‹ De l'organisation des bibliothèques dans ParisChapitre 36 sur 54 · M. DC. XLIX · texte numérisé non relu

M. DC. XLIX

Ad Tnrbam in Excellentissimo Horto Palatij Aurelianensis Deambtilantem.

RabbinusGdit,amat, puni t,confcruat, honorât, Nequiliam, pacem, crimina, iura, probos.

maille sur les plus célèbres Bibliotieies de Paris.

La Bibliotiere Royale Pour tout le monde est doctrinale, A celle Seguier Chancelier Panure et riche y vont esludier, Tous Studieux ont vu magazln Chez le Cardinal Mazarin, Le prince des Doctes Hardi A le moindre Liure choisi, Sainct Germain, sainct Victor Valent bien plus (pic l'Or,

Noie 1 )0.

LE PALAIS MAZAR1N.

La Scholastique de Sorbonue, Dos lesuiies, dos Iacobins, De Cluni, et des Bernardins, Des Cordeliers, des Aiiguslins, Des Cannes et des Malurins, Et celle deNauarre est bonne, Mangot, Ton, L'Aisné, et Gomin Fournissent le Zoar Rahbin, Chez leMercurial Bourdelot Le Mfdrasch , et Rasche-Thnbnth , Le Mercaba est chez Du Foin-, Ferricr a Bereschith-Thannour, Spéculations aux Celestins, Aux Chartreux, aux Marlinitins, Aux Fuliants, aux Cannelitins, Aux Recolecls, et Capucins, Aux Minimes Mathématique, Vieille et nouuelle Scholastique, Les Con'rouerses chez Veron, Et chez Dartis le Droicl Canon, Le Droicl Civil chez Bicheteau, Canon, Ciuil chez Raueneaû.

Théologie, et Droict chez Corbin, Moreau a toute la Physique, Et Gassend toute la Rhétorique, Granimatiqitailles chez Patin, L'Alchymie est chez Du Hamel, Et la variété chez Manlel, Riolan a toute la Médecine Tant Grecque, qu'Arabe, et Latine, Le Vasseur la Philosophie, Et Bechet la Cosmographie, L'Astrologie est chez Morin, Antiquailles Mont-Maur, Tarin, De Mesme a toute la Rarelé, Et De Metz toute la Propreté, La Curiosité de Chambon Est vn Hamas vtile, et bon, L'Hébreu est chez Rabbi l'Abbé, Et tout l'Arabe chez le Bé, Du-Bois a le Grec et Latin, Et Scarona tout le Barragoin, Le Vasi a tout l'Art Lullique, Et Scuderi tout l'Art Rymiqne, Petauius la Chronologie, Mezerc l'Historiographie, Orim la Metallologie, Tourne-Mer la Lithographie, Minéralogie, Zoophytologie, khihyologie, et Ornithologie, Bloniiel a la Phytologié, Les Morins ont l'Antholoaie * Tutipanthomanie, et Carvophyllomanie, i iiiti'jniimianie', Papilionomanie, et Conchyliomanie, L'Ophiologie chez Robin, L'Encyclopédie chez Autin, Les Li nres Des-Roches ont belle Coiiuertiire, Mais leur Maistre n'en donne Science, ny Lec- Tout Rebut chez Breton-Viliiere, [ture, Au Pont-Neuf ma Bibliotiere.

AUX LfZARDS.

Dom lacob Bibliotier, Et Naudé Grand Ramassier, Pourront faire un Dictionnaire :

Pour les Docteurs de Grammaire

Vaugtlas pourra estudier L'Approbation Par Le Vaier.

Celle pièce qui n'était pas plus rare que beaucoup d'autres Mazarinades, au milieu desquelles on la trouve mêlée, a été réimprimée il y a deux ou trois ans.

L'auteur de cette tirade, sans doute un bouquiniste, de ceux qui avaient envahi le Pont- Neuf, d'où ils furent chassés, termine sa liste par un avis aux lecteurs : aux lizards. Dans ce posteriptum figurent les deux plus célèbres bibliographes du temps, Naudé, le bibliothécaire du Cardinal, cl le Père Louis .lacob, auteur du Traité des plus belles Bibliothèques publiques et particulières, qui ont esté et qui sont à présent dans le inonde. (Paris, en deux parties, petit in-8, ibhh, Rolet le Duc.) Guy Patin écrit à Belin, le 8 août idhh : Il y a ici unlivre nouveau qui est fort curieux , c'est un Traité de toutes les Bibliothèques du monde , en deux volumes in-8. , et principalement de celles de la France, où il y a de grandes particularités.

A ta même époque, le Père Louis Jacob faisail la bibliographie de Paris et de la France, entreprise tout aussi hardie, tout aussi admirée, que peut l'être aujourd'hui la bibliographie publiée avec une exemplaire régularité par M. Beuçhot, car il était aussi difficile de trouver le petit nombre de titres d'ouvrages qui remplissaient une cinquantaine de pages chaque année, qu'aujourd'hui de combler les six cents pages serrées de la Bibliographie générale de la France. Le Père Jacob ayant quitté Paris à ia fin de i65'2, essaya vainement de continuer son œuvre, il s'arrêta l'année suivante, et Guy Patin écrit à son correspondant, le 16 novembre 1652 : Je suis bien aise qu'ayez vu à Troyes l'aumônier de SI. l'Evesque d'Autan ; c'est un Carme défroqué que nous nommions ici le Père Louis Jacob : c'est un bon garçon; je doute s'il ne continuera plus à nous faire des Bibliothèques tous les ans.

Quarante ans plus tard, le Livre Commode ou les Adresses de la Ville de Paris pour l'année 1691, donnant quelques renseignements sur les Bibliothèques de Paris , annonce l'ouverture de la nouvelle bibliothèque Mazarine : Il est assez facile d'avoir accès chez les chanoines réguliers de Sainte Geneviève et chez les moines de Saint-Germain des l'rez qui ont de très belles bibliothèques.

Mais outre cela, on entre dans celle de Saint- Victor tous les lundis, mercredi s et samedis, le malin depuis huit heures jusqu'à midi et l'aprèsdinée depuis deux jusqu'à cinq; où l'on peut consulter les auteurs d'autant plus utilement qu'elle est des plus compleites et qu'on, y met entre les mains des curieux tous les livres qu'ils demandent .

On commence aussi à donner entrée les lundis et jeudis en celle du collège Mazarini (pag. 11). Pour l'histoire des Bibliothèques de Paris, je renvoie à ma onzième lettre. J'ai mis à profit les voyages de Lister en 1698, de Maichel en

Note 100.

1719 , les nombreuses sources indiquées avec une confiance trop aveugle par M. E. G. Vogel ( Liieratur offentlicher und Corporations- Bibliolheken. Leipzig, 8°, 1840, pages277à 294) et beaucoup de documents restés inédits.

(101) C'est au cardinal Mazarin, et après lui au duc de Wolfenbûttel, qu'on doit d'avoir compris que les manuscrits ne faisaient pas la seule richesse d'une bibliothèque; bien plus, qu'après la publication de tant de bonnes éditions, c'était aux livres qu'il taillait dorénavant donner asile pour l'utilité des études sérieuses.

(102) Déjà, au commencement du dixseptième siècle, on appréciait ces collections, quand elles ne devaient leurs accroissements qu'à la générosité de leurs fondateurs et protecteurs. Aussi Coringius, dans sa lettre à Boineburg, qui est une sorte d'histoire des bibliothèques, à propos de la bibliothèque du duc de Wolfenbûttel, vante-t-il ce mérite :

JVulla hic spolia; raplus nulli : indice Manubiœ : a majorions nihil apparati : clona perquam e.xigua,reapse iç/itur icidem nulla.Omnia nutnmis eoempM, etc. L'histoire de la bibliothèque Mazarine n'offre qu'une seule indication , d'un livre confisqué, c'est Y Histoire salyrique des cinq premières années da ministèreRichelieu écrite par le comte d'Estelan, et que le Cardinal lit rechercher. M. de Saint-Luc le lui remit; c'estTalleinant desRéaux qui me fournit ce fait. Je le donne pour ce qu'il vaut. Ménage nous dit, il est vrai, que le Cardinal fit saisir la collection de dessins obscène de Du Monslier, peintre à la mode, et qu'il la réunit à sa collection de dessins; mais il y a au moins deux impossibilités dans cette anecdote. La première est que Du Monslier mourut en i63i, la seconde est que le Cardinal n'avait aucun goût pour ces turpitudes. J'ai parlé longuement de la composition de la bibliothèque du palais Mazarin en traçant la vie de Naudé; je ne reviendrai pas sur ce sujet, je dirai seulement qu'il ne se trouve rien, ni dans la correspondance du Cardinal, ni dans ses agendas, qui ait rapport à ce fait.

Je doute même que le Cardinal ait eu dans sa bibliothèque aucun dessin et encore moins de dessins de ce genre. Je ne rencontre dans ces agendas qu'une seule note qui mentionne sa collection de plans et vues de villes :

Armario doralo, tutti li manuscritti che haveva Naudeo senza che fosscro inventoriait.

Tutti quclli che haveva Sernardino che consislono in ih volumi e Ire librelti.

Tulle le piaule et disetjni di l'iazzc che non sono radunuti in libri.

(Bibl. roy. Fonds Baluze, N° 10, pjg. 95, année 1G48.)

(10j) Ce chiffre ne saurait être rigoureusement exact; mais d'après le relevé des acquisitions faites jusqu'en 1 65 1 et le dire de Naudé lui-même, il ne s'éloignait pas de la vérité.

( Voir la com te et insuffisante notice de Le Gallois, dans son Traité des plus belles bibliothèques di 'l'Europe. Paris, 120, 1683, pag. i5o. Il porte le chiffre des volumes à cinquante mille.) H. Picon va un peu trop loin dans ces vers :

Chez toy cent m lie autheurs estalleni leur science, Dinit tu fais assembler les plus riches trésors, Illustre monument de la magnificence.

Je trouve dans les recueils de pièces, un sonnet de Maynard , imprimé sur une feuille volante et qui commence ainsi :

Jules, puisqu'à l'honneur des filles de Mémoire Tu remplis ton palaisdu travail des sçavans, etc. (Bibl. roy. Fonds de POrat., 126, fol. 34.)

Ces vers ne fixent pas le chiffre des volumes, mais ils attestent la libéralité du Cardinal.

(10-4) L'éloge de la bibliothèque de Wolfenbiittel , par Coringius, s'arrête devant la Mazarine. Il n'est pas question des autres, ou s'il en est question, c'est pour prouver, par une raison ou l'autre, leur infériorité ; mais : Mazarinianœ tamen fateor cessit Augusla (pag. io5). Et il dit plus loin de celle bibliothèque : Qua nihil perfectius unquam fuisse jam confessas sum (pag. i32).

(lft.'i) La bibliothèque était-elle publique dès 1O/1Z1? On a lieu de le croire, d'après ces mots de L. Jacob, dans son Traité des plus belles bibliothèques , qui parut celte même année : La bibliothèque du Cardinal était commune éi tous ceux qui voulaient y aller étudierait grand contentement des doctes (p. 487). Alors elle aurait été mise à la disposition du public, n'ayant encore que dix à douze mille volumes. C'est en 1646 et i6ii7 seulement (pie Naudé fit ses voyages dans les Pays Bas , 111 Allemagne, en Italie, en Angleterre. Je parlerai dans ma neuvième lettre de la manière dont Naudé composa la bibliothèque du Cardinal ; il ne s'agit ici que d'une question de chronologie. Guy Patin écrivait le 16 juin 1643 à Charles Spo.n : Un chanoine de Limoges, nommé M. de Cordes, qui avait une fort grande bibliothèque et qui se connoissoil bien en livres est ici mort depuis six mois. Il a ordonné par testament que sa bibliothèque fût vendue tout à un : quelques marchands se sont présentés et entre autres le cardinal Mazarin qui en offre dix neuf mille livres. Un en imprime le catalogue , in quo su>u pauci libri medici. Le î'. juillet suivant, il écrit encore à Belin : La bibliothèque de M. Des Cordes n'est guère propre à un médecin, car c'est de son métier dont il y aie moins délivres. D'un autrecôté J. V. Rossi parle des nouvelles acquisitions faites à Paris pour le compte du Cardinal (Epist. ad Tyrrhenum, pag. 18); il est donc évident que sa bibliothèque lut formée, comme toutes ses autres collections, dans un intérêt général, et qu'elle devint publique dès son origine.

(106) Voir la description des boiseries, par Sauvai (loin. II, pag. 179). Je dirai plus bas

iNote 111.

LU PALAIS MAZAK1N.

que ces mêmes boiseries o;it été transportées et ajustées dans le collège des Quatre Nations, pour y recevoir les livres de la bibliothèque Mazarine.

(107) Nous avons conservé quelques uns des travaux exécutés pendant que s'exerçait cette grande libéralité. Le duc Auguste deWolfenbûltel lit transcrire à Paris, par vingt copistes et pour l'énorme somme de 2/1,000 thalers (plus de i5o,ooo francs de notre monnaie actuelle), les volumes manuscrits de chroniques, d'histoires, de papiers d'ambassade, d'administration, etc. La bibliothèque de Wolfenbûltel, un instant privée des trois cent quatre-vingtseize volumes (reliés en maroquin rouge, à Paris) qui forment cette collection, les réclama après i8i5, et les obtint, à l'exception d'une cinquantaine qui nous sont restés.

(108) On a beaucoup varié sur la position de cette entrée, parce qu'on ignorait où se trouvait placée la bibliothèque elle-même. Ainsi on a pensé que la grande porte des réceptions, aujourd'hui l'entrée de la Bibliothèque royale, avait pu servir d'entrée, mais alors les scavants travailleurs passaient justement sous les yeux des laquais, et il n'est pas naturel qu'on leur eût attribué le grand escalier et fait traverser les galeries d'objets d'art et de tableaux (r, 1, 2, 3, 4) pour parvenir à la collection de livres. On pratiqua à l'extrémité opposée de la galerie sur la rue Richelieu cette nouvelle entrée, avec son escalier particulier, réservé uniquement aux lecteurs, et c'est au dessus de cette porte que devait être placée la plaque de marbre noire avec l'inscription. Plus tard, après que la bibliothèque et ses boiseries furent transportées au collège des Quatre Nations, après que les terrains tout autour du palais Mazarin eurent été vendus, et que l'hôtel de M. Guyet se fut élevé à l'extrémité de la galerie, cette entrée disparut, et Madame la marquise Lambert fit disposer ce local pour son usage en prenant sa cour et ses sorties sur la nouvelle rue Mazarin, aujourd'hui la rue Colbert.

Je renvoie à l'Advis de Naudé à nosseigneurs du Parlement; on y Irouve ce passage : Les trésors de livres ramassés dans /'enclos de sept chambres remplies île bas en haut, et dont la galerie de douze toises n'est comptée que pour une. Voilà la description du local; on a vu dans le texte le passage de Mascurat, où il est dit qu'une entrée particulière sera pratiquée dans la rue de la Porte de Richelieu. C'est la description topographique.

(109) J'ai rappelé déjà que plusieurs bibliothèques étaient alors publiques, mais elles n'avaient pas acquis le développement de la collection du Cardinal, et étaient loin d'offrir aux savants une entrée aussi libérale, aussi prévenante. J'ai parlé des tentatives isolées faites en ce sens au moyen-âge; je dirai ici que le duc de Wolfenbûltel, un des imitateurs

de Mazarin et un de ses concurrents dans l'achat des livres (il avait réuni, dès 16O1, vingthuit mille quatre cent quatorze volumes, qui réunissaient, par la reliure , cent seize mille trois cent soixante-un ouvrages) n'accordait l'entrée de sa bibliothèque à personne. La reine Christine voulait acheter la collection entière des livres du Cardinal en 16Z19, elle proposait 100,000 francs au comte deBéthune pour ses livres et manuscrits ( Loret, Muse historique, 10 mars 1652); pendant la Fronde elle appela Naudé pour meure en ordre sa bibliothèque, et cependant elle n'y donnait accès qu'à cette colonie de savants étrangers qu'elle avait attirés à Stockholm. C'est là que, dès cinq heures du matin, elle écoulait les leçons de philosophie de Descarlcs, et qu'elle discutait avec les Vossius, Saumaise, Ludolf, Huet, Boehart, Cheinnitz, Hensius, Boeder, Maibom, etc., etc.

(110) Tallemant nous dit : le cardinal Mazarin , quand il est assez mal pour ne pas songer aux affaires , se fait lire pour se divertir les lettres que Costar lui a écrites. (Toni. VII, pag. 1 4.) Il lisait aussi les Provinciales, qui valaient mieux et dont il riait fort (Sainte-Beuve, tom. II, pag. 555). Rire c'était approuver, rire c'était prendre eu gaîté ce que d'autres prenaient et prennent encore un peu trop au sérieux. Les pamphlétaires de la Fronde reconnaissaienlcegoùt pour la leclure, il est vrai qu'ils le transformaient en une prédilection pour des livres infâmes, dont ils lui composent une bibliothèque diabolique. (La prise du bagage, meubles et cabinet de Mazarin, par les habitants de la ville d'Angers. A Paris, 1052.)

(111) Dans le grand inventaire des biens que laissa Mazarin en Italie, inventaire dressé en 1662,011 décrit le palais de Monte-Cavallo, et on donne une longue liste de ses livres. Ce catalogue occupe sept pages in-folio d'une écriture serrée. (Bibl. roy. vol. 2818 du Suppl. François. ) On reconnaît aux titres des livres une bibliothèque de choix, qu'on pouvait appeler nombreuse dans ce temps. L. Jacob on parle pag. 94 de son Traicté des plus belles Bibliothèques, et le Poussin écrit dans une de ses lettres : Un ne relie pas bien ii Home (à M. de Cbanlelou , 16 juin i6£|i. Lettres du Poussin. Paris, 1824). Ce témoignage d'un grand artiste prouve que lui aussi iaisait attention à l'art modeste auquel les livres doivent leur conservation, et il nous explique ainsi pourquoi le Cardinal envoyait à Rome les relieurs de Paris.

On retrouve à la Mazarine, en grand nombre, et à la Bibliothèque royale, par exception, des volumes d'ancienne reliure courante aux armes de Mazarin. Ils sont bien conditionnés; on pourrait seulement reprocher aux armoiries de prendre trop de place sur les plats, mais c'élait la manie du Cardinal.

Noté 1

(1 12) Ce luxe était le thème des diatribes. « Qui croira jamais , écrit un pamphlétaire, sous le titred'UnReligieux,au prince de Condé, qui croira j nmais qu'un petit estranger, sortij de la dernière lie du peuple, né subjet du rny d'Espagne, soit monté dans six ans jusques sur les espaules du roy de France, ail fuit la loi/ à tous les princes, emprisonné les uns, chassé les autres et basly dans Paris un palais qui fait honte à celui du roi, et où le luxe est au plus haut point, jusques sur les mangeoires des chevaux. » Cette pièce a été réimprimée en octobre 1839, 2e série, tom. VII, des Archives curieuses de l'Histoire de France, par F. Danjou. C'est une des bonnes Mazarinades. Le style n'en est pas mauvais; les faits, bien qu'exagérés, ont une base réelle. L'original est imprimé dans un texte serré; il a tous les caractères d'un libelle politique. En voici le titre exact: Lettre d'un Religieux, envoyée à Monseigneur le prince de Condé à Sainl-iiermiiin-en- Laye , contenant la vérité de la vie cl mœurs du cardinal Mazarin. A Paris, chez liollin de la Haye, rue d Ecosse, 16/19, 4°. Guy Patin met cette pièce au nombre des meilleures du temps : La lettre d'avis à MSI. du Parlement, par an provincial, a été ici réputée la meilleure pièce avec le Théologien d'état, ta décision de la question, la lettre d'un religieux à ST. le Prince, la lettre du chevalier Georges, la lettre du P. Michel, ermite de Calmadoly, le Manuel du bon citoyen et son épilogue, etc., etc. Je pense que nous en aurons à la fin un recueil. (Lettre à Ch. Spon, 1I1 mai 14O9.)

(113) Le Prince, dans sa description de la Bibliothèque du roy (Paris, 120, 1782, p. 121) dit : Le cadran que l'on voit en entrant dans celle cour, est le premier de cette grandeur où l'on ait vu une aiguille à minutes. Celle horloge semble aujourd'hui une assez pauvre machine, qu'on est obligé de monter tous les jours et qui va tant bien que mal. C'était du vivant de Mazarin une nouveauté, et comme il avait le goût des produits les plus parfaits de l'horlogerie, on peut supposer à ce mécanisme un degré avancé de perfectionnement pour son leinps.

L'histoire de l'horlogerie se trouve un peu partout; je citerai un ou deux faits qui ont été négligés, et qui tous se rapportent au dixseptième siècle, c'est-à-dire à l'époque particulière dont je traite

Les registres de la ville contiennent, et M. Le Houx de Liney a déjà cité quelques renseignements sur son horloge. Ainsi on paie une somme : A Charles Tamponnet, pour avoir, depuis ung an eu ça , nouwrnè l'horloge du dict llostel- de-ville (6 août 1601), et dès loi s il y a un Horloger du Roy. ( L'étoile, tome II, p. 16.) Il paraîtrait que l'horloge du palais était, en 1612, le plus beau modèle qu'on pùl prendre, puisque les bourgeois en commandent une en tout semblable pour l'Hôlel-de-ville ; on a conservé toutes les piè-

ces de l'adjudication de celle horloge concédée: à Jean Linthaer, maistre de la pompe du lioy — laquelle sera de la grandeur, grosseur et de pareilles estoffes que celle du pallais, et la rendre bien et cleuement faicte, au dire de gens ad ce congnoissans; — le tout moyennant le prix et somme de trois mille livres tournois. — Faicl au bureau de la ville, le samedi/ quatorzième jour de janvier mil six cens douze.

Outre l'horloge, on avait dans la salle du Conseil, une monstre d'horloge, c'est-à-dire une pendule (folio 116). — A Pierre l'rejan, maistre gaignier en cesle ville de Paris, la somme de deux escus sol. à lui semblablement ordonnée, pour avoir faicl une boitte de marroquin rouge, pour mettre la monstre d'horloge de ladite ville (i3 décembre 1600).

Passons à d'autres renseignements, tous d'une même époque, du commencement du dix-septième siècle : La sœur de Louvigny sortit de sa maison parce que l'horloge de l'hôtel d'Epcrnon sonnait les demi-heures et les quarts, et que cela lui coupait, disait-elle, sa vie en trop de morceaux. (Tallemant, X, 110.) Voilà pour une horloge perfectionnée; l'aiguille à minutes lui manquait-elle? niais même sans aiguille à minutes, ces horloges sonnantes n'étaient pas ordinaires, puisque le Supplément de Du Breuil (pag. 65) remarque que M. le surintendant Bouthilier a fait faire un horloge sonnant dans son hôtel, près du Louvre.

Gourville parle d'une horloge de grand prix qu'il possédait et qui allait six mois; c'est un bien long temps, mais nous avons d'autres faits qui prouvent combien on était avancé dans ce mécanisme.

Les montres sonnantes ou à répétition étaient rares; Gaston d'Orléans en avait une assez précieuse pour exciter la convoitise de quelques seigneurs. Tallemant rapporte à ce sujet un mot qui méritait d'êire conservé (vol. III, p. 82), et il paraîtrait que ces montres, malgré leurs rouages compliqués, avaient déjà atteint de bien petites dimensions, à prendre au moins l'échelle de proportion que nous donne le même au leur dans la plus sale de ses anecdotes (tom. X, pag. 1 79), ou bien à considérer cette description d'une montre à répétition montée dans une bague, qui appartenait à la princesse A une de Danemark, épouse de Jacques Ier, roi d'Angleterre : Dans un cristal de grosseur ordinaire, au lieu de pierre on voyait une montre avec toutes ses roues, sonnant les heures, non pas à la vérité sur un timbre, mais sur le doigt que le marteau frappait doucement par de légères piqûres. (Arnaud, Mémoires.)

(114) Quant aux recherches de la table, si nous avions le temps de fouiller, et si l'on avait le courage de nous suivre dans les nombreuses éditions du Cuisinier français, nous donnerions la liste des Pastés a la cardinale, des Crcsmes à la mazorinc et de plusieurs plajs

Note 116. LE PALAIS

demi l'honneur était attribué au grand ministre. (Levrai Cuisinier français, enseignant la manière de bien appresteret assaisonner, etc., etc., par le sieur De La Païenne, écuyer de cuisine de monsieur le marquis d'Vxelles. Paris, Amsterdam etc. , etc. Voir dans l'édition d'Amsterdam , chez Pierre Mortier , aux pages 22 et m).

Les Mazarinades sont remplies de diatribes contre ce luxe, je citerai quelques passages; il faut toutefois ne considérer que comme une allusion toute politique la pièce intitulée : le Festin de Mazarin , r.vec les entretiens faits avec son maistre d'hostel (Pan>, à", i652). C'est une suite de prescriptions comme celleci : Un potage d'oyson à la purée, rjarny du reculemenl des rentes de l'hostel-de-ville.

On lit dans une pièce du même temps : Quelles prodigieuses dépenses n'a-l-il pas faites pour porter son frère au cardinalat, pour 1rs palais qu'il a fait bastir à Paris et à Home, pour la dignité de noble Vénitien, pour son père et pour luy , pour la bonne table qu'il tenoit, pour le grand nombre de domestiques qu'il avoit , pour les peintures, tapisseries, statues, esto/fes, cabinets, festins et plusieurs diamants qu'il a faits achepter dans toutes les parties de l'Europe. (Pag. 5, la Vérité descouverte des pernicieuses inventions que le cardinal Mazarin avoit contre l'Estat. Paris, \n-à°, i65i.)

N'a-t il pas employé la fainéantise des moines d'Italie, trois années entières, à composer des pommades pour blanchir les mains ; n'a-l-il pas inventé uue nouvelle sorte de breuvage pour la satisfaction de la langue, dont le prix excède toute pensée ; n'a-t-on pas donné son nom au pain, aux pâtés et aux ragoûts, les amorces de la gourmandise. (Lettres d'un Religieux — contenant la vérité de la vie et mœurs du cardinal Mazarin. Paris, 4°, 16Û9.)

Le Cardinal avait grand soin de sa personne et particulièrement de ses mains; mais celte pommade put bien servir aussi aux belles mains d'Anne d'Autriche; quant aux pâlés, les gourmands connaissent les Mazarines, qui se sont conservées dans les traditions culinaires,

(115) Je renvoie à la Descrip. hist. de Paris, par Piganiol delà Force (Paris, in -12, 17G.")): « L'écurie avait vingt-sept toises de long, elle était éclairée par dix-neuf granités croisées; on y entrait par trois grandes portes. »

(116) Je lis ces vers dans la Mazarinado de Scarron :

Va, va t'en donc où l'on l'envoie , Qu'ici jamais on ne le voie.

Va rendre compte au Vatican De tes meubles mis a l'encan , Du vol de nos Tapisseries, De celui de nos Pierreries, Du sale trafic du Mondin, Autre Gredin,fils de Gredin.

De tes deux cens robes de chambre, De tes extraits de musc et d'ambre , De tes habits vieux et nouveaux , Du beau palais de tes chevaux.

D'estre cause que tout se perde De tes caneçons plein de merde.

Du désordre de nos armées ,

De nos provinces affamées.

(La Mazarinade sur la copie imprimée à Bruxelles, Paris, W, i65i. Voir aussi dans ses œuvres.)

Scarron publiait ces turpitudes en les signant de son nom, pour devenir un an plus tard le plus plat des flatteurs du Cardinalministre. Je remarquerai seulement que M. Barrière en citant ainsi ce vers : Du sale trafic du mondain ( Mém. de Brienne , pièces justificatives), a transformé en adjectif le nom d'un abbé, devenu au temps de la Fronde comme tous les familiers du Cardinal , le but des sarcasmes et des épigrammes. Guy Patin n'était pas pour rien frondeur, il parle de cet abbé :

L'abbé Mondin est Piedmonlois. Il a été autrefois précepteur en Piedmont, présentement il a une bonne abbaye et d'autres bons bénéfices, il est même chanoine de Notre-Dame; c'est un homme qui est fin et rusé, qui se connoit à tout, grand uiercadan il troquer, acheter, vendre et revendre. Il est attaché au cardinal Mazarin , totusque pendet ab ejus fortuna. La Lettre d'un religieux au prince de Condé (Paris, 1669) fait aussi un portrait peu flatteur de ce petit piémontois devenu un prélat de 3o,ooo livres de rentes.

