‹ De l'organisation des bibliothèques dans ParisChapitre 28 sur 54 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

Eu i65o, par un commencement de réaction, on trouvait la plume de Blotbien licencieuse et sa muse par trop effrontée ; voici son repentir :

Vous demandez d'où vient ma peine Et qui me tient tant désolé,

Note 16.

C'est qu'on dit que j'ai mal parlé

Du et du cl de la reine,

Ils ont nienty les mazarins.

(Collection Maurepas, tom. xxni, f. 1 19.)

Guy-Patin , parle des dangers que courut l'imprimeur de la Custode :

Samedi dernier de grand malin, tin imprimeur nommé Morlet fut ici surpris, imprimant un libelle diffamatoire contre la reine, sous ce titre : La Custode du lit de la reine. En voici le premier vers :

Peuples, n'en doutez plus, il esl vrai qu'il la baise.

// fut mis au Chùtelet, et dès le même jour il fut condamné d'être pendu et étranglé; il en appela à la cour, lundi on travailla à son procès, hier mardi il fut achevé, et sa sentence confirmée. Quand il fut sorti de la cour du palais, le peuple commença à crier, puis à jetter des pierres, à fraper à coups de bâton et d'épées sur les archers qui étaient en petit nombre, ils commencèrent à se défendre, puis à se sauver, le bourreau en fil de même, ainsi fut sauvé ce malheureux.

(Guy-Patin, Lettre à Belin fils, tom. v, p. 3i, 21 juillet 1649.)

Le coadjuteur ne savait qu'incomplètement le fait, mais il en assume gaîment la responsabiliié, en nous expliquant toutefois qu'un intérêt politique, plutôt qu'un sentiment de convenance, mit une entrave à la publication des satires contre la reine:

Nous avions intérêt de ne pas étouffer les libelles, ni les vaudevilles qui se faisoienl contre le Cardinal, mais nous n'en avions pas un moindre à supprimer ceux qui se faisaient contre la reine. (Ed. 120, tom. 1, p. 273.)

Le grand frondeur ne les étouffait pas tous, et Morlot, avant d'avoir été poursuivi pour sa Custode, avait inondé Paris de libelles non moins scandaleux. L'un est intitulé : Chronologie des règnes malheureuses par l'insolence de leurs favoris, dédiée à la règne régente, pour lut) servir d' exemple et de miroir. A Paris, 4", 16/19, chez Claude Morlot, rue de la Buchérie, aux Vieillcs-Estuves.

De tous ces libelles je n'extrairai que le passage suivant, qui a irait au mariage de la reine avec le cardinal, opinion généralement établie dès 16Z17, et dont nous a\ons vu (pie la princesse Palatine s'était faite le lointain écho. La pièce est intitulée : Svitte dv silence av boct dv doigt : Pourquoy tant blasmer la règne de ce qu'elle agme le cardinal, n'y estelle pas obligée, s'il est vrag qu'ils soient mariez et que le père Vincent ayl ratifié et approuvé le mariage. Mais qu'ils le soient ou qu'ils ne le soient pas : une dame peut-elle hayr un homme qui est infatigable au jeu d'amour et qui la contente parfaitement. l'ermons la bouche, paix. In-4°, sans lieu ni date. Voir aussi : La requeste civille contre la conclusion de la paix, p. 5 (sans lieu), 16A9. Dans une autre pièce (Le Duel de M. de Ileaufort), on suppose que l'arrestation de M. de

Beauforl est due à cette fâcheuse circonstance, qu'il aurait surpris Mazarin dans la ruelle de la reine, lui faisant des protestations d'amour.

Je citerai maintenant quelques uns des vers qui se composaient alors, qui s'imprimaient, se colportaient, et se lisaient jusque dans les salons, tandis qu'ils se chantaient dans la rue. Au point de vue historique, il est utile de connaître ce débordement du cynisme :

Sans le secours de Mazarin, Où seriez-vous, roi 1res chrestien, Dame Anne bien apprise, Pour vous faire par son canal Fils aîné de l'Eglise, Vous eut d'un cardinal.

(Bibl. Roy. ,Collect. Maurepas, tom. 1, f. 227.)

Tricotets :

Dame Anne, que ne prenez-vous Jule Mazarin pour votre epous, 11 est Italien de nation, Vous êtes espagnolle, Vous aimez le drôle, Vous sçavez qu'il est bon compagnon.

La goûte nous va vanger De cet impertinent estranger, Car quand dame Anne l'apellera,

S'il faut qu'il la

Et qu'il ait la goûte,

La double p le chassera.

(Tom. 1, f. 205.)

Le cardinal Mazarin

Est trop fin Pour se travailler en vain, Chaque coup de c. qu'il donne Fait branler une couronne.

(Tome 1, p. 3Û7-)

De loin en loin, on prend un ton plus

calme :

Reine, vous étiez de la France

L'objet le plus chéri de tous

(Tome 1, page 353 ) Mais la guerre civile hurle au dehors do Paris, il faut hurler au dedans :

Chanson sur l'air des petits sauts de Bordeaux. i65l.

Dedans Poitiers la grand-ville, Gallerie on fait bâtir, Fort commode et fort utile Pour entrer et pour sortir.

Le Mazarin s'y promène Et peut aller chaque nuit Sans panioufle et sans mitaine, Trouver la Reine à son lit.

