‹ De l'organisation des bibliothèques dans ParisChapitre 34 sur 54 · Le Cardinal prend soin de l'éducation du Dauphin · texte numérisé non relu

Le Cardinal prend soin de l'éducation du Dauphin

1 18. Le cardinal Mazarin est fait surintendant de l'éducation du Roi : Er. Chauveau, Inv.

119. Dix médailles et emblèmes, au sujet de la paix et du mariage, dont une du cardinal Mazarin.

En terminant cette longue liste de portraits gravésqui représente imparfaitement le travail qu'elle m'a coûté, je renverrai aux labh aux originaux. Ils sont nombreux en France, en Italie, et dans toutes les grandes collections. On lit dans le parallèle de l'abbé Richard, page 1)9. : Le Pape fit peindre dans le Vatican, les deux armées, et Mazarin au milieu passant du camp des Espagnols à celui des François, et s' empressant de leur faire signe de son chapeau (Voir pour ce fait la note 58). Le musée de Versailles a réuni plusieurs bons portraits du Cardinal , et deux tableaux remarquables dans lesquels il figure :

N° 265. Sacre de Louis XIV à Reims, le 7 juin i654, par Philippe de Champaigne.

N° 281. Le Mariage de Louis XIV, 1660, peint par Ch. Lebrun.

(61) Le spirituel poète qui donna une souveraine à la France, Scarron le cul-de-jaite et le mari de Françoise d'Aubigné, après avoir composé et répandu à profusion l'ordurière Mazarinade dont nous avons cilé quelques passages, écrivit le sonnet bien connu :

Jule autrefois l'objet de l'injuste satyre, Et le madrigal sur le portrait de Son Eminence par M. Mignart le romain.

Mignart qui donne en un tableau, A ce fameux ministre, une seconde vie, Et sans y faire entrer d'autres traits de magie, Que ceux de son hardi pinceau, Empêchera, malgré la dernière heure Qui met également tout le monde au tombeau, Que ce grand Cardinal ne meure.

(Les dernières œuvres de monsieur Scarron. Paris, 120, 1720. 1/ E.

I)avid,2 vol. Page 229, tome I.)

Scarron était lié avec Mignard ; son madrigal frappait à deux porles à la fois.

Cet artiste n'avait rien à se reprocher, en sollicitant la protection du Cardinal, il l'avait méritée a double litre, comme Français et comme ayant acquis son talent et sa réputation en Italie. Il revint en France en 1656, sur l'ordre du Cardinal, après une absence de vingt ans. A son arrivée, il fil les poi (rails du Roi et de la Reine, puis celui du Cardinal, à trois reprises différentes et à la satisfaction de tous. Voir : La Vie de Pierre Mignard, par l'abbé lie Monville, page 61, el le Catalogue de l'œuvre de Mignard, par Mariette, page

(62) Roberl-Nanteuil (né en 1630—1678), se rendit très célèbre par ses portraits dessinés au paslel d'après nature. Mm< de Sévlgné

LE PALAIS MAZARItV.

Note 63.

qui lui donna à peindre son charmant visage, parle de lui dans sa correspondance (11 sepl. 1676), et M"e de Scudéry fit ces quatre vers sur son propre portrait :

Nanteuil en faisant mon image, A de son art divin signalé le pouvoir : Je hais mes yeux dans mon miroir, Je les aime dans son ouvrage.

Malheureusement ces portraits dessinés rapidement pour servir de modèle à ses gravures, ne furent considérés que comme des esquisses qui n'avaient plus de valeur et méritaient peu d'égards, une fois que la gravure en avait fixé le seul mérite, la ressemblance. On n'a donc conservé qu'un petit nombre de ses dessins originaux. Je ne retrouve pas celui qui est porté dans l'inventaire de Colhert : Le portrait du Hdij, au pastel, de Nanteuil (Bibl. roy., suite du fonds Mortemart, n° 34) ; mais je puis citer le portrait de Mme de Sévigné, gravé par Edelinck et Delorge, l'ornement du cabinet de M. Traullc.

Si ses dessins sont rares, ses gravures sont nombreuses, et nous avons dans les collections d'estampes, 216 porlraits sorlis de son atelier de gravure ; je parle de son atelier plutôt que de lui-même, parce que d'après ce que nous savons de la vie qu'il menait, des plaisirs qui l'occupaient , des devoirs que lui imposait sa position officielle à la cour, des distractions que lui donnaient les écarts poétiques de son imagination, enfin d'après ce que nous connaissons de ses études faites sur le,s originaux , nous ne pouvons admettre que les 234 planches qui complètent son œuvre, soient entièrement de sa main. La plus longue vie d'un homme n'y aurait pas suffi, et Nanteuil n'a vécu que quarante-huit ans.

Parmi les personnes donl il a gravé les portrailsje ne pourrai citer que deux artistes (Evelyn dit le Petit Mylord, et Ant. Lepaultre l'architecte). Il est évident que Nanteuil fréquentait un monde beaucoup plusélégant que celui deses confrères, et ne quittait les gens de cour (pie pour les grands archevêques, les gros financiers ou les présidents au Parlement et à la Cour des comptes. Il a cependant peint et gravé les porlraits des frères Dupuy, peut-être a litre de gardes de la bibliothèque du Boy, et celui deMarolles comme amateur d'estampes; il prévoyait que le goût éclairé du second recevrait dans le grand dépôt des collections royales dirigées par le premier, un noble asyle, et que tous deux contribueraient à sa propre gloire.

