n'estiez connus fou à marotte, l'on vous jetteroyt par les fenestres, maysje vous commande de vous en alcr chez vous pour vous fayre panser (Bibl. roy., fonds Baluze, n° i3, p. 95.)
On voit dans le récit de madame de Moiteville combiné avec les mémoires du temps, que la reine suivit la leçon du cardinal autant que l'émotion le lui permit. Le pauvre Jarzé fut accablé de ce coup de foudre. Il n'osa rien dire à sa justification. Il sortit du cabinet en bégayant, mais plein de trouble , pâle et défait (Motteville, t. 38, p. I106.)
Le marquis Jean de la Barde fait cette comparaison : Ea tempestatc quidpiam de Jarzeo marchionc haud absimile Ixionis fabulae narravere, (De Rébus gallicis. Thierry. Parisiis, h", 1671), et on attribuait à Marigny ce couplet sur l'air de la Diablesse:
Jarzé fais tu la cour, ou l'amour
A cette main faite au tour, Quoique fasse Ton audace
Un autre a pris ta place, Cheval.
Ne sçais tu pas que ce Cardinal Ne souffrira jamais de rival.
(Bibl. roy. Maurepas, année i6a8, f° 99, t. XXII.)
Cette intrigue est racontée fort exactement dans les mémoires du temps. Monglat (Mémoires, collect. Petitot, 2me série, tome So, p. 201), et madame de Motteville (tome 38, p. Z103) semblent s'être entendus pour faire le même récit d'une aventure, dont ils connaissaient tout, excepté le ressort caché qui fair sait agir le principal personnage. Madame de Motteville écarte toujours avec soin ce qui peut atteindre la réputation de son ancienne maîtresse; ici la difficulté était graude d'expli? quer de la part du Cardinal tant d'irritation et de colère dans une circonstance, minime en elle-même et qui lui était d'ailleurs étrangère. Elle s'en tire avec plus de mérite que de bonheur. Les agendas du Cardinal prouvent combien cette irritation fut profonde, car longtemps après il rappelait à sa mémoire la présence de Jarzé à Paris , et le traitement qu'il lui réservait : Garzé est isy , le chasser ( n° 12 , p. 24. )
C'est celte même année, 16Û8, avant la grande éruption des mazarinades queBlot fait circuler ses infâmes chansons :
Sire vous n'êtes qu'un enfant L'on vous dérobe impunément, Et le larron baise votre mère Laire la, etc.
Mesme l'on dit qu'il a protesté, De baiser votre majesté, Aussi bien que son petit frère; Laire la , etc.
( Bibl. roy. Maurepas, année 16Z18, tome xxii, f. 12Û.)
De la même année , mais dans une autre pièce on lit :
Maman est mazarine
Et je suis Mazarin
(Bibl. roy. Maurepas, année 1648, lom. xxii, f° 109.)
Pour moy je suis sans chagrin Contre Jolies Mazarin ; C'est un étranger, Qui veut se venger, Je pardonne à sa haine Mais je voudrais bien étrangler Notre p.... de reyne oguay Notre, etc.
(Bibl. roy. Maurepas, attribuée à Blot, 16Z18, tome xxii, 1° 121.) L'année 1649 résonne comme un tocsin qui appelle au feu toutes les passions. Les mazarinades se lèvent en masse. Le but sérieux que je poursuis, me fera pardonner, je l'espère, la crudité déboulée des écrits que je vais citer : Blot s'est rendu célèbre par son effronterie; une scène de la Fronde, la correspondance de Guy Patin, les Mémoires du coadjuleur, etc., ont donné une certaine célébrité à l'un de set
Note 16.
LE PALAIS MAZAIUN.
pamphlets intitulé la Custode de la reyne , pamphlet devenu très rare, quoiqu'il ne fût ni plus scandaleux , ni plus spirituel que d'autres pièces dont il suffira de connaître les titres : La vieille amoureuse, Qu' as-tu vu à la cour, le Silence au bout du doigt, les Alleluya, le Tempérament amphibologique des Testicules de Mazarin, la Bouteille cassée, enfin, la Pure vérité cachée dont on ne peut transcrire que ces deux vers :
Vousf..... est le seul coup d'État Qu'ait jamais fait vostre ministre.
Je citerai donc la Custode à cause de cette célébrité, à cause de sa rareté quoiqu'elle ne soit pas réduite à un seul exemplaire comme l'affirme M. de Saint-Aulaire, et pour qu'on connaisse dans toute sa crudité la licence de ces mazarinades. Le mot de Custode désignait encore à cette époque , les rideaux du lit qui gardaient du froid. Dans l'inventaire des meubles d'une femme justiciée en \oho, je lis : Trois Custodes, deux vertes et une noire.
On lit au-dessous d'un fleuron :
LA