Quoiqu'on peste et que l'on crie, Elle veut son Mazarin; Par la même gallerie, Le Roi veut voir son parain.

Je ne scay qu'a fait cet homme Pour les rendre ainsi soubmis; Mais s'il fait ainsy qu'à Rome, Dieu gai d la mère et le fils.

(Tome it, p. !\o3.)

Note 17.

Il reviendra, mercy Dieu, dit dame Anne,

On le verra fleurir dans Paris,

Comme un bouton de Rose qui s'épanouit,

Il reviendra, merci Dieu, dit dame Anne.

Mais s'il revient, que lui faudra-t-il faire?

Il lui faudra couper ses géniloircs;

Le Roy leur dit : ne lui en coupez gueres,

Car ma maman en a encore à faire.

(Tome i, page 211.)

Loret, l'auteur des lettres en vers qui paraissaient chaque semaine, n'était pas homme à se permettre d'allusion à une position aussi délicate, mais dans son innocence ou sa réserve et en rapportant un bruit populaire, il indiquait l'opinion publique. On se rappelle que le Cardinal était sorti de Paris au commencement de i65i ; les Parisiens, ivres de joie, doutaient de leur bonheur et croyaient Mazarin caché partout. Un cri général s'élève et d'une voix unanime on dit qu'il est retiré au Val-de-Grâce , église et abbaye fondée par Anne d'Autriche, et Loret en se moquant des Badauds, ajoute qu'on assure que :

.... Ledit Mazarin Chantait tous les jours au lutrin, En habit de religieuse.

(Loret, 8 oct. i65i.)

La mort, ni le temps, cette autre mort, ne purent imposer silence à l'indiscrète malignité. Voici deux épigrammes, l'une de 1C61, l'autre de 1720 :

Monsieur le cardinal est mort, Il est mort dedans Vincenne ; Hélas! s'il n'était pas mort,

H encore la reine.

(Tome xxiii, p. 36i.)

Veux-tu scavoir en quoi diffère

De Mazarin le ministère.

Et de Las le futur pendu ?

L'un ne f que la Régente,

Par celuy cy tout est f.... :

Le Régent, Testât et nos rentes.

(Tome xiv, f. 323.) (Voir encore le Val-de-Grace, dans le Nouveau Siècle de Louis XIV, tome 11 , p. 60.)

Toutes ces chansons obscènes, tous ces libelles infâmes sont-ils des preuves? non sans doute; mais ils forment l'imposant témoignage d'une opinion générale qui se traduit dans toutes les langues que parle la passion.

Viennent les défenses, les apologies. J'en citerai une; c'est Bricnne (ils qui parle :

La galanterie de la Reine, s'il y en a, élnil toute spirituelle; elle était dans les mœurs, dans le caractère espagnol et tenait de ces sortes d'amours qui n'inspirent pas de souillure; j'en puis du moins juger ainsi d'après ce que m'a raconté ma mère. La Reine avoit pour elle beaucoup de bontés, et ma mère qui laimoit sincèrement, osa l'entretenir un jour de tous ces mauvais propos. — La reine lui répondit : « Pourquoi, ma chère, ne m'as-tu

pas dit cela plus tôt ? Je t'avoue que je l'aime et je te puis dire même tendrement, mais l'affection que je lui porte ne va pas jusqu'à l'amour, ou si elle y va sans que je le sache, mes sens n'y ont point de part ; mon esprit seulement est charmé de la beauté de son esprit. Cela serait-il criminel? ne me flatte pas: s'il y a même dans cet amour l'ombre du péché, j'y renonce dès maintenant devant Dieu et devant les saints dont les reliques reposent en cet oratoire. Je ne lui parlerai désormais, je t'assure, que des affaires de l état, et romprai la conversation dès qu'il me parlera d'autre chose.

(Brienne, mémoires, tome 11, page ûi.) Le Cardinal continua-t-il à lui parler d'autre chose, la Reine eut-elle longtemps la force d'interrompre la conversation ? Il faudrait le croire si l'on s'en fiait à madame de Motteville; mais l'honnête dame d'honneur trahit, dans son irritation contre le Cardinal, l 'amertume que lui avait fait éprouver la domination supportée patiemment par la Reine. Peut-on accepter avec plus de confiance les témoignages de la duchesse de Nemours, de l'avocat général Talon, etc., etc.? ils ne prouvent que de la parfaite honnêteté des auteurs de ces mémoires.

(17) Richelieu avait demandé pour Mazarin le chapeau de cardinal dès l'année 1639, il lui fut accordé le 16 décembre 16Û1.

A la mort du cardinal de Richelieu, Louis XIII acceptant ses dernières volontés politiques, écrivit aux Parlements, aux gouverneurs et à ses ambassadeurs, une lettre circulaire dans laquelle on lit cette phrase : J'ai pris la résolution de maintenir en mes conseils les mêmes personnes qui m'ont servi pendant l'administration de mon cousin le cardinal de Richelieu et d'y appeler mon cousin le cardinal Mazarin, qui m'a donné tant de preuves de son affection, de sa fidélité et de sa capacité dans les diverses occasions où je l'ai employé.

