CELA SOIT ARRIVÉ, CAR JE N'AI DU TOUT POINT EU
de mal. La reine la vint consoler et voulut être marraine; beaucoup de gens vinrent se réjouir avec l'accouchée, et ce qui avoit été d'abord un passetemps domestique, devint â la fin un divertissement public pour toute la Cour. On la pressa fort de déclarer le père de l'enfant, mais tout ce qu'on en put tirer, fut,
que CE NE POUVOIT ETRE QUE LE Roi OU LE COMTE DE GUICHE, PARCE QU'IL N'ï AVOIT QUE CES DEUX HOMMES-LA QUI L'EUSSENT BAISÉE ■.
Ces plaisanteries étaient alors de bon goût. Je publierai un couplet attribué à Louis XIII, avec la note qui l'accompagne, dans la collection manuscrite de M. de Maurepas. J'aime mieux cela que d'élaborer un préambule:
Mademoiselle de La Fayette dansant à tin bal dans le grand cabinet de la Règne à Fontainebleau, des dames, pour lui faire une malice, pressèrent des oranges, dont ils en firent tomber le jus à l'endroit où elle dansait, pour lui faire accroire qu'elle avoit pissé :
Petite La Fayette,
Votre cas n'est pas net ;
Vous avez fait pissette
Dedans le cabinet,
A la barbe royalle,
Même aux yeux de tous;
Vous avez fait la salle
Ayant pissé sous vous.
(Chansons mss. Collect. Maurepas.
— Tome I, f. /|Z|5.)
M. Feuillet a accueilli, dans sa riche collection d'autographes, avec trop de confiance' selon moi, un billet, Epître de jour de l'an, adressée par Marie-Hanne Manchini à Son Eminance et datée de i658. Cet autographe a tous les caractères d'une invention. Bien que les fautes ne soient pas au dessous de l'âge qu'avait à cette date la duchesse de Bouillon, il y en a une que l'on peut contester à une italienne, quel que soit d'ailleurs son âge, c'est le nom de Mancini écrit avec eu, erreur toute française et du fait d'un faussaire.
Cette même duchesse de Bouillon, n'étant encore que Marie-Anne Mancini, parut dans le ballet des Saisons, dansé devant la Cour, par le roi, à Fontainebleau, en 1661. Bense-
o5U LE PALAIS
rade, le poète si facile et qu'on trouvait si galant, dit d'elle :
(-elle petite muse, en charmes, en attraits,
N'est à pas une inférieure,
Aussi, pas une jamais [heure.
N'eut l'esprit et le sein formés de si bonne
(OEuvres. Paris, 12° 1698. T. II, p. 205.)
Ce souvenir de son esprit précoce était une des traditions de la Cour; Loret, en décrivantune fètedonnéeau Palais-Royal, dit qu'on remarquait :
Primo, madame de Bouillon, Qui d'amour est un Eguillon, Et qui, dès sa plus tendre enfance Charmoit toute la Cour de France.
(3i janv. i665.)
(a23) Le contrat de la duchesse de Bouillon fut signé, en présence de l'évèque de Mirepoix, dans les salons de la comtesse de Soissons (Olympe Mancini), le mardi 18 av. 1662.
(524) Elle accoucha à Paris, d'un fils, en janvier 16O/1 (Loret, 20 janv. 1G04), et ne partit qu'au commencement de 1663. Il y a dans le texte une faute d'impression, on changera i66â en 166Ô. Voir la citation de Loret du 3i janvier 1665, à la fin de la note 522.
(52ï) L'animosité frondeuse n'avait fait grâce àMazarinque pourse rejeter surses nièces, on voulut voir dans leur conduite, peu morale il est vrai, un dérèglement qui ne s'y trouvait pas. Les chansons inss. n'épargnent personne, on le sait, et elles n'auraient pas ménagé la duchesse de Bouillon. Je ne trouve cependant parmi leurs ordures, qu'un petit nombre de traits à son adresse. La Bruyère en stigmatisant les femmes du monde qui se jetaient a la tête de l'acteur Baron , (Roscius) dit : Claudie attend, pour l'avoir, qu'il se soit dégoûté de Messaline. (Des Femmes § xxxm.) Quelques clefs mettent pour Claudie, Marie- Anne, duchesse, de Bouillon, mais par pure médisance, car les mieux informés convenaient que ce portrait était celui de la duchesse de La Ferté. (Voir la note 530.)
Je ne vois pas que cette nièce de Mazarin se soit fait peindre souvent et peut-être faut-il compter cette réserve parmi ses mérites. Le malin Furetière faisait cette remarque :
On reconnoit aisément les femmes coquettes à la manière, de s'habiller, au monde qu'elles reçoivent chez elles, à leurs domestiques, à leur façon de parler, mais on les reconnoit aussi au nombre de copies qu'elles font faire de leurs portraits. Une de ces femmes s étant fait peindre un jour par mademoiselle Le llay, elle fit faire cinq copies de son portrait. Eh mon tïien , dit un cavalier , pourquoi cette femme fait elle faire tant de portraits ? (Jttoniam multiplicatif sunt iniquitaies ejits, dit agréablement mademoiselle Le llay. (Furetcriana, p. 2(J8.)
mazarin. Note 528.
(526) Ce mot fut attribué à madame de la Sablière (Hist. de l'Acad. franc, par l'abbé d'Olivet, tom. II, p. 33i), et à madame de Cornuel qui accaparait tous les bons mots. (Titon du Tillet, Parnasse françois, folio, p. Z162.) Le mot, en lui-même, a peut-être moins de mérite, si l'on remarque que Conrart avait appelé La Sablière le grand madrigalier français.
(527) Je ne puis cependant taire un reproche. Le poëme sur le Quinquina fut imposé à La Fontaine, par madame la duchesse de Bouillon, il lui dit:
La raison me disoit que mes mains étoient
[lasses.