Pierke Dupuy. En buste, dans un ovale supporté sur une console : l'en vs Pvteanvs Cl. Fil. — Nantueil facettât. H. 9 p. 7 lig. — I,. (i p. 8 lig.

Idem, en buste, dans un ovale. Au-dessous: Peins l'vleanvs Cl. Fil. — Nantueil [aciebat. H. 5 p. 9 lig. — L. 3 p. 11 lig.

Les deux frères Pieiîiie et Jacques Dupuy, le premier à gauche, le second à droite, chacun

dans un ovale avec cette inscription : Petits Pvteanvs Cl. Fit. — Jacobvs Pvteanvs Cl. Fil. A droite B. Nantueil f. H. 10 p. 2 lig. — L. 7 p. 2 lig. On trouve les deux portraits imprimés séparément et retouchés; on a représenté dans le fond une bibliothèque.

Michel de Marolles. A mi-corps, dans un encadrement carré; au haut à gauche : An. œt. 57 ; au dessous le titre en cinq vers latins; au dessous encore : Nantueil ad viuum faciebal 1637. H- 5 p. — L. 3 p 9 lig.

Nanteuil a gravé aussi les armoiries de ce digne abbé de Villeloing.

J'ai décrit dans le catalogue des portraits gravés du cardinal Mazarin, les quatorze numéros de Nanteuil ; je ferai remarquer ici que ce peintre-graveur n'a fait que onze portraits de Louis XIV, dix de Letellier et six de Colbert, bien qu'il ait travaillé pendant dixsept ans après la mort du Cardinal.

On sait que, les meilleurs renseignements sur cet artiste nous ont été donnés par Charles Perrault (Les Hommes illustres qui ont paru en France. Paris, folio, 1696, 2 vol.) Le catalogue de son œuvre a été fait par Florent le Comte ( Cabinet des sing. d'arch., peint., sculp. et gravure. Bruxelles, 8", 1702), et successivement perfectionné par Heinenken (Cat. mss., Bibl.de Dresde) ,\^sr B^rlf-ch(le peintregraveur) et par Robert Dunicsnil (le peintre graveur français, tome IV. Paris, 8°, 1839).

Le journal de Nanteuil, que Florent-le- Comte a consulté à la Bibliothèque royale, doit être rangé au nombre rie ces précieux documents que le désordre a laissé perdre ou qu'il ne permet pas de retrouver.

Lorsqu'on recherche l'œuvre des graveurs du dix-septième siècle, on est souvent fort empêché par les têtes de thèses qu'on s'était habitué dès lors à orner de gravures et qui sont devenues rares en partageant le sort de leurs compagnes. On aurait tort de vouloir toujours trouver un rapport bien intime entre le sujet et celui qui soutenait la thèse, ou bien entre le sujet et la thèse elle-même. L'anecdote qui suit, racontée par Ménage, en est la meilleure preuve : « Un de mes amis ayant à soutenir une thèse en Sorbonue, s'adressa à un habile graveur pour avoir une planche. Le graveur lui donna le portrait de sa fille peinte en vierge. La fille était um fort jolie personne qui avoit eu quelque galanterie, on disoit même un enfant, mais assez incognito. Mon ami fut rançonné, et pour s'en venger, il mit à sa thèse, pour inscription, Virgini mairi, et prit soin d'en donner l'explication. » ( Ménag. , lome m, p. 31).) Voir aussi même tome, page 267, une anecdote sur l'esprit de Nanteuil, qui ne se, montre pas moins dans une repartie, qu'omet Ménage, mais que nous a con-ervée Tallemant des Réaux. 'l'orne vu, p. 03.)

(63) On retrouve dans le graveur Masson, les traces de l'armurier et du damasquineur; la hardiesse de son burin le séduit souvent,

Note 65,

et il prend des difficultés vaincues pour des beautés de sou art. Né en i636 à Louvry près d'Orléans, il mourut en 1700, après avoir gravé soixante-deux portraits dont quelquesuns sont des chefs-d'œuvre. Voir Lévesque, Fuesli, Huber et Rost, Nagler et surtout l'excellent catalogue de M. Dumesnil. (Le Peintre graveur français, tome II, page io3.)

(64) Gérard Edelinck peut être revendiqué par la Belgique, si un acte de naissance constitue pour le génie une patrie, et pour la gloire un monopole. S'il en est autrement, ce grand graveur est fiançais par ses études et SfStravaux.il mourut à Paris, en 1707, à l'âge de 67 ans; il habitait alors le logement qu'il avait obtenu par faveur aux Gobelins. On a l'habilude et le tort de le confondre avec son frère Nicolas, de beaucoup inférieur en talent.