La Reine ne se ressouvint plus à la mort du Roi de tout ce qu'elle s'était promis du vivant du ministre. Le père Duneau, chargé des affaires de France à Rome, pouvait écrire au cardinal Mazarin ce qu'il avait dit au Pape :

J' ajout ay que la Heine m'avoil dit que ceux qui croioient que V. E. cust besoin de la guerre pour se maintenir, se trompaient bien fort et ne connaissaient pas la court parce que le Roy voulait plus de bien à V. E. qu'elle mesmr et qu'on sçauoit combien elle avait hazardé pour V. E., et que la lieyne m'avait raconté ce que luy dit le feu Roy avant que de mourir : je vous prie comme mari et vous commande comme Ray que vous ne souffriez jamais , pour quoy qui arrive.que le cardinal Mazarin soit esloignè de mon fils.

( Arch. des affaires éli angères, Rome, 17 novembre 16Ô9.)

On lit dans les tablettes du cardinal Mazarin à l'année 1 6/(3 , la particular ité suivante : Si nutrifre il Re contro la memoria del Car-

dinale : se li cantano Canzoni contra di lui : a srhaliotlo Senese disse, vedendo il ritratlo del Cardinale — eccola quel Cane — et il lie disse : datemi una balestra per tirarli. (Bibl. roy. mss. Fonds Baluze, n. U, pag. f\i ) La Reine étak-eile pour quelque chose dans cette vengeance de subalternes, puisqu'elle reçoit l'avertissement? (Voir les mémoires de Laporte. )

Le cardinal Mazarin en prenant le timon des affaires voulait en laisser la direction à la Reine, au moins en apparence; il stimulait sou attention et lui rappelait ses devoirs lorsque les pratiques religieuses, ou son indolence native entretenaient son indifférence : S. .11. pensa corne passa far servir li a/fari pubblici alli privati di devolione e dovrebbe far il contrario — Julio Pariai mormora di queste frequenti e pubbliche devolioni e se ne parla in ogni luogo con disprezzo. S. M. se ne informi e iroverala verità. Dio e da per tutlo e perciù S. M. puol pregarlo in casa d'ordinario, e non dar luogo a discorsi che sono estremamente pregiuditiali al suo servilio. Saria beneche talcolla fac.esse consigli straordinarij per far creder,ctc, etc. La fu regina madré faceva portai' sert livre chiamar segreiarij di stato ecose simili lutte per apparenza,poiche in effelli, non vi applicava punlo e lassava fare alli miuistri, ma e un gran punlo, che il pubblico creda che la vera applicaiione di S. M. e al bene del Re e dello stato et incio si conformera S. M. alla volonla di Dio, che gli ha dato ilgoverno di questo regnoe l'educatione del lie, perche trascuri ogni altra cosa per far bene qucsla e S. M. creda che fa piu per Dio un momemo che dona a questo, che le hore inliere di orationi , et di visite di chiese, e di lanli sermoni e vespri. (Bibl. roy. n. 5, pag. 26, année i64Û.) Je cite ce passage, parce qu'il est établi chez les historiens, que le cardinal Mazarin s'était emparé des affaires et en tenait la Reine éloignée, contre son yré.

(18) On a imprimé par erreur Saint Pol , comme il est écrit dans les Mémoires de Brienne, mais c'est Saint Paul qu'il faut lire; j'en donne les raisons dans la note Û07. Le SignorOiulio logeoit dansl'hotel Saint-Pol lors qu'il étoit à Paris, avant qu'il fût cardinal. (Brienne, Mém., tom. I, pag. 282. Voir aussi Segiais, OEuvres, loin. I, p. 201, édition d'Amst., in-12», 1723) Je ne puis rappeler cette particularité sans relever une petite calomnie de Brienne, tout au plus excusable chez un fou, qui cherchait à retrouver des souvenirs de quarante ans de date. Il fait entendre que Mazarin montra la dernière ingratitude envers M. de Chavigny, qui aurait été l'auteur de sa fortune. Je n'ai pas le temps de discuter ce point, mais une petite note écrite par le Cardinal sur ses agendas, en septembre iG7i8, servira de réponse : Priolau (Priolo) m'a dit, que M. de Chavigni avoit dit à M. de Longaville , que je luy avoys de grandes obligations pour mon cardinalat et parce-

MAZARIN. Note 20.

que il sayl que j'ay dit, et il est public, le sachant boucoup de persones et particulièrement Madame d'Esgullon et tous les autres parents de feu M. le Cardinal que S. E. m'avoyt dit boucoup des foys à la présente mesme de M. de Chavigni, que je n'avoys obligation que à luy Cardinal de ma calotte roussie pour user de son mot. M. de Chavigni a dit à Longaville que M. le Cardinal luy disoyt à part que ly avoyt bien contribué aussy.

Je n'avoys comte M. de Chavigni et il n'estoyt pas en France, quand feu M. le Cardinal me promit le chapeau par le moyen de la France sy je n'en pouvoys venir à bout par des autres moyens; et cela je l'ay par escrit : il est bien vray que je empêché plus d'une foys, que M. de Chavigni n'aye esté perdu. ( Bibl. roy. Fonds Baluze, n. 10, pag. 36.)

Pour un service signalé qu'il rend à Chavigni, voir encore Aubery, Hist. du cardinal Mazarin, tom. I, pag. 95.