Mais un ordre est venu plus puissante! plus fort Que la raison ; cet ordre accompagné degrâces, Nelaissantrien delibreau cœur, nidansl'esprit M'a fait passer le but que je m'élois prescrit.
Sans doute, à cette époque, le précieux spécifique faisait merveille, et le sujet était moins ridicule qu'il ne le serait, qu'il ne le paraît de nos jours, toutefois il n'avait rien de poétique, etle louable butque la duchesse voulait atteindre n'aurait pas dû l'aveugler sur les difficultés qu'elle imposait au poète. L'abbé Genest protégé du duc de Nevers, auteur des divertissements de Sceaux en compagnie de Malezieux, composa une ode, en ilx stances, sur le même sujet, mais il avait pour lui l'à-propos de la circonstance et un but de flatteries intéressées. Voir dans ses œuvres :Sur le Quinquina , ode à monsieur Fagon après la maladie du roy en l'année 1692 et dans le mss. des archives de la préfecture de Seine-et-Oise. E. 5. c. VIII, page 20/i.
(528) Ce roman parut en 169g, la meilleure leçon a été donnée par M. Walckenaer dans le cinquième volume de son édition de La Fontaine. Je lui reprocherai toutefois un morcellement du texte en alinéa trop multipliés pour tomber toujours juste.
La Bruyère a ppréciait le bonheur des grands qui s'entourent de gens d'esprit et parviennent à se les attacher : L'avantage des grands sur les autres hommes est immense par un endroit: je leur cède leur bonne chère, leurs riches ameublements, leurs chiens, leurs chevaux, leurs singes, leurs nains, leurs fous et leurs flatteurs, mais je leur envie le bonheur d'avoir à leur service des gens qui les égalent par le cœur et par l'esprit et qui les passent quelquefois. (Caract. des Grands, § m.)
On a étudié les transformations de la société, mais on a négligé l'examen intéressant de la position des hommes de lettres dans le monde depuis leur état d'histrion au moyen-âge, leur place subalterne de domestique, ne mangeant pas même à table, pendant le dix-septième siècle, jusqu'à leur complète indépendance et l'égalité entière dont ils jouissent aujourd'hui. Ce sujet peut donner lieu aux plus piquantes remarques, aux conclusions les plus nobles.
Note 531.
LE PALAIS MAZAH1N.
(529) Lettre de Château-Thierry du mois de juin 1671.
Le poète Benserade fait ainsi son portrait dans le ballet royal de la Naissance de Vénus, dansé en i665,et où elle avait un rôle de Néréide:
Si je voulois pourtant faire vostre tableau, Je vous peindrois ainsi : beauté charmante et
[blonde,
Vousavez une taille, un teint,destrails,desyeux Et par dessus cela, vous avez des cheveux Les plus longs, les plus fins, les plus épais du
[monde.
(OEuvres de Benserade. Paris, 12" 1698, tome II, p. 289.)
Les chansons manuscrites parlent de son joli pied et lui reprochent de porter des robes trop courtes, afin de les laisser apercevoir :
Puis arriva Bouillon, don don Troussant son falbala, la la Plus haut qu'à l'ordinaire.
(Recueil de M. Benj. Delessert, t. I, p. 279. Bibl. roy. coll. Maurepas, t. IX, p. 90.)
Ces mêmes chansons disent qu'elle devint laide en vieillissant (tom. IX, 20), c'est une erreur, les Mémoires de Saint-Simon sont dans le vrai. (Voir la note suivante.)
(530) Le 20 juin 1714, madame de Bouillon mourut subitement, Saint-Simon dit d'elle : « Elle avait soixante-huit ans et on voyait encore en elle de la beauté et mille agrémens. Son entourage de famille la plaçait haut dans la société de la cour, aussi poussa-t-elle l'orgueiljusqu'à l'audace et un orgueil qui s'étendait à tout ; mais comme elle avait beaucoup d'esprit et de tour et d'agrément dans l'esprit, elle sentait les proportions et avait le jugement de ne les outrepasser guères et de couvrir son jeu de beaucoup de politesse pour les personnes qu'il ne fallait pas heurter, et d'un air de familiarité avec les autres qui voilait comme par bonté celui d'autorité. En quelque lieu qu'elle fût, elle y donnait le ton et y paraissait la maîtresse. Ii était dangereux de lui déplaire; elle se refusait peu de choses et encore n'était-ce que par rapport à elle-même, d'ailleurs très bonne amie et très sûre dans le commerce.
« Son air libre était non-seulement hardi mais audacieux, et avec la conduite dont on a touché un mot, elle ne laissa pas d'être une sorte de personnage dans Paris et un tribunal avec lequel il fallait compter; je dis dans Paris où elle était une espèce de reine, car à la cour elle n'y couchait jamais, et n'y allait qu'aux occasions, ou une ou deux fois l'année.
« Le roi personnellement ne l'avait jamais aimée, sa liberté l'effarouchait ; elle avait été souvent exilée et quelquefois longtemps. Malgré cela elle arrivait chez le roi la tête haute, et on l'entendait de deux pièces; ce parler haut ne baissait point de ton , et fort souvent même au souper du roi, où elle attaquait Mon-
seigneur et les autres princes ou princesses qui étaient à table, derrièrequi elle se trouvait, et les dames assises auprès d'elle. »
«Sa maison était ouverte dès le matin; jamais femme qui s'occupât moins de sa toilette; peu de beaux et de singuliers visages , comme le sien, qui eussent moins besoin de secours, et à qui tout allât si bien, toutefois toujours de la parure et de belles pierreries. Elle savait, parlait bien, disputait volontiers et quelquefois allait à la botte. — En tout ce fut une perle pour ses amis, surtout pour sa famille; c'en fut même une pour Paris. Elle n'était ni grande ni menue, mais tout le reste admirable et singulier. C'était grande table soir et matin , grand jeu et de toutes sortes à la fois, et en hommes la plus grande, la plus illustre et souvent là meilleure compagnie. Au demeurant, une créature très audacieuse, très entreprenante, par conséquent toujours embarrassante et dangereuse. Elle sortit plus d'une fois du royaume, elle se promena en Italie et en Angleterre, sous prétexte de ses sœurs, et vit aussi les Pays-Bas; mais elle régna moins à liome et à Londres qu'à Paris. » (Mémoires, tom. XI, p. 190.)
