LA MAISON DE MADAME DE BEAUUA1S
Princesse qui d'un petit Louvre Où, sans mentir, l'on découvre Des richesses et des bcauléz Comme au Louv re des Majesléz.
Princesse donc, qui de ce lieu
Propre à loger un demi-Dieu,
Veistes, toul-a-fait, a vostre aise.
Le grand triomphe de Téreze,
Daignez s'il vous plaist voir ici
Ce que, par un juste souci,
Je vais en dégoiser en mètre.
Je suis obligé de renvoyer à cette pièce, assez rare, pour la longue description qu'il fait de cette grande cérémonie. Il termine par cette apostille :
De ce palais dont j'ay parlé
Par maint autre, à peine, égalé
En structure et magnificence,
La Reyne mère et l'Etninence
Virent ce triomphe pompeux
Qui couronnoit si bien leurs vœux.
Il adresse ensuite un compliment à chacune des nobles invitées, à la duchesse de Chaslillon, aux yeux fort doux , a la duchesse de Clievreuse qui jadis les cœurs enchantait, à la comtesse de Noailles,. dame d'atours de la Reyne mère, plu» charmante que n'est le jour.
La chère, illec, fut nompareille,
Et chacun si bien y disna,
Que très aise on s'en retourna Rendant grâce cent fois à la très digne hostesse, Qui récent ce beau monde avec sa politesse.
(l'ag. !■)
Le sieur Parent, autre poète, fit paraître, en 1662, une description en vers de l'entrée
MAZAR1N. 279
des époux royaux. On lit en marge de la page 59 : le Roy salue la Reyne-mère , la Reyne d'Angleterre, etc., deuanl l'hostel de Reauuais :
Mais parlons de Son Eminence, C'est luy qui fait cette despense, Vrayment cela seroit fort beau S'il n'avoyt un coup de chapeau En passant dessous sa feneslre.
( Pag. 61.)
(259) Lettres de Madame de Maintenon à diverses personnes. (A Amsterdam, 12°, 1757, tom. I, p. 26.)
(260) Loret, dès le mois de juillet, donnait presque chaque semaine le bulletin de la santé du Cardinal, et annonçait le danger où il était.
(261) Jusqu'à la fin de sa vie il dirigea les affaires, et toute la correspondance était mise sous ses yeux par Colbert; je n'en veux rien citer que cette lettre de M. Lamotte Houdancourt, parce qu'à celte époque ce bon père ignorait sans doute le danger auquel il allait exposer sa fille. Il est vrai qu'au degré d'immoralité intéressée où la société d'alors était tombée, c'était peut être un motif, loin d'être un obstacle : Monsieur, le jtoij m'ayanl dit qu'il vous avoil commandé d'expédier le brevet, pour ma fille, de fille d'honneur de la Reyne , c'est ce qui m'oblige de vous faire ces lignes, pour vous supplier très humblement de le faire, monsieur; vous pouvez assurer Son Eminence, auquel je souhaite une santé parfaite, qu'elle aura portant, où elle sera, une fidèle servante, etc., etc.
Fait à Paris, ce 11 février 16G1,
Lamotte Uoudancourt.
Il faut demander à Bussy Rabutin (Histoire amoureuse des Gaules), à Brienne, à Madame de Motleville, aux chansons mss. et aux autres mémoires du temps, les détails assez plaisants de l'intrigue de celte fidèle servante.
(262) Je renvoie aux Mémoires de Brienne pour quelques anecdotes assez suspectes, dont le pauvre réclus chargeait son récit pour égayer sa prison. La Reine-mère, riant sur l'agonie du Cardinal, peut donner le degré de confiance qu'il est bon d'accorder à des détails dont les autres mémoires du temps ne garantissent pas l'exactitude. En lisant ces pauvretés, on excuse plus facilement ceux qui tenaient l'auteur sous clef (Mémoires, tom. II , pag. 126).
(265) Danssa gazette du 11 septembre 1660, Loret décrit la fête donnée par le Cardinal dans son palais, le jeudi 9 du même mois : Monseigneur l'Eminentissime, Notre ministre illustrissime.
Traita, jeudy, dans son palais, Qui vaut tout seul trois fois Calais, Diverses bouches d'importance, La plus part du beau sang de France.
MAZAKIN
Note 263.
Premièrement, fut en ce lieu Le Roy, notre visible Dieu; Monsieur, son très aimable frère La Reyne, avec la Reyne-nière, Dont la bonté, dont la beauté, La douceur et la majesté, Et mille autres vertus royales, Les font estimer sans égales, La Reyne d'Angleterre, aussy, Et sa fille, son cher soucy, Princesse, blanche comme albâtre, Dont un beau prince est idolâtre.
Messieurs le prince et duc d'Enguien, Dont on dit partout bien du bien, Carignan la noble princesse Sa bru. Madame la Comtesse, Et sa fille semblablement (P,,e de Bade) Epouse d'un prince allemand, Prince allemand que l'on peut dire Un des gros marquis de l'Empire, Les dames d'honneur etd'atour Des deux Reynes de notre cour, Sçavoir l'illustre de Navailles, Sçavoir la belle de Noiiailles Madame de Fiers mesmement Dame de grand entendement Et la très aimable Betune Qui, des sages du temps, est l'une Dame digne du siècle d'or.
De plus, on y voyait, encor, Les nièces de Son Eminence Trois filles de rare excellence, Dont de deux on feroit, fort bien, Deux princesses en moins de rien.
Mais la tierce moins accomplie Quoy que visiblement remplie De mille attraits doux et plaisans Peut encore attendre deux ans.
Avec cette bande royale Conviée à ce grand régale.
Fut aussi la communauté Des filles de Sa Majesté, De Sa Majesté, Reyne-mère, Communauté toujours bien chère Aux honnêtes gens de la cour, Chenteraud, Bonœil, Argencour Fouillons, Gourdon et Meneville, Qui d'agrémens ont plus de mille.
Je vis encore, au lieu susdit, Divers gens de grand crédit, Des seigneurs, maréchaux et princes Ducs et gouverneurs de provinces Très admirablement parés Et des mieux brodés et dorés :
Je ne sçay pas s'ils y mangèrent.
Mais ouy bien qu'ils se promenèrent Dans les pompeux appartenons De ce palais des pluscharmans.
Qui des choses les plus exquises En de semblables lieux requises Est aussi richement pourvû Que palais qu'on ait jamais vit :
Mais, surtout, la Bibliothèque Contenant maint œuvre à la grecque Et des rangs de livres nombreux Persans, latins, chinois, hébreux.
Turcs, anglois, allemands, cosaques, Hurons, iroquois, syriaques, Bref tant de volumes divers D'autheurs, tant en prose, qu'en vers Qu'on peut sans passer pour profane.
Alléguer que la Vaticane, N'a point tant de livres de prix N'y tant de rares manuscrits.
Mais, ce qui de gloire me pique, Je vis noire Musc historique En maroquin assez mignon, Paraître illec en rang d'oignon Ayant degré, place, ou séance, Tout comme l'histoire de France, Près de Comines et Froissard, Mais assez loin du grand Ronsard.
Enfin cette feste fut belle La joie y fut universelle : Les tons et fredons plus qu'humains De quinze ou vingt chantres romains Y firent une mélodie Généralement aplaudie; Et les vingt-quatre violons Durant qu'on mangeoit des melons, Des pâtés, des tourtes, des bisques, Des plats de fruits, en obélisques, Des masse-pains, des citrons doux, Bref, toutes sortes de ragous, Tous les assistans délectèrent Par mille beaux airs qu'ils jouèrent.
Mais ce ne seroit jamais fait Si j'allais parler du bufet Brillant d'or et d'argenterie, Et mesmement, de pierrerie, Mes doigts me servans de jetons (Sans dire, icy, de vains dictons, Remplis d'hyperboliques frases) J'y comptai bien cinquante vases Et de riches bassins autant, Le tout d'un vermeil éclatant, Ornés de rares ciselures, Et de tant de belles gravures Que je pensay, sans fiction En pâmer d'admiration.
Quand la cotation fut faite, C'est à dire avant la retraite, Ecouler et voir on alla, La Comedia Spagnolla Qui dans un grand lieu de lumière Diverti I , selon leur manière.
Mais pour abréger ce discours Qui n'est pas déjà des plus courts, Sans mentir la maison royale Le plus fort dans la cardinale ; On vid de l'un à l'autre bout Tant d'ordre et de splendeur partout Que chacun, selon sa science, Magnifia Son Eminence, Comme ayani tous les beaux talens De divers hommes excellens Et mesme, je me remémore Que quelques uns disoient encore Qu'il falloit que son intendant (Colbert, Fut bien capable et bien prudent, Et tous ses autres domestiques 'Tant les jeunes que les antiques)
Note 265.
Bien pleins d'esprit et de raizon, De servir dans cette maison Avec tant d'ordre et de sagesse Et mesme tant de politesse.
(11 septembre 1OO0.)
Cette longue citation m'évite la peine de copier la description que donna de son côté la Muse Royale, quelques jours plus tard. Je ne transcrirai que ce qui regarde particulièrement l'auteur qui , après avoir parlé de grâces et d'appas, s'écrie :
Qu'il en parut chez le grand Jule Le jour que surpassant Luculle, Il régala dans son palais D'un si grand nombre de bons mets Toutes les Majestés du Louvre.
C'était le vray banquet des Dieux :
De le croire il estoit facile, Voyant, d'ailleurs, du domicile, Les superbes appartemens lit les riches ameublemens, Tels qu'il sembloit, en conscience, Que ce palais de I'Eminence Où l'on voit, aussi, des autels, Estoit celui des immortels.
Toute cette royale troupe Qui traîne la fortune en croupe Et qui fait la figue au destin, Avant ce somptueux festin, Visita la Bibliothèque Où sont, outre la langue gréque Tous les idiomes divers Qui se parlent dans l'univers, En un nombre infini de livres Valans des milions de livres, Bien curieux et bien sçauans Tant d'illustres morts, que vivans, Disposés en un fort bel ordre, Ordre, où certes, l'on ne peut mordre .|Psicm Par* homme très intelligent
de îa Piiiterie. Et mêmement très diligent
A rassembler là les volumes Seulement des capables plumes :
Car là, les ignares, vraiment, N'ont place, ny rang nullement.
Vous m'objecterez, ma muzette, Qu'un laid singe de la gazette, En maro-roquin bien relié, Y parét comme autheur trié :
Ma foy, l'objection est bonne, Il entre quelqu'asne en Sorbonne, Et l'on void, par fois, à la Cour, De belles gens, le vray séjour, Entrer marmousets, marmouzettes, En un mot des marionettes ; Mais, par amis, certainement, Ou pour le divertissement.
(La Musc royale, du 20 septembre 1660.) Je croyais que cette fête avait été la dernière de celles qui animèrent le palais Mazarin du vivant du Cardinal; j'oubliais que 1" mariage d'Hortense Mancini donna lieu à une brillante réunion. La gazette de Renaudot, source de renseignements dont on fait trop
peu d'usage, en rend compte en dépit de sa gravité ordinaire :
« Le 28 (mars), le con tract de mariage entre Armand-Charles de la Porte, grand-maitre de l'artillerie, et Hortance de Mancini, nièce de Son Eminence, ayant esté signé par Leurs Majestés, au chasteau de Vincennes, dans la chambre de Son Eminence, la cérémonie des fiançailles se fit par le trésorier de la Sainte-Chapelle duditlieu, en présence de toute la Cour; et le lendemain, celle des épousailles, en la chapelle du palais Mazarin, par le sieur Ondédei, éveque de Fréjus, en présence du duc de Mercœur, du comte et de la comtesse de Soissons, du sieur de Mancini, des deux autres nièces de Son Eminence (Marie et Marianne), et de quantité de seigneurs et dames. Toute la compagnie fut ensuite magnifiquement traitée à diner, clans le même palais : où le Roi fit l'honneur aux mariés, de venir souper avec eux, accompagné du prince de Coudé et du duc d'Enguyen, et Monsieur et toute la Cour les visita le lendemain ; mais la joye de cette solennité ne laissa pas de se trouver fort imparfaite, par l'indisposition de Son Eminence, laquelle s'estant augmentée, lorsque l'on esperoit sa guérison, le 3 de ce mois, les prières de Quarantc-Heures furent exposées dans l'église Nostrc-Dame; et le lendemain, dans toutes les autres de celte ville, pour demander à Dieu une santé qui nous est si importante. (5 mars 1661.)
(264) On lit dans l'interrogatoire de Fouquel, du vendredi 10 mars 1G62 : Les intentions dudit répondant (FouquetJ, suivant les ordres dudit sieur Cardinal, estaient de travailler à former le dessein d'une grande compagnie de commerce dans le royaume, après que les affaires auraient este rétablies par la paix, pour osier aux facteurs des étrangers, les grands profits qu'ils ont fait pendant la guerre, au préjudice des sujets du Roi, etc. , etc. » (Tome XIII, p. 62 et p. nfl.) Tout ce procès contient plusieurs indications qui concourent à fortifier la même pensée; la Compagnie des Indes établie en 1GG4 , et dans laquelle le duc Mazarin plaça de l'argent, fut une mise à exécution partielle de ce projet, Voir : Relation de l'établissement de la Compagnie Françoise. Paris, h", 16GG, Seb. Cramoisy. L'entreprise n'eut aucun succès.
(265) Loret le gazettier qui n'inventait jamais rien et n'était que l'écho rimé de l'opinion publique, disait vrai dans ces quelques vers :
J'ai l'ame atendrie et chagrine, Pour l'Eminence Mazarine Dont, de plusieurs maux, la fierté Blesse l'importante santé.
Ce grand homme qui, pour la France, Est si rempli de bienveillance, Conçoit encore dans son sein Main glorieux et beau dessein Pour notre commun avantage ; Car la paix et le mariage,
Pour lesquels sou grand jugement
A travaille si sagement,
Y réussissant à merveille,
Ne sont pas la lin de ses veilles ;
Ses soins nous promettent encor
De rétablir le siècle d'or,
Par des règlements salutaires
Et par cent ordres nécessaires,
Pour la gloire du potentat,
Pour la sûreté de l'État,
Et pour en bannir l'indigence,
L'oppression et l'indigence.
(3i juillet 1660.) La paix rendait possibles les grandes améliorations qu'on dut plus tard à Colbert, etdont cet administrateur avait puisé l'idée dansles encouragements et l'accueil facile que toutes les nouvelles inventions trouvaient chez le Cardinal. De son vivant, les petites innovations suivaient les grandes. C'est ainsi que la ville vit paraître presque en même temps des carrosses pour les fortunes moyennes, des flambeaux à chaque demande, et la petite poste pour toutes les lettres. Lorct , dans le numéro de sa gazette, du 16 août 1653 , a décrit minutieusement l'établissement de ce dernier service :
On va bientôt mettre en pratique, Pour la commodité publique, Un certain établissement (Mais c'est pour Paris seulement) De boetes nombreuses et drues, Aux petites et grandes rues, Où, par soy même ou son laquais, On pourra porter des paquets, Et dedans, à toute heure mettre Avis, billet, missive ou lettre.
Et si l'on veut savoir combien Coûtera le port d'une lettre, Chose qu'il ne faut pas obmettre, Afin que nul n'y soit trompé, Ce ne sera qu'un sou tapé.
Si la petite poste activait, à Paris, le mouvement de la correspondance, la grande poste était si lente, qu'on évitait l'ordinaire, toutes les fois qu'une nouvelle était préssée. Alors des courriers particuliers allaient, à franc étrier, aux frais des correspondants. Les lettres de madame de Sévigné reproduisent , sur tous les tons , les plaintes que s'attirait de son temps la grande poste.
(2GG) En 1644, Vautier était le médecin ordinaire du Cardinal; Guy Patin ne fait pas son éloge et il ajoute : ce n'est pas un grand ras d'aroir guéri une double tierce assez légère en un homme fort, te! qu'est M. le Cardinal qui est de. bonne taille et de bon âge. (Lettre à Ch. Spon,6 décembre 1644.)
Dès 1056, Guénaud était le médecin du Cardinal; dans une des lettres a Colbert (dans les papiers inédits de ce ministre, à la bibliothèque royale), nous voyons que de concert avec Vallol , il soignait les jeunes demoiselles Mancini. Lorsque Coudé tomba malade a Bruxelles (1058), par une délicate attention,
Mazarin. Note 266.
Mazarin lui envoya de Paris un médecin; c'était Guénaud (Guy Patin dit a tort qu'il fut demandé par M. le Prince. A Belin, 6 décembre iG57), et c'est le même que Boileau a rendu célèbre par ce vers :
Guénaud sur sou cheval, on passant, m'éclabousse. Guy Patin qui avait d'ardentes préventions, en parle souvent dans sa correspondance, et le traite fort mal : La fille de Guénaud est morte en couches ; son bourreau de père est si méchant, qu'en cette dernière maladie, elle a, par ses ordres, pris six fois du vin cinétique. Je pense que cet homme est enragé ou qu'il a le diable au corps (25 novembre i055). C'est à titre de partisan de l'émétique, qu'il a été si fortement attaqué par Guy Patin et les autres médecins opposés à l'emploi de ce remède, c'est à titre de médecin du Cardinal qu'il s'est trouvé exposé aux épigrammes. On a mis dans leFuretiriana cette anecdote:«M.Guenot, médecin, passant un jour sur le Pont au Change y renconlra un embarras qui l'empcschoit de passer, un chartier dit à un de ses camarades : — Laisse passer ce médecin, je le comtois bien, c'est celui qui nous a fait la grâce de tuer le Cardinal.» (Page 216.)
On écrit son nom de différentes manières, nous en avons cité deux : Mazarin écrivait Queneau, et on lit sur un portrait gravé par Nanteutl : F. Guenavll antiqvior facvl. medi. pari, magister et primarivs reginœ medievs. A gauche : K. Nanteuil ad viuum pinqe. et sculpcbal 1O64. Celle orthographe a été suivie par Scarron , dans sa seconde légende de Bourbon :
Là Guenault, des bains d'Esculape,
Donnoit à chacun ses avis.
Guy Patin qui, dès le mois d'août 1G60, avait annoncé fort catégoriquement la mort prochaine du Cardinal, parle de la consultation qui eut lieu, et range les médecins en amis et ennemis, en partisans et adversaires. C'était sa manière et l'allure de son caractère : Des neuf consultons, il y en avait six des nôtres, Guénaut, des rongerais ; 6 les bonnes bêtes! Seguin, Broyer, liainssanl et Maurin : les trois autres éloient Valot, Esprit et Vezon ami de Valot, au lieu de Daquin qui est en Angleterre avec la Reine (lettre à Falconet, 25 janvier 1O60). On sait que le Irait caractéristique des amis et des ennemis, était l'emploi que les uns faisaient de l'émétique, et (pie les autres repoussaient :
Vous sçaurez qu'en la médecine, Aujourd'hui, certaine doctrine Travestît beaucoup de docteurs En autant de gladiateurs, Et que l'antimoine est l'Hélène Qui met ces messieurs hors d'halène.
(La Musehéroicomique, 23 nov. 1655.)
Carneau, le meilleur poète du temps parmi les médecins, et le meilleur médecin parmi les poètes, deux supériorités qui ne lui valent pas du talent dans les deux cas, écrivit un
Note 271.
LE PALAIS MAZAU1N.
ouvrage où il classe toute la faculté en deux camps : La Stimmimachie, ou le grand combat des médecins modernes touchant l'usage de l'antimoine , poème hislori-comiqite dédie éi messieurs les médecins de la faculté de l'a ris, par le sieur C. C. Paris, i>i-8°, iOjG, chez Jean Pasle.
Si Guénaud était vivement attaqué, il paraîtrait qu'il ne négligeait pas les moyens de se concilier les hommes de lettres dont les publiLattcns distribuaient la renommée, li invita a diner, en i655, Renaudot, l'héritier et le continuateur de la gazette, et avec lui l'auteur de la Muse hero'i-comiquc. Voici comment ce dernier rend compte de cette attention : Gnenaut qui lit voir l'autre fois, Qu'il sçait l'art de guérir les rois, El du sçavoir hypocratique Entend la plus seure pratique, Naguères festina chez lui, Plusieurs illustres d'aujourd'hui, Avec un tel excès de chère, Qu'on ne la peut meilleure laire, Et qu'on l'en surnomma tout haut Le prodigue monsieur Guenaut.
(1/1 novembre 1055.)
Collelet, Carneau, et Beys y étaient, Guénau t s'assurait ainsi leur bienveillance.
(267) Elle avait appartenu au maréchal de Saint-André ; le Cardinal n'en avait pas de plus belle.
(268) El qui m'ont tant coûté, ajoutait-il en pensant à l'achat et aux rachat de ces objets d'art.
(269) Il mourut dans la vision de se faire pape, — // savait que le Roi n'épargneroit rien pour le faire réussir par amitié , par reconnaissance , par gloire et peut-être même pour se défaire honorablement d'un premier ministre qui commençait à lui être à charge. ( Voir les autres raisons déduites par Choisy. Mém., page 102, édit. de 1727 , et aussi une circonstance peu croyable, rapportée par Brienne fils dans ses mémoires, tome II, page 97.)
Loret pouvait publier du vivant du Cardinal:
El toy sage et merveilleux Jvlcs Digne (un jour) de donner des bulles Toy qui nous a donné la paix.
( 1 7 juillet 16O0. )
Le maréchal deGramont, son meilleur ami à la cour, et un homme qui connaissait les affaires de l'Europe, ne mettait ni l'intention ni ia réussite en doute : Le Cardinal triomphant de ce qu'il venoit (le faire (1O jq) et se trouvant toujours le premier homme de l'État et dans le comble de la plus haute faveur, ne songeait plus qu'il gauder le papal. (Mém. du niareschal de Gramont, tome II, page 277.)
On se rappellera aussi une anecdote de Mignard peignant le Cardinal et lecoeffant de la lian e, mais tout cela n'a pas grand sérieux. Je lis dans les agendas manuscrits du Cardinal,
en octobre 1643, celte courte noie jetée au milieu de choses qui lui sont étrangères : // rc a Villechicr disse chc il Cardinale defunto voleva esser re e papa. Est-ce un souvenir pour éviter dans sa conduite un écueil , ou pour placer un jalon et se servir de guide ? Guy Patin écrivait : Pour moi je souhaiterais qu'il fût pape, sauf 11 lui de choisir, puisqu'il n'a que 5o ans , pour papesse celle iju'il coudra, il laii allusion ensuite à l'amour de la reine ( Lettre a Falconnet, 5 sept. 16Ô1 , Voir aussi sa lettre du 3 déc.) Je pourrais citer d'autres autorités , sans avancer un meilleur argument, je préfère donc une épigramme :
Cy git le cardinal Jule
Qui pourse faire pape amassa lant d'écus,
Mais quoiqu'il ferrât bien la mule
Il n'a jamais monté dessus.
L'ambition de Mazarin était grande, ce qui ne veut pas dire qu'elle fut déplacée. Prince de l'Église, Romain de naissance, ministre tout puissant, il n'ignorait pas qui; Charles-Quint avait élevé sur la chaire papale, son précepteur-ministre, Adrien, et que Louis XIV avait deux raisons de plus que le roi d Espagne pour faire la même chose : la première d'imiter Charles-Quint, la seconde de reconnaître les services d'un premier ministre, en s'en affranchissant. Le père Duncau, chargé de négocier les affaires de France â Home en l'absence de nos ambassadeurs, écrit au Cardinal, le 15 déc. iGjo,, du milieu même de la ville pontificale :
«Je ne feindray de dire a V. E. que si cile veut, toute celle court va estre à sa disposition : dans toutes les antichambres cl dans toutes les compagnies on ne parle que des obligations que luy a toute la chrestienté et on n'entend retentir que le son de ses louanges. C'est l'opinion des plus connaissants , qu'elle sera l'arbitre des conclaves et pourra mettre le tiare sur la teste de qui il lui plaira, mesme sur la sienne si l'enuie luy en prend. Je ne dis pas cecy par flatterie et V. E. sçait assez que ce n'est pas mon humeur de Ilatter, mais je luy mande ce que j'entends dire et ce que je remarque dans les personnes que je pratique. » Or il avait de fréquentes audiences chez le pape et il voyait tous les Cardinaux. S., correspondance conservée dans les archives des affaires étrangères (Komc, i6j8-)GGi) eu fait loi.
(270) J'ai parlé ailleurs des embellissements du château de Vincennes exécutés selon les ordres du Cardinal par l'architecte le Veau , je dirai ici que toutes les fois que son énergie cédait à ses souffrances, il venait ;'i Vincennes se reposer et se restaurer. 11 y alla une dernière l'ois vers le i5 septembre 1OO0. Mais il n'en revint pas.
(271) La reine était restée inaltérable dans ses sentiments. On a voulu voir dans une de ses lettres écrite de Saintes, lors du retours de la frontière d'Espagne et adressée au Cardinal
2S/j LE PALAIS
qui se trouvait à Brouage avec le roi , une preuve d'un grand réfroidissement. J'y vois au contraire une de ces protestations si fréquentes dans des attachemensvifsetexigeans : ■ Vostrc lettre ma donnée une grande joye je ne say si je seray asses heureuse pour que vous le croies et que si eusse creu qune de mes letres vouseust autant pleut j'en auraysescrit de bon cœur et il est vray que d'en voir tant et des transports avec Ion les récent et je les voyes lire me fesoit fort souvenir d'un autre tant don je me souviens presque à tout momants quoy que vous en puissiez croire et douter je vous asseure que tous ceux de ma vie seront emploies à vous tesmoigner que jamais il ni a eue d'amitié plus véritable que !a mienne et si vous ne le croies pas j'espère de la justice que j'ay que vous vous repartirez quelque jour d'en avoir jamais douté et si je vous pouves aussi bien faire voir mon cœur que ce que je vous dis sur ce papier je suis asseurée que vous séries contant, ou vous séries le plus ingrat homme du monde et je ne croie pas que cela soict.»(Saintes, 3ojuin 1OG0.) M. Walckenacr à publié cette lettre pour la première fois (Mém. sur madame de Sévigné, tome III) mais il en a tiré une conclusion , a mon avis complètement fausse. Le Cardinal ne cessa pas sa vie durant de mettre toutes les affaires importantes sous les yeux de la reine et les courtisans d'Anne d'Autriche ont beaucoup exagéré le ressentiment qu'elle éprouva lorsque Louis XIV prit résolument les rênes de l'État des mains de son ministre mourant. Le roi conserva à sa mère des égards et une confiance qui valent l'autorité, il l'entretenait des affaires, lui communiqua, à elle seule, ses projets sur Fouquet, et lorsqu'à Nantes il fit arrêter le surintendant, c'est à la reine mère qu'il en écrit la première nouvelle : « Madame, ma mère, je vous ai déjà écrit ce matin l'exécution des ordres que j'avois donnés pour arrêter le surintendant, mais je suis bien aise de vous mander le détail de cette affaire. — Il y a quatre mois que j'avois formé ce projet, vous seule en aviez connaissance.» (OEuvres de Louis XIV, tome V.Nantes, 5 sept. 1661.) On se rappelle qu'elle empêcha son fils de compromettre la délicatesse de l'hôte, avec la rigueur du souverain, lorsque Louis XIV voulait faire arrêter Fouquet , à Vaux, au milieu de la fête même, qu'il lui donnait.
("272) Exposant le Saint-Sacrement,
On pria Dieu publiquement,
Aux églises de cette ville
Où du moins, plus de trente mille
Soit mortelles, ou soit mortels
Allèrent au pié des autels,
Demander la convalécence,
De ce v ray miroir de prudence,
Qui seroit exempt du trépas ,
Si les sages ne mouraient pas.
(Loret, 5 mars j 60 1 .) O.i lit dans les Mémoires de Brienne des détails qui sont devenus populaires en se
MAZARiix. Noie 272.
fixant sur l'une des plus fines toiles de M. Paui Delaroche : « Pour dernière circonstance de la mort du Cardinal, dont je fus témoin oculaire, je dirai qu'on joua dans sa chambre, auprès de son lit, jusqu'au jour même où le nonce du pape, instruit qu'il avoit reçu le viatique, vint lui conférer l'indulgence, après quoi les cartes disparurent. Le commandeur de Souvré tenoit son jeu, j'y étois : il fit un beau coup et s'empressa d'en avertir Son Eminence, comptant lui faire plaisir : Commandeur, reprit-elle de fort bon sens, je perds beaucoup plus dans mon lit, que je ne gagne et ne peux gagner à la table où vous tenez mon jeu. Le Commandeur dit : Bon, bon, ne faut-il pas enterrer la synagogue avec Donneur. — Oui, dit le Cardinal, mais ce sera vous autres, mes amis, qui l'enterrerez et je paierai les frais de la pompe, funèbre. » On connaît cette autre preuve de son sang-froid; Brayer lui dit qu'il paraissait une comète, le Cardinal répondit : « La comète me fait trop d'honneur. »
La superstition, la croyance dans l'influence des astres était alors presque générale, il s'en trouve des traces dans tous les mémoires de cette époque, et la réponse du Cardinal avait plus de mérite de son temps qu'elle n'en aurait dans le nôtre. Cette fermeté d'âme fût admirée, et le souvenir s'en était conservé. Madame de Sévigné, qui avait vu ce long ministère tout entier, écrit (de Paris, le 2 janvier 1681) : On dit que le Cardinal (tant désespéré des médecins, ses courtisans crurent qu'il fàlloil honorer son agonie d'un prodige, et lui dirent qu'il paroissoit une grande comète qui leur faisait peur. Il eut la force de se moquer d'eux et il leur dit plaisamment que la comète lui faisait trop d'honneur.
Je pourrais citer de longs extraits des mémoires du temps sur la mort du Cardinal; je m'en abstiens, parce que ces ouvrages sont à la portée de tous les lecteurs ; ce qu'ils ne rencontreront pas aussi facilement, ce sont les cent soixante-deux volumes de la gazette fondée par Th. Benaudoi ; or, voici comment elle annonce celte mort, el de quels commentaires elles la fait suivre :
« Le 9 (mars), sur les deux heures et demie du matin, le cardinal Mazarin, premier ministre d'Estat, mourut au chasteau de Vincennes, en sacinquante-neuvièmeannée.d'une longue maladie qui n'estoit que l'effet de ses continuelles applications pour porter la monarchie françoise au point de gloire où nous la voyons, mais particulièrement de ses derniers travaux, pour la conclusion de l'ouvrage qui a produit le repos de toute l'Europe. Ainsi l'on peut dire que jamais carrière n'a esté plus dignement achevée que la sienne, puisqu'ayant esté obligé de donner ses conseils pour la poursuite de la guerre qu'il trouva entre les deux couronnes lorsqu'il entra dans le ministère, en 1O/12 ; elle a été continuée avec tant de bonheur qu'il en a fait un moyen de parvenir à cette paix seure et honneste ,
Note 273.
que l'on avolt si longtemps souhaitée, et dans la conclusion de laquelle il a pleinement respondu aux espérances que chacun concevoit de sa capacité et de ses bonnes intentions. — Si sa vie a esté pleine de merveilles, sa mort ne l'a pas esté moins, par la pieuse et ferme résolution avec laquelle on peut dire qu'il l'a affrontée, et par les soins, qu'après ceux de sa conscience, il a continué de prendre, jusques à l'extrémité, des affaires du Roy, avec la mesme présence d'esprit et le mesme zèle infatigable qu'il avait montré dans sa santé la plus vigoureuse. Mais expirant ainsi au lit d'honneur, en présence de Leurs Majestés, qui l'ont incessamment assisté durant sa maladie, s'il leur donnoit de l'admiration, il leur causoit aussi une douleur très sensible de ne pouvoir sauver celui qui s'était consumé pour le bien public, et cette douleur doit estre commune à tous les François, qui attendoyent avec beaucoup de raison que ce Grand-Homme leurayant fait avoir la paix, il enferoit,encor, bientost naistre, pour eux, une félicité accomplie. » ( 12 mars 1661. — N° 32 de la gazette.)
Je n'ignore pas, et je n'ai aucun intérêt à cacher, qu'Isaac Renaudot était Mazarin, comme son père Théophraste avait été partisan de Richelieu ; les Mazarinades du temps l'apprendraient, s'il s'en était caché ; je n'en citerai que trois parmi un grand nombre : La conférence du cardinal Mazarin avec le gazetiier,ti0,i6k<j; — le Voyage de Renaudot, gazetiier de la cour. Paris , ho, 16Z19 ; — le Nez pourri de Théophraste Renaudot, grand gazéifier de France et espion de Mazarin. — Réponse de Renaud.ol à l'auteur des libelles intitulés : Avis dit gazettier de Cologne à celui de Paris.
La gazette parut sous la direction de Th. Renaudot jusqu'en 1653, époque de sa mort. Son fils Isaac la continua jusqu'en 1679; Eusèbe la prit ensuite et la rédigea jusqu'en 1729. Cela établi , je ne crois pas avoir diminué la valeur des sages réflexions inspirées par la mort du cardinal Mazarin.
(275) Mazarin mourut le 9 mars 1661, entre deux et trois heures du matin ; Intrépide devant la mort, comme l'écrit Guy Patin à son ami Falconnet (7 mars 1661). Madame de La Fayette dit avec vérité et injustice à la fois : Il mourut au bois de Vincennes, avec une fermeté beaucoup plus philosophique que chrétienne (Histoire de Madame Henriette d'Angleterre, tom. III, p. 73 des OEuvres.) Il avait la philosophie d'un grand esprit et la soumission d'un chrétien. On consultera pour les détails de cette mort , avec les mémoires du temps, une relation contemporaine : Relation succincte de ce qui s'est passé à la mort de M. le cardinal Mazarin ( Cab. des mss. de la Bibliothèque royale , fonds de Cangé, N° 78). Brienne, enfermé comme fou à Saint-Lazarre, écrivait des souvenirs de quarante ans de date. Ils contiennent quelques particularités vraies
et beaucoup de mensonges, inspirés parla bile acariâtre d'une constitution dérangée et l'esprit morose d'un prisonnier qui compte déjà dixhuit années sous les verroux.
La mort du Cardinal ne put calmer les dispositions malveillantes, il les retrouva jusques dans sa famille , et six ans après qu'il eut dû désarmer tous les mauvais vouloirs, Hortense Mancini dictait encore, ou laissait écrire dans des mémoires qu'elle ne désavoua jamais : A la première nouvelle que notes eûmes de sa mort, mon frère et ma sœur, pour tout regret, se dirent l'un à l'autre : dieu merci , il est crevé. A dire vrai, je n'en fus guères plus affligée. Les épigrammes et les épi ta plies satyriques couvrirent son cercueil à peine fermé; Scarron le lui avait prédit, car il étaitde ce mondequi jette l'insulte à tous les visages, pour se faire payer de toutes mains :
Mazarini, Ta carcasse désentraillée, Par la canaille tiraillée Ensenglantera le pavé; Ton priape haut élevé, A la perche sur une gaule, Dans la capitale de Gaule Sera le jouet des laquais, L'objet de mille sobriquets, De mille peintures grotesques, Et mille épitaphes burlesques.
Je n'en citerai aucune, et ceux qui aiment l'esprit n'y perdront rien. Elles se trouvent dans des recueils qui n'ont pas même pour eux la rareté bibliographique, ou dans des collections manuscrites mises à la disposition de chacun par nos dépôts publics.
Guy Patin écrivait à son ami Relin , le 12 août i0ii3 : On a ici imprimé, et se vend publiquement en deux volumes in-octavo, le recueil des pièces de Saint-Germain contre la défunte Eminence; on l'a aussi imprimé à Rouen, in-à°; nous l'aurons dans httit jours. Le 9 mars 1661, il annonce à Falconnet à peu près la même chose, car cette production épîgrammatique, était moins le résultat des deux événements, qu'un produit de la mode régnante : On commence à débiter ici des épitaphes contre le cardinal Mazarin ; quand il y en aura quelques bons, nous vous en ferons part. (5 mars 1661.) Il court ici quantité d'épilaphes contre le cardinal Mazarin, dont Noël Fdlconel fait un recueil ; plusieurs étrangers en font icy de même, avec dessein de les faire imprimer ensemble en Flandre ou en Hollande: ce qui arrivera tant plutôt que l'on n'en a osé imprimer de deçà, le Roi l'ayant expressément défendu (10 mars 1G61). En effet, on en forma toute une collection dans l'ouvrage suivant : le Tableau de la vie et du gouvernement de MM. les cardinaux Richelieu cl Mazarin et de M. Colbcrt. A Cologne, chez Pierre Marteau, 1693, 12". Puis il s'en trouve isolément et en assez grand nombre dans les Mazarinades ( p. 2, le Banissemenl du mauvais riche, rempli) de pièces curieuses. A Paris, 16^9) , dans
Noie 277.
les recueils de pièces et chansons politiques manuscrites et imprimées, etc., etc.
(274) Le testament du cardinal Mazarin est souvent cité ; on en trouve des copies manuscrites dans toutes les collections (Bibl. roy., fonds de Bouhier, 3i. Lamoignon , Suppl. franc., N° 177, et u11 extrait fondsSaint-Victor, N° mi). Il a été plusieurs fois imprimé. La plus jolie édition est celle des Elzevier : Testament du défonct cardinal Juli Mazarini, duc de Nivernois, etc. , premier ministre du liog de France. Au dessous la Sphère : Jouxte la copie. A Paris, M.DC.LXÏll. Il y a deux éditions de Cologne, in-12, même année. On ne confondra pas cette pièce authentique avec une foule de libelles et d'inventions, qui n'ont pour elles que leur malignité :
Testament solennel du cardinal Mazarin , par lui fait au temps des Barricades, et trouvé depuis sa sortie de Paris, en son cabinet, daté du 29 août 16Z18 (iG48, b°, Paris).
Testament véritable du cardinal Jules Mazarin. in-4°, (16/19 , Paris, en vers).
Tesiament du diable d'argent. îGZig.
Codicile très véritable de Jides Mazarin. Ù°, (1GZ19).
Testament du cardinal Mazarin, qu'il a renouvelé à son départ (Paris), i65l.
Le Mercure delà Cour, contenant le testament du cardinal Mazarin (Paris), h°, 1652.
Testament du cardinal Jules Mazarin. 1083, 12", (Hollande).
Breviarum polilicorum secundum rubricas Mazarinicas. Coloniaî-Agrip., iG84, 12°.
L'Alcoran de Louis XIV, ou le testament politique du cardinal Mazarin, traduit de l'Italieu. Roma (Hollande), 12°, 1695, de 22! pag. Aussi , sous ce titre : le Triomphe de la Ligue, etc., etc. Paris (Hollande), 12°, 1O96, avec le changement du titre et des feuillets 27-28. Lelong fait deux ouvrages différents de cette satire française, qui n'a pas d'original italien. Mon intention avait été de réimprimer le texte authentique du testament de Mazarin et d'y joindre les annotations que fournissent les papiers Colbert, sur l'exécution exacte et minutieuse de chacune de ses clauses. Mais ces notes ont pris une telle étendue, que je me vois forcé de réserver ce document ainsi commenté, pour une autre publication.
(27">) M. de Pomponne écrit ce qui suit à M. Arnaud d'Andilly (Mém. de Coulanges , p. 378; voir aussi les témoignages de Monglat et de Madame de Motteville): Il lui laissa des instructions par écrit, et deux jours avant sa mort il Vcnlrctenoil encore et lui faisoit promettre de relire souvent les derniers conseils d'une vieille expérience. J'ai déjà dit que le cardinal Mazarin laissa ions ses papiers j Cclberi . avec l'injonction de les communiquer au Roi, toutes les fois qu'il le désirerait.
(276) En piein règne de Louis XIV, Boileau pouvait proclamer cette inlluence politique se maintenant outre-tombe :
Qui pourrait aujourd'hui, sans un juste mépris, Voii l'Italie en France et Kome dans Paris. Je sais bien mon devoir el ce qu'on ilo:t à Rome, Pour avoir, dans ses murs, élevé ce grand lionnm- Dont le génie heureux, par un seeret ressort, Fait mouvoir tout l'Etat encore après sa mort; Mais entiil je ne puis, sans horreur et sans peine, Voir le Tibre à grands flots se mêler à la Seine, lit traîner dans Paris ses moines, ses farceurs, Su langue, ses poisous, ses crimes et ses mœurs.
(Sat. I. p. 92, èdit. St. -Surin, tome I.)
Ce (pie Boileau proclamait , les titres de vingt ouvrages satyriques l'attestent. Esprit du cardinal Mazarin, ou entrelien sur ce qui se passe à la Cour de France. Cologne , l>. Marteau, 12°, iG95 — L'épilaphc du Cardinal se trouve a la page 330, etc., etc.
(277) « Il eut le crédit de faire agréer au roi celui qu'il avait voulu substituer à sa place. Je pense qu'il n'y a jamais eu que lui au monde qui ait disposé , comme par testament, du bien qui dépendait de la pure grâce du Roi » (Mademoiselle de Montpensier, Mémoires, coll. Petitot, t. I, p. 4i5.)Il est de fait que le cardinal de Richelieu se sentant mourir, fit appeler le Roi, et disposa de tout dans le royaume, comme s'il se fût agi de ses domaines ou de ses affaires particulières. Il imposa le choix de Mazarin : dont il avait éprouvé le zèle el l'habileté, et qu'il croyoit plus capable qu'aucune autre personne, de remplir la place qu'il quitloit.
Les pièces satyriques ne l'ont pas plus épargné sur ce point que sur les autres :
On dit que le feu Cardinal,
Voulut montrer à cet empire
Que s'il avoit bien fait du mal,
Un autre pounoit faire pire;
Et qu'il choisit à cette fin,
Pour successeur le Mazarin.
(Bibl. royale. Maurepas, îGflg, tome XXII, p. 20a.) On fit aussi cette épitaphe :
Cy git l'Eminence deuxième;
Dieu nous garde de la troisième.
Le parallèle entre les deux ministres était indiqué : Deux princes de l'Eglise, vivant à peu près le même nombre d'années, exercent un pouvoir immense pendant dix-huit ans, et meurent au ministère, dans la pleine possession de leur autorité. L'un fut puissant par son énergie, l'autre le devint par son habileté et sa douceur; le premier fit des victimes, le second fit des dupes ; tous les deux luttèrent pour rétablir l'autorité royale. Reste à savoir après quel ministère ce résultat était plus solidement établi. Voltaire a fait cette comparaison dans la Ilenriade :
Tous deux sont revêtus de la pourpre romaine, 'tous deux sont entoures de gardes, de soldats;
Il les prend pour des Rois
Richelieu, Mazarin, ministres immortels.
Tallemant des Réaux (tome III, p. 24) et Loict, le poète gazetlicr, ont tenté des parallèles cuire Mazarin et Richelieu. L'abbé René
Note 282.
Richard (1727), l'historiographe de France et legrand faiseur de parallèles, a publié un volume in-8°sousce l i ire : Parallèle du cardinal de Richelieu et du cardinal Mazarin, contenant les anecdotes de leurs vies et de leur ministére; à Paris, 8", 1716, chez Jacques Etienne. Cet ouvrage fut réimprimé en Hollande, sous cet autre titre : Coups d'état des cardinaux Richelieu et Mazarin, ou réflexions historiques et politiques sur leur ministère. Paris, 12», 1723. C'est une puérile recherche et un étalage continuel des plus fausses interprétations. En traitant assez mal le cardinal Mazarin, l'auteur semble, dans sa préface, redouter la vengeance de sa famille. Ce trait prouve qu'il ne connaissait pas mieux ses contemporains que le personnage dont il prétendait faire le portrait.
(278) La perte de Fouquet ou sa condamnation était décidée, dans les derniers entretiens du Roi avec son ministre. (Voir les interrogatoires de Fouquet, dans son procès, et les mémoires du temps. Je citerai encore, dans la grande fabrique hollandaise, le petit ouvrage suivant : Mémoires contenant divers évènemens remarquables arrivés sous le règne de Louis-le-Grand. A Colonne, chez Pierre Marteau (à la Sphère), 12, 1O8/1 , p. 94. On devra aussi lire comment Guy Patin le traite, dans sa lettre à Falconnet, du 28 janvier 1661, à propos d'une ignoble dispute qui eut lieu entre lui et son frère l'abbé Fouquet, dans l'antichambre même du Cardinal moribond.)
(279) Au premier conseil qui suivit la mort du Cardinal, le Roi parla ainsi : Monsieur le surintendant (Fouquet), je vous prie de vous servir de Colbcrl, que feu M. le Cardinal m'a recommandé. (Chap. 17, Brienne, Mémoires.) On lit le passage qui suit dans les Hommes illustres de Perrault, édition in-folio, p. 37: le mot est cité partout, mais je ne crois pas qu'il ait d'autre ni de meilleur répondant :
« Le cardinal Mazarin dit au Roy, en mourant, qu'il esloil infiniment redevable à Sa Majesté; mais qu'en lui donnant monsieur Colbert pour le servir en sa place, il croyoit reconnoistre par là toutes les grâces qu'il en avoit recèdes. » Perrault écrivait cet éloge de Colbert, dans l'anti-chanibre même du ministre.
(280) Ces observations sont tout-à-fait générales, et ne mériteraient aucune attention, si nous avions un ouvrage sur l'architecture de nos habitations.
Il est une remarque que plusieurs personnes ont faite, dont il faut laisser l'honneur à M. Quatremère de Quincy, mais qui manque complètement de justesse :
« Une sorte de singularité a voulu que les auteurs des trois monumens que la Fiance place en tête de ses plus célèbres ouvrages d'architecture, n'aient point fait de cet art leur profession spéciale. Le premier architecte du Louvre, Pierre Lescot, de la famille
d'Alissy, fut abbé de Clagny et chanoine de l'église de Paris. L'auteur du célèbre péristyle du Louvre, Claude Perrault, étoit docteur en médecine; François Rlondcl , à qui Paris doit, dans l'arc triomphal de la porte St-Dcnis, un des ehefs d'oeuvre du siècle de Louis-le-Grand, fut envoyé par le Roi dans les cours étrangères, et devint maréchal-de-camp. Il n'avoit consacré sa jeunesse ni à l'étude des arts, ni à l'exercice de l'architecture. >>
Au moyen-âge, les plus magnifiques monuments ont été élevés par des moines et des abbés , architectes aussi bien que les artistes qui prennent aujourd'hui ce titre; car de même qu'eux, ils avaient fait les études requises, plus qu'eux souvent ils avaient la vocation de leur art, et leurs chefs-d'œuvre sont là pour attester leur capacité pratique. Pierre Lescot était donc architecte d'abord, abbé de Clagny et chanoine de Paris ensuite. Quant au maréchal-de-camp FrançoisBlondel, il était mathématicien profond et mécanicien habile ; il avait en outre du goût, et ces conditions réunies suffisaient pour créer des monuments de la valeur de la porte Sl-Denis. Le docteur Perrault n'ayant fait aucune étude théorique, n'ayant acquis aucune expérience pratique, se contenta d'avoir une inspiration heureuse que les hommes de l'art exécutèrent selon les règles; ce genre de mérite d'amateur est plus rare en architecture que dans les autres arts, parce que ses inspirations et ses beautés se lient très intimement avec les conditions pratiques de l'exécution. Ainsi s'explique pourquoi les peintres et les sculpteurs qui se sont essayés dans l'architecture ont souvent si mal réussi; la Colonnade du Louvre est une exception qui prouve qu'un dessin d'amateur peut être suivi quelquefois avec succès; Dorbay, l'homme pratique, n'a pu cependant faire disparaître , dans l'exécution , le désaccord qui se trouve entre la décoration extérieure et'la distribution intérieure.
(281 ) La régénération ou la réforme de l'abbaye de Cluny, fut entreprise par Richelieu et continuée par Mazarin. M. Dusommerard qui a écrit V Histoire de l'hôtel de Cluny (Paris, 8Ô, 1838, p. 3oi), et M. Prosper Lorain qui a parlé de la réforme de l'abbaye (Essai historique,revue des ducs de Bourgogne), n'ont pas su que les manuscrits du fonds Raluze contenaient de longs mémoires, écrits de part et d'autre, à l'occasion des luttes que Mazarin eut à soutenir avec son abbaye.
(282) C'était la première fois qu'une femme du monde prenait une part aussi active, aussi décidée dans l'œuvre des hommes de l'art. Philibert de Lorme pouvait bien dire, il osait même écrire, que Catherine, de Médicis avait été le principal architecte des Tuillcries, et ne. lui en avait laissé que la décoration; mais il savait bien que ses idées n'étaient que des caprices qui n'avaient été pour sa gloire que des entraves.
Blondel, dans son ouvrage huilulé : Architecture française (Paris, folio, 1702-5/1), a traité longement, après d'Aviler et d'autres, de la distribution dos appartement ; niais il ne semble pas s'être douté du rôle que les gens du monde ont joué dans cette révolution de l'architecture. Son ouvrage, utile sous beaucoup de rapports, n'a que trois volumes; il devait en avoir huit. Le plus regrettable est celui qui aurait contenu la description des châteaux, maisons de plaisance et jardins autour de Paris.
(283) Elle avait douze ans, étant née en 1588. Le mariage se fit le 26 janvier 1600; elle mourut le 27 décembre i665. Selon Tallemant des Réaux, elle eut dix mille feus de rente de sa maison. M. Rœderer parle de 16 ans et d'une grande fortune (Mém., p. 16 et 18); mais en général, son ouvrage pèche par l'érudition des détails, la seule partie de l'histoire de cette époque qui soit encore à faire.
(28i) Je la trouve un peu trop persuadée, pour ne rien dire de pis, que la maison des Savelles est la meilleure maison du monde. (Tallem.,111, p. 233-) Avait-elle tort, se voyant alliée aux trois derniers Valois, alliée aussi à Marie de Médicis, et parente de Catherine de Médicis par sa grand'mère Clarisse Strozzi. Le président de Thou fait un grand éloge du marquis de Pisani , dans son Thuana ; il le termine ainsi : «Je ne connois homme de qui la vie fust plus belle à écrire, que de ce grand homme; car elle fut une perpétuelle ambassade, occupée en de grandes affaires dont il sortait toujours fort généreusement.»
(28."») Les preuves sont à prendre, pour de piquantes citations, depuis Froissart ; l'érudition est facile sur ce point.
(286) M. Bazin reproche à madame la marquise de Rambouillet d'avoir été complimenteuse et banale, sans s'apercevoir que ce sont les qualités essentielles d'une maîtresse de maison. (Études d'histoire et de biographie tirées du Panorama littéraire, et réimprimées en un volume. Paris, 8», 1839). Sa mère lui avait appris l'italien, elle en connaissait la littérature; elle voulut apprendre le latin, uniquement pour comprendre Virgile ; elle y renonça et étudia l'espagnol de manière à lire couramment les meilleurs auteurs. Elle dessinait et avait tous les talents d'une femme, réunis ainsi à une instruction qu'on trouvait alors rarement, même chez un homme. Tallemant des Réaux dit d'elle : « C'est une personne habile en toutes choses)- (III, p. 212). Segrais avait été accueillie par elle; il en parle ainsi: « Madame de Rambouillet étoit admirable ; elle étoit bonne, douce, bienfaisante et accueillante, et elle avait l'esprit droit et juste. C'est elle qui a corrigé les méchantes coutumes qu'ilyavoit avant elle; elle s'éloit formé l'esprit dans la lecture des bons livres italiens
MAZARIN. Note 287.
et espagnols, et elle a enseigné la politesse à tous ceux de son temps qui l'ont fréquentée. (Segrais, OEuvres, tome I, p. 29.)
