ET PENDU
Loret, homme de bon sens, écrivait le samedi 5 novembre i65o:
A Paris, durant qu'il fait sombre,
Arrive toujours quelque encombre.
Jeudy, la nuit, plusieurs badauts
Attachèrent à six poteaux,
En assez indigne posture,
Du Cardinal la portraicture.
Cet acte et son impunité
Témoignent bien en vérité
Un règne impuissant et débile.
De ces placards fort rares, il y en a une copie a la Bibliothèque Royale (Recueil de pièces imprimées) : Advis au peuple et à tous bons françois, affiché à Paris la veille de Saint Martin îètii.
Le nombre de Mazarinades qu'on a accompagnées de gravures, qu'on a illustrées, comme on dit de nos jours, est fort restreint. J'en ai cité deux dans la liste des poi trails du Cardinal. Il paraîtrait cependant que c'était un moyen assuré d'étendre leur popularité, en excitant davantage la curiosité. Dans sa conspiration contre la vie du cardinal de Richelieu, le coadjuteur devait se servir des nouvelles de l'armée pour exciter un soulèvement. On sait qu'il raconte avec une naïveté toute charmante ce premier essai de sa vie de cabales , et il ajoute : Nous le devions publier dans Paris avec toutes les figures. (Tom. i, p. 27, édit. in-120, 1842.)
La publication des Mazarinades ayant eu lieu dans un espace de temps assez court, on les fit presque toutes sur une même sorte de papier, plié petit in-4» : et, comme le dit Guy Patin, au moyen d'un titre général imprimé, ou put déjà de son temps en faire des volumes et former des collections. Il en existe un grand nombre avec la reliure du temps, et le libraire Techener a mis eu vente une collection entière, formée et annotée par Tallemant des Reaux. Dans les bibliothèques publiques, ces collections sont très nombreuses ; comme en toutes choses, la Bibliothèque Royale est la plus riche; celle de l'Arsenal en possède deux cent quatre vingt-neuf volumes qui réunissent quatre mille deux cent soixante-etdouze pièces cataloguées avec soin dans une table alphabétique très bien faite. Les morceaux les plus rares en font partie, et on les trouve facilement en cherchant au mot le
MAZARIN. \oo
plus saillant : La Custode de la Heine, au mot Custode; La Bouteille cassée , au mot Bouteille, etc. La Bibliothèque du Roi, au Louvre, compte soixante volumes, la Mazariue une cinquantaine , et les Bibliothèques de Sainte-Geneviève et de la Chambre des Députés ont chacune un assez riche contingent, (à la Chambre des Pairs il n'existe rien ence genre; je le remarque parce qu'on fait une confusion avec la collection Pixéricourt ) En province on cite la bibliothèque de Chartres, et à l'étranger quelques bonnes collections; mais il serait sans intérêt de donner plus d'étendue a celle revue sommaire. Dans les collections des bibliophiles on a souvent cité les quarantesix gros volumes de la Bibliothèque Colberi, les quatre-vingt-dix volumes de M. de Thon, le comte de Daru, qui en possédait un recueil en soixante-neuf volumes, M. Renouard, acquéreur de la collection formée par Secousse, et dont j'ai retrouvé la table manuscrite, intitulée : Table du recueil de cinquante-neuf volumes contenant ce qui s'est passé depuis l'année 16A9 jusqu'en 1660, mise par un malheureux hasard dans la Bibliothèque du Louvre, à la suite d'une collection assez nombreuse de ces pièces avec lesquelles elle ne correspond pas; enlin M. Leber, qui en a réuni un petit nombre des plus rares ; je les ai consultées à Rouen, dans les cartons oU elles sont assemblées. (Voir aussi son Catalogue, volume 11, N» Z1602.)
Plusieurs bibliographies de ces pièces fugitives, de ces pamphlets licencieux, de ces libelles honteux, ont été essayées; la plus complète se trouve dans la bibliothèque du père Lclong, au règne de Louis XIV, années l6£i8 à 53. Le Catalogue de La Vallière ne contient qu'une très laible partie de ce qui existe. Brunei, dans son Manuel, renvoie à M. Leber. Tous ces travaux sont incomplets, ce sont à peine des ébauches, mais connue je l'ai dit, M. Moreau a bien voulu appliquer à celle étude une persévérance digne d'un meilleur sujet, et composer un catalogue de Mazarinades qui deviendra, par ses recherches critiques et l'élévation de son esprit, un ouvrage historique, un répertoire utile pour tous les travaux, et une bibliographie indispensable pour ceux qui s'occuperont de celte curieuse époque.