Son œuvre présente une suite de 200 portraits exécutés habilement, mais la plupart presque entièrement dans son atelier et par ses élèves. Bien que les plus grands personnages soient au nombre de ses clients, les artistes et les hommes de lettres reçurent de lui un accueil facile et engageant. Voici les noms des artistes dont plusieurs étaient morts depuis longtemps lorsqu'il grava leurs portraits : Blanchard (graveur); — Abr. Blomaert (peintre); — Pierre Van Bouc (peintre);

— Jean Cousin (peintre); — Desjardins (sculpteur); — Albrecht Durer (peintre); — Goltiius (peintre); — Ch. Lebrun (peintre); — Fréd. Léonard (imprimeur); — J.-B. Lulli (musicien); — Jules Hardouin Mansart (architecte); — Mellan (graveur); — P. Mignard (peintre); — B. Nanteuil (graveur); — Claude Perrault (médecin-architecte); — H. Rigaud (graveur); — G. Sadelef (graveur); — J. Sarrazin (sculpteur); — Israël Sylvestre (graveur);—P. Simon (graveur); — Abr. Teniers (peintre); — Titien' (peintre); — F. Tortebat (peintre); — Varin (graveur en médailles): — Nie. Verien (graveur en cachets et pierres fines). Je citerai en outre trois portraits qui nous intéressent plus particulièrement; ce sont ceux des gardes de la bibliothèque du Roy : Nicolas Rigaid, Jean Paul Bignon représenté dans la bibliothèque, et Carcavi qui fut assassiné dans le cabinet des médailles.

Nicolas Nigaud, en buste, dans un ovale supporté sur une console; on y lit : Nicolaus Rigaltitis in suprema curia melensi decanus.

— linnet delin. — Edelinck sculp. C P. II. H. 25 0. — L. i8,5.

Jean-Paul Bignon. A mi-jambes, clans son costume ecclésiastique qu'il relève de la main droite, la main gauche retenant ses gants. Au bas ses armes, dans le fond une armoire de bibliothèque. Au bas: Joannes-Paulus Bit/non ahhas cornes consistoriamis. Offerebat Humill.serwsjnan*. Anissnn, typographe, lirgiœ pra>fertu.<. 1700. H. 43,1. — L. 3 3,o.

Pierre de Carcavi. A mi-corps, dans un °*ale. Au bas ses armes : Petrus de Carcavy

Régi a consiliis, regiœ bibliolhcc.ee prœfccti s. — Teielin pinxit. — G. Edelinck sculp. 1675. H. 34,o. — L. 2/1,9.

(65) Holbein, Rubens, Van Dyck, Peter Lely et tant d'autres peintres ont passé par l'Angleterre, pour y peindre des séries de portraits. Henri IV fit réunir dans la galerie du Louvre tous les portraits des rois et princes, vaste galerie de famille. Nos vieux châteaux de France, nos anciens hôtels de Paris, portaient tous ou presque tous sur leurs murs les longues suites des portraits de famille , archives curieuses des physionomies de toute une race, des dignités de tout un nom. Il était d'habitude, entre amis éloignés, de s'envoyer réciproquement son portrait :Avez-vaus reçu mon portrait, écrit Guy Patin a Spon.Je vous prie de vous souvenir que vous m'avez promis le vôtre et que je m'y attends. J'espère que vous ne frustrerez point mon espérance; j ai déjà une place apprêtée dans mou cabinet pour cet effet. Juxta suavissimos parentes et mini carissimos atque colrudissimos, secundum quos amicos constitua : in quorum ordine , primatum tenes et familiam ducis. Pensez doue à vous acquitter de voire promesse. (Lettre du 7 juin et 23 juillet 16/19. ) Mais on ne connaissait pas encore ces colleciions de portraits, qui n'avaient d'autres litres pour se trouver réunis que la célébrité du personnage ou le talent du peintre. Le Cardinal eut bientôt des imitateurs. La galerie formée par Bussy-Rabutin, dans son château de Bussy, comptait trois cents portraits, en 1670 (Lettres, 2 nov. 1670), et elle était d'autant plus curieuse que, donné par la personne qu'il représentait et parfois dans une intention marquée, chaque portrait était accompagné d'inscriptions et d'emblèmes. Mais laissons-le décrire luimême sa collection à la comtesse du Bouchet, dans sa lettre du 2/1 aousl 1671 :

« Je suis bien aise que notre ami Hauterive ait trouvé ma maison de Bussy à son gré. Il y a des choses fort amusantes qu'on ne trouve pas ailleurs ; par exemple, j'ai une galerie où sont lotis les portraits de tous les rois de la dernière race, depuis Hugues Capet jusqu'au roi, et sous chacun d'eux un écriteau qui apprend tout ce qu'il faut savoirdeleurs actions; d'un autre côté, les grands hommes d'Etat et de lettres: Pour égayer tout cela, on trouve en un autre endroit les maîtresses et les bonnes amies des rois, depuis la belle Agnès , maîtresse de Charles VH. Une grande antichambre précède celte galerie, où sont les hommes illustres de la guerre, depuis le comte de Dunois, avec des souscriptions qui, en parlant de leurs actions, apprennent ce qui s'est passé dans chaque siècle où ils ont vécu. Une grande chambre est ensuite , où est seulement ma famille, et cet appartement est terminé par un grand salon où sont les plus belles femmes de la cour qui m'ont donné leurs portraits. Tout cela compose quatre pièces fort ornées et qui sont un abrégé d'histoire ancienne et moderne, qui

LE PALAIS MAZAUN.