(19) Le comte de Clarac dans sa description du Louvre indique exactement l'appartement qu'occupait le cardinal Mazarin, au dessus de celui du roi. {Musée de Sculpture, tom. I, pag. 56i et 657.) La Reine quitta le Louvre le 7 octobre 1643. L'appartement de Mazarin dans le palais Cardinal était dans la cour donnant sur la rue des Bons-Enfans, où il y avait sentinelle et corps-de-garde comme aux autres issues et entrées. Il semblerait que ce changement de demeure fut conseillé par Mazarin, au moins est-ce ainsi que j'interprète une note mise par lui sur ses tablettes manuscrites vers le mois d'octobre i663 (N. 3, pag. 7). Si mette adesso in lesta al lie che e meglior la dimora del Luvre, e che le notti sono troppo lunghe al Palazzo Cardinale. (Bibl. roy. Cab. des mss. Fonds Baluze.) On sait que sur les réclamations de madame d'Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu, le titre de Palais Cardinal fut rétabli. C'était devenu une sorte d'affaire d'État, aussi lit-on sur l'agenda du cardinal de i6fi7-48 : Tilolo del Palazzo Reale cambiato. (N. 9, pag. iU.) Le roi , en revenant à Paris, le 21 octobre i6.>2, s'établit au Louvre, demeure d'une défense plus facile que n'était le Palais-Royal.

(20) J'ai cru un instant, en me fiant aux gravures, que Le Muet avait voulu isoler sa construction, et qu'il avait laissé dans ce but une ruelle entre l'hôtel Tubeuf et l'ancien hôtel Chivry. J'ai même retrouvé une séparation sur les plans. L'inspection de l'appareil de la construction ne m'a pas confirmé dans cette opinion. Je vois, au contraire, des arrachements laissés en réserve, comme si l'intention eût été de continuer la façade de l'hôtel. Voici la note que j'écrivis sous nia première impression :

L'architecte, quel qu'ail été son nom, ne voulait pasconfondre sa nouvelle composition avec les anciennes constructions, il fit de son mieux pour l'isoler en laissant un espace libre

Note 22.

entre les anciennes maisons de Chivry et le nouvel hôtel. C'est ainsi qu'on le voit représenté sur le plan de Paris de M. N. Berey, exécuté sous le régne de Louis XIII , avec ce titre Carie générale de la bans liens de Paris. A Paris, chez N. Bercy, enlumineur du Roy, proche les Augustins, aux deux Glob°<: ,et sur une gravure du temps (,/. Marol fecit) qui représente la façade (Face du Palais Mazarin à Paris) avec l'ancienne porte flanquée de deux pavillons surmontés de petits dômes. Il est naturel que dans la restauration générale entreprise par le Cardinal, personne n'ayant plus à ménager Pamour-propre d'auteur de Pierre Le Muet, on combla cette ruelle par un petit corps de bâtiment raccordé sur la rue avec les deux façades.

(21) Le cardinal de Richelieu était loin d'avoir atteint la grande magnificence déployée par Mazarin; ses constructions sur l'ancien hôtel de Rambouillet, à Richelieu et à Ruel prouvent une certaine réserve , une sorte de petite économie. Aussi Tallemani des Réaux dit-il : 11 a bali à la ville et aux champs en avaricieux, (tom. II, pag. 18o); Sauvai, comparant le palais Cardinal au palais Mazarin, s'exprime dans le même sens. (Voir la note 228.)

(22) Le président de la Cour des comptes, Tubeuf, fut aussi surintendant des finances d'Anne d'Autriche et contrôleur de ses bâtiments; c'est sous sa direction que le Val-de- Grace fut commencé par François Mansart. Sous le ministère du Cardinal ile Richelieu, c'était encore un fort petit monsieur. Bois- Robert se moqua de sa confusion un jour que le premier ministre l'invita à s'asseoir à sa table. (Tallemant des Réaux, vol. III, pag. 28; édition de Paris, 12°,1845, Delloye.) Dans les agendas du cardinal Mazarin, de on lit cette note : il. Touboujf ( le Cardinal italianisait tous les noms) intendente délie fabbriche délia Regina, corne laveva l'atira. Il veut dire sans doute comme l'avait la Reine mère. (Bibl. roy. Fonds Rethune, n. 5, pag. 68 et -72.) A la suite de ses relations avec le cardinal Mazarin, le président Tubeuf eut une large part dans l'animosité qu'excita le ministre ; il parait dans tonies les Mazarinades comme un joueur effréné. if. Tubeuf tiendra brellan, dit un de ces libelles, en donnant à chacun des amis du Cardinal un métier infâme. (Voir les Mestiers de la cour. Paris, in-4. , 16^9; et la liste générale de tous les Mazarins , qui ont été déclarés et nommés, demeurant dans la ville et faubourgs de Paris, avec leurs noms , surnoms et demeures. Paris, in-Û., i652, François Malaisé.) Tailemantdes Réaux, qui ne manque jamais de recueillir une anecdote plaisante ou un bon mot, quand ils portent atteinte à quelque réputation, nous raconte que le duc d'Orléans étant à l'église le jour de la Passion, vit à sa droite La Rivière et à sa gauche Tubeuf. Il se mit à dire, en regardant la Croix ; Je vous vois, Seigneur, entre deux brigands. (Tom. V,pag. t53.)