(287) Il faut laisser au comte Rœderer l'honneur d'avoir le premier compris l'importance de l'hôtel de Rambouillet dans le dix-septième siècle, et son influence sur les mœurs et la littérature de cette grande époque. Il a su distinguer les phases et les transformations de cette influence ; il a pris le soin de classer les personnages ; il s'est donné la peine d'étiqueter les mérites des uns, les ridicules des autres. Nous aurons souvent recours à son mémoire; en voici le remarquable début:«Nous avons vu la corruption des mœurs générales, se répandre de la Cour de François Ier sur la nation entière, et le spectacle de la société infecté de ces mœurs, nous a laissé de pénibles impressions.
« Mais un dédommagement s'offre à nous: c'est le tableau d'une société d'élite qui s'éleva, avec le dix-septième siècle, au sein de la capitale, unit les deux sexes par de nouveaux liens, par de nouvelles affections, mêla les hommes distingués de la Cour et de la ville, les gens du monde poli et les gens de lettres, créa des mœurs délicates et nobles, au milieu de la plus dégoûtante dissolution ; réforma et enrichit la langue, prépara l'essor d'une nouvelle littérature , éleva les esprits au sentiment et au besoin de jouissances ignorées du vulgaire.
« Le berceau de cette révolution fut l'hôtel de Rambouillet, cet hôtel regardé, depuis la fin du siècle passé, comme l'origine des affectations de mœurs et de langage et qui fut dans le grand siècle, et pour tous les grands écrivains qui l'illustrèrent, pour Corneille, pour Boileau, pour La Fontaine, pour Racine, pour Molière même, oui pour Molière plus que pour aucun autre, l'objet d'une vénération profonde et méritée. » (P. 5, Mémoire pour servir à l'Histoire de la société polie en France, par P.-L. Rœderer ; Paris, 8°,i835,Firmln Didot. On lit sur le titre de ce mémoire , volume de l\8li pages : cet ouvrage ne sera pas mis en vente. Et en effet, il est devenu assez rare pour valoir, broché, de trente à trente-cinq francs. Il avait été précédé d'une lecture de quelques fragmens qui parurent en 1835 : Fragments de divers mémoires, pour servir à l'Histoire de la Société polie en France; par M. le comte Rœderer. — Lus le 2 mai i83â ; Paris, 8°, i83û, Firmin Didot. Voir aussi dans les Mémoires de l'académie des sciences morales et politiques. Ces fragments ont reçu des modifications dans le volume imprimé.
Avec plus de précautions et moins d'erreurs, M. Monmerqué marche à travers les nombreuses annotations des œuvres de madame de Sévigné, de Coulanges, de Tallemant des Réaux, etc. Enfin M. le baron Walckenaer raconte avec un charme qui n'est pas commun, et il sait tirer des meilleurs documents, souvent les plus connus, un parti nou-
Note 293. le palais
veau et des ressources qui n'appartiennent qu'à lui. Il suffît de mentionner une esquisse historique de M. L.-F. Bungener qui n'a aucune importance, et que l'auteur n'a v oulu que rendre agréable : Un sermon sous Louis XIV, suivi de deux soirées à l'hôtel de Rambouillet (Paris, 12°, 1845, seconde édition).
(288) Le marquis de Rambouillet ne cessa pas, d'il Talleniant des Réaux, d'être amoureux de sa femme, exception sociale qui ('étonnait fort (tome IN, 211). — Rien de plaisant comme la fureur de Bussy contre le comte d'Olonne :
Je penserois n'estre pas malheureux, Si la beauté dont je suis amoureux Pouvoit enfin se tenir satisfaite De mille amans avec un favori ; Mais j'enrage que la coquette Aime encore jusqu'à son mari.
(P. 225, édit. de 1734.)
(289) L'exemple de mademoiselle de Rambouillet était un avertissement.
(290) Je parlerai plus loin de la réserve qu'imposa la marquise.
(291) Elle eut six enfanis : Julie d'Angènes, duchesse de Montausier (Bayle, Voiture, Ménage, Talleniant, tous les mémoires du temps, etc.). — Madame (c'est-à-dire l'abbesse) d'Yères. (Voir Talleniant, IV, p. 1.) — M. de Pisani, qui était contrefait et fut tué à la bataille de Nordlingen (Talleniant, Voiture, lettre XLVII). — Madame de Saint-Etienne de Reims (Talleniant, tome IV, p. 3; Maucroix, p. 289, édition Walckenaer). — Madame de Pisani qui devint abesse d'Yères , après la mort de sa sœur, le 19 mars 1669. — Angélique-Clarisse demoiselle de Rambouillet, épouse le marquis de Grignan, le 27 avril 1658; elle meurt en 1O6Z1. (Correspondance de madame de Sévigné, Bussy Rabuiin, Coulanges, etc., etc.) La marquise de Rambouillet perdit un fils, le vidanie du Mans, qui mourut de la peste à l'âge de 7 ans. (Talleniant, NI, p. 220 ; Voiture, letlre XIII adressée à mademoiselle de Rambouillet. )
Segrais reproche à la marquise sa prédilection pour Julie : Madame de Rambouillet n'a été injuste qu'en une seule chose, c'est par la préférence qu'elle faisoit de madame de Montausier à ses autres enfans. Cependant madame de Orignaux (Grignan) valloit beaucoup plus qu'elle. (Œuvres, tome I, p. 111.)
L'abbaye d'Yères située près Paris, avait, comme toutes les abbayes, sa maison dans la capitalepourscrvirde réfuge encasde guerre, et l'année durant, pour loger celles qui étaient chargées à Paris des affaires de la communauté. La rue dans laquelle s'élevait celte maison, fut appelée par le peuple la rue des Nones d'Yères, puis des Nonains d'Yères, et enfin des Nonandières qu'elle conserve de nos jours (Sauvai, Hist. et. Recherches, tome II, p. 270). Ces transformations de noms, toujours
MAZATUN. 289
fâcheuses, ôtent quelquefois leur signification à des noms qui, à eux seuls, étaient une histoire : que signifie la rue Transnanain pour ceux qui n'ont pas lu, dans le livre de la taille de 1290, les noms de Trousse-putain et de Trousse-nonain.\a rue aux Ours est-ce la même chose que la rue où l'on cuit les oës (le livre de la taille de 1290), et la rue as oues ( Guillot de Paris, Corrozet, Sauvai), e! ainsi d'un grand nombre. Ces altérations, du lait des habiludesetdu laisser-aller populaire n'accusent personne, mais lorsque l'autorité entre dans cette voie, elle est coupable. A une époque ois j'avais quelque influence, je demandai qu'une commission, composée convenablement, lût établie à la prélecture de la Seine, pour donner un avis sur les changements à introduire dans les anciens noms, et sur l'adoption des nouveaux. Cne semblable mesure aurait assuré la conservation si précieuse de ces documents affichés au coin de chaque rue. Je sais bien qu'il arrive dans l'histoire, de ces bouleversements insensés où rien n'est respecté, mais avec un travail fait, avec des éléments scientifiques habilement réunis, on rétablit facilement l'ordre dans le désordre.
La Révolution de 93, en changeant tant de choses, changea aussi les saints du calendrier et les noms des rue s de Paris; il y a bien peu d'années que nous avons vu encore sur nos ni tirs les traces de ce slupide système, il n'est plus consigné aujourd'hui que dans les livres. Le Petit Calendrier de 1793 a un chapitre sur les nouveaux noms donnés aux rues de Paris. Je prends au hasard une page de ces noms projettes, elles sont toutes aussi significatives :
Rue de l'Homme Armé — Rue du Peuple.
Rue de la Lanterne — Rue de la. Justice. Rue des Parcheminiers — Rue des Ci-devant. Rue des Marmouzets — Rue des Princes.
Rue de la Monnaie — Rue des Assignats. Rue de la Sorbonne — Rue de lu Savaterie. Place Louis XVI — Place du fat couronné. Rue Judas — Rue des Prêtres.
Rue des Deux-Portes — Rue desGentilshommes de la Chambre.
(Calendrier des Républicains, rédigé par P. Silvain Maréchal, 18V793.)
(292) L'histoire de cette guirlande est bien connue, sa bibliographie s- trouve partout ; j'en ai donné une bonne gravure dans ma première lettre, p. g.
(295) C'était, dit Ménage, une femme adorable. Ségrais ajoute : Elle étoit bienfaisante et accueillante, et elle avoit l'esprit droit et juste; c'est elle qui a corrigé les méchantes coutumes qu'il y avoit avant elle. Elle a enseigné la politesse à tous ceux de son temps qui l'ont fréquentée. Elle étoit aussi bonne amie et elle obligeait tout le monde.Tallemanl s'associe à ces éloges: Jamais il n'y a en une meilleure amie ( tom. NI, p. 213), et il en donne la plus solide preuve en montrant comment elle repousse les propositions du Cardinal de Richelieu (Voir
LE PALAIS MAZ.AHIN.
Note '29C.
aussi Ségrais, Mém., Anecdotes, p. 29, Amsterdam, 172.3), en racontant les projets qu'elle taisait pour ses amis, véritables châteaux en Espagne construits par un bon cœur (Talleiiianl, loin. III, p. 217).
Mademoiselle ajoute à la poésie de son anagramme, en l'appelant la déesse (V Ailleurs. Elle était, dit-elle, révérée, adorée; c'étoit un modèle d'honnêteté, de savoir, de sagesse, de douceur, etc., etc.
(294) La publication des ouvrages remarquables de ces auteurs célèbres avait été précédée, comme c'était alors l'usage, de nombreuses lectures faites dans les ruelles et les cabinets. Ainsi, bien que La Fontaine n'ait fait paraître son premier volume de contes qu'en 1GO.3 (12°, chez Claude Barbin), La Rochefoucauld, ses Réflexions et Maximes dans la même année (chez le mêmelibraire), Boileau, l'année suivante, sept de ses Satires (toujours chez le même libraire), ils en avaient fait tous, bien avant, des lectures. Je n'ai sous la main (pic cette preuve (mais 011 sait qu'elles abondent) ; lorsque le cardinal de Retz, s'ennuyant dans sa somptueuse retraite de Commercy, vint, en 1672, passer quelques jours à Paris, ses anciennes amies l'entourèrent de soins et de distractions; l'une d'elles, et sinon la plus dévouée, au moins la plus aimable, Madame de Sé\ igné, écrit : Nous tâchons d amuser notre bon Cardinal; Corneille lai a lu une pièce qui sera jouée dans quelque temps et qui fait souvenir des anciennes; Molière lui lira samedi Trissotin (les Femmes Savantes), qui est une fort plaisante chose; Despréaux lui donnera son Lutrin et son Art poétique; voilà tout ce qu'on peut faire pour son service. La galanterie consistait en effet alors, à procurer aux dames les lectures des ouvrages, dont on attendait le plus grand succès et à défaut de l'auteur, à leur fournir les premiers exemplaires de son livre : « S'il s'imprime quelque comédie ou quelque roman, il faut en avoir des feuilles à quelque prix que ce soit, dès auparavant mesme que les dernières soient acheuées, afin de contenter les dames qui aiment la lecture.» (Les Lois de la Galanterie, page 79 du recueil de Sercy en un volume. Paris, 12", 1638.)
(29.1) On sait que le nom de baptême de la marquise de Rambouillet était Catherine, nom rebelle à la poésie ; Malherbe changea son anagramme et fut singulièrement heureux dans celui d'Arthénice; aussi s'en vantait-il : Celle pour qui je fisce beau nom d'Arthénice...
llacan, dans les Mémoires qu'il a laissés sur .Malherbe, raconte l'origine d'un autre nom, celui de Rodanthe , qui désigne également la marquise de Rambouillet. Une des lettres de Malherbe est adressée, sans autre explication, a celle Rodanthe.
La Bruyère, quatre-vingt ans plus tard, disait de Madame d'Aligre : Laissant à Eloire les jolis discours et les belles-lettres, qu'elle
met a tous usages, Artémce n'emploie auprès de vous (pie la sincérité ( Caract. , des Jugemens, XXVIII). Arthénice, sans h, répondait encore au nom de Catherine , et plus noblement que Hicanetle ou Catin lout court, qu'invente l'abbé de Chaulieu, familiarité que Madame d'Aligre lui avait donné le droit de se permettre.
On jouait alors sur les noms. L'avidité de la bellc-sœurdu papefitdire: Olympia, Olim pia, nunc harpia (Guy Patin, Lettres à Spon , 24 octobre i0?i5). Le mérite de ces anagrammes est singulièrement amoindri par la facilité avec laquelle on les composait.On recherchera dans les Mazarinadesdes pièces , sans rareté, intitulées : le Discours prophétique contenant quarante-quatre anagrammes sur le nom de Jules Mazarin ( Paris, 16Z19). Par exemple , la Reine lui dit : Je suis mal liai ne , parce qu'il a ruiné mes Hz. Un sieur Dovet composa a la même époque, mais il ne publia qu'en i65o des anagrammes sur l'auguste nom de Sa Majesté très crélienne (Paris , Zr, chez Guillaume Sassier, i63o). Il croyait avoir trouvé par ce moyen le secret de l'avenir. — Et il y a tin autre ouvrage du même genre, mais de quinze ans moins ancien : Les heureux angines du triomphe de Louis XIV — et les véritables images d' Anne d' Autriche, de Marie-Thérèse — pur J.-B. Cassilac, capucin. Paris, Cilles Tompère. 1665, in-4°. L'auteur découvre l'avenir du Roy dans la décomposition , vingt-quatre fois répétée, de son nom.
(296) Les notes de Sauvai se contredisaient, el ses éditeurs ne se sont pas donné la peine de les mettre d'accord. A la page 2S2 du tom. II de son Histoire de Paris, il nous dit : Les seigneurs de Rambouillet commencèrent vers l'an i/j(io à avoir leur hôtel à la rue Saint-Honorè, ci l'ont conseivc dans leur famille jusqu'en Kïo3, que la ducliesse de Mercœur l'acheta douze mille écus. .Mais celte princesse, Vannée suivante, le leur ayant rendu, en 1O09 il fut adjugé <i Pierre Forget de t'resne. A la page 199 du même volume, les seigneurs de Rambouillet se seraient défaits de leur hôtel en avril 1606. Puis une page plus loin, il aurait été vendu, pendant la minorité du marquis Charles d'Angennes, né en 1577. Je ne sais comment concilier ces assertions. M.Walckenaer, j'ignore d'après quelle autorité, fixe à l'année 1602, la date de la vente à la duchesse de Mercœur (Mém. sur Madame de Sévigné, tom. II , notes pag. 382.) Peut-être n'y a-t-il qu'une faute d'impression et un 6 retourné , mais le fait de la minorité n'était qu'une erreur de Sauvai, si ce n'était pas une excuse à l'usage du marquis. L'auteur est d'accord sur ce point qu'après avoir été vendu an secrétaire d'Etat P. Forgelde Fresne, pour la somme de 3Zi,5oo livres, il lut cédé par sa veuve Anne de Beauvilliers, en 162a, au cardinal de Richelieu, au prix de 3o,oooécus. La comparaison de ces deux chiffres établit assez nettement ou (pie le marquis de Rambouillet avait
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LE PALAIS MAZAU1N.
fait une fort mauvaise affaire, ou que les lorrains et propriétés de ce quartier augmentèrent singulièrement de valeur dans l'espace d'une quinzaine d'années. Quoi qu'il en soit, le marquis de Rambouillet vendait, en 1O02-3, son IlÔtel de la rue Saint- Honoré , parce que celui de Pisani, qu'il venait de reconstruire, était prêt à le recevoir. Je crois que Madane de Rambouillet habita quelque temps la place Royale, pendant qu'on lui construisait l'hôtel Pisani, mais celte exactitude de détail était indifférente dans mon travail.
Je n'ai pas le temps, et ce ne serait d'ailleurs pas le lieu de m'étendre sur la valeur des terrains dans Paris, sur le prix îles maisons et les dépenses de construction. Je citerai seulement deux ou trois faits renfermés dans l'époque qui nous occupe. L'hôtel d'O, Vieille rueduTemple, fut acheté par Puget, trésorier de l'Epargne, pour la somme de 27.000 écus, vers 1610. Madame de Coislin avait loué 2,000 écus, près de 12,000 fr. de notre monnaie, la maison de M. Goulas, secrétaire des commandemens de M. d'Orléans , qui était devenue depuis l'hôtel d'Estrées. Une Madame Le Page louait une maison pour Zi,5oo livres (Tallemant, VIU, 88).
Tons les hôtels avaient cour et jardin, par conséquent une porte coclière; les maisons sans cour se contentaient d'une porte bâtarde, qui conduisait par une allée à l'escalier.
Scarron, recherché par la brillante société de son temps, n'avait qu'une petite porte pour donner entrée chez lui, il écrivait au maréchal ducd'Albret (i3 octobre i65g) : Voire carrosse rendoil ma petite porte vénérable à tous les hnbiiansde la rue Saint-Louis, et plusieurs portes cochères lui portaient envie. Le seul carrosse du liincy retient encore mes voisins dans le respect.
(297) Mous avons conservé des éteignoirs aux portes de quelques hôtels, mais en général ils sont d'une date postérieure. L'usage de se faire précéder par des valets portant torches et flambeaux s'est conservé dans les étiquettesdes cours, au milieu des villes les mieux éclairées. Alors c'était une nécessité. Les rues n'avaient pas encore de lanternes. Le nombre des flambeaux qu'on faisait porter devant soi dépendait moins du rang qu'on occupait que de l'effet qu'on désirait produire. Le. cardinal de Relz va prendre le bonhomme Broussel et fait allumer huit on di.r flambeaux pour aller à la parte Sainl-Uonorê ; une autre fois il se contentera de deux, sans compter les soirs où il n'en prendra pas du tout, pour se rendre plus secrètement à ses rendez-vous galants.
(298) Je ne pourrais citer qu'un ou deux exemples de montoirs anciens bien conservés. Une anecdote sur Racan, racontée par Tallemani des Réaux, nous montre un cavalier faisant sa route à pied faute d'un inontoir (t. 111, p. 129), et cependant les costumes du dixseplièmc siècle laissaient plus de liberté que
les modes du siècle précédent. Nombre d'ordonnances, transcrites dans la collection manuscrite de Lamoignon et reproduites par Félibien, dans les pièces justificatives de son His loi ro de Paris, prescrivenl la démolition de tous les auvents et avances sur la rue, qui gênent la circulation. Les montoirs subirent la loi commune, d'autant plus facilement qu'ils n'avaient plus d'utilité.
(299) On s'arrêtait dans les maisons, au coin îles murs, pour satisfaire ses besoins, comme on le fait en pleine rue. Tallemant nous raconte une impertinence du comte de Lude, qui ne pouvait lui venir à l'idée sans avoir ses précédents dans les habitudes : il heurta assez fort au cabinet de M. Sclioiubertj, surintendant des finances; il étoit son neveu. Un nouveau suivant, qui ne le connaissait point, dit : Qui heurte comme cela '.' — Ouvre. — Monsieur , on ne heui te pas ainsi céans. » Il entre et va pisser dans In cheminer. « i\'e pisse-t-on point ainsi céans'/» M. de Schomberg n'en fil que rire (X, p. 73). Celte anecdote se rapporte au temps que nous étudions, il serait facile de trouver dans les mémoires d'autres preuves dece sans-gène. Malheureusement de mes anciennes lectures , il ne m'en reste qu'une vague réminiscence, et je n'ai pu mettre la main que sur Brantôme , encore ne nous donnera-t-il qu'un souvenir du temps de François Ier. L'anecdote mérite toutefois d'être transcrite à défaut d'autres et pour donner une idée de la galanterie chevaleresque de ce grand roi , le père de la renaissance du bon goût : « J'ay ouy conter que le roy François, ayant en main une fort belle dame, qui luy a longtemps duré , allant un jour inoppiné à laditte dame et en heure inopinée coucher avec elle, vint à frapper a la porte rudement, ainsi qu'il devoit et auik pouvoir, car il esloit maître. Elle qui estoit pour lors accompagnée du sieur de Bonnivet, n'osa pas dire le mot des courtisannes de Rome : Non si parla, la signora è accompagnala. Ce fut à s'adviser là où son galand se cacheroit pour plus de grande seureté. Par cas, c'estoit en été, où l'on avoil mis des branches et feuilles dans la cheminée, ainsi qu'est la coustume de France. Pourquoy elle lui conseilla et l'advisa aussi-tost de se je 1 1er dans la cheminée, et se cacher dans ses feuillages tout en chemise, que bien luy servit de quoy ce n'estoit en hyver. Après que le roy eut fait sa besogne avec la dame, il voulut faire de l'eau; et se levant , la vint faire dans la cheminée, par faute d'autre commodité; dont il en eut si grande envie, qu'il en arrousa le pauvre amoureux plus que si l'on luy eust jetté un sceau d'eau. — Je vous laisse à penser en quelle peine estoit ce gentilhomme , car il n'osoit se remuer, et quelle patience et constance tout ensemble. Le roy, ayant fait, s'en alla, prit congé de la dame cl sortit de la chambre. La dame lit fermer par derrière et appela son serviteur dans son lit. l'eschauffa
LE PALAIS MAZARIK.
île son feu, et lui lii prendre chemise blanche.» (Tome VII, p. 393, édit. de 1822). Mais revenons à l'époque précise, qui nous occupe. On lit dans le Furelieriana ■■ « Ce n'est pas une chose fort extraordinaire de voir pisser un homme contre une maison dans les rues; il ne l'est pas aussi qu'un cavalier donne la main ù une dame d'un quartier de Paris à l'autre : toute femme de qualité ne peut avoir un équipage, nuis elle peut avoir des escuyers qui ne coûtent rien, principalement quand elle est bien faite. Une de celles-là ayant à passer du faubourg Saint-Germain au quartier Saint-Eustache, pria un gentilhomme de ses amis de luy donner la main; comme ils étaient dans la rue Dauphine, l'envie de pisser prit au cavalier; il s'approche d'un mur, il pisse, sans songer qu'il tenoit la main d'une dame et sans la quitter, et tout cela par absence comme faisoit M. de Brancas, encore celui-cy quitta la main de la Reine pour pisser contre la tapisserie, mais celui-là tint toujours ferme; la dame qui n'avait pas de masque, étoit rouge comme de l'écarlate ; tout le monde la regardoit, tout le monde rioit, et son escuyer pissoit toujours; quand il eut fait et qu'il fut revenu de son absence : Excusez, dit-il, madame, si je vous ay fait un peu attendre, c'est que j'ai une rétention d'urine qui m'incommode beaucoup (p. 263 de l'édition in-120, de 1696. Ce détestable Ana publié par Guy-Marais compte des exemplaires ()ui ont pour titre F*** ana et il a été réimprimé dans la collection des Ana , tome I. Paris , 8°, 1789 , en dix volumes.)» Berlhod en se promenant dans la ville de Paris , pour en faire la description en vers burlesques, s'arrête un moment dans la grande salle du palais, et s'il s'étonne des libertés qu'on y prend, c'est qu'on choisit pour les satisfaire, justement la place où se trouve l'image du Roy :
Tien, tien, voy tu pas un qui pisse Contre un pilier, ha par ma foy Tout droit sous l'image du Roy.
( Page i3, édit. in-Zi° ; voir aussi l'édit. Elzevierienne,j(»(x(c/« copie à Paris, clic: la veuve Guillaume Loyson, 12", l65/i.)
Je ne >ais ce que c'est que cette image du Roy dans la salle du palais, est-ce celle de Philippe-lo-Bel, dont il est fait mention dans l'Esbatement du mariage des llll fils Ue.tnon: au Palais, à la Pierre de marbre devant le beau lioy Philippe, ou bien est-ce plutôt l'une de celles qui successivement la remplacèrent.
(300) Un jour un garçon, c'est l'abbé Tes tu l'ainé, menoit Madame de Cavoye chez Madame de Cham'gny : Mon pauvre abbé, lui dit-elle en passait! dans une grande salle, tourne la tète ; et après elle se met à pisser dans une cuvette. (Tallemant, VII, 18.)
(301) M. Chaillou Des Bares accepte comme valable la tradition suivante, pour expliquer les dimensions élroites des portes à un seul
battant d'Ancy-le-Frane, château bâti, comme on sait, en 1 555. Antoine de C 1er mont-Tonnerre croyait avoir des droits aux deux baltans chez le Roi ; ces droits ne furent pas reconnus, et Use ménagea la possibilité derendre à Sa Mageslè sa royale impolitesse (Descript. d'Ancy-le- Franc, p. 16).
(302) Montauron défendait à ses domestiques de rien recevoir (Tallem., VIII, 129), aussi était-il cité pour avoir poussé loin la grandeur du luxe et le faste des manières. D'un auire côté, Tallemant raconte que M. d'Angoulême ne payait pas ses gens, mais qu'il leur disoil : quatre rues aboutissent à l'hôtel d'Angoulême , vous êtes en beau lieu, profitez-en si vous voulez (Tom. I, p. 221). Cet hôtel est devenu l'hôtel de Lamoignon , rue Pavée, au Marais. Il était du grand air de se laisser voler et mal servir par ses gens. Pour n'en donner que deux exemples, je les prendrai, l'un dans les Précieuses Ridicules de Molière, dont le succès date de i65g ; l'autre dans le Roman Bourgeois de Furetière , qui parut en 1666. Mascarille appelle une longue kirielle de laquais, aucun ne se présente, et pour cause. Il s'écrie : Au diable soient tous les laquais ; je ne pense pas qu'il g ait gentilhomme en France plus mal servi que moi. Ces canailles me laissent toujours seul (scène XII). Le marquis, dans le Roman Bourgeois, éclaboussé pendant qu'il contemple Lucrèce, envoie son page chercher d'autres habits. Mais le page revient tout en sueur lui dire que le valet de chambre avoil emporté la clef de la garderobe , et que depuis le malin qu'il habilloit son maître, il ne revenoit à la maison que le soir ; suivant la coutume de ces fainéans, que les maîtres laissent jouer, yvrogner et filouter tout le jour, faute de leur donner de l'emploi, dans la pensée qu'ils dérogeroienl à leur grandeur s'ils les occupoienl à plus d'un office (page 3â, édit. de Nancy, 1713, 120).
(303) Les gouttières en forme de gargouilles, jettaient l'eau du haut des maisons, jusqu'au milieu de la rue. Loret l'apprenait a Boileau :
Les eaux qui tombaient des goutières Firent dans Paris cent rivières.
(Liv. VI. 87. 1655.)
Et les nombreux torrens qui tombent des
[gouttières,
Grossissant les ruissseaux , en ont fait des rivières.
(Boileau, sat. VI.)
Il y avait manteau et manteau; les uns se laissaient à la porte par bienséance, Bassoinpierre les appelait des Manteaux de pluye (Mémoires page i53, tomel), les autres se conservaient à table par marque de respect. — Les traités de la civilité n'oubliaient pas ce point important : Il n'es/ pasde la bien-séance de s'envelopper de son ma ni eau, quand On entrt dans la maison ou dans les chambres. Chez le
Lli PAL A IS
Itotj, entrant ainsi, on s'e.iposcroit à quelque correction (p. 17, cliap. IV). // ne faut pas quitter son manteau ou son épée pour se meuve a table, parce qu'il est de la bienséance de les garder (p. 97, chap. XI).
J'ai fait entrer dans mon travail, au nonihre des renseignements sérieux, une source d'informations à laquelle 011 ne puise pas d'ordinaire. Je dois donner quelques explications, moins pour prouver que la Civilité puérile et honnête a mérité son immense popularité, que pour établir qu'elle peut servir encore utilement comme peinture de mœurs.
A toutes les époques, on s'est occupé de l'éducation des petits enfants. L'antiquité avait réservé ce soin à ses plus grands esprits. Plutarque, pour ne pas remonter plus haut, avait puisé dans les sentiments de l'époux, dans l'instinct de la famille et dans le cœur du père, des enseignements qui n'ont rien perdu de leur valeur, en perdant de leur àpropos. Aussi, c'est a lui que remontent, c'est lui que choisissent pour chef de lile tous ceux qui, dans leur amour des enfants, ont travaillé sur le même sujet.
Au moyen-âge, le clergé fut la sauve-garde des lettres et des arts ; il dirigea les écoles, il publia les ouvrages élémentaires destinés aux enfants. Des hommes vénérables comme Guillaume de Champeaux, (+ nfti) et Vincent de Beauvais (+ i'26fi), furent ses maîtres en France, et ils eurent en Italie d'heureux émules dans Vittorino da Feltre (+ liai), Pierre Vergius (+ 1428), Maphœus Vegius (4- 1658), Antoine Mancinellus (-J- iâo3), et enfin le savant et charitable J. Sadolet ( + 1547)-
Luther dans l'intérêt de sa réforme, les Jésuites en poursuivant le but de leur institution, enfin Érasme obligé, pour vivre, de se faire précepteur de quelques enfants nobles, ont publié de sages préceptes et le résultat de leur expérience. Tous ces ouvrages plus ou moins approfondis, l'étaient toujours trop pour devenir des manuels populaires et usuels. Il était réservé à Jean Sulpice de Veroli, en Campanie, de donner, vers i483, le livre qui, pendant plus de trois siècles, a pu conserver sa popularité et son utilité, genre unique de succès qui ne s'explique que parce qu'il conserva son à-propos. C'était un petit poème, de 120 vers à peu près, composé dans une forme mnémonique, et renfermant une suite de préceptes qui, bien que destinés seulement aux règles observées à table, embrassaient l'ensemble de la vie enfantine. Cet ouvrage, en passant les Alpes, s'augmenta d'un commentaire en prose, fut traduit en ryme françoyse par Pierre Broë, et trouva des imitateurs dans Pierre Saliat et d'autres.
Mais pour qu'un livre utile acquiert la véritable popularité, il faut qu'il soit animé, soutenu par un homme; le vénérable Mathurin Cordier(-J- l56a) qui consacra toute sa vie à l'éducation des enfants, transforma l'ouvrage de Jean Sulpice, et l'aurait répandu
dans son innombrable clienlelle sous le titre de Miroir de la Jeunesse, si en quittant la France, en allant à Genève après avoir abjuré sa religion, il n'avait imprimé à son ouvrage un sceau suspect, ou plutôt une tache aux yeux de l'église. Le besoin de ce petit manuel était cependant senti , le succès de toutes les tentatives en avait appelé de nouvelles ; les Jésuites s'en emparèrent; un de leurs membres, prenant le liire d'un missionnaire, publia en i56o la dernière transformation que devait subir cet ouvrage. C'était sa forme définitive appelée à devenir si généralement populaire ; c'était enfin la Civilité puérile et honiveste. Dire combien de modifications ce livre a reçues depuis lors, ce serait faire la bibliographie de ses éditions de chaque année et de chacune de nos villes ; mais ces modifications n'attaquaient en rien trois choses qui restèrent invariablement populaires : le titre, le caractère et le fond. Le titre avait remplacé le nom de l'auteur, il était devenu un nom ; le caractère gravé et fondu par Nie. Granjon à Lyon, fut acquis par les deux libraires de Paris, Pli. Danfrie et Richard Breton, qui s'en servirent en même temps pour l'impression de la Civilité ; de là son nom. C'est un caractère cursif qui, par des combinaisons ingénieuses, imite habilement l'écriture gothique-bâtarde alors en usage , avec toute la liberté de la plume. (Les Allemands en avaient déjà donné le modèle en 1Ô17. Voir mes Recherches sur l'imprimerie.) Le fond de l'ouvrage enfin ne varia pas; il était le résultat de l'expérience et devint une tradition ; seulement chaque génération y apporta les modifications de ses nouveaux usages.
ÏNous devons associer au succès de cet ouvrage, les compositions poétiques de ce bon monsieur de Pibrac, comme l'appelle Montaigne. Il se préoccupa vivement de la civilité et de ses règles, dans une suite de quatrains et dans son petit liv re de la Manière civile de se comporter, pour entrer en mariage avec une demoiselle. Ses quatrains sont associés â la civilité puérile et honueste, car ou ils soin imprimés à la fin du livre, ou s'ils se vendent isolément, ils sont, presque toujours, imprimés avec les caractères de civilité.
Un si grand succès, un succès si utile devait avoir ses imitateurs ; un seul mérite d'être cité : c'est J.-B. de La Salle, le saint fondateur des écoles chrétiennes, qui écrivit pout'ses élèves, vers lligo, une Civilité chrétienne.
L'utilité d'un guide pour les enfants, à leur entrée dans la vie, fit sentir, aux hommes faits, le besoin d'un guide semblable à leur entrée dans le inonde. Déjà l'élégant comte de Castiglione avait donné son expérience en exemple àl'homme de cour, au courtisan et le sieur Faret sous le titre de Vlloneste homme avait décrit les manières de l'homme galant, car il prenait le mot honnête dans l'acception (pie lui donne Brantôme, en l'appliquant aux daines les plusdévergondées. Mais ces ouvrages n'avaient pas la forme méthodique et élé-
LE PALAIS iMA/.AKIN.
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meniaire , réclamée de tous , il lallaii nécessairement 1111 nouveau manuel des bonnes manières. Certaines conditions étaient nécessaires pour composer cet ouvrage. Antoine Courtin les réunissait toutes; par position , assez répandu dans la société pour la bien connaître , il y était par naissance assez intrus pour l'examiner, pour la juger en spectateur; en outre, il avait vécu assez longtemps dans les sociétés de province et dans les cours étrangères, pour comprendre tout ce qui leur manquait, pour leur prescrire les règles qu'il leur avait vu blesser. II était donc placé à merveille pour devenir non le législateur de la société, mais l'interprète des lois de la civilité. A son retour de Suède, où il avait rempli une mission importante (i655-i66o) , et après avoir été employé par Louis XIV dans différentes négociations, il resta sans emploi, c'est alors qu'il profit;! de ses loisirs pour écrire son Traité dé la civilité qui parut à Paris en 1671, et a été réimprimé pendant près d'un siècle.
Je ne veux pas omettre de citer l'abbé de Bellegarde qui, quelques années plus tard, publia des réflexions sur la politesse des mœurs, avec des maximes pour la société civile; son ouvrage, fruit d'un esprit observateur, ne contient que des réflexions morales, sans indication des mœurs du temps et de ses habitudes.
Rien n'arrêta plus le cours des réimpressions de la Civilité puérile et honnête pour les enfants de toutes les classes, et du traité de la civilité pour la bourgeoisie , les provinciaux et les étrangers de tous les âges. J'ai lu avec attention tousces traités, et j'ai comparé entre elles le plus grand nombre de leurs éditions. J'avoue que je ne regrette pas la fatigue de ce travail; quand on connaît les mémoires et les romans du temps, on trouve encore dans ces petits livres des détails nouveaux, précis, entourés de circonstances bien définies et ayant leur date.
On m'objectera peut-être que les recommandations de la civilité sont bien impertinentes ou bien naïves, je répondrai que lorsqu'on a étudié les mœurs de la fin du quinzième siècle et de tout le seizième, on les trouve toutes très convenables; les turpitudes de tout genre qui se commettaient alors jusque» dans les salons de la noblesse, jusques dans les palais des rois exigeaient des avertissements d'autant plus minutieux, qu'ici ils s'adressaient à toutes les classes. Je citerai quelques passages de la paraphrase composée vers i55o par Pierre Broë, d'après le petit poème de J. Sulpice. (le sont les plus cxcentriques, mais ce n'étaient pas les moins nécessaires:
Sur toute chose amonester te veux Que lu n'aie point le nezord nemouriteux, Car trop seroys à moquer et reprendre S'on le voiovt distilcr ou descendre
Du nez en bas la roupie ou morueau , Qui le feroyteslre estimé pour veau.
D'un autre point aussi je t'amnnestc , Garde toy bien de te grater la leste Deuant les gens tant qu'à table sera* : Puces et poux aussi ne chasseras Ni autre besle, ou meschante vermine, Quoy qu'en tondozouen ton col chemine.
Mais de peter garde qu'il ne t'eschappe Retien ce vent et en dedans l'atrappe.
Ferme le trou, ioins les fesses ensemble, Et serre fort encores qu'il te semble Que la douleur te deust tant tormenter Comme vue femme aprochant d'enfanter:
Car pour un pet ord puant et infâme Fait à la table , il n'est homme ne femme Qui ne te dist que tu es a outrance L'Vn des plus grands archeuilains de J'en di autant sur ce propos ici [France. Si tu auoys ocultement vessi :
Car quelque cas que die le Sloique Le rot, le pel et la Vesse impudique Sont reprouez en bonne compaignie :
Il n'est celui qui sans houle le nie.
La Civile Honestetè de i56o, a aussi, au feuillet xiij recto, son chapitre intitulé : Le vomir, peler, roter et faire telles ordures et toutes les éditions suivantes ont modifié ce paragraphe desvenlosités, selon que les mœurs et les habitudes exigeaient plus de rigueur ou conseillaient plus de relâchement. Quand la date manque â une édition de la Civilité puérile et honnête, c'est dansl'étendueoù la suppression complète de ce chapitre qu'on peut la trouver approximativement. Les mémoires du temps prouvent assez que ces préceptes furent longtemps utiles, car on les méconnaissait cruellement.
Je ne me suis pas contenté de cette élude; j'ai été chercher une autre source d'informations plus complètement négligée encore, parce qu'elle était à notre portée en restant à notre tirage. Je veux parler de cette longue suite de petits livres destinés à aider le pécheur catholique dans sa confession. On ne s'imagine pas facilement ce que contiennent ces préparations, de suppositions toutes admissibles dans les mœurs de chaque époque, puisqu'elles étaient prévues dans les différentes réimpressions de ces livres, toutes d'une époque certaine, puisqu'elles ont leur date en tête de chaque édition. Je n'ai pu faire qu'un usage très restreint de ces renseignements; mon cadre ne me laissait pas plus de latitude ; mais lorsqu'il s'agira de tracer le tableau des mœurs de la société du XVII0 siècle, on consultera ces ouvrages avec fruit. Je vais les indiquer par leurs titres, non pas tous, ni toutes leurs éditions, mais ce (pie j'ai lu et consulté moimême :
PlutarChi de inr/rnuis educandis. — Voir sur les nombreuses éditions grecques et latines de cet opuscule, le Manuel de Brunei (lome III, p. 78Û).
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LE PALAIS MAZAB1N.
Vincentius bellovacensis, librï III, de morali principis institulione, de nobilium puerorum institutions et de consolai ionibus specialibus de morte fdii, in-folio sans lieu ni date, de 4o lignes à la page. — Autre édition de 1477, sans 'ieu el sans lllinl d'imprimeur, iu-folio. — Autre édition dans les Opuscida Basileœ, Joli, de Amerbach, folio, i48i.
MapH/EI Vegii : De educalione liberorum, et eorum claris moribus, libri VI. A la fin, on lit: Impression Mediolani per l.eonardum l'achel, anno 1491, 4°. — Parisiis, 4°, i5n. — Tnbingen, 4°, i5i3. — Basel. , i54i. — Et dans le tome 26 de la Max. Bibl. patrum.
Pétri Pavli Vergerii ad vberlinvm carariensem. — De ingenvis moribvs opvs. Sans lieu ni date, imprimé vers 1472, par Adam de Ainbergau, à Venise; de 33 feuillets, in-4°.
— Autie édition sans lieu ni date, vers 1474, par Georges Lauer, in-4°, à Rome. Les noms de baptême de cliacun de ces imprimeurs sont insérés dans quatre vers qui forment la souscription.— Autre édition : Impressum mediolani, per philippum Lauanium, 1677, 4", de 36 feuillets. — Autre édition de Milan, per Mag. Anton. Zarotum,i 48o. — Autre, 1487, 4°. — Autre, 1490, li". — Impressum Brixiœ, per Jacobum Britannicum, 1485, 4", de 36 feuillets. — Idem, per Boninum de Bononis de Hagusia, i485,4". — Veneliis, per Damianum de Mediole.no, i4g3, 4°, de 34 feuillets. — Veneliis,iliQQ, 4",de 12 feuillets. — Mulinœ, 4°, i5oo. — Impressum est Mediolani. Scinzenzeler, i5oo, 4". — Réuni aux traités de Plutarque, Sl-Jérôme, Xénophon, etc. Florence, sans lieu ni date. — Sans lieu ni date, 4°, de 88 feuillets. — l'arisis, per Guidonem merca- Inris, 1/194, 4°. — Veneliis per Damianum de. Mediolano, î^Qli, 4°- — Brixiœ, i4g5, 4°. — Venctiis, per .1 . Tucuinum , de Tridino, 1497.
— Veneliis, 1499, Û°- — Et enfin sous ce nouveau titre : P. V. Vergerii, de puerorum educalione liber gravissimus, Lipsiae, 120, 1604.
/Eneas Sylvius : De educalione puerorum Colonies, 4° (vers 1470).
Ant. Mancinellus : De parenlum cura in liberos et filiorum erga parentes obedienlia, honore et pietale. Lipsiae, 4°, i5i3.
Jac. Sadoleti : De liberis reele inslilvendis, liber. Veniliis,?,0,iô33.—Leyde, 8°, 1533.— Parisiis, apud Simonem Colinœum, 8°, 1534, de 52 pages. — Lyon, Sel). Gryphius, 80, 1535. — Augsburg, 8n, 1 53Ô. — Autre édition, Avgsburg, 80, 1604. — Traduit en italien. Venise, 8°, 1740. Ce traité comprend toute l'éducation morale et littéraire des enfants; elle donna lieu à Bembo, de relever certaines expressions d'une latinité contestable, et à Sadolet, de répondre dans une lettre, à cette attaque philologique. Voir Tiraboschi, Sloria délia lelt. liai., édit. de 1824, Milano (tome VII, p. 28}, sur sa bibliothèque (p. 342), sur sa vie littéraire (p. 44g), sur son ouvrage d'éducation (p. 454). Ouest 0 solo irattalo benchescrilto, giàson duc secoli emezzo, èa mio credere forse inigliore di Ittnli saggi, e di
lami metodi, per la pubblica e per la privala educazione scriiti in questo nostro secolo, in cui s'insullano, corne barbnri i nostri maggiori (p. 455).
Henricus Bebelius : De institutione puerorum. Dans les nombreuses éditions de ses innombrables productions, 4», Strasburg, idi3. i5i6, etc. Voir Hayn, Brunei, Ebert, etc.
De disciplina et institutione puerorum , Othonis Brunsfelij parœnesis, Aniuerpiœ apud Martinum Cœsarem, 1529, mense marlio, in-8° de 3a liages, en lettres italiques — Autre édition : Coloniœ, apud Joannem Ruremundanum, anno i54i, in-8° de 3o pages non chiffrées.
Érasme : De cWlilaie morum puerilium, Basic, 8", l53o. — Paris, 8°, Bob. Stephanus, i54g.
J. Sulpitius : De moribus puerorum carmen iuuenile. Sans lieu ni date, 4° {Lipsiœ, Marlinus Herbipolens) .
Carmen iuuenile .•. ai Johannis Sulpitii Verulani viri diserlissimi de moribus puerop précipite in mensa seruâdis, Carmen iuuenile panels explanatum incipit. Au-dessous du fleuron : Au Pellican, in-8° d'une feuille, caractère gothique. — Des bonnes mevrs et honesies contenances qve doit garder vn ievne home, tant à table qu'aillevrs, avec avtres notables enseigne mens. Euure compose premièrement en latin par M. Jean Sulpice de Saint' Alban, dit Verulan, et nouuelleme.nl tourné et traduit en rime françoyse, par paraphrase, par M. Pierre Broë, praclicien de Tournon sur le lihosne. A Lyon, par Mare Bonhomme, 8°, 1555, de 38 pages.
Jean Sulpitius, de sa ville natale, Veroli dans la Campanie, appelé Verulanus, vivait à Rome sous Innocent VIII, et compta parmi les hommes les plus instruits du XVe siècle.
— G. Tiraboschi, dans sa Storia délia Letteralura ilaliana (tome VI, p. 1628. Milano, 8°, 1824), mentionne cet ouvrage, sans paraître avoir connu les autres : pubblicô un poemetlo latino su coslumi da usarsi a mensa.
— Fabricius mieux instruit, après avoir cité ses autres ouvrages, imprimés presque tous à la fin du XV<' siècle, ajoute : Prœter ea quœ hic recensentur , dédit el opusculum elegans metricum de moribus in mensa servandis quod posl editioucm a Badio curatam, iterum produxil Gulielmus Durandus Ludi magislerLugdunensis, additis adnolalionibus suis Gallico- Latinis, in-8°. Lugduni , 1542 (Lib. XVIII, tome VI, p. 216. Bibl. inéd. etinf. latinilatis).
Déclamation contenant la manière de bien instruire les enfans dès leur commencement, avec un petit Iraiclé de la civilité puérile et honnête. Le tout translate nouuellemenl du latin en françoys, par Pierre Saliat. On les vend à Paris, en la maison de Simon Colincs, 1537. 1 vol. in-120, de 73 feuillets, et 0 feuillets préliminaires. — Autre édition sous ce titre : L'Entrée de jeunesse en la maison d'honneur, déclamation contenant la manière de bien instruire tes enfans. Lyon, 160, 1538,
LE I>AI.AIS MAZARIN
Note 303.
Olivier Arnoullet. V. l'Analectabiblion , loin. 1, p. 333.
De inslitvenda vitn et moribus corrigendis iuuenlutis, Parœneses, Christophoro ilegendorphino autore.
Quo pacto iniicnvi adolescentes forman&i situ, prœcepliones christiani. Theodidacli. 1mletiœ, ex o/prinà Rob. Stephani, MDXLV, de 62 pages. La dédicace est de 1529, la l'orme est religieuse et morale.
Ferrand de Bez : Institution puérile à Charles d'Alonville, Jean et Christ nphle de Thon, ses disciples. Avignon, 8°, 1353, par Barthélémy Bonhomme , pour Jean Luquet.
Jean le Moyne: l'instruction de bien et parfactement escrire — arec quatrains moraux — augmenté depuis la dernière impression — à Paris, pour Barbe Régnant. 16e. sans date — Paris, 12e. 1556 — Avignon, 12°. 1557.
Mathurin Cordier : Miroir de la Jeunesse, pour former à bonnes mœurs et civilité de vie. Poitiers, pour P. et J. Moine frères, 16°, lyjy. — Paris, 160, chez Jean Bonfons, sans date. — A Paris, 160, i50o, chez Jean Ruelle.
La civile honesteté pour les enfans, avec la manière d'aprendre à bien lire, prononcer et escrire qu' avions mise au c.ominmencement. A Paris, de l'imprimerie de Richard Breton, rue S t- Jacques, à l'Escreuisse, i56o, attec priuilège, 8°. — Voilà que doit eslre sur toutes choses, pour recommandé à l'enfant. Adieu ami/, lecteur , jusques à ce que Dieu m'ayt donné le loijsir et commodité de faire plus et mien t. Fin. Termine ainsi au verso du 32« feuillet. — Civilité honeste pour les enfans. Paris, 8°, i56o, Phil. Danfrie (caract de civilité). — La Civilité puérile et honneste, pour l'instruction des enfans, dressée par un missionnaire ; ensemble les beaux préceptes et enseignemens pour instruire la jeunesse <i se bien conduire dans toutes sortes de compagnies. A Troyes, chez la veuve de Jacques Oudot, 12°, 1730, de 64 pages. — La Civilité honnête pour les enfans. A Lisieux , chez F. A. de Ronccrcz , imprimeur du collège. (Caract. de civilité avec une gravure sur cuivre deKlauber, représentant le jeune Louis XV sur son trône, servant de modèle aux petits enfants.) 8" de 48 pages et les 126 quatrains de M. de Pibrac sur 22 pages non paginées.
— A Angers, chez Jean lïubaul , imprimeur et libraire, rue Saint-Michel, de 72 pages, et 8 pour le traité d'orthographe. — A Paris, 8°, i8i3, chez Théod. Leclerc (caractères de civilité), etc. , etc., par centaines d'éditions.
— Nouveau Traité de la civilité qui se pratique en France, parmi les honnestes gens,pour l'éducation de la jeunesse. — Les Beaux Quatrins du sage monsieur de Pgbrac. A Chastellerault, chez lu veuve Mareschal, de 48 pages. Je place celte édition après les autres, parce qu'on a ajouté à la lin de quelques exemplaires : De la manière civile de se comporter en mariage. Or cet ouvrage, ainsi que les quatrains, appartiennent â l'article suivant :
Pibrac : Les Quatrains du seigneur de Pibrac. — De la manière civile de se comporter pour entrer en mariage avec une demoiselle. Amsterdam, 8», Vander Haghen (caract. de civilité). — Cliquante quatrains, contenant préceptes et enseignements utiles pour la vie de l'homme, par le S. île Pyb.Lyon,S".i5jH, par Jean de Tour' es, de i3 pages. — Paris, in-4°, 1074, chezFréd. Morel. La continuation parut en 1575, et les deux parties ensemble en 1583. — Une autre édition. Paris, 120, 1583; Itrayer. — Paris, 8°, 1667, Loyson. Ces quatrains, d'abord au nombre de cinquante, puis augmentés jusqu'au chiffre de cent vingt-six, se retrouvent rétablis d'une manière assez exacte, d'après le texte original dans les Mémoires sur la vie de Pibrac (donnés par Lép'meûaGram'Me) augmentés par l'abbé Sepher, avec les pièces justificatives , ses lettres amoureuses et ses quatrains (Amsterdam). Paris, 12°, 1758. Pour d'autres éditions, voir les dict. bibliographiques, et pour les traductions en toutes les langues, l'article de M. Retnard dans la Biographie universelle.
Le Miroir des escoliers et de la jeunesse; la Doctrine des bons enfans et la malice des pervers ; Demandes interrogatoires de l'empereur Adrian , à un enfant sage à trois ans , liuro propre pour le temps présent. Reueu et augmenté de nouutau d'une petite ciuilité que doiuent tenir les ieunes enfans . estant à table. A Paris, chez la vefuc Robert Micard, 12°, 1602 (caract. de civilité). On trouve à la fin : les Plaisirs de la vie rustique, de Pibrac, et l'Ode de Philipes des Portes.
La Civilité honneste , pour l'instruction des enfans (Paris), 120 (i(348), Fleury Bourriquant (de 62 pages, carract. decivilité. )
Tablettes puériles et morales, pour instruire les enfants. Angers, 8°, i658.
Traité de la Civilité, nnuuellement dressé d'une manière exacte et méthodique, et suivant les règles de l'usage vivant. Bévue et augmenté dans cette dernière édition. A Lyon, 12°, 1685, chez Jean Certe. Ce n'est qu'un médiocre remaniement de la civilité puérile.
De l'Éducation chreslienne des enfans, selon les maximes de l'Escriture Sainte, et les instructions des Saints Pères de l'Église. A Bruxelles, Foppens, 120, 1669 (de 324 pag.).
Maximes et réflexions sur l'éducation de la jeunesse , où sont renfermés les devoirs des parens et des précepteurs envers les enfans, A Paris, chez la veuve Sébastien Mabre-Cramoisy, 120, 1690.
La salle : Règles de la bienséance et de la civilité chrétienne, divisées en deux parties, par monsieur de La Salle, prêtre, docteur en théologie et instituteur des Frères des Ecoles Chrétiennes. A Reims, 8°, 1722, chez Regnauld. Florentain. — A Rouen, 8", 1764, chez Laurent Dumesnil. — .( Reims, chez Pie raid, 8°, 1782, etc., etc.