Note 66.

est tout ce que je voudrais que mes enfants sussent sur cette matière. » On s'était empressé de concourir à la formation de cetie histoire pittoresque, on se faisait une gloire d'y occuper une place : « Je ne demandai pas deux fois leurs portraits à Madame ( la duchesse d'Orléans) et à Mademoiselle. Elles me firent bien de l'honneur en me les accordant, niais elles témoignèrent que je leur faisais plaisir (ie les leur demander (a nov. 1670). » (Voir Bussy, dans ses heures, tom. III, pag. 65; loin. V, pag. lu . Millin, Voyage dans le midi de la France, tom. I, pag. aoé, pl. XII de l'atlas. Corrard de Breban, Souvenus d'un voyage au château dp Bussy-Rabutin.Troyes, in-8", 1833.)

M. Begon, intendant de la marine à Rochefort , auquel nous devons la conservation de tant de gravures et documents précieux, travaillait, dit Ménage, a faire graver les portraits de tons les scavanset des personnes illustres de ce siècle pour les donner au public, il laisoit peindre de bonne volonté ou .i leur Insu les sçavans dont on n'avoit pas de portraits; de Pile fut chargé par lui de peindre Ménage (Mcnaijiana, loin. II, pag. 173).

Polisson a v ai t fait peindre les portraits de tous ses amis, et le plus grand nombre par du Mouslier. (Tallemant, IV,Jâ6.) On voyait réuni chez Courait, et sans les compromettre, les portraits de ses amies. (Tallcm., IV, 177.) Scudéry s'attachait de prédilection aux portraits de tou> les poètes de quelque célébrité, depuis Marot jusqu'à Guill. Collctel. (Tallem., IX, 13/4.) M. de Coulanges reçut de Mademoiselle de Montpensier son portrait, en échange d'un recueil de chansons ; il le plaça dans sa galerie dont Madame de Sevigné parle dans une correspondance, 13 novembre i6~3. (Tallemant, loin. X, pag. 247.)

Le chevalier Kenelm Digby fit une collection moin* variée, mais plus touchante. La belle Stanley, devenue sa femme, se mourait lentement ; un peintre fut chargé par ses soins de la représenter fidèlement à chaque degré de son mal, et lorsqu'il l'eut perdue, il s'enlourait des nombreux portraits qu'il avait d'elle au temps de sa beauté et de sa santé, les confondant avec ceux qui la représentaient malade, mourante et morte. (Tallemant, X, pag. 116. — Madame de Sévïgné, lettre du 28 janv. i685,etune note de M. Monmerqué, son savant éditeur.)

Enfin, et pour ne rien omettre de tout ce qui me revient en mémoire, nous avons une chanson sur un cabinet rempli de portraits :

Venez tous dans mon cabinet, Chacun pour sa parure Aura sa bordure Avec son cloud à crochet.

( Recueil de chansons choisies.

Paris, in-8, 169/1, pag. 35. )

(06) Il faut encore emprunter à Brienne tout ce détail; on sait qu'il avait des prétentions <le connaisseur en objets d'art, surtout en tableaux, et qu'il publia le catalogue de sa

propre collection sous ce titre : L. II. I.ome-

nius Brennœ cornes, Reiji a consiliis, actis et epistolis de Pinacothecà sua. C'est un petit volume de quinze pages. Passons maintenant à la description qu'il nous donne des tableaux du Cardinal :

« Je ne puis nombrer les tabbleaux et les statues, cela passe l'imagination; je dirai seulement que, ouire la sainte Catherine du Corrége ( voir au Louvre ) et les trois autres tableaux qui venaient du cabinet du feu roi d'Angleterre, il avait encore eu, parle moyen de M. de Bordeaux, ambassadeur de France, un petit tableau du Corrége en détrempe, dont Jabach avait acheté le compagne, et qui sont l'un et l'autre réunis dans le cabinet du roi. M. deBordeaux, de plus, lui avait fait présent (car je doute qu'il l'ait remboursé de ses frais) d'un tableau de la main de Van Dyck, de son meilleur temps, dans lequel le peintre a représenté toute la famille du roi d'Angleterre d'une manière tout à fait galante. Je n'ai rien vu de mieux de lui. Le Cardinal avait encore parmi ses meilleurs tableaux : 1° une Vierge de Raphaël, qu'il avait reçue en cadeau de M. de Fontenay; 20 un grand Paysage du Dominiquin, dontM. le duc de Mazarin me fit présent après la mort de Son Eminence :ily a des pêcheurs sur le devant qui tirent leurs filets d'un lac, que le peintre a représenté d'une manière plus qu'humaine; une barque, dans laquelle il y a des musiciens et quelques femmes, flotte doucement sur cette mer pacifique au gré du zéphyr, et les arbres dont elle est environnée sont d'une merveilleuse fraîcheur (ce tableau est au Louvre). Il nie donna outre cela un petit Pont d'Annibal Ganache ; 3" un excellent tableau du Guide, représentant Notre Stigneur au Jardin des Olives dans les peines de l'agonie ; divers petits anges soutenus en l'air sur leurs ailes, lui montrent les instruments de sa passion. Ce tableau fut envoyé par le duc de Mazarin en présent à la duchesse de Chcvreuse la douairière, qui depuis l'a vendu, et je ne sais ce qu'il est devenu; il vaut au moins six mille livres,(i7 est au Louvre) ; il" un autre de Lanfranc, qui est celui dont j'ai parlé plus haut et qui jeta le Cardinal dans une si grande incertitude. Le peintre y a représenté la Séparation des Apôtres, saint Pierre et saint Paul se disant le dernier adieu pour aller chacun de son côté au martyre. La ville de Rome se voit dans le lointain et les murailles sont chargées d'une grande multitude de peuple de tout âge. Les bourreaux sont dessinés d'un grand goût. Depuis j'eus ce tableau en mon pouvoir par le moyen du duc de Nevcrs, qui me le donna en paiement d'une somme assez considérable que je lui avais gagnée au jeu. Je le vendis à Jabach lorsque je me délis de mon cabinet, et il doit l'avoir encore : c'est un très beau tableau, il vaut trois mille francs, à bon marché (il est au Louvre) ; 5" une petite Annoncialiond'Anninul Ganache, dont j'ai voulu donner deux cents louis d'or au duc Mazarin, qui ne voulut pas