Ce portrait est pris de haut, où se place d'ordinaire Saint-Simon; les chansons voyaient d'en bas, leur style et les traits dont elles se servent, s'en ressentent :
Italienne de nation Sans démentir son origine, On voit la petite Bouillon Sçavaate au métier de Cyprine Enfin de tous côtés et derrière et devant On la f..... fort souvent.
(Bibl. roy., Coll. Maurepas, t. V, fol. 115.)
J'en pourrais citer d'autres, plus cyniques encore et aussi calomnieuses, mais celle-ci suffit pour donner le diapason.
Elle avait conservé les habitudes de sa jeunesse et chassait à tir et à courre, au moins je trouve ce passage dans une pièce du temps, qui récapitule les ennuis de la cour et les manières différentes de les supporter ou de s'en débarrasser : Madame la duchesse de Bouillon, telle illustre amazonne, dont l'humeur est toute guerrière, se servoit du fuzil pour les combattre ( les ennuis). (Recueil de pièces galantes— de madame la comtesse de La Suze. Ainsi. 12°, 1695, p. 355. Voir la note 621.)
(531) Ami de La Fontaine, élève de Chapelle, maître de Voltaire, (le jeune Arouet lui avait dit cette galanterie). Artiste moins habile l'abbé de Chaulieu, au milieu de ses incorrections, avait quelquefois de véritables inspiralions de poète. Lié avec madame de Bouillon, il élait en commerce littéraire avec madame Mazarin, par l'entremise de Saint-Evremonî et il lui disait •
La divine Bouillon, cette adorable sœur Qui partage avec vous l'empire de Cythère
Et qui par cent moyens de plaire,
Séduit et l'esprit et le cœur;
Malgré ce que j'ai pu faire, Veut aujourd'hui que nies vers Au hazard de vous déplaire, Aillent traverser les mers.
Il lui envoie le Voyage de l'Amour et de l'Amitié (1696) , mais il redoute la délicate critique de Saint-Evremont.
Daignez donc, divine Hortence,
Par un regard de ces yeux
Qui désarmeroient des Dieux
La colère et la vengeance,
Obtenir quelqu'indulgence ;
Et d'un accueil gracieux
Payer mon obéissance.
Le vieux poète exilé avait trop intérêt à ménager les gens d'esprit de Paris , pour leur compter les louanges; il les distribue largement à ce nouvel ouvrage de l'abbé de Chaulieu :
Je lui donne l'avantage, Sur les plus galants écrits Qui nous viennent de Paris.
Nous ajouterons qu'Hortense, Notre Sapho-Mazariii, Vous donne la préférence Sur tout Grec cl tout Latin.
Cette opinion de Saint-Evremont était alors à peu près générale; nous en pourrions citer plus d'un exemple. Il nous suffira de ces quelques vers d'Hamilton :
Mais, dans quelque lieu qu'il puisse être,
Sur vos vers consultez Chaulieu,
Il vous redressera peut-être;
Car il a le talent du dieu
Qui des poètes est le maître.
(Voîraussi p. 232, t. III, édit. dci8i2.)
(532) Nous n'avons de cette dernière phase de son talent que deux fragments , le reste s'est perdu. La paraphrase du psaume XVII, Diligam te, Domine. Où sont ces troupes animées, et la paraphrase de la prose, Dies Irœ : Dieu détruira le siècle au jour de sa fureur. Je- ne parle pas des poésies chrétiennes de M. deBriennefils, qui parurent sous son nom, ni de la captivité de Saint-Malc, composée, en 1673, à la prière de MM. de Port-Royal et dédié au cardinal de Bouillon. L'esprit change de direction plus facilement que le talent, il est douteux que l'auteur des fables et des contes fût devenu un poète religieux bien remarquable.
Pendant la période antérieure, il adressait à la duchesse de Bouillon, comme a ses autres protecteurs, des copies manuscrites de toutes ses compositions. Ces autographes se retrouvent aujourd'hui dans plusieurs collections; celle de M. Feuillet est la plus riche. M. Delessert possède quelques unes des pièces les plus rares, entre autresles Nymphes de Vaux, et l'on a vendu pour 600 fr. , le 20 avril de cette année, le conte intitulé '.Comment l'esprit vient aux ftllcs, n° 253 du catalogue Charon. Paris, 18/10.
mazarin. Note 534.
(533) Le duc de Nevers parle ainsi de l'abbépoète, dans une épître à sa sœur, la duchesse de Bouillon :
Adieu, ma chère sœur, adieu ; Faites mes coniplimens à l'abbé de Chaulieu, Cet abbé, des abbés l'ornement et l'exemple;
Homme d'esprit et de conseil
Dont le volume est assez ample,
Et le mérite sans pareil
Le teint frais, grassouillet, vermeil, Le mignon de l'église et l'oracle du temple.
Et plus loin, en faisait allusion aux soupers qui les réunissaient avec le duc de Vendôme : Courtisan par plaisir, philosophe par goust, Si nous sommes jamais tous quatre à une table Vous avec votre air enfantin, Délicieuse mimallone C'estalorsqu'il faudra qu'à loutons'abandonne Que votre aine en pointe de vin, [tonne, Tout entière entre nous s'ouvre et se débou- Pour nous montrer ce qu'elle a de divin. (Voir les pièces imprimées, les papiers Conrart , à l'Arsenal , et les recueils mss. de M. B. Delessert.)