Castiglione (Baltbasar de). // librodel cortegiano. Vcnetia, f°, iâ28, etc. Aides. — Firenze, 8", »528. Junte, et chez les mêmes, 1529,
Note 304.
3i et 37.— Venegia, 8°, i55g, Glolito. — Lyon, Koville, 16, )553, 62. — Le Courtisan, nouuellemenl reiteu et corrigé (traduit par J. Colin d'Auxerre), Lyon, 8", 1538, Fr. Juste. — Paris, 8°, 1537, J. Longis. — Le parfait Courtisan (trad. parG.Cbappuis, I.yon, 8°, i58o, 8.">. — El Cortesa.no (tr. parBoscan),Salamanca,/in,iâ/io.
Ant. Couhtin : y oui eau traité de la civilité qui se pratique en France parmi lis lionnes tes gens. Amsterdam, 12«, 167 1 (Elzev.), chez .(arques I.cjcunc. Le privilège est de 1670, en faveur du sieur J. M. qui signe la dédicace de ces deux initiales. — Seconde édition corrigée et augmentée. Amsterdam, chez Jacques le jeune, ia<\ à la Sphère, 1672, de 6 feuillets prél. et de'27G pa^cs (EU.). — Troisième idit. A Paris, chez Ilélie Jossel, 12°, 1673. — Quatrième édition. A Paris, chez Hélic Jossel, 12°, 1676, de 2fi6 pagi's. — Cinquième édition. A Paris, chez Ilélie Jossel, 12°, 1670, de 270 pages. Amsterdam, 120, 1679, chez Jacques le jeune (édit. Llzev,). — Sixième édition. A Paris, chez Ilélie Jossel, 12°, 1682, de 268 pages. — Septième édition. — Huitième édition. A Paris, chez Elie Jossel, 120, 1695, de 270 pages. — Nouvelle édition, chez Elie Jossel, 12°, 1702, de 332 pages. — tourelle édition, chez Louis Josse, 120. 1712, de 36o pages. — Nouvelle édition, de la boutique de feu M. Josset. A Paris, chez Louis Josse, 12°, 1728, de 36o pages. — Nouviile édition. A Paris, chez Durand, 120, 1700, de 36o pages.
— Nouvelle édition. Paris, ]2°, 1762. — Svite de la Civilité françoise, ou Traité du pointd'honneur, et des règles pour converser et se conduire sagement avec les incivils et les fâcheux. A Paris, 12°, 1675, chez Hélie Jossel.
— Seconde édition, 12°, id., 1680. — Traité de la Paresse, ou l'Art de bien employer le temps. — Une autre édition. Paris, 120, 1743 ; Josse, 2 tomes. — r Franck furt, 120, 1681, beg J.-P, Zubrodt, traduction allemande avec le texte français en regard.
De Bei.legarde : Réflexions sur la politesse des mœurs, avec des maximes pour la société civile. Seconde édition. Paris, 8°, 1700.
15. Bertaut : Le directeur des confesseurs, XXIV* et dernière édition. Paris, 120, 16G3.
Saint-Germain : Examen général de tous les états et conditions, et des péchés que l'on y peut commettre. A Paris, 8°, 1676, chez Guillaume Desprez , en 2 volumes.
C. Leutebrecver : La Confession coupée, ou la méthode facile pour se préparer aux confessions particulières et générales, dans laquelle est renfermé l'examen général de tous les péchés qui se commettent. Lesquelles sont tous coupé; et dispose: de manière que, sans rien écrire, on levé chaque article dont on se veut confesser et à l'instant ou après la confession le tout se remet et confond avec les autres péchés, comme il estoii auparavant, sans que d'autres personnes puissent connoistre les péchés dont on s'est accusé. A Paris, 120, 1682, Denys Thierry. — Autre édition. A Bruxelles, chez Frie.r, 120, )683.
(504) Les allusions ne manquaient pas avant le dix-septième siècle sur cette saleté de la ville de Paris, et on les retrouve plus lard:
De tant de caualiers qui vontauec des boites A faute de souliers et non faute de crottes. (L'espadon satirique, sat. I.)
Vous ne verriez alors tant de doctes esprits Bottez jusqu'augenotiil des crottes de Paris. (Idem., sM. I,pag. 9, par erreur 11.)
Les 16 satires de Claude Desiernod fournissent de bons renseignements sur le commencement du dix-septième siècle ; elles ont paru en 1621 pour la première fois et leur succès les a fait réimprimer a Lyon, à Paris et à Rouen en 1622, 162/1 et 1626. Brosselte (Œuvres de Régnier, Zr) , Lenglet Dufresnoy , l'abbé Goujet (Bib. françoise, tome XIV, p. 209 e<2i6) , d'Artigny ( Nouveaux mémoires d'histoire , tome V , p. iho. Tome VI , p. 113) , le cat. de La Vallière (N<>2868), M. VVeis (Biographie unie, au nom de Desiernod), Barbier ( Anonymes, ait mol espadron) , Brunei ( Manuel au nom de Desiernod,) etc. , ont clicrclié à éclaircir l'obscurité qui règne encore sur ce Claude Dcsternod , sur ce Franchère et ce François Pavie de Fourquevaux. La personne qui aurait pu décider la question, l'a laissée indécise en passant sous silence ce poète remarquable. (Cat. des livres comp. la bibl. poétique de M.Viollet le Duc. Paris, 8°, 1843.) Berthod , également oublié par M. Viollet le Duc, apostrophe ainsi la ville de Paris en 1 fi/19 :
Ville toujours pleine de boue Faite d'ordure et de pissat.
(Page 1.)
// y fait un peu crotté, dit Mascarille, mais nous avons la chaise. Madelon lui répond en style de précieuse : // est vrai que la chaise est un retranchement merveilleux contre les insultes de la boue et du mauvais temps. (Les préc, rid., scène X.) On pourrait multiplier ces citations à l inlini. ( Voir une scène dans le Roman Bourgeois , page 34, édit. de i7i3.)
Malherbe écrit à Peiresc , le 3 oct. îfioS : « Il y a à cette heure un grand ordre à Paris pour les boues, pour ce que les maisons sont taxées deux fois plus qu'elles ne I'étoient, mais j'ai peur que cette grande furie ne durera pas et qu'insensiblement nous retournerons au premier désordre et qu'il y fera crotté comme devant.» En effet ce n'était pas la première foisque l'on tentait de nettoyer Paris. La collection manuscrite des ordonnances de police, formée par M. de Lamoignon et conservée dans les archives de la préfecture de police contient plusieurs ordonnances sur ce sujet; la plus détaillée esl de JÔ73 : Ordonnance du Roy concernant le faict des saillies des quais, boues et immndices de la ville et faulxbourgs de Paris : comme pour l'ornemèt et embelissemet de nostre ville de Paris, capitale de nostre royaume et santé des habitons d'icelle , plusieurs ordonnâtes agent esté tant par nos
iNoti' 30(>.
prédécesseurs , que par nous , depuis nostre aduenement à la courone faicles , lesquelles par négligence ou autrement , ne sont et n'ont esté gardées et observées , {à nostre grand regret et desplaisir : ) pour ce est-il, — suit un règlement très sage, encore en vigueur pour l'enlèvement des boues. La lettre de Malherbe prouve qu'il en fut de cette ordonnance-là comme de ses devancières et nous voyons que le grand ordre de 1608 ne fut pas non plus de longue durée, puisque le cardinal Mazarin pendant son administration, s'occupant de la propreté des rues, introduit le hallayage pour faire disparaître la boue et rétablit l'arrosage pour éteindre la poussière : Pour le moins, oserois-je dire, Quand tout le monde en deuroit rire , Que vous avez fait de grands biens A messieurs les Parisiens; L'esté, vous faisiez, d'eau de Seine Arrouser le cours de la Reyne.
(Lettre à M. le Cardinal, burlesque.
A Paris, 16/19, p. 10.) Je dis qu'il rétablit l'arrosage , parce que je vois dans la collection des ordonnances que cette mesure de propreté et d'assainissement de la ville avait été ordonnée dès le 2 juillet 1/173; plus tard, le 1Z1 avril i52Zi on publie un ordre aux habitons des maisons bâties sur les ponts d'arroser le pavé durant l'été, et un règlement sur ce sujet le 1 A juin 1Ô38. Depuis ce temps , c'est-à-dire pendant plus d'im siècle, l'arrosage fut abandonné jusqu'à ce que Mazarin l'eût repris comme mesure de luxe et pour rendre plus agréable la promenade à la mode. (Voir la note i54.)
C'était en partie contre les voleurs et en partie contre la boue des rues, qu'on institua, en 1661 des porte-lanternes et desjuoive flambeaux à louage qui se tenaient le soir au coin des rues comme nos commissionnaires et accompagnaient les habitants de Paris selon les termes de leur privilège. Le 22 octobre 1661: Comme sa majesté prend plaisir à donner diverses commodités à ses sujets et surtout aux habitons de sa bonne ville de Paris, cela donne occasion aux esprits , d'en rechercher tous les jours de nouvelles comme entre autre celle de porte-flambeaux et porte-lanternes à louage pour conduire et éclairer de nuit ceux qui voudront s'en servir pour aller et venir partout ou bon leur semblera, dont sa dite majesté par ses lettres-patentes du mois de mars dernier , vérifiées et enregistrées au parlement leid' jour d'août suivant, a permis l'établissement dans sa ville. — Lesdits porte-flambeaux se placeront aux environs du Louvre , du Palais (Royal) , lieux d'assemblées, carrefours et l>laces publiques. — Le bureau est ct/dili rue Sa int- Honoré , près 1rs pilliers des halles et sera ouvert le îh octobre 1662.
Malgré la longueur de celle note, je ne la terminerai pas sans dire un mot de ce qu'on appelai Ue haut du pavé. Les rues étaient toutes, telles que nous les avons encore vues, sans trottoirs le long des maisons et encaissées
dans le milieu en un profond ruisseau pour l'écoulement des eaux. L'habitude des personnages de distinction de se faire suivre par un nombreux cortège, et les règles de respect observées selon les rangs, imposaient à chacun le devoir de laisser au plus qualifié le haut du pavé, c'est-à-dire l'espace le plus rapproché des maisons, le plus à l'abri de la boue, des éclaboussures et même des gouttières. Le Traité de la civilité , qui s'attache exclusivement à décrire les devoirs des inférieurs envers leurs supérieurs, déroge ici à ses habitudes pour donner un conseil aux supérieurs : Il est bon d'avertir ceux qui ont droit de souffrir qu'on leur cède toujours le haut du pavé, d'avoir un peu de considération pour ceux qui lui rendent cet honneur, et de se dispenser le plus qu'ils peuvent de passer et repasser le ruisseau pour ne pas les incommoder, en les obligeant de faire une espèce de manège, tournoyant sans cesse autour d'eux pour leur laisser le lieu d'honneur (p. 91, édit. de 1673).
(303) Elles avaient une valeur positive, puisqu'on les jouait comme dernière ressource, et qu'on les mettait en gage au premier besoin. Tallemant des Réaux nous raconte qu'fm jour Pierre Preux, conseiller au parlement ne trouva ni lit , ni tapisserie dans la chambie de sa femme, elle avait tout joué. ( Talleni. X, page 6.) Plus loin, il nous apprend, que Moncontour avait mis en gage, pour trois mille livres, une tapisserie qu'il avaitacheté la veille à Bélaud pour dix mille, sans la payer toutefois. (Tallem. X, page 67.)
(306) La valeur de ces tapisseries rendait nécessaire une garde soigneuse et toute spéciale. Audiger dans sa Maison réglée a un chapitre tout entier sur ce sujet :
« Chapitre xii. Du garde-meuble , tapissier, ou concierge. — Quant aux appartements de meubles tendus, il doit aussi en avoir un soin particulier et les bien ballayer et vergetter tous les jours pour en oster la poudre et empescher que les araignées ne s'y mettent et prendre garde que les souris ne gaslent les tapisseries,» page 33 del'édition suivante : «La maison réglée et l'art de diriger la maison d'un grand seigneur et autres, tant à la ville qu'à la campagne — avec la v éritable méthode de faire toutes sortes d'essence , d'eaux et de liqueurs, fortes et rafraîchissantes à la mode d'Italie. — A Paris , chez Nicolas Le Gras, 8°, 1692.» Il y a une autre édition, Paris, 12°, 1700. Je recommande les chapitres II et III : « Table du seigneur et à quelle dépense elle peut revenir par an , à la servir à douze couverts par jour , soir et malin d'ordinaire (chap. II). De l'écurie d'un grand seigneur. Un grand seigneur ne peut avoir moins que de quatorze chevaux decarosse, qui sont deux attelages.» (Chap. III )
On avait de ces tapisseries dans les gardemeubles, ou on les décrochait des grands appartements, pour en rouvrir les façadis de la
Note 311
maison sur la rue, soit pour le passade des processions, soil pour le défilé des grandes entrées solennelles. Il paraît qu'on en montrait quelquefois moyennant finance , car on lit dans les mémoires de Tallemant des lîéaux ce qui suit : Dans l'isle Notre-Dame on voyait pour de l'argent , quatre pièces de tapisseries à l'antique, les plus belles du momie. (Tallemant, X, p. 80.)
(307) Quelques salles de vieux châteaux, quelque réduit d'anciens hôtels de provinces, sont encore aujourd'hui ce qu'ils étaient au commencement du dix-septième siècle, mais ce sont de grandes raretés. Les anciennes miniatures des manuscrits, les vieux tableaux, quelques grav ures , nous montrent l'ameublement pendant le siècle qui précéda les réformes de madame de Rambouillet. Willem'm, Shavv, Pugin , etc. , ont compilé quelques détails , classés méthodiquement à l'usage des amateurs. La plus curieuse estampe, pour donner une idée exacte de l'intérieur d'une chambre à coucher, avec le lit, ses ruelles, le balustre, les tableaux de sainteté, les tapisseries contre les murs et les lustres contre les tapisseries, est dans l'œuvre d'Abraham Bosse, sous ce litre : la cérémonie observée nu contract de mai iage passé à Fontainebleau , en présence de Leurs Majestés, entre Vladislaus III I — et Louise- Marie de Gomague — desseignê et graué à l'eau- forte par A . Bosse, à Paris, le 8ml! noient. i6Zi5, avec priuilége (Voir note Go, N" 1 14.)
(308) Tallemant dit de M. de Béthune comte de Charost : // ne servoil qu'à marcher sur les crachats dit cardinal de Richelieu (tome III , page 1.Ï9.) La Bruyère donne à son riche Giton ce trait -caractéristique : Il cruche fort loin, et il éternité fort haut ( des Biens de fortune, page 83). Ant. Courtin remarquait, en 1671, dans son curieux Traité de la civilité, qu'autrefois il estait permis de cracher éi terre devant des personnes de qualité, et il suffisait démettre le pied dessus; a présent, c'est une indécence (éilit. de 1673, p. 243). Pour ceux qui suivent la mode, le mot autrefois est sjnonyme de deux ou trois ans.
(309) L'anecdote citée plus haut 1 1 attribuée à Bassompière, a ses analogues dans les niémoires du temps.
(310) L'éclairage des appartements se composait de chandelles et de cierges de cire blanche, fichés dans des lustres suspendus aux plafonds ou accrochés aux murs. En général, la chandelle ne se rencontrait plus, au dixseptième siècle, ni dans les palais des Bois, ni dans les hôtels de la riche noblesse ; mais on ne se faisait aucun scrupule de s'en servir dans les autres classes, et d'éclairer de cette manière les fêles données aux princes. Tallemant, dans ses mémoires, raconte qu'à la fin d'un bal, unejeune fille voulant éclairer le Roi
à sa sortie, monta sur un siège pour prendre, non un bout de bougie, mais un bout de chandelle de suif dans un chandelier île bois, avec si bonne grâce qu'il en devint amoureux (tome III, p. tii). C'était donc déjà avec quelque dégoût qu'on usait de chandelles de suif. Le mol en lui-même désignait indifféremment la cire et le suif, et cepenflant les chandelliers n'avaient droit qu'au débit du suif, de l'huile, du vieux oing et semblable graisse (Sauvai, ant. et rech., II, ^73 ; Tallemant, tome I, p. 85, le Livre des métiers, etc., etc.). Lorsque Loret décrit la belle collation donnée par madame de Sévigné à la duchesse de Chev relise au retour de la promenade sur le cours (juillet i6.ïo),il s'exprime ainsi dans son langage soi-disant poétique et passablemen t libre :
On y vit briller aux chandelles, Des gorges passablement belles.
(Liv. I, p. 28.) Malherbe précédé de son domestique qui portait une lumière, fut arrêté dans l'escalier par un homme, qui lui raconta une longue histoire. Il interrompit ce fâcheux en lui disant : Adieu, monsieur, adieu ! vous me faites brûler pour cinq sols de flambeau, et ce que vous me dites ne vaut pas un carolus (Tallemant, tome I, p. 258) Celle anecdote est aussi racontée dans leSegraisiana qui donne en outre le nom de l'interlocuteur, M. de Saint-Marc (Ségrais, Œuvres, tome I, p. 189, étlit. d'Amsterdam,
(311) Malherbe ôln les chenets du feu; c'étaient des chenets qui représentaient de gras
satyres barbus. Mou dieu, dit-il, ces gros b
se chauffent tout ci leur aise, tandis que je meurs de froid (Tallemant, I, i3o). Sur ces énormes chenets, voir l'historiette de Racan (lonie III, p. 129), et aussi Sauvai qui donne de curieux détails sur leur forme, leur poids, leur prix, etc., etc. (tome II, p. 280).
On conserva, dans tout le dix-septième siècle, l'ancienne habitude d'orner les cheminées et d'en exagérer l'importance. Les artistes varièrent à l'infini ce thème d'ornementation, et on retrouve des traces de ces efforts d'abord dans quelques maisons du temps (la maison des marchans, rue des Déchargeurs, l'hôtel Lambert, et pour une époque un peu antérieure, la grande salle del'Hôtel-de-Ville), puis ensuite dans les projets et dessins des architectes. Pour ne pas sortir du cadre circonscrit du XVIlsiècle, et ne citer que des recueils qui ne sont pas à la portée de tout le monde, je donnerai les titres de plusieurs séries de planches remplies de projets plus ou moins bien conçus, mais tons en rapport de style, de richesse cl d'importance avec ce qui s'exécutait journellement dans les habitations :
Divers dessins de cheminées à la royale, dessignées et gravées par A. Pierrelz. A Paris, chez Pierre Mariette, petit in-folio.
Diverses inventions nouvelles pour des cheminées avec leurs ornemans, de l'invention de ■Iran .Mural. .1 ■ Uarot feeit.
LE PALAIS MAZAltlN.
LE PALAIS MAZAR1IY.
i\ole 316.
Pièces d' architecture où sont comprises plusieurs sortes de cheminées. — 1633. A Paris, citez Mich. Van Lochom, par Lemercier.
Livre d'architecture, d'autels et de cheminées, de l'invention fl dessin de J . Barbet, gravé à l'eau forte pur A. Bosse. M.DC. XXXIII, chez Taver nier, petit in-Zi°. Ces projets sont raisonnables; ils pourraient avoir d'autres qualités.
Cheminées à l' indienne, nouuellemenl inventées et grattées par J , Le Pautre. Plusieurs séries de six planches chacune, qui se vendent à Paris, chez Jollain, 1665, chez Mariette et d'autres. Les projets sont doubles étant mipartie sur chaque planche.
Souueaux desseins de cheminées à l'Italienne, inventez et grauez par J. Le Pautre. — Se vendent à Paris, chez V. Langlois, petit in-folio.
Cheminées à la Romaine, inuewées et grauées par Jean Le Poire, architect, A Paris, chez Pierre Mariette.
Grandes cheminées à la Romaine, jnuenlées et grattées par •/. Le Pautre, se vendent à Paris, chez p. Mariette, avec privilège, 1663, folio. Chaque planche offre deux projets exécutés à moitié, et en outre une planche d'assemblage qui montre la cheminée dans la salle, avec ses supports, son couronnement, ses plaques ornées, ses chenets bizarres, etc.
Autre série. Jean Le Poire jn. et fe. avec priuilége, et se vendent chez Le Blond, rue St-l)enis, à la cloche-d' Argent.
Cheminées à la moderne, inuentées et grattées par Jean Le Paulre.Ce vendent ii Paris, chez Pierre Mariette, rue St-Jacques, à l' Espérance, avec priuilége du Roy, 1601, petit In-folio.
Nouueaux desseins de cheminées à peu de frais, jn. et grauez par J . Le^tiuire. A Paris, chez Y. Langlois. Il y avait tout avantage à exécuter à peu de frais des dessins plus raisonnables.
Ces ouvrages suffiront, si l'on n'a pas le temps de recourir aux pièces historiques et aux vues intérieures des habitations de ville et des châteaux. J'ai parlé, dans la note tio, de la grande cheminée du palais Mazarin.
(312) En i65Zi, l'abbé Daubignac donne une description de la chambre à coucher d'une des maisons de la place Royale; il l'appelle un sanctuaire : « Le plus beau quartier de la ville de coquetterie, esi la grande place qu'on peut dire véritablement Royale (c'était la dernière lueur de sa vogue). Elle est environnée d'une infini lé de réduits où se tiennent les plus notables assembléesde coquetterie, et qui sont autant de temples magnifiques consacrés aux nouvelles divinités du pays ; car au milieu d'un grand nombre de portiques, vestibules, galeries, cellules et cabinets richement ornés, on trouve toujours un lieu respecté comme un sanctuaire où, sur un autel fait à la façon de ces lits sacrés des dieux du paganisme, on trouve une dame exposée aux yeux du public,
quelquefois belle et toujours parée, quelquefois noble et toujours vaine, quelquefois sage et toujours suffisante. » — Il est inutile d'accepter la critique de l'auteur sur les précieuses, maison lit plus loin : « Il n'est pas défendu aux belles de garder le lit, pourvu que ce soit pour tenir ruelle plus à son aise, diversilier son jeu, ou d'autres intérêts que l'expérience seule peut apprendre (le Royaume de coquetterie, p. 5). Les Ruelles étaient garnies de tapis , d'autres fois elles étaient carrelées comme le prouve l'anecdote dégoûtante et risible a la fois, racontée par Brantôme (Dames galantes, édit. de 1822, page 577.) ; enfin on se contentait souvent de les plâtrer (Cyrano de Bergerac, Empire du Soleil, p. i38, édition de 1709).
L'anecdote de madame Gondran quichange de chemise pendant le bal, peut paraître singulière. (Tallemant des Réaux, tome VII, p. 203.) Madame de Clioizij disoit familièrement à M. de Caudale : Mais allez au moins faire un tour dans l'antichambre ; croyez-vous qu'on n'ait point envie de pisser? (Tallemant, tome VII, p. i6A.)Un pareil langage va mal dans la bouche d'une personne citée pour ses agrémens et sa distinction ; mais nous n'avons pas à rechercher ici si le mot est vrai : il nous suffit que du temps de Tallemant des Réaux, il répondit à des habitudes même excentriques et comme on pouvait les attendre d'une personne qui commettait l'indigne saleté dont le même écrivain s'est fait l'historien (tome \ II, p 166).
(513) Les portes fermaient mal et bruyamment, les portières, ce qu'on appelait aussi l'huis vert, arrêtaient le vent, étouffaient le bruit. (Voir Tallemant, X, p. 104.)
(314) Charles De Lorme, médecin de Henry IV et de Louis XIII, vivait enfermé dans une chaise construite à son usage et fixée devant son feu. Il attribuait à ce soin sa longue vie qui se termina en 1673 ; il avait g4 ans.
(313) Sauvai nous a conservé d'assez curieux détails sur les droits qu'ont eus les pauvres de l'Hôtel-Dieu, sur le lit de l'évêque de Paris après sa mort. Je ne cite parmi les usages du moyen-âge que ce seul fait, parce que tout en datant de 1168, il fut confirmé par la Cour, sur les conclusions des gens du Roi, en i647et i65i (Hist. et Rech., tome II, p. 456), et qu'il prouve mieux qu'aucune autre recherche, comment le lit avait acquis en luxe, en douceur, en fourniture, sans varier dans la forme.
(316) Quand les lits ne porloient que six pieds de long, sur autant de large, on leur donnoit simplement le nom de couchettes; mais lorsqu'ils étaient de huit pieds et demi sur sept et demi, ou bien de onze sur dix ou de douze sur onze, ni ce t us là on les appelait des couches (Sauvai, Hist. et Rech., tome 11, p. 280).
Note 323.
(317) L'histoire anecdotique de ce temps est remplie d'aventures dans lesquelles quelqu'un se cache sous le lit (Tallemant, II, 71). J'y renvoie, en laissant de côté Brantôme et les historiens du siècle précédent.
(518) La comtesse de Soissons avait des oreillers dans son lit, de toutes les grandeurs imaginables; il y en avait même pour son pouce (Tallemant, tome I, p. 2i3).
(519) Voir dans les mémoires de Tallemant (les Réaux (tome I, p. 120), une anecdote sur cette frange.
(320) Madame de Guise aoait fait tirer les rideaux pour dormir, pendant que mademoiselle de Guise faisait de singulières choses sur le plancher. Tallemant raconte tout cela avec assez d'esprit et le cynisme d'un libertin (tome I, p. 123).
(521) Louis XIV reçut dans sa ruelle, derrière le balustre, le légat à latere Chigi, neveu d'Alexandre VII. Il venait lui apporter la satisfaction exigée. ( Voir les tableaux, gravures et récits du temps. Voir aussi, dans 1rs ordonnances du palais de Louis XIV et de Louis XV, le rôle que jouent les ruelles du lit royal.)
(522) Je marque avec intention les deux ruelles, parce qu'elles avaient toutes deux leur rôle quelquefois distinct et tranché, selon Furetièie il y avait la grande et la petite ruelle, le côté où il était honorable d'être assis et celui où les gens de peu étaient reçus ( Dict., édit. de 1690. ) Pendant que Bassompière et d'autres courtisans jouaient avec le Roi d'un côté de son lit, c'est-à-dire dans l'une des ruelles, on annonça madame d'Angoulème. Henri IV quitta son jeu , se tourna dans son lit où la goutte le retenait, et reçut celte noble visite dans l'autre ruelle. (Mém. du mareschal de BassompieiTe, tome I, page 189. Cologne, 12°, 1666.) J'ai remarqué ailleurs combien , sous ce rapport , l'ordonnance du tableau (le la mort du cardinal Mazarin, peint par Delaroche, manque d'exactitude.
On causait, on jouait, on chantait dans la ruelle. Marigny écrit, le 29 sept. i6ô2,à Lenet, après la petite émeute du Palais-Royal, premier symptôme de» réaction contre les Frondeurs:,/? baptisai/ celle assemblée, V Assemblée dcsTorchc-vuls du Palais-Royal (au lieu de la paille des Frondeurs, on portait des petits morceaux de papier au chapeau) et je fis pour leur complaire, quattre couplets de chanson, sur le champ, sur l'air des Petits Sauts de Bordeaux, .le vous les envoyé, et je m'osscure qu'ils vous feront rire; S. A. qui m'avoil envoyé quérir avant hier pour la divertir, en rit bien dans son lict, et nous les chantâmes eu chœur de musique dans sa ruelle. (Manuscrit de Lenet. Lettres et Traités. Bibl. rovale. suppl. François
(523) Lorsque la chambre à coucher était la chambre d'apparat et des grandes réceptions, elle servait à cet usage. Il n'y avait donc rien d'extraordinaire ou d'inconvenant à visiter la nouvelle mariée sur son estrade, mais quand plus tard on se mettait sur sou lit pour recevoir à litre de femme, les gens qu'on avait salués la veille comme fille au milieu de son salon, on donnait prise à la critique du moraliste : « Le bel et judicieux usage que celui qui , préférant une sorte d'effronterie aux bienséances et à la pudeur, expose une femme d'une seule nuit , sur un lit, comme sur un théâtre, pour y faire pendant quelques jours un ridicule personnage, et la livre en cet état à la curiosité de l'un et de l'autre sexe , qui , connus ou inconnus accourent de toute une ville à ce spectacle pendant qu'il dure. Que manque-l-i! â une telle coutume pour être entièrement bizarre et incompréhensible, que d'être lue dans quelque relation de la Mingrelie. «(Caract. De la Ville, chap. VII.)
La clef des Caractères donne celle note : « C'est un usage à Paris que les nouvelles mariées reçoivent, les trois premiers jours, leurs visites sur un lit , où elles sont magnifiquement parées, en compagnie de quelques demoisellesde leurs amies; et tout le monde les va voir et examine leur fermeté et leur contenance sur une infinité de questions et de quolibets qu'on leur dit dans cette occasion.»
Cette dernière remarque explique l'indignation de La Bruyère quoiqu'il soit probable que la bourgeoisie seule se rendît coupable de ces indiscrétions. Dans la haute société on se contentait de faire quelques complimens. Je trouve dans le recueil des pièces manuscrites de la Bibliothèque royale, collection Maurepas,une Parodie delà scène V de, l'acte l de l'opéra rf'Alceste faite par Philipes-Emauuel de boulanges , maître des requestes ,~sur un vieux lit qui étoil dans sa famille. Il est question de ces compliments :
Enfin je vous revois vieux lit de damas vert. Vos rideaux sont d'esté et vos pentesd'hyver. Je vous revois vieux lit si chéri dénies frères, Où jadis toutes mes grandes mères, [chemens Lorsque Dieu leur donnoit d'heureux accou- Sur leur fécondité, recevoient compliments. Hélas! que vous avez une taille écrasée On ne vous connaît plus ni grâce ni façon , Autant de modes que d'années ; Aujourd'hui le tapissier Bon , A si bien fait par ses journées.
Qu'un lit tient toute une maison.
( 1674 , f° 1B7, tome IV.)
Je ne cite ni la réponse , ni la réponse à la réponse , elles sont imprimées ( page 73 et 74 des Chansons choisies, Paris, 120, 169/1), et l'on trouve plusieurs chansons ( Bibl. de M. Benj. Delessert , t. I, p. 291 ) sur l'air : Enfin je vous revois, etc.
D'après le livre des cérémonies nuptiales de toutes les nations par le sieur de Gaga. Paris. 12», 1 «î 8 1 - Celte réception se faisait à la lueur
302 LE l'Ai. AIS
des flambeaux : « A Paris la mariée reçoit les visites, toute habillée, sur un lit de parade dans une chambre dont toutes les feneslres sont fermées, et dans laquelle on ne voit d'autre clarté que celle des lustres et des bougies.» (Page 12. J L'auteur me semble avoir pris pour un usage général quelques faits particuliers venus à sa connaissance.
La noblesse continuait ainsi les habitudes de ses pères et les jeunes femmes y trouvaient l'avantage de s'épargner le dérangement des visites. Nous* savons par madame de Genlis (édit. des Caract. de La Bruyère) que sous le règne de Louis XV cet usage fui très modifie et que des chaises longues dépossédèrent le lit de ses prérogatives.
A l'époque dont nous parlons , l'habitude de rendre visite aux jeunes mariées , sur leur lit de parade , avait pénétré en Italie et la manière dont cette cérémonie eut lieu au palais Colonna à Rome , après les premières couches de Marie Mancinl, nous montre comment l'imagination italienne et le goût des décorations en pouvait faire une sorte de féerie théâtrale : « A la fin de quarante jours, que je relevay de mes couches , il fallut me disposer à recevoir la visite du sacré collège, des princesses et des autres dames de la ville; et pour le pouvoir faire avec toutes les formalités requises , je me mis dans un lict qu'on in'avoit préparé pour nies premières couches et qui ne servit que cette fois là et dont la nouveauté aussi bien que la magnificence causa une admiration générale. C'esloit une espèce de coquille qui semhloit flotter au milieu d'une mer, si bien représentée, qu'on eut dit, qu'il n'y avoit rien de plus véritable et dont les ondes lui servoient comme de soubassement. Elle estoit soutenue par la croupe de quatre chevaux marins, montés par autant de Sirènes, les uns et les autres si bien taillés et d'une matière si propre et si brillante de l'or, qu'il n'y avoit pas des yeux, qui n'y fussent trompés et qui ne les crussent de ce précieux métal. Dix ou douze Cupidons estoient les amoureuses agi ailes qui soustenoient les rideaux d'un brocard d'or très riche , qu'ils laissoient pendre négligemment, pour ne laisser voir, que ce qui mériloit d'estre veu de cet esclatant appareil , servant plutôt d'ornement que de voile. (Mémoires de madame Marie Mancinl , page 55 de l'édition donnée par un Sr Bremond. Je n'ai plus sous la main l'édition originale. Voir (note 558) mon opinion sur ces mémoires.)
Lorsque le comte de Marsin se maria, madame de La Guette était au nombre des invites et elle raconte dans ses mémoires, dont la simplicité suflit pour établir l'authenticité, les cérémonies du mariage. Je prends le passage suivant : « Les dames furent coucher madame la comtesse de Marsin et M. le duc de Montruzicr lui amena dans sa chambre monsieur son cher époux. — Le lendemain je fus voir les nouveaux mariés à leur lit. » ( Page 119, Mém. I La Haye, chez Adrian Moetjens, 12°,
MAZAUIN. \'0tL. 3-jrj.
1O81.) Je crois que cette visite d'une femme aux nouveaux mariés, à leur lit, était exceptionnelle et tenait aux habitudes cavalières de madame de La Guette.
(524) Nous voyons par les mémoires de Mademoiselle, que madame recevait ainsi : « Elle étoit parée dans son lit, avec les rideaux ouverts, pour recevoir tout le monde depuis le matin jusqu'à neuf heures du soir» (page 21 , tome /|3 , collection Petitot. ) Recevoir dans son lit pourrait n'être que de la paresse, mais ce qui prouve l'importance du rôle que jouait le lit dans l'appartement, c'est qu'on s'asseoyait sur son lit pour recevoir. Le coadjuteur et M. de Beaulort vont chez madame de Montbazon vers les six heures du soir , ils la trouvèrent non pas au lit, mais sur son lit. On discuta la nécessité de sortir de Paris, et au plus fort de la contestation, dit le coadjuteur: « Madame de Montbazon se leva de dessus son lit où elle était et elle me dit , après m'avoir mené près de la cheminée -.Avouez le vrai, vous ne sauriez quitter vos nymphes. » (Edit. 120, 18A2 , t. I, page 292.)
Les mémoires du duc de Saint-Simon nous apprennent qu'on ne recevait pas sur son lit parce qu'on y avait couché, mais qu'on allait chez ses voisines s'y placer, comme sur un trône , pour y recevoir les hommages. Ainsi lorsqu'il épousa la fille aînée du maréchal de Lorge ( Mém., tome I , p. 272). Elle reçut le lendemain sur suit lit toute la France à l'hôtel de Lorye (Mém., tome I, page 277), puis, le jour suivant, elle reçoit toute la cour sur son lit dans l'appartement de la duchesse d'Arpajon comme plus commode parce qu'il était de plain pied ( Mém. tom. I , page 278 et d'autres exemples immédiatement après.)
(325) La marquise de Sablé est tnujourssur son lit , faite comme quatre œufs et le lit est propre comme la dame. ( Tome IV , page 83 , mém. de Tallemant des Réaux. )
(320) Mademoiselle Dervois alla voir le méréchal de lirezé qui lui fil le meilleur accueil du monde cl la fit mettre sur son lit , parce que madame la princesse la jeune tenait le fauteuil. Il obligea même M. deCesy à recommencer une histoire du sérail qu'il avoit presque à moitié dite. (Tallemant, tome III, p.Ao). Le même auteur raconte ce qui se passa chez M. Du Gué Bagnols, intendant de Lyon et père de madame de Coulanges. On croirait assister à une scène de mauvais lieu et cependant madame Dorgèrcs, depuis madame de Chaniplatreux, et d'autres femmes respectables se trouvaient réunies là : « Il y avoit un lit dan» la chambre, plusieurs y éloient couchés, Roquelaure se mit à badiner avec une femme qui lui sembla d'assez bonne composition...» Je renvoie pour l'effronterie du reste au tome VII, page 129 de ces mémoires indiscrets.
Je trouve dans la volumineuse collection des pièces manuscrites réunies par Conrartel
Note 330. LE PALAIS
achetée par M. de Paulniy (aujourd'hui à la bibliothèque de l'Arsenal. Recueil , tome V, pages 697 à 700) quatre lettres adressées de Bourbon les Bains en septembre 1655 par la comtesse de Maure à la duchesse de Longueville. Ces lettres roulent sur une difficulté d'étiquette, élevée entre madame de Saint- Geran et mademoiselle de Bouillon. L'une étant arrivée la dernière à Bourbon devait une visite à l'autre. Mais il s'agissait de savoir si on s'asseoirait sur le lit ou sur les chaises; je laisse parler madame la comtesse de Maure : «Je luy dis, que si elle avoit envie d'estre traitée comme une soubrette, elle n'avoit qu'à se dépescher, niais que si elle vouloit l'estre suivant sa condition, il falloit faire préparer les voyes et que pourvu qu'elle pust savoir qu'on trouverait les altesses sur le lit, ce serait assez; parce qu'elle n'auroit qu'à s'assoir dessus pour éviter le petit siège.» — Tout se passa ainsi, mais faute de dignité, madame de Saint Geran accepta le^petit siège dans la ruelle et il faut lire la lettre de madame de Maure, pour comprendre sa douleur, sur un sujet aussi important. L'étiquette était alors quelque chose, ce que nous avons mis à la place a moins de dignité, sans avoir ni plus de sérieux , ni plus de solidité. L'étiquette voulait donc qu'entre gens égaux en rang, la réception fût égale en égards. Louis XIII devant visiter le Cardinal de Richelieu alité fait préparer à côté de lui un second lit pour se coucher comme lui, Louis XIV honorant de sa visite le maréchal de Villars blessé, observe le même cérémonial.
Depuis que ceci est écrit j'ai retrouvé une de ces quatre lettres imprimée dans l'histoire de la Fronde de M. de Saint-Aulaire (tome I il,
En 1671, date de la première édition du Traité de la Civilité, du sieur Ant. Courtin, les habitudes s'étaient tellement modifiées, ou les préceptes de madame de Rambouillet avaient si bien cours, qu'il était considéré comme inconvenant de s'asseoir sur le lit : II faut remarquer que c'est une très grande indécence de s'asseoir sur le lit, et particulièrement si c'est d'une femme (édition de 1673, I'. 4.70
(327) Voir une anecdote sur M. d'Interville. (Tallem., tome IV, page 21 3.)
(328) Voir dans les mémoires de Tallemant des Réaux la patience du connétable de Crequi disant à sa femme pendant qu'on le brûle : Madame vous faites bassiner votre lit un peu bien chaud. (Tome I, p. 1 r> 7 . J
(329) Charles IX trouvait tout naturel de proposer au comte de La Rochefoucault de coucherai! Louvre avec lui, pour le soustraire aux meurtriers delà Saint-Barthélémy. D'Aubigné partageait le lit de Henry IV, Cinq- Mars couchait avec Louis XIII.
.MAZAR1N. 303
En descendant plus bas, nous trouvons l'usage plus général , et pour ne pas manquer à mes habitudes, je citerai des faits. Je lis dans un volume de chansons manuscrites :
Madame d'Estissac, L'honneur est au bissat, Vous estts décriée.
Fiesque nous a dit Qu'estant dedans son lit Vous l'en aviez priée.
Jean Sulpiee, ou plutôt son traducteur et amplificateur Pierre Broë, donne les conseils suivants dans sa Civilité puérile et honnestc qui a pour titre : Des bonnes mœurs et honnrstrs contenances. — Lyon, 8°, 1555, p. i!ï : Et quand viendra que tu seras au lit, Après soupper, pour prendre le délit, D'humain repos aueques plaisant some, Si auprès de toi est couché quelque home, Tien doucement tous tes membres à droyi, Alonge toy, et garde à son endroyt De le fâcher alors aucunement, Pour te mouuoyr ou tourner rudement; Par toy ne soyent ces membres descouuers, Te remuant ou faisant tours divers :
Et si tu sens qu'il soit ia sommeillé, Fay que par toy il ne soyt esueiilé.
Voir deux grandes dames et un quiproquo risible (Tallemant, Mém.,VI,6o), deux hommes du grand monde et une sale anecdote (t. III, p. 128). Enfin un mot assez plaisant dans le tome IV, i>age 171, du Ménagiana, un des moins nuls parmi les Ana : « M. de Fiesque, en entrant un matin (1640) chez Madame de L..., vit en passant dans une chambre deux de ses filles d'honneur qui étaient encore dans le lit : Eh bien. Mesdemoiselles, leur ditil, vous voilà couchées ensemble en attendant mieux. «Rions du mot, prenons au sérieux la chose. La Fare dit aussi que Madame de Maintenon , alors veuve Scarron , partageait le lit de Ninon de Lenclos. La pauvreté de l'une, l'hospitalité de l'autre, empêcherait d'appliquer ici ce fait, si même il était prouvé. J'en dirai autant d'une anecdote racontée par Tallemant des Réaux (VII, p. 236). Les goûts infâmes de Bois-Robert étaient connus.
Madame de Muci couchait régulièrement avec ses femmes de chambre (Histoire de Madame de Muci, par Mademoiselle D*** (Valdory) : Apres avoir soupè, on nous mit dans une chambre à deux lits, je me couchai dans l'un avec ma maîtresse, ce qui m'arrivoit souvent, p. 109), cette habitude donne lieu à une singulière méprise (cette histoire est réimprimée à la fin des Mémoires de la vie de Th. Agrippa d'Aubigné, page 1 1 3. A Amsterdam,
Je renvoie aux mémoires du temps pour d'autres anecdotes, non moins piquantes, non moins instructives sur ce point.
(330) Le lit était une cachette. Quand la maréchale d'Ancre entend s'approcher les cris de la foule et les pas des assassins de son mari,
LE PALAIS MAZAHhN.
ÏNole yâ','>.
elle met ses pierreries et ses objels précieux sous son matelas, puis elle se couche dessus. Le lit, dans d'au très circonstances, lut aussi une sorte de boîte aux lettres anonymes; les Mémoires de Brienne, Motteville, etc., etc., prouvent qu'on avertissait la reine Anne d'Autriche de choses qu'on n'osait lui dire, en les laissant par écrit sur son lit. Dans les agendas du Cardinal, vers la fin de iGû3, on lit cette note : La Porta, che mi tradisce, che di concerto con Olfnrt messe la scrillura net letto di S. M che Morangi vi era e che fit vedutio (Bibl. roy., fonds Baluze, agenda N-3, p. 28).
Au reste, pour preuve de cette assertion, que la chambre à coucher résumait toute la vie privée, je puisdonner tous les mémoires du temps, tous les romans de l'époque, el mieux encore, toutes les estampes. Abraham Bosse a consacré, presqu'entièremenl , un talent incontestable, à la représentation fidèle et minutieuse de tous les détails de la vie intime, et il suffit de parcourir son œuvre, pour se convaincre qu'il la place uniquement et exclusivement dans la chambre à coucher. Je sais et j'aurai l'occasion de le remarquer, qu'il est plutôt le peintre de la bourgeoisie que de la haute noblesse; mais il faut avoir présent à l'esprit que les modes et les habiludesdes hautes classes, abandonnées par elles, trouvent de vingt ans en vingt ans un refuge dans les classes moyennes.
(Ô5I) Malherbe ayant trouve la vicomtesse rt'Anchy seule sur son lit, il lui prit les deux mains d'une des siennes, el de l'autre la souffleta, jusqu'à la faire crier au secours. Puis, quand il vil que le monde munit . il s'assit comme si de rien n'étoil (Tallemant, loin. I, p. 9.70). La vicomtesse d'Auchy avait ses raisons pour ne pas se venger de ce traitement; mais la distribution de ses appartenons et l'absence de sonnettes, pouvaient seules l'obliger à le supporter (Voir une autre anecdote, qui peut servir de preuve, dans les Mémoires de Tallemant des Réaux, tom. II, p. toi).
(552) La singulière position de la Reine sur son lit, quand Gombauld entre dans sa chambre (Tallemant, tom. IV, p. i3o), lui donna le sujet des vers suivants :
Souvent je doute encore et de sensdespourvu, Dans la difficulté de me croire moi-même Je pense avoir songé ce que mes yeux ont vu.
C'était une exception et comme un privilège réservé aux princesses d'avoir des veilleuses de nuit. On lit dans l'historiette de M. d'Emery que Thoré s'introduisit dans la chambre de la duchesse de Savoie. Elle le reconnut, car il y a toujours de la lumière flans la chambre des princesses comme elle. On appelle ce flambeaulà le mortier ( Tallemant des Réaux , tom. V, p. 77). Brantôme se complaît dans un licencieux détail à propos d'une recherche que la revue mère ordonne dans les coffres de tous ceux qui étoient logés au Louvre. Il s'agissait
de saisir des armes et il est inutile de dire ce qu'on trouva , à la place, dans les coffres de ces dames , tant il y a que tout , le plus précieux et le plus secret, était enfermé dans les coffres. (Édition de 1822. Vies des Dames galantes, discours I, p. 181. Voir aussi p. âfto.)
(555) Lorsque le maréchal d'Ancre tomba sous les coups de ses assassins, des archers furent envoyés par Vitry A l'hôtel de la maréchale pour saisir les coffres et empesclier que l'argent ne fust détourné. (Relation exacte de tout ce qui s'est passé à la mort du mareschnl cV Ancre.) Il serait facile de multipliera l'infini les citations. Les deux suivantes suffiront; je les prends avec intention, à l'époque précise qui nous occupe :
Un certain commandeur de Mallhe Tout déconfit et désolé, Pour un bahut à lui volé, Dans lequel estoit sa finance Avec maints papiers d'importance.
( La Muse Royale, 6 fév. 1657.)
La bonne dame Olympia (la nièce du pape) Sadite toilette plia Laissant en Bahut, Coffre ou Caisse Maint et maint doré milion.
(La Muse Royale, h nov. 1657.)
J'ai déjà plusieurs fois fait remarquer que les habitudes de la vie intérieure de la noblesse des 10e et 17e siècles, se retrouvent de nos jours dans la petite bourgeoisie et dans la campagne. L'anecdote suivante, placée par Furetièrc dans son Roman Bourgeois, ne serait déplacée dans aucune de nos petites villes de province : Une grefjlére fort avare emportait la clef de l'armoire au pain, sans en laissera ses clercs ; l'un d'eux vint lui dire devant tout le monde : Madame, puisque vous ne voulez pas qu'on vous demande la clef du pain , je vous prie au moins de nous ouvrir ici l'armoire; et en même temps, il fil entrer un crocheieur, qui uvoit l'armoire chargée sur son dos (page 83, édit. de 1713).
Lorsque Mademoiselle deScudéryfait fouiller le cabinet d'Amestris, par Otanc et son écuyer Dinocrate : // chercha d'abord dans les tiroirs de deux grands cabinets qui ij esloient el dont il fil rompre les serrures; il ouvrit plusieurs boetes qu'il trouva, il regarda sur toutes les tablettes, dans des vases qui étoient dessus; il leva même les tableaux et la tapisserie. — Enfin il trouva les lettres d'Aglaliclas dans un petit coffre d'orfèvrerie (Le grand Cyrns, liv. II, tom. IV, part. I, p. 5i 1, édit. de i65i).
Cette précaution de chercher derrière les tapisseries demande un mot d'explication. Les murs grossièrement crépis avaient des fenêtres condamnées, de fausses portes murées, (les niches destinées à d'autres usages; ils portaient enfin les traces de ce manque de suite et de plan arrêté qu'on pouvait reprocher aux architectes; la tapisserie étendue sur les murs, accrochée seulement par le haut, cachait toutes ces inégalités qui devenaient des
Note 337.
retraites. Aussi les mémoires du temps sontils remplis d'aventures qui se terminent derrière la tapisserie, et les romanciers du dixseptième siècle ont usé et abusé de cette ressource. Tallemant raconte, avec esprit, une jolie anecdote d'un amant qui joue le désespoir et se frappe la tête contre la tapisserie, en ayant soin de choisir les endroits, à lui connus, où des vides et des creux rendent peu meurtriers les coups qu'il se donne.
(534) On avait jusqu'à ti et 5oo,ooo fr. de meubles; le mot indique qu'ils étaient transportables. Des tapisseries, de la vaisselle plate, des cabinets , dont quelques uns coûtaient jusqu'à 50,ooo fr., comme nous l'avons vu plus haut; enfin des meubles en argent massif.
(335) Vlsle des Hermaphrodites nouvellement découverte (Paris, 120, 1G05), le Philaret divisé en deux parties, erres et ombres, de l'invention de Guillaume de Bcbreviettes,sicurd'Escœuvres. Arras, 8°, îGu.Cesdeux ouvrages rares donnent les descriptions des grands festins à la fin du seizième siècle. Les trente premières années du dix-septième siècle n'ont pas modifié sensiblement ce goût extraordinaire et cette alfectation qui peut sembler ridicule.
Les gazettes du temps nous ont conservé des détails fort piquants sur quelques grands banquels ; nous citerons ceux que nous trouvons dans la Hliise Royale (numéro du 25 juin 1657) : Prodiguons nos Vers sans épargne Pour ce trésorier de l'Epargne Le reau ténébreux surnommé Et la Bazinière nommé, Parlons du eestin que dimanche Il fit sur belle nappe blanche Dans son hostel brillant et neuf, A gens de grade, environ neuf.
A bien discourir des entrées De maintes bisques bigarrées, Il ne se peut rien voir de tel
Je passe rémunération des mets, mon intention n'étant pas d'entrer si avant dans les détails culinaires; je m'en tiens an sujet de cetle noie, la manière de plier les serviettes:
Ici ne doit eslre oublié
Le linge proprement plié.
En cent différentes figures,
Qui valoyent mieux que des peintures.
Cet usage (je l'ai appelé un enfantillage, et toutes les modes ne sont-elles pas au même niveau) datait de fort loin, et s'est continué presque jusqu'à nos jours, au moins en provinces et dans nos guinguettes. Nous avons des ouvrages entiers, avec planches explicatives à l'appui, sur cet art indispensable aux écuyers de la table. J'en citerai un : Li tre trattali di messer Maltia Cierher Bavaro di Mnsburc, trinciante Dell' ill»>o natione Alemanna in f'adovn, Ncl primo si mostra con facilita grande il modo di piegare oqni sorte di panni Uni, cioè, salvictte, e iouaglie, e d'appnrecchiare una tavola, con certe allrc galan-
terie degne d'esser sapute. — In Padova, per Paolo Frambotto, M. DC. XXXIX ( pet. folio oblong. La dédicace est de 1629, c'est probablement unefautetypographique). Ebert n'a pas cité ces trois curieux traites de Matlhia Giegher, qui ont paru d'abord isolément, à l'entendre lui-même dans sa dédicace adressée à Burcardo Ranzovio Sig. in Sasdorf. Le Vray Cuisinier François s'empara de ce travail, et le reproduisit assez exactement , sans donner toutefois les planches avec autant de détails. Ces instructions apprennent à plier les serviettes en coquilles, melon, coq, poule, en deux poulets, pigeon, perdrix, faisan, en forme de deux chapons dans un pasté, en lièvre, en deux lapins, cochon de lait, en chien avec un collier, en brochet, carpe, turbot, en mitre, poulet d'Inde, tortue, croix du Saint-Esprit et croix de Lorraine.