Je trouve dans les agendas du Cardinal, plusieurs notes de l'année 16/16, qui le concernent, je citerai celle-ci : Facendo pagure a M. Mondini , lire Qm per resta délia lapezzeria diBichi, resliamo aggiustali di tutti li conli nell' ultimo dell' anno i6Zi5, et per cio deve darmi li due presenli per Termes et Gramonte (Bibl. roy. FondsBaluze, n. 8, p. 2.) On voit dans la correspondance de Colhert en date du 21 nov. i653 qu'il a esté fait dépense par feu Monsieur l'abbé Mondin de 3/1,000 livres pour le mariage de madame de Mcrcœur , et le Cardinal renonce à prendre dans sa succession ce qu'il lui était dû après épuration de ses comptes. (Sur la mort de cet abbé, voir aussi Guy Patin, Lettres à Ch. Spot), ier avril i65o).

Je trouve dans une autre mazarinade, sous cette forme qui se répète sur plusieurs pages :

Adieu, la moustache collée, Adieu, brave teste pelée, Adieu, bastisseur d'escuries, Adieu, l'homme à la bibliothèque.

{Le Passeport et l'adieu de Mazarin^ Paris, in-/i°, 16/19.)

Enfin dans une dernière et su,' un ton moins enjoué : Après avoir creusé des sépulchres à tout vn peuple, il a fait pslever un palais à des chevaux , et je ne sçay pas même s'il

Note 122.

n'a pus eu un dessein secret d'en porter quelqu'un aux premières dignités à n'en pas

mentir il y a de l'eslonnement et de la home A voir des princes incommodez, où des chevaux ont des appartements superbes , p. 13. (Le Gazetticr des inierressé. Paris, Jean Brvnet, 4°, 1649. ) Un libelliste plus adroit fait semblant d'impartialité : Je voudrois (pie vous eussiez entendu la conférence des paysans de montmorency et de Saint-Ouen , Votre Excellence se seroil pasmée de rire ; ces bonnes qens croyent que vostre écurie est trois fois plus grande que Paris, encore que vous n'ayez d'ordinaire que cent où six vingt pièces de chevaux de prix , p. 22. ( La Conférence secrette du cardinal Mazarin avec le gazetlier. Paris, in-4°, 1649O

Il y a un sonnet manuscrit très plaintif sur les Escuries du cardinal Mazarin , qui finit ainsi :

L*on pealt croire aisément dans le siècle où nous sommes

Tout ce que des tyrans a dit l'antiquité,

Puisque par les chevaux on fa i t manger les hommes.

(Bilil. roy. collection Maurepas, tome I , p. 331.)

(117) Nautlé dans le Mascurat , p. 070. Il est curieux de connailre l'opinion des contemporains sur les ouvrages que nous lisons encore avec plaisir ou avec utilité ; Guy Patin était d'une part l'ami intime de Naudé, et de l'autre, l'un des plus violents détracteurs du Cardinal; à ces deux titres, son opinion exprime un milieu raisonnable : Il y a ici un livre, nouveau intitulé Jugement etc.; le livre est de 692 pages (la seconde édition in-4"est de 717 pages). L'auteur est un honnête homme de mes amis, mais mazarin, qui est un parti duquel je ne puis être, ni ne serai jamais, lien a fait tirer 250 exemplaires, et l'a présenté au cardinal Mazarin et l'examiner. Quo facto, s'il est approuvé, il le mettra au jour et m'en donnera encore un exemplaire que je vous ai dédié, comme à la fleur de tues amis. Tout au pis aller, étant en vente, nous en aurons pour de l'argent. Tandis que le cardinal Mazarin le lit pour en donner la permission de le vendre, nous sommes cinq de mes amis qui avons aussi commission de l'examiner , dont MM. Dupuy sont l'un , M. Talon, avocat général, l'autre, je suis le troisième; les deux autres ne m'ont pas été révélés, je les saurai néanmoins tout à la fin. Là dedans sont introduits deux vendeurs de pièces mnzarines (qui est une espèce de gens qui ont bien gagné leur vie pendant les trois mois de notre guerre), l'un desquels accuse le Mazarin, et l'autre le défend Chaudement, plaisamment, et combien que le sujet me déplaise, la lecture du livre ne laisse pas de m'êlre fort agréable : « tum ratione amici « suanissi mi, tum ratione vari/e doctrines et » multiplias eruditionis quœ undequaque « prcelucrt, » avec grande quantité de belles et rares curiosités que vous aimez bien ( lettre à Ch. Spon, 3 sept. i6ig).

(118) Je citerai Brienne, qui , au cliap. 17 de ses Mémoires , parle de ces écuries en traçant le tableau de leur décadence, au temps du duc de la Meilleraye-Mazarin :

« Ces longues écuries, qui étoient pleines de tant de chevaux de manège, barbes , castillans, coursiers de Naples, anglois, en un mot de tant de bons coureurs, de tant d'attelages, de carrosses , de tant de mulets si richement harnachés , quand le compère ( Fontenelle , écuyer du Cardinal) en avoit le soin , contiennent à peine sept ou huit haridelles. La belle mule de don Louis de Haro, après avoir servi de monture aux deux premiers ministres, a porté un médecin crotté sur le pavé de Paris, et les chars de triomphe du Cardinal, après qu'on en eut vendu les velours et la broderie, ont élé métamorphosés en carrosses à cinq sols. Les couvertures des mulets seules ont eu un meilleur sort , puisqu'elles servent maintenant dans les grandes solennités de tenture à l'église des Théatins. Ce qui était trop bon pour des bêtes de charge n'est pas trop bon pour Dieu. Quel vaste champ pour les réflexions ! »

(119,) Voir sa correspondance avec Colbert, et la note 84.

(120) Le cardinal de Retz prétend au commencement de ses Mémoires, que la tenue de son équipage lors de son entrée au minisière, était fort modeste : // marchait dans les rues avec deux petits laquais derrière son carrosse. (Mém., lomel, p. 46, édit. 12°. Paris, 1842.) Cependant nous savons positivement qu'à son entrée solennelle à Paris, comme nonce extraordinaire, il déploya un grand luxe. La Gazette de Renaudot qui n'avait alors que trois ans d'âge, elle qui devait devenir si vieille, annonçait le 2 décembre i634, dans son i33me numéro :

« Le 26 ( décembre ) le seigneur Mazarin , vice-légat d'Avignon et nonce extraordinaire de sa saintelé en cette cour — fit son entrée par la porte Saint-Antoine, dans le carrosse que le roy lui avoit envoyé, dévancé de ses gentilshommes et pages â cheval et de quantités d'estafiers et laquais richement vêius de ses livrées et suivi d'un cortège de cent à six vingts carosses — entre lesquels estoit remarquable celui dont le cardinal Antonio lui fit présent a son départ de Rome. Il alla descendre à l'hosiel des Nonces. »

Il faut remarquer que Mazarin habite l'hôtel des Nonces, j'aurais dû le dire dans la note 18.

(121) Tallemant des Réaux nous donne le nom du capitaine des gardes du cardinal Mazarin, il se nommait Champfleury (tome VI, p. 115).

(122) En décrivant minutieusement l'uniforme des gardes du roi d'Espagne qui firent le service à Fonlarabie, Brienne nous apprend ce qu'était l'uniforme des mousquetaires du

Note 128.

LE PALAIS MAZARlN.

Cardinal : « Chaque soldat et officier porte une casaque de drap jaune en forme de celle dont se servent les mousquetaires de son Éminence, elle est couverte devant et derrière des armes d'Espagne de velours rouge , en broderie de soye et sur les costez de la croix de Saint-André couronnée de mesme que les armes, et elle est bordée d'un passement de trois doigts de larges , tissu de soye rouge et blanche par carreaux. »( Mss. Fonds Caugé , 132-Q7, 10,369, 7.) — Guy Patin écrit à Falconnet en date du 6 may 1659 : « Le cardinal Mazarin a de nouveau 3oo gardes à pied, avec une petite mantille rouge et ses armes en broderie sur l'épaule. » Voir les gravures et les tableaux du temps.

Je renvoie aussi à une pièce contemporaine sur l'entrevue du roy et de l'infante, et sur le mariage : lettre de l'abbé de M... contenant le votjage de la cour vers la frontière d'Espagne en 1660. Celte pièce se trouve imprimée à part et fondue dans des recueils.

Enfin M. Lebercile dans son catalogue , et j'ai oublié de consulter dans la bibliothèque de Rouen une Relation des cérémonies pour les conférences de la paix de 1660, et pour le mariage du roi Louis XIV à Saint-J ean-de-Luz , sansdaie, cahier in-folio, no 5777. Ce manuscrit de l'époque, porte au dos : Ce présent récit vient de M. de Lyonne, secrétaire d' Estai, lequel m'a esté donné par M. R. — M. Le Roy qui esloit au mariage du roy, dit que ce récit est bon et véritable. On trouvera plus facilement l'ouvrage de Galeazzo Prioralo et sa traduction par H. Courtin : Histoire de la paix conclue sur la frontière de France et d'Espagne — avec un journal de ce qui s'y est passé de plus remarquable. Cologne , près de la place , 12°, 1667 (Elzeviers). Je ne reproduirai pas ici la longue liste des pièces de circonstance que je donne dans la note 258. C'est déjà bien assez d'avoir pris la peine de réunir, de classer et de lire une fois ces nombreuses descriptions d'une même cérémonie.

(123) Voir sa correspondance de Saint-Jean de Luz,du 1 5 août 1659, et pour d'autres détails les sources déjà indiquées, et l'histoire du cardinal Mazarin , par Aubery, tome II , p. 534. Paris, 12", 1688.

(124) Lettre à M. Fouquet , suriniendant des finances : Relation de l entrée de la reine dans Paris, le 26 aoust 1660.

(123) L'entrée commença en cette sorte:

« Le jeudy xxvi aoust 1660.

« Premièrement marchoient soixante et douze mulets de la maison de M. le cardinal Mazarin divisez en trois troupes, et précédez de deux trompettes vestus des livrées de son Excellence. Ceux de la première bande étoient couverts des livrées de S. E. en broderie de soie, ceux de la seconde de couvertures de haute-lice à fonds de soye, et ceux

de la troisième esloient couverts de couvertures de velours rouge cramoisy toutes en broderie d'or et d'argent, avec ses armes.

« Les sieurs de Fontenelle premier escuyer et Moreau second escuyer de S. E. suivoient à la teste de vingi-quatre pages richement vestus de ses livrées et montés sur très beaux chevaux. Ils estoient suivis de douze chevaux d'Espagne couverts de housses de velours rouge cramoisy en broderie chacun conduits en main par deux palefreniers.

« Après celte bande marchoient les carrosses de S. E. au nombre de sept, chacun attelé de six chevaux; celuy de son corps estoit couvert entièrement d'ouvrage d'orféverie , vermeil doré, et environné de quarante valets de pieds richement vestus, après lesquels marchoit le sieur de Besmo à la teste de la compagnie des gardes dudit sieur Cardinal. »

Cet extrait des pièces jtisti ficatives de l'histoire de Paris , par Félibien ( Paris. Folio 1725, tome V, p. 171) est conforme aux autres descriptions et aux gravures (Voir note 126). On trouvera d'autres détails dans l'histoire de Mazarin , par Aubery. Cet auteur décrit le voyage de Fontainebleau, de Saint-Jean de Luz et la fameuse entrevue dans l'île des faisans, avec une certaine complaisance et de curieux détails. (Voir la note 258.)

(126) Il existe quinze 011 seize représentations différentes de celte entrée, j'en citerai quelques unes :

En 14 planches ou feuilles avec un titre gravé et un texte , on y voit le train de son Eminance et les carrosses de son Eminance.

En li feuilles ou planches avec un titre gravé et un texte.

En une feuille.

En une feuille intitulée : La magniflqve entrée du Roy et de la r.oyne. Et en bas à gauche : Dessiné et grauë par Gab1 Ladame.

En une feuille. On remarque dans les rubriques le bagage de M. le Cardinal.

En une feuille double in-folio. C'est une gravure italienne, le moment choisi est celui où le cortège traverse la campagne entre Vincennes et la porte Saint-Antoine.

En une feuille, gravure allemande, répétition de la précédente.

En une feuille , avec un texte allemand imprimé typographiquement. Au bas : Zu finden by Abraham Aubry.

En une feuille pour placer au-dessous du grand almanach de 1661.

etc., etc., etc.

Dans toutes ces gravures on remarque le luxe des carrosses du ministre, ses gardes nombreuses, la longue file de ses mules caparaçonnées et chargées, elle soin qu'on a mis à marquer que le carrosse du Cardinal était vide.

(127) Voir note 258.

(128) Lettre à Fouquet, surintendant des finances. Voir les œuvres de La Foniaine.

LA PALAIS MAZAR1N.

Note 132.

Madame de Malntenon, témoin de celle solennelle entrée, parle aussi des équipages de Son Eminewe, et de sa maison qui fut fins d'une heure à passer et à être admirée. Elle revient même sur les vingt-quatre chevaux de main, couverts de housses si belles, et si beaux eux-mêmes, dit-elle, que je n'en pouvais ôter les yeux.

Lettres de madame de Maintenon à diverses personnes (Amsterdam, 120, 1757.

Pierre Erialed, tome 1, page 27).

(129) Le Cardinal avait fait établir dans son jardin le jeu de boules, particulier à l'Italie, appelé en France la bauchette, et qui était alors en grande vogue. C'était après le travail du cabinet et la discussion des affaires, un moyen d'exercice hygiénique. Monglat nous dit qu'il était adroit à ce jeu où il passait des aprèsdinées entières. (Mém., coll. Petitot, 2e série, tome 51, page 1 ili )

Je lis dans les Mémoires de Charles Perrault, le frère du médecin-architecte, que les maîtres maçons de Paris ne voulurent pas accepter la manière de construire les voûtes que le Bernin voulut leur imposer. Il fut résolu qu'on feroit un essai des deux constructions dans la place du Valais Mazarin (liv. 11, p. 83). Je pense qu'il s'agit de la cour ou du jardin du palais Mazarin, à moins toutefois que Perrault n'ait voulu désigner le collège Mazarin, mais ce n'est pas probable.

(130) J'ai parlé ailleurs de nos hôtels de Paris et de leurs jardins; je remarquerai que Lister, attaché à l'ambassade anglaise de 1698, a décrit dans le récit de son voyage, les jardins des hôtels d'Aumont , de Lesdiguières, de Larges, de Pelletier, de Sully et celui d'un M. Foui nier. (Lister, ajourne!) lo Paris, 8", 1699, Pa8e 1 85. Ce même voyage a été réimprimé dans la grande collection Pinkerton.)

(131) Colbert écrit au Cardinal, en i653 : J'ai fait faire un dessin pour le jardin du

palais de V. E. ; mais avant que d'y travailler, il est nécessaire qu'elle me fasse scavoir si je ferai/ rcstablir la terrasse du pavé qui est entre les deux pavillons en saillie sur le jardin, et de laquelle on y descendra par deux marches de pierre de taille. J'estime que cela est nécessaire. Le Cardinal répond en marge : J'approuve tout ce que vous fairez à l'esgard de cet article là. Remarquons ici que le Cardinal traitait ses affaires personnelles et les affaires de l'état, de la même manière : chaque ministre, aussi bien que son intendant, ni écrivait ses propositions, et il y répondait en marge. Il s'est conservé à la Bibliothèque royale dans le cabinet des manuscrits, fonds Gagniéres, n° 2798, des lettres du surintendant procureur général Fouquet , et on lit dans l'une d'elles : Von frère m'a dit que Votre Emine.nce avait agréable que je lui écrivisse de cette manière. Le Cardinal répond en

marge : Je suis bien aise que vous trouviez votre sati faction dans cette manière d'écrire.

On voit par une lettre de Colbert, du 25 octobre, qu'il y avait un plan général du palais, dans lequel tous ses développcmens étaient prévus. La partie du jardin réservée pour faire plus tard une cour d'honneur, correspond à la lettre D. du plan général.

Je supplie votre excellence de me faire savoir sy le jardin auquel je m'en vais faire travailler dans son palais, duibt tousjours demeurer en jardin, dans le grand dessin de son palais, ou sy ceste place doibt eslre mise en court , parce que l'on travaille d'une autre sorte en un jardin à demeurer, qu'en un jardin pour un temps. Userait nécessaire que j'eusse le grand dessin du palais, s'il y en a un. Le Cardinal répond en marge : Lejardin, en les 4 petites maisons y sont, doit demeurer tousjours en jardin, mais l'autre est destiné pour une court.

Je renvoie au chapitre III pour d'autres détails sur les jardins. J'ajouterai seulement qu'une grille séparait l'hôtel du jardin. F.lle était faite de quinze travées et de douze pilastres portant des fleurs de lys doubles. Elle pesait 10,098 livres. En 172Û, lorsqu'on voulut continuer les bâtiments pour placer les livres et les globes, lejardin fut détruit et la grille devint inutile ; elle fut donnée par M. le duc d'Antiii, contrôleur général des bâtiments, au jardin du Boy. Voyez dans les archives du Cabinet des estampes, un mémoire sur une grille qui pourrait être employée utilement au jardin du Roy, avec une épargne considérable pour les façons.

(132) Le cardinal Mazarin avait pour intendant en 1642 un nommé Charles, dont Le Poussin parle plusieurs fois dans ses lettres ( â M. le commandeur del Pozzo. Paris, 22 mai 1642) ; ensuite un sieur Joubert (Vie de J.-B. Colbert. Cologne, 120, 1695, page 6), fit les mêmes fonctions près de lui.

L'histoire de Colbert est partout, mais partout aussi on avait omis les détails que je donne ici sur les commencements du grand ministre. Voir parmi les historiens des finances de la France, Forbonnais, Bailly, d'Audiffret, etc. Monlhyon : fie des Surintendants etc., etc. Les éloges de Colbert envoyés à l'Académie, en 1773, et particulièrement celui de M. Necker qu'elle couronna. — A. de Serviez, Histoire de Colbert. — Pierre Clément. Surintendants, contrôleurs généraux et ministres des finances célèbres. III. J.-B. Colbert. ( Correspondant, tome xii, page 36o, réimprimé en un volume. Paris, 8°, 1846.)

Je ne cite pas la Vie de Jean-Baptiste Colbert,ministre d'état sous Louis XIV (Cologne, 12°, 1695), le Testament politique de messire J.-B. Colbert (ha Haye, 12", 1O93), dent cubages attribués à Sandras de Courtilz, le fécond fabricant de ces romans politiques.

Note Vik. LE PALAIS

Quant à la Lellre du sieur Colbert, intendant de la maison de Monseigneur le Cardinal ,

A son Eminence.

monseigneur , Bien que j'aye reconnu en mille occasions. (A Paris, le 9 avril i655, 8 p. , folio.)

C'est une pièce fort rare, dont la publication a été interprétée (le manières très différentes ; mais, comme en toutes choses, l'explication la plus simple, la plus naturelle, a été trouvée la dernière. J'en ai parlé ailleurs : on cherchera cet imprimé de huit pages, petit in-folio, format des lettres et des mémoires, dans un gros recueil de pièces détachées, la plupart manuscrites ( Bibliothèque royale fonds de l'Oratoire , volume 136, folio 37). Elle a été réimprimée dernièrement par M, Sue et M. Pierre Clément.

Colberl dressa chaque année un état régulier de la position financière du Cardinal. J'ai retrouvé les tableaux des années i656 et 1658. Ils sont intitulés : Estai des biens, revenus et effets appartenons à Monseigneur en la présente année.

Je vois dans l'état de i656 :

Charges, Pensions et Appointemens de S. E.

PENDANT LA PRÉSENTE ANNÉE l656.

Pour les appointemens de S. E. en qualité de ministre -20,000

Pour sa pension en qualité de cardinal 18,000

Pour ses gages et appointemens du Conseil 6,000

Pour sa pension extraordinaire . . . 100,000

Pour ses appointemens continués en qualité de surintendant de l'éducation du Roy, 60,000

Dans ses dettes, on compte :

A M. Tubeuf pour reste du prix du palais

de S. E 189,0201. 1 s. Ix d.

En 1658, on estime :

Le palais de S. E. avec les cinq maisons y

attachées 1,200,000 I.

Ces maisons étaient situées au nord de la

rueColbert actuelle, et au fond du jardin.

Dans les dépenses de cette mesme année, je vois :

Les tapisseries de la Reyne de

Suède 82,105 I. 3.

Les tapisseries de M. deGuize. 83,Zioo I. Le palais de S. E. à Rome, qui a esté achepté

75,000 vv, momioyc de Rome faisant 25,000

pistoles à 11 livres pièce.

Il est encore dû à M. Tubeuf. . . 100,000 1.

Je remarquerai qu'en 1653, les appointements du Cardinal n'étaient que de \l\o mille livres; c'est à ce chiffre que les fixe Colbert dans une lettre du 3o octobre. (Bibl. royale, fonds Baluze, arm. VI, paq. 1,)

(133) Celte lettre est du 21 novembre i653. J'en citerai un passage qui établit assez nettement la position des deux personnages:

« V. E. peut être assurée qu'elle trouvera beaucoup de fidellité et d'honneur en tous ceux qui me touchent, et de plus une passion aveugle pour V. E. Il est inutile de répéter tant de fois à V. E qu'il faudrait que je fusse le plus meschant de tous les hommes, si je ne souhaittois d'avoir mille vies et mi le fois plus d'industrie que je n'en ay pour les employer au service de V. E. , après toutes les bontés qu'elle a pour moy en toutes sortes d'occasions qui surpassent infiniment toutes celles que personne de sa condition ay t jamais eues pour un domestique; aussi puis-je asseurer V. E. que mon zèle et ma passion surpassent toutes celles que jamais domestique ayt eu pour son maître et pour son bienfaiteur. » Le Cardinal répond en marge : « Je suis très satisfait que vous témoigniez l'estre au point que vous me marquez.» (Voir la note 233. )

C'est pour n'avoir compris ni le sens attaché alors au mot domestique, ni ce qu'était la véritable position de Colbert dans le palais Mazarin, que M. Pierre Clément prend celte qualification pour une impertinence de Fouquet (Correspondant, p. 365, tome xn). Cette lettre est de 1653 ; on pourrait croire que le petit intendant avaitsecoué plus lard le collier de la domesticité, et cependant la lettre suivante datée du mois de may 1658, indique des fonctions tout aussi humbles, et une soumission non moins résignée :

« A Paris, ce may i658.

« Je supplie V. E. de me faire sçauoir sy je feray détendre tous les appartenions de son palais pour faire nettoyer tous les meubles et toutes les tapisseries. Je fais travailler à détendre l'appartement du Louvre.

» Le très humble, très obéissant, très obligé et très fidel serviteur,

» Colbert. »

Le Cardinal répond en marge : « Il faut faire délapisser les appartements de ma maison, afin di faire nettoyer tout.

» Amiens, le 6 may 1658. »

(Voir note 227.)

L'obséquiosité des termes répond à la vulgarité des fonctions; dans la même lettre, il demande un congé de huit jours, et en regard de ce paragraphe, la marge reste blanche ; ce silence valait un refus : le Cardinal tenait plus au soin de ses tapisseries, qu'à faire plaisir à son intendant. Cette lettre appartient à M. le comte de Lui'dequiPa trouvée en Allemagne dans la boutique d'un juif brocanteur. Il me l'a communiquée avec sa libéralité bien connue des bibliophiles et des amateurs de belles reliures.

(134) Le Cardinal ajoute • on les tiendra tut bois de Vinci unes , les donnant à gaidrr à

LE l'AI.AtS MAZAlil.X.

Note 142.

quelqu'un qoi prenne soin de les faire promener tous les jours Cette lettre est du 20 may 1ÔJ7 (Bibl. royale, fonds Baluze, armoire VI, paq. 2).

(133) Lettre deColhert. 21 oct. 1653 (Bibl. roy., fonds Baluze, ann. VI, paq. 1).

(136) Voir la note 192, dans laquelle j'ai inséré des extraits de la correspondance de Colbert.

(137) Voir les mémoires de Laporte, un niais qui fait de méchantes insinuations, si méchantes que Voltaire se voit obligé de les repousser comme trop évidemment calomnieuses.

(138) Il ne me revient en mémoire que le nom de madame de Choisy.

(159) Il y avait bien aussi les lettres d'un amant, que le Cardinal sut se procurer; elles lui facilitèrent singulièrement le refroidissement qu'il voulait opérer. Ces détails sont connus ; ils se trouvent dans les mémoires que tout le monde a lus : Motteville, Montpensier, etc.

(140) Le Cardinal était alors à Vincennes. Loret parle de la retraite du jeune Roi avec une retenue qui n'était probablement chez lui qu'ignorance :

Nonobstant le temps glacial, Louis avec son train royal, A presque passé la semeine Dans le froid château de Vinceine, Et monsieur l'Eminent aussy; Puis ils sont retournés icy.

(26 janvier 1608.)

(1-41) Tous les mémoires du temps, toutes les histoires de France ont fait honneur à la dame de Beauvais du premier amour de Louis XIV. Cette femme était borgne et sans beauté, mais elle avait une propreté excessive et un tempérament de feu , ce qui nous explique et le nombre de ses amants , et la violence effrontée de ses amours. La Reine , je l'ai démontré en donnant des extraits des agendas du Cardinal, l'appelait Caleau tout court. La Bruyère a fait allusion, sous le nom d'Ergaste (des biens de fortune, n° 28), au baron de Beauvais son fils, le même dont nous avons cité le magnifique hôtel dans le faubourg Saint-Germain. L'une des clefs met cette note : Sa mère était de la confidence de la feue reine-mère, et le bruit est que ce fut elle qui fut la première à assurer la Urine que le Roi, qui dans sa jeunesse paroissoit fort indifférent sur les dames, éloil très sûrement propre au mariage. Elle s'appeloil Cateau la Borgnesse.

Dans la Carte géographique de la Cour, et autres galanteries par Rabutin , à la sphère,

12", Cologne, chez Pierre Michel, i6e8, ou traite fort mal la femme de chambre de la Reine : On ne s'estonnera pas que des gens de naissance et de mérite se soyenl arrestês à un si meschant aslé, quand on scaura que ça esté le principal l'assage pour aller à la ville Dont Anna (p. 20). Pour l'intelligence de ce passage et de cette citation d'un petit ouvrage assez rare, parce qu'il n'a pas été réuni aux nombreuses éditions de l'histoire amoureuse des Gaules, il faut savoir, que l'auteur transforme en ville, en bourg ou en lieu de passage toutes les dames de la Cour, et qu'il trouve dans ses descriptions géographiques, le moyen de faire les allusions les plus scandaleuses.

Sur la Jardinière, modeste mère du premier et du moins exigent des bâtards de Louis XIV, on recherchera les Mémoires du duc de Saint-Simon (toinei,chap. xiv). — D'Assoucy, Aventures tome u, année 1667, etc.).

(142) Aubery aurait dû donner un tableau généalogique de la famille du cardinal Mazarin. Il ne l'a pas fai,t et je ne puis remplir celte lacune. Voici toutefois quelques indications qui peuvent guider dans des recherches plus approfondies.

Le Cardinal avait un frère et deux sœurs. Son frère Michel Mazarwi , nommé archevêque d'Aix en 1 6^0, devint plus tard Cardinal. (Voir la correspondance d Italie, Bibl. roy., suppl. François, 2,ûi3.) De ses dt ux sœurs, l'aînée épousa en i63Zi Jérôme. Martinozzi, dont elle eut deux filles, la cadette Hiéronyme fut mariée à Michel Mancini et lui donna trois fils et cinq tilles, Laure, Olympia, Marie, Hortense et Marie-Anne.

Le Cardinal avait chargé madame de Noailles en 1547, d'aller à Rome chercher les deux filles de madame Martinozzi et l'ainée des Mancini. Il laissait dans la ville pontificale son père Pielro et ses deux sœurs auxquelles il envoyaitdes présens en 16/16: Première in délie mostre et allre galanterie prr inviar aile mie sorelle. (Agenda, n» 8, page 63).

1648. Laure Mancini est fiancée avec le fils d'Anne Colonna Barberini , mais ce mariage n'a pas lieu. (Corresp. d'Italie, lettres de Mazarin, Bibl. roy., suppl. François, n° 2, 4i3.)

16Û8. Le cardinal Sainte - Cécile meurt à Rome, on dit tout haut, écrit Guy Patin (à Garnier, du 24 septembre 1648) que c'est ex immodica venere.

16/19. Le duc de Mercœur épouse Laure Mancini. La connétable de Colonne l'appelle Victoire dans ses mémoires.