s'en défaire peut-être à cause que c'est un tableau de dévotion (il est au Louvre) ; 6" un autre de la main d'André Sacclii, représentant une Vision de saint Roinuald : j'en fais grand cas; 7° un David jouant de la Harpe, de la meilleure manière du Dominiquin. Le roi l'a présentement dans son cabinet et Félibien l'a fait graver (il est au Louvre); 8° le Martyre de saint Étienne, par Annibal, que le roi a aussi et qui est pareillement gravé par les soins du même sieurFelibien (il est au Louvre), g" un fort beau Paysage de Gobbo, dont j'avais bien envie, mais que je n'osai faire demander à M. le duc Mazarin, qui me l'aurait donné volontiers, lorsqu'il me fit l'honneur de m'envoyer si généreusement les trois autres (car il y avait aussi un petit Paysage d'Annibal)dont j'ai parlé. Ce dernier, qui était peu de chose, était le compagne d'une Fuite en Egypte, du même, que j'avais, ce qui fit que je le préférai à un meilleur. M. le duc Mazarin, de sa grâce, m'ayant permis de choisir sur tous les tableaux du défunt ceux qui me plairaient le plus, je choisis donc le Paysage du Dominiquin et le petit Pont du Carrache, qui est ravissant, et cet autre petit tableau du même, pour accompagner celui que j'avais. Ce présent valait bien six mille francs, et je crois les avoir vendus autant quand je renonçai à la curiosité, pour ne plus penser qu'à servirDieu dans la retraite où il m'appelait, et où néanmoins je ne serais jamais entré si j'avais cru en devoir sortir ; îo» enfin une chambre entière toute pleine de portraits, tous de grands maîtres, entre lesquels je me souviens qu'étaient ceux des deux Mignard, le frère ayant peint son fière chacun de son mieux, et cela par une noble émulation dont peut-être il ne se trouve pas d'exemple.

« Avec tout cela, on ne peut pas dire que le. Cardinal eût un goût fin pour la peinture. Il n'y avait parmi ce grand amas de tableaux ni Poussin, ni paysage de Claude Lorrain, point d'Albane, ni de Guerchin ; pas un seul Paul Véronèse,deux cadres du Guide seulement. En un mot, je ne me souviens pas d'avoir remarqué dans ses salons, dont les plafonds étaient de la main de Romanelli, aucun tableau de Pietro di Cortona, son maitre. (Mémoires de Brienne, chap. IX, pag. 25. »

J'avais eu, pendant un moment, l'espoir de trouver dans les agendas du Cardinal des renseignements très détaillés sur ses acquisitions de tous genres, sur ses constructions et l'embellissement de son palais; j'ai éprouvé un véritable mécompte. Les notes des amendas sontexclusivenient politiques, etc'està grand'peine si j'ai pu, dans les quinze carnets, trouver à prendre ces cinq citations :

Pag. 29, carnet N» 1, 1642-1643 :

Comprare animali e statuette di bronzo del Sanquirico e Cio di Bologna.

Quadri esquisili

Due tavole dipietra

Vasi di Porfu o o di alabastro

llmio quadro délia Nalivita di Luino.

Pag. 1/17, U giuno îGâS :

M. Less de dighiebes Sei quadri, paesaggi Testa di imperatore e sei di ruine E prospetlive simili per largo depi Mi

M. DEL AlIRIGLIÉRE (?)

Otto pezzi di marmo : teste anfiche Al meno al naturale : pezzi antichi moderni ben travagliali.

Pag. i5û, fin de l'année i6a3 :

Per due quadri compreso il porto drlli

marmiet delli quadri, — pistole 54 Per la venere antica, compreso il porto e l'incassitttra scudi di Iioma 216. sono pistole. . . 72

Viaggio delli Piltori 2000

Pag. 7, N" h, année i6Z|3 :

La Biblioteca

Statue per il giardino, prender le altre.