(336) Martin traita M. de Belleyarde, et toute la pâtisserie et autres choses étoient en figures de mors de Bride (Tallem., X, 78). Au dîner que le cardinal Ant. Barbcrini donna au Sacré Collège, à Rome, à l'occasion du mariage du Boy, on étala ce genre de magnificence.Un témoin, M. de Lavau, écrit au cardinal Mazarin : Ils se mirent à table, quiestoit couverte d'une grande quantité de triomphes, tous d'un excellent ouvrage (Lettre du 22 décembre 1659, Archiv. des AU. Etrangères, Corresp. de Rome).
Un desusagesdu moyen-5ge s'était conservé par habitude et sans raison, l'usage de se laver les mains avant dîner (le Cuisinier François, p. 317; les Civilités puériles et honnestes, — le Traité de la Civilité de 1O71 , chap. XI : ce qu'il faut observer à table). Cette précaution était indispensable quand on mangeait avec ses doigts, comme on le fait encore en Orient, mais aussitôt qu'on adopta les cuillers et les fourchettes, ce n'était plus qu'une étiquette consacrée par l'usage.
(337) Faut-il entrer dans le détail? Le rôle presque politique qu'a joué la chaise percée dans toute cette époque, permet d'en parler sans fausse honte, et nous autorise à dire qu'on en était réduit à ce meuble et au passarès provençal. L'une des maîtresses de Henry IV, madame de Verneuil, vouloit avoir son pot dans sa chambre (Tallemant, I, p. 83), ce qui serait de nos jours une malpropreté, et n'était alors qu'une licence un peu débonnaire. Marais, bouffon de Louis XIII, lui disoit: Il y a deux choses à votre métier, dont je ne me pourrois accomoder. — lié quoi? — de manger tout seul et de ch... en compagnie (Tallemant, III, p, 63).
Tout le monde a lu les mémoires du duc de Saint-Simon, ils sont remplis parcessinguliers détails ; je citerai un seul passage du glorieux écrivain; la liberté avec laquelle il traite la question, prouve à elle seule ce qu'elle avait de simple et d'ordinaire :
« Le duc de Vendôme se levait assez tard à
LE PALAIS MAZAMN.
Note 341.
l'armée, se mettait sur sa chaise percée, y faisait ses lettres et y donnait ses ordres du malin. Qui avait affaire à lui, c'est-à-dire pour les officiers-généraux et les gens distingués, c'était le temps de lui parler. Il avait accoutumé l'armée à cette infamie. Là, il déjeûnait à fond et souvent avec deux ou trois familiers, rendait d'autant, soit en mangeant, soit en écoutant ou en donnant ses ordres, et toujours force spectateurs debout. Il rendait beaucoup; quand le bassin était plein à répandre, on le tirait et on le passait sous le nez de toute la compagnie, pour l'aller vider, et souvent plus d'une fois. Les jours de barbe, le même bassin dans lequel il venait de se soulager, servait à lui faire la barbe. C'était une simplicité de mœurs, selon lui, digne des premiers Romains, et qui condamnait tout le faste et le superflu des autres (tome V, p. 3g, édition in-8°).
Les privés vinrent après, et comme perfectionnement; c'étaient d'abord de petites fosses très peu profondes (Tallcmant des Réaux, III, p. 128) et toujours rares. J'en trouve la preuve dans un recueil de pièces manuscrites de la bibliothèque de M. Renj. Delessert.Une lettre fort sale, attribuée par dérision à madame la duchesse du Maine, personne fort propre et très réservée, plutôt précieuse dans son langage, contient ce détail qui seul n'est pas inventé :
Lettre de madame la duchesse du Mayne à Monseigneur, estant tons deux à Fontainebleau,l'automne, en îGoft.
• Vous estes bien heureux d'aller ch... quand vous voulez ; nous n'en sommes pas de mesme icy : il n'y a pas de fiantoire dans les maisons qui sont du costé de la forest ; j'ai le chagrin d'aller cl).. . dehors. — (Recueil, volume de l'année 1G9S, p. 91). Malherbe en parlant de ce malplaisant lieu de Fontainebleau pensait peut-être à cet inconvénient. ( Lettre de Paris, 18 juillet 1607).
(338) Dans l'hôtel de Zamet, plus tard de Lesdiguières ou des Menus plaisirs du Roi Henri IV, il y avait bains et ètuves (Sauvai, tome II, p. 245, 273, 27a, 277). Je n'ai pas besoin de citer des autorités pour le nombre prodigieux des éluves dans Paris pendant tout le moyen-âge, jusqu'à la fin du seizième siècle. Les villes d'Orient peuvent seules aujourd'hui en donner l'idée. Je ne parlerai pas non plus du rôle du baigneur dans tout le dix-septième siècle; il suffit de lire les mémoires du temps pour en être édifié.
(339) Sauvai, Histoire et Recherches sur la ville de Paris.
(34(V) « Un soir, après y avoir bien rêvé, elle se mit à crier: Vite, du papier; j'ai trouvé le moyen de faire ce que je voulois. Sur l'heure elle en fit le dessin, car naturellement elle sait dessiner, et dès qu'elle a vu une mai-
son, elle en tire le plan fort aisément. On suivit son dessin de point en point. C'est d'elle qu'on a appris à mettre les escaliers de côté, pour avoir une grande suite de chambres, à exhausser les planchers, et à faire des portes et des fenêtres hautes-et larges et vis-à-vis les unes des autres» (Tallemant, tome III, p. 2i3. V. plus bas, note 346, la citation prise dans le Grand Cyrus de mademoiselle de Scudéry).
Elle avait appris à dessiner, et nous voyons par une lettre que lui écrit Voiture, sous le nom de Callot, qu'on faisait alors quelques cas de ses esquisses, puisqu'on ose les comparer à des dessins de Michel-Ange. Même en tenant compte de l'exagération familière aux beaux esprits du temps, et à Voiture en particulier, on aura encore l'indication d'un certain talent. Voici cette phrase : Il est arrivé beaucoup de fois, qu'en vous jouant, vous avez fait des desseins que Michel-Ange ne désavouerait pas (lettre V, tome 1, p. 12 des OEuvres. Paris, 8U, 1729). Au commencement du dixseptième siècle et même longtemps après, il fut rare de voir des personnes de la haute noblesse se livrer à la pratique des arts du dessin. Tallemant cite bien M. de Nemours, Henri de Savoie (+ i632), le premier qui sesoit mis en peine de se rendre capable de faire des dessins de carrousels et de ballets (tome I, p. 209, tome V, p. 195) ; Mademoiselle Marcelle de Castelanne qui savoit la musique jusqu'à composer (tome II, p. 23) ; et la duchesse de Larochefoucauit-Liancourl, mère de l'auteur des Maximes, qui peignoit assez bien (Tallemant, X, p. 2i5); mais ces rares exceptions prouvent elles-mêmes la justesse de notre observation confirmée d'ailleurs par Molière. Ce grand peintre des mœurs de son temps, met cette phrase dans la bouche d'Adraste : Tu sais que de tout temps je me suis plu A la peinture, et que parfois je manie le pinceau, contre la coutume de France qui ne veut pas qu'un gentilhomme sache rien faire (Le Sicilien, ou V Amour peintre, scène X, représenté à St-Germain, en janvier iG07).
(341) Sauvai, en général assez consciencieux, était bien informé au sujet de l'origine de l'hôtel de Rambouillet, parce qu'il y était admis et vivait en relation avec ses habitués: Ce logis, avant que d'être rebâti, avoit eu plusieurs noms, car premièrement il fut appelé l'hôtel d'O, depuis l'hôtel de Noir-moustier; après l'hôtel Pisani ; et enfin, lorsque le marquis de Rambouillet et Catherine de Vivonnc y vinrent loger, après la mort de Jean rie Vivonne, marquis de Pisani, il a pris le nom de Rambouillet (Hist. et Rech., tome II, p. 200). Il faut bien remarquer le mot rebâti appliqué à la distribution intérieure introduite par la marquise.
Tallemant des Réaux dit aussi que cet hôtel fut bâti par la marquise de Rambouillet, pour le marquis de Pisani : elle fut elle-même l'architecte de l'hôtel de Rambouillet qui était la maison de son père (tome III, p. 2:2).
Note 3/i5.
Je placerai ici une remarque qui peut servir à fixer les dates. Les poésies de Malherbe renferment quatre vers :
Pour une Fontaine.
Vois-tu, passant, couler cette onde, Et s'écouler inconlinant ; Ainsi fuit la gloire du monde, Et rien que Dieu n'est permanant.
Ménage dit en parlant de cette inscription : J'ay ouï dire à la marquise de Rambouillet, que Malherbe l'avoil faite à sa prière, pour la fonteine de Rambouillet , où ils furent (pavés lorsque celle fonteine fut revesiue de pierres la première fois, il y a plus de soixante ans (1689).
Ménage était trop jeune pour fixer à ce fait une date précise ; aussi se trompe-l-il d'une quinzaine d'années. Je rectifie cette erreur au moyen des portefeuilles de l'historiographe Godefroy, conservés dans la bibliothèque de l'Institut : « Mémoire de l'eslevation et distribution des eaux de la maison et machines de la Samaritaine :
« Par contract fait auec le Roy et le feu sieur de PInclair , allemand de nation, en l'année 1600, que cette machine fut entreprise et achevée en 160/i.» — La distribution (de 20 pouces ) s'en fait par simples brevets aux personnes suivantes :
« Le premier président — un pouce,
« Madame de Montauzier qui est l'hôtel de Rambouillet, — un pouce.
En tout, dix-huit pouces d'eau dont trois ou quatre restent la propriété du Roy. Parce détail , il est évident que l'hôtel était achevé en 1G0Z1, puisqu'on s'occupait alors de ses embellissements, fontaines, etc. Lorsque le cardinal de Richelieu construisit son palais, et disposa ses jardins, il empiéta sur les droits de ses voisins ; les mémoires du temps fournissent des renseignements sur ce pouce d'eau qu'on voulut enlever à l'hôtel de Rambouillet. Je laisse de côté cet infiniment petit détail.
11 n'y eut donc jamais à Paris, en même temps, qu'un seul hôtel des seigneurs de Rambouillet ; mais les écrivains ont confondu avec l'hôtel, le château et le parc de Rambouillet , l'ancien hôtel abattu par Richelieu , le jardin de Rambouillet de la Sablière , ou la Maison des Quatre Pavillons du Reuilly, dans le faubourg Saint-Antoine, à droite en sortant de Paris (Tallcmant, tome II, p. 18, Sauvai, tome II, p. 287, Germain-Brice, édition de 1G87, tome I, p. 211), et peut-être la maison de ce même financier à Paris (Taschereau, Vie de Molière, p. 35o). L'hôtel de Pisani qui était devenu l'hôtel de Rambouillet à la mort du marquis de Pisani, s'appela hôtel de Montausier (description de Paris de Germain-Brice, édition de 1O87, p. Û7), et plus lard hôtel d'Dzès ou de Crussol, lorsque le Duc venant à mourir, sa fille unique en hérita. Marie-Julie de Sainte Maure, avait épousé, le
16 août iGG7i, Emmanuel de Crussol, duc d'Uzès; elle mourut le îû avril 1695. Sur le plan de Bullet, édition de 1707, on lit : Hostel d'Uzès. Je renvoie au plan de Gomboust de i'année 1652, au fragment que j'en donne et à la note 3 sur les plans de Paris.
(542) Je ne sais pas d'autre cause de cette destruction, que la plus value donnée à ce quartier par l'afiluence du commerce, et par suite, l'avantage que l'industrie trouva a construire plusieurs maisons sur l'emplacement d'un seul hôtel. Au commencement du dernier siècle, les Crussol, ducs d'Uzès, quittèrent cette demeure et allèrent loger rue Saint-Nicaise.
(543) On n'avait pas encore abandonné les briques alternativement employées avec la pierre, matériaux d'un si bon effet dans les vastes et élégantes constructions de Fontainebleau, de Versailles (château de Louis XIII), de l'hôtel de Mayenne, de la place Royale, etc. Sauvai, en décrivant l'hôtel de Rambouillet , nous apprend qu'il était construit avec cet appareil pittoresque, et il nous donne en même temps l'explication d'une expression employée par le duc de Saint-Simon en par-, lant du petit château de Louis XIII à Versailles, (tome I, p. i35.) Il l'appelait un château de cartes : «Quand Arlhenice l'entreprit, la brique et la pierre étoient les seuls matériaux que l'on employoit dans les grands bâtimens. La rougeur de la brique, la blancheur de la pierre et la noirceur de l'ardoise, faisoient une nuance de couleur si agréable en ce temps là, qu'on s'en servoit dans tous les grands palais, et l'on ne s'est avisé que cette variété les rendoit semblables à des châteaux de carte, que depuis que les maisons bourgeoises ont été bâties de cette manière » (tome II, p. 201).
(344) Tallemant des Réaux parle de cette chambre bleue : Madame de Rambouillet est la première qui s'est avisée de faire peindre une chambre d'autre couleur que de rouge ou de tanné; et c'est ce qui a donné à sa grand'chambre le nomde la chambre bleue, (tome III, p. 213). Il est inutile de relever la distraction du conteur qui oublie que la chambre n'était pas peinte, niais bien tapissée de velours tendu dans des encadrements dorés. Parmi les ameublements du temps, que nous connaissons, il faut citer celui de Scarron, et par conséquent de madame de Maintenon, qui était de damas jaune (Segrais, OEuvres, I, p. 129), et la tenture de moquette du cabinet de madame de Fiesque, où tout ce qu'il y avoit de plus galant se rendoit souvent (Segrais, tome I, page ai 9; Amst., 12°, 1723).
(34.5) Sauvai, Hist. etRech.,tome II, p. 201. Voir aussi le palais de Cleomire dans le grand Cyrus. Ces fenêtres dont parle Sauvai, étaient une innovation. En 1G98, le docteur Martin
Note 346.
Lisler en remarque une autre qui l'intéressait d'autant plus qu'elle était prise à l'Angleterre. Le maréchal de Lorge faisait construire son hôtel et y introduisait tous les perfectionnements du confortable. Ile sheiveil us his large sash ivindoivs, which ivere made from a model lhal he had received from England ; the method of counlerbalancing the sash being at lhal lime unknown, or not in use in France (p. iG4, édition de 1823). Ces fenêtres à contrepoids et à coulisses ne furent jamais admises en Fiance ; l'hôtel de Lorge resta, sous ce rapport, une exception : aussi, lorsque Sterne, dans son voyage sentimental, relève une fenêtre à Paris, au lieu de l'ouvrir, Il oublie ce qu'il vit, et ne se rappelait plus que ce qu'il avait sous les yeux en Angleterre.
(3-iG) Art amène, ou le grand Cyrus, dédié à Madame la duchesse de Longueville , par M. de Scudéry, gouverneur de Xosire-Dame de la Garde. Paris , chez Augustin Courbe, 160, (avec des planches dessinées et gravées par Ghauveau.) Je n'ai point l'intention de rendre compte de ce roman qui, malgré ses dix gros volumes, ou peut-être à cause de cette étendue, eut un immense succès. Ce qui motive la citation quej'en fais, c'est une allusion permanente aux mœurs et aux habitudes de la société française et surtout parisienne. Quoique transportes sur les bords de l'Euphrate, quoiqu'alfublés des noms les plus persans que Mademoiselle de Scudéry pouvait inventer, les personnages qui se meuvent sur cette scène, ne sont autres que ceux qui animaient la société de Paris, et surtout l'hôtel de Rambouillet, la plus agréable de toutes les réunions et la pluscélèbre.J'ai dit Mademoiselle de Scudéry, parce qu'il me semble inutile de rappeler, que cette fille spirituelle et distinguée, publia ses premiers romans sous le nom de son frère, le Matamore ; celui-ci y ajouta une préface et une dédicace, qui portent le trait distinctif de son caractère emphatique et violent.
Le septième volume de cette longue histoire contient la description de l'hôtel deRambouil- Jet et de la brillante société qui s'y réunissait encore en i65o; dans tout l'ouvrage, les descriptions des demeures orientales rappellent les habitations de Paris; dans ce volume, il semble que Mademoiselle deScudéry ait voulu plus particulièrement enchaîner les riverains de l'Euphrate sur les bords de la Seine. L'histoire d'Elise commence a la page 21/1, c'est à la page Û87 que je prendrai la citation qui se rapporte à la marquise de Rambouillet, à son hôtel, à sa société :
» Pour vous faire comprendre la félicité d'Elise, il faut que je vous despeigne une partie des amies et des amis qu'elle fit alors, et que je vous représente quelle forme de vie esloit la leur et la sienne; car je suis assuré que je ne pourrai faire, ce que je dis sans faire eu même temps une chose fort glorieuse à ma patrie, en vous faisant connoistre le nombre de personnes accomplies qui s'y trouvent.
Voussçaurezdonc,Madame,qu'apièsqu'Elise vit sa fortune en meilleur estât, elle eut le bonheur d'estre chèrement aimée d'une des personnes du monde la plus illustre en toutes choses; mais d'en estre aimée avec estime et avec tendresse, de sorte que depuis cela, Elise fut inséparable de cette dame qui s'appelle Cléomire. — Je ne m'arresteray point à vous exagérer la noblesse de sa race, ny à vous dire mille choses qui luy sont fort glorieuses, mais je vous diray seulement que Cléomire a épousé un homme d'une des plus grandes maisons de Phénicic et d'un mérite proportionné à sa qualité; après quoy je tascheray de vous donner une idée de ce qu'est Cléomire. Imaginez-vous donc, Madame, la beaulé mesme, si vous voulez concevoir celle de cette admirable personne — Cléomire est grande et bien faite; tous les traits de son visage sont admirables, la délicatesse de son teint ne se peut exprimer, la majesté de toute sa personne est digne d'admiration, et il sort je ne sais quel esclat de ses yeux , qui imprime le respect dans l'aine de tous ceux qui la regardent, tt pour moy je vous advoue que je 11'ay jamais pu approcher Cléomire, sans sentir dans mon cœur je ne sçay quelle crainte respectueuse qui m'a obligé de songer plus à moi estant auprès d'elle, qu'en nul autre lieu du monde où j'aye jamais esté. Au reste, les yeux de Cléomire sont si admirablement beaux, qu'on ne lésa jamaispu bien représenter; cesontpourtant des yeux qui, en donnant de l'admiration, n'ont pas produit ce que les autres beaux yeux ont accoustumé de produire dans le cœur de ceux qui les voyent; car enfin en donnant de l'amour, ils ont toujours donné en même temps de la crainte et du respect, et par un privilège particulier, ils ont purifié tous les cœurs qu'ils ont embrasez. Il y a mesme parmyleur esclat et parmi leur douceur, une modestie si grande, qu'elle se communique à ceux qui la voyent ; et je suis fortement persuadé qu'il n'y a point d'homme au monde qui eust l'audace d'avoir une pensée criminelle en la présence de Cléomire. An reste sa physionomie est la plus belle et la plus noble que je vy jamais, et il paroist une tranquillité sur son visage, qui fait voir clairement quelle est celle de son ame. On voit mesme en la voyant seulement, que toutes ses passions sont soumises à la raison et ne font point de guerre intestine dans son cœur; en effet, je ne pense pas que l'incarnat qu'on voit sur ses joues, ait jamais passé ses limites et se soit espanclié sur tout son visage, si ce n'a esté par la chaleur de l'esté ou par la pudeur, mais jamais par la colère ny par aucun dérèglement de l'ame; ainsi Cléomire estant toujoursesgalement tranquille est toujours esgalement belle. Enfin, Madame, si on vouloit donner un corps à la chasteté, pour la faire adorer par toute la terre, je voudrois représenter Cléomire; si on en vouloit donner un a la gloire, pour la faire aimer à tout le monde, je voudrois encore faire sa peinture, et si l'on en donnoit un à la vertu,
Note 35i.
LE PALAIS MAZARiN.
je voudrois aussi la représenter. Au reste, l'esprit et l'aine de celte merveilleuse personne surpassent de beaucoup sa beauté : le premier n'a pas de bornes dans son étendue et l'autre n'a point d'esgale en générosité, en constance, en bonté, en justice et en pureté. L'esprit de Cléoniire n'est pas un de ces esprits qui n'ont de lumière que celle que la nature leur donne, car elle l'a cultivé soigneusement, et je pense pouvoir dire qu'il n'est point de belles connoissances qu'elle n'ait acquises. Elle sçait diverses langues et n'ignore presque rien de tout ce qui mérite d'estre sçeu, mais elle le sçait sans faire semblant de le sçavoir, et on diroit à l'entendre parler, tant elle est modeste, qu'elle ne parle de toutes choses admirablement comme elle fait , que par le simple sens commun et par le seul usage du inonde. Cependant elle se connoist à tout; les sciences les plus éleuées ne passent point sa connoissance; les arts les plus difficiles sont connus d'elle parfaitement; elle s'est fait faire un palais de son dessin , qui est un des mieux entendus du monde, et elle a trouvél'art de faire en une place d'une médiocre grandeur, un palais d'une vaste étendue. L'ordre, la régularité et le propreté sont dans tous ses appartenons et à tous ses meubles; tout est magnifique chez elle, et mesme particulier; les lampes y sont différentes des autres lieux; ses cabinets sont pleins de mille raretés, qui font voir le jugement de celle qui les a choisies; l'air est toujours parfumé dans son palais, diverses corbeilles magnifiques, pleines de fleurs, font un printempscontinuel dans sa chambre, et le lieu où on la voit d'ordinaire est si agréable et si bien imaginé, qu'on croist estre dans un enchantement lorsqu'on y est auprès d'elle (pag. Z187 à û9a). »
Je passe sous silence les portraits de ses deux filles, du duc de Montausier, et en général des membres les plus distingués de la société habituelle de l'hôtel de Rambouillet , sous les noms de l'adorable Philonide , de la belle Anacrise, du généreux Megobate, de Villustre Mage de Sidon, de l'agréable Clléarque, du sage Théodamas, du divertissant Phercci de, de l'admirable Aristlue et de cinq ou six autres encore , dignes d'estre d'une si belle compagnie (p. 55o). Je renvoie encore à la p. 576 pour qu'on recherche une esquisse de la conversation que la marquise de Rambouillet savait faire naître, soutenir et animer. Mademoiselle de Scudery, comme elle le remarque, avait droit de parler de cet intérieur : J'avois aussi l'honneur d'être souffert au palais de Cléomire.
(547) OEuvres de Voiture, dans ses lettres, tome I, p. lio et suiv., et ces jolis vers :
Il seroit tans de me taire, Et ma plume n'en peut plus; Mais que diront les vertus, Si je me tais de sa mère....
(548) «Maxima erat hoc tempore Rambullieliana; domus celebritas , quam inagnopere
exornaverat Catharina Vivonnœa Marchione Rambullieto pridem viduata primaria femina, ut natalibus, ita animis et nioribus verc Romana, Malerbaj nostratis decorata prasconiis, sub Artcnices nomine, atque item ejus liliae duae Julia et Angelica , Angennaeae, quarum illa Montauserio, hœc Griniano nupserat. Vt summa in illis inerat morum elegantia, felicibusconjuncla ingeniis, ita qu'içunque ab bis landibus quœrebant comniendationeni in hoc urbanitatis domicilium , ac velut sacrariuin , optabant admitti. Concluebat ergo illuc,quidquid vel aula habuit, vel urbs, humanitate expolitum. Et si verô non sine aliqua temeritatisnota, me hominem provincialem , municipalibus oblitum nioribus, in hoc theatrum sciebam esse proditurum, cuin Lutetiam tamen venisseni bis diebus, illuc intrudi nie passus sum ab amicis. Nec nie meae certe paenituit audaciae; exceptus sum enim perbenignè , a Vivonnœa praesertim heroina , quaeme et ad crebra colloquia, quamdiu cominorarer Luletiaeetad literarum cominerciuin, si quando abessem, comiter invita vit.» Pet. Dan. Huelii Comment, de rébus ad cum pertincnlibus. Ainsi., 8°, 1718. (Page 212.)
(549) Ralzac, dans ses lettres à Conrart.
(550) Tallemant des Réaux, tome III, p. 212.
(531) Segrais, OEuvres, tome I, p. 29.
(552) Fléchier, Oraison funèbre de Montausier.
(535) Sauvai ne tarit pas d'éloges, et cependant il dit : Tous les illustres ont publié à l'envi le nom de cette héroïne, et ne m'ont presque rien laissé à dire de son hôtel (tome II, p. 200). Parmi ces illustres, je puis renvoyer à Ménage, Chapelain, Godeau, Patru, Sarrazin, Charleval, Benserade, Pierre Corneille, Bossuet, le duc de La Rochefoucault, etc. Dois-je ajouter le sieur de Neufgermain, pauvre fou, qui se croyait poète et dont on s'amusait à l'hôtel de Rambouillet, lorsqu'il venait offrir des vers dans ce goût :
Entre les dieux doit tenir ran, Proche Jupin, au plus haut ban, Plus belle que Roze et V œillet, La divine de Itembouillet ; Ses vertus, son mérite gran S'estend jusqu'au topinam bon Dont l'un tient registre et tmillcl, Pour la divine Rembouillet.
Les poésies et rencontres du sieur de Neufgermain, poète hétéroclite de Monsieur. Paris, in-4°, i03o-i637.
(554) « Si nous admirons ces sortes de croisées au palais Cardinal, au Petit-Luxembourg, et dans les maisons de la place Royale et de I l'isle Notre-Dame, elles ne sont que des images et des imitations de celles de la ebam-
LE PALAIS MAZAlUiN.
Note 357.
bre bleue. C'est à Cléomire (nom de madame de Rambouillet , dans le. grand Cyrus) , que les architectes sont redevables de ce nouvel embellissement ; mais ce n'est pas le seul ornement qu'elle a ajouté a l'architecture : la rampe de son escalier, arondie en portion de cercle, et les portes en enfilade de son appartement, ont servi de modèle à ces escaliers circulaires qui ne conduisent que jusqu'au premier étage et à ces longues suites de portes qui sont les principales beautés de nos châteaux et de nos palais » (Sauvai , tome II, p. 201). Ces enfilades de pièces faisaient l'admiration de Segrais (OEuvres, tome I, p. 3o, édit. d'Amst., 120, 1723). «Quand la Heine mère (Marie de Médicis) fit bâtir le Luxembourg, elle ordonna aux architectes d'aller voir l'hôtel de Rambouillet, et ce soin ne leur fut pas inutile. » (Tallemant desRéaux, tome III, p. 2i3.) Voir plusbasl'applicalion de cette dernière remarque.
(35'i) Tallemant des Réaux fait l'éloge de la manière dont le marquis de Rambouillet traitait ses domestiques : Sévère, mais juste et bon, sa maison s'en ressentait par l'ordre et la bonne tenue. Ce grand entourage de serviteurs, la famille de l'antiquité, le cortège exigé au moyen-âge, devenait chaque jour plus à charge, tant il était hors des besoins, souvent compromettant, toujours inutile. La force de la chose établie maintenait cet abus, et cependant pour un connétable de Lesdiguières qui avait conservé avec ses gens les habitudes palriarchales de ses ancêtres, au point de vouloir les voir tous les soirs avant de se coucher, et de causer familièrement avec eux (Tallemant, I, i52), combien de seigneurs qui ne les connaissaient pas même de vue, et loin d'exercer sur eux une grande autorité, ou une influence salutaire, n'en pouvoient obtenir les plus simples services. Le comte de La Suze avait plus de 80,000 livres de rente, c'est-à-dire i5o,au taux actuel; il entretenait cent domestiques, et Tallemant dit : La dedans on n'est point surpris quand on vous annonce de vous coucher sans souper, tant toutes choses y sont bien réglées (V. 21 5). Les Vendôme, plus voluptueux, aussi dépensiers, n'étaient pas mieux servis: Campislron, secrétaire des commandemens du duc, disait qu'on courait risque chez lui de mourir de faim ou d'indigestion.
Ces nombreux serviteurs furent réformés, dès que l'on compta leur service, n'ayant plus besoin de leur garde. Les intendants furent prompts à solliciter cette réforme, les gentilshommes furent lents à l'accorder; c'était dans l'ordre. Sarrau avait fait une liste de tous les gens inutiles qu'entretenait le maréchal de Biron dans sa maison; celui-ci répondit à son intendant : Voilà donc ceux dont vous dites que je me puis bien passer; reste il sçavoir s'ils se passeront bien de moi (Tallemant, tome I, p. 96). J'ai recherché clans Brantôme un détail qui m'avait frappé. On lit dans son dis-
cours IV , sur l'amour des filles , quV/to fuyent grandement les princes et seigneurs, causeurs et peu secrets mais qu'elles choisissent (au moins aucunes) leurs valcls, comme j'en ai connu qui l'ont fait il si n'en faut prier longuement leurs dits valets : car , les levant, couchant, déshabillant , chaussant, deschaussant et leur baillant leurs chemises comme j'ay veu beaucoup de filles à la cour et ailleurs qui n'en faisoient aucune difficulté ny scrupule; il n'est pas possible qu'eux voyant beaucoup de belles choses en elles, n'en eussent des tentations. (Édit. de 1822, page 322). Brantôme écrivait ses souvenirs a la fin de sa vie et il mourut en 1G1 û. Madame de Rambouillet commença ses réformes en 1600-1605. Elle n'était pas femme a souffrir ces singuliers valets de chambre. (Voir Branlômc, page 386 et \esCent Nouvelles pour d'autres valets tout aussi familiers. Consulter la note i3.)
En même temps qu'on réformait bon nombre de valets inutiles, on introduisait l'usage des suisses faisant fonctions de portiers. 11 y en avait, vers i65o, près d'un millier à Paris, car la bourgeoisie se donnait quelquefois le ridicule d'une prétention qui semblait réservée à la noblesse. (Voir une anecdote sur une coalition de Suisses, dans les Mémoires de Tallemant des Réaux, tome VII , p. 1O1 et dans l'œuvre d'Abr. Bosse, la loge d'un suisse en plein vent près d'une porte cochère.)
(556) Les sonnettes, dans toule leur simplicité et malgré leur utilité à toutes les époques, n'ont été d'un usage général que sous la régence du duc d'Orléans. Le traité de la civilitéa des préceptes et des règles de politesse pour remplacer cette invention , si utile et si simple :« S'il arrivoit qu'elle (la maîtresse de la maison) se mist en peine d'appeler quelqu'un qui ne fût pas proche d'elle, ilfautsor-; tir pour l'aller appeler soy-même; ce qu'il ne faut pas faire tout haut sur le degré , ou par la fenestre, mais envoyer quelqu'un le chercher où il sera, pour le faire venir, car autrement c'est pécher contre le respect. ( Édition de 1G73, page 52.)
(557) Cet usage, suivi partout, trouve une exception dans l'hôtel de Lambert. Les charmantes arabesques du plafond dédommagent de la rude montée qu'elles imposent. Cette magnifique habitation, aujourd'hui en vente, date de i055-6o.
On ne peut se figurer, quelque étude qu'on ait faite des sources d'informations du dixseptième siècle, la misère des logements, dans les plus beaux hôtels, dans les plus grands châteaux (j'en ai cité des exemples) et même dans les résidences royales. Saint-Simon nous donne une idée des appartenons qu'on osait assigner aux seigneurs, à Versailles, et Rochcfort ou Sandraz de Courtils parle ainsi des chambres données aux filles d'honneur: Comme toutes les chambres des filles d'honneur on, pour parler plus juste, tvulcs les loges
Noie 360.
LE PALAIS MaZAKIN.
étaient ouvertes , car elles ressemblaient proprement à celles des comédiens. Je passe sous silence la ridicule anecdote de la pommade de Mademoiselle de la Motte-Argencourt, pommade dont il se sert pour ses lèvres et qui lui rétrécit la bouche ; ce sont de ces méchancetés scandaleuses dont s'alimentaient les conversations de la cour ( p. 219, Mémoires de M. L. C. P. II. contenant ce qui s'est passé de plus particulier sous le ministère du cardinal de Richelieu et du cardinal Mazarin,avec plusieurs particularités remarquables du règne de Louis le Grand. La Haye, vi°, 1713, à la Sphère.)
Malherbe, dans ses lettres, se plaint souvent des appartenons de Fontainebleau.
(358) Dès vingt ans, elle ne voulut plus aller aux assemblées du Louvre, chose assez étrange pour une belle et jeune personne et qui est de qualité. Elle disoit qu'elle n'y trouvoil rien de plaisant que de voir comme on se pressoit pour y entrer, et que quelquefois il lui est arrivé de se mettre en une chambre pour se divertir du méchant ordre qu'il y a pour ces choses-là en franco (Tallemant des Réaux, tom. III, p. 212). Sous le régne du libertin gascon, qui fut un grand roi, la marquise de Rambouillet était trop près du Louvre pour détourner les yeux de mœurs qui choquaient sa délicatesse et sa vertu. Plus tard , l'influence des Concini refroidit ou refoula les sentiments sympathiques qui, à défaut d'agréments, l'auraient attirée près de la Reine ; ces causes réunies la tinrent éloignée de la Cour. Tallemant donne à sa conduite une autre explication : Elle ne pouvait souffrir le Roy ( Louis XIII ) ; il lui déplaisait étrangement, tout ce qu'il faisait lui sembloil contre la bienséance ( p. 232, tom. III ).
(559) La ruelle élégante et recherchée, qui réunisait quelquefois jusqu'à cinquante personnes, devint l'alcôve et le réduit. Ces mots s'appliquent donc aux mêmes choses, mais à leurs développements successifs. C'est ainsi que Furetière, dans le Roman Bourgeois , dit du poète : Jtvoudrois qu'il eût accès dans toutes les ruelles, réduits et académies illustres. Et il définit ainsi la ruelle dans ce fameux Dictionnaire composé vers 1660, et qui fut pour lui la source de tant de tracas :
Ruelle se dit aussi des alcôves et des lieux parés où les dames reçoivent leurs visites, soit dans le lit, soit sur des sièges. Les galans se piquent d'être gens de ruelles, d'aller faire de belles visites. Lespoèlesvont lire leurs ouvrages dans les ruelles, pour briguer l'approbation des dames (Furetière, Dictionn. , édit. de 1 G90). Naturellement, dans ce siècle galant , c'était autour du lit des femmes, des plus jolies et des plus spirituelles que se formaient ces cercles redoutables pour le poète et le romancier ; mais nous savons que des écrivains, hommes d'esprit et du momie, recevaient aussi dans leurs ruelles. Somaize cite Ménage et l'abbé Testu. Molière met cette vanterie dans
la bouche de Mascarille : Ils me rendent tous visite, et je puis dire que je ne me lève jamais sans une demi-douzaine de beaux esprits (les Précieuses Ridicules, scène X). C'était là que se forgaient les nouvelles et que circulaient les commérages :
Le bruit est parmy les ruelles, Vrais lieux à débiter nouvelles.
(Loret, liv. II, p. 33.)
Les coureurs de ruelles,
Sçavent bien mieux les nouvelles, Qu'un Rimcur dezorienté.
(Liv. VIII, p. 156.)
Tout était bon à écouter dans les ruelles, tout n'en était pas bon à répéter; il y avait ruelle et ruelle. Madame de Sévigné, en critiquant le style du père Maimbourg, dit de lui : // sent l'auteur qui a ramassé le délicat des mauvaises ruelles {\lx sept. 1675).
On y causait, on y mangeait (Voir les gravures d'Abr. Rosse), on y jouait aussi :
Certaine fille, demoizelle,
Ayant perdu dans une alcôve Au tric-trac, prime ou quinque-nove Tout ce qu'au monde elle aimoit mieux.
Ce qu'elle aimoit mieux, c'est-à-dire
Tout l'argent de sa tirelire.
(Loret, liv. VII, p. 128.)
Depuis que les ruelles du lit ont disparu parla nouvelle position qu'on a donnée à ce meuble dans nos chambres, le mot de ruelle n'a éié conservé que pour désigner les petites rues, et je crois que M. Capefigue ne s'est pas bien rendu compte des usages du temps, dont il faisait l'histoire, car on lit dans son livre sur Louis XIV (tom. II, p. -ih) : L'éclairage des rues permit de parcourir les ruelles après le couvre-feu. Qu'est-ce que parcourir une ruelle, au dix-septième siècle.
(560) La chose précéda naturellement le mot. Furetière l'emploie en 1O6O : Elle avait certains jours destinés il recevoir le monde dans son alcôve. La Fontaine (dans la Psyché en i669)etRoileau (dans le Lutrin, v. 57, en 167^1) s'en servirent aussi , mais comme d'un mot nouveau, pour exprimer une mode nouvelle. M. Walckenaer qui a fait une bonne note sur l'alcôve, en a trouvé l'élymologie dans le Dictionnaire de Furetière : Ahôve. Subst. Les architectes le font masculin ; mais dans l'usage, il est féminin. C'est la partie d'une chambre, qui est séparée par une estrade, et quelques colomnes ou ornements d'architecture, où on place d'ordinaire le lit ou des sièges pour recevoir une compagnie. Le mot est venu de l'espagnol Aixoiu, et les Espagnols l'ont pris de l'arabe Elkauf, où il signifie seulement un cabinet ou le lieu où on dort ; ou rf'IÏLCOBAT qui signifie Tabeiînacolum (édit. de 1O90).
Furetière avait la prétention, lorsqu'il composa son dictionnaire en concurrence avec l'Académie (il ne parut qu'en 1690), de faire autorité, et il tranchait une question trèseon-
f.E PALAIS MAZARIN.
Note 360.
troversée, en fixant un genre au mot alcôve. Dans ses poésies, il resta fidèle à son système qui lui fut reproché vivement par les Aristarques du temps : Ces autheurs, dit-il dans la préface de sa seconde édition, m'oni repris d'avoir mis en quelqu 'endroit alcoue au genre féminin, parce qu'ils veulent à tome force qu'il soit masculin ; vous leur direz que ce n'est pas par ignorance, mais par une belle malice, et que je soutiens qu'il doit cstre féminin, puisque nous lui avons donné une terminaison féminine, et mesme dans une langue qui a beaucoup d'inclination à ce genre. Surtout après que nous nous sommes fortifiez par son origine, puisque les Italiens qui nous ont envoyé ce mot, l'ont fait féminin, que les Espagnols où il a esté élevé et nourry. Vont fait de mesme genre, et que chez les Mores et les Arabes d'où il est originaire, il est pareillement féminin. (Poésies diverses du sievrFvretière, seconde édition. Paris, 12°, 16G/1, chez Lovys Billaine. La première édition était, je crois, de 1662).
Les habitués des alcôves prirent le nom ù'Alcôviste (Somaize, les Véritables Précieuses, p. 32), qui s'est encore moins conservé que l'usage. Aussi Furetière ne l'admit pas dans son dictionnaire.
Bussy nousapprend, dans l'ouvrage qui fit la réputation de l'homme d'esprit, et le malheur du courtisan, que Madame d'Olonne avait perfectionné encore les dispositions nouvelles, dont nous réservons le mérite à Madame la marquise de Rambouillet : La comtesse d'Olonne avoit dans la ruelle de son lit un cabinet, au coin duquel elle avoit fait faire une trappe qui répondoit à un autre cabinet au-dessous, où le prince de Marsillac entrait quand il était nuit; un tapis de pied cachait la trappe et une table la couvroit ( p. 00 de l'édit. de 1754). Le but était différent, les moyens employés variaient aussi. L'une donnait du jour à ses réunions, l'autre réservait des cachettes à ses amants : à chacune son rôle.
Les chambres à alcôves, la répartition de l'espace réservé jusqu'alors aux ruelles et transformé depuis celte époque en petits cabinets ou en couloirs pour conduire aux dégagemens pratiqués par derrière, devinrent un programme nouveau pour les architectes, et l'on voit par ce qui reste dans les habitations, et par les projets consignés dans de nombreux recueils, après combien d'étude et avec quel succès on suivit les indications heureuses de Madame de Rambouillet. Je ne citerai que les recueils de J. Marot et de J. Le Paultre-, ils sont le produit direct de cette influence, et ne manquent pas de mérite s'il consiste dans la variété : Nouveaux desseins d'alcôves inventés et gravées par J. Marot. A Paris, chez P. Mariette, rue Saint-Jaques, à l'Espérance.
,Ornements ou placarls, pour l'enrichissement des chambres et alcôves , nouvellement inventés et gravés par J. Marot. A Paris, chez Pierre Mariette.
Alcôucs à la lloyalle inventez cl gmvéz par
J. Le Pautre.Ce vendent à Paris, chez Pierre Mariette, rue St-Jacques, à l'Espérance, folio long. Toute l'histoire ancienne et moderne, j'entendslaplus tragique, semble s'être donnée rendez-vous dans ces alcôves.
Grandes alcôues à la Itomaine inuentéz et grauéz par J. Le Paulrc, folio long. Tous ces lits, tous ces lambris d'alcôves sont aussi extraordinaires que les scènes avec lesquelles l'artiste les anime.
Alcôves à la Romaine dessignez et grauez de nouucau par J. Le Pautre , !\", Ces lits sont absurdes et comme forme et comme ornements; le fécond artiste, après avoir inventé tout ce qui pouvait être raisonnable, ne trouvait plus dans son imagination que des impossibilités souvent ridicules.
Alcoucsà la Romaine nouuellement inventez et grauez par J. Le Pautre, in-folio long, chez N. Langlois. Les imaginations les plus folles n'iraient pas plus loin.
Livre de lit à la Romaine, inventé et gravé par Jean Le Pautre, folio. Ces lits n'ont de particulier que l'absence du dais et des rideaux.
Alcoucs à l'Italienne inuentées et grauézpar Le Poire, U°. Elles sont plus raisonnables que les précédentes quant aux formes et plus possibles, sinon plus morales quant aux scènes que l'artiste y a placées.
Alcoucs à l'Italienne nouuellement inuentées et grattées par J. Le Pautre, chez Jollain. Elles sont doubles sur chaque planche, c'està-dire traitées à moitié.
.Alcôves à la Françoise, nouuellement inventez et gravées par J. Le Pautre, 1G78. Petit in-folio, long.
Le Pautre avait cette richesse d'invention qui est rare, même lorsque, comme lui, on ne se fixe de limites et de mesure ni par le goût, ni par les règles. Son œuvre immense renferme des modèles pour tout l'ameublement d'une maison. Il a donné des suites de dessus de portes, décadrés de tableaux et de glaces, de meu- Dles et de cabinets, de miroirs, tables et guéridons, de plafonds et de lambris, de montants de portes qu'il appelle grotesques et mauresques, de rinceaux et de fripes sculptées, de boiseries complètes pour un appartement tout entier, d'orfèvrerie et de serrurerie, sans compter ses dessins de parterres, de vases, de fontaines, de trophées, de cartouches et de mausolées, ses termes de jardins et tout ce qui compose l'ameublement des chapelles et des églises. Le Blond, Mariette, Barroche, Jollain, N. Langlois et Jean Merlen à Anvers, ont été ses principaux éditeurs. Pour l'étude de la vie privée du dix-septième siècle, ses gravures sont d'un grand intérêt, mais pour en tirer utilement parti, il faut se dire qu'elles étaient à la vérité, ce que sont de nos jours des décorations de théâtre , à la réalité des choses. Le nom de l'artiste s'écrit de différentes manières. La véritable se voit sous son petit portrait de i045. Jean Le Paultre délitt. et fi a t.
Note 362.
En résumé l'alcôve c'est la ruelle encadrée, le baluslre était conservé et la devanture avait de chaque côté une porte pour conduire dans l'espace appelé plus anciennement la ruelle. Au temps de Blonde), en 1752, il y avait encore des souvenirs de tous ces usages, dès-lors surannés, mais non pas passés de mode. Cet architecte comptait six espèces de chambres à coucher; celle de parade, celle en alcôve, en eslrade,en niche et en galetas. ( Arch. Fr. t. I, p. 32). Les riches hôtels de Paris conservèrent jusqu'à la fin du dernier siècle, dans les grands appartements, la chambre de parade, avec le lit antique, les ruelleset le balustre. On avait les petits appartements pour la demeure.
(361) Le balustre et le dais furent d'abord réservés aux Chambres royales, ensuite les princesses, puis les duchesses l'adoptèrent, et de proche en proche toute la noblesse l'usurpa. Loret dit dans sa Gazette :
J'y vis maintes gens à balustres Surtout des duchesses illustres Eguillon, Villeroy, Crequy.
(10 avril 1660.)
La Muse royale s'exprime de même:
Tous gens de lustre, Tous gens de dais et de balustre.
(i7janvier i65<3.)
Et les Chansons se moquent d'un monsieur Barde, homme d'affaires qui faisait l'homme de bel air :
Barde mérite le balustre Vertubleu, c'est un homme illustre.
(Coll. Maurepas, iô5o, t. XXIII, f. 104.)
Ces balustresétaient de toutes matières, en bois sculpté, en cuivre doré ou en ivoire incrusté, témoin ce vers :
En estrades d'ivoire, en alcôves dorées,
(Des Yveteaux. Jeu poétique.)
Il y en avait même en argent massif, puisque Monsieur vend son balustre pour payer une dette de jeu. Comme je l'ai dit, dans une noteprécédente, les différentes dénominations s'appliquaient à cette réception intime dans la chambre à coucher :
Adieu les cercles, adieu l'estrade, Adieu la chambre à balustrade.
(Loret, 26 sept. 1654.)
Quand le cardinal Mazarin se rencontre avec la reine Christine de Suède dans le château de Petitbourg, Loret annonce que c'est:
Pour avoir conversation
En cabinet, chambre, ou balustre,
Avec ce personnage illustre
(Liv. VIII, p. 182.)
Nous n'avons plus conservé que des alcôves royales avec le balustre, la plus intacte est celle de la chambre d'Anne d'Autriche, au Louvre. On a rétabli la chambre à coucher de Louis XIV, à Versailles.
C'était, du reste, dans les habitations des gens du grand monde , si bien la salle de réception, le cabinet de conversation, qu'on le représentait ainsi en petit et en forme de joujou, avec les personnages qui s'y réunissaient, Nous en trouvons deux exemples cités, l'un dans les Mémoires de Tallemant des Réaux , et l'autre dans le Menagiana :
« En 1675, lit-on dans ce dernier recueil, madame de Tianges donna en étrennes une chambre toute dorée, grande comme une table, à M. le duc du Maine. Au dessus de la porte il y avoit en grosses lettres, Chambre du Sublime. Au dedans un lit et un balustre, avec un grand fauteuil, dans lequel éloit assis M. le duc du Maine fait en cire, fort ressemblant. Auprès de lui, monsieur de La Rochefoucault, auquel il don n oit des vers pour les examiner. Autour du fauteuil, M. de Marcillac et M. Bossuet, alors éveque de Condom. A l'autre bout de l'alcove, Madame de Tianges et Madame de La Fayette lisoient des vers ensemble. Au dehors du balustre, Despréaux, avec une fourche, empêchoit sept ou huit médians poètes d'approcher; Racine étoit auprès de Despréaux, et un peu plus loin, La Fontaine auquel il faisoit signe d'avancer. Toutes ces figures étaient de cire en petit et chacun de ceux qu'elles représentoient avoit donné la sienne ».
Ce jeu était depuis longtemps à la mode chez les enfans. Le cardinal de Richelieu avait donné à sa nièce, la duchesse d'Enghien, une petite chambre où il y avoit six poupées, une femme en couches, etc. (Tallemant, II, 210.)
(362) Les laquais de Paris chantaient un vaudeville sur un M. Potel dont leurs maîtres se moquaient :
Sans ce garçon, le cabinet,
Ni les ruelles n'ont rien de parfait.
(Tallemant, X, 35).
Le cabinet devint partout le lieu des réunions, des causeries, et dans un certain monde, des intrigues galantes; car pour rendre celles-ci plus faciles, on le meubla d'un lit de repos, d'été ou d'ordinaire pour le jour, espèce de chaise longue qui joua un rôle aussi imporlant dans l'Histoire amoureuse des Gaules, que le Sopha dans le roman de Crebillon. Furetière a mis cet article dans son dictionnaire ; il correspond à ce lit : On appelle un lit d Ange ccluij qui. n'a point de quenouilles ou piliers, mais qui a de grands rideaux suspendus aux planchers, en guise de pavillon (édit. de 1690) , et les gravures du temps m'apprennent que les anges qui se reposaient sur ces lits, n'étaient pas tous des saintes. Bassompierre parle d'un lit d'été, Iorsqu'en quittant le cadavre du Roy, il passe chez la Reyne : Nous la trouvasmes sur un lict d'esté, en son petit cabinet, n'estant encores habillée et coiffée, qui estoil dans une extrême affliction (Mém. de Bassompierre, t. Ir p. 2ft5). Brantôme, enfin, mentionné le lit
31Zl LE PALAIS
d'ordinaire : « Durant cette guerre de la ligue un gentilhomme demande l'hospitalité chez une dame qui lui cède son lit : toutes les autres chambres estoient desgarnies pour l'amour de la guerre et ses meubles serréz , car elle en avoit de beaux. Elle se retire dans son cabinet , où elle avoit un lit d'ordinaire pour le jour. ( Pag. 5, des Dames Galantes. Édit. des œuvres , 1787, 8°.)
(363) Sauvai, Voiture, Ménage, etc., parlent de ce balcon et de la surprise dont il fut l'occasion ; Mlle de Scudery y pensait en décrivant l'appartement de la princesse de Baby- !one : La Chambre de la princesse regardoit sur l'Euphrale, et de ce côté là encore, il y a un balcon qui se jette en dehors, sur lequel elle estoil assez accoustumée à resver (Le Grand Cyrus, liv. II, tome II, part. 2, p. 705).
(364) Les miniatures de nos manuscrits, et tous les récits du temps montrent cette pénurie dans l'ameublement. Je ne citerai qu'un passage d'une lettre , d'abord parce qu'elle est inédile (voir note 320), ensuite parce que sa date est de 1655. Mademoiselle de Bouillon étant aux eaux de Bourbon, doit recevoir madame deSaint-Géran; elle s'excuse sur le vide de sa chambre, de ne pouvoir répondre aux exigences de l'étiquette :
Elle prit enfin l'expédient de ne répondre que sur les sièges, disant qu'elle n'avoil que deux chaises qui estoyenl déjà sur le diariot pour partir, qu'il voioit bien qu'il n'y en avoit point dans la chambre. (Manuscrit de Courai t, bibl. del'Arsenal.) On emportait ainsi ses meubles aux bains, et cet ameublement nomade, pour une duchesse de Bouillon qui tranchait de l'altesse, se composait de deux chaises. Il me semble que je devrais faire entrer dans cette note , la mystérieuse et charmanie aventure de Bassompierre, commencée sur le Petit-Pont et terminée rue aux Ours. Lorsque son laquais lui propose de porter lit, draps, matelas et couvertes chez la femme Loiret , il nous apprend combien les meubles étaient rares , et quels voyages on leur faisait faire (Mém. du marcschal de Bassompièrc, tome I, p. 159. Cologne, 120, 166O).
(365) S'asseoir à terre, ai-je dit, était devenu affaire de soumission galante ; sous le règne de Henry IV, c'était étiquette obligée. Le sieur de Gersay qui avait une vengeance a exercer sur une des tilles d'honneur de la Reyne, s'asseoit près d'elle: Un jour qu'elle csloit à l'aprcs-dinée, en la chambre de la lleync, avec ses compagnes et gentilshommes, comme alors la cowstume estoil qu'on ne s'assioit autrement qu'en terre, quand la Reyne y estait, le dit sieur de Gersay estant couché près d'elle, etc. Je renvoie aux Daines galantes de Brantôme, pour la fin de cette anecdole étrange (Disc. VII, p, 54û de l'édit. de 1822).