Ce mariage fut un événement dans la Fronde, et le sujet de nombreux pamphlets. Je lis dans l'un d'eux :

Ne vous sentez-vous pas toucher, Qu'un petit-fils de Henry Quatre Prenne la fille d'un cocher Qui vendoit autrefois du plâtre.

(L'outrecuidance présomption du cardinal )ln:ariri, dans le mariage de sa niepee, en.

Note Ui2.

60 stances. V. aussi : l'Anti-nopcier, ou le blasme des noces de monsieur de Me) cœur a vec la niepie de Mazarin. Amiens, etc., etc.

1652. L'aîné des jeunes Mancini , est tué dans le combat du faubourg Saint-Antoine. // promettait tout, dit S. Simon (Mém. vol. V, p. 3i3.) Mazarin avait une affection profonde pour toute ta famille et ressentit vivement les pertes que la mort lui imposa. Ses lettres et sa vie entière sont là pour témoigner de ces sentiments conformes d'ailleurs avec son histoire. Il fallait le violent cynisme du temps pour qu'on s'attaquât à sa douleur. Je lis dans une chanson :

Ci gist le petit Mancini Le neveu de Mazarini L'oncle en pleure comme une vache.

(Collection Maurepas, année 1649, tome XXII, f° 1O9.)

Cette chanson est placée à tort dans le recueil de M. de Maurepas à l'année 16Û9, c'est sans doute une allusion à la mort du jeune Mancini dans le faubourg Saint-Antoine en 1652, et voici comment le cardinal parle de cette mort, en écrivant à M. de Noirmoustier :

Je ne doute pas qu'ayant bien voulu prendre part à la blessure de mon neveu , vous ne soyez touché de sa mort , il me seroit malaisé de vous dire la douleur que j'en ayx mais mitre qu'il se faut conformer à la volonté de Dieu , il me reste cette consolation qu'il est mort pour le service du roi et avec l'honneur de ses bonnes grâces.

Pontoise, 28 juillet i652.

(Bibl. roy. Fonds Béthune, volume 9355 , fol. 62. La lettre est d'un secrétaire et signé de la main du Cardinal.)

1653. Dès celte époque le fds du duc de la Meilleraye était sur les rangs pour épouser une des nièces du Cardinal. (Guy Patin. Lettre à Belin, 3 mai i653.)

1653. Le prince de Conti épouse la fille cadette de madame Martinozzi , une merveille aux blonds cheveux (Lorel, Muse historique). Guy Palin écrit à cette occasion : On dit que le prince de Conti sera aujourd'hui au soir fiancé et marié demain à Martinozzi , nièce du Mazarin (21 lév. 1653). Il mourut le 21 février 1666, son fils épousa mademoiselle de Blois qui fut demandée en mariage par l'empereur du Maroc. (Voir sur ce fait les ouvrages du temps, Amsterd. 12°, 1698- Cologne, 12", 1700, et les recherches de M. Thomassy. Bibl. de l'École des chartes.)

1653. 7 mars, le Cardinal fait venir d'Italie ses deux sœurs , et trois filles de madame Mancini :

Sans aucun accident sinistre

Les deux sœurs du premier ministre ,

El trois autres nièces aussy

Sont à présent toutes icy.

1653. 29 mai. Arrivée à Paris d'uti Jeune Mancini Âgé de 12 ans.

Guy Palin écrit à Belin : On dit qu'il vient encore d' Italie deux antres nièces du Mazarin et un neveu : nec miror puisqu'on le souffre. (3 mai 1653. Voir aussi les mémoires de la connétable Colonna , page 5 , édition de Madrid.)

1653. Le iti novembre, Pietro Mazarini père du cardinal mourut presqu'octogénaire:

C'est une franche vérité Qu'à Rome on l'a fort regreté.

(Loret, liv. V, p. 163, el un passage des Mémoires de S'-Simon qui n'a pas pour but de prouver qu'on l'ail beaucoup regreté.)

1655. 3o may, le prince de Modène épouse la seconde Marlinozzi. Sa fille fut reine d'Angleterre.

1656. 3o décembre , madame Mancini , meurt à l'âge de Uh ans. Voir dans les mémoires du temps , dans la Gazette de Renaudot et dans la Muse historique de Loret, la description de ses somptueuses funérailles aux Augustins. Le roi, la reine. Monsieur et toute la cour vinrent dans le Palais Mazarin :

Consoler exprès Ceux qui lui touchoient de plus près.

Olympe et toute la famille, Sans oublier ni fils, ni fille

(Loret, Muse historique, 6janv.i657.)

1657. 10 février, il en fut de même un mois plus tard lorsque la duchesse de Mercœur, Laure Mancini , mourut d'un coup d'apoplexie :

Ociel!

Veuille adoucir la violence Des ennuis de son Éminence , Console ses cousines chères.

Console ses sœurs et ses frères.

(Loret, Muse historique, 10 fév. 1657.)

1657. 19 février, Olympia Mancini épouse le duc de Soissons (Gazette de Renaudot et la Muse historique de Loret , ifx février 1657). On peut oublier les lorts de cette femme, car elle donna le jour au prince Eugène. Les chansons ne l'ont pas épargné, on le pense bien , mais je n'ai pas besoin de les ciicr et c'est avec plaisir que je m'en épargne la peine. Je remarquerai seulement qu'on l'appelle trop souvent : la Bécasse de Soissons (Coll. Maurepas, lomeII,page 526, etc., etc.), pour qu'au contraire de ses sœurs, elle ne se soit pas fait une réputation d'esprit borné.

1657. Le 23 février, Guy Patin écrit: Le Mazarin s'en va marier une autre de ses nièces , nommée Marie- Anne , au fils aîné du prince François, auquel on rendra la Loraine (à Belin, 23 fév. 1607). Ce mariage n'eut pas iieu, cl s'il fut projeté, c'était pour Marie, et non pour Marie-Anne encore enfant.

1657. 8 novembre : Une saur de Mazarin, religieuse en Italie vient ici pour y être abessc

Noie IkU.

de Poissy. (Guy Patin, lettre à Belin du 8 nov. 1607.) Je n'ai trouvé aucune autre mention de cette religieuse qui aurait été la troisième sœur du Cardinal. Guy Patin, je crois, faisait confusion avec l'arrivée de Marie-Aune Manc'mi qui sortait d'un couvent de Rome pour venir se joindre à ses sœurs à Paris.

i658. Janvier, le second des fils de madame Mancini , est tué au collège par la maladresse de ses camarades qui le bernaient:

On combattit sa destinée Par le trépan et la saignée.

(Loret, liv. IX, page 6.)

I.e roi qui était à Paris , dit cruellement St-Sinion (tome V, page 3i4) alla le voir, cela fit grand bruit, mais n'empêcha pas le petit Mancini de mourir.

1658. 28 décembre, Loret parle à cette date des trois demoiselles Mancini qui ne sont pas encore mariées :

Et ses nièces sages et belles , Dont trois sont encore pucelles.

(Liv. IX, page 206.)

1660. Hortense Mancini épouse le duc de la Meilleraye qui prend le litre de duc Mazarin.

1661. 9 avril, Marie Mancini épouse à Paris par procuration le connétable de Colonna.

1662. 18 avril, Marie-Anne Mancini épouse le duc de Bouillon.

1670. ilx décembre, le neveu du cardinal le Sr Mancini , duc de Nevers , épouse mademoiselle de Thianges.

Sur la famille Mancini voir quelques recherches généalogiques dans VHistoire des grands officiers de la couronne ( 3me édition , tome 3, p. 462.) — Dans les œuvres posthumes du duc de Nivernois (le dernier des Mancini. Paris , 8°, 1807 , tome I, p. 97) où l'on confond Hortense Mancini avec sa sœur Marie. En terminant cette note, je dirai que Pietro Mazarini , le père du Cardinal, avait épousé une Buffalini, mais il faut qu'il se soit marié en seconde noce, car je trouve dans les papiers de Colbert une lettre adressée au roi, après la mort du Cardinal, qui contient cette phrase : E cerla cosa e cite quando segui il matrimonio ira il sigT Pieiro Massarini sua paire c me.

ltoma , li 28 di mai zo 1661.

l'ORTIA MaZZARINA ORSINA.

(143) Le cardinal Barberini avait demandé l'une des nièces du Cardinal pour son neveu, un Colonna. Le cardinal Mazarin lui répond de Paris, le 15 février 1648, qu'il consent au mariage d'une de ses nièces avec il signor Principe prefelto, et quant au choix : // che mi da occasione di dire a V, E. che complirebbe grandemenle a rniei inleressi di far venire in Vianria l'altra figlia ancora délia signora Margherita mia Sorella, onde volontieri pregherei l'Emza. loro a contentai- si d'una Hfami niche cnel monasterio in Borna, Il

parle de sa grande Jeunesse et consent en attendant à fixer la dot et a far scritlura di matrimonio. Dans une seconde lettre du 16 février, il ajoute qu'en choisissant cette nièce: non si disacomodarrbbe lo stabilimenlo , che io 0 fallo d'acomodare tulle l'altrc in l'rancin. (Bibl. royale, département des manuscrits, non encore classé , p. 55 du manuscrit; voir aussi les deux volumes du suppl. F. ' \' ,).

(144) Loret le gazetier ministériel salue leur arrivée avec force adulations. Je citerai quelques vers à leur adresse, mais je dois avertir qu'il laissait passer rarement un numéro sans parler de l'aimable Olympe et ses trois sœurs. 11 n'était pas question de l'ainée, Laure Mancini , duchesse de Mercœur, qui n'attirait pas l'attention, se cotitentant d'inspirer le respect par ses hautes vertus.

Au bal de l'Hôtel-de-Ville, le t\ février i658, elles font leur entrée :

Olympe l'illustre comtesse

Qui de grâce, esprit et sagesse

A tout ce qu'on en peut avoir.

Au second rang se faisoit voir,

Ayant Monsieur à côté d'elle;

Ensuite cette demoiselle

Son agréable et chère sœur

Dont les yeux ont tant de douceur (Marie),

Et de plus la mignonne Hortense,

Belle certes par excellence,

Qui parut dans ce noble bal

Comme un jeune astre oriental,

Et dont les futures merveilles,

Dans trois ans seront sans pareilles.

Il suffisait d'une indisposition de ces jeunes filles pour attrister la Cour et suspendre les fêtes. Loret se fait l'interprète des inquiétudes générales :

Marie-Anne de Manciny (c'était la plus Fillette d'esprit infiny, [jeune).

Cette nièce jeune et jolie, Qui vint l'autre jour d'Italie El qui, des plus grands de la Cour, Est le cœur, la joye et l'amour; N'ayant pourtant ateintque l'âge De six ans et point davantage, Eut la fièvre Lundy, Mardy, Et de plus i ncor Mercredy.

Dont la cour eut quelques allâmes....

Elle fut plainte et vizitée lit de plusieurs reconfortée.

Moi\siEiR, pour elle eut ce soucy, Et Monsieur son grand oncle aussi , Et mesmement anne d'autriche Qui de bonté n'est jamais chiche.

(Musehist., li\. vu, p. 18.)

Trois ans plus tard nouvelle indisposition, mêmes préoccupations :

Manciny cette illustre fille , A rendu la cour si chagrine, Que depuis dimanche passé On n'a presque ry, ni dansé.

( \i février 1 65f>. )

Note iU6.

LE PALAIS MAZAKIN.

(145) J'ai dit plus haut que les nièces du Cardinal , celles qui firent parler d'elles , et qui jouèrent un rôle, n'arrivèrent à Parisqu'en 1654, on doit donc lire avec quelqu'étonncment les deux passages suivants de {'histoire du refîne de Louis XIV àe M.Capefigue : Marie était grosse et petite dans sa taille, et les Mazarinades l'appelaient une bonne marchande de Halle, et plus loin : Marie était la plus laide de toutes, celle dont les pamphlets de la fronde comparaient le teint à la couleur d'une cheminée. Il y a là plus d'une erreur, niais elles découlent toutes d'une seule méprise. M. Capefigue a confondu les deux Martiuozzi et La lire Mancini arrivées à Paris avant la Fronde et les quatre plus jeunes Mancini qui n'arrivèrent qu'après. C'est aux premières que s'adressent les amabilités suivantes empreintes du bon goût de MM. les poètes Frondeurs : Vos niepees, trois singes ragots, Qu'on vit naître de la besace , Plus méchantes que les vieux gots, Et plus baveuses qu'escargots Prétendaient icy quelque place.

Et vous esleviez ces magots Pour nous en laisser de la race ; Elles avaient fait leurs adieux A leurs parents de gueuserie, Pour s'accoupler à qui mieux mieux Aux Candale , aux Richelieux , Aux grands maîtres d'artillerie, Ravis de voir en d'autres lieux Les singes et la singerie.

(Minisire d'État flambé, page 12.

Paris, iu-û°, Jean Brvnet, 1 6Z19.)

Ces deux nymphes, sœurs de Médeuse, Avecque leur gorge écunieuse, Faisoient reproche au bon destin Qui ne se levoit pas matin , A dessein de leur rendre hommage Et de leur donner du courage.

Elles ont les yeux d'un Hibou L'écorce blanche comme un chou , Les sourcils d'une aine damnée Et le teint d'une cheminée.

( Salyte sur le grand adieu des nièpees de Mazarin à la Fi ance. Paris, chez Cl. Moi lot, 4°, 1649.;

Il faudrait attribuer à l'une de ces trois jeunes filles le Poulet (Paris, h", 16Z19) qu'une nièce du Cardinal est censée écrire à M. le prince, mais on sait que c'est une invention. Malgré mes recherches je n'ai encore trouvé aucune lettre écrite de leur main. Brienne, qui se réservait le franc parler et l'indépendance dans des mémoires posthumes , fait à chacunedes Mancini une part bien rigoureuse, nous le citerons à titre de témoin : « Laure était belle et vertueuse ; Olympia, laide et méchante ; Marie, ni belle ni laide , mais fine et dissimulée ; Horlcnce , une folle achevée ; Marie-Anne, la plus jeune, a beaucoup d'esprit, niais pas de jugement. » M. Roederer, l'auteur de tant de bons travaux et du mémoire remarquable sur la Société polie en France ,

est d'une négligence étrange ou d'une distraction singulière sur tout ce qui tient au Cardinal et à ses nièces. Il fait arriver les sept jeunes filles en même temps à Paris en 1667 , (page 10Z1), il est vrai qu'il les fait venir de Florence (page 133.) Selon lui la Renie m'ere était mécontente de Mazarin qui désormais comptait moins sur elle pour sa fortune que sur ses nièces (page i56. ) Hcrtence Mancini faillit épouser le roi , et plus laid elle courut te monde avec la duchesse Mazarin (page i33.) V. des détails sur les nièces du Cardinal dans le chap. IV de cette description du Palais Mazarin.

(146) Le cardinal dotait ses nièces en argent et en grandes charges. Ainsi le duc de Mercœur dut recevoir deux cent mille écus comptant, l'amirauté et un gouvernement en province. Pendant la Fronde on faisait entrer cesjeur.es filles et leur avenir dans les articles des traités que les partis concluaient entre eux. Le Cardinal écrit sur son agenda de la fin de 16Z18 : Madame d'Elbouf ma fatto dire che se io voleva , suo marilo e la sua casa sarebbe in tutto dipendente da me , che farebbe cacciar la Riven'a, se io volevo aguitarlo; ma che desiderava che io dassi una délie mie nepoti a Lilebonne. (Bibl. roy. Fonds Baluze, n° 10, page 93.) Le prince de Coudé avait fait insérer dans le traité qu'il signa en 16Û9 avec Mazarin et la reine, un article par lequel : le Cardinal romprait le mariage de sa nièce avec le duc de Mercœur et ne marierait ses autres nièces qu'avec le consentement de M. le Prince. (Voir les Mémoires du cardinal de Betz , tome I , p. 340 , et de nombreuses Mazarinades qui s'emparent de ce projet de mariage pour en faire un texte de diatribes.) Cette même année le Cardinal note dans son agenda le projet suivant de mariage politique : « Sy on povoyt gaigner tout à fayt par une allianze le duc de Baufort, je pourray donner les 2 nièces aux 2 frères et donner au cadet le gouvernement de Parys , et traitter même pour celuy de l'isle de France et avec cela on feroyt un gran coup, car ayant l'affection du peuple dans la ditte ville , il pourroit servir un jour a rendre quelque service considérable au Boy. ■ (N°i2, p. 129.)

On ne se contentait pas de les considérer comme un moyen de conciliation et leur mariage comme une voie de rapprochement , on faisait des complots contre leur liberté, pour s'en servir comme d'otages.

Lorsque le prince de Condé fut arrêté (19 janvier i65o), Bussy qui venait d'an iver a Paris courut à l'hôtel de Condé (quartier de l'Odéon). Tous les officiers des princes au nombre de près de cent se trouvant alors dans le jardin de l'hôtel de Condé pour aviser à ce qu'on pouvoit faire pour leur service , on proposa d'aller au Val-de-Gràce enlever les nièces du cardinal Mazarin , et les mener en diligence à quelques unes des places du prince de Condé, pour nous le faire rendre, ou du moins

Note 150.

pour assurer sa vie, — mais nous sûmes que te Cardinal ayant bien cru qu'on pouvoit prendre ce parti-là , les avoit envoyé quérir dans le temps qu'on arretoit les princes. (Mém. de Bussy Rabutin , tome I, p. 191. Amsterdam, in-8", 1781. )

Devant la ville de Bordeaux il fut question d'obtenir la pacification de la France au moyen du mariage de trois nièces du Cardinal avec le prince de Conti et les ducs de Bouillon et de La Rochefoucault, afin, dit le traité que {alliance formée contre les Frondeurs entre le parti de la cour et celui de la noblesse fut garanti par les liens les plus forts de In société civile. Ce n'étaient pas seulement les nièces, c'était aussi le neveu qui servait d'appoint dans ces combinaisons politiques. Le coadjuteur nous apprend dans ses mémoires qu'on croyait que son union politique avec le Cardinal serait possible par le mariaye de l'aîné Mancini , qui avoit du cœur et du mérite , avec mademoiselle de Retz. (Mém., édit. , 12°. Paris, 18Û2 , tome I , p. 3 18 et 324.)

(147) Elle y allait froidement, et ne se lit pas d'illusion sur le caractère de son royal soupirant. Madame de Motteville nous explique ainsi sa résignation en épousant le comte de Soissons : Elle s'était apperçue que l'amitié du roi n'étoit qu'un amusement.

La Muse royale qui faisait concurrence à la Muse historique de Loret, annonce ainsi ce mariage dans son numéro du 19 février 1657 :

Monsieur le comte de Soissons Va quittant le rang des garçons,

Prendre le titre de mari , Dont il ne sera pas marri , Donnant la main de son altesse, A l'illustre et brune déesse Qui n'a pas plus de dix-sept ans, Mais a des appas éclatants , Qui font dire par tout le monde, Qu'Olympe n'a point de seconde ; Et que l'amour a réuni Dedans l'infante Mancini Par un avantage suprême Tout ce qui force à dire j'ayme Et qui le feroil dire aux dieux.

Cette allusion à la passion du roi est mieux indiquée encore dans les vers suivants :

C'est Olympe au divin esprit, Et dont sur le cœur des monarques Le pouvoir peut graver ses marques.

(Muse royale, 6 février 1657.)

Dans le numéro suivant on donne tous les détails de la signature du contrat au Louvre :

Témoin Conty blonde adorée, Qui leroit lionleà Cilherée; Témoin ces trois soleils mignards, Dont l'on craint déjà les regards, Marie, Ortanse et Mariane.

(Muse royale , 2.H février 1657.)

(148) Traduction de Voltaire. On en admire l'élégance et le charme en dépit de l'intention.

(149) M. Walckenaer dans son récent ouvrage, au milieu de beaucoup d'appréciations justes et de jugements sensés, est tombé dans de graves erreurs ; j'en relèverai trois dans cette note : Htazarin , dit-il , avait réussi dans ses combinaisons, le roi était épris de Marie de Mancini. Belles combinaisons, vraiment, avec un jeune prince qui séduit une simple jardinière et courtise toutes les demoiselles d'honneur de la reine. Il suffisait d'avoir ces cinq jeunes filles dans son palais, et il les logeait jusque dans les appartements du Louvre. Le jeune roi devient amoureux d'Olympia, il devient amounuxde Marie, il les aurait aimées toutes les cinq à la fois, mais où est la combinaison du ministre, puisqu'il les marie successivement à d'autres. Mon savant confrère n'est pas plus fondé dans ces deux assertions : La reine avait perdu sur son fils tout empire et dans le cœur de Mazarin toute affection (page i53 ). Loin de là , nous voyons que cette mère reste entre son fils ei son ministre une confidente tendre et affectueuse, consultée sur beaucoup de choses et initiée à tout, autant qu'une femme peut l'être. L'auteur des mémoires sur madame de Sévigné se sera cru engagé par une opinion, moins vraie encore, avancée dans un ouvrage antérieur. (Histoire de La Fontaine, p. 35. Paris, 8», 1820). Peut-être aussi qu'un certain goût d'arrangement, qui lui réussit quelquefois, l'aura conduit (lanscettefaussevoieoù il n'a faitque suivrei, au surplus, quelques contemporains, madame de Mottcville, Monglat, etc., etc. Nous le renvoyons aux lettres originales du Cardinal et de la reine des années 1649 et 1609.

(150) Le Cardinal fit sa première étape au château de Vaux le Vicomte, chez le surintendant Fouquet. La Fontaine, alors aux gages du voluptueux financier, a fait pour lui plaire une ode sur la paix et deux ballades pour la reine. Il célèbre le passage du ministre à Vaux :

Quand Jules, las de nos maux ,

Partit pour la paix conclure,

Il alla coucher à Vaux

Dont je tire un bon augure.

Il est à remarquer que la censure ne permit pas en 1685 d'imprimer le nom de Vaux, qui avait passé en 1671.

Cette paix si ardemment désirée de tons, si difficilement obtenue, était ainsi chantée par La Fontaine :

O paix source de tout bien,

Viens enrichir cette terre ,

Et fais qu'il n'y reste rien

Des images de la guerre.

Accorde a nus longs désirs

De plus douces destinées ;

Ramène nous les plaisirs,

Absents depuis tant d'années.

N'oie i51.

LE l'ALAIS MAZARIN.

Elle n'avait cependant pas l'assentiment unanime; qui peut l'obtenir! Ceux qui désiraient la continuation de la guerre s'élevaient en critiques arriéres contre le ministre pacificateur et trouvaient jusque dans son cortège de passionnés partisans.

Mazarin avait admis S1 Evremont parmi les gentilshommes de sa suite. Cet homme d'esprit, ce gentilhomme fort peu délicat, s'était fait chasser de la maison du duc d'Enghien par son indiscrète conduite, il <ùt mérité le même traitement dans la maison du Cardinal. En effet hien qu'à ses gages, bien que nourri à sa table, il se permit d'écrire à M. le marquis de Créqui une lettre fort étudiée , dans laquelle il attribue la conclusion de la paix aux raisons les plus absurdes en fait et les plus offensantes pour l'honneur du Cardinalministre. Lorsqu'on mit le scellé sur les papiers de Fouquet et de ses adhérents, trois ans plus lard, cette lettre fut trouvée chez madame duPlessis-Bellièvre, et elle révolta tellement le roi , Colbert et Le Tellier, que l'arrestation de S' Evremont fut ordonnée. Il sut s'y soustraire par la fuite et mourut dans l'exil. ( Voir cette lettre manuscrite dans une foule de recueils, et imprimée dans les œuvres de S1 Evremont et dans sa vie écrite par Des Maizcaux, p. Z19-70. Edition d'Amsterdam, 12", 1739, chez Covens et Mortier avec les gravures de B. Picart.)

Ces quelques explications n'étaient pas inutiles pour donner la valeur de l'homme et de cette phrase de M.Walckenaer : Une niere. du cardinal Mazarin charmoil l'exil de celui

QUE CE MINISTRE N'Avoir CESSÉ DE PERSÉCUTER,

(Hisl. de La Fontaine, p. 209.)

(151) La duchesse Mazarin , en parlant de la passion de sa sœur et des jeunes gens parmi lesquels Marie aurait voulu lui voir faire un choix, dit dans ses mémoires :

« La présence du Roi qui ne hougeoit du logis les troubloit souvent. Il n'y avoit que ma sœur la Connétable qu'il ne gênoit pas. Comme les choses que la passion fait faire paroissent ridicules à ceux qui n'en ont jamais senti, celle de ma sœur l'exposoit souvent à nos railleries. Une fois entre autres, nous lui fîmes la guerre de ce qu'apercevant de loin un gentilhomme de la maison, qui étoit de la taille du Roi, et qu'elle ne voyoit que par derrière, elle avoit couru à lui les bras ouverts en criant : Ha mon pauvre sire.'a

Marie Mancini raconte ainsi dans ses mémoires les progrès de cette passion :

« La bonté du Roy étoit si grande, que nous vivions familièrement avec lui et avec Monsieur, et comme cette familiarité me permettoit de dire ce que je pensois avec un peu de liberté, peut-être le disois-je avec quelque agrément; j'en usay lonsjoursde mesme dans un voyage que la Cour fit à Fontainebleau (car nous la suivions partout), et au retour de ce voyage, je m'apperceus que je ne déplaisois pas au Roy, ayant déjà asses de connoissance pour entendre cet éloquent silence qui

persuade souvent plus que toute la rhétorique, et peut-être aussi que le penchant et l'inclination que j'avois pour S. M. en qui j'avois rceonu plus de mérite qu'en personne de son royaume, me rendoit plus intelligente en cette matière, que je ne l'eusse été en toute autre occasion.

« Cependant ce n'étoit pas assez du témoignage de mes yeux pour croire une chose de cette côseqnëce ; mais les courtisans qui sont autant d'yeux qui veillent sur les actions des Roys, s'étant apperecus aussi bien que moy de l'inclination de S. M., nie confirmèrent bien tost dans l'opinion que j'en avois, par leurs respects et leurs déférences extraordinaires; et les assiduités du Roy, les magnifiques presens que j'en recevois, les soins, les empressemens et les complaisances qu'il avoit pour moy en toutes choses, achevèrent bien tost de me persuader entièrement. •

Le voyage à Lyon devient pour elle un sujet d'inquiétude, le retour du jeune Roy une cause de joie ; on ne songea qu'à se divertir. (Sur ce voyage à Lyon et la déconvenue des princes de Savoie, il faut consulter, aux Affaires étrangères, les correspondances à cetie date.)

« Les aventures galantes qui arcôpagnèrent nos repas et nos promenades, demâdcroient un volume entier, et ainsy je les passeray toutes sous silence et me contenteray d'en raporter une qui fera voir combien le Roy aymoit délicatement, et qu'il ne perdoit aucune occasion de le témoigner : dans une allée (ce fut, si ma mémoire ne me trompe, au bois Le Vicomte), comme j'alloisavec beaucoup de précipitation. Sa Majsté me voulut dôn< r la main, et la mienne ayani heurté, quoyqu'assés légèrement, contre le pommeau de sou épée, il la tira brusquement du baudrier et la jelta ; je n'entreprends point de dire de quel air il fil cette action, il n'y a point de termes pour l'exprimer. »

Les négociations pour le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse, infante d'Espagne, vinrent à la traverse de cet heureux temps; Marie Mancini continue son récit avec une louable retenue qui s'explique d'ailleurs, en dehors de la délicatesse féminine, par les ménagements que la Connétable devait au Roy de France et à la Reine :

« Ce seroit icy un endroit à parler des pensées que l'on dit que S. M. a eues en ma faveur, si la modestie ne me le deffendoit, et par la même raison, je ne ni'etèilray pas sur les sensibles déplaisirs que ce prince eut de me voir partir, se retirant huit jours à Chantilly, et ne songeant qu'à nie dépêcher des courriers dôt le premier lut un mousquetaire chargé de cinq lettres de plusieurs pages chacune ; mais je ne puis taire la douleur que mo causa celte séparation, rien ne m'a louchée si sensiblement en ma vie, tout ce que l'on peut soullrir ne me paroissoit rien en comparaison de cette absence, il n'y avoit point un moment où je ne souhaitasse la mort. » (V. ses mémoires

sons ce titre : La Vérité dans son jour,oulrs Véritable/s Mémoires de M. Mancluni, connétable Colonne, édition de Madrid, pages 19 à 27.)