Pag. 91, N° 10, i648 :

k Pezzi d'ambra dalitni da milesi ; la con-

ciiiglia datami da SI. Reverendo.

Trc pezzi di Pacsi con altri quadretti crir-

tatti.

(67) Brienne raconte malicieusement l'adresse que mit Mazarin à faire venir ce tableau de Rome.

(68) Dans la galerie du rez-de-chaussée était exposée la nombreuse collection des statues antiques, c'était la première fois qu'on réservait un local spécial pour une collection de cette nature; Sauvai le remarque (tom. II, pag. 176) etîS'audé fait ainsi parler Mascurat:

«Toutes ces statues que le Cardinal a fait venir de Rome sont maintenant les merveilles de la France. Pour moy, qui ay observé à Rome que le Lancoon de Belvédère, l'Hercule et le Taureau de Farnèse, y attirent plus d'estrangers que les pardons de nostre Saint-Père, et qui y ay vu aussi avec quel soin on y recueille tous les moindres fragments de ces pier res précieuses, je n'entre jamais dans cette superbe galerie de statues que je n'admire les soins, la peine et la fortune, si tn veux, qu'a eus le Cardinal a trouver tant de belles pièces (Jugement, pag. 11 5). »

Il serait inutile d'entrer dans plus de détails sur une collection aujourd'hui dispersée, autrefois formée, comme nous l'apprend le confident du Cardinal, dans une pensée généreuse et libérale :

« Toutes ces statues et toutes ces excellentes peintures quele Cardinal a fait venir de Rome, afin d'espargner à la jeunesse françoise les longs voyages qu'il luyfaut (aire en Italie pour se perfectionner en la sculpture et peinture. »

(6!!) Renaud était valet de chambre du commandeur de Souvrè ; il s'enlendoit fort bien en tapisserie, et il eu faisoil apporter citez lui des plus belles, et les vendait aux personnes de qualité. Le cardinal ilazarin en achetait souvent , et il avoit quelquefois d'assez

longues conversations avec lui sur ces sortes de choses. ( Mélanges curieux , p. 6. Amsterdam, in-12, 1739.) •

Bi'ieiiue ajoute ces détails :

« Jamais particulier n'assembla plus de statues, d'urnes, de bas reliefs et de tableaux. Qui ne sait que les plus belles tapisseries de Flandre et d'Espagne , d'Italie et de France , étaient dans ses appartements ? Il suffit de dire que le Scipion du maréchal de Saint- André et les Actes des Apôtres, de feu Lopez, juif portugais, lui étaient venus je ne sais comment. Le roi d'Espagne lui lit présent des Travaux d'Hercule , exécutés sur les dessins du Titien, et, si je ne me trompe, tout rehaussés d'or ; et dotn Louis de Haro lui donna une excellente tenture de tapisserie, fabrique de Bruges, représentant les douze mois de l'année , copiée avec beaucoup de soins sur les dessins d'un Flamand, élève de Raphaël. Il avait, outre cela, trente autres tentures de tapisserie au moins; les unes peintes a Rome sur de la toile d'argent, les autres de brocard d'or, a fleurs de velours de diverses couleurs, découpées à Milan, et appliquées sur des fonds de velours très riches , avec une grande dépense et un artifice merveilleux ; des verdures Ue Flandre en quantité; des tapisseries antiques de toutes sortes, des modernes faites au Louvre, à la planche, aux Gobelins; enfin tout ce qui peut servir au luxe et a la magnificence des plus grands princes delà terre. «(Brienne, Mém., chap. 9, p. 24.)

MM. Jubinal et Paris ont fait l'histoire des anciennes tapisseries. Leurs recherches s'arrêtent justement au point où nous aurions voulu les prendre, maisj'ai assez cédé au plaisir des digressions pour me refuser celle-là , mais ce n'en sera pas une que de prendre dans V inventaire fait après le décès de monseigneur Colbert, oct. et nov. 1683, la liste de ses tapis et tapisseries. Il en avait : De la Savonnerie, de la façon de Beauvais , de haute lisse d'Angleterre, des Gobelins, de Bruxelles (en grande quantité), d'ancienne fabrique du Louvre, d'Amiens, et enfin de Flandres sans compter les tapisseries de brocard et autres riches étoffes. Ces tapisseries se vendaient dans des boutiques qui ne débitaient qu'une seule qualité. Le livre des adresses de 1691 les indique encore ainsi : il y a un magazinde tapisseries de Flandies, rue du petit Lion derrière l'hôtel de Bourgogne.

Le magazin des tapisseries de Beauvais est au milieu de la rue de Richelieu.

Les Marchands qui négocient les tapisseries d' Aubusson, sont rue île la Uuchelle et aux environs.

Les tapisseries Bergames , Damas Caffart , petites étoffes de satin de Bruges, taffetas des Indes, et déverses autres étoffes faites du meuble se vendent dons plusieurs mayazins près la, porte de Paris, page 35.