(534) Chaulieu, élève de Chapelle, ami de La Foniaine, commença par lui donner les leçons de sa morale épicurienne :
Princesse en qui l'art de plaire Est un talent naturel ; Toi dont le nom immortel, Dans le temple de Cytlière Aura toujours un autel, Tant qu'on y célébrera L'esprit, la grâce et les charmes Et qu'Ovide y chantera Les beautés à qui Rome avoit rendu les armes; Bouillon, je veux que nia muse, Philosophe en ses chansons, De ses morales leçons Et t'instruise et t'amuse.
Cette morale se résume dans cette règle de conduite : vivre gaîmentet ne pas craindre la mort :
Aux pensers de la mort accoutume ton amc Hors son nom seulement, elle n'a rien d'affreux.
Et pour !a vie, tels devaient en être le but et le meilleur emploi :
Cependant jetons des roses, Je les vois avec les lis Briller franchement écloses Sur le teint de ma Phylis.
Viens, Phylis, avec moi, viens passer la soirée, Qu'à table les amours nous couronnent de
[fleurs.
(Epitre à S. A. Madame la duchesse de Bouillon, 1700.)
Ce brusque passage de raisonnements sérieux à l'entraînement du plaisir, se retrouve dans plusieurs de ses meilleures pièces; on se rappelle : Dieu, ce soir, qu'Iris est belle, et Mais je vois revenir Lisette.
Note 5h0.
Cette facile morale et la vie joyeuse qu'il mettait en pratique, était du goût du plus grand nombre, et La Fontaine, avant sa conversion, écrivait au duc de Vendôme :
Tant que votre altesse, seigneur Et celle encor du grand-prieur, Aurez une santé parfaite, Je renonce à toute retraite.
Mais dés qu'il vous arrivera Le moindre mal, on me verra, Vite à Saint-Germain de la Truite, Frère servant d'un autre ermite, Qui sera l'abbé de Cliaulieu ; Sur ce je vous commande à Dieu.
Rappelonsencore que si madame de Bouillon appelait La Fontaine le Fablier, Chaulieu le nommait le Conteur par excellence ( dans le prologuedu Voyage de l'Amour et de l'Amitié. Voiries éditions de 1731 et 33. Dans les éditions de Saint-Marc, 1757, et dans celle de La Haye, 1777, il y a ce conteur qui n'a pas le même sens.)
L'abbé de Chaulieu mourut à quatre-vingtun ans, aveugle, perdu de goutte et encore éperdument amoureux de mademoiselle de Launay, la spirituelle dame de compagnie de la duchesse du Maine (Voir ses Mémoires). L'épitre de Voltaire a M. le duc de Sully peut donner une idée des regrets qu'il laissa : Sa perte au Parnasse est funeste ; Presque seul il éloit resté, D'un siècle plein de politesse.
(535) « La Reynie, l'un des présidens de cette chambre, fut assez mal avisé pour demander à la duchesse de Bouillon- si elle avait vu le diable; elle répondit qu'elle le voyait en ce moment, qu'il était fort laid et fort vilain, et qu'il était déguisé en conseiller d'Etat. L'interrogatoire ne fut guères poussé plus loin. -1 (Voltaire, Siècle de Louis XIV, chap. XXVI.)
(536) Madame de Bouillon recherchait les secrets de la magie comme ceux de la médecine. Nous voyons dans le récit du voyage du docteur Lister, son nom figurer au nombre des personnes qui lui demandent la recette des fameuses gouttes dont le secret, acheté i,5oo liv. sterling par Charles II, au docteur W. Goddard, lui avait été communiqué par le roi lui-même. (An accotent of Paris, page 217, édition de 1823.)
Madame de Bouillon se rendit à la chambre de l'Arsenal, le 29 janvier 1680. Voir le texte de l'interrogatoire que le duc de Bouillon eut l'autorisation de publier, pour l'envoyer en Italie et dans toutes les cours de l'Europe. Il voulait laver dans le ridicule des juges l'affront fait à son nom. Voir aussi les Lettres de madame de Sévïgné, 3 1 janvier 1680. M. Montnierqué, son consciencieux éditeur, a réimprimé, cet interrogatoire (tome VI, page Paris, 8°, 1820), d'après la minute signée : Mari'inne de Mancini, duchesse de Bouillon,
Bazin et de La Reynie. Voir enfin les mémoires du temps, et en particulier ceux de La Fare.
(337) Dès qu'elle fut mariée, elle habita son bel hôtel sur le quai Malaquest, grande maison régulière, construite par Barbier, contrôleur général des finances, dans le voisinage de l'hôtel de Conti. L'autre jour, en passant à Vernon , lui écrit galamment l'abbé de Chaulieu, je demandai à la Seine si elle n'avoit point eu l'honneur (le vous voir à Paris, puisque :
Malgré le penchant qui l'emporte, Pour s'attirer de vous un regard en passant, Elle coule depuis un an, Et nuit et jour, à votre porte, Et l'été même, ce dit-on, Elle prend bien souvent la peine De monter au plus haut de la Samaritaine, Pour vous v oir un moment dessus votre balcon.
(Lettre du i«r oct. 1677.)
Les chansons manuscrites indiquent cette position voisine du jardin des Tuileries : Vous vous promenez, dit-on, Dedans les Thuilleries.
(Bibl. Boy. , Coll. Maurcpas, tom. IX, p. 21.)
(538) Cet hôtel, aujourd'hui la propriété de M. Pelaprat, est le seul qui, après bien des altérations, s'est conservé sur ce quai. Il a été gravé dans le grand Marot, planche 9a.