Furetière donne la définition suivantedu placet : tabouret, petit siège de femme ou d'en-
Mazarin. Note 3G7.
faut, qui n'a ni bras, ni dossier (édit. de 1G00). Nos élégantes ont remis les placets à la mode ; c'étaient, ce sont encore des tabourets bas, larges, épatés qui, en évitant la peine de s'asseoir par terre, laissent le mérite ou au moins l'apparence d'une soumission galante. On voit que c'est le premier pas, après s'être assis par terre et avant de s'élever au pliant, à la chaise, au fauteuil. Le Traité de la civilité classe ainsi les différents sièges, selon leur importance : Le fauteuil est le plus honorable, lu chaise à dos après, et ensuite le siège pliant (édit. de 1673, p. 48). Le placet ne comptait déjà plus; cependant il était encore en usage, car Boileau dit dans le lutrin :
En achevant ces mots, celte amante enflammée, Sur un placet voisin, tombe demi-pamée.
Et ailleurs, pour peindre la pénurie d'un ameublement :
Saint-Amant n'eut du ciel que sa veine en partage : Un lit et deux placets composaient tout son bien.
(366) Somaize décrit ainsi la ruelle et la manière de s'y tenir :
Seize environ elles étoient ; De plus toutes elles avoient, Au moins, il ne s'en falloit guère, Assis sur leurs manteaux, par terre, Paraissant fort humilié (soumis).
Un homme chacune à leurs pieds; Sans ceux qui, très fort à leur aise, Étoient assis dans une chaise, Et l'aisoient peu les courtisans.
(367) N'ayant point entrepris la description des mœurs du 17° siècle, je ne me crois pas obligé d'expliquer tous ses usages ; aussi ne dirai-je qu'un mot des masques que portaient les femmes du grand monde, sans rechercher toutefois l'origine de cette piquante mode, «ans suivre ses vicissitudes et son abandon.
Les mœurs orientales ne sont, en général, que l'expression matérielle et brutale des passions jalouses et tyranniques. Dans ce climat ardent, les femmes, depuis une assez haute antiquité, ont été contraintes de rester enfermées ou de sorlir voilées. Ce voile, selon les contrées, a pris des formes différentes : à Constantinople, il est de mousseline blanche collée à la face, et il laisse voir les yeux; en Syrie, il est à peine transparent, et il rouvre entièrement la figure; en Egypte, il est noir, il flotte sur le visage qu'il cache, sauf les yeux, et il descend jusqu'à terre.
Au moyen-ûge, en Occident, ce fut aussi l'usage, parmi les femmes, de sortir voilées, et la comme en Orient, elles acceptèrent une servitude qui protégeait leur beauté, renonçant à se montrer en public, pour ne pas se laisser voir au soleil. A partir de la lin du XVe siècle, ce voile ayant changé de forme, il était sujet de la mode , on lui donna un nom : il s'appela touret de nez. Christine de Pisan le fait figurer dans un de sesjeux galants :
Noie 367. LE PALAIS
Je vous vend le touret de nez
Gay et joli vous maintenez
S'estre voulez renommé,
Et des dames estre bien aimé.
Dans la troisième nouvelle de la cinquième journée, la Heine de Navarre raconte la lubricité farouche de celte Camille, demoiselle de compagnie, qui se livre à un gentilhomme sans vouloir être connue de lui : elle passa par la garde-robbe de la chambre de sa maîtresse, et s'en alla en cesle flatterie, ayant mis sa cornette basse et son touret de nez.
Cachetiez était synonyme de touret de nez, et en effet il cachait la ligure depuis le nez jusqu'au col, tandis que la coeffe ou cornette, en se rabattant sur les yeux, dissimulait entièrement le visage, en laissant toutefois assez de jour pour voir et se guider. Cette disposition en visière, qui tenait de la forme des armures, s'est conservée dans le costume de quelques communautés religieuses.
Des peintures du temps, un grand nombre de miniatures des XV et XVIe siècles, et les gravures des vieux maîtres, représentent des femmes avec le touret de nez, soit qu'il cache le visage, soit qu'il reste baissé, selon les circonstances et l'étiquette.
Le plus curieux de ces manuscrits, le seul que je citerai, appartient à M. le baron Jérôme Pichon. La bibliothèque de ce jeune savant peut être citée, car sa libéralité en fait presque une collection publique. M. Pichon possède le manuscrit du débat d'amour de la reine de Navarre, qui fut écrit et orné de miniatures, pour être présenté à madame d'Étampcs. On connaît le sujet de ce petit poème divisé en onze histoires (soit noté qu'en ee lim e sont contenues onze histoires). Trois daines s'adressent à la reine de Navarre, pour savoir laquelle des trois est la plus malheureuse dans sa passion. Les miniatures représentent ces dames et la reine de Navarre, costumées en noir, la téte couverte d'une cornelle de même couleur, et le col garni d'une pièce d'étoffe qui se baisse sur la poitrine, et à volonté se relève jusques sous le nez, en s'attachant avec deux boutons a la coeffe. Jusqu'ici rien n'indiquerait positivement que nous avons là le touret de nez, mais plusieurs copies de ce manuscrit ont remplacé les miniatures trop coûteuses à reproduire, par l'explication du sujet en prose. Voici la description de la seconde miniature :
Cy endroict est la seconde histoire, laquelle contient le mesme pré beau et verd, au bout duquel est un hault boys séparé d'un ruisseau. Duquel boys sortent troys daines toutes vestues de noir, ayant leurs comètes baissées, leurs touretz de nez cl leurs collets hault z, tontes trois d'une grandeur et d'une sorte, les testes baissées vers la terre. A l'autre bout dudit pré, est encores la royne de Nauarre parlant au bon homme, et soy retournant d'entre les susdites dames, comme si elle aduançoil pour accès devers elles.
En effet, l'artiste avait peint les trois dames
amoureuses, ainsi que le scribe les décrit, et sur la miniature suivante, au contraire, il les représentait avec leur touret de nez flottant sur leurs cols. L'écrivain le remarque : leurs touretz de nez baissés au-dessoubs du menton. (M. Pichon a acquis ce manuscrit du libraire Téchener; il en ignore la provenance. Des nombreuses copies avec l'explication, je citerai le no 30O9 du catalogue de la Vallière sur vélin, de ai feuillets, écrit en bâtarde brisée, et le manuscrit sur papier donné par M. de Foutanieu à la Bibliothèque royale, in-folio, n. 2286 du supplément François.)
Voilà donc bien positivement l'explication d'un ternie incompris ou mal compris, et l'indication d'un usage qui a été omis par les artistes auxquels nous devons des ouvrages sur nos mœurs et costumes (Villemin,Vieil-Castel, Herbé, etc., etc.)
A la fin du seizième siècle, on abandonna le touret de nez. Il n'en est plus guères question que chez les poètes qui en tirent encore parti, Jacques de Fouilloux, pour distinguer la simple paysanne de la grande daine, s'exprime ainsi :
Soudain fus prins de l'aiguillon d'aimer, Voyant la gaye et mignonne Bergère , Ayant le teint et la couleur si elère ; Car point n'avoit de fart, ne de ciuetie, Mais tout ainsi que nature l'a faicte.
Point de tourcts n'auoit à son sommeil , Fors seulement la clarté du soleil.
(L'Adolescence de JaqvcsdvFovillovx, f. 87, verso, dans sa vénerie. Paris, folio, 1O0G. ) Furetière avait pu voir encore des tourets conservés par quelques vieilles femmes entêtées dans leurs habitudes, mais il les décrit comme entièrement passés de mode.
Touret, vieux mol qui signifioil une espèce de masque ou d'ornement que les dames de condition portaient autrefois, qui ne leur cachoit que le nez ; aussi l'appelloit-on touret de ne:. On voit dans la bibliothèque du Roy, plusieurs représentations de fêtes et de carrousels, ailles dames sont peintes avec des tourets de nez. Le mol aussi bien que la chose sont hors d'usage.
Celte mode fut entièrement abandonnée dès le commencement du XVIIe siècle ; les masques la remplacèrent, ayant pour même but de servir à la jalousie des hommes et à la coquetterie des femmes. Comme leurs devanciers, ils furent faits d'étoffe noire, et couvrirent d'abord toute la face (voir, dans la collection des costumes recueillis par Gaignières, et conservée à la Bibliothèque royale, département des estampes, volume IX, p. 77, un Courtisan et sa Demoiselle, i586. Tous deux sont montes sur le même cheval, et la femme a la figure entièrement couverte d'un masque de velours noir qui n'a d'ouverture que pour les yeux). Mais pour donner plus de liberté à la respiration , on ne les laissa descendre que jusques sur le nez, et ils étalent retenus comme les Yachmack des
femmes de l'Egypte, par trois cordons, un sur le front et un sur chaque oreille. On a dit que cette mode venait d'Italie; il est certain qu'elle ne fut adoptée aussi généralement que parce qu'elle avait ses précédents dans les costumes et dans les habitudes. Les masques tirent fureur, car ils convenaient aux mœurs galantes, au climat inhospitalier, et à cette disposition générale pour les aventures, le mystère, les déguisements.
Brantôme place l'introduction de cet usage à la fin du seizième siècle. Il devait le savoir, puisqu'il ne mourut qu'en 1G14, et qu'il écrivait ses discours, sur les dames galantes, dans les dernières années de sa vie; mais nous remarquerons que retiré de la Cour avant que cette mode n'eût pris son extension, il ne put la rattacher à presque aucun de ses souvenirs licencieux. Cependant en parlant des femmes qui s'abandonnent ouvertement à leurs amours, il ajoute : « Quelquefois pourtant, elles s'aident de masques ; car il y a plusieurs dames qui quelquefois sont contraintes d'en prendre en le faisant, si c'est au hasle qu'elles le facent, de peur de se gasler le teint, ou ailleurs afin que, si elles s'échauffent par trop et si sont surprises, qu'on ne connaisse leur rougeur ny leur contenance estonnée, comme j'en ay veu ; et le masque cache tout, et ainsi trompent le monde. » (Disc. 2, p. 218, édit. de 1822.) Ailleurs, en reproduisant la Nouvelle de la reine de Navarre, que nous avons citée plus haut, où figure une grande dame qui se livre à un gentilhomme, sans être connue de lui, de nuicl et bouchée avec son louret de nez, il ajoute : car les masques n'estoient encore en usage (page 210).
Les dictionnaires de Nicot, publiés en 1606 et 1G26, celui de Cotgrave, françois et anglois, daté de 1632, etc., etc., ne mentionnent que les masques de théâtre et de bals. L'invantaire des devs langues, par le J'. Philibert Monet; à Lyon, in-folio, 1635, est le premier, à ma connaissance, qui indique le masque, parure ou précaution des dames: masque, cachenés de famine, f anime masquée , couucrl d'un cachenés. C'était en effet un cachenez puisqu'il descendait sur le nez et obligeait les femmes de le relever lorsqu'elles voulaient se moucher. « Le marquis de la Case disoit que madame de Gondran éloit la plus complaisante femme du monde, qu'à Charcnton il n'avoit qu'à lui faire signe qu'il vouloitvoir sa gorge, qu'elle faisoit semblant d'avoir à racommoder un devant; si son visage, qu'elle levoit le masque, comme si c'eût été pour se moucher. » (Tallemant, VII, p. 198.)
Furetière définit ainsi le masque, dans son dictionnaire qui fut écrit de 1660 a 1O80, bien qu'il ne parût pour la première fois qu'en 1O90, deux ans après sa mort :« Masque se dit aussi , dans le sérieux , d'une couverture que les femmes de conditions mettent sur leur visaae, pour se garantir du haie, ou même par modestie pour être moins veuès. — On portoit autrefois des masques quarrés.
mazarin. Note 367.
Maintenant on porte des loups. Les masques de campagne sont fort grands, ceux de ville sont fort petits. Le noir du velours des masques fait paroître davantage la blancheur de la gorge (édit. de 1G90). »
Les masques avaient donc fait place aux loups, c'est-à-dire à d'autres masques plus grands, mais plus légers, plus faciles à mettre et à ôter, se prêtant mieux au jeu de la coquetterie dont ils étaient devenus l'auxiliaire : « Loup est aussi une espèce de masque, dont les femmes se servent depuis quelque temps. Il n'est point attaché et elles le tiennent avec un bouton dans la bouche. Il prend depuis le front jusques sous le menton, à la différence des masques quarrez qu'elles portoient auparavant. Elles luy ont donné ce nom, parce que d'abord il faisoit peur aux petitsenfans » (édit. de 1690 , sans changement dans l'édit. de 1701. Pour des représentations exactes de ces loups, masques d'étoffe noire montée sur carcasse roide et couvrant toute la face, ou tenus à la main, voir l'œuvre de Bonnard , les premières éditions de Molière, avec planches, etc., etc.).»
Puisqu'on se cachait la figure, la montrer devenait une mesure délicate qui demandait du tact, de l'à-propos, qui avait sa convenance et aussi ses prérogatives : « Marie de SIédicis, dit Tallemant, ne se démasqua ni pour le Prince d'Orange , ni pour la Princesse. Elle était si sottement père, qu'à Anvers, où on la reçut admirablement bien, elle ne daigna se démasquer que clans la grande église (tome II, p. i3a). C'était le droit d'une reine, c'était la prétention de certaines personnes; je lis dans un recueil du temps : Une dame visite un appartement à louer, le masque sur le net , qu'elle tiôta même pas quand elle entra dans la chambre de la maîtresse du logis. — On s'en offensa. — Elle répond qu'elle est de qualité « entrer masquée partout. (Avantures secrelteset plaisantes recueillies par M. de G***. A Brusselles, chez George de Backer , M.DC.LXXXXVI, 12% p. 71.) En l'absence des droits, en l'absence des prétentions, c'était encore la marque du tact d'une femme, parce que ce pouvait être un moyen de trahir ses sentiments. Vauquelin de la Fresnaye, en parlant de ses vers qui ne doivent pas voir le jour, dit qu'ils sont comme une nonne :
Ou bien comme la dame hûnneste, belle et sage, Qui ne démasque point qu'à propos son visage. (Voir ses Œuvres, Caen, 8°, 1612, Charles Macé. Satire adressée au poêle Garnier.)
Antoine Courtin voulut soumettre le masque à ses règles de civilité; vers 1660, il écrivait : « A l'égard des dames, il est bon de sçavoir qu'outre la révérence qu'elles font pour saluer, il y a le masque, les coëffes et la robe avec quoy elles peuvent témoigner leur respect. Car c'est, par exemple, incivilité aux dames d'entrer dans la chambre d'une personne
Note 367.
à qui elles doivent du respect, la robe troussée, le masque au visage et les coëfles sur la tête, si ce n'est une coèffe claire , et il est à remarquer que la révérence ne doit jamais estre ni courte, ni trop précipitée, mais basse et grave.»
«C'est incivilité aussi d'av oir son masque sur le visage en un endroit où se trouve une personne d'éminente qualité. — C'en est une autre d'avoir le masque au visage en saluant quelqu'un, si ce n'esloit de loin, encore l'ostet-on pour les personnes royales (p. 21 et i35).»
Loret remarque en effet que toutes les femmes qui se promenaient masquées, en carrosse , au Cours-la-Reine, se démasquaient sur le passage du Roi :
Où plus de cinq cents beaux visages, Luy rendant de profonds hommages, Firent voir en se démasquant, Ce qu'elles ont de plus piquant.
(Muse historique, i5 mai i655.)
Mademoiselle de Pons attira l'attention d'un prince parce qu'elle manqua à cette règle de politesse. Fuyant avec son amant, Malicorne, ils prirent ensemble la route de Mois. En traversant celte ville ils apperçnrent sur le pont le duc d'Orléans qui s'y éloit retiré depuis la majorité du roy. Mademoiselle de Pons qui ne vouloit pas être connue , nota pas son masque , quoy qu'elle y fut obligée par le respect qu'elle devoit à un prince du sanq. Le duc d'Orléans surpris de son incivilité, l'a fil suivi e et sut facilement son nom. ( Intrigues galantes de la cour de France. A Cologne, chez Pierre Marteav, 12, 179/1, page 269. V. sur cet ouvrage la note 5ig.)
Le baron de Moulin, en suivant la mode à sa manière, ne voulait avoir rien de commun avec les règles de la politesse : il alla au Cours avec le derrière masqué qu'il montrait à la portière, comme si c'eût été son visage (Tallemant, VI, 160).
Les tableaux et estampes de ce temps représentent souvent des femmes avec le petit masque de velours noir. Hollar semble avoir pris plaisir à nous le conserver sous toutes les formes ; sa pointe habile lui a transmis la souplesse de l'étoffe, son exactitude n'a oublié ni la proportion de grandeur, ni les trois rubans qui le retenaient; enfin son talent de peintre a rendu à merveille l'effet piquant du velours noir, et brillant sur la peau blanche et mate. Je citerai ses planches, en regrettant que le catalogue de son œuvre, décrit et classé par M. Sotzmann, ne soit pas encore publié.
Les planches n. 12 et j3 de la suite intitulée : Ornalvs mulicbris Anglicanus or the several habits of English women , from the nobili>'e to the counlry woman, as they arc in thèses limes. — IVenccslaus Hollar, Bohemus, fccit Londini Ao 16/10. Cumpriuilegio Ilegis.
La figure de l'hiver en buste faisant partie des quatre saisons avec ces vers au bas : Old as the Fecte of Bocks so Wiuler stands, With masked face and mu/f upon lier hands.
La figure de l'hiver en pied: The Winte.ihnbit of une English Gcntlewoman. — Hollar fccit 164/1, charmante ligure avec le manchon et l'éventail. — Même figure de profil : IV. Hollar fccit 1643; dans le fond un marché, charmante tournure. — Même ligure à mijambe : w. Hollar inu. 1661.
Ce graveur délicieux s'est amusé à grouper plusieurs fois ensemble tout l'attirail féminin, le masque avec les gants, le manchon et l'éventail : IV. Hollar fccit aquaforti i647 An- Iwerpitr. — W. Hollar fccit. — W. Hollar fecil 16/12. (Dans ces deux dernières planches, le nom de l'artiste est à l'envers.) Toutefois il ne semble pas avoir connu le loup qui, d'après ce que nous avons dit précédemment, fut adopté plus tard. Je dirai la même chose de Huret qui a représenté des femmes avec le masque pendant d'un côté de la figure, et retenu par l'une de ses attaches : La Veve, désigné par Huret, graué par Bagot; L'Eav, designé par Huret , graué par Cauuay ; Le Miuy, Huret inuenior, Cauuay fecil, etc., etc.
Il ne faudrait pas croire que l'usage du masque ou du loup fût devenu général ; cette mode resta du domaine de la haute noblesse, et en effet nous voyons dans une pièce du temps, que les masques faisaient partie obligée de la garde-robe d'une princesse. (Voir le Sapaie et les vers pour des masques, dans le Becueil de quelques pièces nouvelles et galantes (à la Sphère). A Cologne, 120, 1663, p. 127.)
Cette mode compte à peine soixante-dix ans de durée. A la fin du seizième siècle, c'était une exception , une importation étrangère acceptée par un petit nombre de femmes. A l'époque de la Fronde, le masque allait bien aux aventures galantes et aux intrigues politiques ; aussi fut-il généralement adopté, même par les femmes les plus" simples dans leurs habitudes, les plus régulières dans leur conduite. Plus tard on le portait selon que les circonstances l'exigeaient. Madame de Sévigné écrit le 27 nov. 166/1 : Imaginez vous que des dames m'ont proposé d'aller dans uni1 maison qui regarde droit dans l'arsenal pour voir revenir noire pauvre ami (Fouquel). J'élois masquée, je l'ai vu venir d'assez loin. (La Bruyère parle encore du masque en 1691, date de la sixième édition de ses caractères, mais on sait que le portrait de Menalquele distrait, ou de M. de Brancas, est une compilation d'anecdotes plus anciennes que cette édition. Voir la première édition avec la clef. Paris (Amsterdam) , 120, 1700, tome II, page 57.) Lorsque Louis XIV eut introduit l'étiquette sévère, et les règlesempesées qui convenaient à sa grandeur, le masque, comme un oiseau de nuit et de mystère, s'enfuit devant l'éclat de sa Cour, et ne resta plus que l'apanage de quelques provinciaux attardés ou de femmes galantes trop avancées. La complaisante récéleuse des bâtards du roi portait cependant encore le masque, mais dans quelles mystérieuses circonstances. Madame de Caylus nous l'apprend en parlant
LE PALAIS MAZAKKv.
des couches de madame de Montespan :
Madame Scarron cmporloil l'enfant, le cachoil soas son écharpe, se cachoil elle-même sous un masque et prenant un fiacre revenoit à Paris (Souvenirs de madame de Caylus). C'était une exception, les dernières lueurs de celle mode élégante, éclairant une scène sans attrait. Les romanciers cependant perpétuèrent l'usage du masque , au moins dans leurs livres, jusqu'à la fin du dix-septième siècle; ils sont pardonnables d'avoir exploité cette ressource, on ne le serait pas de se lier à leurs peintures.
J'ai dit que les masques ne furent en usage que dans la haute société ou parmi les femmes qui en imitaient les modes; je pourrais en donner de nombreuses preuves, je m'en tiens à celle-ci : on ne voit pas un seul masque dans l'œuvre si nombreuse d'Abraham Bosse, peintre de la bourgeoisie relevée; ils ne l'a pas même mis dans le recueil de costumes intitulé : le Jardin de la Noblesse française, dans lequel ce peut cueillir leur manière de vettemenls. A" 1629. Ab. Bosse inv. et fecit. A Paris, chez Melchior Tavernier, petit in-û°.
J'ai vainement cherché, dans la Bibliothèque Britannique, 12°, de l'année 1740, un article de M. de Missy, sur les masques, et particulièrement sur les masques du dix-septième siècle, indiqué dans l'Encyclopédie Britannique ; quelqu'un sera peut-être plus persévérant ou plus heureux.
Cette note, que je ne prétends pas rendre complète, serait cependant par trop défectueuse, si elle ne faisait pas mention des mouches, le diminutif du masque. Le testament deClyante, pièce galante composée vers 1655 et qui réunit, avec des détails excessivement piquants, l'attirail féminin le plus complet, n'a ni le masque ni le loup , mais il compte parmi ses articles, une petite boete d'argent pleine de mouches de velours :
Je souhaite qu'vn gand de franchipanc , garni de rubancouleur de feu, céladon et blanc, soit rendu à Chris.
Un busqué d'acier, trauaillé d'un artifice inimitable , ou d'vn costé on voit la figure de mille agréables animaux et de l'autre costé des plus belles fleurs du monde, soitrendu à Julie.
Un éuentail de peau de senteur, embelli/ de cent beautez , auec lescostés d'escaillc de tortue, à Partenice.
Une jarretière de ruban d' Angleterre , couleur de chair, à Bclise.
Un miroir de poche de chagrin et de glace de Venise., ensemble des tablettes d'escaiile de tortue, garnies d'argent où est escril le nom de plus de vingt galants, à Cgpris.
Une petite boiste d' 'argent façonné, pleine de mouches de velours et de tafetas de toutes façons, à Florice.
Une feuille de Vermillon et trois onces de blanc d'Espagne, à Iris.
Qualredents d'yuoire faites au naturel, avec le petit filet d'or, à la mesme.
Une lettre adressante à Ililarion , dans laquelle on luij donne un rendez-vous à dix
Noie 368.
heures du soir au labyrinthe des Tailleries, à Crispidc. (Page 3g4 du Becueil de pièces en prose, les plvs agréables de ce temps. — A Paris, 12°, chez Charles de Sercy, i658. — Paris, 12°, chez le même, 1659, avec, trois autres parties ou volumes.)
Dans la quatrième partie du second recueil de Sercy, on a inséré une pièce intitulée La Faisevse de movehes, on attribue à cette mode une origine tout anacréontique qu'il est inutile de rapporter, mais les vers suivants prouvent qu'en 1660 elle avait acquis son entier développement, car on mettait des mouches : Pour adoucir les yeux , pour parer le visage Pour mettre près du front, pour placer sur le Et pourvu qu'une adroitle main [sein Les sçachebien mettre en usage, On ne les met iamais en vain.
Les conseils donnés par l'auteurjooar prendre d'assaut un cœur, se réduisent à ceci : Prenez une mouche de Bal , Auec deux mouches de Ruelle.
(Page 57.)
La mode futàpeine introduite, dit l'auteur, que la bourgeoisie empiéta sur la noblesse.
Je citerai encore une liste supposée des lots d'une loterie, et dans le grand nombre, cetarticle : « Un traittéexcellenl de la situation des mouches sur le visage des dames; avec des observations exactes de leur grandeur et de leur figure, selon les lieux où elles sont placées; à quoy l'on a ajouté plus de cinq cens planches en taille douce, de visages de femmes où les mouches sont diuersement situées. » (page 16.) J'ajouterai à cette citation d'un livre supposé, dont nous n'avons que le titre, le passage suivant des Loix de la galanterie, insérées dans le même recueil : « Il sera permis à nos galands de la meilleure mine, de porter des mousches rondes et longues, ou bien l'emplastre noire assez grande sur la tempe, ce que l'on appelle l'enseigne du mal de dents; mais pour ce que les cheveux la peuvent cacher, plusieurs ayant commencé depuis peu de la porter au-dessous de l'os de la joue, nous y avons trouué beaucoup d'agréement et de bien- séance. » (p. 74.) Les peintures de Watteau, les estampes du temps et les mémoires nous montrent la manière de se servir de ce singulier arsenal de coquetterie. Madame de Genlis a cru, bien à tort, que cette mode était de son temps, et l'article Mouches de son Dictionnaire — des Etiquettes de la Cour, des usages du monde — depuis la mon de Louis Xlll. Paris, 8°, 1818, 2 vols., se ressent de cette erreur. « Nous avons vu, dit-elle, dans notre enfance, une très belle personne paroltre aux Thuilleries avec une de ces grandes mouches, entourée de petits brillants ; mais cette mode ne prit pas. » Elle aurait dù dire : cette mode ne reprit pas.
(368) J'ai cru pouvoir attribuer ù madame de Rambouillet la réforme d'une habitude qui
LE PALAIS MAZAR1N.
Note 370.
régna dans tout le seizième siècle, qui se perpétua dans la petite noblesse et la province pendant le dix-septième, et qui s'est conservée de nos jours dans la bourgeoisie. Je veux parler de la coutume de rester la tète couverte dans les appartemens, devant les femmes, a table et même au bal en dansant (grav. d'Abr. Bosse, le liai).
Et cependant on considérait que l'action de se découvrir était une marque de respect. On restait chapeau bas à l'église (voir la suite de gravures d'Abr. Bosse, intitulée: La Noblesse françoise à l'église, invntée par le siear de S. Igny) ; on se découvrait devant le Roi et les princes. Il faut croire que celte habitude venait en ligne directe de l'usage des armures et des casques qu'on ne quittait pas; elle était entretenue par la température froide des appartemens. Louis XIV invitait les généraux à sa table, lorsqu'il était en campagne, et l'étiquette voulait qu'ils conservassent tous leurs chapeaux sur la tête; ils se découvraient seulement au moment où il leur adressait la parole. C'était comme un souvenir du sans-gène guerrier des ancêtres, mieux à sa place alors que clans les réunions où se trouvaient les femmes. Si madame de Sévigné souffrait celte incivilité chez elle (Tallemant, VII, p. 59, Conrart, collect. Pelitot, tome 48, 2e série, p. 89), nous pouvons excuser Ant. Courtin d'en avoir fait, vers 16G0, une règle de la civilité (p. 20), et il paraîtrait, d'après les peintures et les estampes de celte époque, qu'il était de règle générale que les hommes conservassent leurs chapeaux a table (Abr. Bosse, plusieurs estampes, Courtin, p. 97), sauf à se découvrir pour le Benedicite et les Grâces (la Bénédiction à table. A. Bosse jnuen. el sculp.). L'hôtel de Rambouillet n'était plus ni un camp, ni une halle ; on restait découvert devant les femmes. Bussy Babutin, héritier, sinon des délicatesses du cœur, au moins des belles manières de cette grande école de la bonne compagnie, voulant peindre le désordre d'esprit où l'amour jette le duc de la Rochefoucault, en présence de madame d'Olonne, ne trouve que ceci : La première chose que fit le Prince de Marsillac, après eslre assis, fui de se couvrir, tant il éloit hors de lui-même. Un instant après, s'élant apperçu de sa sotise, il ola son chapeau et ses gants, et puis en remit un, et tout cela sans dire mot ( Hist. am. des Gaules, p. 5o, tome I, édition de 1754). L'exagération des réformes de l'hôtel de Rambouillet créa le ridicule; de ce qu'on ne gardait plus son chapeau sur la tête, on en réduisit tellement les dimensions, qu'il ne pouvait plus la couvrir. Mascarille, dans le Récit de la Farce des Précieuses (Anvers, 1G60, p. 19), avait, pour compléter son costume, un chapeau à plume si petit, qu'il était aisé déjuger que le marquis le porloit plus souvent dans la main que sur la tète.
(369) L'antipathie de la marquise de Rambouillet pour le feu ne lui vint que plus tard
(Sauvai. Hist. et Recher. , tome II, p. 5/19). Il est fort probable qiie la belle, je ne dis plus la sage Arlhénice, voulut lutter par le froid contre la disposition de son teint à se couperoser. Or ce teint avait été merveilleux de fraîcheur (voir le Grand Cyrus, tome VII et la note 340), mais peu à peu il s'était enluminé et je lis dans un recueil manuscrit de pièces du temps, des vers sur madame de Rambouillet et cette note marginale : « On appeloit madame de Rambouillet le Lyon de la Cour, parce qu'elle estoit tou jours rouge. »(Bib. roy. Fonds Saint- Martin, 11° 79. Liber de omnia, pièce intitulée : Lettre envoyée à M. de Itocque , capitaine des gardes de M. le duc d'Enguien.) Tallemant dans l'historiette qu'il lui consacre, soulève le voile.
Dès-lors dans le grand monde on quitta la ruelle pour se tenir et faire cercle devant le feu. Aussi lit-on dans la Muse historique du 20 novembre 1660 :
Car, touchai! t les fines nouvelles
Qui se disent dans les ruelles
Où chez les grands auprès du feu.
Le Traité de civilité qui parut en 1G71 , alors que ces habitudes étaient devenues générales, a des règles pour accepter un écran, pour se tenir devant la cheminée, et ses prescriptions vont même plus loin : ■ Il faut bien se donner de garde de cracher dans le feu, sur les tisons, ny contre la cheminée, et pour ce qui est des dames, c'est une immodestie très grande de trousser leurs juppes auprès du feu. » (p. 3o.)
(570) Jê m'en vins tout doucement, sans dire adieu et personne, comme chez les grands.Gvy Patin sortait ainsi du salon du premier président (Lettres à Falconnet, 8 juin 1660), dérogeant aux habitudes bourgeoises, qui consistaient à se faire annoncer en entrant, à se laisser reconduire en sortant (V. note 255). Chez la marquise de Rambouillet, l'agrément du cercle et le plaisir de la conversation avaient établi cette aisance, fondée en même temps sur l'égalité des rapports de toutes les personnes présentes, et cette réforme, comme le dit Patin, s'était propagée chez les grands. Il faut avoir étudié dans les livres et les estampes, l'étiquette solennelle du temps, pour comprendre que la conversation était impossible là où elle régnait. Je tirerai d'un petit traité sur les lois de la galanterie, les conseils donnés à un homme sur la manière de se présenter en société, on en jugera ; nous sommes en i65o : « En ce qui est de la manière de vous gouverner dans les visites de dames que vous ferez, il faut que dès l'entrée de la porte de leur chambre, vous commenciez vos Réuérences, tenant le chapeau en main, et penchant la tête et la moitié du corps tantost d'un costé, et tantost de l'autre, ce qu'on auroit autrefois appelé dandiner ; mais aujourd'hui la posture en est estimée galante. Vous vous avancerez ainsi en croisant les jambes les unes sur les autres, sans que le nombre des Révé-
renées puisse avoir d'autres limites que jusqu'au lieu où les Dames sont placées. Après que vous serez assis et que vous aurez fait vos premiers compliments, ausquels vous aurez adjoutez quelque nouvelle de la Cour ou de la ville, il sera bien séant d'oster le gant de vostre main droite, et de tirer de vostre poche un grand peigne de corne dont les dents soient fort éloignées l'une de l'autre, et de peigner doucement vos cheveux, soit qu'ils soient naturels ou empruntez (voir, p. 62, des renseignements curieux sur l'origine de la mode des grandes perruques et des longs cheveux. Molière donne un peigne à Mascarille. La Bruyère parle aussi de ce peigne.) A un certain temps de là vous tirerez un mouchoir de vostre poche, que vous estalleroz un peu, pour en faire parestre la grandeur et la beauté de la toile, plustôt que pour vous moucher ; puis, l'ayant resséré dans vostre poche, vous recouurirez aussi vostre main droite de son Gand, et quelques momens après, vous tirerez le Gand de la gauche, soit pour toucher à vos cheueux ou à quelque autre chose, ou par simple contenance. Ceux qui ont une monstre sur eux, où ils regardent les heures, les demies heures et les quart d'heures, s'en peuuenl quelquefois servir pour la mesure de leur contenance et de leur visite ; néantmoins, cela sent trop son homme d'affaires, d'y regarder en présence de chacun. — Pour les monstres sonnantes, elles sont fort incommodes, à cause qu'elles interrompent la conversation; c'est pourquoi il faudroit mettre en usage de certaines montres nouvelles, où les marques des heures et des demies heures fussent si relevées, qu'en les tastant du doigt, on les put reconnoistre (§ XV, p. 82). Ce code de galanterie qui mêle l'ironie à des règles reçues dans la haute société, admet qu'on reconduise les gens, mais les plus qualifiez : S'ils vous sont venus voir (des gens de peu), quoyque vous en reconduisiez d'autres jusques à la rue, lesquels vous estimez à cause de leurs richesses et de leurs grands offices, quant à eux, vous les pouvez laisser aller seuls, dès la porte de votre chambre ou cabinet, sçachant bien qu'ils ne s'égareront pas. ( Recueil de pièces en prose, p. 95. A Paris, chez Charles de Sercy, 12% 1658 et tome I de la seconde édition en lx volumes 120. Paris chez Charles de Sercy, 1659.) Le Traité de Civilité, écrit par Ant. Courtin, vers 1660-G8, nous fournira en forme de précepte ou de règle ce qui était de mode dans un mondé intermédiaire entre la haute noblesse et la bourgeoisie:
« Chap. IV. L'entrée dans la maison d'un grand, et ce qu'il faut observer à la porte, dans les antichambres, etc.
« Pour commencer par la porte (cochère) de la maison d'un prince ou d'un grand seigneurie seroit incivilité, en cas qu'elle fut fermée, de heurter fort et plus d'un coup. A la porte des chambres ou du cabinet, ce n'est pas sçavoir le inonde que de heurter, il faut gratter. C'est effronterie d'entrer de soi-même
MAZAR1N. Note 374.
sans être introduit, si on est tout-à-fait étranger dans la maison (p. 17).
« CH4P. XII. S'il arrive qu'une personne qualifiée nous fasse visite, et que nous en soyons avertis, il faut l'aller recevoir au carrosse, ou le plus loin que nous pourrons. — Il faut conduire la personne qualifiée quand elle sort de notre maison jusqu'au carrosse — et l'ayant veué monter en carrosse, et même luy ayant aydé à y monter, il faut attendre sur le pas de la porte, jusqu'à ce que le carrosse parte (p. 122).
(571) Soniaize parle des précieuses:
Cette chambre étoit assez sombre Le grand jour n'y pouvoit entrer A cause qu'elles font tirer, Pour l'empêcher de trop paroître, Des rideaux devant la fenêtre Sachant que la grande clarté Efface un peu de la beauté.
(Procès des Précieuses, p. h-j.)
(372) On exagérait toutes les habitudes de l'hôtel de Rambouillet. Tallemant des Réaux nous apprend que madame de Puisieux avait au Grand Pressigny en Touraine des meubles pour toutes les quatre saisons. ( Tome II , page 9G. ) Et l'un des griefs du cardinal de Retz contre la dureté de sa captivité, c'est qu'au milieu d'un hiver rigoureux , on lui donna un ameublement d'été et un lit de taffetas chiné. (Mailly) V Esprit de la Fronde, tome V, p. 699. La Haye, 120, 1773. )
(375) Tallemant parle de la triste figure que faisait le portrait du lieutenant général Castelnau dans I'alcove de sa femme (tome VII, page 238.)
(374) Je lis dans Saint-Simon une remarque qui , quoiqu'appliquée à M. de Montausier, s'adresse à l'ancien hôtel de Rambouillet:«La propreté de M. de Montausier, qui vivait avec une grande splendeur, étoit redoutable à sa table, où il avait été l'inventeur des grandes cuillers et des grandes fourchettes, qu'il mit en usage et à la mode. » Pour nous, heureux possesseurs de tous les raffinemens du luxe et des recherches de la propreté, nous savons peu de gré au mari de Julie d'Angennes de cette délicatesse, qui nous semble la règle la plus simple de la propreté la plus ordinaire. Acette même époque cependant, Ant. Courtin, habitué au monde des grandes cours du Nord, admis à la cour de France et dans les salons de Paris, donnait ce précepte dans son nouveau Traité de la civilité : « Il est nécessaire d'observer qu'il faut toujours essuyer vostre cuillère, quand après vous en êtreservy vous voulez prendre quelque chose dans un autre plat, y ayant des gens si délicats qu'ils ne voudraient pas manger de potage où vous l'auriez mise, après l'avoir porté à la bouche. Et même si on est à la table de gens bien propres, il ne suffit pas d'essuyer sa cuillère, il ne faut plus
Note 377. i.E palais
s'en servir, mais en demander une autre. Aussi sert-on à présent, en bien des lieux, des cuillères dans des plats, qui ne servent que pour prendre du potage et de la sauce (Chap. XI, p. 107, édit. de 1673). » La réforme du duc de Montausier s'était donc déjà étendue en bien des lieux, et on peut juger, par ce qui précède, si elle était urgente.
Il y avait toujours et il s'était maintenu une nuance bien distincte entre la table d'un seigneur et celle d'un bourgeois, certaines traditions s'étaient conservées dans chaque classe. Quand madame de Frontenac disoit que la chère de mademoiselle èloit mauvaise, que toute la viande que l'on y sert sentoitle relans. mademoiselle répond à cela : D'ordinaire les tables des personnes de ma qualité ne sont pas servies comme celles des bourgeois. (Mém.de mad. deMontpensier.)
(375) Je citerai quelques vers du gazettier Loret , ils décrivent le genre de luxe qui s'était conservé et terminent par une remarque qui complète le tableau :
L'autre jour, madame de Cbaune Avec du fort bon vin de Beaune , En une sale, grande et riche, Traita madame Anne d'Autriche Laquelle on fit mangera pari.
Car clic avoit fait aranger , (Afin que chacun put manger) A l'entour de la mesme sale Et dans une distance égale Des mores noirs et non pas blonds Faits en forme de guéridons, Chacun portant dessus sa teste, Un grand plat de viande preste Et deux autres, en leurs deux mains Les uns remplis de massepains Et les autres de marmelades, Bisque, tourtes, fruits et salades, Ce rare et surprenant spectacle Fit à plusieurs crier miracle, Mais pour la rareté du fait (Sans parler icy du bufel), On y voyoit entre deux mores Non des cèdres, n'y sicomores, Mais de verdoyans orangers, Comme on voit aux beaux vergers Et qui rangés par intervales, Faisoient un fort plaisant ovale.
Puis il court un certain caquet , Que pour subvenir au banquet, Cette dame de haut lignage , Avoit mis ses perles en gage.
(Loret, 25 juin i65i.)
(376) Madame d'Alis a montré vingt ans durant, jusqu'à sa mort, le plan d'une maison magnifique qu'elle devait faire bâtir. Tallemant s'en moque, et cite une anecdote assez ridicule (tome V, p. 1Z17). Madame de Liancourt avait du goût, et ne mérite pas le même reproche (Tallcinant, V, ■>^). Elle reçut toute
la Cour dans sa nouvelle demeure, à la fin de 1 053 :
En leur maison de Liancourl, Admirablement construite.
(Loret, liv. IV, p. 137.)
Sf. de Monlbazon, Hercule de liohan, avoit fait un bâtiment à Rorhefort (à dix lieues de Paris), le plus extravagant qui fut jamais ; c'est un château de caries, tout plein de petites tourelles, de lanternes, d'cchanguetlcs (guérites) et de petites plates formes. Quand il. montroil cette maison aux tiens : Voilà, disoii-il, se touchant du bout du doigt le front, voilà qui Va faite (Tallemant, VI, p. i3G.)
(377) Molière a très bien indiqué, dans sa comédie des Précieuses Ridicules, les copistes maladroites des véritables précieuses; sa pièce fut représentée pour la première fois, le 18 novembre 1659, devant madame de Rambouillet qui avait déjà atteint sa soixante et onzième année, et qui ne prétendait plus qu'au respect dù à ses vertus comme à son grand âge. Ménage y assistait, et la mention qu'il en fait trahit une entière bienveillance : J'étais à. la première représentation des Précieuses ridi~ cules; madame de Rambouillet y èloit, madame de Crignan et tout l'hôtel de Rambouillet, M. Chapelain et plusieurs autres de ma connaissance. La pièce fut jouée avec un applaudissement général (Menagiana). En convoquant ainsi à l'avance l'élite de la société des précieuses, en soumettant au contrôle de l'hôtel de Rambouillet la critique qu'il faisait de ses imitateurs maladroits, Molière avait la conscience qu'il ne peignait que les exagérations ridicules d'une tendance qui fut sérieuse et utile, mais qui avait fait son temps.
Jugeons par les contemporains de l'esprit de l'hôtel de Rambouillet, et quant à l'épuration du langage, voyons quelle liberté régnait à la Cour et dans la haute société, avant les réformes introduites par la marquise. Il suffit d'avoir lu les poètes comiques, les mémoires du temps, les correspondances, et de rechercher ce qu'il y a d'acceptable dans les ana, pour comprendre la délicate susceptibilité de la noble Artbénice et la nécessité d'une réforme Quand on pense que madame de Sévigné, une de ses élèves, qui doit peut-être à son exemple, l'estimable conduite de l'épouse, le dévouement sans bornes de la mère, qui semble, par la pureiô de son style et la limpidité de sa pensée, avoir le mieux appris à éviter la licence de son temps, madame de Sévigné se laisse aller parfois à exprimer d'une manière singulièrement originale, des pensées fort singulières, qui rendent probable une répartie rapportée par Tallemant des Réaux (tome p. ). Mais ce même des Réaux (que je ne donne pas pour un élève de madame de Rambouillet) était un des habitués du célèbre hôtel, il est choqué comme Molière d'un excès de délicatesse dan< le choix des expressions, et de trop de sé-
322 LE rALAls
vérité dans l'exclusion de certains mots, il aurait fait les Précieuses ridicules, s'il en avait eu le talent; veut-on savoir pourquoi? l.a marquise de Rambouillet est un peu trop délicate, et le mot de teigneux lui donne, dit-elle, une vilaine idée. On n'oseroil prononcer le mol de cul. Cela va dans l'excès (tome III, p. 232).
Arihénice avait en effet exclu de la conversation, les mots grossiers et les tournures vulgaires; elle repoussa également les provincialismesetlesexpressions étrangères (Tallemant, tome III, p. 237). Son influence fut de celles qu'on subit malgré soi, contre laquelle on se révolte après coup et comme par rancune. Si Molière se moquait du mot d'obscénité (critique de l'École des Femmes) inventé par l'école de madame de Rambouillet, c'est qu'il s'étonnait de l'influence qu'il avait sur lui même. Il n'était pas homme à lui céder et il en porte la peine, depuis deux cents ans, par le dégoût qui se mêle à l'admiration qu'on lui accorde. Certains mots graveleux et les pensées qu'ils lui suggèrent, auraient été rayés de ses chefs-d'œuvre, s'il les avait soumis à l'aréopage d'Arlhénice, et aujourd'hui ses comédies seraient sur la scène sans une mutilation, ou sans porter ces marques qui semblent les rides de la vieillesse. Boileau comprit , avec plus de tact, qu'il fallait se moquer du maître, mais forcément suivre sa leçon. Il avait dit de Régnier :
Heureux si, moins hardi dans ses vers pleins de sel, Il n'eût jamais mené ses muses au bordel.
Il modifia sa pensée par un tour plus heureux :
Heureux si ses discours, craints du chaste lecteur, Ne se sentaient des lieux que fréquentait l'auteur.
Voilà, en deux vers et en un exemple, la tendance et l'heureuse portée des réformes de l'hôtel de Rambouillet, dans le langage et la littérature.
Je m'arrête à une exception, pour ne rien omettre. On connaît l'épitaphe du perroquet de madame de Rambouillet, par l'abbé Cotlin :
Cy dessous gist un vert galant,
Dont l'amour fut si violent
Pour Arténice sa maîtresse,
Qu'il la vouloit baiser sans cesse.
Sa queue étoit belle et grande, Comme nature la demande ;
Ce galant fut un perroquet.
M. Viollel le Duc s'étonne avec raison(dansson Catalogue, p. 578), qu'un ecclésiastique puisse tomber dans des fadaises aussi équivoques; il a tort lorsqu'il s'étonne de les lui voir offrir ii madame de Rambouillet : celui qui oubliait son caractère, devait méconnaître la délicatesse de la noble Arthénice. Qui peut le plus, peut le moins.
La distinction que Molière avait acceptée entre les véritables précieuses et les précieuses ridicules, était établie de longue main,
MazarIN. Note 377.
lorsque sa comédie fut jouée pour la première fois. Scarron ne pouvait s'y tromper. Dans son épitre au maréchal d'Albret, contre les fâcheux, il dit :
Mais revenons aux fâcheux et fâcheuses, Au rang de qui je mets les précieuses; Fausses, s'entend.
Et ne sont pas précieuses de prix.
Que l'on respecte autant que des princesses; Mais elles font quantité de singesses, Et l'on peut dire avecque vérité, Que leur modèle en a beaucoup gâté.
En i656, l'abbé de Pure distinguait les précieuses de leur carricalure, les vrais précieuses des fausses précieuses; et il ne voulait pas que personne se méprit sur son intention.
La Musc Royale annonce longuement, dans son numéro du 3 mai 1660, la publication et la mise en vente du dictionnaire des précieuses de M. Somaize; mais on voit le soin qu'elle met à distinguer entre précieuse et précieuse :
Les curieux et curieuses Apprendront que les précieuses Ridicules, cela s'entend,
Vont maintenant jazer en vers, Par tous les coins de l'univers.
On doit ce bien au sieur Somaize.
Quiconque voudra tout de bon Apprendre le noble jargon De ces éloquentes donzelles, C'est-à-dire à parler comme elles, Trouvera le livre des mots Qui composent leurs beaux propos, Livre appelé dictionnaire, Chez le même marchand libraire.
(Jean Ribou, au quai des Auguslins, à l'Image Saint-Louis.)
On lit dans ce dictionnaire, au mot Prédiction : En ce temps (1606), la connaissance que les précieuses (les véritables, celles qu'on appela alors les illustres pour les distinguer) auront que Prospère {l'abbé de Pure) n'aura voulu attaquer que 1rs fausses précieuses, dans le jeu du cirque qu'il a composé, rendra le calme aux esprits. Fausses précieuses mises en déroute. (Voir aussi le roman bourgeois, p. 107, édition de 1713.) On sait que Somaize était le secrétaire de Marie Mancini, connétable de Colonna ; il l'accompagna en Italie.
On eut beau distinguer, spécifier, classer, le coup était porté et il frappa les véritables précieuses. La blessure fut d'autant plus grave, qu'il n'y avait plus dans l'hôtel de Rambouillet personne pour s'intéresser à l'œuvre consommée, pour revendiquer une réforme accomplie, en résumé pour défendre quelques traînards qu'on oubliait dans la victoire. Aussi les critiques à la suite surgirent en abondance, la race des imitateurs ne fait défaut nulle part, ici elle abonda; Boileau, pour ne citer ipie les sommités (sat. X, publiée en 169.3) ; La Bruyère (Carat. De la conversation, §65);
Noie 382.
La Chapelle et Bachaiimont (Voyage, Montpellier; Recueil de quelques pièces. Cologne, 120, iG63, p. 03), et tani d'autres s'acharnèrent contre les précieuses qui n'existaient plus que de nom, et qu'ils n'avaient connues que de réputation.
II y a encore bien à dire, et d'intéressantes recherches à l'aire sur le rôle des précieuses, sur leur influence, leur origine et leur décadence. Il y a des distinctions à établir, des nuances à faire prévaloir sur la couleur générale. M. Roederer a préparé le terrain, marqué les époques et signalé les meilleures et les plus abondantes sources d'information. (Voir son Mémoire (un volume de Zi8û pages) pour servir à l'histoire de lu société polie en France. Paris, in-S°, 1833 ; sur la représentation des Véritables Précieuses, voir Loret, G déc. 1659, les biographes de Molière; et sur l'édition suivant la copie imprimée à Paris chez Jeun Hibou, l'an 1G60, in-12" de 5G pages, voir Nodier : Mélanges tirés d'une petite bibliothèque, p. 12/1.)
(578) La veuve de Henri IV se décida, dès 161 1 , à quitter le Louvre et à se construire une habitation digne de son rang; ce n'est qu'en 1613 que Jacques de Brosses, son architecte, put commencer les travaux. Aussi lit-on dans les Mémoires de Bassonipierre , à l'année i6i3, qu'un rendez-vous politique était donné au Luxembourg, auquel lieu la Itetjne va ordinairement pour voir commencer son bastimenl et planter ses arbres (tome I, p. 291, éclit. de 1GG6, à la Sphère). On avait imposé à l'architecte deux conditions : pour l'extérieur, l'imitation des palais de l'Italie, et particulièrement du style rustique ou à bossage du palais Pilli ; pour l'intérieur, les nouvelles distributions de l'hôtel de Rambouillet, autant que le plan d'une habitation particulière peut se fondre dans une résidence royale. En 1620, le palais du Luxembourg était terminé, tel que Marol l'a gravé, tel que Blondel l'a décrit (architecture françoise, tome II, p. /18, planche 181 à 189), tel que nous l'avons encore vu au moins dans son extérieur, car son intérieur avait subi, dès 173a, de profondes altérations. Les agrandissemens qu'il a reçus depuis dix ans, du côté du jardin, ont été plus utiles à la chambre des pairs, que favorables au monument. Quant à l'ancienne décoration intérieure, il s'était conservé un cabinet entièrement peint, au rezde-chaussée du corps de bâtiment principal, a gauche en entrant par la cour; c'est un salon d'attente. Les additions assez étranges qui y ont été faites, les raccords trop peu habiles qu'on s'y est permis, ôlent à cette ancienne décoration tout son mérite.
J'ai remarqué déjà que Mademoiselle habita le Luxembourg et fit l'éloge de ses distributions. On trouve dans tous les ouvrages du temps des traces de son passage. Voir dans le Recueil de Pièces galantes en prose et en vers de madame la comtesse de la Su:e. A
Amsterdam, 120, 1795. Les nymphes du Luxembourg s'adressent aux nymphes de Saint-Fargeau et leur disent quel déplorable état est le leur depuis l'absence de celte princesse :
Que noire sort est peu semblable !