Le voyage a La Rochelle, ou comme on se plaisait à l'appeler, l'exil au château de Brouage, fut aussi embelli que possible. On \oit dans les correspondances du temps, que plusieurs personnes, et entre autres madame Scarron. lurent engagées à suivre mesdemoi- S' lies Mancini. "Celle-ci s'en abstint, faute de quelque argent pour faire les préparatifs nécessaires : J/Œ0 Scarron est bien ma'.heureme , écrit son mari à M. de Vilh tte, de ti'aooir pas assez de bien et d'équipane pour nl'er oit elle voudrait, quand un si grand bonheur lui est offert qui' relui d'ê're souhait'r à Brouage. par une mademoiselle de Manc n!.

(152) La mémoire du cardinal Mazarin a été si profondément avi.ie, la routine des historiens se traînant dans le sentier battu par le- pamphlétaires a élé si bien respectée, qu'il semble aujourd'hui paradoxal et singulièrement téméraire de s'inscrire en faux contre un jugement qui n'en est pas moins erroné parce qu'il est devenu populaire, sous la plume légè.'c de Voltaire.

Aucun acte de la vie politique de Mazaiin ne lait mieux ressortir l'homme d'état et le grand ministre, que le traité des Pyrénées, qui du mémo coup, terminait la guerre et fondait lu paix sur le mariage le plus avantageux que pût alors faire le Roi de France. Or ce mariage qui portait avec lui la paix et fermait quarante années de lutte, se trouve tout a coup emi êché, rendu impossible par un obstacle -. Louis XIV est amoureux d'une jeune fille el veut l'épouser.

Marie Mancini, nièce du cardinal Mazarin et la troisième des filles de sa sœur, s'était emparée du creur du jeune Roi avec d'autant plus de puissance, que les charmes de l'esprit et les séductions d'une nature passionnée formaient les chaînes de ce premier amour. Le Roi déclara non seulement qu'il voulait l'épouser, mais il justifiait à ses propres y ux celte mésalliance, en déclarant qu'il contractait ce mariage avec la nièce de son ministre,

PARCE QU'IL NE TROUVAIT PAS DE MEILLEUR MOYEN DE RÉCOMPENSER D'UNE MANIÈRE ÉCLA- TANTE 'ES LONGS ET ÉMINENTS SERVICES.

Quelle était alors la position du Cardinal et l'étal de la France ? Le ministre était toutpuis-ant, il imposait a Anne d'Autriche l'empire d'une passion qui s'était agrandie de toutes les traverses qu'elle avait éprouvées ; il disposait à son grè de toutes ses volontés, et par faiblesse pour son fils, par faiblesse pour l'uni pie objet de ses persévérantes affections, elle eût sacrifié tous ses instincts de naissance. A la Cour, il n'y avait pas un obstar'e, dans Paris plus d'opposition à rien, et la France ne désirant plus qu'une chose, la paix, c lacun se lût trouvé heureux de racheter au prix d'une mésalliance de son roi.

MAZARIN. Note 152.

Le Cardinal savait quelle forte position il s'éiait faite, et cependant il n'hésita pas un instant à sacrifier ses intérêts personnels à la gloire du Roi et au bonheur de la France. Forcé de quitter Paris pour se rendre à la frontière d'Espagne, il exile sa nièce à La Rochelle, el c'est de ce moment que commence la correspondance que nous reproduisons ici.

Si nous avions trouvé dans la vie du Cardinal et en général dans l'histoire des hommes d'état, de quelque temps ou de quelque pays que ce soit, un plus bel exemple de noble abnégation et de complet dévouement, nous l'aurions cité , et nous mettons au défi quiconque sait l'histoire, d'y rencontrer un pendant.

Dès le 3o juin i65ç>, huit jours après la dernière entrevue au païa s Mazarin (22 juin), le Cardinal encourage le Roy dans la résolution que ses conseils lui avaient fait prendre avant son départ, et dont il lui avait renouvelé l'assurance dans une lettre : Je suis ravij de voir que vous soyez toujours constant en vostre résolution.

2 juillet, d'Amboise. — Au Roy. — « Je vous repliqueray, sur le point des liassions, que je ne suis pas satisfait de la response (pie vous me faites sur cette matière ; car de dire que vous en estes le maistre et que vous les saurez modérer, à l'exception néanmoins d'une que vous me déclarez qui vous tient dans la tête : c'est, à proprement parler, ne rien dire, car vous aurez toujours une passion qui vous dominera, et vous direz de ne pouvoir pas vaincre celle-là et que vous serez mestre des autres qui ne fairont aucune peine. Je vous conjure donc de vous bien appliquer pour vous rendre mestre de touttes, et je vous suplie d'estre persuadé que sans cela, il vous sera impossible de venir à bout de vostre dessein. Je ne vous plais pas peut-être en vous tenant ce discours, mais vous m'en voudrez du bien un jour que estant desliberez du mal (pie vous avez à présent, connoislrez mieux que rien ne me touche à l'égal de \ous bien servir et vous représenter ce que j'estime qui peut le plus contribuer à vostre gloire. »

Le feu n'était que couvert, et nous savons par les correspondances et mémoires du temps, que le Roi tomba dans un véritable désespoir et resta plongé dans une profende tristesse.

Madame de Colonne dit dans ses mémoires: a Voici l'endroit de ma \ ie qui offre le plus beau champ à ma plume, pour s'esiendre sur le panchnnt favorable que Sa Majesté avoit pourmoy, comme le bruit en a assez couru dans le monde: mais ma modestie ne me permet pas d'en parler, non plus que du regret que ce prinre eut de mon départ et des larmes dont il l'accompagna, se retirant à Chantilly pour huit jours, d'où il ne fit que m'envoyer incessamment des courriers, dont le premier fut un mousquetaire qui m'apporta cinq lettres de sa part, toutes fort grandes et fort tendres. »

Note 151

La Iîoine s'inquiéta de la mélancolie, du désespoir de son fils, et sa tendresse de mère redoublait tous les sentiments qui trouvent asyle dans le cœur de la femme.

§ juillet, de Poitiers. — Au Roi. — « J'ay résoiu de partir demain et de prendre le plus court chemin pour me rendre à Bayonne.

Ain^y je remettray à voir l a Rochelle et Bouage en une autre occa-ion, et nia nièce ayant désiré d'y aller, prendra cette route là

» Je n'ay rien à répliquer à rostre lettre du 3; mais à vous rendre très humbles grâces de celles qu'd vous plaist me continuer avec excès. La Keine m'a escrit IVslat dans lequel elle vous a trouvé, et j'en suis an désespoir, car il faut absolument que vous y apportiez du remède, si vous ne voulez estre malheureux et faire mourir tous vos bons serviteurs; la manière dont vous en usez n'est nullement propre pour guérir, et si vous ne vous résolvez tout de bon à changer de conduite, vostre ma.1 empirera de plus en plus Je vous conjure, pour vostre gloire, pour vosire honneur, pour le service de Dieu, pour le bien de vostre royaume et pour tout ce <|iii peut le plus toucher, défaire génei osemeni lorce sur vous et vous mettre en étal de ne l'aire pas le voyage de Bayonn.e avec desplaisir, car enfin vous seriez coupable devant Dieu et devant les hommes, si vous n'y alliez avec le dessein que vous devez par raison, par honneur et par interest. J'espère que la personne que vous scavez y contribuera de la bonne manière, luy ayant parlé dans les termes que je devols pour la disposer à cela. »

Cette passion qui n'avait paru d'abord au Cardinal qu'un de ces feux violents et passagers comme dans le cœur du roi en allumait chaque nouveau visage, résistait aux conseils et aux résolutions. Mazarin compta désormais sur sa nièce elle-même pour faire entendre raison au lutur époux de l'infante. Il croyait avoir fait comprendre à celte jeune fille qu'elle compromettait par celte passion, et sans utilité pour elle, la grande position de son oncle et le brillant avenir qu'il lui réservait. A celte époque, il lui proposa pour époux un des plus grands partis de l'Italie: Dans ce temps-là, dit Marie de Mancini dans ses mémoires, il arriva l'évêgue de Fréjus, pour me proposer^ de la pari de mon oncle, te mariage avec le conneslable de Colonna (page 3o). Les deux autres Mancini, moins confiantes dans l'amour du jeune roi, peu désireuses d'ailleurs de voir leur sœur les dominer de si haut, s'étaient réunies au Ministre pour conseiller la pruder.ee , la retenue , la froideur , tout ce qui se conseille toujours, tout ce qu'on n'écoute jamais ou presque jamais en pareille occurrence.

10 juillet, Châleauneuf. — A la Heine. — « Je ne saurois assez dire mon déplaisir, voyant l'empressement du Roy, et qu'au lieu de pratiquer les remèdes qui pourroienl modérer sa passion, il n'oublie rien de ce qui

peu! l'augmenter. Lt si vous lui donnez raison en ce qu'il fait, comme vous me le mandez, à l'exemple de ce que feroit la personne qui lui appartient, il sera toujours bien aise o'en user comme il fait par votre approbation,, et en sera exposé à de très grands inconvéniens, et peut-être de plus grande conséquence que vous ne croyez. Pour moy, je feray mon devoir jusqu'au bout, et si je vois que cela ne profite de rien, je sçai bien à quoi ma fidélité, le zèle et la tendresse que j'ay pour le seivice et la réputation du Roy m'obligeront; c'est-à-dire que je mourray avec le désespoir d'avoir été si malheureux que quelque chose qui me touche ait pu être cau-e qu'il ait terni sa gloire que j'ay lâché de relever au plus haut point, y employant (ouf mon esprit et ions mes soins, et j'ose dire sans vanité, assez utilement. Puisque vous souhaitez de vous avancer, vous ne serez pas fâchée de, voir ce que j écris là-dessus au Roy. »

C'est le Cardinal qui reproche à la Reine- Mère, à Anne d'Autriche, de favoriser un amour qu'il combat, et dès l'abord, il marque les conséquences de cetle passion, qui le touchent le plus sensiblement : Je mourray de desespoir, si quelque chose qui me louche a pu ternir la gloire du Ilog. Ces deux points établis, on jugera mieux les historiens qui attribuent à la Reine des soupçons injurieux, et au Cardinal une ambition coupable. Nous reviendrons sur ce point.

12 jii'Uet 1609. — Au Boy. — « Vous trouverez ici joint un paquet qui m'a esté adressé d'un lieu près de La Rochelle, et vous me permettrez de vous dire, avec le respect et la soumission que je vous dois, que bien que ma complaisance pour les choses que vous avez souhait' i s, ait toujours été au dernier point, quand j'ay cru vous la pouvoir rendre sans préjudiciel' à vostre service et à vostre gloire, et que je voulusse bien avoir le moyen d'en user de même en celte rencontre ; néanmoins, s'agissanl de ma réputation et île celle d'une personne que vous honorez de votre bienveillance, je vous conjure de rompre le commerce que vous entretenez avec tant d'éclat; d'aulanl que vous ne le pouvez continuer sans me faire un lort irréparable. Quoique vous soyez le plus juste et le plus raisonnable d/e tous les hommes, et que je ne doive pas douter que par ce seul motif, vous ne m'accordiez celle grâce, je veux pourtant la recevoir connue ia plus grande récompense que vous me pui-sùz donner des petits services que j ay eu le bonheur de vous rendre, et j'ose dire que vous le devez aussi à vous-même, dans la conjoncture proente que vous êtes a la veille de vous mettre en voyage pour une chose qui ne s'accorde pas avec ce commerce, qui vous fait plus de tort que si la personne dont il est question étoit à la Cour. Si vous saviez comme on en parle à Fontainebleau et parmi les personnes qui m'accompagnent, vous n'auiiez pas besoin de nies supplications,

LE PALAIS M.YMi'.LN.

Note 1{»2.

et vous ne les attendriez que pour y donner ordre.

« Je garde aussy quantité d'avis venus de Flandre, d'Allemagne et d'autres endroits , (lui parlent avec liberté de tout cecy ; ce qui m'a surpris. — Je vous suplie de conférer sur cela avec la Reine et de me croire le plus dévoué de tous vos serviteurs. »

Ainsi on parlait de l'amour du Roy à Fontainebleau, en Flandre, en Allemagne, dans toute l'Europe, car la conclusion de son mariage avec l'Infante rencontrant un obstacle, la paix générale devenait impossible. Au milieu des incertitudes et des commentaires, on ne manqua pas d'accuser Mazarin; c'était excusable en ce temps là, où d'un coté la grande puissance et la profonde habileté du ministre, de l'autre , le peu d'importance personnelle du jeune roi étaient des circonstances qui étaient à l'union projetée ce qu'elle nous offre aujourd'hui de trop disproportionnée pour être probable. La noble conduite de Mazarin, exposée par la correspondance que nous possédons, n'était alors connue que du Roi, de la Reine, de Marie de Mancini, et en gros, de C'.olbert et des agents qui , comme Madame de Venel , entouraient les jeunes Mancini au Brouage. Aujourd'hui ces accusations n'ont plus de sens.

Dans celte lettre, si le Cardinal, en suppliant le Roy de cesser tout commerre avec sa nièce, n'allègue pour raison que le tort qu'il en éprouve lui-même, c'était un tour délicat pour faire appel à sa générosité, mais il y ajoutait un stimulant toujours bien fort dans la jeunesse, la crainte des bavardages et du ridicule.

12 juillet i6jq — à la Reine. — » J'ay suplié le Roy de vous communiquer la lettre que je me donne l'honneur de lui écrire sur un sujet qui me touche au dernier point, puisqu'il regarde ma réputation et des personnes qui m'aparliennent de si près, et qu'il y va de celle du Roy dans la conjoncture présente, comme je lui mande. Je vous conjure de m 'assister en cela, afin qu'il prenne la résolution dont je le snplie. »

On ne voit ni là, ni dans la lettre du 10, que la Reine puisse avoir le moindre doute , le plus petit soupçon sur la sincérité du Cardinal ; bien plus, c'est son assistance qu'il sollicite , il en appelle aux sentiments de la reine, comme s il craignait les trop tendres affections du cœur de la mère. Dans l'ignorance assez générale où l'on semble avoir été sur les relations qui existaient entre Anne d'Autriche et le cardinal Mazarin, on a supposé que la Reine -mère soupçonnât la loyauté des intentions de son ministre , et voulut se prémunir contre son ambition par une protestation en forme, rédigée par les phi s habiles conseillers d'Etat, les conseillers et avocats célèbres au Parlement. ( Brienne , Mém.)

R fallait être aussi hostile que Madame de Moilevilie, qui écrivait ses souvenirs avec l'amertume d'une camérieriste mécontente de

l'amant de sa maîtresse, ou bien se montrer en tout aussi léger que Brienne le fils, pour admettre que la Reine eût appelé près d'elle des conseillers d'Étal, des avocats au Parlement, pour laite un affront public à l'homme qui seul, parmi tous ces conseillers, avait conservé imperturbablement sa confiance. Nous ne pouvons douter (pie la Reine ait fait rédiger celte protestation, puisque tous les mémoires liu temps sont d'accord pour l'affirmer, mais elle le fil, d'après les instructions du Cardinal, avec tout ce mystère de cour qui rend les choses publiques, de manière à eu instruire le Roi et à lui ôler l'espérance de dominer sa tendresse maternelle et la volonté de son nuiiiilre.

Après ces explications, citerons-nous l'opinion de Voltaire? il le faut bien, assez d autres lui donneront l'importance d'une autorité. Voici ce que lacoiite l'auteur du Siècle de L'iuis XI t :

« Le Cardinal pressentit adroitement la Reine-mère. « Je crains bien, lui dit-il, que le Roi ne veuille trop fol lement épouser ma îi'ècc. » La Reine, qui connaissait le ministre, comprit qu il souhaitait ce qu'il feignait de craindre. Elle lui répondit avec la hauteur d'un,: princesse du sang d'Autriche, fille, femme, et mère de rois, et avec l'aigreur, que lui inspirait depuis quelque temps un ministre qui affectait de ne plus dépendre d'elle. Elle lui dtl : « Si le lioi était capable de celte indignité, je me mettrais avec mon second fils à la tête de toute la nation contre le Roi ei contra vous. » Tout cela, pris dans les mémoires de Madame deMoiteville,est spirituel; est-ce probable?

i!x juillet 1639, à l.ibourue — au lioy. — « Magallotti m'a rendu votre lettre du premier de ce mois, et je n'ay pas été surpris de ce que vous me mandez de la personne dont j avois écrit à la Reine; car je sçay bien que vous la connoissez et que vous n'êtes pas capable de donner votre affection avec facilité â des personnes qui ne la méritent pas. Aussi n'ai-je pas seulement songé que cela pût être; niais j'ai cru que l'on s'en vantoit, ce qui est très véritable; et il étoit à propos pour voire réputation que ce bruit ne courût pas et que chacun en lût détrompé. »

Je cile ce passage de la lettre du iû, pour faire remarquer qu'il ne s'agit pas ici de Marie Mancini.

16 juillet 1659 — au Roy. — « Quand vous ne m'auriez pas ordonné si précisément que vous avez fait de vous parler avec toute liberté, lorsqu'il y va de votre service, je n'aurois pas laissé de le faire en cette rencontre, au péril même de vous être desagréable et de perdre vos bonnes grâces.

« J'ai vu ce que la Reine m'écrit louchant votre chagrin et la manière dont vous en usez avec elle; mais comme je sçay que l'amour qu'elle a pour vous est à l'épreuve de tout, et que voire bon naturel aussi bien que votre devoir vous donne beaucoup d'inquiétude, dès

Note 152. LE PALAIS

<|ue vous connaissez lui avoir déplu, et que vous revenez aussitôt à lui témoigner la dernière tendresse; cela ne nie donnerait pas grande peine : mais je vous avoue que je la ressens extrême, d'aprendre par tous les avis qui viennent de toutes parts, de quelle manière on parle de vous, dans un teins que vous m'avez fait l'honneur de me déclarer que vous étiez résolu d'avoir une extraordinaire aplicalion aux affaires, et de mettre tout en œuvre pour devenir le plus grand Roy de la terre.

« Les lettresde Paris, de Flandre et d'autres endroits, disent que vous n'êtes plus reconnoissable depuis mon départ, et non pas à cause de moi, niais au sujet de quelqu'un qui m'appartient; que vous êtes en des engagements qui vous empêcheront de donner la paix à toute la chrétienté et de rendre votre Estât et vos sujets heureux par le mariage, et que si vous évitez un si grand préjudice, vous passez outre à le faire, la personne que vous épouserez sera très malheureuse, sans être coupable.

« On dit et cela est confirmé par des lettres de la cour, écrites à des personnes qui sont à ma suite, dont vous pourez avoir connoissance un jour, comme des autres avis, quand j'aurai le bien d'être auprès de vous ; on dit donc que vous êtes toujours enfermé à écrire à la personne que vous aimez, et que vous y perdez plus de temps que vous ne faisiez à lui parler pendant qu'elle étoit à la cour. On y ajoute que j'en suis d'accord, et que je m'entends avec vous pour satisfaire mon ambition et pour empêcher la paix. On dit que vous êtes brouillé avec la Reine, et ceux qui écrivent en ternies plus doux, disent que vous évitez autant que vous pouvez de la voir.

« Je vois d'ailleurs que la complaisance que j'ai eue pour vous, lorsque vous m'avez lait instance de pouvoir mander quelquefois de vos nouvelles à cette personne et d'en recevoir des siennes, aboutit à un commerce continuel de longues lettres, c'est-à-dire à lui en écrire chaque jour et à en rerevoir réponse ; de sorte que le courier est toujours chargé d'autant de lettres qu'il y a eu de jours, qu'on a pu les envoyer : ce qui ne se peut faire sans scandale, ni même sans donner a t ici n te à la réputation de la personne et a la mienne. Ce qu'il y a de pire , c'est que j'ai reconnu par les réponses que la même personne m'a faites, lorsque je l'ai voulu avertir de ce qui éioil de son bien, et par les avis que j'ai toujours de la Rochelle, que vous n'oubliez rien pour l'engager de plus en plus, en t'asseurant que vos intentions sont de faire pour elle des choses que vous sçavez bien qui ne se doivent pas et qui par plusieurs raisons sont impossibles. Plût à Dieu que sans blesser votre réputation, vous pussiez vous ouvrir de vos pensées à d'antres, car pour ce qui vous seroit dit, depuis le premier jusqu'au dernier de votre royaume, vous seriez au désespoirde les avoir eues, et je ne me verrois point dans le p us pitoyable éiat où j'aye jamais été, ne pouvant dormir un seul moment

MAZ.AK1N. 213

et ne sçachant ce que je fais, la douleur m'acablant à tel point que quand je voudrais passer sur toutes sortes de considérations, je n'auray pas l'esprit en l'assielle qu'il faut, pour vous lenilre un aussi bon compte de vos affaires comme j'ai fait jusqu'à ci lté heure.

« Dieu a établi les Rois (après ce qui regarde la Religion, pour le soutien de laquelle ils doivent faire toutes choses) pour veiller au bien, au repos et a la sûreté de leurs sujets et noii pas pour sacrifier ce bien-là à leurs passions particulières : et quand il s'en est trouvé d'assez malhûreux pour mériter par leur conduite que la Providence divine les abandonnât, les histoires sont pleines des Révolutions et des misères qu'ils ont aiirées sur leurs personnes et sur leurs Iilats.

« C'estpourquoi je vous dis hardiment qu'il n'est plus temps d'hésiter, et quoique vous soyez le maître en certain sens de faire ce que bon vous semble, néanmoins vous devez rendre compte à Dieu de vos actions pour faire votre salut ; et au monde pour le salut de voire gloire et de votre réputation. Car quelque chose que vous fassiez, il en jugera selon que vous lui en donnerez occasion.

• El bien que vous ayez la bonté de me mander que vous vous résoudriez pour cette gloire et pour cet honneur à laire tout ce qui seroit nécessaire , vous me permettrez de vous dire , qu'écrivant en d'auln s termes à la Ilochelle, je ne sçai pas quelles sont vos intentions : et dans ce doute je m'avance à vous représenter qu'il n'est pas seulement ici question de la gloire et de l'honneur, car bien souvent en relevant les Etats, on a moyen de relever l'une et l'autre, quand il est arrivé par quelque malheur qu'ils ayent reçu quelqu'alteinte. Mais à présent si vos sujets éloient si malheureux, que vous ne prissiez pas la résolution que vous devez et de la bonne manière, rien au monde ne les pouroit empêcher de tomber en de plus garands malheurs que jamais et toute la chrétienté avec eux.

« Et je v ous puis assurer de certaine science que le prince de Coudé et bien d'autres sont au guet pour voir ce qui arrivera de ceci, espérant si les choses se passent selon leur souhait, de bien profiler du prétexte plausible que vous leur pourrez donner; auquel cas ce dangereux prince ne manquerait pas d'avoir favorables tous les Parlements, les grands et la noblesse du royaume et même tous vos peuples. Outre qu'on n'oublierait pas de faire sonner bien haut, que j'aurois été le conseiller et le solliciteur de toute la conduite que vous auriez tenue.

a Je suis encore obligé de vous dire avec la même franchise, que si vous ne surmontez incontinent la passion qui vous aveugle, quoique votre mariage s'exécute avec l'Infante, il est impossible qu'en Espagne on n'ait connoissance de l'aversion que vous y avez et du mauvais traitement que l'Infante doit attendre si à la veille de la conclusion, vous continuez de faire paroltre que toutes vos pensées et vos

Note 152

attachements sont ailleurs. De plus , je tiens pour constant, qu'on pourra prendre a Madrid les résolutions que nous prendrions notismênieen pareil cas;c'est pourquoi je vous su plie déconsidérer quelle bénédiction vous pourrez attendre de Dieu et des hommes, si pour cela nous devions recommencer la mierre la plus sanglante qu'on ait jamais vue et avec au'ant de préjudice que nous avons rapporté d'avantages par le passé, que Dieu a favorisé votre cause et les saintes intentions que vous et la Reine avez toujours eues.

« Je vous marque d'autant plus tout ceci , que Pimente] dans son voyage, m'a dit deux ou trois fois que tout le monde disoit que vous étiez trop amoureux pour vouloir vous marier si I ô ' ; et que de Flandres on lui a\oit écrit la même chose en termes qui lui avoicnt fait de la peine.

« Je conclus tout ce discours, pour vous déclarer , (pie si je ne vois pas par la réponse que je vous conjure de me faire en toute diligence, qu'il y ait lieu d'espérer que vous vous meniez de bonne façon et sans réserve dans le chemin qu'il faut pour votre bien , pour votre honneur et pour la conservation de ce royaume , je n'ai d'autre parti à prendre, pour vous donner une dernière marque de ma fidélité et de mon zèle pour votre service, qu'à remettre entre \os mains tous les bienfaits, dont il a plu au feu roi, à vous et à la reine de me combler, et qu'à m'embarquer avec ma famille, pour m'en aller passer le reste de mes jours dans quelque coin de l'Italie, et prier Dieu que ce dernier remède produise la guérison que je souhaite plus que toutes les choses du monde, pouvant dire sans exagération et sans user des termes de soumission et île respect que je dois, qu'il n'y a pas de tendresse comparable à celle que j'ai pour vous, et qu'il me seroit impossible de ne pas mourir de regrets, si je vous voyois rien faire qui pût noircir voire réputation et exposer votre personne et voire état.

« Je sçai que vous me connoissez assez pour croire que tout ce que je vous écris vient du fond de mon coeur, et qu'il n'y a rien qui me puisse empêcher de rebrousser chemin et d'exécuter la résolution que je viens de dire, si je ne vois par la réponse que vous me ferez et par la conduite que vous tiendrez ensuite, que vous vous êtes rendu maître de la passion à laquelle vous êtes présentement abandonné. Voïez si ne le faisant pas, vous voulez que les deux personnes à qui vous faites. l'honneur de témoigner tant d'affection, soient séparées de vous pour jamais et deviennent les plus malheureuses de toute la terre.

« La réponse que vous me ferez me servira aussi d'instruction pour la manière que je devray tenir en m'abouchant avec dom Louis de Haro sur le sujet du mariage; car après tout, vôtre honneur et vôtre conscience ne peuvent pas vous permettre de choisir le plus fiilellc de tous vos serviteurs, pour assurer le

roi d'Espagne de quelque chose que vous ne voudriez pas tenir.

« Je ne mande rien de tout ceci à la reine, Il dépendra de vous de lui communiquer ce queje vous écris, pouvant bien vous protester comme si j'étois devant Dieu, que vous ne sçauriez suivie un conseil plus fidelle que celui de la reine, ni qui vous puisse plus aider en l'état où vous êtes, à. prendre les résolutions que Dieu et la chrétienté vous demandent, car il est certain que si elle pouvoit donner sa vie pour votre contentement, elle le feroit avec grande joye, et vousauriez grand tort si vous croïez qu'elle ne vous aime pas , parce qu'elle ne vous flâte pas en certaines choses, qui étant à présent de votre sens, sont pourtant éloignées de la raison ; et à dire le vrai , il faudroit par la même conséquence que vous crussiez que personne au monde ne vous aime , puisque personne ne sçaurolt aprouver vos pensées. »

Cette admirable lettre ne souffre pas l'analyse, le dévouement du sujet, l'abnégation de l'homme privé , les nobles sentiments du prince de l'Église et de l'homme d'État s'y réunissent pour grandir le désintéressement du mini- tre. Nous remarquerons se ulement que Mazarin ne cache aucun des inconvénients, aucune des difficultés qu'apporterait avec elle une mésalliance ; il fait plus, il met en regard les avantages du mariage avec l'infante, et il menace le roi d'une guerre générale fomentée par le grand ogre du temps, le prince de Coudé, assisté cette fois des parlements, de tous les grands, de tome la noblesse et du peuple entier; il se plaît à exagérer leurs forces pour former le tableau effrayant d'une Fronde plus terrible encore que celle qu'il avait déjà domptée.