François Belin, natif de Marseille, fut chargé par madame de Bouillon du soin de sa bibliothèque; c'était un littérateur, plutôt qu'un bibliographe. Il est mort vers 1730.
(539) De tous les vers qui lui furent adressés, je ne citerai que la réponse de La Fare au reproche d'oubli que l'abbé de Chaulieu avait été chargé de lui faire de sa part :
Quand j'entendis celle que j'aimai tant, Sur mon oubli me faire une querelle, Peu s'en fallut que mon cœur à l'instant Ne me quittât pour voler après elle.
Il avoit du chemin fait plus de la moitié, Lorsqu'Amour lui dit : Téméraire, Je veux bien te donner un avis par pitié : Tu prends pour de l'amitié, Un simple désir de plaire.
(540) Plus tard, lorsqu'à la suite d'un chagrin de cœur, la duchesse Mazarin voulait se retirer dans le couvent où végétait le connétable de Colonne, Saint-Evremont l'en dissuada et lui dit : « Après avoir parlé trois ou quatre jours de la France et de l'Italie ; après avoir parlé de la passion du roi et de la timidité de monsieur votre oncle; et de ce que vous avez pensé être, et de ce que vous êtes devenue, vous vous trouverez enfermée dans un couvent. » (Saint-Evremont, OEuvres, tom. IV, page 198, édit. de 1739.) C'étaient en effet les sujets de conversation qui devaient s'établir entre elles, aussitôt leur rencontre.
LE PALAIS MAZARJN.
1N0IO bllk.
(541) Le Cardinal eut à se louer de la soumission et des bonnes dispositions de ses nièces Martinozzi, de l'aînée des Mancini, et de la cadette Marie-x\nne, qui devint plus tard (1662) duchesse de Bouillon, et dont l'esprit et l'enjouement étaient bien faits pour le séduire.
Le poète Bouillon, qui n'avait aucune parenté avec le duc de ce nom, lui adressa des stances dans lesquelles il célèbre cette influence :
Son Eminence, à ce qu'on dit, Fait si grand cas de votre esprit, Qu'il vous traite de nièce aînée ; C'est vous que pour la paix et le grand hyménée Il consulta, dont bien nous prit.
(Dans ses OEuvres, p. go, Paris, 120, iG63.)
Cette flatterie, qui transformait une toute jeune fille en profond politique, avait pourtant son fondement, au moins dans les apparences. Le cardinal ayantrelégué, comme nous l'avons vu, ses trois nièces au Brouage, lutta contre la passion de Marie, qui trouva dans Horlense une alliée, et dans Marie-Anne, au contraire, un cœur rebelle aux séductions, et, jele crains, un petit espion, qui veillait pour le Cardinal à l'honneur de sa famille, tandis qu'il s'occupait à Sainl-Jean-de-Luz des intérêts de la France. Il est certain que Mazarin correspondait avec elle, dans l'intention d'être informé de ce qui se passait au Brouage, et l'on a pu croire, peut-être a-t-il laissé entendre, qu'il consultait un enfant dans ses grandes négociations.
Loret, qui ne mettait que bonhommie dans la malice qu'on voulait trouver dans ses vers, est seul dans le vrai :
Cette fille jeune et jolie, Dont l'origine est l'Italie, Fille de singulier renom, Dont Mariane est le beau nom, Ayant cent agrémens en elle, Et tellement spirituelle, Qu'icelle, à l'âge de six ans, Charmoit Boy, Beyne et courtisans.
(22 avril 1662.)
Il pensait ici à Tassez mauvaise plaisanterie qui lui fut faite à cet âge, et que les mémoires du temps, ainsi que madame Mazarin, ont racontée. (Voir la note 522.)
(542) Sainl-Evremont le laisse entendre.
Madame la duchesse Mazarin écrit cependant à l'abbé de Chaulieu : Je ne fais pas de vers, mais je m'y connois assez pour vous pouvoir dire sûrement, Monsieur, que les vôtres sont les plus agréables qu'on puisse voir.
A un retour d'Alsace, après un de ces voyages inutiles et inattendus, comme le duc Mazarin en entreprenait par caprice d'humeur ou par crair.le de jaloux, Loret annonce l'arrivée de :
Ce duc si rempli de prudence, .
Et sa femme, la belle Hortcnce.
Puis il ajoute sans autre indication et comme
une chose devenue publique :
Une hôtesse de leur palais, Bel esprit, s'il en fut jamais, Et qui, par sa science infuse.
Est digne du beau nom de Muse, Ayant célébré leur retour Avec des vers dignes d'amour, Dans un assez succint ouvrage, Je n'ose en parler davantage.
(3 févr. 1663.)
Ces vers, s'ils ont été publiés, me sont inconnus, et cette muse, à la science infuse, n'est-ce pas la duchesse de Bouillon ?
(5Z|5) Son rondeau contre les Métamorphoses de Benserade a été inséré dans les notes du Bohvana, tome V de l'édition de Brosselte, page 93 :
Quoi ! vos rondeaux fontla nique à Clément! Bien le voudrois aller dir' hautement Partout et même en la grande bourgade , Brin n'en doutés, nions de Benserade, Mais trop savés que malheureusement, Je ne saurois.
Le poète Bouillon, qui fit une Joconde en concurrence avec l'Arioste et La Fontaine, adresse les vers suivans à la duchesse de Bouillon :
Vous de qui les charmes divers
Ont déjà couru l'univers,
Recevez ce fruit du Parnasse.
Aux gens de mon métier vous devez faire grâce:
Comme eux vous composez des vers.
Bouillon, je l'ai déjà remarqué, n'avait aucun lien de parenté avec le duc de ce nom.