Par compensation de ces atteintes portées a sa considération, le président fil d'assez bonnes affaires pour être en état de recevoir à Ruel et de se faire construire après la cession de sa maison un vaste hôtel sur la rue Vivienne. Cette belle demeure est longuement décrite par Sauvai, et sa réputation ne fit que s'accrottre lorsqu'elledevint l'hôtel deTorcy.f Voir pl. II.) On lit dans Biienne l'anecdote suivante: Quelques jours avant la mort du Cardinal, M. Tubeuf lui apporta quelqu' argent qu'il lui devait du jeu ; c'était le reste de bien plus grandes sommes qu'il avait perdues contre Son Eminence. Le Cardinal reçut cette modique somme qui n'était, m'a-t-on dit, que de quinze cents livres et la mit dans sa cassette qui renfermait ses pierreries. Il les prit les unes api es les autres, en disant à if. Tubeuf qui s'attendait à recevoir de sa libéralité quelque beau diamant : je donne a madame Tubeuf, ce qu'il répéta plusieurs fois, en remuant ses bagues et

ses bijoux ; je donne a madame Tubeuf —

Quoi, dit if. Tubeuf en tendant la main. — le bonjour, ajouta Son Eminence ; puis il referma sa cassette, et le pauvre Tubeuf se retira avec sa courte honte : si cela est vrai, l'on peut dire qu'il joua la comédie jusqu'à la mort. Ce dernier trait marque l'intention de Brienne, il citait l'anecdote pour motiver la réflexion critique dont il la fait suivre. Quoi qu'il en soit, elle suffit pour nous montrer Tubeuf en bons rapports de société avec le Cardinal jusqu'à sa mort.

II le reçut chez lui plusieurs fois ; nous parlerons d'abord de la réception qu'il a faite à la famille royale :

Le lendemain (gaoust t65i) monsieurTu- D'un divertissement tout neuf [beuf Prit avec de grands frais la peine De régaler tant Roy que Reine Dans le beau village d'Issy A quatorze stades d'icy.

(Lorct, liv. II, pag. 106.)

Puis il reçoit la Reine, le Roi, le duc d'Orléans et le Cardinal à la campagne,

Célèbre et beau lieu.

Qui fut à défunt Richelieu.

Monsieur Jules, quoy qu'homme sobre Ne crut point encourir d'oprobre De boire, illec, mainte santé.

Le libéral monsieur Tubeuf Leur fit voir un balet tout neuf.

(Liv. IV, pag. 73.)

Plus lard, en 1638, au mois de septembre, lorsque le Cardinal ayant appris la mort du plusjeunc des enfants de la maison Conti, vint consoler leur mère, et pendant les deux jours qu'il resta à Paris, n'ayant pas sa maison.

Monsieur Tubeuf, Prézidant, Et Colbert, son sage intendant, Traitèrent ladite Eminence, Avec ordre et magnificence.

(Liv. IX, pag. j/16.)

De i065 à iOGq, le président Tubeuf fut, de concert avec M. de Besons, intendant du Languedoc pour l'administration des finances. Il avait su par ses services gagner l'affection de la Reine mère, qui lui laissa cent mille francs par son testament. Pour ne rien omettre de ce qui de près ou de loin peut s'être ressenti de l'influence du Cardinal, je rappellerai qu'il y avait dans l'église de l'Oratoire la chapelle des Tubeuf, peinte par Philippe de Champagne, en 1643.

(23) J'ai écrit, dans une revue, un article fort superficiel qui commençait ainsi :

Un soir, bien avant dans la nuit, il y a deux cents ans, le président Tubeuf pestait contre sa mauvaise chance, il venait de perdre son dernier écu; il joua sa maison, le Cardinal la lui gagna, et le peuple de chanter dans une de ses Mazarinades :

Il joue hardiment avec le sieur Thubeuf, El croit cent mil escus n'estre plus qu'un esteuf; Mais en continuant sa bienheureuse chance, Tubeuf perd à la fin plus qu'il n'a de finance. Et devient en jouant si troublé de raison, Qu'il le fait déloger de sa grande maison.

( Les Ceiniuries de la naissance de

Jules Mazarin, p. 3. Paris, M.

Mettayer, iôAq, in-A°.)

J'avais accepté comme vrai une de ces mille et une calomnies qui traînent dans les Ma- 7arinades , et qui est devenu ensuite, par la force des redites de toutes les histoires de Paris , un fait positif et authentique. Les informations n'ont pas été meilleures au cabinet des estampes de la Bibliothèque royale , car on lit cette ancienne note dans la collection topographique de Paris: achapt de 'l'hotel mazarin. L'hetel Mazarin acquis par la compagnie des Indes avait été bati par le président tubceuf qui Va joué avec le cardinal de Mazarin au piquet et vottlul bien se laisser perdre. Il y avoit encore dans cette maisGn une plaque de cheminée où sont les armes des Tubceuf et des Talons , la femme du président Tubceuf étant de cette dernière famille.

Le cardinal Mazarin mentionne plusieurs fois dans ses agendas, l'acquisition de sa maison et les acomptes qu'il paye à M. Tubeuf. Ainsi dans le carnet de i6û4, il inscrit une rentrée et ajoute : La méta per la miaCasa a M. Toubouf. (Bibl. roy. Fonds Baluze, n. 6, P- 77-)

La correspondance de Mazarin avec son intendant Colbert contient les états de ses biens et revenus pour plusieurs années, on y voit qu'en i656 il était encore dû au président Tuhreuf pour prix de son Hôtel, une somme de 189,09.0 livres, 1 sol, li deniers. Cette dette était réduite en i658 à 100,000 livres. J'ignore quel a été le prix total , je ne puis accepter le chiffre de 680,000 livres, qui est celui que Tubeuf allégua pour mettre arrêt sur la vente de la bibliothèque et des meubles en i65i, il me semble trop élevé, comparé au

Note 25.

prix de plusieurs autres maisons vendues dans ce quartier et vers cette époque. Colbert, par exemple, acquit vingt ans plus tard la maison de Claude Vanel, vendue le 10 sept. 1660 à Bruant des Carrières i5o,ooo livres pour la somme de 80,000 livres. 11 est vrai qu'il usa de sa puissance et abusa du malheur d'un exilé poifr ne pas la payer ce qu'elle valait.