Comprendra qui pourra , comment une arrière pensée aurait pu se cacher derrière ce langage?

il) juillet, de Cadillac. — A la Heine. — « J'ay reçu par l'ordinaire \olre leltre du 9 , de laquelle je vous ai mandé que j'étois en en peine, mais ce qu'elle contient m'en a donné encore davantage et à un tel point que j';;i pensé prendre la poste pour m'en retourner; et je croi queje l'eusse exécuté sans le bruit et les conséquences qu'une résolution de tant d'éclat aut oit produit dans la présente conjecture, mais je n'ai pu m'empêchrr d'écrire une longue lettre au roy avec la liberté qu'il m'a permis ci que doit un bon serviteur qui n'a autre but que son bien et sa gloire, et qu'il se conserve l'amour de ses sujets. Ce n'est pas votre lettre seule qui m'a obligé à cela, mais les avis qui viennent généralement de tous les endroits et particulièrement de la cour , de Paris et de Frandre et par ce qui n:'a été écrit de La Rochelle. Je ne sçai pas s'il vous montrera la lettre, comme je lui conseille de faire et que je le voudrois ; mais ce que je puis dire, est qu'il ne me reste rien dans le cœur de ce que j'ai cru pouvoir servir à sa guérison, et que s'il ne fait ce qu'il

doit et de la bonne manière, finissant un commerce qui lui est dangereux, quelque chose qui puisse arriver, je suis résolu sans retarder un seul moment, d'exécuter ce que je lui mande, espérant que peut-être par ce remède je serai assez heureux pour le guérir; au moins j'auray cet avantage, que toute la terre verra que je pratique jusqu'à mon sacrifice pour servir un maître dans une rencontre où il y va de tout pour luy. Je crains de perdre l'esprit, car je ne mange ni ne dors, et je suis accablé de peine et d'inquiétude dans un temps que j'aurois grand besoin d'être soulagé. Vos lettres m'assistent fort en cela et me donnent une grande consolation , j'en suis touché au dernier point et voussuplie de croire que rien au monde ne peut empêcher que je ne sois jusqu'au dernier moment de ma vie le plus véri table de tous vos serviteurs. Je nous conjure d'assister autant que vous pourrez le roy en cette occasion, qui est très délicate pour lui et de vouloir lui témoigner la dernière tendresse, si vous voyez que cela puisse servir à le retirer du mauvais pas où il est.»

Il faudrait citer les lettres antérieures du Cardinal à la reine pour donner la mesure des termes alfectueux que contient celle-ci. Par une attention qui ne s'explique que dans certains rapports et un enfantillage qu'excuse et qu'entretient une longue et vivace passion, Mazarin conservait avec la reine l'habitude d'un certain chiffre, qui n'en était plus un , mais qui rappelait sans doute de doux souvenirs en reportant à dix ans en arrière dans un temps plus difficile, et à une correspondance qui n'était pas toute politique. Ce chiffre se réduisait a nommer le roi le confident , la reine la confidente, Mazarin lamer, et à cachersous les termes convenus les épanchementsles plus doux et les protestations les plus vives.

Comprendra qui pourra comment la trahison ou le refroidissement se cachait sous ce langage ?

il juillet, à Saint-Jean-tle-Luz. — au Roy. — « Mes douleurs me donnant un peu de relâche , je prens la plume pour vous dire, que j'ai reçu vos lettres le 16, 20 et 22 du courant, parmi lesquelles est la réponse que avez eu agréable de me faire à la dépesche que je vous écrivis de Cadillac. Vous me laites bien l'honneur de me dire que vous êtes persuadé que je ne désire que votre gloire et le bien de votre État, et qu'ainsi vous êtes résolu plus que jamais de suivie mes avis, mais dans le même temps vous faites le contraire. Je vous avois supplié de n'écrire plus à La Rochelle, et vous m'avez répondu que cela vous seroit trop dur et que la reine avoit approuvé vos raisons, de manière qu'il faut conclure que j aurai crédit dans votre esprit et que vous aurez la bonté de suivre mes avis , pourvu qu'ils soient conformes à vos sentiments. Vous ne parlez à présent que de suivre ceux de la reine, parce qu'ils s'accordent en

quelque façon avec les vôtres, et sans vous expliquer davantage sur ma lettre de Cadillac, vous m'assurez bien avec excès de votre bienveillance et de vouloir déférer à mes conseils, mais sans n:e mander rien de précis de votre volonté à l'égard de ce que je dois traiter avec dom Louis. Vous concluez que vous ne sçauricz plus faillir à suivre les conseils de la reine , et que vous ne doutez pas que je ne l'approuve; cela s'appelle en bon françois , éviter la question et donner le change. Vous êtes le maitre de votre conduite, mais non pas de m'obliger à l'approuver, lorsque je sçay certainement qu'elle est préjudiciable à vôtre honneur, au bien de votre État et au repos de vos sujets. Enfin, comme je ne pourois commettre un plus grand crime à votre égard, que de vous déguiser les choses qui importent à votre service, je vous déclare que je ne puis être en repos, ni satisfait, si je ne vois par les effets que vous vous rendez maître de vous-même, car sans cela tout est perdu, et le seul remède qui me reste à pratiquer est de me retirer et d'emmener avec moi la cause des mallieursqu'on est à la veille de voir arriver.

« J'ai l'ambition que doit avoir un honnête homme, et peut être que j'en passe les bornes en certaines choses. J'aime fort ma nièce, niais sansexagération. Je vous aime encore davantage, et je m'intéresse plus en votre gloire et en la conservation de votre État qu'en toutes les choses du monde. C'est pourquoi je ne puis que répéter les choses que je me suis donné l'honneur de vous écrire de Cadillac, et quoiqu'elles ne vous soient pas agréables à présent, je suis assuré que vous m'en aimerez bien un jour, et que vous aurez la bonté d'avouer que je ne vous ai jamais rendu un plus important service que celui-ci.

a La reine vous aime avec la dernière tendresse, et il lui est impossible de n'avoir pas de la complaisance pour vous, bien qu'elle connoisse que souvent vos désirs ne s'accordent pas avec la raison; elle vous laisse aller parce qu'elle n'est pas à l'épreuve de vous voir souffrir. Pour moi , je crois avoir pour vous la même tendresse que la reine , mais celte tendresse me rend plus dur et plus ferme à m'apposer à ce qui est absolument contre votre réputation et votre service, car si je faisois autrement , je vous aiderois à vous perdre.

« Vous prenez la peine de me mander, que vous vouliez bien croire ce que je vous mandois qu'on disoit de vous et du commerce que vous aviez à La Rochelle; mais que ni vous ni la reine n'en avez pas entendu parler.

« Cela n'est pas étrange que personne ne vous en entretienne, et pour la reine elle ne peut pas sçavoir ce que je sçai , mais assurément elle sait beaucoup de chosis qu'elle ne vous dit pas, pour ne pas vous déplaire.

« Je voudrois bien que M. de Turenne eût osé vous dire les discours qui se tiennent sur

LE PALAIS MAZAR1N.

Note 152.

votre sujet, et vous auriez vû que Je n'avance rien de mon chef. Enfin , je vous réplique que toute l'Europe raisonne de la passion que vous avez et (pie chacun en parle avec une liberté qui nous est très préjudiciable. A Madrid même, l'affaire a éclaté, car on n'a pas manqué de l'écrire de Flandres et de Paris, avec intention de rompre le projet de l'alliance qui est sur le tapis, pour empêcher l'exécution de la paix. Lorsque j'aurai l'honneur de vous voir, je vous montrerai des papiers qui vous feront connoitre beaucoup plus que je ne vous ay écrit sur cette matière; et si vous n'y remédiez sansaucun délai, l'affaire empirera tous les jours de plus en plus et deviendra incurable.

« Je me dois encore plaindre de ce que vous prenez grand soin de mander à La Rochelle ce que je vous écris. Jugez , je vous prie, si cela est obligeant pour moi et avantageux pour vous, et si c'est la le moyen de contribuer à la guéïison de la personne à qui vous écrivez.

« Pour les nouvelles que j'ay à vous donner, je me remets à M. Le Tel lier; et au surplus vous me ferez justice, si vous croyez que je n'oublierai rien ici pour vous bien servir, nonobstant les inquiétudes dans lesquelles je suis et les grandes diflicultés que je prévois bien qu'il faudra surmonter. »

La Reine accorde ce que le Cardinal refuse, la continuation d'une correspondance qui doit entretenir une passion aux prises avec l'absence. D'un côté une tendresse maternelle portée à la faiblesse, de l'autre la raison la plus indépendante de toutes les considérations qui ne touchent pas la grandeur du Roi, le bien de la France, la pacification de l'Europe.

Le 23 juillet, à (tidache — au Roy. — « Je me sens obligé de vous confirmer, (pie les avis qui viennent de toutes parts et que je conserve pour vous les faire voir, parlent lort a votre préjudice, et je suis au désespoir que cela arrive, lorsque vous témoignez être le plus résolu à vous appliquer aux affaires, pour devenir le plus grand prince de ce siècle en toutes choses. Au reste je crois que Dieu m'a envoyé le mal (pie j'ai, pour me donner lieu d'attendre la réponse que je vousay demandée: car de conférer avec Doni Louis et d'être assuré que je le tromperay, en ce que je lui déclarerai de vos intentions, sur le désir que vous avez de voir achevé le mariage projeté, je ne m'y puis pas résoudre, et d'ailleurs je sçai que dans l'état où vous êtes et duquel il ne paroît pas jusque» à présent que vous ayez envie de sortir, quand la personne que vous devez épouser seroit un ange, elle ne vous agréeroit pas : \oilà tout ce que j'ay à vous dire, priant Dieu de vous inspirer et de vous assister, alin que vous preniez généreusement l''S résolutions que vous devez par toutes les raisons divines et humaines. »

Cette correspondance se renouvelant chaque jour exigeait des répétitions, le Cardinal

trouve des ressources dans la noble cause qu'il soutient.

Le 23 juillet, à Bidache — à la Heine. — t Je vous demande très humblement pardon si j'ai demeuré six jours sans vous écrire; les douleurs que j'ai souffertes depuis ce temps-là ne me l'ayant pu permettre. J'avois même défendu que personne ne mandât des nouvelles de mon mal, parce que je croyois que ce ne seroit rien ; mais continuant toujours, je suis forcé a \ous l'écrire et à vous représenter (pie Celui qui m'afflige le plus n'est pas la goutte, \ous protestant devant Dieu (pie si le Roi n'est pas capable de changer de conduite dans uns alïaire où il y va de tout pour luy et pour ses bons serviteurs, j'aime mieux mille fois mourir et de la manière que je le souhaite, j'en viendrai aisément à bout; ce qui me sera bien plus avantageux que de voir mon maître, pour qui j'ay la tendresse que vous sçavez, échouer dans un temps où tout le momie attend de lui quelque chose de grand; cl mon honneur taché après avoir donné toute ma vie mes plus grands soins pour en acquérir. Vous verrez ce que je luy écris, mais je vous dis confidemment que rien n'est capable d'empêcher l'exécution de ce que j'ay résolu, s'il ne change réellement, quoyque j'espère que la mort me secourra plutôt.

« L'on me mande de la Rochelle que le Roy y feroit un voyage :si cela arrive j'en serai au desespoir et tout le monde en fera le jugement qui sera juste. Je vous conjure d'empêcher cela ne jugeant pas seulement comme on y peut songer, puisqu'il faudrait se détourner de plus de quarante-cinq grandes lieues à aller et revenir. Enfin je vous déclare que je ne puis être à l'épreuve de cela. »

Remarquons sculenient que le Cardinal s'oppose à l'entrevue du Roi avec sa nièce pendant le voyage de Paris à Bordeaux, et c'est la Reine qu'il conjure d'empêcher cela.

29 juillet, à Saini-Jean-de-Luz — à lu Heine. — « Je voy par vos lettres et par celle du Roy, que la tendresse que vous avez pour lui ne vous a pas permis de tenir bon, et que vous vous êtes laissé gagner, mais assurément il lui en arrivera du préjudice, et pour moy je ne change pas d'avis, et je confirme au Roy, par une lettre que je luy écris, les mêmes choses que je lui ai mandées de Cadillac. Vous verrez la lettre , et il est impossible que vous n'approuviez mes raisons, si la compassion que vous avez pour luy, quand vous le voyez souffrir, ne vous en empêche.

« Je me plains au Roy de ce qu'il a mandé à ma nièce tout ce que je lui écris. J'en suis assuré, et il a grand tort d'en user ainsi. Marianne m'écrit contre Hortense ; et avec raison, car elle est toujours enfermée avec Marie, de qui elle est confidente et toutes deux chassent Marianne, en sorte qu'elle ne peut demeurer jamais avec elles. Je voy qu'Horten*e prend le chemin de l'autre et qu'elle a moins de déférence pour Madame de Venel que son aînée; jugez st cela me donne du chagrin, mais Je

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vous promets que d'une façon ou d'autre j'y mettrai ordre, quelque chose qui puisse arriver. C'est un grand malheur quand on n'a pas sujet d'être satisfait de sa famille.

« Madame de Venel fait tout ce qu'elle peut, mais la déférence qu'on a pour elle est fort médiocre. J'espère que le Roy aura la bonté de m'accoi der la grâce de ne les pas aller voir, car assurément cela seroit mal reçu et le scandale seroit public; mais si j'étois assez malheureux que de ne pas obtenir une si juste demande et que vos offices ne pussent profiter de rien contre la force de sa passion, je vous conjure a mas no poder de faire plutôt venir mes nièces avec Madame de Venel à Angoulême, luy faisant écrire une lettre par laquelle vous lui ordonnerez de les amener audit lieu, parce que vous voulez les voir en passant, et après qu'elles auront demeuré une nuit, vous ferez en sorte qu elles s'en retournent. Je vous supplie même en ce cas d'y envoyer un gentilhomme qui porte votre lettre à Madame de Venel et de les accompagner, mais au nom de Dieu, faites tout votre possible pour éviter ce coup, qui de quelque manière qu'il arrive ne peut faire qu'un très méchant eifet. »

C'était en effet la Reine qui avait accordé l'entrevue , en dépit des conseils et des supplications du Cardinal, car, comme il l'écrivait elle n'avait pu voir souffrir son fils. Mazarin veut au moins éviter un éclat , il sait, pour avoir vieilli dans le monde, la puissance de l'opinion publique. On voit poindre dans cette lettre la prédilection du Cardinal pour la cadette de ses nièces, Marie-Anne, plus lard duchesse de Bouillon, qui se distingua de ses sœurs par la distinction de son esprit, par son bon sens et une conduite plus régulière.

5 août, de Sainl-Jean-de-Luz — à la Reine. — « J'espère être assez heureux pour ne vous donner jamais le moindre mécontentement, car après ce que vous m'avez promis sur l'affaire qui m'a donné tant de peine, il ne me reste rien à souhaiter, et pour les désplaisirs que vous pourrez recevoir en donnant, ils dureront fort peu et ils ne vous serviront qu'à vous donner de la joie quand vous serez réveillée.

» Vous ne pouviez me donner une nouvelle plus agréable que celle de m'assurer que le roy est résolu de suivre mes avis; car il s'en trouvera bien et sera comblé de gloire et d'honneur et adoré de ses sujets. Mais je crains que la visite qu'il désire de faire, ne trouble plus que jamais ses bonnes dispositions. C'étoit la première raison qui m'avoit obligé d'écrire comme j'ai fait sur ce sujet, et d'autant plus que je suis persuadé que la personne que vous sçavez n'oubliera rien pour l'attendrir et engager son affection le plus qu'elle pourra. Je vous conjure de vous souvenir, quelque chemin que \ous preniez, de faire venir mes nièces au lieu où vous passerez le plus proche de La Rochelle, car la chose ainsi exécutée sera plus dans la bienséance. Je me remets à vous dire mille choses lorsque j'aurai l'honneur de vous

voir, et j'ose nie promettre qu'elles ne vous desagiécront pas venant de la mer (Mazarin).» Le' août, à Sai nt-J ean-de-Luz- — à la Heine.

— « Je vous dirai confideniment qu'on me mande qu'Hortense prend une conduite qui n'est pas bonne , ne faisant aucun cas de ce qu'on lui dit et se largant de. sa sœur qui l'a conduit entièrement comme bon lui semble. Je vous prie, comme de vous, de lui faire une bonne réprimande, après vous avoir fait informer par Madame de Venel du détail de ce qui se passe. Je suis entièrement à vous. »

Mazarin, parrain et tuteur du Roi, lui faisant la leçon, d'un autre côté la Re'ne devenue la gouvernante des jeunes Mancini, leur adressant des réprimandes et dirigeant la conduite de ces têtes écervelées, c'estun tableau d'inié rieur d'un effet assez inattendu.

Le 10 août, à Saint-.J ean-de-Luz — au Roy.

— « Je ne veux pas laisser de vous écrire par toutes les occasions et vous suplier toujours de vous souvenir de ce que vous m'avez fait espérer; et quoique ce soit une chose qui regarde votre bien, votre honneur et le repos de vos sujets, je vous en aurai la même obligation, comme si vous me donniez la vie , laquelle j'employerai toujours avec grand plaisir pour votre gloire et pour votre service. Monsieur Le Tellier vous dira en quel étal on est ici et vous donnera part de diverses choses importantes, dont il faut bien garder le secret. »

Le u août, à Saint- J ean-de-Luz — au Roy.

— « J'ai beaucoup de satisfaction lisant l'endroit où vous avez la bonté de me dire que je la recevrai toute entière, lorsque vous m'aurez entretenu de vive voix àRordeaux; car je vous avoue que je ne désire rien au inonde tant que cela, et je mourrai le plus content et heureux de tous les hommes, quand je vous verrai le plus grand et le plus accompli Roy tle la terre, comme il est en vos mains de le devenir si vous voulez. Je m'attends donca l'exécution de la parole qu'il vous plaît de me donner, et je m'en tiens lout à fait assuré, sçachant à quel point vous êtes ponctuel aux choses que vous promettez.

Leinaoûl, de Saint-,1 ean-de-Luz — au Roi/.

— « Mon contentement s'augmente toujours voyant par vostre lettre du 8 , que vous continuez a me donner les assurances que je puis souhaiter et sçachant la confiance que je dois prendre en vos paroles. »

Le l5 août, à Saint-J ean-de-Luz ■ — à la Reine. — « Je suis assez satisfait de la lettre que le Roy m'a écrite, me disant positivement que je le serai au point que je le puis souhaiter, quand il m'aura parlé à Rordeaux, croyant qu'il ne le pourroit pas si bien laire par une lettre. Si cela est je serai fort heureux ; car si le Roi a la bonté de me croire et de suivre mes conseils, il acquerra beaucoup de gloire et sera adoré de ses sujets, il sera estimé et redouté de tous, et vous qui vous intéressez plus que personne en son bonheur, n'aurez plus rien à ajouter à vos désirs, il est homme de parole et je dois espérer qu'il nie tiendra

celle qu'il me donne, d'autant plus qu'il ne s'agit que de son avantage et de relever sa réputation.

« Cependant je ne sçai ce que vous avez fait a l'égard de la visite, sur laquelle je ne me suis pas expliqué au Roy par le retour du valet de pied. Mais après lui avoir marqué les inconvénients, je me remettais à ce que je me donnois l'honneur de vous mander là-dessus, ainsi vous en aurez pu user en la manière que vous aurez jugé plus à propos, et en tous cas vous aurez pratiqué ce que je vous ai mandé, c'est-à-dire de faire venir mes nièces en quelque lieu le plus proche de La Rochelle, pur lequel la cour passerait, disant que vous les voulez voir. J'eusse écrit a\ec fermeté au Roy pour le supplier de ne les voir pas : mais vous m'écrivîtes d'une façon qui semblait que vous étiez d'avis que je ne m'y opposasse pas, me marquant que la Roy était persuadé que je le trouverais hou, en étant convenu conjointement avec vous à Pans. Mais enfin quelque chose que vous ayez résolue là dessus , si le Roy fait ce qu'il m'a écrit, il n'y aura pas grand mai.»

Le 18 aoûsl i6r>9, à Saint- Jean-de-Luz. — A madame de Venel à La Rochelle. — « J'ay reçue vostre lettre du 10 de ce mois, et je sçavois desia que la Reyne vous escrivoit de mener mes nièces à Saint - Jean- d'Angely, m'ayant fait l'honneur de m'en demander auparavant mon consentement quoyqu'il ne fust pas nécessaire, sa majesté pointant disposer librement de tout ce qui est à moy , vous ne devez donc pas estre en aucune peine de ce voyage, et d'autant plus que comme vous auez veu, l'Intention de sa Majesté n'a pas esté de mener mes nièces à Bordeaux , mais de les voir seulement en passant , c'est tout ce que j'ay à vous dire pour response à vostre lettre, vous asscurant que je suis très satisfait des soins que vous prenez, et de la passion que vous avez de pouuoir faire les choses qui me donneront le plus de satisfaction , aussy vous deuez estre asseurée que je ne perdray aucune occasion de vous donner des marques tic mon amitié et de mon estime (ce qui précède cm écrit par un secrétaire , tout ce qui suit est de la main du Cardinal.) Vous me mandez que mes Niesses ont esrrit des lettres fort civiles à madame la Princesse de Conty et à Madame la comtesse de Soissoir,, niais vous ne me rliies pas que elles ont fait ce grand effort seulement le jour auparavant leur départ de La Rochelle quoyque \ous sçatiez que je leur avois fait assés connoistre qu'elles ne devoii nt pas différer un moment à faire reste cittililé , mais ma niesse sçait mieux comme se faut conduire que moy e t Dieu mercy a trop d'esprit pour se pouuoir résoudre à déférer au conseil de personne. Je vois mesme avec grand desplaisir qu'elle entraîne Hortcnse en toutes ses résolutions , /mais je n'en suis pas surpris , parce que ma ;Xesse Ittv aura persuadé que se conformant à sa >vo.li;n/.é, Itty fera avoir une grande fortune.

et Hortcnse qui est encor un enfant doit croire cela comme un Évangile. On me mande de la Cour qu'elle et sa sœur non seulement n'avoient pas visité la Princesse de Conty et madame la Comtesse qui les auoit réunie à soupper, mais qu'elles ne luy avoient pas parlé, voyez si cela est bon et s'il n'ont pas raison ceux qui en font des risées. Je vous promet que la court en estscandalizé et qu'il est onteux que mes Niesses par leur mauvaise coud uî t le donnent sujet à tout le monde de faire des comédies à leurs dépens. Je sentis ravy de sçavoir ce que Marie pense et si avec toutes les flat'eries que luy font les faiseurs d'ouurages, elle ne sçait pas que a pris le chemin d'estre la plus malheureuse de son siècle, elle uerra sans y pouvoir remédier que je ne me suis pas trompé dans mon calcul et qui' tonnes les folies qu'elle cet mis dans l'esprit n'abutiront que à la rendre misérable.»

Cette lettre n'a pas été insérée dans le recueil publié, et elle était restée inédite, j'en dois la communication à M. le marquis de Fiers , possesseur d'une des plus riches collections d'autographes. Je la donne avec toute l'exactitude qu'on doit apporter dans la publication de. ces autographes, qui devrait être, autant que possible, une reproduction. Cette lettre est d'autant plus curieuse qu'elle initie aux sentiments affectueux de l'oncle et à la fermeté désinterressée de l'homme politique. Après avoir présenté sous une forme ironique la conduite et le caractère de sa nièce, il s'en afflige et s'en indigne, quand il met en présence les calculs du ministre et les folies de la jeune fille. Ses prédictions n'ont pas tardé à se réaliser.

Le 11 août , à Saint- Jean-de-Luz. — Au roi. — « J'ai la soumission que je dois pour tout ce qui vient de vous et je vous croi incapable de dire rien qui ne soit la vérité même ; mais j'ai grand sujet d'appréhender que votre bonté ne vous aye obligé à m'écrirr des choses de la personne que vous sçavezqui soient en effet bien différentes; car je sçay à n'en pouvoir pas douter, qu'elle ne m'aime pas, qu'elle méprise mes conseils , qu'elle croit avoir plus d'esprit et d'habileté que tous les hommes du inonde, qu'elle est persuadée que je n'ai nulle amitié pour elle; et cela parce que je ne puis pas adhérer à ses extravagances. Enfin je vous dirai sans aucun déguisement, ni exagération, qu'elle a l'esprit mal tourné et qu'elle n'a jamais tant cru certaines folies comme elle fait à présent et qu'elle y est plus engagée depuis que vous lui avez fait l'honneur de la voir, quoique je sois très assuré que vous ne pouvez lui en avoir donné sujet après les paroles qu'il vous a piu nie donner là dessus. Croyez-moi que vous devriez mettre entièrement fin à ce commerce qui rendra assurément cette personne la plus malheureuse créature qui soit au monde et qui vous donnera en votre particulier de l'inquiétude, quelque pouvoir que vous

le Palais mazarin.

Note 152.

ayez sur vostre esprit et quelque résolution que vous preniez.

« Vous êtes sur le point de vous marier avec la plus grande princesse qui soit au monde- et qui est fort bien faite de corps et d'esprit, ce que je crois vous pouvoir dire avec plus de certitude à présent qu'on en entend parler à tous ceux qui l'ont veuë en cette conformité; et ii arrivera que vous ne ferez pas la chose avec le plaisir et la satisfaction que vos serviteurs souhaiteraient, parce que vous avez d'autres passions qui se sont rendues les maîtresses de votre esprit.

« Voilà tout ce que j'ai à vous dire comme le plus sincère et cordial de tous vos serviteurs et qui donnerait mille fois sa vie pour votre gloire et pour vous voir en possession d'un contentement solide, comme seroit celui de vous voir marier avec satisfaction et d'être toujours heureux dans votre mariage.»

Comme l'avait prévu Mazarin, l'entrevue de Saint-Jean d'Angély avait produit dans la passion du roi une recrudescence. Il fallait donc atiaquer avec de nouvelles armes un ennemi renaissant, et le Cardinal n'hésite pas à dépouiller sa nièce du prestige dont l'amour du roi l'entoure.

Le 22 aoust , à Saint-Jean-de-Lnz. — A la reine. — « Je suis ravi de la satisfaction que vous témoignez et de vous voir persuadée que le roi fera bien et qu'il a les intentions et l'esprit dans l'assiette que je puis souhaiter ; mais par les nouvelles que je reçois de La Rochelle, il me semble que d'un côté et d'autre la passion s'est extrêmement échaufée par l'entrevue qui s'est faite à Saint-Jean d'Angély, que les dépêches sont plus fréquentes et plus longues, et que l'esprit de la personne qui est à La Rochelle est plus chagrin et emporté qu'auparavant. Néanmoins je défère avec plaisir à ce que vous m'en mandez, car je ne souhaite rien tant au monde, comme de voir le roy délivré de celte passion et heureux dans le. mariage qu'il va faire. Je vous prie de voir ce que je luy écris, car je ne doute pas qu'il ne vous le communique, et de vouloir prendre la peine de me mander quel effet cela fait dans son esprit, car pour moi je ne souhaite autre chose que son bien , sa gloire et son repos avec contentement et réputation, et vous sçavez si j'ay bien travaillé pour cela , sans que toutes les diligences que le roi a faites avec tant d'adresse pour m'engager à favoriser son dessein , m'ayent pu seulement ébranler un moment. Et à la vérité j'eusse été un mauvais serviteur et un méchant homme, si j'eusse été capable d'écouter seulement les propositions que le roy me faisoil , puisqu'elles alloient à relever ma réputation aux dépens de la sienne et à tirer des avantages pour son préjudice.»

Ici le Cardinal perd un peu de son mérile en le revendiquant, le roi n'a pu m'ébranler un moment, e{ il nous dira dans une lettre qui suit , tout ce que Louis XIV mit en jeu pour ramener à consentir à ses désirs. Ce que nous «levons remarquer, c'est la facilité avec laquelle

la reine se per.vuadequesoii.filsrevlent à d'autres idées, et la perspicacité de Mazarin qui retrouve et poursuit de ce feu mal éteint les moindres étincelles.

Le 26 aoust, a Saint Jean-de-Luz. — A la reine. — » Je ne \ois pas que le roy s'applique à vouloir être hfureux, faisant ce qui seroit nécessaire pour cela; au contraire il ne songe qu'à écrire de grandes lettres ou pour mieux (lire de grands, volumes à La Rochelle et plus fréquemment qu'il n'a fait, et à cultiver par toutes sortes de moyens une passion qui ne pouvant aboutir à rien, le rendra très maiheureux, s'il ne plait à Dieu d'y mettre sa sainte maiu. Je vous jure que je voudrais écraser tout ce qui occupe l'esprit du roy et l'empêche d'agir comme il devroit. Dieu nous assistera, car si cela avoit à durer longtemps, ii ne seroit pas en mon pouvoir de le servir, n'y même de vivre.