Vous chantez et nous soupirons
Vous possédez et nous pleurons
Une princesse incomparable.
(Page 3.)
Car ce palais où regnoitle printemps
Ou l'on pouvoit calmer l'inquiétude
Est depuis quelque temps
Le palais de la solitude.
Voir aussi une pièce de poésie sur la Cheute des Fleurs du palais d'Orléans dans le Recueil de pièces en prose, à Paris, 12", Charles de Sercy, îG62. Seconde partie (p. l5o )
(379) Rubens commença son travail eu 1620 ; ses tableaux avaient éié transportés au Louvre, on les a portés depuis aux Gobelins, pour les copier en tapisserie*. Cette longue et pénible manière de copier une matière qui passe, avec une autre matière qui passe encore plus rapidement, a compromis ces beaux originaux : ils sont revenus fatigués. Puisqu'il fallait absolument l'histoire de Marie de Médicis, en tapisserie, dans le palais de St-Cloud, pourquoi n'en demandait-on pas, à des jeunes gens de talent comme il en pullule, de bonnes copies à l'huile que les tapissiers des Gobelins auraient ensuite reproduites.
(380) A l'année 1658. Lorsqu'elle logeait au Louvre, elle occupait, je crois, le papillon Marsan. Voir les Tuileries de Colle tel et le plan de Gomboust de 1652, qui indique le logement de Mademoiselle.
Le Petit Luxembourg devint l'hôtel d'Aiguillon, après la mort du cardinal de llichelicu. Sa nièce qui avait hérité de celle agréable demeure, s'y établit et y recul la plus agréable société. Loret (liv. III, p. 5o, 5i) parle des démonstrations de Pascal, et d'assemblées moins sérieuses :
Je me rencontray, l'autre jour, Dedans le Petit Luxembour, Auquel beau lieu, que Diev bénie.
Se trouva grande compagnie, Tant duchesses que cordons-bleus.
En 1687, Germain Brice commence ainsi sa description : Lepelil hôtel de Rourbon, autrefois r'étoit l'hôtel d'Aiguillon, autrement le Petit Luxembourg (t. II, p. 197).
(381) Né à Pontoise , il mourut .1 Paris en 1GG0.
(582) Richelieu acheta les terrains de la rue Sl- Honoré en 1G24, et construisit immédiatemen t l'habitation qui constitua le noyau de ses développemenls successifs; mais c'est eu )G33 qu'il, apporta une grande magnificence dans ses additions. Guy Patin écrit à Bclin, le 20
LE PALAIS MAZAII1N.
Note 335.
mars de celte année : Le Cardinal quille sa maison de la rue St-llonoré, où on va bâtir puissamment , pour aller demeurer à l'Arsenal.
Sauvai, préoccupé de ses recherches sur Paris, avait vu avec les yeux de l'investigateur. Je renvoie à son ouvrage ; je le citerai de préférence a tout autre : Mercier, le meilleur et le plus solide architecte de notre temps, a conduit ce grand cl magnifique palais, ou plutôt, pour dire ce qui en est, Mercier, dans toute la conduite de ce palais, n'a fait qu'exécuter les intentions du cardinal de Richelieu, puisque lui-même publioil qu'il en éloil le seul architecte (t. II, p. 159). Plus loin, il donne la raison de son irrégularité : On ne doute point que le Cardinal ne l'eût fait et plus grand cl plus régulier, lorsqu'il le commença , s'il eût été ou eût cru devenir aussi grand seigneur qu'il éloil lorsqu'il le finit, lit plus loin : Cette irrégularité, après tout, ne lui vient que de ce que nous l'avons vu s'étendre cl grossir avec la fortune et les espérances de cepremier ministre (Sauvai, Hist., et Rech., tome II, p. i5g). Il ne reste de l'ancien palais que les gros murs, et deux ou trois proues des navires, dans la galerie des Proues, cour d'Orléans. Le Cardinal avait ordonné à son architecte, de mettre en évidence les insignes de sa charge de surintendant de la marine ; on ne s'explique guère cette préférence que l'histoire n'acceptera pas, bien heureusement pour le grand ministre. Tant il y a que Mercier, assez mauvais décorateur, mit ces proues en évidence, comme s'il avait voulu traduire par leur lourdeur, combien cet ordre lui pesait. Déjà Sauvai les critiquait : Ces proues tuent les yeux, assomment les arcades (p. 160).
Le mêmearchitecteaconquissa célébrité, et a prouvé son talent, dans la construction des églises de la Sorbonne et de St-Roch, rue St- Honoré. Il fut chargé, après Pierre Lescot, du Louvre; après François Mansart, duVal-de- Grace ; après Metezeau, de l'église de l'Oratoire ; il mourut en 16G0.
Les plans, coupes et vues du Palais-Royal, donnés par Blondel, n'ont déjà presque plus rien de la distribution primitive de Le Mercier (Arch. Franc., tome III, p. 38; Pl., ]). 33a et suiv.) Il faut chercher le Palais Cardinal, dans les plans gravés de Paris, et dans des estampes de Sylvestre, J. Marot, eic.
La princesse de Bavière, Madame, duchesse d'Orléans, habita le Palais-Royal à son arrivée à Paris ; elle en parle, dans sa correspondance, d'une manière qui ferait croire que Richelieu et Le Mercier ne furent pas, à eux deux, un bien bon architecte: Avant que Monsieur eût fait arranger le Palais-Royal, surtout le grand appartement, ce lieu était, à mon avis, horrible. Cependant, ou l'avait admiré du temps de la Reine-mère.
L'Histoire du Palais -Royal est partout; mais quand on aura lu les descriptions de la ville de Paris et les descriptions de ses rues, on trouvera encore dans un article de M. Vi-
tet, des renseignements curieux présentés avec art. Ce travail, publié en mars i83o, à l'occasion de la dernière restauration générale du palais, a été réimprimé (12°, Paris, Charpentier, 1846, tome I, p. 339).
(383) Ce qui se trouve de plus précieux dans ce palais, sont les marbres; quelques uns tiennent qu'ils furent envoyés au Cardinal par l'abbé Mazarin (Sauvai, Hist. et Rech., tome II, p. 166).
(384) Sauvai, Hist. et Rech., tome II, p. 2O1.
(383) Dès i63o, le Duc bâtit dans la rue St-Dominique une charmante maison entre cour et jardin, qui semble faite de nos jours, tant la distribution est bien entendue; le marquis de Galifé l'habita, mais ce n'était pas encore uu vaste hôtel, une demeure complète répondant au luxe d'une grande fortune, et aux exigences d'une haute situation. Blondel a fait entrer dans son ouvrage, une ancienne gravure de cet hôtel (Arch. Franc, tome I, p. 255, p). 83, plan et vue géométrale). La duchesse de Chevreuse (Marie de Rohan Montbazon) chargea l'architecte Le Muet, en i65o, de lui construire, vis-à-vis des Jacobins et d'après les nouveaux progrès de cette science de l'aménagement, une demeure digne d'elle. Toutes les prescriptions de madame de Rambouillet y sont suivies, c'est-à-dire que toutes les ressources du bien-être y sont prévues.
Cet hôtel qui est resté l'habitation des ducs de Luynes , a été restauré en 1715 et agrandi, mais l'ancienne ordonnance extérieure, l'ancienne distribution intérieure a été conservée. Nous avons même, dans l'ouvrage de Blondel (Arch. Franc., tome I, p. 255), les plans de l'état primitif. En 17Ù8, les murs et le plafond du grand escalier ont été peints par Brunetti père et lils, et restaurés en i8S3.
Ces exemples suffiront : les deux éditions de Marot, les in-folio de Blondel et les autres ouvrages sur l'architecture du dix-septième siècle, donnent la preuve que l'art de la distribution avait déjà fait de grands progrès, et j'ajouterai que c'était un art tout français. Lorsque le Bernin vint à Paris pour construire le Louvre, on examina ses plans et la distribution des appariements. Colbert se permit de dire au v ieil arliste, au constructeur de vingt palais : Je fais une remarque, que si nous n'y prenons garde, il arrivera que dans ce bâtiment où il y aura des salles de festin, des salles de comédies, des salions d'une grandeur prodigieuse , des galleries admirables et tout ce qui fait la majesté d'un grand palais, le Roy sera obligé découcher dans une chambre si petite, que la moitié des seigneurs et des offi ciers qui ont droit d'entrer, n'y pourront pas tenir (Perrault, Mém., liv. II, p. 81). Lister, tout en admirant ces progrès et le grand luxe de nos habitations, s'étonne cependant d'y chercher vainement les ressources que le goût
Note 389.
du confortable avait déjà imaginé en Angleterre; il faisait celle observation en 1698 : Yet after ail, there are so many utensiles and conveniencies of Life, wMch are commun in Eugland, wanling hère, that M. Justall, a Parisian, lold me he had made a catalogue of such deficiencies and that theij were threescore in number (p. 3i, édition de 1823).
(38G) De Liste donnait pour modèle, la maison qu'il s'était construite rue Culture Ste-Catherine, Jules Hardouin celle qu'il habitait rue des Tournelles, près la porte St-Antoine (Blondel, Arcli. Franc.), et en même temps il donnait les plans et les projets pour une maison convenable à une fortune peu considérable.
(387) Je m'arrêterai un instant devant l'hôiel de Beauvais construit en 1607, parce que c'est le plus ancien exemple de ce mélange fâcheux du grand luxe et de la petite spéculation, le plus ancien exemple de l'abandon de cette noble retenue qui encadrait le luxe des arts et l'intimité de la vie entre la cour monumentale et le jardin régulier. Sans doute les hôtels avaient déjà ouvert le rez-dechaussée de leurs avant-corps à l'industrie pour profiter des loyers qu'elle leur proposait, mais on n'avait pas encore vu donner a l'artiste ce programme bâtard. Nous tairons tout ce que ce sujet inspire de réflexions tristes.
Pierre de Beauvais ou plutôt sa femme Catherine Henriette Bellier choisit pour son hôtel le plus bel emplacement de la rue Saint- Antoine. La première femme de chambre de la reine-mère avait eu à se louer des bontés de toute la famille royale, de sa maitresse qui l'en combla, du jeune roi qui crut lui enlever, ce qu'il se laissait prendre, du cardinal Mazarin enfin qui récompensa sa discrète fidélité avec libéralité. Elle chargea Antoine le Pautre de tirer parti d'un terrain très irrégulier. Cet artiste fit preuve d'un grand talent en répondant au programme nouveau et compliqué qui lui était imposé. Pour la première fois le corps principal d'une grande demeure devait s'aligner et s'étaler sur la rue, pour la première fois un noble hôtel devait loger quatre grandes boutiques. Le Pautre fit si bien qu'il donna satisfaction à tous les intérêts , tant à ceux de l'amour propre qu'à ceux du revenu et il devança de deux siècles les ressources de l'aménagement dont nous nous montrons si fiers aujourd'hui. Je ne m'étendrai pas davantage sur cette création parce qu'on peut visiter l'hôtel de Beauvais conservé intact rue Saint-Antoine, n. 62. Ni les sculptures de l'escalier, ni les armes et chiffres de la Beauvais, ni l'aspect théâtral de la cour et sa belle régularité au milieu d'un terrain si irrégulier, ni le balcon d'où la cour de France tout entière vit l'entrée de Louis XIV et de la reine d'Espagne, ni aucune des distribu-
tions de cette grande demeure n'ont été détruits. (Voir deux plans et une vue de l'hôtel de Beauvais dans le grand Marot , dans Blondel, vol. II, pl. 225, page 120 et pour l'entrée du roi Louis XIV consulter la note 126.)
II y eut deux hôtels de Beauvais, nous avons parlé de celui de la rue Saint-Antoine, nous dirons quelques mots de l'hôtel de Beauvais au carrefour de la Croix-Houge dans le faubourg Saint-Germain.
On lit dans la Muse historique, que la reinemère, le roi et le duc d'Orléans :
Allèrent, tous trois, l'autre jour Dans St-Germain le grand fauxbour , Qui vaut seul une bonne ville , Pour y voir le beau domicile Qu'a fait faire, depuis la paix , La sage dame de Beauvais.
Suit une longue description pluslouangeuse qu'exacte, puisqu'il s'excuse de ne pas mieux dire :
Mais aussy nel'ay-je pas vu.
(3 nov. 1663. Liv. XIV, p. 180.)
Dans le numéro suivant il annonce que la reine Marie Thérèse :
Fut chez madame de Beauvais Pour de son aimable Palais Voir les merveilles étonnantes.
(Liv. XIV, 10 nov. i663.)
Cette fois il a vu par ses yeux et il décrit plus exactement. Cet hôtel était destiné, au fils de la dame de Beauvais, il est du nombre de ceux dont nous n'avions pas à nous occuper, parce que la date de sa construction le place hors de notre cadre.
(388) Blondel, Arcli. Franc, (tome II, p. 1).
(389) Blondel (Arch. Franc., tome II, p. q3) en a donné le plan et les détails. Je l'ai cité comme exemple dans une série d'années, car la construction de cet hôtel date de la lin du dix-septième siècle. Madame De Launay eu parle dans ses mémoires : Je fus dîner chez madame de Vaucray, et j'y fus fort bien traitée. J'y trouvai une femme d'une physionomie singulière, mais de beaucoup d'esprit; une belle maison qu'elle avoil fait bâtir, un gros domestique, bien des équipages, une table délicatement servie, d'agréables promenades, tant de son jardin que de celui des simples dont elle avoit les clefs et qui communiquait avec le sien (édit. in 12°. Paris, Didol , 1846 , p. 63). Le jardin des Simples, c'est-à-dire le jardin des Plantes était avec les Tuileries la promenade à la mode et le théâtre des rencontres galantes. Le duc de Piemours engage une dame à se trouver le lendemain dans le labyrinthe du jardin des Simples au fuuxboury Saint- Victor ( page 266 tome II des Intrigues galantes. Cologne, 12" i6<j?i.)
(590) Mes recherches sur Paris sont loin d'être complètes; il sera facile de relever, dans celte esquisse, quelques erreurs et plus d'une omission. Je compte cependant sur l'indulgence des personnes familières avec ces difficiles travaux; elles connaissent les nombreuses fautes qui déparent tant de bons ouvrages et sçavent gré aux auteurs dont les écrits amènent quelque utile rectification, sans ajouter encore à la masse des erreurs en circulation.
Je ne veux donner qu'un exemple du dédale d'inexactitude dans lequel on marche, quand on aborde ces recherches, je le prendrai dans un excellent ouvrage qui date de 1832. A l'article Androuet Duccrceau, du Dictionnaire d'Architecture, de M. Quatrcmère de Quincy, on lit : Androuet Duccrceau décora, dans son temps, Paris d'un assez grand nombre de beaux liôtcls; tels que celui du chancelier Séguin-, celui de Sully, celui de Mayenne, pour Charles de Lorraine, celui des Fermes générales. Onchercherait en vain aujourd'hui la trace de ces ouvrages. Combien d omissions, de confusion, de double emploi, d'erreurs en ce peu de lignes ?
(391) La salle des Thermes, rue Saint-Jacques. Les plus anciens plans cavaliers représentent le jardin boisé qu'on avait planté sur cette voûte. Germain Brice faisait remarquer aux étrangers, que les habitants de l'hôtel de Cluny venaient s'y promènera l'ombre (loin. II, pag. 109, édition de 1687). On a trouvé dernièrement quelques substrictions de maisons antiques, lors de l'ouverture de la rue de Constantine, entre la rue de la Licorne et la rue Perpignan. Pour d'autres traces du passage des Romains, découvertes plus anciennement, voir le plan de Paris de M. Alb. Lenoir, dans la Statistique de Paris, folio, i8û2-/|5.
(392) Voir l'histoire du Louvre dans ma troisième lettre. Ce château-fort, maison de plaisance de nos rois, n'entra dans Paris qu'au treizième siècle; l'enceinte de Philippe-Auguste passait à côté.
(395) L'hôtel de Cluny a été acheté par l'Etat, Il y a trois ans, en même temps que la collection de M. Dusomnierard. Ils se sont défendus l'un l'autre. Cet acte honorable est dû à M. Duchâtel, ministre de l'intérieur, et à la commission des monuments historiques, qui a pris l'initiative. Un ministre qui reste au pouvoir sept années, peut croire, à juste titre, qu'il a marqué dans l'histoire de son pays ; je ne sais pas une seule de ses propositions législatives qui gravera plus profondément son souvenir.
L'histoire de l'hôtel de La Trémouille forme l'ombre du tableau de cette même administration, de ce même ministère. Philippe d'Orléans, frère du roi Jean, possédait, en 1303, un grand hôtel rue îles Bourdonnais ou d'Adam Bourdon. Le prince Gui de La Trémouille ou Trenioille en devint acquéreur, en 1 3<j8. Elle lui ensuite la propriété et l'habitation d'An-
Nple 394.
toine Du Bourg, chancelier de France, et, plus tard, de MM. de Belièvre. Ou s'est occupé de cet hôtel , depuis qu'il est tombé, comme on fait la réputation d'un homme quand il est mort. Sauvai (Hist. et Rech., tom. II, p. 125) en disait ce peu de mots , qui valent une histoire. Ils auraient dù lui servir de défense : Le plus célèbre de tousleshùlelsdela famille des La Trimoille est celui de la rue des Bourdonnais. De fait, c'est la maison seigneuriale et le fief de la Tremoille, dont relèvent quantité de maisons , tant de la rue des Bourdonnais, que de celle de Bcthisy. Et de plus, c'était l'hôtel de Gui de la Trimoille, ce grand personnage et si vaillant, favori du duc de Bourgogne, entre les mains de qui Charles VI mil l'oriflamme , en 1 393 ; d'ailleurs fondateur de sa famille, et qui, par ses actions éclatantes, la tira de l'obscurité et du Poitou.
Les historiens de Paris et les dernières recherches n'ont rien ajouté d'essentiel à ces renseignements ; nos regrets ne sauraient recevoir d'aggravation. Lorsque le Conseil municipal, et je le rappelle avec regret, lorsque M. de Rambuteau lui-même, eut repoussé les représentations si bien motivées du comité des Arts et des Monuments, nommé par le ministre de l'Instruction publique, et les propositions financières si convenables de la commission des Monuments historiques instituée par le ministre de l'Intérieur, il ne resta plus d'autre parti à prendre que de conserver ce qui pouvait être employé ailleurs. L'élégant escalier que les amateurs se rappellent avoir vu à gauche, en entrant dans la cour, fut transporté, pierres à pierres, dans le chantier de l'École des Beaux-Arts. Malheureusement ces transports, quelque soigneux qu'ils soient, détériorent les sculptures, et ces fragments exposés pendant trois hivers à la gelée et à l'humidité, sont tombés en poussière et en pâte, faute de destination.
J'ai dit dans le texte qu'il suffisait de ioo,ooofr. poursauverce précieux monument, voici comme je l'entends. L'hôtel de La Trémoille, ou plutôt ses terrains, valaient 700,000 f. La spéculation consistait a abattre l'ancien hôtel pour construire des magasins neufs, l'action du gouvernement devait être d'arrêter la spéculation en l'indemnisant. Avec 100,000 f. on obtenait du spéculateur l'engagement devant notaire de respecter l'ancien hôtel, et de n'en être pour ainsi dire que l'usufruitier, le locataire , sauf à utiliser les terrains qui en dépendaient pour des constructions neuves. Déjà, plus d'une fois, la commission a procédé ainsi, les engagements ont été tenus, et il ne pouvait en être autrement, puisqu'ils avaient force de loi, mais il s'est trouvé même que le goût des arts se développant, l'usufruitier a été au-devant des soins de conservation que la commission des Monuments hisloi iques aurait pu lui conseiller.
(394) Qui n'a pas visité ce vieux manoir entre les petites rues de l'Hôtel-de-VilIc et du
Figuier? J'en sors aujourd'hui, et j'ai constaté plus d'une détérioration depuis ma dernière visite. En premier lieu, on l'a gratté à neuf, procédé barbare qui fait plus de mal que le badigeon, car l'un écorehe la surface et détruit les profils, tandis que l'autre couvre et défend jusqu'à un certain point en attendant des jours meilleurs. On a entassé les marchandises contre les murs , et les ouvriers qui arrivent ainsi à portée des sculptures ne peuvent résister au plaisir de la destruction. Ce qui appauvrit l'hôtel de Sens, c'est donc la prospérité de ses propriétaires; si le roulage allait moins bien, les arts s'en trouveraient peut-être mieux.
On fait remontera Tristan de Salazar, archevesque de Sens,la construction de cet hôtel, vers la fin du quinzième siècle; il le laissa inachevé; c'est le cardinal Du Pratqui l'aurait terminé. Mais il y a des parties plus anciennes. La diligence de Lyon et le carrosse d'Auvergne s'y établirent dès le commencement du dix-huitième siècle; voilà donc plus de cent ans qu'il lutte contre les mauvais procédés d'hôtes indignes de son élégance.
(395) Il faut aimer son Paris pour l'étudier à fond ; il faut s'attacher à ses vestiges si rares, si oubliés, pour le connaître exactement. Des hommes animés du zèle le plus ardent, remplis de savoir du meilleur aloi , sont à la recherche des moindres traces de nos vieux monuments. J'indique sommairement ce quej'ai retrouvé, en attendant que MM. Niel, Lenoir, Rébillot, etc., etc., publient le résultat de leurs curieuses investigations.
Les tourelles gothiques dépendantes de monuments civils commencent à devenir rares; celle qui fait face à l'Hôtel-de-Ville est charmante et bien connue, l'alignement la menace. Les développements de l'hôtel municipal ont mis au grand jour, mais aussi par malheur sur lereculement, la jolie tourelle qui faitencorele coin des rues de la Tixeranderie et du Coq ; elle tombera prochainement. Nous conserverons plus longtemps les tourelles qui s'avancent à l'angle de la rue Vleille-du-Temple et des Francs-Bourgeois , de la rue du Paon Saint-André-des-Arls et de l'Ecole de Médecine, ou qui surplombent sur les rues Hautefeuille, Percée Sainl-André-des-Arts, etc., etc. Ces tourelles sont de la fin du seizième, quelques unes du dix-septième siècle.
On recherchera ce qui reste du Parloir aux Bourgeois, place Saint-Michel et dans les arrière-bâtiments d'une maison , rue Saint- Hyacinthe, n° il, les restes de curieuses constructions. On trouvera aussi sur l'emplacement de l'ancien hôtel Saint-Paul et de l'hôtel d'Etampes quelques traces de vieux manoirs (entre la rue Saint- Antoine et la rue des Lions Saint-Paul, derrière le collège Charlemagne). Pour étudier et reconnaître ces restes, on consultera les anciens plans (voir note 3) et les œuvres de Sylvestre et de Marot. Le dernier de ces architectes-graveurs , mais non pas le
plus fécond, a donné plusieurs éditions de ses planches sous différents titres et de divers formais; il faut les compléter l'une par l'autre. Voici le titre du recueil le plus considérable : Recueil des plans, profils cl Elévations des plusieurs Palais, Chastcaux, Eglises, Sépultures, Croies et Iloslels, bâtis dans Paris et aux environs, avec beaucoup de magnificence par les meilleu(r's) architectes du royaume, desseiç/nés, mesurés et gravés, par Jean Marot, Architecte parisien. Sur la seconde édition, on a ajouté : A Paris, chez Mariette, rue Saint-Jacques, aux Colonnes d' Hercule ; les planches sont numérotées. L'autre volume est intitulé : Recueil des plus beaux édifices, dessinés et gravés selon leurs mesures, par J. Marot, et se vendent à Paris, chez l èdit. J. Van Merlen.
(59G) Louis de Gonzague, duc de Nevers* acheta, en 1572, l'hôtel de Nesle et le reconstruisit pour en faire sa demeure; soixanteneuf ans plus tard, en 1641, Henri de Guénégaud l'acheta; nous en parlerons plus loin (note 569, et voir la tour de Nesle dans toutes les anciennes v ues de Paris ; l'hôtel de Nevers, dans le tome I, p.58. de la Topographia Galliœ, de Martin Zeiler. Francf. , folio. Rechercher aussi l'oeuvre de Sylvestre, etc., etc., et dans le Marot : La voue de l'hostel du Plessis Guénégaud, sur le quay Malaquay.
François Ier ordonna par lettres-patentes du 20 septembre 1543, que l'hôtel de Flandres serait détruit, pour le terrain être vendu à des particuliers qui construiraient sur les rues alignées.
(597) L'hôte! du fameux financier et traitant Scipion Sardini , connu encore aujourd'hui sous le nom d'hôtel Scipion, a été déshonoré par la destination qu'il a reçue. Depuis 1G57, il est devenu la manutention des farines de nos hôpitaux. On lit sur la porte, en caractères forgés, dans un grillageen fer, Sainte-Marthe, maison Scipion; mais le corps de bâtiment dans lequel s'ouvre la porte d'entrée a été construit à une époque plus moderne. Ce qui date du fondateur, se réduit à une aile de bâtiment soutenu par six arcades, que surmontent des médaillons remplis de figures en terre cuite. Ces figures représentent, par allusion au nom de l'ancien propriétaire, d'abord Scipion l'Africain, ensuite les personnages historiques de la même époque, Marc-Antoine, Cléopâtre, etc. La première de ces figures est bien conservée, les autres sont mutilées. Quel que soit le peu d'importance de ce reste d'une grande habitation, il faut espérer que M. Labrouste, architecte des hospices, le défendra contre les projets de destruction qui déjà le menacent.
(598) L'histoire de cet hôtel est aussi confuse que les styles différents qui le déparent. (Voir les planches de Marot et la description de Blondel, Architecture françoise, tom. II, p. i5i, pl. 27O-281.) On peut cependant résumer ainsi cette histoire : vers le milieu du
Note ZiuTt.
seizième siècle (i56o-i570), le président de Ligneris charge Androuet Ducerceau et Jean Goujon de lui construire un hôtel dans la rue Culture Sainte-Catherine; le corps de bâtiment qui donne sur la rue étant seul terminé par ces deux arlisles, une raison quelconque arrêta les travaux qui furent continués plus tard, et par d'autres mains; voilà pourquoi le style de l'architecture et des sculptures, dans les bâtiments intérieurs et dans la cour, diffère entièrement et marque une différence »le près d'un demi-siècle. En i634, François Mansart eut ordre de compléter et de terminer cet hôtel. Ce grand artiste respecta, autant qu'il était possible, l'œuvre de ses prédécesseurs, et celle manière intelligentede procéder dans une restauration était bien rare, car elle excita un étonnement et une sympathie générale. En vouant cet ouvrage, dit Félibien, on ne sait lequel estimer le plus, ou l'art dont il s'est servi pour conserver , comme il l'a fait, ce qu'il y avoit (le beau dans le vieujc portail, ou la science avec laquelle il a rebasti le devant de cet hostcl (Félibien, Entretiens, tom. I, pag. 121).
Quel qu'ait été ce soin , les nouvelles additions ont altéré profondément le plan primitif; je vois plus tard quelques petites mutilations du fait de madame de Sévigné. Lorsqu'elle y installe sa demeure, l'homme d'affaires demande seulement le temps d'écrire à M. d'Agauri.en Daupliiné, pour avoir la permission d'attaquer In vieille antiquaille de cheminée (Letire du i8octobre 1679).
Le fils du président de Ligneris vendit cet hôtel à Françoise de La Beauve, dame de Carnavalet ; il fut ensuite acheté par P. E. Brunei de Ranci, fermier-général, par M. de la Briffe, intendant de Caen, et ensuite par différents propriétaires. Le dernier l'a loué à un maître de pension.
J. Marot, le graveur, a donné, dans son recueil des beaux hôtels de Paris, le plan et quatre vues de cette habitation, sous le nom (ïkostel d'Argouge.
(399) Le Pont Neuf fut commencé en 1578. Sur les plans d'Androuet Ducerceau. Henri II plaça la première pierre, le 3o niai , Henri IV le fit achever en 160Z1. La statue du bon roi ne fut érigée qu'en i635.
(400) Cette place date de 1608. Malherbe écrit, le 3 octobre 1608 : On fait en celte même isle (du Palais), une place que l'on appellera, à ce qu'on dit, la place Dauphine, qui sera très belle et bien plus fréquentée que la Hoyale. (Paris, 8°, 1822, p- 6i. Voir une autre Lettre â Peiresc, du 25 mai 1608.)
(401) La décoration intérieure, telle que nous la voyons aujourd'hui, ne date pas tout entière de Sully; il faut en laisser une bonne part à la seconde femme de son successeur, la maréchale de La Meilleraye, Marie de Cossé-
Brissac. Il y a encore deux tableaux et quelques distributions que Sully cite lui-même; il y a aussi un portrait de Louis XIII et d'Anne d'Autriche, des écussons aux lions hermines, des chiffres La Meilleraye ; il y a donc une part à faire à chacun. La destination donnée à l'Arsenal assure une conservation telle quelle de ces restes d'élégante décoration.
(402) Tallemant des Béaux, dans son Historiette, critique et raille à son aise cette respectable figure. On recherchera encore les lettres de Malherbe et les mémoires du temps. Malherbe écrit, le 11 décembre 1609 : La salle neuve de l'Arsenal fut étrennée dimanche dernier d'un ballet que firent doute galants de la cour. (Edit. de 1822, page 99.)
(403) Raoul Bouthrays en faisait l'éloge : Ornamento urbis, vicinas condidit aedes; Ornamenlum ingens Zametius urbis, etc., etc.
(P. 87, Lutetia. Paris.,»0, 1-611).
Et Lister, en 1698, vante la propreté de la maison et le soin avec lequel sont tenus les jardins. (Page 161, édit. de 1823.)
Cet hôtel, qui a son entrée sur la rue de la Cerisaie, et forme le coin de la rue de Lesdiguières, a été déshonoré par l'abandon qu'on en a fait à des industriels; son aspect, à l'extérieur, rappelait en petit l'hôtel de Mayenne; car il est construit de la même manière, mipartie brique, mi-partie pierres de taille. On n'y a rien changé , si ce n'esï qu'on l'a badigeonné, invention niaise, dont le résultat est de le priver entièrement de caractère , pour avoir voulu le rajeunir. J'ai trouvé, dans nia dernière visite, que le beau jardin était chaque jour plus encombré de masures, que le grand escalier à gauche, en entrant dans la cour, avait disparu (on a pratiqué des chambres dans sa cage), et que le petit escalier de service en face dessert aujourd'hui tout l'hôtel. Monté au premier, j'ai rencontré un fabricant d'ornementsen bronze, qui a eu la bonté de me conduire dans tous les appartements, aujourd'hui ses ateliers, aux plafonds enfumés, aux murs couverts de caprices grossièrement dessinés et médiocrement spirituels. Il n'y reste rien de l'ancienne décoration, et celle qui l'a remplacée est en tout digne de ses hôtes.
(404) Près des filles de Saincte i\farie est un hostcl basty de belles pierres (le taille et de briques par feu Henry de Lorraine, duc de Mayenne et d'Aiguillon, environ l'an 161 3. (Suppl. de Du Breuil.) Il me semble qu'on doit remonter cette construction à 1609. C'est aujourd'hui l'institution Favart. J'ai eu le plaisir, en visitant dans toutes ses parties cette grande construction, plus belle dans son ensemble que par ses détails, d'apprendre d'une manière certaine qu'elle sera conservée sans altération sensible.
Note 411. Le palais
(403) Mesme Gallet était un grand joueur et un joueur heureux; se S' niant en fonds, il acheta, vers l'an 162Z1, deux maisons clans la plus belle partie de la rue Saint-Antoine, les abattit, et fit construire à la place un superbe hôtel. La chance tourna, il perdit son argent, et en novembre 1627, Montmort en devint l'heureux propriétaire. On a écrit qu'il avait perdu son hôtel sur un coup de dés (dans le Commentaire de M. de Saint-Surin sur les œuvres de Boileau) : ce n'est pas une erreur, mais une amplification. On lit dans le Supplément de Du Breuil : Cet hostel fut fait! baslir par le sieur de Neubourg, Sou-daust, de la chambre des Comptes, qui estant mort, le duc de Sully t'acheta. (Page 69.) Je ne sais de qui l'avocat, auteurde ce Supplément, veut parler, mais je trouve une troisième version. Piganiol de La Force s'exprime ainsi : Cette maison fut bâtie par Du Cerceau pour illaximilien de Bclhune, duc de Suili, sur une partie de l'emplacement de l'hôtel des Tournelles. D'autres disent quelle a appartenu à Gallet, — Gallet étoit propriétaire d'une maison dans laquelle il y avoit un cabaret, qui avoit pris pour enseigne l'Hôtel de Sulli, à cause de sa situation auprès de cet hôteL Gallet fut obligé de la vendre pour payer ses créanciers, et la conformité de noms a fait croire et dire que l'hôtel des ducs de Sulli lui avoit appartenu, <et qu'il l'areit penXu au jeu. (Tome V, p. 37.)
Après mûre réflexion, je me range a cette dernière opinion, qui me semble la seule juste, la seule raisonnable, et je l'adopte après avoir partagé dans mon texte l'erreur commune. Voici la raison du changementqui s'est produit dans mon esprit» J'ai trouvé dans les registres et terriers de Paris, celte mention :Don au sieur de Rosny de 'la pince, démolitions et basliments fait par Henry trois au parc des Tournelles à Paris, du coslé de la coulture Sainie- Catherine, en mars i5gû. (M. li. L. folio 3i6. v. vérifié,) Ce fait incontestable établit la propriété du fonds à Sully, et la grandeur de la construction est en rapport avec l'importance de sa position. Le joueur Gallet, quelle que fût sa chance, ne pouvait avoir des vues aussi grandes, aussi élevées, et son esprit aventureux n'avait pas besoin de ces garanties de durable solidité.
J. Marot a donné trois vues et un Plan général de l'hostel de. Sully « la rue Saint- Antoine; Sylvestre l'avait déjà gravé.
(406) Cet hnslel fort ancien fut rebasty ta pluspart de neuf par le duc de Guise, t'ait, 1608. Il fit aussi réparer les grandes saM.es ■du vieil hostel. (Du Breuil, Suppl., page Sjj.) Je ne ferai que cette citation pou? expliquer la place et la date que je donne àeetîwWel. On sait qu'il se fondit dans le f^nd, hôtel de Soubise, occupé aujourd'hui çpjj. les archives générales.
(407) Le sieur de Rc^mtanre ajouta la belle gallerie qui regarde tyjqrfyn et la spacieuse;
escurie. Du depuis le comte de Sainct Paul ayant acheplé cet hostel, l'acercul de plusieurs logemens. Luy mort, les créanciers ayans mis cet hostel en criée, monsieur de Chaviyny l'acheta. (Du Breuil, Suppl., page 69.) En outre, on lit dans Sauvai, tome II, page 226 : François d'Orléans, comte de Saint-Paul, acheta du maréchal de Rocquii/uire l'hôtel de Navarre, au bout de la rue du Roi de Sicile, qui appartient maintenant à la marquise de Chaviyny, veuve très illustre d'un très illustre mari. On voit que cet hôtel, contigu à ceux de Lorraine et d'Angoulême, dans la rue Sainte-Catherine, n'a aucun rapport avec le vieil hôtel Saint-Pol, habitation royale.
(408) Le commandeur de Sillery fit bâtir son hôtel en 1608, sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui le Château-d'Eau et la place du Palais-Iioyal. Cet hôtel, dit l'auteur du Supplément aux Antiquités de Du Breuil, est construit en carré de belles pierres de taille et de briques, un fort beau portail, et au-dessus une galerie ornée de balustres, de petites colonnes de pierre artistement taillées. (P. 64.)
(409) Le marquis de La Vieuville, surintendant des finances, fit construire par Melczeau cet hôtel qui eut pour maîtres, en 1620, Charles d'Albert Ier, duc de Luyncs; après sa mort, le duc de Chevreuse, qui épousa sa veuve, puis le duc d'Epernon, qui l'acheta ; enfin le duc de Longuevilîe. On sait quelle société élégante se réunit clans cet hôtel, quel rôle important il joua durant la Fronde : nous pouvons clore l'histoire de ses vicissitudes, car vendu en 17^19 aux fermiers généraux, pour devenir un magasin de tabac, il a été depuis transformé pour abriter les voitures de la cour, et de nos jours le roi l'a fait abattre, pour donner, par cette brèche ouverte aux immondices, un argument à ceux qui voudraient voir se terminer au centre de Pa^ ris, le palais des rois. J. Marot l'a gravé, Blon,-. del l'a décrit, et Germain Rrice parle de sojji plafond, peint par Miguard. (Page à®, éditii» de 1687.)
Derrière le Louvre, rue f'remenleau, à main droite, est Phostelde Smwré, que fit bastiir messire Gilles de Souvré, gouverneur de Hjours et de Chinon, depuis maréchal d& France en 1606. Cet, hàlei est petit, il a sa nue sur le petit jardin du Louvre, et m par une petite aliés sur le pont qui entre au. hgwvre du costé 4es, cuisines. (Du Breuil» SupjjJ., p. 66. Voir les plans de Paris.)
(410) Je n'ai pu trou^ei; I3 date exacte de çetle construction.
(411) Lorsque Cpnneijle donna sa pièce ,^ assez insignifiante, intitulée : La Place Royale, ou l'Amoureux e.%ù;anagant , Claveret , un , écrivain-poète fort obscur, publia une critique de la pièce : J'entends parler de votre. Place Royale , que vous eussiez aussi bien appelée la, Place Q/ftfphinc, pièce que, vous, ré- .
Note 413.
solutés de faire dès que vous seules que j'y travaillais. ( Voir les mémoires du temps, et Tallemant , tome VI, page Oi). Le Marais retenait encore avec ses grands hôtels la noblesse qu'il n'attirait plus. Le comte deGraminont en dictant à Hamillon son aventure piquanieavec Marion Delonne,ei la mystification du duc de Brissac, lui fait dire : Comme il y avoil fort loin du baigneur où je logeais, jusqu'au fond du Marais. — Or si la place lioyale avait étî le quartier à la mode par excellence, le comte de Grammont y aurait choisi son baigneur , c'est-à-dire son logeur. ( Mém. , chap. X. ) Il y eut bien encore îles mascarades , des courses de traîneaux et la force des habitudes, mais il faut dire qu'en général ce quartier se mourait. Le Dictionnaire des Précieuses de Somaize et l'abbé d'Aubignac placent leurs héroïnes dans le faubourg Saint-Germain la petite Athènes, dans la Place lîoyale la Place Dorique, dans le Marais du Temple le quartier de Scolie, et dans l'isle Notre-Dame, la Place de Delos. Toutefois le rôle des Précieuses comme la vogue de la Place Royale touchait à sa décadence. On écrivait à cette époque Marais et Marets. M. Des Marais et Desmarets. Nous avons, pour n'en citer qu'un exemple les vers de Scarron et la Lettre de la petite Nichon du Marais à Monsieur le prince de Condé , à Saint-Germain. 1O49. 4°-
Les financiers dominaient parmi les habitants du nouveau quartier au nord delà ville, aussi l'esprit frondeur des Parisiens y trouva à mordre. Selon Saint-Simon on donnait aux trois grandes statues royales dj Paris ce cortège : « Henry IV avec son peuple sur le Pont- Neuf, Louis XIII avec les gens de qualité a la Place Royale, et Louis XIV avec les Maltotiers à la Place des Victoires.» Le superbe auieur des mémoires ajoute pour son compte : « Celle de Vendôme, faite longtemps depuis ne lui a guères donné meilleure compagnie.» Aujourd'hui il n'y a de peuple nulle part, car personne ne veut être peuple, il n'y a de gens de qualité nulle part, car la tradition s'en est perdue rue Saint-Florentin , et quant aux mal tôliers, remplacés par des agioteurs, s'ils sont encore dans ce quartier, il y en a un peu partout.
(4lv>) Les hôtels de Rambouillet , de Mercœur, de Sillet y et de Brion. Les deux derniers ne furent détruits que plus tard, l'un par Anne d'Autriche pour ouvrir la Place du Palais-Royal, l'autre par Louis XIV pour construire une galerie. Le régent fit clore au nord la place, par le Château d'eau , sur les dessins de l'architecte de Cotte.
(413) Tallemant des Réaux (Tom. II) , est fort instructif sur la vie , les exe ntricilés et l'hôtel de Des Yveteaux, j'avais extrait de ses mémoires une note que je croyais piquante, mais je l'ai supprimée sans regrets, après avoir lu, dans le Bulletin du Bibliophile, (18/1G,
page 601 ) une notice biographique rédigée avec talent par M. Jérôme Pichon sur les mêmes renseignements et sur d'autres documents entièrement neufs. Je prendrai dans ce consciencieux travail le passage suivant :« Nicolas Vauquelin des Yveteaux ayant quitté la cour se. retira en i645 dans une maison qu'il possédait rue des Marais, à peu près dans l'espace enfermé par les rues des Petits-Auguslins, du Colombier (Jacob), de Seine et des Beaux-Arts , cette dernière rue occupée alors par l'hôtel et les jardins de Liancourt. Lors du fameux procès qu'il soutint en i64ô contre son frère Guillaume , il prétendit l'avoir acquise par décret 17,000 livres huit ans avant la mort de son père , c'est-à dire en 1599, sur le prix de la charge qu'il avait été obligé de vendre (Factum G, p. 1.). Mais en supposant que cette assertion, qu'il avait quelque intérêt à faire, fût exacte, il n'aurait jamais acheté à celte époque qu'une maison ordinaire, car alors même (en 16Û3) il convenait avoir acquis ensuite de diverses personnes le surplus de la maison et les jardins (Fact. G, p. 1.). Il avait pu s'agrandir assez facilement, car en 1611, époque de sa retraite , il n'y avait rien de bâti au-delà de sa maison dans le faubourg Saint-Germain. Le terrain ne devait donc pas avoir un très grand prix autour de sa maison, et d'ailleurs la position de des Yveteaux était assez lucrative pour le mettre à même de faire des acquisitions. Son père étant mort en 1O07, il avait hérité de lui et avait recueilli les avantages que la coutume de Normandie assurait aux ainés (Fact. F, p. 5). Il est vrai qu'il prétendait en 1645 n'avoir hérité que de i,5oo livres de rente et de 2,000 écus de meubles.
■ Une fois retiré dans sa maison, des Yveteaux mena une vie épicurienne dont il y a peu d'exemples chez les modernes. C'est sa propre vie qu'il a décrite dans le sonnet suivant , qui , s'il n'est pas très moral , est au moins agréablement tourné :
[rente
Avoirpeu de parents , moinsde train que de Et chercheren tout tempsl'honnête volupté; Contenter ses désirs, conserver sa santé Et l'âme de procès et de vices exempte;
A rien d'ambitieux ne mettre son attente, Voiries siensélevez en quelque authorilé, Mais sansbesoind'appuy garder sa liberté De peur de s'engager à rien qui ne contente,
Des jardins, des tableaux, la musique, des vers Une table fort libre et de peu de couverts; Avoir bien plus d'amour pour soy que pour
sa dame;
Être estimé du prince et le voir rarement, Beaucoup d'honneur sans peine et peu [d'enfans sans femme, Font attendre à Paris la mort tout dourement.
( Inséré dans la lettre du président de la Fresnaye à des Yveteaux. Fac. F.)
Note 421.
LE PALAIS AIAZAIUN.
« Des Yveteaux avait réuni à sa maison un fort grand jardin allant jusqu'à la rue du Colombier ( rue Jacob) et auquel on se rendait par une roule souterraine pratiquée sous la rue des Marais. Cette propriété acquit une grande valeur. En r645 on l'estimait 3 ou /ioo,ooo livres (près d'un million de notre monnaie). Madame de Liancourt dont l'hôtel était proche lui avait offert 200,000 livres à condition de l'en laisser jouir sa vie durant (Tallemant II, p. iâ), et le cardinal de Richelieu avait même eu la pensée d'y bâtir , mais il trouva que cela était trop loin du Louvre (Tallemant II, p. i5).
« Tous les appartements de la maison de Des Yveteaux éloient tendus en cuir doré. La basse cour ( sans doute une galerie qui y étoit située ) reufermoit des tableaux tellement précieux, que le propriétaire les estimoit autant que toute la maison (réponse au Faetum G , p. 5). Les meubles étoient à l'avenant et en i645 Hercule Vauquelin de la Fresnaye, neveu de Des Yveteaux, démentant dans un Faetum l'évaluation de 0,ooo livres, qu'en faisoit son oncle, ne craignoit pas d'offrir des meubles et tableaux 3oo,ooo livres (rép. au Faetum G, p. 2). »
Je renvoieà TallemantdesRéaux, àSegrais, aux différents Factums du procès, etc., pour le détail curieux des habitudes singulières de Des Yveteaux. On y verra comment il se costumait en berger pour garder quelques brebis, ou en Apollon pour suivre d'une amoureuse ardeur une Daphnée de petite condition que la vide d'Étampes avait entendu jouer de la harpe dans ses rues (Tall. des Réaux, t. II, p. lit. — Segrais, mém., t. I, p. lia. — Vigneut-Marville , Mélanges, t. I, p. 177. — et même Huet qui conteste l'exactitude de plusieurs anecdotes racontées par les auteurs qui précèdent. Orig. de Caen , pag. 356. ) Comment enfin il l'épousa et quels démêlés il eut avec son beaufrère , franc bretteur qui servit successivement dans les gardes du roi , dans les gardes du csrdinal de Richelieu, dans les chevau - légers et enfin dans les gardes du cardinal Mazarin.
L'hôtel de Liancourt était voisin de la maison de Des Yveteaux et son jardin louchait au sien. Cette magnifique demeure avait été construite par la duchesse de ce nom , sous l'inspiration des innovations de la marquise de Rambouillet. Germain-Brice l'appelle hôtel de La Rochefoucauld, parce que M. de Liancourt étant mort , son neveu le duc de La Rochefoucauld en avait hérité (t. II, p-227, édition de 1G87.) Voir quatre vues et quatre plans dans le Marot, dans Blondel , etc. Cet hôtel a été abattu , de nos jours, par ia spéculation, pour percer la rue des Beaux-Arts.
(414) L'hôtel de Concino Concini , Maréchal d'Ancre , était dans la rue de Tournon , (V. le plan de Gomboust de l'année 1652) on sait que Louis III l'habita. On sait aussi ses vicissitudes. Après la mort du Maréchal, le
duc de Luynes en devint propriétaire par confiscation, et le vendit au roi qui en (it l'hôtel des ambassadeurs extraordinaires. Le duc de Nivervois le transforma de fond en comble tel que nous le voyons aujourd'hui. Je parlerai plus tard de ce nouvel hôtel, qiù sert aujourd'hui de caserne à la garde municipale.
(415) L'hôtel de Retz plus connu sous le nom de Coudé qu'il prit plus tard (V. le plan de Gomboust de l'année 1GJ2). Le supplément de Du Breuil de i63y cite parmi les nouveaux hôtels, celui de Retz (page 03). Germain Briee le décrit dans l'édition de 1O87 de son guide, il parle de ses meubles si riches, de sa bibliothèque et il vante surtout iejardin. (Tome II, page 197.)
(416) Hôtel de Saint-Simon plus fard de la Force, rueTaranne. Bâti en 16/1/1 parGittard, architecte. La même famille avait une autre habitation, celle-là plus ancienne ; c'est aujourd'hui la prison de la Force.
(417) Hôtel de Mortemart, rue Saint-Guillaume, faubourg Saint-Germain, construit par Marot. (Blondel, I, p. 294, pl. 1/1G et j Zi 7) ,
(418) Sur le quai Malaquais, au coin de la rue des Saints-Pères, l'hôtel bâti en 161 3 pour M. Falconi, acquis ensuite par M. Marstin et le comte de Vartenaer , c'est sous ce nom que Blondel la décrit. ( Arch. fr., t. I , p. 293.) Cet hôtel avait deux grands étages au-dessus d'un v aste entresol et des mansardes.
(419) La maison bâtie par Jacques le Coigneux, président à mortier du Parlement de Paris, qui mourut en iG5o, devint plus tard l'hôtel de Navailles. Germain Brice le décrit sous ce dernier nom en 1687(1. II, p. 212). Il 01. rit situé à l'extrémité du Pré aux Clercs ( V. les plans de Paris et l'œuvre de Sylvestre).
(420) Ces trois hôtels répondent aux noms des maréchaux de France qui les firent distribuer et terminer pour leur habitation. Quelques années plus tard (1687), Germain Brice désigne aux curieux , l'hôtel du duc de Richelieu et celui du marquis de Dangeau. (Tome I, p. 192.)
Des fondateurs de la Place Royale, la famille de l'Escalopier était restée seule fidelle à ses anciennes habitudes, à la maison de ses pères , à ce vieux et grave quartier; aujourd'hui enfin gagnée par la mode, elle a placardé sur sa vénérable porte : Maison à vendre et elle quille le Marais où brillait sa noblesse pour aller se perdre avec les agents de change ci les grisetles dans les nouveaux quartiers. L'historiette de la présidente de l'Escalopier . racontée par Tallemant des Iiéaux , tome VI, p. 17/1, y perdra aussi quelque chose.
(421) Il est marqué sous ce dernier nom sur le plan de Taris de 1 739. Voir le plan de Gom-
Aole h'25.
boust de 1652 pour le premier nom. L'hôtel d'Aumont dans la rue de Jouy Saint-Antoine, restauré par François Mansart, publié par J. Marot, d'Avïler elBlondel, aurait du prendre sa place dans le texte. Il était renommé pour son élégance.
(422.) Le marquis de Saint-Chaumont, ambassadeur en Allemagne pour les affaires du roy, fil construire cet hôtel en i633, l'auteur du supplément de Du Breuil l'appelle: Un fort spacieux et ample Iwslel, de très belle apparence de piètres (te taille et brique. (Page 68.)
(423) L'hôtel d'Amelol de Bizeuil dans la Vieille rue du Temple est probablement du même temps (i6ûo),et pourrait être pris comme modèle d'une certaine recherche dans la distribution; les services étant séparés, les chambres habitées trouvaient à leur portée de commodes dégagements, la chambre de parade bien placée près du salon, la chambre à coucher était entourée de ses cabinets,galeries, escalier de sortie, etc. La grande porte cochère, fameuse dans son temps , a srule résisté aux transformations imposées par une longue série de propriétaires.
Blondel attribue cet édifice à un architecte du nom de Cottart dont je ne connais pas d'autres constructions ; j'avais lieu de soupçonner quelque erreur. Les planches gravées du grand Marot au lieu de la souscription J. Marot fecit , portent Cottart fecit. Je crus un instant que ce nom désignait un graveur ou un dessinateur du temps. ( Archit. franc., tome II , p. i63, pl. 283-289. ) Mais Germain Brice qui savait assez bien les choses, qui écrivait presque un siècle avant Blondel, dit la même chose. Cette belle maison est du dessin de Cottard (tome I , page 1 5Zi , édition de 1687.) Il vante la magnificence de cette demeure. La Bruyère a parlé d'Amelot de Bisseuil , de son hôtel, de sa grande porte (§ de la mode) et M. Walckenaer dans la nouvelle édition qu'il a donnée de cet écrivain a fait, ïi ce sujet, une noie intéressante; p. 5oo et "J31. ( Voir aussi dans mes notes la i^5me.)