PeiiNêtre que les 100,000 écus attribuas au prix du palais Mazarin par lu Mazarinade citée dans cette note répondent à la valeur alors cet immeuble,

(24) J'attribue à P. Le Muet la construction de cet hôtel sans preuve certaine. Sauvai dit positivement que Tubeuf chargea cet architecte de lui construire dans la rue VMenne son nouvel hôtel, dont il donne une longue description (Hist. et Rech., tome II, p. 202.) J'ai pensé qu'il était probable que Tubeuf se servit du même architecte pour ses deux maisons , je dis ses deux maisons, car on s'est étrangement mépris en trouvant dans la description de Sauvai, l'hôtel acheté par Mazarini, il s'agit là de la nouvelle demeure que le président se fit construire après avoir vendu l'autre, et qui fut achetée plus tard par le marquis de Torcy. Elle parait sur le plan que je donne planche II avec ce dernier nom.

(25) Ces salles, marquées g et y sur le plan général, offrent dans leurs plafonds des peintures du meilleur temps de Vouet, et des encadrements dorés qui ont toute la richesse et l'ampleur du style de cette époque. La salle g renferme aujourd'hui les manuscrits orientaux et indiens; l'autre salle, qui est contiguë à la salle 1/, dite sale Fréret, sert de dépôt aux nouvelles acquisitions. Quelques années plus tard , Charles Lebrun et Eustache Lesueur furent chargés de rendre à jamais célèbre et de défendre contre les démolisseurs futurs l'hôtel de M. le président Lambert de Torigny.

Jacques Tubeuf avait fait décorer ses appartements, aussi bien qu'il éi ait donné alors de le faire, et il prouva en cela son bon goût. Quand on \eut savoir jusqu'à quel point tel personnage du dix-septième siècle a aimé ou favorisé les arts, on n'a qu'à questionner une collection de portraits. Le nombre et le choix des artistes fixe l'opinion. Le président Tubeuf s'était fait peindre et a été gravé par les artistes suivants :

l° M. Lasne. 1 645. Folio; 20 M. Lasne, d'après /'. de Champagne.

folio.

3° Jean Guerin. Folio oblong dans un

encadrement.

h" J. Morin, d'après P. de Champagne.

Folio.

5° N. Poilly. 1666, d'après P. Mignard. Folio.

etc., etc., etc.

LE PALAIS MÀZAKïN.

Note 27.

LE PALAIS MAZiARlPi.

(26) Sauvai dit la même chose du palais Cardinal, qui lut plus tard le Palais-Royal : Son irrégularité ne lui vient que de ce que nous l'avons vu s'étendre et grossir avec la fortune et Ifs espérances de ce premier ministre (tome H, p. i5g.).

(27) J'avais réuni ce que je croyais être les éléments suflisants d'une histoire des Mazarinadcs, et je comptais dans cette note indiquer leur origine, citer les noms des auteurs et des imprimeurs , et rechercher quelles avaient été les Intermittences de cette fièvre folliculaire, le mode de la vente et le nombre probable de ses écrits, je voulais enfin envisager les pamphlets de la Fronde sous le rapport de l'influence qu'ils ont exercée sur les passlous des contemporains, les affaires du temps et l'esprit des historiens. J'annonçai cette intention dans le soin naire des notes. Depuis lors j'ai été accueilli par M. Moreau , avec toute la bienveillance d'un homme d'esprit et une confiance qui n'est pas ordinaire chez tous les savants. Il m'a montré un catalogue de plus de quatre mille Mazai inades , dont les titres relevés avec soin sont suivis d'un résumé qui doitêlre faitavec intelligence. Ce travail préparé pour la publication sera suivi de listes complètes des imprimeurs et des auteurs, et sans doute précédé d'une introduction historique. Une visite, trop courte à mon gré, m'a suffi cependant pour acquérir la conviction qu'il y avait là un travail consciencieux et dès-lors j'ai renoncé à celui que j'avais entrepris. On ne trouvera doue dans cette note qu'un petit nombre d'exiraits des agendas du Cardinal, restés inédits et ignorés de M. Moreau. Ils pourront lui être utiles.

Dès i648-le cardinal Mazarin renonça à n'opposer que son indifférence à cette fabrique infatigable de libelles de toutes sortes, il écrit dans ses agendas : Court un livre en latin contre moy, dont la conclusion est que je m'entends avec le Turc et que absolument je lui délivreré l'Europe si on me laysse faire, etc. Le vrny moyen pour dissiper toutes ces méchancetés se seroil de faire un livre dans, lequel on dit contre moy tout ce que peut tomber dans l'esprit des plus méchant afin que, etc. Cet etc qui forme la conclusion de plusieurs notes de ses agendas est facile à interpréter, l'exagération des calomnies devait en être le remède et ainsi s'explique le ridicule de certaines pièces.