La garde de ces riches ornements était une fonction rétribuée; iliaque grande demeure

MazariN. Mole 70.

avait son garde de la tapisserie. Dans les registres de l'Hôtel-de-Ville, on lit :

Fol. 35. — A Charles Tamponnet, concierge de l'hostcl de la ville de Paris et garde de la tapisserie et autres meubles d'ici lie la somme de quatre escus sol. a lui ordonnée pour la

garde de la dite tapisserie comme appert

par deux de sesquiltancessignéesdesamain en datte du huictiesme janvier et vingt et unième juing 1601. (Voir d'autres renseignements, pour une époque plus ancienne, dans l'histoire de l'Hôtel-de-Ville de Paris, par M. Le Roux de Lincy, dansl'ouvrage deMM. Achille Jubinal et Victor Sansonnetti , les anciennes Tapisseries historiées. Paris, folio long, 1 838, et dans celui de M. Louis Paris, les Tapisseries de Bhcims. )

On aura soin de ne pas comprendre dans le nombre des ouvrages qui traitent ce sujet , le petit volume suivant : les Tapisseries historiques. Paris, par Jean Pierre Camus, évèque du Bellay. Il prouve seulement que l'usage de ces décorations des appartenons était devenue bien générale, puisqu'on employait le mol dans le sens que nous donnons aujourd'hui à tableaux : Je baille à ce volume le titre de Tapisserie à l'imitation de Clément Alexandrin (Les Stroniales),çw( a fait de très doctes livres sous cette inscription. (Préface.)

(70) Il est assez extraordinaire qu'il faille citer parmi les amateurs de ce temps un homme perdu de réputation et criblé de dettes, le cul de jatte Scarron dont le cynisme semblait éiranger à la culture des arts. Les désordres de la Fronde permirent, un moment, que sa maison fût à la mode et ses soupers les pins gais et les plus recherchés de Paris ; sa personne même fut reçue dans toutes les maisons des frondeurs et servait avec son esprit à égayer les réunions.

Scarron avait pratiqué les arts dans sa jeunesse , c'est ce qu'atteste ce passage de la neuvième de ses épitres, ou accablé sous les douleurs de son corps maladif, il revient par un triste souvenir, sur sa brillante et saine jeunesse :

Dans mes jeunes ans, on m'a veu, D'une entière santé pourveu, En un mol, le plus sain du monde Bien fait, d'adresse sans seconde ; Ma grâce à dancer et chanter, Peindre, jouer du lut, sauter, Tirer des armes à merveille A nulle autre n'esloit pareille, Je n'es lois point ambitieux Encore moins avaricieux, J'avois de bons amis en France.

Depuis quinze ans sans espérance Charge d'ans, rongé de soucis, Tousjours au lit ou bien assis, Mauuais pareils, pires affaires Outre mes douleurs ordinaires De nouuelles douleurs chargé.

(N° 9, le 12 maj i05.ï: I

Note 7/|. fcA PALAIS

Il fil un voyage a Rome en 1 63£i et se mit en rapport avec le Poussin auquel il arracha la promesse de deux tableaux. Sur la simple autorité dece fait on a exagéré la nature etl'inlimitc de leurs relations. La correspondance du grand artiste (Lettres. Paris, 8", 1824) nous donne la mesure vraie du genre d'estime qu il professaitpourScarron ctde la faveur dont ses ouvrages jouissaient près de lui. Je ne citerai qu'un passage : J'ai reçu un livre ridicule, des facéties de M. Scarron. J'ai parcouru ce livre une seule fois, et c'est pour toujours, vous trouverez bon que je ne vous exprime pas tout le dégoût que j'ai pour de pareils ouvrages. (De Rome à M. de Chanlelou, h fév. 1667), et plus tard : Je voudrois bien qu'il ne goûtât pas plus ma peinture , que je ne goûte son burlesque (12 janvier 1OZ18).

Mignard revint à Paris en 1G.Î7 lorsque sa renommée, conquise en Italie, eut attiré l'attention du Cardinal. Il vint loger rue des Tournelles au Marais dans le voisinage du poète et de la belle Ninon de Lenclos. 11 devint tout naturellement l'un des habitués de la maison de Scarron, aussi avons-nous de lui un portrait de madame Scarron qui date de cette époque ( i65g) , et dans les œuvres de Scarron, des stances à Monsieur Mignard , le plus grand peintre de noire siècle, et deux billets d'invitation à dîner. On ne distingue pas les idées crochues, ou quels rapports sympathiques pouvaient unir ou rapprocher ces organisations tellement dissemblables. Peut-être que Mignard avait pour Scarron autant d'estime qu'en professait le Poussin.