Le 28 a'iust, de St- Jean-de-Luz. — Au Roy. — «Jevousprie d l'être persuadé unefois pourloulesqueje ne sçanrois vous rendre un plus grand et plus important service que de vous parler avec la liberté que vous avez eu la bonté de me permettre, lorsqu'il s'agit de votre service et particulièrement en ries choses de considération et d'éclat dans lesquels assurément vous n'avez aucun serviteur qui puisse discourir à fond et avec le zèle que je ferai. Jecommenceray par vous dire, sur le point de votre lettre du i3 aoust, qui regarde les bons sentimens que la personne dont il est question a pour moi, et sur toutes les autres choses qu'il vous a plu me mander à son avantage : Que je ne suis pas surpris de la manière dont vous me parlez, puisque c'est la-passion que vous avez pour ede qui vous empêche, comme il arrive d'ordinaire à ceux qui en ont comme vous, de connaître ce qui en est ; et je vous répons que sans cette passion, vous tomberiez d'accord avec moi, que celle personne n'a nulle amitié, qu'elle a une ambition demesurée, un esprit de travers et emporté, un mépris pour tout le monde, nulle retenue dans sa conduite et un penchant à faire toutes sortes d'extravagances, qu'elle est plus folle que jamais, depuis qu'elle a eu l'honneur de vous voir à Saint-Jean-d'Angely, el qu'au lieu de recevoir de vos lettres deux fois la semaine, elle en reçoit à présent lous les jours. Enfin vous verriez comme moi qu'elle a mille défauts et pas une qualité qui la rende digne de voire bienveillance. Vous témoignez dans votre lettre de croire que l'opinion que j'ai d'elle, procède des mauvais offices qu'on lui rend. Esi-il possible que vous soyez persuadé que je sois si pénétrant et si habile dans les grandes affaires, et que je ne voye goûte dans celles de ma famille ? Puis-jc douter des intentions de celte personne à mon égard, voyant qu'elle n'oublie rien pour faire en toutes choses le contraire de ce que je veux; qu elle tourne en ridicule les conseils quejelui donne pour sa conduite ; qu'elle fait vanité de ce qui, à la vue de tout le monde, préjudicie à

sou honnelir et au mien; qu'elle veut Taire la maîtresse et changer tous les ordres que je donne dans ma maison, e t qu'enfin, méprisant toutes lesdiligencesquej'ai tailesavec tantd'amour, d'application et d'adresse, pour la mettre dans le bon chemin et pour la rendre sage, elle persiste dans ses folies, et veut être ainsi exposée à la risée de tout le inonde qui en fait de continuelles comédies, ainsi qu'il sera aisé de voir dans les papiers que je garde, dans lesquels vous verrez les sentiments de tous ceux qui discourent sur cette matière, qui est à présent l'entretien des meilleurs esprits de toutes les nations.

a Si la mauvaise conduite de cette personne ne préjudicioit qu'à elle seulement et même à moy, je pourrois dissimuler; mais le mal augmentant toujours et ce commerce faisant un tort irréparable â la gloire et au repos de mon maître, il m'est impossible de le souffrir, et je serai à la fin contraint de prendre des résolutions par lesquelles chacun ait lieu d'être pleinement convaincu que lorsqu'il s'agit de votre service, je sacrifie tout. Et si je suis assez malhûreux pour que la passion que vous avez pour cette créature, vous empêche de connaître l'importance de la chose, il ne nie restera que le dessein que je vous écrivis de Cadillac; car enfin il n'y a puissance qui puisse m'ôter la libre disposition q ucDieu et les lois me donnent sur ma famille, et vous serez un jour le premier à faire mon éloge sur le service que je vous aurai rendu, qui sera assurément le plus grand de tous, puisque par nia résolution, je vous ainsi mis en état d'être hùreux, et avec cela le plus glorieux et le plus accompli roi de la terre. Outre que mon honneur, que Jésus-Christ qui est l'exemple de l'humilité disoit qu'il ne donneroit à personne (honorent meum nemini dabo), m'oblige ii ne différer pas davaulage de faire ce qu'il faut pour le conserver.

« Je retourne à la personne, laquelle se tient plus assurée que jamais de disposer entièrement de votre affection, après les nouvelles promesses que vous lui en avez faites à Saint-Jean d'Angely ; et je sçay que si vous êtes obligé de vous marier, elle prétend rendre la princesse qui vous épousera, malheureuse pour toute sa vie, ce qui nepourroit pas arriver sans que vous le fussiez aussi, ny sans vous exposer à mille inconvénients très fâcheux; car vous ne devez pas attendre la bénédiction du ciel, si vous ne faites rien de votre côté pour la mériter. Depuis la dernière visite, que j'avais toujours cru qui seroit fatale, et que pour cette raison j'avois tâché d'empêcher, vous avez recommencé à lui écrire tous les jours, non pas des lettres, mais des volumes entiers, lui donnant part des moindres choses qui se passent et prenant en elle la dernière confiance, à l'exclusion de tout le monde ; de sorte que tout votre temps est employé à lire ses lettres et à faire les vôtres. Et ce qui est incompréhensible, c'est que vous pratiquez tous les expédients ima-

MAZARIN. Noie 152.

ginables pour échauffer votre passion, tandis que vous êtes à la veille de vous marier. Ainsi vous travaillez vous même à vous rendre le plus malheureux de tous les hommes, n'y ayant point de condition plus insupportable qu'un mariage fait à contre-cœur.

« Mais dites-moy, je vous prie, quel personnage prétend faire cette fille après que vous serez marié ? A-t-elle oublié ses devoirs à ce point que de croire que, quand je serois assez malhonnête homme, ou pour mieux dire, assez infâme pour le trouver bon, elle pourra faire un métier qui la déshonore?... Peut-être qu'elle s'imagine de pouvoir en user ainsi, sans que personne en murmure, après avoir gagné le cœur à tout le monde; mais elle se trompe bien, car sa manière d'agir a donné tant d'émotion contre elle à tous ceux qui la connaissent, que je serois fort empêché de nommer un seul qui ait de l'estime et de la bonne volonté pour elle, excepté Hortense qui est un enfant qu'elle a gagnée à force de flàteries, et de luy donner de l'argent et d'autres choses, ayant trouvé, à ce que je crois, quelque trésor, puisqu'elle a refusé de prendre de l'argent que j'avois ordonné à madame de Venelle de lui faire compter en telle quantité qu'elle voudroit, lorsqu'elle alla à La Rochelle.

« Le plus grand bonheur qui puisse arriver à cette personne, c'est que je ne diffère pas davantage d'y mettre ordre, et que si je ne la puis pas rendre sage, comme je le crois impossible, au moins ses folies ne paroissenl pas davantage devant le monde, car autrement ellecouroit risque d'être déchirée.

« Vous entendez tout ceci avec étoiinemeni, parce que l'affection que vous avez pour elle ne vous donne pas lieu de voir clair en ce qui la regarde ; mais pour moy qui ne suis pas préoccupé et qui, à quelque prix que ce soit, veux vous servir en cette rencontre qui est la plus importante de votre vie, quand il m'en devroit coûter la mienne: je vois la vérité comme elle est, et je ne souffrirai pas que vous en receviez de préjudice, car autrement je commettrois que espèce de trahison. Du reste, il en arrivera ce qu'il pourra, ne me souciant pas de mourir, pourvu que ce soit en faisant mon devoir et en vous servant comme j'y suis obligé, particulièrement dans cette occasion où personne ne le sçauroit faire que moi.

« J'avois oublié de vous dire que pour vous faire connaître de plus en plus l'amitié que cette personne a pour moi, qu'elle ne m'a jamais fait l'honneur de m'écrire que deux seuls mots, forcée à*le faire par madame de Venelle, et après vous avoir veu à Saint-Jean d'Angely, une autre lettre que j'ai reconnue être un effet de ce que vous lui avez dit, étant fort assuré que suivant la bonté que vous avez pour moy, vous n'oubliez rien pour l'obliger â me rendre toutes sortes de respecis et de marques d'amitié. Mais quelque pouvoir que vous ayez sur son esprit, il ne vous réus-

[Note 152.

MAZAK1N

sira pas de la gagner sur ce point : et je vous déclare à présent qu'il ne vous serviroit plus de rien. Et d'ailleurs, comment voudriez-vous prétendre qu'elle eût de la déférence et de l'amitié pour moi qui n'ai que des pensées toutes contraires aux siennes ; c'est-à-dire que voulant êirc une libertine et extravagante, je veux au contraire qu'elle soit sage et retenue.

« Je ne doute pas qu'elle ne sache tout ce que j'ai l'honneur de vous mander; mais bien loin de l'appréhender, je le souhaite avec passion, et plût à Dieu que je la crusse capable de vous répondre pertinemment sur les affaires dont vous prenez le soin de lui donner part, car je la prierois volontiers de me délivrer de cette peine. Mais je vous avoue qu'à l'âge où je suis, et parmi toutes les occupalions dont je suis accablé, et dans lesquelles il me semble être assez hûreux pour vous servir avec réputation et avec avantage pour votre état, il m'est insupportable de me voir inquiété pour une personne qui, par toutes sortes de raisons, devrait se mettre en pièces pour me soulager. Et ce qui m'afflige au dernier point, c'est qu'au lieu de m'epargner ce chagrin, vous y contribuez en donnant à cette malhûreuse, par la passion que vous lui témoignez, le courage et la résolution de vivre comme elle fait.

« J'étois tout-à-fait remis, par ce que vous aviez pris la peine de m'écrire, et par la conduite que vous aviez commencé de tenir puis ma dépêche de Cadillac , et j'avois cru que vous ne songiez qu'à préparer les voyes pour être hûreux dans votre mariage, ce qui ne pouvait être qu'en venant à bout de la passion qui s'éloit rendue maîtresse de votre esprit. Mais j'ai vu avec un sensible déplaisir, qu'après cette fatale visite que j'eusse voulu empêcher au prix de mon sang, tout est tombé en pire état qu'il n'étoit auparavant, et il ne faut pas que vous m'expliquiez la chose autrement, car je n'en puis douter et je puis dire que je sçai tout aussi bien que vous. Songez après cela, je vous prie, en quel état je puis être , et s'il y a au inonde un homme plus malheureux que moi, qui après m 'être toujours appliqué avec ardeur à relever votre réputation et à procurer, par toutes les voyes les plus pénibles, la gloire de vos armes, le repos de vos sujets et le bien de votre état, ai le déplaisir de voir qu'une personne qui m'appartient, est sur le point de renverser tout et de causer votre ruine, si vous continuez à lâcher la bride à la passion que vous avez pour elle.

« Lorsque je repasse dans ma mémoire ce que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, (pie si raus pouviez vous expliquer de vive voix, j'aurois une entière satisfaction de l'assiette de votre esprit, étant résolu de faire sans réserve tout ce que je vous dirois être nécessaire pour votre gloire et pour le bien de votre étal; j'étois au désespoir de voir durer cette négociation qui m'empêchait de me

rendre auprès de vous et de travailler, sous vos ordres, à calmer votre esprit et à vous mettre en état d'être le plus heureux et le plus accompli roy du monde; mais à présent, j'apréhende qu'elle ne finissse , ne sçachant pas comment vous approcher, ayant sujet de croire que ni vous, ni moy nous n'aurons rien à dire qui nous contente. Car pourroisjp, sans blesser la fidélité que je vous dois et sans trahir mes obligations, m'abstenir de vous remontrer que vous prenez un chemin tout contraire à la bienséance et au bonheur auquel vous devez aspirer, puisqu'à la veille de vous marier, vous vous abandonnez plus que jamais à votre passion ; car quelque pouvoir que vous ayez sur vous et quelque progrès que vous ayez fait, parle conseil de celle que vous aimez, dans l'art de dissimuler, vous ne sçauriez cacher votre aversion pour ce mariage, quoique ce soit le plus utile et le plus glorieux que vous puissiez faire. Comment vous pourois-je taire que vous préjudiciez au bien de votre royaume, que vous vous attirez les reproches de tout le monde et que vous vous exposez à recevoir des marques de la colère de Dieu, si vous allez vous marier avec une princesse que vous n'aimez point, et dans l'intention de vivre mal avec elle, ainsi que l'autre personne menace de faire avec celle qui vous épousera. Croyez-vous que Dieu puisse bénir un tel conseil , et que si vous en usez ainsi , vous puissiez éviter de ressentir autant d'effets de son indignation , qu'il vous en a donné jusques-icy de sa bonté. Je vous tromperais , si je ne condamnois pas la conduite que vous tenez et le soin que vous prenez de vous rendre malheureux, puisqu'au lieu de rompre tout doucement, comme vous aviez commencé de faire, un commerce qui est le plus grand obstacle à la satisfaction , que vous recevriez du mariage que je traite , vous l'avez renoué avec plus de chaleur que jamais, sans considérer que vous allez épouser la plus grande et la plus vertueuse princesse qui soit au monde; qu'elle a eu de l'inclination pour vous dès le berceau , qu'il n'y a rien de siavaniageux dans la conjoncture présente pour le bien de vos affaires, qu'elle est très bien faite, et que la beauté de son esprit ne doit rien à celle de son corps.

« C'est en cet endroit qu'étant auprès de vous, je vous convierais de me dire s'il n'y aurait pas de quoi vous satisfaire dans la possession de cette princesse, qui sans doute vous adorera pour toutes les excellentes qualitez que vous possédez, si ce n'est qu'une autre passion que vous cultivez si soigneusement vous tienne lieu d'un extrême deffaut, car il est vrai de dire que la personne qui en est l'objet, n'aproche pas de la beauté, de l'esprit ni des agréments de la princesse qui doit être votre épouse. Outre qu'elle est infiniment au-dessous de sa qualité et de sa naissance.

« Si j'étois auprès de vous, je ne pourrais jamais m'empêcher de vous citer ce que vous

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avez dit vous même eu plusieurs rencontres à l'occasion du mariage du marquis de Richelieu ; qu'il n'y a rien de homeux, ni qui mérite plus de mépris que de se mésallier.

« Je ne pourrois me lasser de vous représenter avec le respect que je vous dois , que les pensées que vous avez et que la personne en question prétend que vous n'effacerez pas facilement do votre esprit , sont bien contraires à celles que vous aviez à l'égard de Richelieu ; et que par la décision que vous avez donnée sur ce sujet , vous vous seriez jugé vous-même en la présence de la reine, lorsque vous dites que la pensée d'épouser celte personne avoit pour principal tnoiif de faire à la vue de tout le monde une action qui témoignât que ne pouvant assez récompenser mes services, vous l'auriez voulu faire par ce moyen. Car il n'y eut eu qui que ce soit qui n'eût attribué une si étrange résolution à un transport d'amour et non point à mes services.

« Mais quand il serait vrai que ce seul motif vous y eût porté, é'oil-il juste que je m'oubliasse jusqu'au point d'y consul tir et que charmé d'une proposition si éclatante et si avantageuse pour moy , je pusse pour mon intérêt particulier et pour relever ma réputation y donner les mains aux dépens de la vôtre. En vérité mon ambition ne va pas seulement à exécuter rien dans ma vie qui me soit glorieux et je dois d'autant plus en user ainsi, qu'outre mon devoir, vos grandes bontés m'y obligent. Enfin j'appréhende mon retour , car assurément je ne pourois vous entretenir à votre gré, n'y m'abstenir de vous dire avec beaucoup de chaleur ce que je viens de vous écrire, et d'autres choses encore plus fortes sur ce chapitre.

« Je me trouve donc fort embarrassé de ce que je deviendray et bien plus de donner la dernière main à ce qui regarde votre mariage; car il me semble que je promets ce qui n'est pas, et que je contribue à l'établissement d'une chose qui rendra malheureuse une innoncenle qui mérite votre affection , et vous aussi, parce que vous le voulez ëlre.

« Il est temps de vous rendre et de déclarer votre volonté sans aucun déguisement, car il vaut mille fois mieux tout rompre et continuer la guerre, sans se mettre en peine des misères de la chrétienté et du préjudice que votre estât et vos sujets en recevront, que de faire ce mariage pour votre malheur et par conséquent pour celuy de votre royaume, lit quoyquc je continue de travailler pour avancer la chose, cela n'empêchera pas que je n'exécute ce qu'il vous plaira nie commander la dessus. J'avoue pourtant que je le ferai à regret et avec un sensible déplaisir, si je ne vois en même temps que vous fassiez ce qui est nécessaire pour trouver du contentement dans le mariage dont il s'agit. Ce sera alors que je feray ce que Dieu m'inspirera pour votre bien , afin de ne manquer à rien de ce qui peut dépendre de nmy pour contribuer, à

la satisfaction que je vous souhaite dans ce mariage, qui ne peut être autre chose que ce que je vous écrivais de Cadillac fort précisément après avoir bien examiné et résolu ce que je vous mandois.

« Et pour vous faire encore mieux connaître que la passion que vous avez vous empêche de ressentir le plaisir que vous devrèz avoir d'épouser une si grande princesse , si belle , si spirituelle et si accomplie; je veux ajouter que vous étiez tout résolu, ou pour mieux dire, vous souhaitiez à Lyon d'épouser la princesse Marguerite de Savoye , dont la beauté et la qualité ne sont pas comparables à celle de l'infante , et vous vous souviendrez s'il vous plaît que vous étiez fâché de ce que la reyne et d'autres vous disoient pour vous en dégoûter.

« Voilà tout ce que la passion, la fidélité et le zèle que j'ay pour votre serv icc et pour votre bonheur , me contraignent de vous représenter avec la liberté que je dois en vieux serviteur, qui ne respire que votre gloire et qui a plus d'intérêt et d'obligation qu'aucun autre non seulement à vous dire la vérité , mais encore à sacrifier sa vie pour un aussi bon maitre que vous.

« Au reste je vous proteste que rien n'est capable de m'empêcher de mourir de déplaisir, si je vois qu'une personne qui me touche de si près, vous cause plus de malheur et de dommage que je vous ay rendu de services depuis le premier jour que j'ay commencé à vous servir.

« Je vous diray aussi que j'ay entre les mains de grandes affaires, comme voussçavez, mais qu'assurément il n'y en a aucune si importante que celle-cy et qui mérite davantage d'être finie. C'est pourquoy, s'il en étoit besoin, j'oublierois toutes les autres, et ne travaillerais qu'à celle-cy.

« Je vous conjure de lire celte lettre avec attention et de vouloir me faire l'honneur de me déclarer vos intentions sans aucune réserve , afin que je puisse prendre les résolutions que j'eslimeray les plus propres et les plus utiles pour votre service.»

Même tactique : ma nièce a mille défauts et pas une qualité qui la rende digne de volie bienveillance. En général le sentiment est plus amer, l'irritation croît avec la fatigue, le Cardinal reproche au roi d'écrire des volumes, et à sa nièce de n'abandonner l'idée du mariage, chose impossible, que pour rêver un pouvoir secondaire , chose infâme. Dans nos idées, ce sentiment n'a rien que d'ordinaire; quand on a étudié le règne des maîtresses, on y trouve quelque mérite.

Le roi avait déclaré à la reine que la pensée d'épouser la jeune Mancini avait pour principal motif de faire à la vue de tout le monde , une action qui témoignât que ne pouvant assez récompenser les services du Cardinal, il l'aurait voulu faire par ce moyen, le Cardinal lui rappelle qu'il avait dit lors du mariage du marquis de Richelieu , qu'il n'y

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le Palais mazakin.

avait rien de si honteux ni qui méritât plus de mépris, que de se mésallier. En prononçant le mot mésallier, le Cardinal élevai i une barrière infranchissable.

Il est fait allusion dans cette lettre et dans une autre à l'argent que sa nièce dépense, le Cardinal suppose évidemment qu'elle l'a reçu du roi. On voit qu'à la même époque le gazetier Loret remercie Marie de Mancini de beaux louis d'or (21 juin 1609) qu'elle lui donne sans doute pour s'assurer sa bienveillance ou sa discrétion. Je n'ai pas voulu omettre ce rapprochement.

Le 28 aousl, à Saint-Jean de Luz. — A la Reine. — «Je crois que le roy dans l'humeur où il est à présent ( car je suis certain qu'il a plus de passion que jamais) seroit bien aise de la remise de son mariage; et peut-être seroit-il mieux pour lâcher de le guérir pendant cet entre-temps, car je vous déclare, que s'il fait son mariage dans l'assiette d'esprit où il est à présent, il sera malheureux et l'Infante encore davantage, et vous et moi inconsolables. Il y faut bien songer et prier Dieu qu'il nous inspire pour choisir le meilleur. Je lui écris une pelke lettre de seize ou dix-huit pages, et je voudrais bien que vous en eussiez la communication. Je m'assure qu'elle ne luy plaira pas, mais je ne pouvois m'en dispenser sans trahir et blesser ma conscience et mon honneur. Car enfin, je vous proteste comme si jétois devant Dieu, que j'aime mieux mille fois me retirer avec ma famille , ainsi que je lui écrivis de Cadillac et contribuer à sa guérison, par le sacrifice de ma personne et des miens, que de demeurer auprès de luy pour le voir malhûreusement et hors d'élat d'être un roi aussi glorieux et accompli que je le souhaiterois , et qu'il dépend de lui de l'être. Outre que j'ai honte de dire à dom Louis à l'égard du mariage, plusieurs choses contre la vérité au préjudice d'une princesse qui mérite sans contredit l'affection du roy. Je ne vous sçaurois assez dire à quel point cela m'alflige, n'ayant pas même une heure de repos, et ce qui me met davantage au désespoir, c'est que tout mon malheur vient d'une personne de qui je ne devrois recevoir que de la consolation et du soulagement. Je crois quece qui me conserve en vie, c'est celuy que vous me donnez et l'assurance quej'ay en vous, comme aussi un peu d'espérance qui nie reste que le roy prendra à la fin une bonne résolution. Je le verray par la réponse qu'il me fera et bien plus par la conduite qu'il tiendra ; car après cela je prendray mon parti sans perdre un moment. Je vous prie de me mander promptement dans quelles dispositions vous le Irouvez touchant son mariage, et s'il veut que ce soit pour le mois d'octobre, pour novembre ou pour mars, afin que, suivanl ce que vous m'écrirez, je puisse prendre mes mesures plus à propos. »

Le Cardinal disait vrai au fond , il n'avait jamais perdu l'espérance de faire changer le roi de résolulion, et il savait que ce cœur

naïf ( naïf à 21 ans, à cette époque et sur le ttône) céderait aux conseils de la religion, de la raison et des grands intérêts politiques.

I.e 29 anust , de Saint-J ean-de-Luz. — Au Roy. — J'ay reçu presqu'en même temps vos deux lettres des 27 et 28, et je vous rends très humbles grâces des continuelles assurances qu'il vous plaist me donner de votre bienveillance, que je tacheray de mériter toute ma vie par mes services. Je prétends vous en avoir rendu un très important depuis vingtquatre heures, vous ayant écrit avec la liberté et franchise que doit un fidelle serviteur, qui s'intéresse plus à votre gloire et à votre bonheur que mille attires. J'attends réponse avec grande impatience, puisque je dois prendre les résolutions que j'estimeray devoir le plus contribuer â vous délivrer de la passion qui vous possède présentement. Je n'ajouteray autre chose à ce que je vous ai déjà écrit , si ce n'est que vous pouvez voir ce que l'on écrit de la cour aux personnes qui sont icy et ce que disent ceux qui en viennent, par où vous connaîtrez que nonobstant la dissimulation avec laquelle vous vous appliquez à présent à vous conduire, il n'y a personne qui ne lise ce que vous avez dans le cœur et qui ne soit persuadé que vous souffrez beaucoup , dans l'effort que vous faites sur vous même pour faire bonne mine et que vous avez plus d'aversion que jamais pour le mariage qui est projette à cause que la passion pour la personne est augmentée au dernier point. Je vous laisse à penser h s discours qui se font là dessus et s'ils sont à votre avantage. Je prie Dieu du meilleur de mon cœur qu'il vous assiste en celte rencontre, puisque j'estime que vous n'en aurez pas une autre plus 1mpoi tante de votre vie. »

1er septembre , de Sa>'nt-Jean-de-Luz. — Au Roy. — A l'instant que je reçois votre lettre , je prends la plume pour me donner l'honneur de vous dire, que bien que la réponse soit assez succincte, j'y reconnois assez vos intentions et l'assiette de votre esprit. A mon égard votre bonté ne vous avoit jamais permis jusqu'à présent de m'écrire, n'y de me parler comme vous laites en cette rencontre; je n'en suis pourtant pas surpris, car depuis Lyon, je me suis toujours bien douté que si je n'étois sacrifié à la personne dont il est question, je le serois à une autre, Si vous aviez pris la peine d'examiner ma lettre, vous y auriez trouvé un beau champ pour me témoigner de la reconnaissance de ce que je vous mandois par un pur et indispensable motif de votre service, gloire el honneur, et vous ne me traiteriez pas en extravagant comme vous faites en m? disant que j'ai mauvaise opinion devouset que je vouscroy menteur. Je ne mériterois pas de vivre, si j'avois de semblables pensées de mon maître; mais je dis la vérité sans manquer au respect, que je vous dois, lorsque, je soutiens que la passion que vous avez pour la personne que vous aimez, vous empêche de voir ses défauts, et que je sçay qu'elle

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n'a aucune ami lié pour inoy, nonobstant ce que vous avez pris la peine de me mander au contraire. Car sans vous faire tort je croy la mieux connaître que qui que ce soit, de la manière dont elle en a use avec moy; si vous êtes fâché contre moy, ainsi que vous dites au commencement de votre lettre , vous n'avez qu'à m'ordonner le lieu où vous voulez que je me rende, pour ressentir les marques de votre indignation et je n'y manqueray pas. Soyez seur au moins, que sans faire la moindre contestation , je publierai hautement que vous avez raison et que je suis coupable. Vous avez pourtant trop d'équité, pour me vouloir ôter l'honneur en payement de mes services, etc'est bien assez, ce me semble, que vous m'otiez la vie et tout ce que j'ai au monde, sans m'ôter la liberté que les lois divines et humaines me donnent de disposer de ma famille. Je vous supplie très humblement de nie pardonner , si je vous ai trop importuné, vousa ssurant que je ne le feray plus à l'avenir. Au reste, pour abréger le temps de votre mariage , j'en signerai les articles et ceux de la paix selon vos ordres, après quoy j'irai finir mes jours au lieu qu'il vous plaira m'ordonner; content d'avoir eu le bonheur de servir durant trente ans le roy votre père et vous, sans que vos armes ni vos affaires aient rien perdu de leur réputation. Je vous demande seulement la grâce d'être persuadé que quelque chose qui me puisse arriver, je serai jusqu'au dernier moment de ma vie, la plus fidelle et la plus zélée créature que vous ayez. »

Cette lettre est un modèle de soumission et d'habile tactique. Le Cardinal avait besoin de se faire excuser une cause gagnée et la brusquerie de ses attaques. Il sentait qu'après avoir montré un si beau désintéressement , il fallait compléter l'œuvre, en ressaisissant son influence. Sa lettre au roi ainsi que celle qu'il adresse à la reine , sont écrites sous le coup d'un certain découragement, plus apparent toutefois que réel.

i« septembre, de Si-Jean-de-Luz — à la Reine. — «Je suis au désespoir de voir la peine où vous êtes au sujet de tout ce que vous avez eu la bonté de me mander. Plût à Dieu que je vous pusse soulager en répandant tout mon sang, car je le ferois avec la plus grande joie du monde. La réponse du Koy est conçue en termes qui nie font assez connottre qu'il n'a plus d'affection pour moi, ni pour ses intérêts : ainsi je n'ay autre chose à faire qu'à exécuter ses ordres pour abréger le temps du mariage, et après en avoir signé le contrat et les articles de la paix qui sera glorieuse et avantageuse pour sa personne et pour son état, prendre la résolution qui sera la plus propre pour le délivrer de mesimportunités et la meilleure pour son service ; priant Dieu de tout mon cœur qu'il bénisse mes intentions; car en ce cas le Roi sera le plus grand et le plus heureux roi du monde. J'ai le cœur si serré, que je n'en sçaurois dire

davantage , et vous n'aurez pas de peine à le croire, pour peu que vous pensiez à tout ce qui me doit passer dans l'esprit en cette conjoncture. J'aurois pu dissimuler, dans la lettre que j'écris au Roi, jusques à mon retour auprès de luy, mais à Dieu ne plaise que j'en use de la sorte avec mon maître à qui je suis accoutumé d'ouvrir mon cœur sans aucune réserve. Je vous prie de bien prier Dieu pour moy, car je n'ay jamais eu plus de besoin de son assistance. Je n'ay pas voulu mander au Roy que mon neveu s'est voulu sauver de Brissac, et bien qu'il ait dit, lorsqu'on l'a retrouvé, que c'étoit pour se rendre auprès de moy, croyant que vous le trouveriez bon ; la vérité est que ce n'étoit pas son intention, et l'on m'a assuré (et je le crois) que ma ni^ce a conduit tout cela, et vous pouvez juger ce que cela m'oblige de soupçonner. Voyez, je vous prie, si le Roi a raison de vouloir que je l'aime et que je la croye passionnée pour moy et pour l'honneur de mon maître. Il faut bien prendre garde si le confident s'ouvrira à personne de tout eccy. »

Sans date {Octobre, de Sl-Jean-de-Luz) — à Colbert. — « Je vous diray en grande confiense (vous priant de n'en rien tesmoigner jusques à tant que je vous aye entretenu de vive voix), que Je n'ay pas sujet d'être trop satisfait du sieur deïerron, sur le sujet de ma niesse, car après que j'ai fait rompre tout le commerce, il n'a pas laissé de ce faire de fect et de rendre à mon insçuetdemadaniede Vens (Venelle), des lettre à ma niesse avec grand secret ; ce qu'il a fait valoir au Roy dans un dernier voyage de Bourdeaux, et ayant reconnu par ce que Blena luy a dit, d'avoir mal fait, et que ledit Blena m'avoit informé de tout, il m'ecrivoit une lettres, me faisant excuses s'il n'avoit rien communiqué à madame de Vens, et me disant qu'il avoit bien résolu de nie donner part de tout, et me demander en quelle manière il en devoit user à l'advenir; à quoy j'ai répondu qu'il ne devoit plus rendre aucune lettre, et qu'il avoit mal fait d'en rendre à l'insçu de madame de Vens.