Le 9 septembre de la même année il écrit cette note : Le coadjutcur continue à fayre imprimer les libelles et fayre des gazettes par Ménage que on envoyé par tes provinces escrittes à la mayn et on fayt courir par Parys. (N° 12, p. u3.)

Gomli avait compris, dès lors, la puissance de la presse, il s'en servait comme d'.une arme contre ses adversaires, et comme d'un marchepied pour sou ambition ; ainsi chacune de ses démarches avait un premier Paris sous forme de Mazarinade; an retour de sa fameuse vi-

site à Compiègne, il écrit : // y eut dès le lendemain un libelle qui mit tous mes avantagesdans leur jour, (tome I, p. 278. )

Mazarin avait raison d'attribuer au coadjuteur les libelles qui paraissaient contre lui, car s'il n'en était pas l'auteur, il se vante d'en avoir été l'instigateur; 011 lit dans ses mémoires des aveux de cette franchise : Je lut/ attachai Marigny qui revenoil tout à propos de Suède et qui s'étoit comme donné à moi. Le Cardinal avait parlé à Bouqueval de son obéissance nu roi en la comparant aux glands de son collet. Marigny paraphrasa ce mot en prose et en vers un mois ou cinq semaines devant que le roi sortit de Paris, et l'effet que fit cette paraphrase est inconcevable. Je pris cet instant pour mettre l'abomination dans le ridicule, ce qui fait le plus dangereux et le plus irrémédiable de tous les composés. (Mém. édit. 12°. 1 84-2, tome I, p. 124.) Voir aussi les mémoires de Bussy Rabutin , tome I, p. 189, il parle do ces quatre ballades si fameuses conti e le cardinal Mazarin .

Le coadjuteur s'identifiait avec les auteurs des libelles, dans son grand discours à M. de Bouillon, en 1649; il lui dit : t\ous égayons les esprits par nos satires, par nos vers, par nos chansons, le bruit des trompettes, des tambours et des timbales, la vue des étendards et des drapeaux réjouit les boutiques (tom. 1, p. 176), et en 16Ô2 il reprend son ardeur un moment endormie : Les libelles recommencèrent (avril), répondis- La trêve de l'écriture se rompit, et ce fut en cette occasion, ou au moins dans les suivantes, où je mis au jour quelques uns de ces libelles. (Tom. 11, p. 166, édit. 12°).

Mazarin regarda long - temps ces écrits avec une profonde indifférence. Paris était inondé de pamphlets, dont on avait déjà publié plusieurs catalogues entiers (depuis le 6 janvier 16Z19 jusqu'au 1" mars, depuis le 1" mars jusqu'au 20, et Guy Patin, du i5 mars 16/19), lorsque Naudé se mit à en critiquer quelques centaines.

En prenant la défense de son maître, il faisait preuve d'un genre de courage rare à toutes les époques, il risquait sa vie, ce n'était rien ; il risquait sa réputation d'homme de sens et d'esprit, pour un écrivain, c'est beaucoup. On jugera du danger qu'il courait, en lisant les pamphlets du temps, par exemple : La juste réfutation des injustes louanges qu'impudemment a osé donner un médecin du Boy à Jules Mazarin, te plus scélérat de tous les hommes, et qui est en exécration a Dieu, aux anges et à toute la nature. A Paris, 16/19, avec permission, chez François Aoel.

Naudé eut autant de courage que Henaudot, et dans son Jugement de tout ce qui a esté imprimé contre le cardinal Mazarin jusqu'au ier avril 16/19, il passe en revue les principales Mazarinades, au nombre de huit à neuf cents, qu'il appelle de gros escadrons de médisance ; son ouvrage eut plus de succès que n'en devait attendre un fou qui s'iniayi-

liait d'appeler le cardinal Mazarin, en i67i9, le plus innocent ministre qui ail jamais esté en Fi ance.

Au milieu de cette fièvre générale, en face de cette irritation factice, la personne la plus intéressée dans ce débat restait impassible. En juillet 1 650, le Cardinal sortit enfin de son apathie, et on lit dans son agenda cette note significative : Fayre quelque papier et l'imprimer pour informer le peuple du sujet de mécontentement du coadjuteur, un autre de sa vie et mœurs et comme^sa mai/son s'est establie en France. (N° îû, p. 83.) Cette pièce fut rédigée par le fameux d'Hozier, bien que son fils prétendit qu'il n'avait fait que la signer par complaisance. Tallemant des Keaux parle du célèbre généalogiste d'une manière à faire douter dejsa complète intégrité historique, et l'abbé de Bois-ltobert, autre bonne plume, attaque aussi ce côté de la probité de d'Hozier; dans son épltre adressée au cardinal Mazarin, il lui dit qu'il est délaissé, tandis qu'autrefois chacun le recherchait :

On nie droit le chapeau dans la rue, On m'adoroit et les plus appareils Payoient d'Ozier pour eslre mes parens.