(544) Voici le portrait qu'en a fak le duc de Saint-Simon, d'ordinaire peu bienveillant pour tout ce qui est race Mazarine ou demi-Mazarine: C'étoit un italien, très italien (la dauphine l'affectionnai l et parlait italien avec lui.Sévigné 6 avril 1680), de beaucoup d'esprit, facile, extrêmement orné, qui faisoit les plus jolis vers du monde, qui ne lui coûloient rien et sur-lechamp, qui en a donné aussi des pièces entières; un homme de la meilleure compagnie du monde , qui ne se soucioit de quoi que ce fut, paresseux, voluptueux, avare à l'excès, qui alloit très souvent acheter lui-même à la halle et ailleurs ce qu'il vouloil manger, et qui faisoit d'ordinaire son garde-manger de sa chambre. Il voyoit bonne compagnie, dont il étoit recherché ; ilen voyoit aussi de mauvaise et d'obscure, avec laquelle il se plaisoit, et il étoit en tout extrêmement singulier ( tom. V, p. 3i4).
Il parle plus loin de l'indépendance de son caractère, qu'il attribue à sa paresse; il s'étonne surtout de son indifférence pour les titres et les grandeurs : // eut, en 1678, un brevet de duc qu'il ne tint qu'à lui , dix ans durant, de faire enregistrer. Il le négligea
Note 550.
(tom. I, p. 3i5). On voit que l'auteur des Mémoires ne se sentait pas capable d'une pareille abnégation.
J'ai cité deux vers qui prouvent l'affeciion du duc de Nevers pour ses deux sœurs ; je vois cependant, mais j'ai du omettre, des nuages qui s'élevèrent souvent entre lui et Marie , connétable de Colonne. Elle dit, dans ses Mémoires : // prenoit un singulier plaisir à m'irriter et à me contredire (p. 8û), et en effet des brouilles continuelles traversaient cette affection fraternelle, que la duchesse Mazarin maintenait, à son égard, dans une douce continuité.
(545) Il aborda même, avec la plus fastidieuse ténacité, ces difficultés de la poésie, qui me paraissent trop péniblement ennuyeuses pour les appeler un jeu de l'esprit. Au reste, quel poète ne s'est laissé aller à ces recherches. Le plus naturel d'entreeux, La Fontaine lui-même, n'a-t-il pas donné dans le travers. Je renvoie aux rimes d'âge et d'ifel aux luttes soi-disant poétiques du duc de Nevers, deChapelle etde Chaulieu, dans ce champ clos aussi étroit qu'épineux.
Le duc de Vendôme avait, je crois, commencé ce badinage ; Chapelle le continua et après lui l'abbé de Chaulieu commence ainsi son épitre :
J'ai vu du paisible rivage,
Enfoncer le fragile esquif
Que Chapelle et d'âge et d'if
Avoit lesté pour son voyage.
De cette difficulté des rimes, on passa à la difficulté des petits vers; si petits, à la fin, qu'ils n'eurent plus qu'une syllable (Epîtredu duc de Nevers au prince de Conti ). Le marquis de Dangeau fil assaut en ce genre avec le duc de Nevers, ils se fatiguèrent enfin de ces puérilités ; seulement le public les avait depuis longtemps prévenus. Le duc de Nevers s'écrie : Laissons là ces petits vers nains, Mon amour pour eux est passée, Donnons, donnons téte baissée Dans les alexandrins.
(Recueil des poésies du duc de Nevers, un vol. in-4°, Bibl. de l'Arsenal.)
Voir pour d'autres éloges : Desmaizeaux , Vie de Saint- Evremont , p. 208, en tèle des Œuvres compl., édit. de 1739. — De Callières : Des bons mots et des bons contes, p. 338, édit. de Paris, 1699. — L'abbé Genest, dans les Divertissements de Sceaux, loin. I, p. 209.
Le sonnet de Boileau ne prouve rien contre le bon goût du poète grand seigneur; il est le résultat de la passion du moment et la suite d'une méprise. Le duc de Nevers admirait sincèrement les deux grands poètes, et je trouve dans l'épîtreà Bourdelot un éloge brillant et sincère à leur adresse. J'en citerai deux vers, ils sont dans le goût du temps (dans le mauvais), mais la louange n'a rien de détourné : Ces illustres du temps, Racine et Despréaux , Som du mont Hélicon les fermiers généraux.
(546) Edition Monmerqué, tom. IX, p. Si.
(547) Edition Monmerqué, t. IX, p. Z|5o.
(548) L'abbé Bourdelot, auquel cette épitre fut adressée, était médecin de la reine Christine; il entra plus tard dans la maison du prince de Coudé et mourut en 168Û. Il n'était abbé que pour pouvoir jouir de plusieurs bénéfices ; et sans avoir laissé rien de remarquable après lui , il a joui pendant sa vie d'une grande réputation d'homme d'esprit (Voir les Mémoires du temps, les lettres de Guy Patin, le Fureteriana, p. 182, etc., etc.).
La pièce de vers, dont il est question ici et dont j'ai cité quelques vers, a été insérée dans les OEuvres de Saint-Evremont , parce qu'elle est suivie de son opinion sur le talent poétique de l'auteur ; d'ailleurs elle se rencontre manuscrite dans tous les recueils de vers. A l'Arsenal , elle fait partie du volume de poésies du duc de Nevers.
Je renverrai à sa satire sur les mœurs du temps; elle. contient de beaux vers. En parlant d'un ministre de Louis XIV, il dit:
Qu'il songe à lui, qu'il se souvienne Que la fêle de Vaux se chaume à Pigncrol, Qu'au caprice du sort la nature asservie Au sortir du conseil, un Louvois perd la vie. (Satire, p. b.5, Recueil, Bibl. de l'Arsenal.)