« Je sçay eu outre que, apprès mon retour à La Rochelle, il a fait entretenir ma niesse et mal à propos ; car il faut ayder à éteindre le feu, et non pas porter matière pour allumer. »

Le 22 octobre, de St-Jcan-de-Luz — à Colbert. — « Je suis obligé de vous dire encor quelque chose du sieur de Terron, qui vous faira de peine, comme me l'a fait à moy extraordinairement ; c'est que lui ayant escrlt de ne rendre aucune lettre à ma nièce, en cas que on luy en adressa pour cet effet, non seulement il me respond fort froidement làdessus, me disant qu'il faudroit qu'il s'esloigna soubs quelque prétexte de La Rochelle, mais a communiqué en grande confianse ma lettre à ma nièce, luy tesmoignant grand desplaisir de l'ordre que je lui donnois; et ainsy un commerce qui étoit toul-à-fait cessé, après les efforts que j'avois fait pour cela, jusqu'à

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demander mon congé au Roy, en résolution de quitter tout et me mettre on un vaisseau avec mes nièces, pour m'en aller où je pourrois, s'il ne se rompoit ; il est sur le point de se renouer plus que jamais, par les soins duditTerron, lequel a prétendu faire une grande fortune par ce moyen, s'étant laissé aller aux flatteries qu'il a reçeu de deux personnes qui avoientee commerce. A présent, la personne qui est à Toulouse saura l'ordre que j'ay donné à Terron, et elle en sera au désespoir. Dieu veuille que cela ne produise quelque grand inconvénient, car je ne vous saurois assez dire à quel point toultes choses sont disposées pour cela, et tout ce que Terron a mis dans l'esprit de ma nièce, la flattant au dernier point, et la considérant comme le principal instrument pour son élévation auprès de l'autre personne. Enfin il s'est laissé emporter de l'ambition, et le jugement et la considération de mon service, ont été des liens trop faibles pour le retenir. Je ne vous puis dire davantage, remettant le détail à la vive voix, espérant que dans six semaines ou deux mois vous pourrez faire un tour à Toulouse; et de quoy je vous conjure présentement, c'est de n'en rien lesmoigner audit Terron, pour quelque raison que ce puisse être, car vous mettriez en d'étranges embarras, vous protestant que cette affaire est peutêtre la plus délicate que j'aye eu de ma vie, et qui m'a donné plus d'inquiétude ; je vous charge donc de n'en faire rien pénétrer, et de ne vous dispenser de cela en aucune façon, quand mesme vous seriez persuadé de bien faire. »

C'est à cette époque que s'arrête la correspondance du Cardinal qui se trouvait alors près du Roi, à Toulouse, et reprenait sur lui son influence et son autorité.

Marie Mnncini, mieux conseillée, cessa ellemême une correspondance dont elle comprit l'inutilité, et le mariage trouva dans le jeune Roi un cœur aussi naïf, des senlimens aussi primitifs que si ce roman épistolaire n'avait pas traversé sa vie.

Les contemporains ont tous exprimé une opinion sur ce premier autour du Roy, et discuté, d'après les faits qu'ils connaissaient, ces trois points : l" le ministre a-t-il désiré le mariage? 2° l'a-t il repoussé? 3" aurait-il pu le mener à bonne fin ? En général, le jugement des contemporains n'a qu'un faible pouls dans les cas douteux de l'histoire, sur tout dans l'histoire du cardinal Mazarin, l'homme pour lequel le mot impartialité semble avoir été rayé de la langue française. Cependant la majorité des témoignages s'accorde à reconnaître, sur le premier point, qu'il n'y avoit pas songé ; sur le second, qu'il la repoussé; sur le troisième enfin, qu'il était assez puissant pour dominer les obstacles. Je ne citerai que deux auteurs; l'un parce qu'il semble chercher la vérité, l'autre parce qu'il devait la savoir, et (pie son indulgence sur ce point ne peut faire ombrage.

L'abbé de Cholsy s'exprime ainsi :

« Le mariage du Roi avec l'Infante d'Espagne, qui se fit ensuite, mit le comble à la gloire du Cardinal et lui aurait gagné le cœur de la Reine-mère, si ce n'avait été une chose faite depuis longtemps. — II parulà toute la France qu'en celte occasion il s'était sacrifié lui-même au bien de l'Etat. Le Roi étoit amoureux de sa nièce, qui a été depuis la connétable de Colonne, et ce prince jeune, ardent clans ses désirs, emporté par une première passion, la vouloit épouser t-t l'eût peut-être fait malgré la Reine-mère, si le Cardinal qui étoit aux. conférences de Saint-Jean-de-Luz ne l'eût menacé de quitter tout et d'abandonner le soin de ses affaires. Il lit d'abord peu de cas de ces menaces qu'il necroyoit pas sincères, et manda au Cardinal qu'il fît tout ce qu'il voudroi', et que s'il abandonnoit ses affaires, assez d'autres s'en chargeroient volontiers. J'ai oui conter plusieurs fois à la comtesse de Soissons que l'alarme lut grande parmi les nièces du Cardinal. Elles voyoient sa chute prochaine et se défioient de l'amour du Roi qui, venant à leur manquer tout à coup, les faisoit retomber dans la misère. Il leur paroissoit fort amoureux, mais cela nehsmettoil pas en repos. La chose aila si avant que la Reine-mère eut peur; elle demanda conseil au vieux Brienne, qui avoit toujours été attaché à son service. Il lui dit qu'ayant été si longtemps régente, il ne croyait pas que le Roi , avant l'âge de vlngicinq ans, pût se marier sans son consentement. Qu'en tous cas, il lui conseilloit de faire une protestation en bonne forme, et que cescroit une bonne pièce pour faire casser le mariage, quand le Roi seroit revenu de son aveuglement. La protestation fin dressée toute prête à être signifiée, si les choses fussent allées plus loin , mais on n'en eut pas besoin ; le Roi se rendit aux raisons du Cardinal, qui envoya l'ordre de conduire sa nièce à Broûage. Marie pleura beaucoup. Le Roi parut attendri, mais il avoit pris sa résolution, et ce fut dans le moment du départ qu'elle lui dit ces paroles qui vouloient dire tant de choses : Ah ! sire, vous êtes Roi, vous m'aimez et je pats. Il ne voulut pas les entendre et continua encore quelque temps à presser le Cardinal, mais le voyant plus ferme que jamais, ce prince naturellement sage fit de sérieuses réflexions. Il se lassoit bien d'être en tutelle, mais il ne se semoit pas assez fort pour marcher sans conducteur. Il n'avoit presqu'aucune connaissance du gouvernement, la paix n'étoit point encore signée et le mépris éclatant qu'il eût fait de l'Infante en épousant une simple demoiselle le rejeltoil indubitablement dans-la guerre. Il avoit ouï dire, et cela étoit vrai, que ses revenus étoi . ni manges deux ou trois ans par avances. D'ailleurs il s'éloit passé quelques mois depuis que son cœur étoit blessé. L'espérance de faire consentir le Cardinal à la grandeur de sa nièce lui avoit fait prendre patience, et cette fille pleine d'artifice n'avoit pu lui fasciner les yeuv. plus longtemps. Ils'étoit

1E PALAIS MAZAHIN.

LE PALAIS MAÏARÏN.

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apperçu qu'elle n 'étoit poiDt belle et que ses manières enjouées venoient moins d'un esprit vif que d'un naturel emporté et incapable de réflexions. Quoiqu'il en soit, il céda aux raisons du Cardinal : la paix fut signée et le mariage conclu.

« C'a été depuis un grand problème entre les politiques; sçavoir si le Cardinal agissoit de bonne foi , et s'il ne s'opposoit pas au torrent pour augmenter sa violence. J'ai vu le vieux maréchal de Villeroi et feu M. le Premier agiter fortement la question, non pas ensemble (je l'aurois bien souhaité) mais chacun dans son cabinet. Ils apportoient une infinité de raisons pour et contre, et d'ordinaire ils concluoient en faveur de la sincérité du Cardinal, non qu'ils ne le crussent assez ambitieux pour avoir souhaité de voir sa nièce reine de Fi ance, mais ils le connoissoient fort timide et incapable d'aller tête baissée contre la Reinemère, qui seroit devenue une ennemie sans retour, et cela sur la parole fort périlleuse d'un homme de vingt-cinq ans qui aimoitpour la première fois ; au lieu qu'en refusant l'élévation d'une nièce qu'il n'avoit pas sujet d'armer fort tendrement (il sçavoit qu'elle éloit assez folle ponr se moquer de lui depuis le matin jusqu'au soir), au lieu, dis-je, qu'en faisant le héros par le mépris d'une couronne, il le devenoit en effet et faisoit la paix, assuroit son pouvoir et persuadoit le Roi d'une manière bien sensible de son attachement inviolable à la gloire de sa personne et au bien de son Etat.» (Pag. 84-88, édit. d'Ulrccht, 12°, T727, Wan de Vater.)

Après un auteur sérieux, je donnerai un passage de la correspondance de la princesse palatine, belle-soeur de Louis XIV : Madame de Colonne a beaucoup d'esprit , notre lloi a été tellement amoureux d'elle que si son oncle le Cardinal a voit voulu le Koiï'auroit épousée. C'étoit pourtant louable du cardinal Mazarin de n'avoir pas voulu souffrir ce mariage. Et pour qu'on ne doute pas de l'impartialité de son jugement, elle ajoute : D'ailleurs ce Cardinal ne valoit rien du tout.

Hortense Mancini, la confidente dévouée de sa sœur, avait si peu d'affection pour son oncle qu'elle 112 pouvait le croire capable d'une noble action ; d'ailleurs il est douteux qu'elle fût capable elle-même d'apprécier la grandeur d'une semblable abnégation politique, aussi se contentait-elle de l'accuser dédaigneusement d'avoir refusé rette élévation par peur et timidité. (Saint-Evremont, Œuvres-, tom. IV, pag. 198, édit. de 1739. ) Elle dicte cette phrase à Saint-Réal : Soit modestie, soit dissimulation, M. le Cardinal parut toujours aussi contraire que la Reine à l'attachement que le Roi avait pour ma sœur. Enfin elle inspire à Saint-Evremont celte pensée : le cardinal Mazai in éloit plus propre à gouverner des souverains qu'à faire des souveraines , pensée qui s'appliquait autant à sa sœur Marie qu'à et 1 -même, demandée en mariage, au voyage de Lyon , par le prince de Savoie ; au

voyage de Saint-Jean-de-Luz, par Charles II, à quelques années de là roi d'Angleterre, et enfin par le frère du roi de Portugal, parti avantageux, écrit Guy Patin à Belin (le 25 décembre 1660), paire que le Roi étoit foible, délicat et malsain.

Si, après ces autorités, je puis encore citer une gazette et un roman, je ferai remarquer que Loret annonçant le prochain départ du Cardinal pour la frontière d'Espagne, s'adresse ainsi à la jeune Marie Mancini.

Noble et généreuse Marie, En qui la nature aparie (Outre mille attraits précieux) Un bel esprit et de beaux yeux, Et qui n'ayant pas quatre lustres Faites des conquêtes illustres.

(21 juin 1659.)

Cette obséquieuse déférence trahit sans aucun doute la position nouvelle que Marie Mancini s'était faite à la cour.

Quant au roman il est d'un contemporain et il s'intitule gravement : Histoire du Palais-Royal. Paris, 12» de 96 p. (i665 à 1667). L'auteur qui n'est pas Bussy, bien qu'on ailréuni son nom à l'Histoire amoureuse des Gaules, savait beaucoup de choses, et sur toutes choses il savait quelque chose, mais ne sachant pas tout, il ajoutait par forme de compensation. Voici le passage qui a trait à la passion du roi, c'est un mélange singulier d'assertions vraies et hazardées : Sa première amourette fut pour mademoiselle de Manchiny, laide , grosse , petite, iair d'une cabarelliere , omis de l'esprit comme un ange, qui faisoit qu'en l'entendant on oubliait quelle étoit laide et l'on s'y plaisoit volôtiers. Comme elle aymoit le lioy, il passoit, dit-on, de bonnes heurts, et souvent Madame de Vend les surprenoit comme ils s'npprestoient à qoustrr de grands plaisirs, mais il faut dire la vérité, que leurs joyes n'ont esté qu'imparfaites. — Le Roy l'aurait espeusée sans les oppositions du Cardinal, qui estoit persécuté de la Reyne,qui luy fit promettre , un jour qu'il souhailta d'elle des marques de son amour, qu'il empescheroil la chose ; ce que je vous demande, luy disoit-elle, n'est pas une si grande preuve de vostre passion que vous pesez : car èfin si le Roy espouse votre niepee, seuremêt il la répudira et vous exclura et je vous jure que cette chose m'inquiétera d'avantage que le mariage. — Nostre prince pleura , cria, sejelta à ses pieds et l'appela son papa , mais enfin il estoit destiné que les deux ornants se sépareraient. — l.e Roy faillit à mourir de chagrin de celte séparation ( page 5 à 7. ) Ainsi aux yeux de l'auteur , le roy aurait épousé Marie Mancini sans l'opposition du Cardinal, et il veut bien admettre pour l'honneur de la jeune fille : que leurs joies ont été imparfaites. Ce dernier point est confirmé, autant qu'il peut l'être, parla duchesse Mazarin. Le connectable (Colonna ) qui ne croyoil pas qu'il put y avoir de l'innocence dans les

Noie 153.

LE PALAIS MAZAIUK.

amours des Roys , fut si ravy de trouver le contraire dans la personne de ma sœur , qu'il conta pour rien de n'avoir pas esté le premier maître de son cœur. Il en perdit la mauvaise opinion qu'il avoil , comme tous les Italiens de la liberté que les femmes ont en fiance. (page 2â. Mémoires tle M. L. D. M. à Cologne, 12", 1676.)

Les originaux de la correspondance dont J'ai donné les extraits se trouvent en partie dans les archives des affaires étrangères , en partie dans les Fonds Baluze et Bélhune, arm. P. 2, 11. 1, 2, 8, du cabinet des manuscrits, de la Bibliothèque royale. Je ne sais à qui attribuer l'indiscrétion qui permit d'en prendre une copie, puis deux, et puis enfin un si grand nombre, qu'il n'y a pas aujourd'hui une collection de mss. qui n'en compte plusieurs (Bibl. royale , ancien Fonds 9 3 5 9 — Suppl. franc., 1208. — Fonds Saint-Germain, anc. n. 2055, nouv. îiio. — Fonds Dupuy, 863. — Bibl. de l'Arsenal, Lettres et Mémoires de Mans, le cardinal Mazarin au Roy, à la Reine. On a joint à celle copie quelques pièces et tous les portraits des personnages importants qui figurent dans les lettres , un volume ln-4° de ôoU pag. Hist. Franc., n. 196. Aux archives du ministère des affaires étrangères, on en possède trois copies. Ces renseignements suffisent.) Celte indiscrétion alla plus loin, puisqu'un 1690, en pleine royauté de Louis XIV, on osa publier cette suite de lettres qui étaient à l'honneur du Cardinal seul. Tant Il y a que les lettres des 10 , 12, 14, 16, 22 juillet, 28 août, ier septembre parurent en Hollande sous ce litre : Lettres du cardinal Mazarin, où l'on voit le secret de la négociation de la paix des Pircnnées, et la relation des conférences qiCil a eues pour ce sujet avec D. Louis de Haro, ministre d'Espagne , avec d'autres lettres très curieuses écrites au Roi et à la Reine, par le même Cardinal, pendant son voyage. A Amsterdam , 11° , André Pierrot , 1690, (à la Sphère.) Celle édition ne semble avoir été connue ni deM.Guérard, qui donne la date de 1693 pour la première, ni de M. Leber , qui ne cite que celle-là; je l'ai trouvée sur les quais.

Après avoir parlé des négociations pour la paix, l'éditeur ajoute avec beaucoup de sens : Mais selon moi , rien ne vaut les lettres qu'il écrit au Roi sur l'affection que S. M. témoignait en ce temps-là pour la nièce du Cardinal, mariée peu de temps après au connestable Colonna. Surtout la vingt-troisième lettre me paroit admirable. Jamais je n'eusse cru le Cardinal si honnête homme ! El de quelque politique qu'on le voudroil soupçonner dans cette affaire, je ne laisse pas d'admirer sa générosité ; car qu'on dise tout ce qu'on voudra, je crois qu'il était assez habile pour entreprendre cette ajjaii e s'il eût voulu, el assez puissant pour se maintenir et surmonter tous les obstacles qu'on lui aurait pu opposer.

Loin d'être arrêtée ou étouffée, cette publication eut assez de succès pour qu'on la réimpri-

mât en ibg3 et en i6g&. On ajouta a ce qui avait paru une seconde partie, qui contient les lettres des îû, 16, 23, 29 juillet, 5, 7, 10, 11, 15, 21, 22, 26, 29 août. — Cette seconde édition parut sous le même tilre que la précédente. (A Amsterdam, 12?, chez Henri Velstein, l(jg!i, en deux volumes.)

L'éditeur dont nous avons cité l'opinion dit dans la préface de cette seconde édition : M. Agi, ci-devant secrétaire d'une ambassade de S. M. Br. el fort galant homme, me fit sçavoir qu tin de ses amis avoil une copie de ces lettres , dont celles que j'avais imprimées ne faisoienl qu'environ le tiers. Il m'offrit de bonne grâce de me faire copier celles qui me mtniquoient, el le fit en effet, m'envuyant ensuite tout ce que je vous donne dans ce volume.

Cinquante ans plus tard, une' troisième édition fut donnée par l'abbé d'Allainval,sous ce titre : Lettres du cardinal Mazarin; nouvelle édition — Amsterdam, 120, Zacharic Chasielain , 1745 , en deux volumes, (V. l'article 30921 de Le Long, qui exige une rectification; M. Leber l'a remarqué, Cat. de sa bibliothèque, n. 5A96.)

On a publié dans le Bulletin de la Société de l'Histoire de France (n. 6, décembre, loin, 1, pag. 176) la lettre du Cardinal, du 28 août ; on la croyait inédite. M. Champollion Figeac a donné dans un des volumes de la Collection de documents inédits sur l'Histoire de Fi ance, intitulé Mélanges historiques , la lettre du 22 octobre (tom. H, pag. ligî.)

Comme je l'ai dit, la lettre à Madame de Venelle, du 18 août, est inédite; c'est la seule que je publie avec son orthographe.

Il est inutile de relever l'erreur de M. Capefigue, qui donne pour copie du mss. coté 9 385 3 Fonds Béthune , ce qu'il a pris dans l'imprimé, mol pour mot, et avec toutes les altérations. On rejettera dans les Mazarinades de la Fronde la pièce suivante: L'outrecuidance présomption du cardinal Mazarin dans le mariage de sa niepre, en 60 stances .(Paiis, h", sans daie. ) En ajoutant à la fin du titre : le Mariage de sa niepee (avec le boi), M. Leber méconnaissait l'âge de Louis XIV et il oubliait les longues discussions que souleva le mariage du duc de Mercœur au milieu des troubles de la Fronde. ( Cat. des Livres, n. Ù602, port, vin.)

(153) Après avoir été un secret, l'amour du Roi pour Marie Mancini était devenu le sujet de toules les conversations; Mazarin en avertit Louis XIV, et on en voit la preuve dans la correspondance du chargé des affaires de France à Rome, le Père Duneau. A son retour de Paris, le Pape lui accorde une audience, el voici comment il en rend compte au Cardinal : Il (le Pape) me demanda, parlant du Roy, s'il estoit chaste, et pourquoi il portait tant d'affection à une nièce de votre Eminenec. J'asseuray que le Roy esliit aussi/ chaste que lorsqu'il sortit du batesme, et que cette affection provenoit d'une sympathie d'hu-

228 LE PALAIS MAZAIUN. Note 155.

meurs, et de ce que cette fille avuit beaucoup d'esprit revenant au sien, qui est ce que nous appelons amor socialis (LeUre du 17 novembre iC5g. Archives des affaires étrangère1:, corresp. de Rome.)

Des conversations aux commérages, il n'y a pas loin; Guy Patin écrit à Falconnet, (22 juin 1660,) les nouvelles qu'il a recueillies dans ses visites : On parle ici dit retour du cardinal ilfazarin, et qu'il arrivera icy quinze jours avant le Roy, afin d'envoyer ses nièces quelque part, loin de Paris, d'où elles ne puissent jamais voir le Roi, ni être vues de lui. C'était, on en conviendra, prendre ses précautions un peu tard; aussi le Cardinal s'en préoccupa-t-il si peu, qu'on les lit descendre au Louvre; Loret nous le dit, et son témoignage est confirmé par les mémoires du temps. Je lis dans la Muse royale, du Ier février 1660 :

Jeudy, dans la maison du Roy,

Arrivèrent en bel arroy

Les trois pucelles triomphantes

Qui valent, vrayment, des infantes ;

Mesdemoiselles Mancini

Dont le mérite est infini :

A sçavoir l'Illustre Marie

Qui (sans aucune flalerie)

Fait voir un cœur placé des mieux

Et digne du destin des Dieux.

(154) Voir un arrêt du parlement, en date du 7 août 1623, et de nombreuses recherches faites déjà sur les embellissements de la ville de Paris, dans cette première moitié du dixseptième siècle. J'y ajouterai quatre vers de la gazette de Robinet, du 28 novembre 1666, sur l'introduction du balayage : Vos Pavés, grâce à la Police, Sont plus luisans qu'amande-lfcse ; Et le Rov, lorsqu'il vint ici, L'admira, comme nous aussi.

Scarron nous décrit les rues de Paris, en mars 1665; on jugera par son récit, du degré de sécurité qu'on y rencontrait:

Un carosse sortant du temple, Éclairé d'un laquais trottant, Un flambeau dans sa main portant, Un voleur du lacquais s'accroche ; Le cocher ayant dans sa poche Un pistolet, ou saisissant Celui de ce loup ravissant, Tout au travers de sa personne, Un grand coup de pistolet donne; Ainsi fut fraudé le gibet, Par ce beau coup de pistolet.

De ce carosse la maîtresse Ksi une charmante princesse Veufve de puis nombre de mois Du dernier du nom de Valois.

(8e épitre.)

(io5) La Muse Royale parle de l'hôtel de Monsieur La Vrillière :

Dans son Hostel, dis-je, qui s'ouvre A grande porte, comme un Lodvre.

(12 mars 1607.)

De ce moment , la grande porte d'entrée devint un ornement, et un thème pour les architectes. Quelques années plus tard (1698), ce luxe d'architecture étonnait Lister : Ail the houses of persons of distinction are buitt wilh port-cochères , thaï is , wide yates to alloiv of carriages being driven in ; there are consequenlly courts within the gales and generulïy remises, or coach houses , to proiect them from wealher. Of thèse gâte ways , there are estimaled to be more than seven hundred , were many of which have the pillars carved and formed after the mosl noble patterns of ancient architecture ( page 3o , édition de 1823.) J. Marot nous a conservé des vues de la porte de l'hostel de Bautru, de la porte de Monsieur Vanel; je ne cite que celles-là, et il publia un : Recueil de plusieurs portes. A Paris, chez l'auteur demeurant au fauxbourg St-Germain, en la rue Princesse. D'autres architectes-dessinateurs mirent au jour leurs inventions en ce genre. Le fécond Le Paultre n'y manqua pas, nous avons une suite desix planches intitulée: l'ortecorhère inuentée et grauèe par ./. Le Poire , architecte. Petit in-a°. ( Voir la note 623 ). C'est alors qu'on reconnut les hôtels, et qu'on les distingua des maisons. L'absence de numérotage laissa encore longtemps incertaines et vagues les adresses des habitants. Quand Patin veut indiquer au père du jeune Belin, l'adresse de son fils, il est obligé de remplacer un chiffre par ce long commentaire : // est logé avec une blanchisseuse , rue de la Harpe, chez un chapelier, à la Main Fleurie, à la troisième chambre, vis à-vis de la gibeeièce, bien près de l'arbulestre (Lettre à Belin, du 2U niai i653 ). Il serait facile de réunir d'autres exemples. Berlhod, clans sa Ville de Paris, en vers burlesques. Paris, lx", i65a , donne ainsi l'adresse d'une jeune fille à laquelle un niais fait écrire une épitre en vers, par un écrivain en plein vent :

Mademoiselle Loiiison, Demeurante chez Alizon, Justement au cinquième étage, Près du cabaret de la Cage, Dans une chambre à deux châssis, Proche Saine! Pierre des assis.

(Pageaû).

Un peu plus avant dans le cours de son récit, il demande à son interlocuteur où il demeure : N'est-ce pas pioche un paticier, Au bout de la coutellerie, Tout devant une hoslellcrie, Attenant un horologer.

(Page 92.)

Le commerce étant encore divisé en corporations où l'on se succédait dans les mêmes carrières de père en fils, on conçoit que les boutiques, avec leurs enseignes, devenaient des points de repères pour retrouver chaque maison dans chaque rue.

Aussi, bien anciennement déjà, ces enseignes étaient énutnérées avec soin, et connues gé-

Note 156.

néralement. Sauvai en cite sept parmi les plus burlesques, mais nous en avons une nomenclature assez étendue dans une sorte de jeu d'esprit qui fut publié sous ce litre : Cy sensuit un esbnlemenl du mariage des 1111 Fils Hemon, où les enseignes de plusieurs hostels de Paris sont nommés. ( Publié à /ta exemplaires par M. Veynant d'après l'original , dont quelques exemplaires se sont conservés et réimprimé par M. Jubinal , dans ses Mystères inédits du xve siècle, tome I, p. 309, d'après une copie insérée dans le manuscrit 56/ii, B. Latins de la bibliothèque royale. )

Il n'est pardonnable qu'aux distractions d'un romancier, ou aux nécessités de son sujet, de s'affranchir des entraves que lui imposent les faits. Dans le roman des itlousquetaires de M. Alexandre Dumas, c'est-à-dire sous Richelieu , toutes les maisons de Paris sont numérotées; en fait, elles ne le fuient qu'en 1787 et généralement, par mesure de police, seulement en i8o5. L'Almanqch dauphin, ou Tablettes royales du vrai mérite et d'indication générale des artistes célèbres pour l'année 1778, Paris, 8°, a encore recours aux anciens procédés pour indiquer les adresses, tandis que celui de 1787 emploie les numéros. Remarquons cependant que les soixante-huit maisons du pont Notre-Dame firent exception dès i5i2. Un citoyen de Metz, Philippe de Vigneulle, nous apprend dans ses mémoires qu'elles étaient numérotées : En celte année mil Ve et XII, fut achevis le pont Nostre-Dame de Paris, lequel avoit esté cheus et fondus en la rivier , comme j'enj dit devant en l'an mil lllh iiij^x et xiX. El fut ledit pont la plus belle pièce d'eicrc que je vis oncquesetje croys qu'il n'y ait point de pareille pont à monde, sy biaulx ne sy riche et y a sus le dit pont Ixviij maixons , et chacune maixon sa boutique ; lesquelles maixons avec les bouticques sont faicles sy très fort semblables et pareilles , tout en grandeur comme en lairgeur , qu'il n'y a rien a dire et a une chacune maixon une escriplure sur son huis, faite en or et en azur, là où est escripl le nombre de. ycelle maixon c'est assavoir en comptant une V» tij,jusques à Ixviij. (Annales archéologiques, tome III, juillet 18/1S. Voir aussi Corrozet, Antiquités de Paris. Paris, 16°, i532, i533 , i55o, i566 , les miniatures ainsi que les gravures du temps et un article, rempli de faits intéressants, inséré par M. Le Roux de Linc'y sons le titre de : Recherches historiques sur la chute et la reconstruction du pont Notre-Dame de Paris dans le tome II, série 2, page 3a, de la Bibliolh. de l'École des Chartes, année i8/i5.) On ne s'explique pas bien comment un moyen aussi si simple de se reconnaître dans une ville , a pu être employé dans une seule de ses rues ( le pont Notre- Dame était une véritable rue ) pendant deux siècles et demi, sans que l'idée soit venue de l'étendre à toutes les maisons. En i8o5 enfin, un décret fut rendu qui imposait le numérotage des maisons en le régularisant : Décret

relatif au numérotage des maisons de la ville de Paris rendu le 15 pluviôse an i3. (il février 1805.)