Parmi les financiers amateurs, ou plutôt a leur tête se place le surintendant des finances, seigneur de Vaux le vicomte et de Saint- Mandé, il achetait des tableaux, des statues , des livres et même des antiquités égyptiennes (Gourville , p. 258. Paris, 120, 1724, et La Fontaine, songe de Vaux). Il faisait peindre ses salons par Ch. Lebrun, dessiner ses jardins par Le Nôtre, et il comptait parmi ses pensionnaires tous les talents. (Voir Fouquet, Défenses, 18", 1665. Élezevïrs, p. i38à i5o, tome III et conclurions, 18°, 1688, ainsi que tous les Mémoires du temps.) Ce luxe, ce magnifique amour des arts et des lettres était chez lui autant calcul que goût inné , seulement le calcul fut malhabile. Il excita l'envie en attirant l'attention générale sur l'origine problématique de tant de richesses, sur les sources coupables de ces prodigalités. Mazarin était de toutes les fêtes que Fouquet donnait à la famille royale; en partant pour Saint- Jean de Luz il accepta chez lui dans son château de Vaux (25 juin i05g) une hospitalité , qui était trop magnifique, pour ne pas faire réfléchir le ministre.

(71) Je trouve dans les agendas des mentions de Jabach qui trahissent la pins grande familiarité : Donner à M. Monditti ce que doyt de. reste le thrésoritr des suites pour les

AI AZ Al< IN , 187

douze mille livres données à Pionbino. Jabach sayl ce que sayt.

Qu'il ajuste tout avec Jobach devant qu'il s'en aille. Qu'il donne tout pouvoyr a Giobar qui pourra establir quelqu'un en ces postes là en s'en resuenant.

Jobach lassera tous les papiers entre les niants de M. Toubouf. ( Bibl. roy. Fonds Caluze, n. p. 105.)

(72) Cette célébrité toutefois ne sortit pas d'un domaine assez borné, car on n'avait avant mes recherches aucun détail sur sa vie, et c'est vainement qu'on chercherait son article dans nos grands dictionnaires biographiques.

(75) On lit dans Paris ancien et nouveau , tome III, p. 3oo : La maison du sieur Jabac est dans la rue Saint-HTerry, Elle est considérable pour 1rs bons tableaux qu'on y voit et le maistre s'y connoisl des mieux de Paris. En 1691 il comptait encore parmi les foçis banquiers de Paris ; Livre des adresses, le cite au chapitre vu. Des adresses des banquiers pour les remises de places en places.

M. Jabac, rue Neuve Saint Médéric poulie même estât (l'Allemagne ) et encore pour la Hongrie, la Turquie et la Pologne, (Édition de 1691, p. 20.)

Cette maison s'est conservée rue Neuve St- Merry, n. /|0, et ce qui est plus singulier, elle a conservé son ancien nom , dont j'ai pu constater dans le quartier la popularité. Cet hôtil a très bon air, décoré de pilastres ioniques, il est disposé comme toutes les habitations de cette époque, et quoique l'industrie l'ait envahi il conserve encore une noble apparence. L'intérieur a été totalement transformé. Marot, l'architecte graveur, nous en a donné le plan et six vues réunis sur trois planches.

Nous avons un assez bon portrait de Jabach, peint et gravé par M. Lasne. En buste dans un ovale : Nob'lis cl ornatissimi doinini, Everadi Jabach, Hiçhael Asinius delincavit ad viuum et sculpsil anno IGS1-!, et j'ai vu au musée de Berlin cet amateur des arts au milieu de sa famille , peint par Ch. Lebrun qui se disait son ami.

(74) Holbein donna à Henry VIII le goût des tableaux en peignant pour lui une galerie entière, remarquable surtout par les portraits. Charles I" et son frère Henri apportèrent l'un et l'autre dans le goût des collections, désormais à la mode, un sentiment délicat qui présida à toutes leurs acquisitions. Le roi d'Angleterre ne reculait devant aucun sacrifice et il le prouva en payant deux millions (80,000 livres sterling) la collection des ducs de Mantoue, collection admirable, considérée eu Italie même, comme l'une des plus bel, es. On compta dès lors 1,387 tableaux et 399 statues répandues comme ornements dans ses châteaux royaux. C'est cette riche collection dont le Parlement, dans son ineptie, décréta la vente publique sur l'appétissante es-

LE PALAIS MAZAKLN.

Note 77.

limalion de 69,903 livres sterling 2 shelling

6 pence. La vente eut lieu de i65o à i653. Nous avons une source authentique d'informations sur la collection de Charles Ier et sa vente, dans un catalogue contemporain publié par Vertue : A catalogue and description of king Charles ihe firsl's capital collection of piciures, limning's, statues, bronzes, médails and other cui iosities from an original mss. in thc ashmolean muséum al Oxford. London, II. 1757. Cet inventaire contient quelques renseignements sur l'origine et l'estimation des tableaux, sur les prix de vente, et les noms des acquéreurs. J'en extrairai les articles achetés par Jabach , qui se retrouvent ensuite dans la collection du cardinal Mazarin et plus lard dans les galeries du Louvre :

DU CORRËCE :

Vénus endormie, hauteur 6 pieds 2 pouces, largeur li pieds, ce tableau provenant de la collection de Mail loue, estimé 1000 livres sterling, est bien connu sous le nom de Jupiter et Antiope.

Le Supplice de Marsyas , peint en détrempe sur toile , hauteur h pieds , largeur 2 pieds

7 pouces, provenant de la collection de Mantoue, estimé 1000 livres sterling (25,000 fr.),

Le Triomphe de la Vertu , de la collection des ducs de Mantoue, estimé 1000 livres sterling (25,000 fr.).

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