C'est la seule fois que le cardinal parait, dans ses noies, éprouver quelque irritation contre ce déluge d'écrits satiriques qui, cinq années plus tard, en pleine paix et par le fait de la réflexion, lui semblaient un gros grief contre le cardinal de Relz. En effet il écrit dans son faclttm adressé au pape, en juillet i655, intitulé : Mémoire des crimes sur lesquels le procès doit être fait au cardinal de Retz, cet article : Que le dit cardinal de Itetz a esté aulheur de toutes les persécutions faites à M. le cardinal Mazarin, de tant de libelles infâmes contre son honneur et de tant d'arrêts contre son bien et sa vie, qu'il semble s'être rendu indigne de jouir des privilèges d'un caractère qu'il a si fort méprisé cl outragé. (Publié à la suite des Mémoires de lletz. Edit. 12", Paris, 18Ô2, tom. u, p. 3<jo.)

Nous savions par les Mémoires de Tallemant (tom. vi, p. ig3) que l'intendant de Lafcmas et son fils l'abbé écrivaient des Mazarinades ; l'agenda du cardinal (16Z18) confirme cette assertion : L'abbé de Lafema et Buy font des vers continuellement contre la lieyne et le goucernement. (N" 10, p. 0/2. Voir encore les agendas N° 11, p. 72, N" 13, p. Si, N" 15, p. 27, etc., etc.)

On croyait que ces nombreux pamphlets dont il a dù paraître, pendant le temps circonscrit de la Fronde, à peu près cinq par jour, étaient tirés à petit nombre; une note du Cardinal vient à l'appui de quelques autres indices pour donner la preuve du contraire, elle est de la fin de 1649 • On a envoyé plus de 6Œ copies du libel contre moy et d llemerij dans toutes les provinces. (N° 12, p. 37.)

On parle en général beaucoup des Mazarinades, mais on ne les lit guère, et l'on fait bien, car je ne sais rien de plus violent sans

raison, de plus ordurier sans esprit. Sans doute, quand un esprit vif et mordant comme le coadjuteur s'élevait contre un Coudé (voir ses Méni., tome II, p. 173) ou flagellait de son sarcasme un Chavïguy, ces pamphlets font exception; aussi ce n'est pas dans l'insipide collection des Mazarinades, mais dans les œuvres de ce brillant écrivain, qu'il faut les placer. Lui-même les appréciait ainsi: Il y a plus de soixante volumes de pièces composées dans le cours de la guerre civile. Je crois pouvoir dire avec vérité qu'il n'y a pas cent feuillets qui méritent que l'on les lise. (Tom. 1, p. liUi-)

Le plus grand nombre de ces libelles parut à Paris, à une époque où l'absence complète de pouvoir répressif, permettait au moins courageux de tout dire et de calomnier impunément. Guy Patin, dans ses lettres, parle de celte licence : On a fait ici courir, depuis huit jours, quantité de papiers volants contre le Mazarin, mais il n'y a encore rien qui vaille. Même j'apprends que le procureur général en a fait des plaintes au parlement, qui a ordonné que l'on empêchasl l'impression et la distribution de ces écrits satyriques et médisons; mais je pense que toutes ces défenses n'empêcheront pas d'en imprimer à mesure qu'ils en auront, et entre autres ils ont imprimé un journal de tout ce qui s'est passé depuis le mois de juin au parlement. Le cardinal est sanglé là-dedans tout au long et très vilainement comme il le mérite. Il me semble que c'est la meilleure pièce de tout ce qui s'est fait, mais je ne sais pas ce qui se fera à l'avenir. (27 janvier 1649.) Déjà à cette époque il prévoyait qu'on formerait la collection de ces pièces et qu'on réimprimerait les meilleures. // y en a déjà environ cent cinquante, mais je ne crois point que le tiers en mérite l'impression. Plus loin, dans la même lettre, il répète qu'on en imprime de lous côtés, tant en vers qu'en prose, tant en françois qu'en latin, bons et mauvais, picquans et satyriques, il n'importe, tout le monde y court comme au feu. (la mars 16/19.) Dans une lettre suivante on lit ceci : // y a ici horriblement de libelles contre le Mazarin. Quand on ne prendrait que les bonnes pièces, il y en a pour en faire un recueil de cinq ou six tomes in-lx", à quoi j'apprends que l'on travaille, en étant et retranchant les mauvaises pièces. Cela est merveilleux et sans exemple qu'on ait pu dire tant de différentes choses d'un seul homme. (2 avril 16/19.)

Quand on pense qu'on se barricadait (Tallemant, loin. 11, p. 171) pour lire la Milliade, pamphlet écrit par d'Estelan contre le ministre de Louis XIII, et publié à Amers (ne pas la confondre avec la milliade contre Mazarin ), on peut juger de ce qu'il y avait de patience débonnaire chez le successeur de Richelieu. Mais , comme le remarque Tal'emant des Réaux : On imprimait tout en ce temps-là. (Tom. iv, p. 5i et lli-)

Les pièces imprimées en forme de lettres,

Note 27. L1C PALAIS

de mémoires ou de volumes, n'étaient pas tout l'arsenal de la Fronde; elle avait encore les placards collés sur tous les murs et les illustrations satiriquesau moyen de la gravure. Ainsi on accrocha un beau jour, aux extrémitésdu pont Neuf, des placards et des tableaux peints à l'huile, où l'on avait figuré le Cardinal, en rochet et en camail, la corde au cou, avec cette légende : Jules Mazarin. l'our avoir empêché, par diverses fuis, la conclusion de la paix générale; pour avoir publiquement vendu tous les bénéfices; pour avoir suborné l'esprit de la cour ; pnur avoir violé les lois du royaume; a été condamné a êtrk étranglé

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