Je ne veux pas clore cette note sans rappeler que Maucrolx lit aussi sa Mazarinade, dans une épitre adressée à Des Reaux, sous le nom de Danion, à l'époque du siège de Paris ; j'en citerai quelques vers, pour montrer l'exagération ridicule qui règne dans toute la pièce :
Un perfide étranger se baigne en noire sang,
France, dequoy te sert que tes fameux guerriers Marchent pompeusement, couronnés de lau-
[riers,
Si tu n'as triomphé que pour un étranger Qu'on voil insolemment ton pays ravager.
LE PALAIS MAZAMK.
Note 29.
Un. homme que le sort a tiré de la boue. Que son propre pays lui-même désavoue.
O lionte que le temps ne sauroit effacer !
Celte pièce a été publiée par M. de Monmerqué, d'après les manuscrits de la bibliothèque de Rheims,
(28) Voir l'extrait de la correspondance de Colbert (note i3l).
(29) Nous savons que le cardinal Mazarin fil les offres les plus brillantes (12,000 écus de pension, -75,000 francs de notre monnaie) au chevalier Bernin, en i6/|£i, pour venir à Paris lui construire son Palais. Il échoua devant la jalousie des Italiens avides des travaux de cet artiste en vogue, et particulièrement devant l'engouement d'Urbain VIII (Pamphili) qui croyait avec raison que le Bernin n'était rien sans Rome, mais à tort que Home n'était rien sans le Bernin. A défaut de l'artiste italien, le Cardinal choisit l'architecte français le plus habile. On ignorait qu'il se lût conservé une longue pancarte composée d'une gravure sur euhre et d'un texte explicatif Imprime en types mobiles au di ssous. La gravure représente François Mansard traînant après lui son attirail d'architeeleet se dirigeant vers un gibet. Elle est intitulée : Mansarade, ou portrait de l'architecte partisan. Après mille calomnies sur la manière dont il exécute les constructions à son profit, il est dit : A la gallerie Mazarine, il fut menacé de la corde pour chastier sa mauvaise conduite et le péril éminent où il l'avoit réduite. Bref, si je voulois faire recherche des dommages qu'il a causez dans les baslimens qu'il a faits, il faudroit un volume entier pour les contenir, aussi bien que les inventions de plafonds et de lambris qu'il se veut mesler de conduire, tous remplis de goli-flehets, où il n'a préparé que des nids pour les araignées, au lieu de donner place, comme il devoit à quelque excellent peintre pour y produire quelque riche pensée. (A Paris, ce premier may i05i. En attendant les almanachs.)
Il est évident que ce libelle, cette Mansarade qui ne le cède à aucune de ses sœurs les Mazarinades, nous donne le nom du grand artiste auquel nous devons la galerie Mazarine, ornée dans sa voûte, de moulures, et de compartiments qui nous semblent moins golifichets qu'au pamphlétaire.
En restituant à cet architecte une œuvre, dont il n'avait sans doute pas besoin pour grandir sa réputation, nous ajoutons et à ce qu'on savait du bon goût de Mazarin et a ce qu'on admire de beau et de bien proportionné dans sa galerie.
Cette rare gravure existe au cabinet des estampes de la bibliothèque royale; j'en ai trouvé un second exemplaire dans la riche collection de M. Hénin, mais le texte a été en!e\é.
Je donnerai ici la description du palais Mazarin faite par un de ces écrivains ignorés auxquels nous devons la grande collection des Mazarinades. Cette pièce parut à Paris en 16/19; on peut la comparer à la description de Sauvai, écrite quelques années après la mort du Cardinal. Ce rapprochement intéressant et instructif sous plus d'un rapport, servira en premier lieu à montrer que toutes les constructions du palais Mazarin sont antérieures à 16219 :