Après avoir remarqué la décadence générale, il se console en faisant l'éloge de madame de Maintenon. Nous citerons ce passage : Dieu nous devoit un ange lutélaire,
Pour éclairer noire raison; Nous l'avons, il agit , et la France prospère. Qu'Esther ne forme plus l'énigme de son nom, Qu'il éclate en mes vers, on ne doit plus rien
[craindre.
Pour Maintenon, ma muse, il faut se signaler Puisque Mignard la fait parler Il nous est permis de la peindre.
Parmi tant de vertus, louons sa piélé [gnités Loin d'elle, faste, éclat, pompe, honneurs, di- D'un cœur ferme elle suit les grandeurs et la Et dans sa sainte austérité, [gloire Ne laisse pour toute mémoire Que son exemple à la postérité.
(Recueil des poésies du duc de Nevers, 1 vol. in-4°, p. Co,Bibl. de l'Arsenal.)
(549) Tous les Mémoires, et madame Mazarin dans les siens, ont parlé de ces fréquents voyages; ils sont consignés à leur date dans les bavardages hebdomadaires de Loret, et madame de Lafayette en donne la raison, je ne garantirais pas que ce fût la bonne. (Voir la note 50o).
(550) En 1666, elle avait quatre enfants : Marie-Charlotte, née à Paris, le 28 mars 1662, mariée à Armand-Jean de Vigneroddu Plessis, marquis de Richelieu, qui l'avait enlevée (Voir la note 55g); Marie-Anne, née en iG63, nommée abbesse de Lys, en 1O98 ; Marie-Objmpe,
Note 552.
née en i665, mariée, le h octobre 1681, à Louis-Christophe Gigault, marquis de Bellefonds et de La Boulaye (Voir la gazette de Renaudot), tué, en 1692, à la bataille de Steenkerke; Charles-Jules, né le 25 janvier 1666, marié, en décembre ifi85, à Félicie-Armande- Charlotte de Durefort-Duras.
Loret annonce ainsi la naissance de leur premier enfant, dans la semaine qui suivit l'accouchement :
Ce rare objet, digne d'amour, Que l'on prisoit tant à la cour, Sous le nom d'Hortence, la belle, Et que maintenant on appelle La duchesse de Mazarin.
A son retour d'auprès du Rhin Est accouchée en cette ville.
(i« avril 1662.) A la naissance de leur fils, Benserade composa des vers; je citerai les suivants : Que Dieu vous assiste bien Couple heureux, joint d'un lien Par qui chez nous tout prospère.
Vous avez bien fait de faire Ce joli petit chrestien.
(Bibl. de l'Arsenal, Recueil, pet. in-flo, p. 8i3.)
On trouve d'autres détails dans les Hommes Illustres de Perrault (Edit. in-folio, tom. II, p.2i),à l'article du maréchal de laMeilleraye, père du duc Mazarin ; et si l'on veut de scandaleuses anecdoies, on peut les demander aux chansons manuscrites, qui trouvent de bon goût de plaisanter sur les écrouelles de la Gigaull et sur la puanteur de la Richelieu (Bibl. roy., Coll. Maurepas, tom. IX, p. iliS.)
(551) A en juger par des extraits de correspondance, qui ne peuvent fournir que des indications, cet intérieur n'eut jamais l'intimité qui fait le bonheur conjugal. On lit dans une lettre de Lebas à Colbert, datée de Paris, 8 may 1661 :
monseigneur le duc Mazarin soupa hier à Vincennes et vint ensuite coucher icy chez des baigneurs. J'ay appris cela à l'Arsenal, où j'étais allé pour lui parler suivant vos ordres.
Le baigneur, on le sait, n'était autre chose qu'un hôtel garni plus ou moins célèbre, selon la vogue de celui qui le tenait , correspondant à ce que peut être aujourd'hui l'hôtel des Bains de Tivoli. Les jeunes gens en avaient fait un logement moins convenable et de moins bonne réputation. Leduc Mazarin, qui avait l'Arsenal et le palais Mazarin à sa disposition, semble en partie fine lorsqu'il loge chez le baigneur. Il y eut bientôt quelques nuages dans le ménage, puisque Coiffier, un des agents de Colbert, lui écrit en date du 1 1 juin 1661 :
J'ay sçeu que madame la duchesse (Mazarin) est à présent de bonne humeur et qu'elle se divertit fort à Vincennes, et M. le duc ne la croit pas où il la voit. Je vous dis cela pour ce que ce vous est chose agréable, et que vous voudriez
de bon cœur que ces a/faires-là n'eussent pas tant faict de bruit.
(552) L'abbé de Saint-Réal se chargea de rédiger les mémoires de la duchesse Mazarin. Il les écrivit, pour ainsi dire, sous sa dictée, car ils sont comme une sténographie de sa conversation, pleine d'esprit et de fol abandon. Il rencontra à Chambéry, dans sa ville natale, cette charmante femme, à une époque où l'exil n'était pour elle qu'une douce distraction aux ennuis de la vie conjugale; où elle oubliait, dans les tendres épanchemens du prince de Savoie, l'un des anciens prétendans à sa main, qu'elle avait laissé des intérêts, desenfans, un mari en France, et qu'elle n'avait emporté avec elle que ses petites pierreries pour toute ressource, et une réputation qui aurait dû rester son seul bien.