Art. 1er. // sera procédé dans le délai de trois mois, au numérotage des maisons de Paris.

Art. 9. Le numérotage sera exécuté à l'huile et pour la première fois , a la charge de la commune de Paris.

Art. 11. L'entretien du numérotage est à la charge des propriétaires.

( Voir les dispositions ingénieuses de ce décret dans la collection complète des Lois, décrets, etc. par J.-B. Du vergier. Paris, 8-, 1828 , tome 24, p. 293.)

En même temps qu'on s'avança vers les passants,ou comme madame de Beauvais(en 1606), qu'on en vint à mettre la façade de sa maison sur la rue même, on se sentit incommodé par le bruit. De ce moment date l'usage de répandre de la paille devant les maisons où reposait un malade. Le comte de Roncy, amant de la marquise de Richelieu , lui proposait bien sérieusement de faire mettre du fumier à sa porte, pour la garantir du bruit des cloches (St-Simon, t. VII, p. n3). Celte naïveté prouve l'usage de se défendre ainsi du bruit des voitures, et on en pourrait citer d'autres preuves plus anciennes.

(156) On ne trouverait pas, dans des milliers de mazarinades, dans les chansons les plus ordurières et les mémoires les moins bienveillants, une faiblesse à citer. Il est vrai qu'il est peint de couleurs violentes dans l'un des catalogues (car il y en a plusieurs) des Partisans , ensemble leurs généalogies, contre lesquels on peut et on doit agir, pour la contribution aux dépenses de la guerre présente; II0, 16/19, p. îli. On énumère ses biens : Outre les despenses immenses qu'il a faites, tant pour le jeu que pour les femmes, estant certain qu'il s'est trouvé telle nuict qu'il a perdu cent mille escus. Mais on ne cite pas un nom, on ne donne pas une preuve, et quant à la censure ecclésiastique de Rome la Sainte contre la vie dépravée de Jules Mazarin. Paris, 16/19, F. yoel, quanl à la Robe sanglante de Jules Hlazarin, ou les véritables Itécits des fourbes, des impostures et autres vices, par le sieur de Miraud, gentilhomme Cesilien. A Paris, 16/19, quant à la paranymphe mazarinique. Paris, U°, 1 05 1 , quant à mille autres pamphlets du temps, il n'est question que de sa conduite en Italie et en Espagne, et de ses crimes politiques.

Bloi, le chansonnier de la Fronde, pouvait bien répandre des invectives comme celles-ci : Le fichu sicilien Ne vaut rien, Il est boug.. comme un chien.

Elle en a, sur ma parolle,

Dans le eu, dans le eu, notre espagnole.

(Bibl. royale, Maurepas. Année 16Z18 tome XXII, f. 125.)

Il f... notre Régente Et lui prend ses escus, Et le bougre se vante Qu'il la f... en c. ; Il faut sonner le toxin,

Dredln din din, Pour prendre Mazarin.

(Bibl. royale, collection Maurepas, tome XXII, p. 201. )

Le Parlement en cette affaire A montré beaucoup de vertu, Mais seigneur Jules pour vous plaire Faudioit-il qu'il montrast le cul.

(Bibl. roy. coll. Maurepas, tome II , fol. 365.)

Les lettres personnes, après tant d'autres ouvrages, ont accueilli sans preuves une accusation de ce genre , que Mazarin devait à la réputation de ses compatriotes et à l'impossibilité où il avait mis ses ennemis de le calomnier autrement.

Mais dans le même temps, on faisait circuler des injures plus indignes encore contre Colbert , Le Tellier, Villeroy et les hommes dont on pouvait le inoins suspecter les mœurs. (Coll. Maurepas, tome I , f. 20g). Ces ordures ne prouvent rien; et si j'en ai donné un échantillon, c'était pour montrer l'état des esprits, qui permettait que de pareils auteurs trouvassent des lecteurs et un ministre d'état pour recueillir soigneusement leurs œuvres.

Je ne trouve rien de semblable dans les mémoires du temps, et on sait s'ils se gênaient pour aborder les sujets les plus scabreux ; ce silence donne la valeur des niais soupçons de la Porte et du propos impossible qu'il met dans la bouche de la reine. (Coll. Petitot, tome 59 , page Ztoo. ) Quand la vie d'un homme a traversé le tamis de la Fronde, on peut regarder l'épreuve comme suffisante. Je trouve cependant la trace d'une insinuation dans les agendas du Cardinal vers le commencement de 1 643. (N° 2,pag. 11 .) Il notait : Pubbli cano che io voglio guardie e sperano potermi far grand malecon l'invenlione délia galanleria. De quelle médisance s'agissait-il, je l'ignore. Quant à l'anecdote que Segrais rapporte, de ses amourettes avec une bouquetière qu'il voulait épouser à Alcala en Espagne, elle n'entre pas dans mon sujet où je n'ai aucun intérêt à rechercher ce qu'il peut être de tous les actes de sa jeunesse. (Segrais, œuvres, tome I , page i83 , édit. d'Amsterdam , 120 , 1723.)

Deux années plus tard en 16Z16, il écrit dans ces mêmes agenda cette observation toute morale : S. M. parli spesso contra li duelli , li giuramenli et impietà, perché ve n'è gran bisogno, lagioventù dandosi in preda al liberlinaqe , che si vede con scandalo universalc authorizzata dà piu grandi. ( N» 8, page 8.)

Quant aux sentiments qui découvrent la bonté de son cœur , si on les cherche dans les mémoires et libelles du temps, on court

grand risque de ne les pas rencontrer, m3is si on les demande à la correspondance privée du Cardinal , à ses agendas, à ses papiers, on verra avec quel égard il écrit à son père, avec quelle délicatesse il ramène à de bons sentiments son frère le Cardinal S. Cécile, avec quelle sollicitude il suit l'éducation de ses neveux et nièces, entre dans les moindres détails, s'informe de leur santé, se réjouit de leur bien être ou pleure leur perte.

Il avait arrêté avec le Cardinal Barberini le mariage de sa nièce avec le fils de la princesse Anne Colonne Barberini, il écrit à son père pour s'excuser d'avoir ainsi disposé des prérogatives du chef de la famille, puis il ajoute, qu'après avoir traité un sujet si doux, (di gusto e di sodisfatlione) il y en a un autre plein d'amertume et de déplaisir (e un ultra piena d'amarezza e di dispiacere), c'est la conduite politique de son frère, il lui demande de le ramener à la soumission et aux égards qu'il doit à la reine pour toutes les faveurs qu'il a reçues, à lui-même pour l'intérêt qu'il lui a porté. (Copie de la correspondance du Cardinal , année 1648, Bibl. roy., cab. des mss. non encore classés. Voir aussi les deux volumes du suppl. François, * " 3.)

(157) Il aurait fait quelques vers dans sa langue si naturellement poétique, et quel italien n'en a pas fait. Toutefois cette supposition repose sur le passage suivant tiré d'un discours touchant la vie de monsieur de Benserade, (placé en tête de la petite édition de ses œuvres, format in-120. Paris, 1698, chez Charles de Sercy) : Il était si fort à la mode que monsieur le cardinal Mazarin faisoit gloire de dire qu'il avoit fait en son jeune temps des vers italiens qui avaient beaucoup de conformité pour le goût à ceux de Bensserade, lequel en remercia son Eminence. Reste à savoir si l'auteur n'a pas imputé ce tort au Cardinal , pour donner cet avantage littéraire à son héros; ce qu'il y a de certain, c'est que jamais ses prétentions n'obscurcirent son jugement et ne dirigèrent ses encouragements.

Il en était bien autrement du cardinal de Richelieu, Voltaire, qui lui est d'ailleurs si favorable , fait une peinture sévère de son influence sur la littérature (siècle de Louis XIV), et il faut consulter à ce sujet les histoires du théâtre et de la littérature française au règne de Louis XIII et à la vie de Corneille.

Mazarin a fourni au sieur Dupleix des mémoires touchant la mort du cardinal de Richelieu et du roi Louis XIII ( Guy Patin, lettre à Ch. Spon , i!\ décembre 1643) , mais il n'a rien publié, et n'a rien destiné à une publication.

(158) Richelieu avait deux théâtres dans sa demeure, l'un donnant place à 600 personnes, l'autre pouvant en contenir trois mille ( Sauvai, tome II, page 161). C'est à l'ouverture de cette dernière salle que fut représentée Mirame, pièce qu'on attribuait au Cardinal et

Note 161.

LE PALAIS MAZARiN.

qui a été Imprimée sous ce litre : Vouverlwe de la grand' salle du théâtre du Palais Cardinal , Mirante tragi-comédie , dédiée au Roy. Paris, 16/11. Voir do curieux détails sur l'ordre des représentations et le personnel des spectateurs dans les mémoires de l'abbé de Marolles.

(159) Giacomo Torelli avait inventé les uns, Giovanni Batista Balbi était l'auteur des autres.

Loret parle en grand détail de toutes les nouvelles pièces, on lui réservait une place avec tout le soin et les attentions qu'on aurait aujourd'hui pour le rédacteur d'un feuilleton de grand journal :

Anne, cette reine admirable, Fut à mes yeux si favorable , Que par son ordre et par ses soins, Je fus un des heureux témoins.

Quelqu'un m'apporta de quoy vivre Bontemps me lit présent d'un livre, De la bougie on me dona , Personne ne m'importuna.

Je ne reproduirai pas ses longues descriptions, j'y renvoie, je rappellerai seulement qu'à la mort de Vouet qui occupait trois logements au Louvre, le Cardinal en fit donner un à Torelli. (Voir ses agenda mss.) Depuis Henri IV des logements étaient accordés aux artistes et même à des artisans dans la demeure royale. Nous en avons la liste pour plusieurs années etentreautres pour 1609 dans les lettres patentes données par le roy, portant privilèges donnez par sa Majesté à ses officiers et artisans logés dans sa grande gallerie du Louvre. Paris, 12°. La Carrière, i65Zi.

(160) Je citerai deux ou trois vers sur l'auteur et le machiniste du ballet de Pelée et Thetis représenté dans la salle du Petit-Bourbon, en avril i653. Hortense Mancini remplissait le rôle de la déesse de la musique, les acteurs venaient de Mantoue :

Comédie et balet ensemble Dont est Auteur le sieur Bouty De Rome expressément party.

Les Armides, ny les Mangis

Ne firent de si beaux logis

Que Torel, maître machiniste

En fit paroi ire à l'improvisie.

Cette représpiilalion a fait le sujet de deux publications,!0 Description particulière du grand ballet de Pelée et de Thetis avec les machines, changements de scènes , habits et tout ce qui a fait admettre ces merveilleuses représentai ions, dédiée à monseigneur le comte de Saint-Aignan% Paris, folio, i65û. Robert Ballard. Au bas d'un portique gravé d'une pointe assez lourde et au travers duquel on aperçoit une vue du Louvre finement touchée par Sylvestre, (le rayon du soleil qui se reflète de l'écussonde Fiance sur celui de Mazarinest une flatterie excusable, en tête d'une dédicace) on lit le

titre suivant en Italien et en français : 1° Scène e machine preparate aile nozze, etc., etc. -— •x" Décorations et machines aprestées aux nopces de Telis , ballet royal , représenté en la salle du Petit Bourbon par Jacques Torelli inventeur , dédiées à l'emminentissime prince cardinal Mazarin. — /■'. Francart. del. — Israël Siluestre fec. à Paris, i654.

Voiture adressa au Cardinal un sonnet sur la comédie des machines dont je citerai les trois derniers vers :

Quels honneurs te sont deus , grand et divin

[Prélat

Qui faii que désormais ta nt de faos changea nies Sont dessus le théâtre et non pas dans l'Esiat. (Œuvres, tome II, p. 112, édit. de 1729.)

Nous avons encore un placard imprimé < intitulé : A monseigneur le cardinal Mazarin sur les machines de la Comédie italienne. Sonnet :

Jule, nos curieux ne peuvent concevoir Les subits changements de la nouvelle scène.

Maynard.

A Paris de l'imprimerie d'Augustin Courbé. (Bibl. roy. Fonds de l'Orat. 126, (•■ 33.)

Il s'est conservé en outre une petite estampe datée de i6A5 qui représente deux arlequins, et porte au bas ces vers :

Icy cette Iroupe rieuse Prodigue les ris et les jeux , Et se fait voir aux curieux Charmante, boufonne et joyeuse.

C'est une allusion à la nouvelle troupe italienne du Cardinal.

Je vois dans les papiers de Colbert une lettre que la Signora Anna Bergerotii lui écrit le 15 août 1661 , après la mort du Cardinal et dans laquelle se trouve cetle phrase : Estant obligée de sortir du Palais Mazarin. Je ne sais si cetle signora est la chanteuse, dont la Muse historique comme la Muse royale et les leltres en vers, font un si grand éloge.

(161) Je ne veux pas faire l'histoire de l'Académie royale de Musique. Je me bornerai à quelques citations qu'on a négligées : le gazettier Loret écrit dans sa lettre du 10 mal 1659 :

J'allay l'autre jour dans Issy Village peu distant d'iey Pour ouyr chauler en musique

Une pastorale comique

L'auteur de cette pastorale

C'est monsieur Perrin qu'il se nomme Très sage et sçavant gentilhomme Et qui fait aussi bien des vers Qu'aucun autre de l'univers.

Cambert maître par excellence En la musicale science A fait l'ut, ré, mi, fa, sol, la, De cette rare pièce-là,

Dont les acteurs et les actrices Plairoientà des impératrices

Et surtout la Sarcamanan

Puis l'action élant tinie

La noble et grande compagnie

Se promena dans le jardin

Qui, sans mentir, n'est pas gredin.

(Muse hist., liv. X, pag. 69.)

La cour a passé dans Vinceiuo Cinq ou six jours de la semeine... .

A se promener et chasser Et voir mainte pièce comique Ella pastorale en musique Qui donna grand contentement.

(Muse hist., lettre du 3i mai i65g.)

Cette pièce, ou opéra français, est intitulée : la Florale d'Issy, première comédie française en musique représentée en France. M. Delahaye maitre d'hôtel d'Anne d'Autriche, était dans la domesticité du Cardinal. Cambertou Gamhert, organiste de Saint-Honoré , occupait la place de surintendant de la musique de la Reine-Mère. Perrin est auteur d'une traduction de l'Énéideen vers héroïques, d'une description de la grande Chartreuse de Grenoble et de plusieurs recueils de poésies. M. Viollet Le Duc a fait une note, un peu éeourtée, sur ce poète. {Catalogue de la Bibliothèque poétique, pag. 58o.)

Perrin écrivit à l'archevesque de Turin, après avoir obtenu son succès :

Monseigneur , nous avons fait représenter , il y a quelques jours , notre petite pastorale en musique. File a été représentée huit ou dix fois à la campagne , au village d'Issy , dans la belle maison de M. Delahaye. — Celte réputation (son succès) donna la curiosité A Leurs Majestés de l'entendre. En effet, sur leur demande, elle fut représentée pour la dernière fois à Vincennes, où elles étaient alors, en leur présence, en celle de Son Eminence et de toute la cour, où elle eut une approbation pareille et inespérée, particulièrement de Son Eminence, qui se confessa surpris de son succès et témoigna à M. Combert être dans le dessein d'entreprendre avec lui de pareilles pièces ; ce qui m'a excité d'en faire une seconde pour lui donner, au cas que cette pensée lui dure. Son sujet est le mariage de Barchns arec Ariane, et la pièce s' appelé de leur nom : Ariane, ou le Mariage de Bacchus.

On attribue à un secrétaire de Lully une Histoire de V Académie royale de Musique, qui existait en mss. dans la bibliothèque dramatique de M. Taylor, et dont le Constitutionnel a enrichi sa Bibliothèque choisie. Elle commence ainsi : Le spectacle dont nous annonçons l'histoire doit , en quelque, façon , son origine au cardinal Mazarin. Ce début est juste, saufl'f» quelque façon. Si le Cardinal n'avait pas autorisé et probablement encouragé Delahaye à ouvrir chez lui un opéra français, Perrin et Camhert n'auraient point eu ce premier théâtre d'amateur; si le Cardinal n'avait pas produit dans le château de Vin-

MAZAIUN. Note 161.

cennes , devant le Roy et toute la cour , cette innovation musicale , elle serait longtemps restée dans l'obscurité et sous le coup des privilèges acquis par les autres théâtres, très jaloux de leurs droits; enfin si le Cardinal n'avait pas assuré Perrin de sa protection , ne l'avait pas encourâgé à persévérer, il n'aurait pas trouvé à s'associer le marquis de Sourdiac, à monter une nouvelle pièce dans la salle de l'hôtel de Nevers et n'aurait pu parvenir à se mettre en mesure d'obtenir un privilège. Malheureusement, le 9 mars 1661, le Cardinal meurt, et malgré les succès obtenus, malgré les encouragements donnés , 1rs associés luttèrent pendant huit ans pour avoir le privilège qui leur avait été promis par le Cardinal et leur était assuré sous son administration. L'es Letire\pnlentes pour établir par tout le royaume des Académies d'opéra, ou représentation en musique en langue française sont du 28 juin 1669. Le docteur Martin Lister s'étonnait, en 1698, du bruit qu'on faisait à l'opéra. Les détails qui suivent ne prouvent pas en faveur du goût musical des Parisiens en 1698 , tout au moins, To us strangers it w/is a very troublesome circurnstance , that the performances ivcre so much dislurbed bg the volunlary sonqs ofpiicntc individuals. Il really seemed that the spectators were as much ac.lois as the persans who were employed upon the stage. Le célèbre poète Mathieu Prior, qui fut à plusieurs reprises ministre résident à Paris, se trouvait a cette époque, un soir, à l'Opéra , à côté d'un Français qui chantait aussi haut que les acteurs. Pour faire cesser ce bruit, il imagina de siffler un très bon ténor; son voisin se récria contre cette injustice. Prior répondit : Je le siffle parce qu'il fait tant de bruit, qu'il m'empêche de vous entendre. La morale n'était pas beaucoup plus respectée à l'Opéra, que le chant des acteurs. Je renvoie à un détail bien singulier qu'on trouvera dans les Anecdotes secrettes cl plaisantes recueillies par Monsieur de G***. A Bruxelles, 12°, 1696. Chapitre de l'Opéra. La sévérité du public témoigne du relâchement de mœurs.

Les théâtres de Tabarin, près du Palais-de- Justice, de l'hôte) de Bourgogne, rue Mauconseil, et du Marais, rue de la Poterie, dans l'hôtel d'Argent, près de la rue de la Verrerie, et plus tard, rue Vieille-du-Temple, dans un jeu de paume, étaient de véritables tréteaux de la foire sur lesquels desacteurs masqués tenaient d'impertinents discours, que le public leur rendait avec usure. (Voir les Pensées facétieuses— de Bruscambille. Cologne, 8°, 1731. L'histoire du théâtre des frères Parfait, et les recherches de MM. Magnin, Leroy, P. Lucas.) Des ordonnances et des arrêts furent rendus sur les plaintes réitérées des habitants de ces quartiers contre l'indécence du jeu des acteurs et la turbulence de leur public. Le grand théâtre du Palais-Royal, construit en 1635 et consacré parles talents de fiotrou et de Pierre Corneille ; c'est là le véritable théâtre français. L'opéra italien et l'opéra

LE PALAIS MAZAR1N.

Note 164.

français de l'abbé Perrin, c'est là l'Académie royaie de .Musique. Remonter plus haut appartient à celte recherche des origines, qui ne dédaigne aucun filon dans l'exploitation de sa mine, aucun ruisseau, même le plus fangeux, pour atteindre à la source, au point de départ.

Les libellistcs de la Fronde n'avaient pas oublié, dés 1G/19, de s'emparer de cette protection généreusement accordée au théâtre. On peut voir des traits satyriques dans plusieurs pièces, je n'ai à nia portée que celle-ci : Sujet de la Farce représentée par Afazarin, ses deux nièces et les partisans. Paner dans la place de Saincl-Germain-en-Laye. A Paris, II", 16/19, chez Claude Morlot. L'auteur suppose que le Cardinal : Parce que la rigueur de l'hiver ne lui/ a pas permis, à cause des grandes neiges, de pouvoir aller à la chasse, l'envie le prit de faire une Farce pour se divertir: il s'habilla en vendeur de baulme et pria ses niepees de faire les personnages des danseuses de corde, et les partisans de contrefaire les arracheurs de dents. C'est là le plus spirituel.

Je passe du théâtre au couvent des Théatins du quai Malacquest. Qu'on ne se trompe pas, ce n'est pas une allusion déplacée , mais une. simple associalion de citations; en effet, au milieu des injures lancées contre le Cardinal, on lit :

Adieu l'oncle aux Mazarinettes

Adieu père aux niarionettes.

On ne comprendrait pas ce dernier vers, si l'on ne savait (pie les moines théatins, ainsi appelés de leur fondateur, P. Caraffe, archevêque de Théate, avaient apporté en France l'habitude italienne d'accompagner leurs sermons de l'exposition et du jeu de figurines , qui devaient rendre plus sensibles leurs menaces, leurs descriptions ou leurs arguments. Attirés en France par le Cardinal , protégés par lui (Loret, Muse hist., liv. VII, pag. 202), ils étaient par cela seul assez coupables, ils le furent encore davantage en lui restant fidèles; on les enveloppa dans les mêmes préventions. (Voir plusieurs pièces dans la collection des Mazarinades, et entre autres : Lettre envoyée à nom Francisco. Maria drl Monacho, sy ci lien, supérieur des Théatins, prédicateur et confesseur du cardinal Mazarini, A Paris, ir, 16/19, avec Permission, chez Pierre du Pont.) Mazarin leur légua 300,000 livres pour terminer le portail de leur église. (Voir son testament. ) Ce couvent conserva ou plutôt développa ses habitudes théâtrales. On se rappelle que La Bruyère fait allusion, en 169/1, à leurs messes en musique, alors à la mode : Quoi, parce qu'on ne danse pas encore aux M"*, me forcera-t-on d'appeler tout ce spectacle office d'église. (Caract. de quelques usages, g 18.) La collection Maurepas de la Bibliothèque royale a recueilli une chanson ordurière sur ces moines :

Allons voiries machines

Des Pères Théatins.

(Tom. r, pag. 217.)

Pour la situation de leur couvent , sa construction et sa démolition, voir le Dictionnaire des Bues de Paris, de MM. Lazare, au mot Voltaire, Ce qu'ils en disent suffit.

(162) Le Cardinal laissait le jeune Roi prendre ses distractions à tous les spectacles, et- le suivait partout :

Noslre Monarque et l'Eminence Ont honoré de leur présence Les danseurs de corde.

(Scarron, 7e ép., p. 56,2 mars 1 655.)

A la foire, en 1655, la courvit Searamouche et le combla de gratifications; le Hoi, le Cardinal, ses nièces et les personnes de la cour lui font des présents; Scarron les énumère. (Epitrc VIII, pag. 5g.)

Peu de temps avant sa mort, le Cardinal lit jouer Molière et sa troupe devant lui, dans le château de Vincennes. Il donna mille écusde gratification au grand poète comique, qui était en même temps un grand acteur. Voir ce fait cité par Loret, à la date du 3o octobre 1660.

(165) Dans lasalle du Petit-Bourbon etsous la protection du prince de Conti, la troupe de Molière conquit son droit de cité par la vogue acquise à la comédie des Précieuses. Parmi tant d'autorités qui attestent son succès, je citerai la moins importante, mais la plus naïve. Loret déclare qu'il ne regrette pas son argent: Dans l'hôtel du Petit-Bourbon

Pour moy j'y portay trente sous Mais oyant leurs fines paroles J'en ry pour plus de dix pistoles.

(Muse hist., liv. X, pag. 192.) C'est à Marie de Mancini que Somaîse dédia sa médiocre traduction en vers de la pièce de Molière, les Précieuses Ridicules. (Paris, 12", 1660.) Il faut trouver la trace du Cardinal partout.

(164) Tout le dix-septième siècle a eu la passion du jeu jusqu'à la fureur ; les femmes comme on pense bien furent les moins raisonnables (Tailemant, VII, î/toJ.Dansla deuxième moitié de ce siècle, Mmc Deshoulières composait sur le jeu une pièce de vers qu'on pourrait citer tout entière :

Les plaisirs sont amers, sitôt qu'on en abuse :

Il est bon déjouer un peu, Mais il faut seulement que le jeu nous amuse.

Elle termine par une moralité qui n'était pas sans à-propos et qu'on rappelle proverbialement :

On commence par être dupe

On finit par être fripon.

En effet, Tailemant, dans toutes ses historiettes, parle de l'adresse au jeu, et d'une adresse déloyale, comme d'unechose tellement commune, qu'il n'y a pas lieu de s'en étonner: Beaulieu Picart pipait aussi bien qu'homme de France. Son ainé avait un maître à piper ,

et tous les grands joueurs s'en escriment. Ils disent que c'est pour s'empêcher d'être trompés. (Tom. VI, pag. 196.) Souscarrière, le marquis de Montbrun était pipenr . Mongeorge s'aperçut qu'il avait escamoté une prime, il le traita de fripon et (le. filou. ( Tallemant, ton). VII, pair. 107. Voir aussi pag. 99. ) Le chevalier de Brienne, fils du ministre, et luimême quelque temps secrétaire d'Etat, fut convaincu d'avoir trompé et volé au jeu. Il quitta le monde et se retira à l'Oratoire. On lit dans une lettre de Chapelain , du 29 avril i604 : Ce ne seroit qu'un mal supportable d'avoir perdu sa charge, s'il avoit conservé sa réputation et que sa chute n'eût pas été à litre de pipruret de fourbe. L'abbé de Gessac, frère du comte de Clermont-Lodève, qui devint colonel d'un régiment de cavalerie, après avoir quitté la robe ecclésiastique, gagna d'une manière peu honorable beaucoup d'argent au banquier d'Hervart, et le comte de Grammont trouvait tout simple et même assez flatteur que Hamilton fît part au public de ses prouesses en ce genre. (Mémoires, chap. I.) Ces traditions se perpétuèrent bien au-delà du temps dont nous parlons ici. La duchesse de La Fertê (à la fin du dix-septième siècle) réunissoit chez elle ses fournisseurs, bouchers, boulangers, etc., les metloit autour d'une grande table et jouoit avec eux une espèce de lansquenet. Elle me disoit à l'oreille : Je les triche, mais c'est qu'ils me volent. ( Mém. de Mademoist-lle de Launay, devenue plus tard Madame de Slaal. Pag. 69, Paris, 120, Didot, 18/16.)

Les pertes, on le pense bien, furent souvent énormes. Gourville, en une demi-heure, allégea de 55,ooo livres la bourse de Fouquet. M. de Créqui perd 100,000 écus en une soirée et ne paie que la moitiéde cette somme. (Tallemant, tom. I, pag. 1 0 1 . ) Le maréchal d'Eslrée, qui était fort emporté au jeu, perdit un soir chez lui 100,000 livres; il fit éteindre une chandelle et cria fort contre les dissipations de son sommeiller. (Tallemant, tom. II, pag. 55.) Monsieur perdit 100,000 écus contre Dangeau et Langlée; il vendit pour s'acquitter sa vaisselle d'or, son balustre d'argent et ses pierreries (Suppl. de Bussy, part. II, pag. 18.) Enfin le lîoi gagna, étant au lit, en une courte soirée, 2,700 pistoles (Loret, 15 mars 1653), et nous savons qu'en 1660 nu abbé de Cordes, qui n'a pas d'autre célébrité que ce malheur, perdit avec lui 100,000 liv. Mais à quoi bon ces preuves. L'amour du jeu prouvé, les malheurs dont il est cause en sont la conséquence naturelle.

Les jeux étaient si bien à la mode chez les grands et à la cour, qu'on trouva pendant la Fronde que c'était un sujet commode pour faire entrer dans un pamphlet les allusions les plus méchantes et souvent les moins réservées. Le Triquetrac de la cour.

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