L'hôtel de Montmorency, au milieu d'incessantes transformations, a conservé quelques pierres de sa construction première, mais aucune trace de ses décorations. Sauvai indique déjà les mutilations : L'hôtel de Montmorency, rue Sainle-Âvoie, s'étend jusqu'à celle de Bracque et de l' Homme-Arme ; le connétable Anne et sa femme le donnèrent à François, maréchal de France, leur fils aîné, après l'avoir aggrandi de plusieurs hôtels particuliers. — On y voyoil , il n'y a pas longtemps , une gallerie peinte par Nicolo de Modènc, que l'on connaît sous le nom de Messer Nicolo, sur les desseins de François l'rimaliche, abbé de Si- Martin , le Raphaël et l'Apcllès de son siècle et du royaume; mais on l'a ruiné pour en faire un corps de logis; j'y ai vu quelques antiques fort estimées. (Tome If, p. 1AA<)
L'hôtel d'Avaux prit, selon les descriptions du temps, de la grandeur dans les dehors et de la magnificence à l'intérieur, lorsque l'architecte Le Muet le restaura. Un passage public a remplacé de nos jours cette grande habitation.
L'hôtel d'Effiat fut construit pour le maréchal de ce nom, surintendant des finances et grand-maitre de l'artillerie sous Louis XIII. Voir sur le plan Gomboust, de 1632, rue Vieille du Temple, entre la rue des Roziers et la rue du lîoij de Cicille. En 1687, c'était la demeure du contrôleur général Le Pelletier.
(424) Cet hôtel, qui devint la propriété et le lieu de réunion des Fermiers généraux est aujourd'hui détruit, il ne s'en est conservé rien qui mérite l'attention, et le nom de la Cour des Fermes reste seul pour rappeler l'hôtel des Fermes. Je renvoie à Sauvai pour les recherches que cet auteur consciencieux avait pu faire dans les archives des différents propriétaires qui avaient précédé M. de Bellegarde; on verra que, par le talent de Ducerceau et la libéralité du grand écuyer, cet hôtel fut reconstruit entièrement, moitié eu pierres de taille, moitié en briques. (Hist. et Rech. tome II, p. iq5.) Quant à la seconde transformation qu'il subit, le même Sauvai en fut témoin, les ouvrages sur Paris et les Mémoires du temps en donnent le détail. Germain Brice qui, par état, devait connaître ce qu'il y avait de plus curieux dans Paris, dit que Vouet y peignait en 1638. Il parle aussi des porcelaines placées sur la corniche, les mêmes, dont Tallemantdes Réauxptend la liberté de se moquer. Enfin , pour ne rien omettre des témoignages fournis par les contemporains, je citerai quelques vers de Loret qui décrivent une des fêtes du magnifique chancelier (20 février 1656).
Quand le souper fut achevé
Et que le Roi se fut levé,
Toutes ces personnes illustres,
A la clairté de plusieurs lustres,
Portans plus de trois cents flambeaux
Traversans desendroits fort beaux,
Tant cabinets, que galeries
Où dorures, tapisseries
Et maint autre rare ornement,
Eclatoient merveilleusement
Et qu'en passant ils admirèrent.
(Loret, Liv. vu, p. 34.)
J. Marot nous a conservé la Face de l'IIostel de Monsieur le chancelier Seguier.
(425) De ces deux hôtels, le premier, construit par M. Fontenay Mareuil (voir le plan Gomboust de i652), est cité plus tard (i685), sous le nom d'hôtel de Gèvres, différent de celui de la rue Saint-Augustin, et habité ou possédé successivement par le contrôleur général Chamillart, et, après lui, parle comte de Coigny. Germain Brice le recommande aux voya-
Note /i35.
LE PALAIS MAZABIN.
geurs (tom. I, p. , édit. de 1G87), cl Blonde! le décrit.
Le second hôtel , construit par François Mansart, pour Charles de Laubespine, marquis de Châleauneuf, devint, en 1765, l'hôtel Laval. C'est dans ses fondations (pie fut trouvée la tète de femme en bronze du cabinet des antiques.
(426) En la rue qui va du Louvre en la rue Sainl-Uonoré, madame la duchesse douarière de Guise fit baslir ces deuxhostels de Clèveset et de Guise, lenans l'un à l'autre, environ l'an i6i3. Il devint plus tard l'hôtel du surintendant des finances Bouthilier. (Suppl. de Du Breuil).
(427) Cet hostel (de Crequy), basty l'an 1611, estoit du commencement appelle l'hôtel de Sault et depuis de Creqwj poureeque le mareschal de Crequy le fit parachever, comme il se void à présent, il sort d'un coslé en la rue des Vollies et de l'autre dans la rue du Louvre. (Sup. de Du Breuil, p. 66. Germain Brice, p. 46, éd. de 1687.) Charles de Crequy fut fait maréchal de France en 1G22. Tous ces hôtels qui se pressent autour du Louvre et qui remplissent son enceinte, sont indiqués de la manière la plus claire et la plus intelligible sur le plan de Gomboust, de 1652. Lorsque Louis XIV construisit la colonnade du Louvre, il abattit l'hôtel de Crequy qui fut remplacé par une autre habitation du même nom, dans l'enceinte du Louvre près du guichet du pont du Carouzel. Sur cet envahissement du Palais du Boi par les constructions particulières, on peut lire quelques plaintes assez justes, dans l'ouvrage de Delà Font deSt-Yenne: L'ombre du gru.id Colbcrt. le Louvre et la Ville de Paris. Dialogue. Paris, 12°, 1702, p. 158. Voir aussi un article de Fréron dans les Lettres sur quelques écrits du temps. (Tome XII, p. 97.)
(428) Rue Sainct-IIonoré, au dessous de la Croix du Trayoir. Henry de Schomberg, maréchal de France, le reconstruisit à neuf en 1621. Il le laissa à son fils Charles, duc d'Haluyn, comte de Nanteuil.
(429) M. de Bellangreville, grand prévôt de France, le fit bâtir en 1612, rue de la Monnaye Saint-IIonoré. Voir le plan de Gomboust daté de 1652, et l'OEuvre de J. Marot.
(430) Rue des Bons-Enfants, bâti en 1636, pour M. de Liancourt, comte de la Roche- Guyon. Cet hôtel éiait appuyé sur les bâtiments du palais Cardinal.
(431) Philippe Hurault, évesque de Chartres, et abbé de Royaumont, le fit construire près de Saint-Eustache, en 1613. Le plan Gomboust, de i652, l'indique sur la rue du Four, contre l'église Saint Euslache.
(432) Appelé aussi l'hôtel du grand prévosl de France, près la Porte-Neuve, il a été construit en i635. Voir l'OEuvre de J. Marot.
(433) En 1620, Baimond Phelipcaux, sieur d'Herbatitde la Vrillière et du Verger, secrétaire d'Etat, acheta des terrains sur lesquels il chargea François Mansart de lui construire un hôtel. Pendant près d'un siècle on admira cette noble demeure où l'art et la pratique de bâtir semblaient avoir lutté d'émulation. En 1705, M. Boullier, maître des requesles l'acheta et le revendit, en 1713, à M. le comte de Toulouse qui le livra â l'architecte M. de Cotte, eu exigeant des augmentations, dont le plus grand tort était de dégrader complètement l'œuvre d'un grand artiste. Le duc de Penthièvre hérita de ce nouvel hôtel dont nous parlerons ailleurs, car il sort des limites de ce travail. (VoirBlondel, Arch. Franc, tom. III, p. 27, planch. 324-329, et dans le Marot : La Veuc de l' hostel de la Vrillière du dessein de François Mansart,)
(434) Il est question dans les Mémoires du temps, et dans la Gazette de Loret, des fêtes que donne M. le duc de Damville, au Palais Brion, il y reçoit le Roi, le cardinal Mazarin et toute la Cour (1S mai iG5â). Il est donc nécessaire de pailer de celte habitation et de fixer sa position. Sauvai mentionne vers 16G0- 70, époque où il écrivait, le duc de Dampville, Charles de Montmorency; il habitoit l'hôtel de Dampville qui tenait à celui de Carnavalet, rue Culture Sainte-Catherine. D'un autre côté, Germain Brice, dans sa Description de Paris, édition de 1687, a un article intitulé: le Palais Brion. Le peuple le nomme ainsi, à cause que le comte Brion, depuis duc Damville, de la maison Lcvy-Vcntaduur, y a demeuré quelque temps. Ce bâtiment fait une partie du Palais-Royal, oh le cardinal de Richelieu avoii destiné de mettre sa bibliothèque (p. 73). Il est évident qu'il s'agit de celui-ci dans la Muse historique et qu'il couvrait remplacement qu'occupe aujourd'hui le Théâirc-Français et ses dépendances. Dans le Livre d'adresses de 1691, on lit : Les Académies de Peinture et de Sculpture se tiennent l'une cl l'autre dans le palais Brion qui fait partie du Palais-Royal et qui asa porte dans la ruede Richelieu (p. 9). Les plans de Paris et les gravures de J. Marot ne laissent aucun doute à cet égard: l'eue du Palais Richelieu dit à présent le Palais Brion, du sieur Mercier comme il devait estre, estant achcué.
(433) Sauvai donne une longue description des peintures de Vouet, Blanchard, etc., qui ornaient à profusion les appartements et la galerie de cet hôtel (tome II, p. 192). Blanchard, qui mourut en 1 538, n'aurait rien (ait, selon Germain Brice, de remarquable (loin. I, p. 3, édit. de 1687), et Vouet travaillait â la galerie en i634.
33i LE PALAIS MAZARIN. Note k'il.
Les épigrammes cl lesépitaphes satyriques no ménagèrent pas l'intendant des finances, et elles font souvent allusion à son bel hôtel. (Voir Bibl. roy. Mss. Fonds Saint-Martin, n° 79. L'ber de omnia, et la Collection des Chansons de Maurepas.)
Dans un travail aussi compliqué que celuici, au milieu de ces notes si nombreuses, il est excusable, je crois, de faire quelques omissions, comme de se rendre coupable de quelque répétition. Ainsi je regrette moins d'avoir oublié de citer dans le texte et à propos de cette rue Plâtrière, aujourd'hui rue de Grenelle Sàint-Honoré prolongée, l'ancien boni de Jean de Nogaret, duc d'Epernou, presque entièrement abattu et reconstruit aux frais du contrôleur général d'Hervart. Segraîs a fait de justes réflexions sur ces transformations fâcheuses (OEuvres, tome H, p. 135, édition de 1755). Le garde des sceaux Fleuriau d'Armenonville acheta cet hôtel et lui donna son nom, c'est celui qu'il porte sur le grand plan de 1739. Son fils, le comte de Morville, fit faire quelques changements par Cartault, son architecte. Eu 1767, celte grande demeure devint l'hôtel des Postes, et elle n'a conservé que des restes insignifiants de son ancienne élégance.
On sait que la plus louchante des naïvetés du bon La Fontaine fut dite à propos de cet hôtel. Madame de La Sablière venait de mourir (8 janvier 1693), le conteur n'avait plus d'asile, M. d'Hervart le rencontre dans la rue et s'empresse de lui dire : Venez loyer chez moi. J'y allois, répond le vieil ami ; et bien des années après sa mort, on montrait encore la chambre qu'il habitait, les meubles dont il s'était servi.
M. Walckenaer a recherché avec soin et raconté avec talent tout ce qui a précédé, tout ce qui a suivi ce changement dans la vie du grand poète (Histoire de la vie et des ouvrages de J. de La Fontaine, Paris, 8°, 1820, Nepveu, livre VI, p. 319); seulement il relève une faute d'impression dans la première édition de Germain Brice (1O80), faute qui n'aurait été corrigée que dans la dernière, en 1752. Il se trompe : dès 1687, le cicérone parisien avait mis son livre à la hauteur de son zèle, en corrigeant une foule d'erreurs qu'on s'était empressé de lui signaler avec bienveillance ou de lui reprocher avec aigreur; le nom d'Hervart fut correctement écrit. (Tome I, page 112.)
(436) Il est nécessaire de faire de nouveau remarquer que Tubeuf, après avoir vendu son hôtel de la rue Neuve-des-Petils-Chainps, chargea Le Muet de lui en construire un autre, rue Vivienne. Sauvai le décrit, tome II de ses Recherches. Colberl, marquis de Croissy, l'acheta et lui donna son nom ; son fils, marquis de Torcy, y substitua le sien, et c'est sous ce nom qu'il parait, dans le plan dont je donne un fragment. Vers 1720, vendu au sieur Farges,il futlouéou cédéau maréchal de Bezons.
Je ne cite pas la maison de M. Bignon de Blanzi, qu'on remarque sur ce même plan, et qui subsiste encore au coin de la rue Vivienne et de la place de la Bourse; elle n'a rien de remarquable.
L'hôtel Vanel, réuni à celui deBautru, forma l'hôtel Colbert(V. note 12). En 1713, il fut vendu à la marquise de La Carte, qui le revendit en 1720 au Régent, pour en faire ses écuries. En 1 76a, dans les additions à l'édition de Piganiol de cette année, on dit : Cette vaste et belle maison va être démolie, parce qu'elle menace ruine dans l'intérieur. (Tome III, page 483 )
Marol a donné six planches de l'hôtel Tubeuf, mais elles se rapportent à l'hôtel de Torcy, de la rue Vivienne. Voir aussi ses vues de l'hostel de Baulru, et de la maison de monsieur Colbcrt, secrétaire d'Estat. Rue Neuve des Petits Champs, du dessein du sieur Levau. ./. ilarot fccil. Dans sa vue de la façade du palais Mazarin, sur la rue Neuvc-des-Petits- Champs, Marot a figuré une place, décorée d'une fontaine; ce n'était sans doute qu'un projet; c'était peut-être moins encore, une supposition d'artiste.
Je n'ai pas cité dans le texte l'hôtel de Jars, qui n'existait pas encore, lorsque le Cardinal élevait le sien; il suffira de rappeler qu'il est longuement décrit par Sauvai , dans son deuxième volume. Il a été construit pour François de Kochechouart de Jars, par François Mansart. En 1670, il passa au cardinal de Coislin, puis au duc du même nom; ce seigneur le vendit, en 171/1, à Olivier de Seno*zan, qui l'a entièrement transformé.
(457) Une petite rue, qui descend sur la rive gauche de la Seine , en face du chevet de Notre-Dame, porte encore le nom de rue du Vieil-Hôtel-Colberl. On y trouve une maison, sans apparence extérieure, qui a sur une porte cochère fort basse, une plaque de marbre, avec ces mots : Hôtel Colbert. J'y suis entré : l'intérieur répond à l'extérieur, si ce n'est que les murs sont ornés de huit grands bas-reliefs en plâtre durci, et les fenêtres de médaillons de même matière. L'escalier a conservé son ancienne rampe en fer; les appartemens viennent do perdre leur dernière décoration. Le style des sculptures, attribuées à Sarrazin mort en 1660, reporterait la construction de cette maison dans la première moitié du dix - septième siècle. Par qui cette demeure a-t-elle été élevée, comment porte-t-elle le nom de Colbert, comment surtout a-t-on pu croire que le grand Colbert a habité ce quartier, à quelle époque, pour quel motif ? Je n'ai pas eu le temps de faire de recherches ; la chambre des notaires ou les grandes archives auraient peut-être une réponse à donner, et elle ne manquerait pas d'intérêt.
En disant que tout est détruit, je me réservais quelques observations. Et tout d'abord je dois dire que j'ai rangé parmi les hôtels détruits la curieuse habitation des premiers
Note 437.
LE PALAIS MAZAIUN.
présidents, aujourd'hui la préfecture de police. Je l'ai dit ailleurs, cet hôtel a été condamné et sera démoli par MM. Dommey et Une , qui n'ont pas trouvé, dans leur talent d'architectes, assez de ressources pour combiner avec les nouvelles constructions du Palais-de- Juslice, les égards dus à un chef-d'œuvre, la Sainte Chapelle, et la conservation d'un hôtel intéressant, celui des premiers présidents. Cet hôtel a été construit vers 1610, par les présidents Achille de Harlay et Nicolas de Verdun; il fut augmenté en 1671 de tous les bâtiments qui s'éiendent en profondeur jusqu'au quai des Lunettes; il cessa en 1789 d'être l'hôtel de la présidence, en même temps que Bochard de Saron fermait la liste dés premiers présidents. Petion, maire de Paris, vint en 1792 s'y installer, et ses successeurs y résidèrent, jusqu'à l'établissement de la préfecture de police, instituée par décret du 28 pluviôse an VIII.
Une suite de médaillons ménagés entre les croisées, et peints à l'huile sur un enduit de mortier de chaux et de sable, est le seul exemple que nous ayons conservé d'un genre de décoration extérieur fort élégant, dont la durée pouvait conseiller l'imitation, et qu'on reproduirait aujourd'hui avec avantage, en lui donnant un avenir sans limites, au moyen de la lave éinaillée. Les portraits contenus dans ces médaillons représentent des hommes remarquables dans les hautes juridictions ayant siège au palais : la Connétablie, — Duguesdin et le duc de Bourbon; — la Cour des maréchaux de France, — niaise de Monlluc et Henri de Conde; — la grande Chancellerie, — le cardinal du Prat, l'Hôpital et Chivemy.
Je ne m'étendrai pas davantage : M. E. Labat, archiviste de la préfecture de police, nous a donné une monographie parfaite de V Hôtel de la Présidence, actuellement hôtel de la Préfecture de police. Paris, 8», i&tili. En renvoyant à ses recherches, nous satisferons les plus exigeants, quel que soit le regret qu'ils éprouvent de ne pas trouver en plus grand nombre d'aussi bons travaux sur les anciens monuments de Paris.
Mais la préfecture de police occupe un autre hôtel dont M- Labat aurait dû faire l'histoire : l'hôtel de la cour des comptes. Construit en îâoi par Jean Jocondc, dominicain, en regard de la Sainte-Chapelle et dans le même style que ce chef-d'œuvre de l'art gothique, sa façade était ornée de cinq statues placées dans des niches. Elles représentaient Louis XII et quatre Vertus cardinales. Ce monument fut détruit, le 27 octobre 1737, par un incendie, et remplacé par l'édifice actuel, de la composition de l'architecte Gabriel. Les deux statues qu'on voit au dessus delà porte, la Justice et la Prudence, sont l'œuvre du sculpteur Adam l'aîné. La chambre des comptes s'installa dans cet hôtel en 17Z10; le préfet de police et une partie de ses bureaux y ont été transférés depuis 1842.
Dans l'imprimé qui accompagne le novveau plant de la ville, Cité cl Université etFauxbourys de Paris, on trouve la liste suivante des hôtels remarquables de Paris, non pas des hôtels nouvellement conslruits, mais des plus beaux parmi ceux qui s'étaient conservés ; je crois qu'il est intéressant de la reproduire :
« Hostel des ambassadeurs extraordinaires, rue de Tournon. Hostel d'Angoulesme, rue Pavée. Hostel d'Avau, rue Saint Auoye. D'Aubray, rue des Petits Champs. Bclievre, rue de Betisy. Bourbon, rue près le Louvre. Brienne, sur le quai Malaquest. Palais Cardinal, rue Saint-Honoré. Hostel de Carnavalet, rue Couture Sainte Catherine. De Chavïgny, rue des Balets. De Chevreuse, rue Saint Thomas du Louv re. Chomberg, rue Saint Honoré. Chosne, place Royale. Clcrmont, rue de la Marche. Clugny, rue des Malhurins. De Coigneux, rue Gilles-Cœur. Condé, rue de Condé, fauxbourg Saint-Germain. Crequy, rue des Poullies. La Curée, rue Dauphine. Daumonl, rue des Poulies. Lesdiguières, rue de la Cerisaie. D'Emery, rue des Petits Champs. D'O, vieille rue du Temple. Espernou, rue Platrière. Fleury, rue des Bourbonnois, près la Douanne. Saint Geran, place Royale. Guenrgaud, rue des Francs Bourgeois. De Guyse, rue du Chaume. Du Haillier, rue des Bons-Enfans. De l'Hospital, rue des Fossez de Montmartre. De Léon, rue Garentière. De Liencourt, rue de Seine. De Longueville, rue des Fossez Saint Germain de l'Auxerrois. De Lorraine, rue Pavée. Du Louvre, chasteau royal. Du Lud, rue du Bouloy. Petit Luxembourg, rue de Vaugirard. De Lyon, rue Sainct André des Arts. De Macho, rue de Betisy. De Mayenne, rue Saint Antoine. De Melusine, rue des Bons Enfans. De Montbazon, rue de Betisi. De Montmorency, rue Saint Avoye, a présent l'hostel de Mesme. De Nemond, sur le quay de la Tournelle. De Nemours, rue Pavée en l'université. De Nevers, sur le quai de Nesle. De Nicolay, rue Bourtibour. De Nouion, rue Nouion. Le palais d Orléans, fauxbourg Saint Germain. Palaiseau, rue de Tournon. Prévost de l'hostel, près la Porte Neuve. Rambouillet, rue Saint Thomas du Louvre. Roche Guyon, rue des Bons Enfans. Rostaing, au bout des rues du Cocq et de Bcauvais. Royaumont, rue du Jour. Seguier, rue de Grenelle. Seneterre, rue Neufue des Petits Champs. Sens, rue des Barres. De Soissons, rue des Deux Escus. Souvré, rue Formanteau. Sully, rue Saint Antoine. Les Palais des Thuilleries. La Trimouille, rue Garentière. De Tresme, rue du Jour, près la place Royale. DeVendosme, rue Saint-Honoré. De Vanladour, rue de Tournon. Hostel de la Ville, à la place de Grève. Villequier, rue des Poullies. Vitry, rue des Minimes. La Vrillière, rue des Petits Champs. »
Le plan est signé : A Paris, chez A'. Bercy, enlumineur du Roy, proche les Auguslins, aux deux Globes.
Il n'y a pas de date, mais on relaie dans
l'imprimé la mort de messire Jean François de Gondy, en i654.
(458) L'histoire des Habitations de la Campagne et le tableau de la Vie des Champs, restent â faire. Ce n'est pas un sujet indigne d'une bonne plume et d'un grand esprit.
Montfaucon dans la préface mise en tète de son ouvrage sur la monarchie française, en promettait quelque chose pour la troisième partie de son travail , mais il n'a publié que la première. Blonde! devait donner dans le sixième volume de sa grande publication sur l'architecture française les châteaux et maisons de plaisance de la France, niais il s'est ■arrêté a son troisième volume ( Paris, folio , 1754.) Poucet de la Grave annonçait un travailcomplet sur les anciennes maisons royales, ■on n'a eu que les descriptions de Vincennes et de Saint-Cloud. (Paris, 12°, 1788-89.)
M. Valouta tracé l'historique des Châteaux royaux, et M. Fontaine a fait connaître les détails d'architecture des Résidences royales , M. Chaillou des Barres a publié un essai sur quatre châteaux, et nous possédons dansdeux ouvrages sur les Châteaux de la France et dans les Voyages pittoresques dans l'ancienne France, des vues à peu près exactes de tout ce qui reste de ces grandes habitations.
Certaines époques ont été traitées avec le soin qu'on donne aux monographies; l'œuvre de Vitruve, les Habitations des Empereurs, celles de Pline, de Cicéron, etc., ont fait le sujet d'intéressantes dissertations. On trouvera quelques renseignements sur la vie de Château au moyen-âge dans les ouvrages de M. de Sainte-Pallaye, Legrand d'Aussy, Monteil, etc., mais il vaudra mieux les aller chercher dans Froissart, et dans les auteurs qui à chaque époque l'ont écrit sans s'en douter, en parlant de tout autre chose.
Mon père, le comte Alexandre deLaborde , avait commencé la Description des jardins de la France, il s'est arrêté à un premier volume, ■et n'a rien laissé pour compléter cet ouvrage dont le discours préliminaire est écrit avec tout le charme d'esprit et l'étendue d'érudition qui le distinguaient.
Sur la décoration des jardins, je n'indiqueri ai qu'un seul ouvrage , dont le titre et quelques mots de l'avant-propos montreront le noble but : « Des Devoirs des Seigneurs dans leurs terres. A Paris, chez Pierre le Petit, 12, 1O68. Avant-propos touchant leurs principaux devoirs. Comme ceux qui sont engagés dans le gouvernement de leur famille ne satisfont pas à leur devoir , si se contentant de régler seulement leurs personnes , ils ne travaillent aussi bien à régler leur maison; de mesme il ne suffit pas à ceux à qui Dieu a donné des terres et des seigneuries de penser à eux et à leurs familles.» Ce pelit ouvrage fait honneur au duc de Luynes et doit être consulté. Le privilège donne pour auteur un sieur Laval. (V. Barbier, 303g).
MAZARIN. Note kkk.
(439) Ce. grand château entrepris par Bonnivet au commencement du seizième siècle (i5i3-l525) fut terminé par Jacques deMesgrigny au milieu du dix-septième siècle, et il a été détruit si complètement , qu'il n'en est fait mention nulle part. Heureusement que les graveurs suivaient à la piste les entrepreneurs de grands travaux et n'ont laissé presque rien inédit , de tout ce qui s'est élevé au dix-septième siècle. Voici le titre d'une grande estampe gravée par Lapointe : Le magnifique chasteau de Bnnnivet en l'nictou, basli par l'amiral Bonnivet depuis i5i3 jusques en i5'25 appartenant à dame Êléonurde Rochechouart , marquise de Bonnivet et des Deffends, comtesse de Belin, vidante de Trilbaldoul , épouse de messire Jacques de Mesgrigny , conseiller du roy en ses conseils et d'honneur en ses parlements, comte de Brin, baron de Grisse, chastelain de Cheneché en Poiclou et des Espoisses en Brie, lequel l'a restauré, orné et aschevé depuis i64q jusqu'en 1672. Ce titre est un renseignement , les autres planches donnent avec celle-ci l'idée d'un vaste château dans le goût de Chambord , dont il offre sinon les vastes dispositions, au moins les élégants détails. Il y a aussi une vue dans Châtillon : Le magnifique basliment de Bonnivetcn Poiclou.
(440) Chambord a été donné au duc de Bordeaux, on sait comment. M. de La Saussaye en a publié une bonne description après tant d'autres, et on en trouve des vues et des plans partout, mais quelles vues et quels plans.
(441) Construit en i54i par le connétable de Montmorency, Ecouen appartient au duc d'Atimale par la succession du prince de Coudé. Il est bien conservé à l'extérieur. Les graveurs anciens et modernes nous en ont donné des représentations qui n'ont pas la précision et l'exactitude qu'on recherche aujourd'hui et qu'on apporte dans les travaux.
(442) Il ne reste plus rien de l'ancien château de Chantilly. Le duc d'Aumale propriétaire actuel a confié à M. Duban, notre habile architecte, les nouvelles constructions qu'il projette.
(443) Nous avons des vues gravées de l'ancien château de Saint-Maur les fossés, continué pour le cardinal Du Bellay par Philibert de Lorme. Plusieurs graveurs ont reproduit le nouveau château , entre autres Allain Manesson Mallet, le moins connu sans doute, dans sa pitoyable géométrie pratique (planche 80.)
(444) Madrid fut bâti dans le bois de Boulogne par François Ier, à son retour d'Espagne et en souvenir de sa captivité; il n'en reste rien en place; une partie des émaux qui décoraient les façades, ont fait l'ornement de quelques collections d'amateurs et sont ve-
Note U52. LE PALAIS
nus enfin se réfugier dans le musée de l'hôtel de Cluny.
(445) Anet sur la rivière de l'Eure a été construit en i5û8 sur l'emplacement de l'ancien château de Charles le Mauvais par Philibert de Lorme pour Henri II et Diane de Poitiers. Les ducs de Vendôme l'ont fait retentir de leurs joyeux refrains. Détruit presque en entier, ses fragments ont été recueillis, une façade par l'école des Beaux-Arts, et ce qui reste du château et de la chapelle par M. de Caraman. Voir les gravures de Ducerceau , Tavernier , etc., et les ouvrages pittoresques de MM. Dusommerard (Album, azérie, pl. IV et VI), Taylor, Province de Normandie, etc.
(446) Rabelais avait de l'esprit pour tout, du sentiment pour rien, les arts durent lui rester étrangers , ses lettres écrites de l'Italie en i536 en sont la preuve la plus complète et la plus affligeante. Il est donc moins étrange qu'en i53â il fut aussi arriéré, aussi gothique. L'édition du Gargantua, de 1535, porte : Ledict bastiment estoil cent foys plus magnifique que n'est Bonnivet , celle de 15Û2 ajoute : Ne Chambourg, ne Chantilly. La fondation de ces grandes constructions et la date des éditions expliquent l'omission, comme l'addition.
On lira avec plaisir sur ce chapitre du Gargantua quelques pages ingénieuses de mon savant confrère M. Ch. Lenormant. Rabelais et l'architecture de la Renaissance. Restitution de l'abbaye de Thelème. Paris, 8", i84o. Les deux planches de restauration sont dues à M. Questel, elles sont dignes de son talent.
(447) Depuisla tour Artice jusques à Cry'ere, estaient les belles grandes librairies en grec , latin, hébreu, francoys, luscanct hespaignol : départies par les divers estaiges selon iceulx langaiges. Voilà pour la bibliothèque. Depuis ta tour Anatole jusques a Mesembrine estaient belles grandes galleries toutes peinctes des antiques prouesses , histoires et descriptions de la terre. Voilà pour les galeries de Fresques historiques. On n'avait pas encore l'idée de former des musées de tableaux et de sculptures. Les chefs d'œuvre de l'art occupaient la place pour laquelle ils avaient été faits, et le petit nombre de tableaux qu'on recevait d'Italie décoraient la chambre à coucher ou l'oratoire.
(448) Je parle de ces commencements , tant somptueux que bien sembloit œuvre de roi, lorsque vers i5oo, Louis XII en construisait la façade orientale.Les mains les plus habiles y ont eu part depuis Mansart jusques et y compris M. Duban chargé aujourd'hui de sa restauration. La description du château de Blois publiée par M. de la Saussaye est accompagnée d'assez bonnes planches. Ce travail suffit pour se former une juste idée des
trois grandes époques architecturales de cette magnifique demeure, et pour lire ensuite avec intérêt la partie de l'histoire de France qui y a trouvé son théâtre.
(449) Depuis Clovis jusqu'à nos jours pour les personnes, depuis St-Louis jusqu'à nos jours pour les pierres.
(450) Commencé par Charles V, repris par François Ie' , il a conservé des parties de constructions faites pour ces deux rois et sous les règnes d'Henry IV , de Louis XIII et de Louis XIV.
(451) Le château de Meudon a été bâti, par Philibert De Lorme, pour le cardinal de Lorraine. L'histoire de ses transformations successives a d'autant moins d'intérêt, qu'il n'en est rien resté. Ronsard l'a chanté et M. Dusommerard a réuni ou plutôt confondu ensemble, dans son exubérance de compilateur, quelques détails historiques qui ne manquent pas d'intérêt (L'hôtel de Cluny, p. 258.) On recherchera avec les anciennes gravures, la vue qu'il a donnée dans son album. Lorsque Servien habitait Meudon, il y donna de grandes fêtes, des bals, des repas, des comédies ; je remarque dans les minutieuses descriptions qu'en a faites le gazetier Loret , ce détail :
Dans le parc on fit grande chasse Où plusieurs cerfs, quoyque légers Coururent lors de grands dangers.
(2 octobre 1058.)
(452) Vignay appartient aujourd'hui à M. de Bizemont, membre du conseil-général de Seineet-Oise. Les anciennes bergeries datent de la fondation primitive. J'ai pu en admirer la solide construction ; mais le château est moderne et il ne reste rien des jardins. Le chancelier célébra plus d'une fois sa modeste retraite dans des vers latins, qu'elle lui inspirait; il écrivait de cette simple habitation : Je vis ici comme le vieux Laërte , cultivant mon champ et ne regrettant rien de ce que j'ai laissé; je lis, j'écris, je médite, je prends plaisir aux jeux de mes petits enfants, les occupations les plus simples m'intéressent. Il écrit à sa fille, mariée au maître des requêtes, Hurault de Bellesbat : Ma fille, j'espère que votre enfant se porte bien et que l'âge et le régime lui serviront plus que les ordonnances de médecins..... Le reste des vôtres se porte bien , Dieu merci. Pressez les argents de ce terme de la Saint- Jean, et si, en attendant, avez besoin du sac qui est en votre coffre de Vignay, envoyez la clef à votre mère, quand elle sera de retour, ce qui sera bientôt pour faire son aoust. Sollicitez aussi le fermier et receveur de Vaas, mais doucement et avec discrétion. De vin blanc m'enverrez vingt-cinq ou trente bouteilles pour ma bouche; ce qui demeurera, vous le boirez, car il est bon. Si le muletier n'a sa charge, faites la parfaire avec les livr<s que j'ai mis à
pari. Je me recommande à la bonne grâce de M. Bellesbat el à la vôtre, priant Dieu de vous donner longue vie. Votre bon père , Michel de l'Hôpital. M. Vi demain a écrit un éloge du chancelier, qui compte parmi ses meilleurs. J'en citerai le seul passage qui a irait au château de Vignay : Leroi Henri II méprisa de telles calomnies et ses bienfaits donnèrent enfin à l'Hôpital ce qu'il avait longtemps souhaité, une maison des champs, petite comme celle d'Horace, mais dans un pays moins riant que Tibur:
Hocerat in votis, modusagri non ita magnus.
C'était dans les plaines fertiles et monotones de la Beauce. Le lieu s'appelait Vignay, près d'Eiampcs (p. 21, des Nouveaux Mélanges hist. et litt. Paris, 8°, 1827).
Le tombeau du chancelier, placé dans une chapelle de la petite église de Champmoteux, a été dignement restauré. On sait que l'inauguration en fut faite avec une certaine solennité par les autorités départementales, le 3o octobre i83S ( Voir les descriptions et les discours prononcésacette occasion par mon père, alors député de l'arrondissement, parMM.Dupin,Aubernon,etc.,etc.,dansun compte-rendu imprimé à Versailles, sous ce litre : Restauration du tombeau et de la chapelle du chancelier de l'Hospital , dans l'église de Champmoteux . Le journal /M)7î.s;e, a publié la statue de saint Michel, sculptée par M. Marochetli.
(453) Voir les Mémoires de Sully (tom.VII), dans lesquels il décrit d'un ton pédantesque cette vie empesée , assis lui-même à sa table , entouré de ses quatre secrétaires.
(454) Mémoires de Tallemant des Réaux, tom. I, p. i5o.
(155) Montaigne, liv. III, ch. 3.
(456) Mon père aimait à bâtir Montaigne, où il était né, et je me glorifie que sa volonté s'exerce encore el agisse par moi ; c'est pourquoi je me suis mêlé d'achever quelques vieux pans de murs el de ranger quelques pièces mal dolé , et ce certes regardant plus à son intention qu'à mon contentement ; car quant à mon application particulière, ni ce plaisir de bâtir, qu'on dit être si attrayant, ni la chasse, ni les jardins, ni ces autres plaisirs de la vie retirée ne me peuvent beaucoup amuser ( Liv. III, n. 271).
Claude Gauchct Dampmartinois, aumosnier ordinaire du roi, composa à la fin du seizième siècle un poème sur le plaisir des champs (Paris, h°. Nie. Chcsneau , iô83. — Paris, !\°, chez Abel rAngelicr,iGoû.Le privilégeest du 10 décembre i0o3. II y a des exemplaires avec un nouveau titre, de 1621). Les quatre saisons de l'année indiquaient la division naturelle de l'ouvrage; dans le premier livre, on trouve sous formed'instruction une description d'une grande habitation de campagne. Le mérite lit-
MAZARIN. Note 456.
téraire et l'intérêt ne manquent certainement pas au morceau que je vais citer; le conseil est adressé au gentilhomme champestre:
Son logis soit tourné vers la parle où l'aurore Sort des bras de Thytan, à fin qu'elle redore De ses rayons le ciel, tt des rayons aussi Deceluy qu'elle guide horsdu monde obscurcy. Que le front en soit beau, long de trente bras-
[sées.
Orné de quattre, ou cinq, ou six belles croisées, Où quattre chambres soient d'une belle grandeur.
Ouverte à propos, quinze pieds de haulteur : Que le subtil maçon à chascune desrobbe Le secret cabinet, auecq la garderobbe Fournis d'honneste meuble et de licts adve-
[nants,
Pour coucher les valletz des amis survenantz. Chasque chambre ait, du moins, sa croisée et
[demie.
Au levant, d'aultre part, une entière bastie D'un carreau qui ne sente un auaricicux, Et qui ne sente aussi son homme ambitieux : Au noble il est toujours besoin de modestie Afin qu'avecq' son bien, il mesure sa vie. Ses greniers spacieux soient si bien cimentez, Qu'ils ne soien t ni de rattz, ny de souris hautez: Vue aire bien polie et assez d'ouverture Pour delfendre les bledz de moite pourriture: Au bas sa salle soit grande modérément, Et pluslongue que large, haulte suffisamment: Que deux croisées soient jusqu'au hault de la
[salle
Du costé du levant, qui assez bas devalle Pour s'acoulder dessus, sans par trop se haulser Ny aussi, pour les grands trop avant se baisser. C'est assez d'autre-part que deux demy-croi-
[sées,
Car lapluyeet lèvent prennent là leurs brisée*: Une despense au bout pour cela retirer Que l'on veult, loin des mains plus friandes,
[serrer.
Que la cuisine soit de la salle eslongnée D'autan t que la despence est large et que l'allée, Qui la ferme conduise, et meine tout d'un pas, Et aux chambres en hault et à la cave en bas Par un propre escailler contigu de la salle, Et de l'autre costé par la viz qui deualle Soit l'entrée au milieu, si qu'on puisse empes-
[cher,
De deux boutz, le volleur s'il vouloitapprocher. Au levant, et midi, près de la cheminée, Double ouverture soit en oualle tournée, Ou vous ferez bastir,pourmaintzpetitsoiseaux, Une maison d'arcal composée en rézeaux : Laie chardonneret, le serain, la linotte, Le pinçon, le tarin, desgoisants mainte notte, Aux plus melancholics esgairont les espris Du chant qu'ils ont du ciel et de natureapris. Au dehors vous ferez quelque petit estage. Où ils pourront, (sortir non pourtant de la cage Pours'esplucher aux rais d'un Phœbusgratieux Allors, qu'au temps d'hyver,ilesclaire les cieux. Vous pourrez pratiquer auprès de la cuisine Vue salle d'hyver, où Ion souppe el Ion disne
Note 461.
Hors des efforts des vents, car on se chauffe
[mieux
En un endroit serré, qu'en un lieu spatieux, Où, durant le grand vent, où l'importune pluye, En quelque honneste jeu, l'homme se désennuie.
(457) On voit encore, disait mon père, en 181O, à la belle terre de Ckambaudoin, dans la Beauce, un labyrinthe représentant tous les instruments de musique; le violon est bien conservé et le manche communique au château (Description des Jardins de la Fiance, p. 3g.) J'ai encore vu ce parterre, mais la charrue a passé dessus, en même temps que le marteau abattait le château.
(458) Les inventions de Bernard Palissy sont aussi bornées que leur application serait fâcheuse. Il s'élève, il est vrai, contre les charmilles transformées : Les unes auront la forme d'une {irue, les autres la forme d'un coq, les autres la forme d'une oye, et mesmej'ai vu en certains jardins qu'on a fait certains gensd'armes à cheval et à pied , mais toutes ces choses sont de peu de durée. Cette dernière réflexion est sa grosse objection, car il remplace les ligures du règne animal par des temples avec colonnes, architraves cl balustrades, formés par les troncs des arbres, leurs branches et leur feuillage (page 577, édit. \n-ti, de 17770
De tous ses projets pour l'embellissement de son jardin délectable, le plus curieux est l'application de son industrie de potier à ce nouvel art. Qu'on en juge : il place aux quatre coins de l'enceinte de son jardin ce qu'il appelle un cabinet : Je le bastiray de briques cuites, mais elles seront formées de telle sorte que ledit cabinet se trouvera ressembler la forme d'un rocher, qu'on auroit creusé sur le lieu mesme , — et afin de rendre ledit cabinet plus plaisant, je feray planter sur la route d'iceluy plusieurs arbrisseaux portant fruits, bon pour la nourriture des oiseaux, et aussi certaines herbes desquelles ils sont amateurs de la y raine, afin d'accoustumer lesdits oiseaux à se venir reposer et dire leurs chansonnettes sur lesdits arbrisseaux, pour donner plaisir à ceux qui seront au-dedans Audit cabinet et jardin.
Quand le cabinet sera ainsi massonné,je le viendrai couvrir (in térieuremenl) de plusieurs couleurs d'esmails, depuis le sommet des voûtes jusques au pied et passé d'iceluy ; quoy fait, je viendrai faire un grand feu dedans le cabinet susdit, et ce jusques à tant que lesdits esmails en se liqui fiant couleront , et en se coulant s'entrcmcsleront, et en s'entremeslant ils feront des figures et des idées fort plaisantes, et le feu estant oslé dudil cabinet, on trouvera que lesdits csmails auront couvert la jointure des briques, desquelles le cabinet sera massnnné cl sera ledit cabinet luisant d'un tel polissement que les lezars et lanyroltcs qui entre-
ront dedans se verront comme en un miroir et admireront les statues; que si quelqu'un les surprend, elles ne pourront monter au long de la muraille dudil cabinet, à cause de son polisscment, et par tel moyen, ledit cabinet durera à jamais et n'y faudra aucune tapisserie, car sa parure sera d'une telle beauté, comme si elle estoit d'un jaspe ou porphyre ou caleidoine bien poli (OEuvres de Bernard Palissy, pag. 5G7. Paris, 1777). Ronsard a chanté le cabinet de Meudon :
Et l'esmail bigarré qui ressemble aux couleurs Des prés quand la saison les diapré de fleurs. Ou comme l'arc-en-ciel qui peint à sa venue De cent mille couleurs le dessus de la nue.
(439) Montaigne. Liv. I, chap. XXX.
(460) Rueil, arrangé pour Richelieu , était encore entouré de fossés et défendu par les ponts-levis, chaînes, etc. II en existe de nombreuses gravures contemporaines.
(461J Madame de Sevigné alla pour la première fois à la terre des Rochers en i6&5, (M. de Sévigné lut tué en i65i.) — Ce château situé à une lieue et demie au sud est de Vitré existe encore, c'est un vieux manoir du moyen-âge, probablement de la fin du quinzième siècle et que les développements successifs ont entièrement transformé. Il n'a jamais eu l'importance d'une grande habitation et serait resté inaperçu sans la châtelaine qui a daté de cette demeure ses plus charmantes lettres. M. Dureau de la Malle l'a fort bien décrit dans ses lettres sur les nochers de madame de Sévigné. Paris, S" i822,etM.Walckenaer a tiré bon parti de sa description. Mémoires sur madame de Sévigné , t. I, p. 108. On ne connaît pas l'étymologic du nom des Rochers, mais il est certain qu'il n'y a pas un seul rocher à la terre des Rochers, ni dans ses environs.
Les lettres de madame de Sévigné contiennent plus d'un détail sur sa campagne, je ne citerai qu'un passage ou elle parle de la composition de sa bibliothèque et de l'ordre qu'elle y a introduit :
J'ai apporté ici quantité de livres, je les ai rangés ce malin ; on ne met pas la main sur un , tel qu'il soit , qu'on n'ait envie de le lire tout entier; toute une tablette de dévotion et quelle dévotion! bon Dieu, quel point de vue pour honorer notre religion ! L'autre est toutes d'histoires admirables ; l'autre, de morale ; l'autre de poésies et de nouvelles et de mémoires. Les romans sont méprisés , et ont gagné les petites armoires. Quand j'entre dans ce cabinet , je ne comprends pas pourquoi j'en sors, il serait digne de vous , ma fille.
nés llochcrs, 5 juin 1O80.
J'ai cité quelques vers de Bussy Rabutin , il faudrait y ajouter ceux qu'elle reçut de Saint-Pavin :
LE PALAIS MAZAR1N.
Note 465.
Ou plutôt quelque métayer Devenu trop lent à payer, etc.
(Bibl. tic l'Arsenal. Mss. Conrart , t. IX, p. 3Û7-)
(462) En entrant dans son château de Saint- Fargeau, son lieu d'exil après ses aventures au milieu des troubles de la Fronde, Mademoiselle remarqua surtout que sa maison était bonne et forte , que Von ne l'y pouvait point surprendre. C'était alors, au moins pour elle, un avantage ; elle fit venir l'architecte à la mode et lui commanda les grands changements qui s'y firent de iG53à 16J7, pour une somme de 200,000 fr. à peu près 400,000 fr. de notre monnaie. Mais elle n'employa les talents de Levau qu'à disposer les intérieurs et à décorer les façades sur la cour; à l'extérieur , elle conserva l'appareil fortifié et formidable.
Cet aspect lui laissait un caractère assez rustique, aussi Loret en parle ainsi :
Mais Saitu-Fargeau ne lui déplaize, Encore qu'il soit beau bâtiment, Il ne l'est pas sufflsament Et sent un peu trop le village.
(5 juillet 1653.)
Il est vrai qu'il le comparait à Blois , comparaison écrasante. Une chanson du temps tombe dans l'exagération contraire :
A Saint-Fargeau
Qu'il fait beau,
Ce château vaut Paris,
Prix pour prix.
Il est vrai aussi qu'elle se trouve dans les airs et vaudevilles de cour dédiés à son Altesse Royale Mademoiselle. A Paris , chez Charles de Sercy. i605, in-\i°, p. li. Ce château fut détruit par un incendie en 1752, il a été restauré en partie par M. de Morfontaine et appartient aujourd'hui à madame de Boisgelin, sa tille.
Dans son beau temps, on fit bien deschoses à Saint-Fargeau , pour en chasser l'ennui ; y réussit-on, je ne sais, mais je ne puis passer soussilence l'une desdislractions quesedonna Mademoiselle. Elle s'était brouillée avec madame de Fouquerolles, elle s'imagina de composer , en collaboration avec la comtesse de Frontenac et le comte de Fiesque, des mémoires satyriques, qu'elle ne se contenta pas de faire copier à la main, qu'elle voulut avoir imprimés. Il y avait encore de la Frondeuse dans ce goût pour les libelles clandestins : Je fis venir, écrit-elle, un imprimeur d'Auxerre, pour imprimer la vie de madame de Fouquerolles , r.ne lettre du royaume de la Lune et quelques vers de madame de Frontenac. C'était un grand secret , il n'y avoil que madame de Frontenac , Prefontaines , son comis et moy qui voyions l'imprimeur , et on lisait dans ce petit volume des remarques comme celles-ci , en pleine restauration de l'autorité royale et
du Cardinal Mazarin : Pendant ce temps la cour esioil à Pantoise, où elle s'avisa de faire ■un parlement qu'on peut appeler ridicule et qui fut composé des déserteurs du Parlement de Paris, lesquels étoicnl en fort petit nombre et tous esclaves du Mazarin. (Pagei8o.)Ce volume est intitulé : Histoire de Jeanne Lambert d'ilerbigny , marquise de Fouquerolles petit octavo de 221 pages. Il est fort rare; M. Monmerqué a acheté sur les quais pour i5 sous celui qui provenait des lots de la vente Boulard, on en connait encore un exemplaire à l'Arsenal et M. Moreau vient de vendre le sién, relié élégament en maroquin vert par Koehler , au prix de i53 fr., il est vrai qu'il croyait et que l'acheteur a pu croire cet exemplaire unique. (V. son catalogue de vente, n. 80. Paris, Potier, 1846.)
(463) Philippe de Cospéau , évêque de Lisieux , né à Mous en Hainault, en 1568, mort le 8 mai 16Z16. Tallcmant des Béaux avait entendu citer dans la société de madame de Rambouillet quelques bons mots qu'on lui attribuait, il les écrivit sous forme d'historiettes.(Tome IV, p. qIi.)
(464) Tallemant des Réaux ( t. III, p. 217.) et Voiture dans sa deuxième lettre adressée au marquis de Rambouillet alors ambassadeur en Espagne : Une autre fois elle s'apparut dans les rochers de Rambouillet avec l'arc et le visage de Diane. ( Page 6 , t. I des OEuvres. Paris, 8°, 1729.)
(465) Madame de Vigean fit pareille sur* prise à la princesse de Coudé. Voiture en écrit la description au cardinal de La Valette (Lettre X ) : Au bout d'une allée grande à perte de vue nous trouuasrnes une fontaine , qui jettoit toute seule plus d'eau que toutes celles de Tivoli. A l'entour estoient rangés vingt-quatre violons, qui avaient de la peine à surmonter le bruit qu'elle faisoit en tombant. Quant nous en fîmes approchés, nous descouvrismes dans une niche qui estoit dans une palissade une Diane à l'âge d'onze ou douze ans et plus belle que les forêts de Grèce et de Thessalie ne Vavoient jamais veuë. — Tout à à coup la déesse sauta de sa niche et avec une grâce qui ne se peut représenter , commença un balet. — Ceux qui ne croyait pas les fables , crurent que c'estoit mademoiselle de Bourbon. ( Les OEuvres de M. de Voiture. Paris, i2°,i658.Chez Augustin Courbé, p. 27.) On avait transporté à la campagne cette mode de l'hôtel de Rambouillet, de sedonnerdes noms empruntés ou imités des anciens. Au château de Fresne, madame de Guénégaud s'appelait Amalthée , et son mari Alcandrc, M. de Pomponne avait nom Clidamant et le monde ancien s'emparait ainsi de tous les visiteurs.(Mém. de Coulanges. Lettres. Page 396 et suiv. ) Cette envie de s'amuser dégénéra en espiègleries qui nous semblent de mauvais goût, mais dont on usait alors au château de
Noie 469.
LE PALAIS M AZAlilN.
Rambouillet aussi bien qu'ailleurs. Il est vrai que la parfaite convenance de mesdames de Rambouillet fixait les limites de ces plaisanteries, tandis qu'ailleurs elles allaient jusqu'à l'importun i lé et même on peut le dire jusqu'à la cruauté.
Unjouron couttous les habits du maréchal de Grammont alors comte de Guiche , de manière à lui faire croire que les champignons dont il a mangé, l'ont fait enfler. (Tallemant, III, p. 2ig.Voir la même espièglerie racontée dans le Santoliana, p. ni.)
(466) Mademoiselle habitait aussi le château d'Eu , mais on sait que cette résidence, aujourd'hui royale, ne doit ses promenades qu'au roi Louis-Philippe. Mademoiselle de Montpensier dit dans ses mémoires : « Je n'avois pas de jardin , je me promenois dans les dehors de la Ville.» (Année 1663. Mémoires, t. XLIII de la collection Petitot, p. 65.)
(467) Mademoiselle avait eu Mignard pour maître de dessin, à une époque où elle pouvait encore prendre des leçons elle peintre en donner. Cet emploi de son talent, en forme de passetemps, à Saint-Fargeau, est le seul souvenir que nous ayons conservé de ses travaux d'art. Dorénavant les princes apprirent à dessiner et pour n'en citer qu'un exemple bien rapproché de mademoiselle de Montpensier, je prendrai les œuvres de l'abbé Genest, c'est lui qui parle : Monseigneur le duc de Bourgogne qui se plaisoit à dessiner , agant été frappe de ma Phisionomie, ce n'étoil pas assurément parles traits mignons, fil mon portrait. Comme il n'y avoil pas jusqu'aux enfans qui ne m'y reconnussent, il s'y divertissoit souvent. L'abbé fit des vers sur ce petit incident, grand événement dans sa vie de courtisan :
Tu me peins saus me voir !... [Appelle. Grand Prince , un Alexandre est ici mon (Page 24o dumss. présenté par l'abbé Genest à Louis XIV et qui s'est réfugié aujourd'hui dans les archives de la préfecture de Seine-et-Oise.) Le château de Fresne construit par François Mansart avait à l'extérieur toutes les beautés de l'architecture, et réunissait à l'intérieur la même société et les mêmes commodités que l'hôtel de Rambouillet. M. de Guénégaud aimait les arts, il avait fait appel aux meilleurs artistes pour décorer la chapelle de Fresne et les appartements de son hôtel à Paris (ancien hôtel de Nevers.) Dans son château , il avait réuni une belle collection de tableaux dans laquelle on admirait une Racchanale peinte pour lui par le Poussin. Madame de Guénégaud dessinait sous la direction de Nicolas Loir et de son frère Alexis , l'un plus exclusivement peintre, l'autre plus adonné aux travaux de gravure. Mais on pourrait croire, à une expression de madame de Sévigné, qu'elle avait plusde bonne volonté et de goût, que de talent d'exécution. Madame de Guénégaud s' amuse à barbouiller des Images^ écrit-elle.
Nicolas Loir, né à Paris en i6u4, mourut en 1679. I' étudia sous Bourdon et dans son voyage en Italie, rechercha plus particulièrement le Poussin. Cette circonstance a pu le rapprocher de l'hôtel de Guénégaud. Il a traité tous les sujets depuis les ornements, jusqu'à l'histoire. On connaît en outre de lui cent treize eaux fortes que M. Dumesnil a décrites dans l'excellent ouvrage que nous lui devons : Le Peintre-graveur français (t. III, p. 184.)
(468) Arnauld d'Andilly écrivait en même temps ses importants mémoires. (Voir la grande Collect. Petitot.)
(469) Les habitations de la campagne avaient ainsi adopté tous les perfectionnements du bien-être des villes. La vie de la campagne s'associa également aux plaisirs de la capitale : les bals, les soupers, les concerts, le théâtre, les illuminations, les feux d'artifice, tout y fut transporté, et ce qui distingue plus particulièrement ces nouvelles existences campagnardes, c'est le soin que l'on mit à animer les intervalles de tant de plaisirs variés, par la conversation spirituelle des poètes et des gens de lettres.
La Fontaine promenait d'une campagne à l'autre sa distraite bonhommie. ( Voir ses lettre et ses biographes.) Boileau ne quittait Auteuil que pour allerchez M. de Lamoignon, à Basville. (Voir ses biographes et une anecdote dans le Menagiana, tome IV, page 137.) Ce nom me rappelle une autre anecdote : dans le temps des noces de M. de Raville (avril 1672), Boileau fit une chanson qu'on trouve dans ses œuvres :
Que Raville me semble aimable,
et qui fut mal goûtée du père Bourdaloue, présent au diner. Brossette assure qu'il aurait dit au père Rapin : Si M. Despréaux me chante, je le prêcherai. D'Alembert ajoutait : Ce ne sera pas au moins en prenant pour texte le pardon des injures. (Edit. de Saint-Surin, Paris, 8°, 1821, tome II, page Z195.)
Le grand Condé expiait, au milieu des loisirs de Chantilly, l'excès de son activité au milieu des partis et de son courage au milieu des combats. Il était entouré de la seule cour qui reste fidèle à la disgrâce, car il s'était fait une société de ses égaux, tous hommes de génie, La fougue de son caractère se retrouvait dans sa conversation : soutenait-il une bonne cause, il était calme et plein de douceur; entrait-il dans une fausse voie, la contradiction l'irritait, le feu brillait dans ses yeux, et un jour le plus caustique de ses habitués dit à ses amis : Dorénavant je serai toujours de l'avis de M. le Prince, quand il aura tort. (Voir les Mémoires de Racine fils et le Bolaeana.) La duchesse du Maine, quelques années plus tard, conviait à Sceaux tous les hommes de lettres, tous les beaux esprits de son temps.
(470) Les mémoires de la Fronde font un tableau souvent piquant de cette guerre burlesque, d'autant plus dévastatrice pour les choses qu'elle était moins dangereuse pour les personnes. J'ai parlé de la rancune que lui conservait Guy-Patin , trop bon frondeur pour ne pas en attribuer le tort au Mazarin.
(471) Le président Réné de Longueil, surintendant des finances, avait commandé cette magnifique demeure au grand Mansart. (Voir dans l'œuvre de J. Marot et dans l'ouvrage de Blonde! des gravures du temps.) Il y donna des fêtes magnifiques à la famille royale et à toute la cour. On en trouvera des descriptions dans la Muse Historique. Celle qui suivit de plus près l'inauguration du château est du 23 avril i65i :
Le roy, la reyne et leur suite S'en allèrent dîner bien vite En la plus belle des maisons Du dit prézident de Maizons, Où l'on fit immense crapule, Dut-il après ferrer la mule.
Ayant ce don par excellence, Aux financiers assez fatal, De traiter bien et payer mal.
Le mot crapule a pris de nos jours une signification qu'il n'avait pas alors, même dans le langage le plus libre ; quant à la conclusion, il faut y voir une remarque générale. Loret n'était pas homme à faire des allusions directes aussi poignantes. Guy Patin y apportait moins de ménagement; aussi consignait-il son opinion dans des lettres particulières : D'autres nomment pour cette charge le président de Maisons, qui est un animal mazarinique, homme dangereux, fin et rusé, mais fort incommodé, et qui par ce moyen tâcheron de s'acquitter et de payer ses dettes. (3 nov. 1649, à Ch. Spon.) Ces dettes avaient-elles pour origine la magnificence du château de Maisons.
(472) Il ne faut pas oublier que Rueil, bâti en 1621 par le cardinal Richelieu, ministre tout puissant, étaii encore entouré de fossés. Tanlay, élevé vingt ans plus tard par Le Muet, pour le surintendant d'Hémery, avait ses ponts-levis et ses fossés.
Construit par Leva» pour Fouquct, Vauxle-Vicomte étant devenu la propriété du maréchal de Villars, prit le nom de Vaux-le- Villars, et celui de Praslin depuis qu'il est devenu la propriété des Praslin.
(Voir sur Vaux le tome X de la délie, page 1091 ; — la description de La Fontaine : Fragmens du Songe de Vaux, un des premiers et des moins bons ouvrages du poète; — les gravures du temps, dans les œuvres de Sylvestre et J. Marot (deux plans et trois vues). Pour les dépenses de Fouquct à Vaux, se montant à 18 millions, près de 36 de noire monnaie, consulter son procès, tome III, pages 122, 137, îôo, 205, et tome XIII, page 90. La
Note 476.
vérité s'y démêle au milieu des efforts de l'accusé pour la cacher et donner le change. (Voir les notes 241 et 242.)
(473) L'immense Chambord n'avait pas une chambre de dégagement pour les gens de la grande Mademoiselle; on en jugera par ce singulier passage de ses Mémoires. « Je fus obligée d'avoir dans mon cabinet , séparé de ma chambre par une porte fermant mal, Frontenac qui voulait coucher avec sa femme. Le comte de Fiesque alloit les matins s'habiller dans ce cabinet, et ils s'y habilloient tous ensemble. A Blois il fit encore pis, il coucha avec sa femme, quoique mademoiselle de Pienne fût dans la même chambre et deux de mes femmes.» (Page u5, tome XLII de la collection Pelitot. )
Les Mémoires de Bussy Rabutin mettent en opposition la négligence d'une habitation de campagne avec les recherches tout exceptionnelles d'une autre. La description en est piquante. (Tome I, p. 55, Amst, 8°, 1731.)
(Ulli) London et Wise, les deux grands architectes de jardins, en Angleterre, avaient tous les défauts que combattit Le Nôtre, et les jardins anglais, aussi réguliers que ceux de la France, n'étaient alors, comme partout en Europe, que de véritables puérilités coûteuses.
(475) Les jardins de Rueil avaient toute la régularité des parterres à compartimens et à broderies, et les ornements architectonlques que nous retrouvons dans les villas italiennes. Le père Rapin avait chanté ses beautés (poème des Jardins, chant II). Il ne s'est conservé des plantations qu'un seul marronnier, des constructions qu'une grotte en rocailles. Les soins et les recherches de M. Bréant, propriétaire actuel, ne laissent aucun doute sur cette ruine complète.
Nous avons ajouté récemment à notre bibliothèque un bon ouvrage, sous ce titre: Rueil, le château de Richelieu, la Malmaison, par Jul. Jacquin et Jos. Duesberg. Paris, 8°, i845, avec un grand nombre de planches, copiées sur les anciennes gravures. Il manque aux auteurs, pour continuer leur œuvre, que nous voudrions encourager, une connaissance plus complète de l'histoire des arts en France, et des mœurs à différentes époques.
(476) André Le Nôtre ou Le Nautre (son nom est ainsi écrit dans les registres de l'Académie, lors de sa nomination en i665) naquit à Paris en i6i3, et mourut en 1700. Son père était surintendant des jardins des Tuileries; c'est dans cette étroite enceinte qu'il rêva ses créations, et cependant ce jardin n'avait rien de la grandeur qu'il lui doit ; il était encombré de bosquets et de labyrinthes. Le poète Guillaume de Peyrat, à la fin du seizième siècle, s'adresse à ce jardin :
Lieux de moy tant aimez, roy aies Thuileries. Labyrinthes, bosquets, fontaines et prairies, (Essais Poétiques, Tours, 12°, i5g3.)
Note 480.
L'histoire de ses transformations successives entre dans notre troisième lettre; elle fait partie de la description du Louvre, pour laquelle j'ai mis à profit nombre de pièces de circonstances, qui se perdaient dans les collections.
J'ai ni té quelques-uns des jardins créés par Le Notre; on nie reprochera d'en avoir omis plusieurs; je ne veux pas oublier la promenade d'Amiens. Germain Brice, dans sa description de Paris (édition de 1087) dit du jardin du Palais-Royal : Jardin dressé par Le Nôtre, sur le modèle des Tailleries. (Page 58.) Il est probable qu'Anne d'Autriche ou Monsieur auront chargé Le Nôtre de ce travail, car du vivant du cardinal, cet artiste n'avait point encore fait le jardin des Tuileries, ni acquis sa réputation. On lui attribue encore, je ne sais sur quelle autorité, le dessin des jardins deVitry, Conflans, Vaugien, etc., etc.
Dans les dernières animées de sa vie, il se prit de goût pour les collections de médailles et d'objets d'art. Le docteur Martin Lister, qui vint à Paris avec l'ambassade anglaise, en 1698, alla le voir, et parle avec plaisir de ce vieillard, de cet artiste célèbre. (Journey to Paris, London, 8», 1699, page 36, et page 63 de l'édition de 1823 :) Hc is avery ingenious old gentleman, and eighty-nine years of âge, but remarkablg quick and lively. Ile entertained me with the greatest civilily.
(477) Blonde), l'auteur de l'ouvrage si souvent cité de l'Architecture françoise, écrivait en 1752 et il n'hésite pas à se faire le défenseur des jardins irréguliers, qu'il appelle jardins anglois.
(Ù78) Les jardins anglais n'existaient point alors en Angleterre, et nous étions, sous tous les rapports, supérieurs à nos voisins dans l'art d'arranger les jardins. Martin Lister, qui connaissait bien les plus beaux parcs de son pays, avant de voir les nôtres, fut émerveillé de ce qu'il trouva en France. Saint-Cloud lui inspira cette réflexion : Thèse vast riding gardens are unknown to us in England ; and se promener à cheval ou en carosse are ternis not translatable in to English. Indeed we cannot afford to lose so much countrg as thèse prodigious gardens demand ; in some parts of which i not only saw an abundance of haies and partridgcs, but, what i wondered at still more, five femala deer feeding. (Page 169, édition de 1823.)
Le parc de Méréville (dans l'arrondissement d'Etampes), où l'art a le plus agi sur la nature, a été tracé par Hubert Robert. On lui doit la réforme des cabinets, galeries, labyrinthes et autres puérilités faites en treillages, auxquelles il substitua les allées formées par le mouvement des branches et l'épaisseur du feuillage. Cette ornementation des jardins en treillages devint à la mode dans les dernières années de Le Nôtre. Lister, en 1698, s'extasie sur ces productions ridicules. Il admirait des chefs-d'œuvre de treillage à Versailles (laby-
rinthe), à Sceaux, à Clagny, à Chantilly. (Voir son chapitre sur les jardins et parcs.) Robert, après avoir planté Méréville, le peignit comme il supposait qu'il serait un jour et il ne s'est pas trompé. Quatre grands tableaux sont tout ce qu'il m'est resté, après les révolutions, d'une propriété qui avait coûté dix millions à mon grand-père.
(û"9) Le Nôtre a tout fait par goût, par instinct, par inspiration; il est douteux qu'il se soit tracé des règles quelconques : il est certain qu'il n'a rien écrit sur l'arrangement des jardins. M. d'Argenville donna, dans le dernier siècle, le Traité de la théorie du jardinage, pour lequel Le Blond, l'architecte, qui s'occupait aussi des jardins, fit les dessins. Cet ouvrage était, en 17Z17, à sa quatrième édition. Le Blond bâtit à Paris l'hôtel de Chaulnes, dont le jardin eut quelque réputation (Blondel en a donné le plan). Il entra au service de l'empereur de Russie, et mourut en 1719, à Saint-Pétersbourg. L'architecte Desgots, neveu de Le Nôtre, hérita de sa vogue, sinon de son génie ; c'est lui qui remania le jardin du Palais-Royal , pour M. le ducd'Orléans.On peut encore recommander la Théorie des jardins, de Morel. L'auteur, qui n'a rien de commun avec M. Morel de Vindé, membre de l'Académie, section d'agriculture, faisait une occupation spéciale et son métier de l'arrangement des jardins.
Il y a cinquante ans, on citait parmi les amateurs les plus habiles, M. de Girardin, à Ermenonville, M. de Morfontaine, à Morfontaine et à Saint-Fargeau, M. de Boulogne, à La Chapelle, M. Boulin, à Tivoli. Dans les derniers temps, Berlhault, qui s'intitulait : planteur de jardins, s'était acquis quelque réputation, par l'arrangement des parcs de Compiègne, de Pontchartrain et de la Malmaison. Il est mort vers 1827.
(480) Le cardinal Mazarin acheta au nom du roi, pour Monsieur, son frère, les maisons de plaisance des Gondi, d' Hervart , de Fouquet , de Monerot, et de cette réunion est sorti le parc et le château de Saint-Cloud, construit par Le Pautre.(Voir pour l'histoire de ce château, les Recherches exactes de Poucet de la Grave. Paris, 12°, 1789, et le livre de M.Vatout. )
On avait placé dans le grand salon de Saint- Cloud des vues de nos principaux châteaux ; il ne sera pas inutile de les citer. Cette collection indique les habitations les plus en vogue :
Chantilly. Fontainebleau.
Villers-Coterets. Vineennes.
Le Rainci. Le château neuf de Sceaux. Saint-Germain.
Le Plessis. Versailles.
Vaux-le-Vicomte. Blois.
Le Palais-Royal. Marimont.
Saint-Germain. Maisons.
Clagny. Le Val.
Les Tuileries. Le pavillon de Saint- Saint-Denis. Cloud.
Le Luxembourg. Chambord.
(4SI) Jules Hardouin, dit Mansart, débuta dans son active carrière par le château de Clagny, 1676-1G80; il l'a publié. Cette résidence passa au comte d'Eu.
(482) Le trésorier de l'épargne, Bazin de la Bazinière, le fit construire; niais le prince de Conti le transforma de fond en comble. L'abbaye d'Issy, qui existait dès lors, ne doit pasêtre confondue avec le châleau.
(485) Propriété du prince de Wagram. Le château a été transformé, en 1701, par le premier président, Achille de Harlay.
(484) Le 3 juin 1O61, la duchesse de Chevreuse reçoit à Danipierre toule la famille royale :
Ils furent ensuite à Dampicrre, Autre nobilissime terre, Où la duchesse de Chevreuse Princesse illustre et généreuse Les reçut admirablement.
Son (ils monseigneur de Luynes, L'assista dans tous les régales, Qu'on fit à ces âmes royales.
Je renvoie à Loret pour la description de cette fête ; mais je citerai encore quelques vers, parce que celte habitation, fondée par le connétable, est l'une de celles qui se sont conservées , avec quelques garanties contre les destructions à venir :
Cette maison en sa structure, Est agréable d'architecture Elle a quantité d'ornemens De somptueux emmeublemens, Des estrades, des balustrades, Fontaines, canaux et cascades Des jardins émaillés de fleurs. Etc., etc. (Muse liist., liv. XII, p. io5.)
Le duc de Luynes l'un des hommes les plus distingués dont la France s'honore, s'occupe de la restauration du vieux manoir de ses pères. M. Ingres peint ses murs, Simart imite la Minerve du Parthénon en ivoire et en métal , cette statue sera placée dans la grande salle. La bibliothèque s'est richement complétée , enfin tout le confortable de la vie est venu s'associerau luxe et à la magnificence des arts.
(483) Cette terre et ce château ont été singulièrement augmentés, en devenant la propriété du comte de Toulouse. Rambouillet lait aujourd'hui partie du domaine de l'Etat et est loué à M. le comte Duchâtel.
(486) Cette maison de plaisance a appartenu au duc de Lauzun.
(487) Le comte d'Avaux (nom de la famille) a détruit l'ancien château, en 170Z1, pour en construire un nouveau. Law en fut un moment propriétaire.
Note 699.
(488) Conflans date du président Le Jay, et par combien de mains n'a-t-il pas passé ensuite. Je ne sais ce qu'il en reste.
(489) Le grand-maître reçoit à Clulhjle roi, son frère et :
Les nièces de Son Eminence.
Loret ajoute :
Leurs beaux chefs éloient entourés Comme à présent, c'est leurs coutumes De tant de différentes plumes.
(19 avril 1639) Chilly était sur la routed'Orléans, près Longjumeau.
(490) Voir la note suivante.
(491) De Lionne reçoit le roi à Berny, en 1657, et, à ce qu'il paraîtrait, aux frais du cardinal Mazarin. Le gazettier Loret décrit cette fête dansson numéro du 11 avril 1637; il vante la belle salle et ce superbe lieu.
(492) Plus tard propriété des ducs du Maine et du comte d'Eu ; nous avons parlé, dans le chapitre IV, de la société qui s'y réunissait et dont Malezieux était le poète.
(493) Acheté par le roi, Chaville s'est fondu dans Meudon.
(494) Daugu, près Gisors, aujourd'hui la grande et hospitalière propriété de madame la comtesse de Lagrange. Des changements dans l'architecture intérieure, la suppression de quatre tourelles, ont fait perdre au château son caractère.
(493) Ce château, construit par Le Pautre, est devenu plus tard la propriété du duc de Tresme.
(496) Je ne sais ni le nom de l'architecte, ni la date précise de la construction. Il y avait là dès le seizième siècle, un château, propriété des De Thon. Je crois qu'il a été démoli. Le château de Stains, dont madame de Vatry fait aujourd'hui leshonneursavec tant d'amabilité, est une construction du dernier siècle.
(497) Le 16 mai 1667, Louis XIV couche à Champlatreux. L'ancienne habitation fut abattue et remplacée , par un nouveau bâtiment d'une assez bonne architecture, au commencement du dernier.siècle. Le comte Molé a reçu le roi Louis -Philippe dans cette belle demeure, qu'il entretient avec un grand luxe, et qu'il habite pendant deux mois de l'année.
(498) Ce Claude du Bois était prévôt des marchands ; sa maison passa au maréchal d'Uxelles, et après lui au marquis de Beringhen.
(499) M. de Guénégaud avait fait restaurer ou plutôt reconstruire l'hôtel de Ncvers, par
Note 510.
François Mansart; il l'échangea avec madame la princesse de Conti contre un hôtel du quai Malaquais (Voir note 56g) et le château du Boucliet, qu'il embellit avec le goût qui le distinguait. Il habitait de préférence le château du Fresne, près de Claye ; c'est là que F. Mansart exécuta, en petit, le projet qu'il avait conçu pour l'église du Val-de-Grace, et dont les travaux venaient de lui être retirés. Les lettres de madame de Sévigné, les Mémoires de Coulanges, etc., etc., sont remplis de détails sur cette grande habitation , qui annonçait, par les plus nobles dehors, la distinction des goûts et de l'esprit qu'elle renfermait au dedans.
(500) Voir les gravures et les mémoires du temps.
(501) D'Hemery (Michel Particelli) acheta la terre de Tanlay, le i3 septembre 16Z12. Le Muet commença les travaux en i6/|3, et y dépensa deux millions et demi. Des artistes italiens y avaient été appelés pour peindre les plafonds et orner les appartements. M. Chailiou des Bares a décrit ce château avec un zèle de recherches et un enthousiasme d'amateur des arts fortrecomniandables.il prouve que le chiffre du surintendant, sculpté dans toutes les parties de l'édifice, ainsi qu'il suit: M. P. D.H., doit servir à la rectification de son nom : Michel Particelli d'IIemery. Il prétend que d'Hemeiyne mourut que le i5 maii65A,cequi contredit l'affirmation du C. de Retz et les dires de tous les historiens. Les châteaux d'Ancyle-Franc, de Saint-Fargeau,dè Chastellux et de Tanlay, par le baron Chaillou des Bares. Paris, II0, i845, avec planches et fac-similé. Le Muet, en 1663, avait déjà publié ses travaux exécutés à Tanlay : Manière de bien bâtir pour tontes sortes de personnes, par Pierre Le Muet , architecte ordinaire du roy.
(502) Je n'ai pas trouvé de renseignements précis sur cette belle habitation.
(505) Abattu par M. Perrier, ce château a été remplacé par un pavillon moderne. Il a été gravé par J. Marot.
(504) Le roi va coucher à Petit-Bourg, il y critique une grande allée d'arbres, qui cachait ta vue de la rivière. Le duc d'Antin l'a fait abattre pendant la nuit. (Siècle de Louis XIV, OEuvres de Voltaire, tom. XXIV, p. 129, édit. de 1785.) Galand en devint propriétaire et le vendit à M. delà Rivière. Je lis dans un des volumes mss.de Gonrart (dans la bibliothèque de l'Arsenal, in-flo, p. 200, tom. I), une pièce de vers à propos de cette vente. Elle commence ainsi :
Amy toutes les maisons neufues Ne valent point ces vieux châteaux.
Acheté par M. Aguado, ce beau château avait repris un peu de vie ; vendu, il y a deux ans, il a été disposé à l'usage d'une société
pour l'éducation des jeunes détenus; ainsi déshonoré, il est chaque jour menacé de destruction.
(505) Je trouve cette belle habitation citée avec éloge, dans les Mémoires du temps.
(506) Voir Loret (Muse hist., liv. V, p. 77). On connaît le luxe d'Hesselin dans sa maison de Paris.
(507) Cette maison de Mansart appartenait, vers le milieu du dernier siècle, à M. Poan, secrétaire du roi; je ne sais si elle a trouvé grâce devant les démolisseurs.
(508) Le Raincy ayant été construit sur la terre deLivry, et étant devenu la propriété de M. Sanguin de Livry, prit quelque temps ce nom. C'était une des terres aux environs de Paris, que l'on désignait à la curiosité des étrangers :
Toute cette troupe alla voir
Du sieur Bordier le beau manoir.
(La Muse roy., i5 mars 1656.)
Lorsque le cardinal Cliigy vint à Paris, il visita Rueil,le Raincy, Saint-Germain et Maisons. (Voir la Mme historique, de Loret, 12 juillet i664. J. Marot a publié sept planches sur ce château et ses dépendances.)
(509) Au nombre des vicissitudes du temps, il faut comprendrerindifférence des personnes. Je citerai un bel exemple de réponse, qui n'était alors qu'une règle commune de conduite. Richelieu avait laissé, par son testament du 23 mai 1642, le château et le parc de Rueil à sa nièce, la duchesse d'Aiguillon. Louis XIV, en 1666 , voulut un moment avoir cette belle résidence ; Colbert fut chargé de la demander à la duchesse ; elle répondit noblement :
Je ne puis jamais témoigner mon obéissance dans une occasion qui marque mieux mon respect infini pour les volontés de Sa Majesté , qu'au sujet dont il s'agit , n'ayant jamais pensé A vendre Rueil, ni jamais pensé aussi qu'il fût jamais vendu. Louis XIV y renonça.
(510) On lit dans les Mémoires du duc de Saint-Simon : « Le maréchal de La Meilleraye résista tant qu'il put à la volonté du cardinal Mazarin, son ami intime, qui choisit son fils comme le plus riche parti qu'il connût pour en faire son héritier en lui donnant son nom et sa nièce. Le maréchal, qui avoit de la vertu, disoit que ces biens lui faisoient peur, et que leur immensité accableroit et feroit périr sa famille. A la fin il fallut céder. » (Tome X, page 390.) Brienne, qui est toujours malveillant à l'endroit du cardinal, dit cependant : « Mazarin voulut, en choisissant pour gendre le fils du maréchal, reconnaître ce qu'il devait à la mémoire de Richelieu. »
Le vieux maréchal de La Meilleraye, cet ami intime du cardinal, comme le dit Saint-
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Simon, était un grand admirateur du ministre, et ne s'effrayait pas de ses grands biens, autant que l'auteur des Mémoires voudrait le faire croire. Il avait eu ce fils de son premier mariage avec Marie Ruzé d'Effiat. Sa seconde femme, Marie de Cossé Brissac, lui apporta toute autre chose que des enfans, et mourut le 14 mai 1710, près de cinquanteansaprèslui.
Son amitié pour Mazarin, sa reconnaissance pour les grands biens qu'il lui devait, se montraient dans ses paroles et dans ses actions. Il affichait, pour ainsi dire, son admiration. Briquet , clans son Histoire de Niort, décrit ainsi l'ornement principal de son château : « Au centre de la forêt de la Meilleraye, et à la suite d'une avenue magnifique, on construisit, au XVIIe siècle, un vaste château, remarquable par seize pavillons de la plus grande dimension, et par trois cent cinquante-cinq croisées. Dans l'intérieur ce n'étoit qu'or et azur; des tableaux des peintres les plus célèbres relevaient encore celte décoration. L'un des appartenions, sous le nom de salon des Grâces, offrait les cinq portraits des plus belles femmes du siècle, toutes de la famille Mancini; la statue en marbre blanc du cardinal Mazarin faisait l'ornement de la cour intérieure du château. (Consulter encore le Discours généalogique des seigneurs qui ont possédé Partlienay, par Joseph Aubert , la Biographie universelle, et une petite notice de M. A. D. de La Fontenelle de Vaudoré, Paris, 12°, 1839, notice extraite, suivant l'auteur, d'une Histoire inédite de Partlienay et de la Câline en Poitou.
Madame de Sévigné trouvait le duc Mazarin fort déplaisant (27 févr. 1671), maisl'abbé de Clioisy nous apprend qu'au moment de son mariage, il avoitbon air, sembloil homme d'esprit, et comptoit à la cour parmi les jeunes gens A la mode. (Mém. de Clioisy, page 101, édit. de 1727-)
(511) Le cardinal de Richelieu voulut être placé sous le dôme de la Sorbonne; le cardinal Mazarin éleva le dôme du collège des Ouatre-Nations, pour y mettre son tombeau. Ces deux monuments furent portés au musée des Petits-Augustins. On lit dans la Description historique et chronologique (les monuments de sculpture réunis au Musée des monuments français, par Alexandre Lenoir, fondateur et administrateur de ce musée, description qui était arrivée, en l'an X de la République, à sa sixième édition : « N° 187. Moiuimcns du dix-septième siècle, provenant du collège Mazarin. Le mausolée de Jules Mazarin, cardinal, mort en 1661, en marbre blanc : on y voit ce cardinal représenté a genoux; derrière lui un génie portant un faisceau d'armes : le tout posé sur un cénotaphe en marbre porter. La base est de marbre blanc veiné, sur laquelle sont assises trois figures de bronze, de six pieds de proportion, représentant l'une la Fidélité, une autre la Prudence, et la troisième l'Abondance. Ce
monument, que beaucoup de connaisseurs préfèrent, pour l'exécution, à celui de Richelieu, est entièrement du ciseau de Coyzevox. »
Tous les guides de Paris, y compris ceux de Dulaure, ont répété cette description aussi long-temps que le musée a existé. Le cardinal, mort en marbre blanc, n'a pas derrière lui un faisceau d'armes, mais le faisceau qui fait partie de ses armes.
Plus tard le tombeau de Richelieu fut remis en place à la Sorbonne; mais le tombeau de Mazarin ne pouvant convenablement figurer dans une salle des séances de l'Institut, fut mis de côté; il fait aujourd'hui partie de la collection des monumens de sculpture du Musée de Versailles. On l'a placé dans la galerie des bustes, statues et tombeaux du premier étage de l'aile du Nord.
La statue de Mazarin, destinée a ce tombeau, fut toute une affaire : les artistes concoururent, l'académie des Beaux-Arts s'en mêla ; je lis dans ses registres : « Le i5 juillet 1673, l'académie se réunit au collège des Qualre-Nations, pour délibérer sur la sépulture du cardinal Mazarin. Chaque membre donne son avis, et on demande en outre l'opinion de M. Mansart. » Il s'agit de Jules Hardouin, déjà célèbre, mais qui n'était pas encore membre de celte compagnie.
J'ai retrouvé un dessin (signé Piere de Rocheforl fecit 170Z1Ï du tombeau du cardinal, sculpté par Nicolas Coysevox, et gravé plusieurs fois par Aveline, Larmessin, etc., etc. On le voit encore sur quelques médailles commémoratives et sur les gravures qui les reproduisent. P. Chauveau et d'autres artistes composèrent et gravèrent des planches allégoriques, qu'on peut considérer comme des projets de monumens à la gloire du cardinal. Celle-ci est peu connue : AU' immortalité del nome del cardinale Givlio Mazarino Romano. Gallostruzzino floren. delin. et seul. Romœ,
La statue du cardinal Mazarin, que le maréchal de La Meilleraye avait commandée, et qu'il avait fait placer dans la cour de son château (voir note 5io), fut plus maltraitée encore. On lit dans une biographie du maréchal : « La révolution de 1789 suivit : le château, en partie détruit, fut démoli jusque dans ses fondemens, et à peine en reste-t-il quelques vestiges. L'ornement de la cour d'honneur, la statue en marbre du cardinal Mazarin fut renversée et brisée, et à l'époque néfaste de 1793, un habitant de Partlienay, joignant l'ironie au vandalisme, crut faire un acte de haut patriotisme et même de civisme, en employant la tète de cette statue à l'usage le plus vulgaire. Il en fit le poids de son tournebroche. » ( Le maréchal de La Meilleraye, page 3o, Paris, 120, i835.) M. Dupin, dans sa Statistique des Deux-Sèvres, attribue à une prétendue statue du cardinal de Richelieu l'anecdote relative à la statue du cardinal Mazarin.
Note 5U.
On lil dans les Mémoires de Monglat :
a Son corps fut mis en dépôt dans la Saintc- Cliapelle de Vincennes, en attendanl qu'il pût être porté aux Théatins, où il avait élu sa sépulture, ayant laissé un fonds pour le bâtiment de leur église. » (Page 110, tome LI de la collection Petitot.) Il y a dans ce peu de mots, comme on le voit, erreur sur plusieurs points.
(512) Le vieux maréchal de Granimont était lié intimement avec le ministre : « Ayant connu le cardinal Mazarin en Italie, il s'attacha à lui et ne tarda guère à lui plaire, car il y avait entre eux une conformité de mœurs gaillardes et pleines d'agrément qui concilie bientôt l'amitié; il aima tendrement le cardinal, et le cardinal lui rendit le réciproque, à un point qu'il ne pouvoit plus se passer de luy. (Mémoires, lomel, p. 122, et tome II, page 281, Paris, 120, 1716.)
Le duc Mazarin, par convenance, le roi par respect, Colbert et Le ïellier par attachement sincère et par vénération pour le souvenir de sa conduite politique , défendirent sa mémoire et entourèrent son nom des hommages les plus éclatans. On trouve dans la Muse Historique de Loret, très exactement notés et souvent décrits en longs détails, les services funèbres qui furent laits au défunt, tant à Notre-Dame qu'à Saint-Denis , aux Théatins, etc., etc.
Il faut voir d'autres preuves de ce respect pour le souvenir du grand ministre, dans l'exécution fidèle de son testament, dans la construction du collège des Qualre-Nalions, dans la rigueurexercée contre le surintendant Fouquet, dans l'exil prolongé de Saint-Evremont, dans la défaveur qui continua à planer sur le cardinal de lietz, etc.
Le lundi, 28 mars 1661, dans la nuit, le cœur du cardinal fut transféré de Vincennes aux Théatins; trente carosses à six chevaux, remplis des plus grands personnages, quatre cents flambeaux allumés formèrent un digne cortège.
Louis XIV écrivit des lettres touchantes à l'occasion de cette mort ; ainsi il annonce, le 9 mars 1(561, au roi d'Espagne, son beau-père, que le cardinal est mort dans de tels sent/meus (on lit en marge : En cet endroit ily avoit corne un religieux dans sa cellule, ce que Sa Majesté retrancha cothe trop bas ) de religion , de piété et de repentance de ses fautes, que je puis espérer de la bonté divine quelle luy a déjà donné la récompense de ses travaux. (Bi bl. de l'Arsenal, copie mss., Hist. Françoise, flo, N° 1 09, et dans les œuvres imprimées de Louis XIV.)
(515) Le cardinal, tout en avantageant le duc de La Meilleraye, jugea qu'il ne pouvait soutenir l'état qu'eût exigé l'habitation de la totalité du palais ; il le divisa, ainsi que je l'ai dit, en deux parties. L'ancien palais, qui comprenait les beaux apparlemens et la galerie avec une grande réserve d'objets d'art,
revenait à Charles-Armand de La Porte, duc de La Meilleraye, lils du maréchal et grandmaître de l'artillerie, qui héritait du duché de Rethélois , et prenait les titres et noms de duc Mazarin, en épousant Hortense Mancini. M. de Pomponne écrivait : Ses autres neveux ne pourront souffrir la profusion avec laquelle il a enrichi le grand-maître. (Voir à la stiite des Mémoires de Coulanges, édit. de M. Monmerqué, in-12, Paris, 1820, p. /1C8.) En effet le duc Mazarin héritait des plus beaux objets de la collection, aussi FrançoisColletet, dans son assez pauvre Abrégé des antiquités de la w/W<?/V«fs,(Paris,i2%JeanGuignard,i6GA), parle-t-il ainsi du palais Mazarin, deux ou trois ans après la mort du cardinal: « Certainement, après ces pièces curieuses, il y en a fort peu à voiren France, dans les cabinets des curieux, car tout le rare et le beau de ces sortes de curiosités se rencontrent dansce palais. (Page 253.)
Quellcqu'aitétéla valeur de cet héritage, il était immense pour un particulier. Aussi le roi de France faisait-il encore fonds sur cette fortune pour les nécessités de son royaume : « Mon cousin , écrit-il de Fontainebleau , le i3 septembre 1CG1, après avoir fait arrester le surintendant de mes finances, comme vous avez sceu quej'ay fait, il pourroit arriver que j'aurois besoin des deux millions de livresque vous m'avez offert de me prester. (Biblioth. de l'Arsenal, Copie de ses lettres, Hist. Franc., 199. Voir aussi les œuvres imprimées île Louis XIV.) Saint-Simon dit dans ses Mémoires : « Dans un procès que M. de Mazarin eut avec son fils, à la mort de sa femme, il fut prouvé en pleine grand' chambre qu'elle lui avoit apporté vingt-huit millions. » Selon Fouquet, qui avait intérêt à exagérer la fortune du cardinal, elle aurait été de quarante à cinquante millions, somme équivalente à quatre-vingts ou cent millions au cours de ce jour. (Voir Fouquet, Défenses, tome II, p. 21.) Nous avons discuté ailleurs toutes ces assertions, je dirai mieux, tous ces commérages.
(514) L'autre partie du palais fut laissée par le Cardinal à son neveu Philippe Mancini, qui prit le nom du duc de Nevers, du duché de ce nom dont il hérita. On pourrait croire que ces deux parties du palais cessèrent de communiquer, si l'on se fiait à ce passage du plaidoyer de M. Erard , pour le duc de Mazarin , dans son procès avec sa femme : La première chose qu'elle (la duchesse) fit, fut de faire ouvrir dans le mur de l'hôtel de Nevers une porte de communication avec son appartement, par laquelle elle sortait à toutes les heures du jour et de la nuit, sans passer par le palais Mazarin. Nous savons, par lefactum en faveur de madamede Mazarin, que cette porte fut murée après son retour , par ordre de son mari , (p. 29Û). Mais cette ouverture était l'ancienne porte, ainsi qu'on le dit dans les remarques sur le plaidoyer de M. Erard : Madame Mazarin alloit de son appartement chez M. de
Note 5îCr.
Nevers, par une porte commune qui y avait toujours été, p. 319.
On lit dans les Mémoires de mademoiselle de Montpensier: Le Cardinalavantage le duc deMazarin; M. de Mancini, son neveu, en fut enrayé , parce qu'il croyait avoir tout le bien de son oncle ; il lui en laissa assez pour qu'il dût être satisfait (p. 3, toin. XLI1I). En effet, cette moitié du palais était encore fort belle; il héritait d'une grande partie des statues, tableaux et meubles ( Voir dans les papiers de Colbert deux lettres de l'intendant Lebas, du 7 juillet et 13 aoust 1661). On remarquera, dans le plan général du palais Mazarin , qu'il a été commis une erreur par le graveur. La partie de l'hôtel de Chivry, qui porte les lettres a, b, c, d, et formait le coin des rues Richelieu et Neuve desPetits-Champs,futcomprise dans le lot du duc de Nevers, qui l'aliéna, suivant ce que je lis dans un compte présenté par Philippe-Jules-François Mazarini Mancini , prince de Vergagne, le 29 juillet 1711. J'y lis que les immeubles de la succession du duc de Nevers, consistaient : En l'hostel de Nevers, à Paris , avec ses dépendances , sises rue de Richelieu, estimé deux cent mille livres, à cause de l'aliénation faite par ledit seigneur duc de Nevers, d'une maison faisant l'encoignure des rues de Richelieu et des Petits-Champs, au profit du sieur de Varennes, pour la somme de cinquante mille livres. (Voir le Mémoire entier, dans le volume 2818 du Supplément François, départ, des mss. Biblioth. Royale.)
(515) Hortence Mancini fut remarquable par sa beauté, dès son enfance. On faisait son portrait déjà en i65/j. Je lis dans une lettre de Colbertà Mazarin, en date à\xirojuin i65£i, à minuit : Je feray faire le portrait de mademoiselle Hortence pour l'envoyer à V. E.le plus promptement qu'Use pourra. Le 6 juillet, le Cardinal répond, après l'avoir reçu, qu'il le trouve assez bien. Ce portrait ne s'est pas conservé. Mais lorsque la beauté de la duchesse Mazarin et ses aventures romanesques ou galantes lui eurent valu en Angleterre une véritable célébrité, on fit plusieurs fois son portrait; le plus exact et le plus remarquable fut peint, en 1678, par Lely, l'artiste à la mode dans le grand monde de Londres, et l'imitateur quelquefois heureux de Van Dyck :
i° Ortance Manchini duchesse of Mazarin, etc., P. Lely pinxit. — G. Valck sculp. et excud. 1678. La main gauche appuyée sur un vase, la droite sur sa poitrine. Il y a un second état; 2° En buste, dans un ovale -.Ortance Manzini duchesse de Mazarin, etc. P. Lely — N. Visscher excudit. — A. de Rlois fecit. Haut. 20,0 , larg. i5,2; 3° Ortance Mancini gravé en man. noire. P. Lely pinxit. — G. Valck fecit et ex. Haut. 19,6, larg. i3,9; à" The Vutchess of Massarine — P. Lely pinxit. — R. Tompson excudit. gravé en man. noire; elle tient delà main droite une couronne. Haut. 33, t\, larg. 25,2 ; 5" En buste, dans un ovale ; au bas, ses armes, écartellées de celles de Meilleraye :
Ortence Mancini, duchesse de Masarin, ex formis Nicolai Visscher — P. Stephani sculp. Haut. 36,9, larg. 27,5; 6° Ferdinand pinxit.
— et Fessard sculp. ; — 70 Leris — chez Daumont ; — 8° Lely — D. Coster, l\" et 8» ; — 9° P. Lilly — P. Lombart , 1669 ; — io° Lely
— Lanclon, etc., etc.
Le chevalier Pierre Lely, de Soeste, en Westphalie, passa en Angleterre, vers 16Û1 y et mourut à Londres, en 1680, à l'âge de soixante trois ans; il était donc à la fin de sa carrière, en 1678, maisauplus fort de son talent et de sa réputation, lorsqu'il peignit la duchesse Mazarin.
Outre ces nombreux portraits gravés, la. plupart faits et publiés en Angleterre, nous avons en six pages le portraitd'Hortense Mancini, de la main de Saint-Evremont: On m'accuse à tort d'avoir trop de complaisance pour, madame Mazarin : il n'y a personne dont madame Mazarin ail plus à se plaindre que de moi. Depuis six mois, je cherche malicieusement en elle quelque chose qui déplaise, et malgré moi, je n'y trouve rien que de trop aimable, que de trop charmant, etc., etc. (OEuvres, tom. IV, pag. 88.) Il ne s'arrêta pas là, ses œuvres sont toutes ou presque toutes écloses de la conversation de madame Mazarin. Un jour, dans son salon, elle dit qu'elle souhaiteroi t fort de savoir ce qu'on diroit d'elle après sa mort; aussitôt il écrit son Oraison funèbre (tom. IV, p. 258,édit. de 1739) il fait son histoire et son portrait; histoire un peu partiale, portrait un peu flatté ; qu'on en juge par cette seule ligne : Le ciel a voulu donner à Hortense une beauté de l'ancienne Grèce et une vertu de la vieille Rome.
La pièce intitulée : Le pouvoir des charmes de madame Mazarin, commence ainsi :
Demandez-vous à quel usage, Hortence aime à porter des fleurs.
C'est pour effacer leurs couleurs Par celles de son beau visage.
Ces gracieuses inspirations compensaient chez ce poète de fréquentes négligences.
L'abbé de Saint-Réal écrivit aussi un portrait de cette beauté, qu'il trouva àChambéry, dans tout son éclat : Je vous dirai que c'est une de ces beautés romaines, qui ne ressemblent pas à des poupées comme la plupart des nôtres de France, et dans qui la nature toute pure triomphe avec majesté de tout l'artifice des coquettes. La Fare, l'inconstant amant de madame de La Sablière, en faisant l'éloge de la beauté incomparable de madame Mazarin , ajoutait qu'elle n'en avait rien perdu lorsqu'elle mourut. (OEuvres du marquis de La Fare, p. 129, édit. de 1750. Voir la noteôiô.)
(516) Je dis l'héritière , mais c'est à son nom et non pas à sa nièce , que le Cardinal laissait ses immenses biens et la plus belle partie de son palais; il dit formellement dans son testament qu'il donne telle et telle chose à sa nièce en considération du choix qu'il a fait
Noie 517.
dudit seigneur futur époux, et il ajoute : « Qu'en cas que madame de Mazarin mourût avant son mari, il continuerait la jouissance de tous ses biens, et que madame de Mazarin survivant, n'auroit que l'usufruit des six cent mille livres, à la jouissance desquelles il l'avoit réduite par son contrat de mariage, sans que le legs universel augmentât aucunement cette jouissance.»
(517) Elle avait conservé quelque manie du Cardinal comme l'amour des chiens, des singes, des oiseaux. (Saint-Evremont , t. IV, p. qo.) Saint-Evremont dans une lettre spirituelle, lui parle des animaux qu'elle avait confiés à sa garde , de son dogue Chop, de son pefoquet Pretty , de son chat Poussy , de sa guenon, de ses poules, (t. IV, p. 175, 177) et de Filis son serin, (p. 383). II composa même une pièce de vers intitulée : Sur la perle d'un Moineau blanc que madame Mazarin aimoit beaucoup. (Tome V, p. 101.) La duchesse de Bouillon avait aussi ses guenons , ses chiens, ses oiseaux et surtout ses chats. Chaulieu se plaint dans plusieurs de ses lettres des tourments qu'ils lui font souffrir : «Il m'est arrivé mille disgrâces devant vous; vos chiens m'ont mangé la main, la guenon m'a mordu , Messieurs de Vendôme m ont bridé une perruque et déchiré mon manteau , sans que vous ayez donné la moindre marque que cela vous louchât un peu au cœur.»
La duchesse de Bouillon trouve dans une lettre que lui écrit La Fontaine :
Nul auteur de renom n'est ignoré de vous L'accès leur est permis à tous Pendant qu'on lit leurs vers, vos chiens ont [beau se battre, Vous mettez les holas en écoulant l'auteur.
(Lettre XVIII.)
Cet amour des animaux allait bien â la protectrice de celui qui les faisait parler si naturellement ; M. Feuillet possède dans sa riche collection d'autographes plusieurs fables de La Fontaine qui donnent le rôle principal aux chats. Elles sont réunies dans une enveloppe qui porte la rubrique suivante, écrite de la main de la duchesse de Bouillon : Les Chats de La Fontaine.
J'ai parlé (p. 3o) de la guenon et des oiseaux du Cardinal , j'aurais pu à cette occasion rappeler que ce goût des animaux , depuis long-temps très répandu , était devenu une manie à la cour et dans la noblesse, mais je me suis refusé les excursions , même les plus tentantes, hors de mes limites.Ce ne serait pas en sortir que de rapporter un curieux passage de Brantôme qui nous apprend qu'on donnait 5oo fr. ou cinquante pistoles pour un petit chien de Boulogne. Il est vrai que l'acquéreur était Marie de Gonzague, et que le vendeur n'en voulait toucher le prix que lorsque la belle princesse serait sur le trône. Brantôme raconte très bien cette mystérieuse
anecdote, son livre est dans toutes les bibliothèques, j'y renvoie.
Les belles Mancini avaient conservé en outre le goût de leur oncle pour ce qu'on appela dès lors la curiosité, c'est-à-dire les vieux meubles de toutes sortes. Saint-Evremont est noire autorité pour madame Mazarin , l'abbé de Chaulieu pour la duchesse de Bouillon: ce dernier écrit à sa prolectrice une lettre fort amusante pour lui annoncer l'arrivée fabuleuse d'un vaisseau chargé de curiosités chimériques ( lettre datée de Fontenay, le 18 sept. 167O. Voir dans l'ouvrage de M. du Sommerard, album, série II, pl. XXil et (. 5, p. 206, un magnifique cabinet en ébènc qui avec trois autres de même richesse aurait appartenu à madame Mazarin.)
Le Livre commode contenant les adresses pour la ville de Paris ajouta dans l'édition de 1O92, aux nombreuses indications données l'année précédente sur le Commerce de Curiosités, une liste des Fameux curieux des ouvrages magnifiques. On y remarque tous les noms des amateurs avec leurs adresses. Jabach et Gagnières ne pouvaient manquer dans cette liste. On a fait connaissance, dans les notes précédentes, avec le premier. Par un sort singulier après la perte de sa fortune , après la vente de ses collections, après sa mort, son hôtel de la rue Neuve-Saint-Mederic resta pendant tout un siècle le magasin général de toute la haute curiosité, en devenant l'hôtel des ventes :
Cette boëte est jolie
C'est du Jabach sans doute?
Oh moi c'est ma folie.
(Taitèdu Wist, suivi d'une ancienne boutade contre ce jeu composée en 1772. Paris, chez Léopold Collin.
J'ajouterai quelques mots â la note 73. J. Marot , architecte -graveur a publié un plan et quatre vues de l'hôtel Jabach , non pas seulement tel qu'il a été construit el tel qu'il s'est conservé, mais encore tel qu'il avait été projeté : Elévation du coslé de la maison cl de l'édifice de M. Jabba cfie il a esté projette et comme estait la première pensée de l'architecte : Jean Marot fecit.
Un passage du Guide des étrangers dans Paris, par Germain Brice, nous donne avec le nom de l'architecte, celte indication que plusieurs artistes avaient fait des projets : « la maison du sieur Jabach dans la rue Neuve- Saint-Merry ou Mederic, paroù ilfaut passer. Elle est bâtie avec beaucoup de régularité et tous les plus habiles architectes ont donné des dessins pour son embellissement, ce qui la doit rendre remarquable plus qu'aucune autre de Paris; mais Bulet, architecte de la ville y a plus contribué que personne. Cette maison dans toutes ses parties peut passer pour une des plus belles que l'on puisse voir. (Germain Brice, 1. 1, page 1 38, étlit. de 1687.)
Le nom de Jabach restait donc désormais attaché aux objets qu'il avait tant aimés. Plus
heureux encore, Gagnières légua sa collection entière au public studieux. Lister, vers cette époque (en 1698), visita cet amateur, il confie à son account of Paris, son admiration pour le choix distingué des objets de science et d'art qu'il avait réunis; M. Guanieres is one of the most curious and industrious personsin Paris, (p. 88,édit.de i823);orcel éloge se trouve dans le chap. iv intitulé : Of the private cabinets of Paris, and the owners of them.
Avant de passer aux Dames curieuses, je citerai encore un des curieux de Paris , parce que son nom entre bien dans noire cadie.On lit dans Vesliledes bouls-rimezde ce temps — Imprimé à Paris et se vend au Palais, ia°, ï65i, page 38. Bovts-rimez sur la maison de monsieur Taleman :
Ce que l'Inde descharge àDelph oudansFIes- Brille chez Taleman. [singue Les dames curieoses de Paris pourraient donner lieu a plus d'une recherche biographique piquante, mais je dois me borner à parler des habituées du Palais Mazarin, et à ce titre je ferai remarquer que la duchesse de Portsmouth avait rapporté de Londres et de ses royales liaisons plus que le goût des curiosités, elle en avait rapporté de magnifiques objets, riches spécimens des collections royales, qu'elle devait à la générosité de son amant (Lister, p. 82.). Nous chercherions vainement dans la liste du Livre d'adresses le nom de la duchesse Mazarin, on sait qu'elle habitait Londres, mais sa sœur la duchesse de Bouillon, une parisienne, est indiquée quay Malaquet et sa fille la marquise de Richelieu (Voir la note r>5o) a pour adresse l'isle Notre- Dame, c'est-à-dire ce bel hôtel qui fut connu plus tard sous le nom de Pimodan , après avoir brillé de tout le luxe romanesque d'un Lauzun et des goûts élégants de cette descendante des Mancini. (Je n'ai pu faire entrer cette belle habitation dans le chapitre II , sa date est postérieure à la construction du Palais Mazarin. L'hôtel Pimodan est contemporain de toutes ces belles maisons qui couvrirent l'île Notre-Dame de 16A5 à 1O70, et parmi ceux qui se sont conservés il ne le cède qu'à l'hôtel Lambert en grandeur et en magnificence. M. Jérôme Pichon son digne propriétaire, scia son défenseur). Je réimprime ces deux listes des amateurs de l'année 1692, d'abord , parce que les collections du Cardinal ont été le point de départ ou au moins le stimulant de ces goûts, ensuite parce que le livre des adresses de cette année est fort rare et très peu connu :