Ces mémoires, qui ne vont que jusqu'au séjour de madame Mazarin àChambéry, furent imprimés dès 1G75, avec son autorisation et par les soins de Saint-Réal. Ils parurent sous ce titre : mémoires de M. L. D. M. (madame la duchesse Mazarin), Cologne, P.Marteau, 1675, format in-120 de i!\lx pages. Les bibliographes (Barbier, Anonymes, N" 11,467; Brunei, Manuel, 23,801) et ma bibliothèque me permettent d'en indiquer une seconde édition, à la sphère, chez Pierre du Marteau, l'An 1676, format in-i2° de iM pages. Ces mémoires et le morceau sur le caractère de madame Mazarin sont ensuite entrés dans les OEuvres complètes de l'abbé de Saint-Réal, Amsterdam, 120, 1726, 5 volumes, tome II, pages 5o5 a 587, avec un portrait de la duchesse Mazarin, gravé par Cosler, d'après Lely. M. Leber remarque qu'on doit trouver à la fin de tous les exemplaires de la première édition, à la page 122, et il possède bien réellement à la fin du sien, une lettre de 22 pages (Catal., tome II, page3i5), mais cette lettre fait partie inhérente des Mémoires, à tel point que, dans la seconde édition, la page 126 a pour réclame la moitié du mot lettre, et que Bayle la cite sansplusde remarque. Cette lettre n'est autre chose que le portrait de la duchesse Mazarin, ou l'étude sur son caractère, écrit par Saint- Réal, et qu'on trouve aussi réuni avec les Mémoires, aux œuvres de Saint-Evremont (tome VI de l'édition de 17Z10), parce qu'on lui en fit honneur pendant quelque temps, comme de beaucoup d'autres écrits dont il se défend avec esprit. A titre d'ouvrage piquant, ces mémoires ont pu entrer, sans lui faire tort, dans les mélanges curieux des pièces qu'on lui attribuoit.
Bayle conteste la participaiion de Saint- Réal à ces mémoires; il les attribue à madame Mazarin elle-même : Je vous dirai en passant qu'il y a beaucoup d'apparence que c'est ellemême qui a écrit les mémoires qui ont couru sousson nom. Ils ne s'étendent que jusques au temps de son arrivée à Chambéri, ils ont été traduits en diverses langues, et imprimés plusieurs fois. La lettre qui les accompagne est
Note 555.
un éloge magnifique de sa beauté et de son esprit. Je n'ai jamais voulu croire, comme bien d'autres l'ont cru, que l'abbé de Saint- Mal fût l'auteur de cette lettre et des mémoires qui la précèdent. Il avait bien du mérite, il éerivoil bien, mais non pas de cette manière aisée qui paroît dans ces deux ouvrages. (Rtp, aux quest. d'un provincial, éd. in-i2°, p. 182. )
Il est vrai que l'abbé Carrel publia une lettre (Paris, 1Û91) pour prouver que Sainl- Real ne savait pas écrire le français; mais quelques fautes tle langage et même de grammaire n'ont jamais ôté le style, pas plus qu'une correction parfaite ne le donne. Les contemporains jugent souvent ces questions d'anonymes moins bien (pie la postérité.
Les Mémoires de madame Mazarin étaient arrivés à leur cinquième édition sans que la célèbre Hortencc , ou Saint-Evremont en son nom, se fussent élevés contre les assertions, même les plus singulières, qu'ils contiennent. A l'époque du procès, les avocats des deux parties en firent usage, comme d'un document officiel, et c'est ainsi que les historiens doivent l'accepter, en faisant toutefois la part de cette tournure spirituelle et maligne, de celte curiosité satyrique qui se satisfait un peu aux dépens de la vérité , et dont n'est exempt aucun ouvrage de celte date. Que viennent donc nous dire les Lettres historiques et galantes , par madame C*** (Du Noyer), La Haye, 1708? A entendre l'auleur, ces mémoires auraient été écrits par une madame Du Rhut (lonie I, page 70). L'assertion est tellement singulière, qu'on pourrait y chercher une mauvaise plaisanterie. L'abbé Goujet, et après lui M. Guérard dans sa Bibliographie de la France, parlent des mémoires d'une connétable de Pologne. L'imprimerie est toujours responsable de ces sortes d'erreurs.
On joindra à ces mémoires les pièces suivantes, imprimées a part ou confondues dans les œuvres de Saint-Evremont : Vie Plaidoyer de Hf. Erard pour M. le duc de Mazarin contre madame la duchesse de Mazarin, so?i épouse, publié à Paris, au sortir de l'audience, et ensuite réimprimé en 1696; 2° la réplique au plaidoyer fait par maître Sachal dans la même cause (je ne l'ai pas trouvé); 3° l'extrait del'arrêt; h" Lalettrede M. Erard à M. le duc de Caderousse ; 5° la réponse aux questions d'un provincial, de Bayle, chapitre LXXI; 0" le factum de Saint-Evremont pourmadame la duchesse Mazarin contre monsieur le duc Mazarin, publié en 169G, avec une prélace de M. Dubourdieu, ministre prolestant, et en réponse à la réimpression du plaidoyer, faite en 1O9O ; 70 les remarques sur le plaidoyer de M. Erard; 8° la réponse de M. Erard au factum de Saint-Evremont, dans une dissertation sur ses œuvres, imprimée à Paris, en 1698; 90 enfin les correspondances de la famille et des personnes intéressées tant dans les œuvres de Saint-Evremont que dans les collections d'autographes.
Nous avons en effet nombre tle lettres écrites par madame Mazarin, d'une main ferme et d'une orthographe qui ne dépasse pas en incorrections fort étendues les limites des priv ilèges de noblesse. Saint-Evremont, qui fut son secrétaire pendant vingt-quatre ans, et rédigeait pour elle ses lettres officielles, ses factums et ses mémoires, lui ôle tout scrupules à cet égard : // n'est pas de la dignité d'uue personne si considérable de bien orthographier. (Tome V, page 224). Son esprit était naturellement agréable et facile ; ce n'est pas dire qu'elle eût pu rédiger ses mémoires sans l'aide de la plume de Saint-Réal.
Je ne sais si je dois citer un roman historique, pour compléter la liste des documents avec lesquels on se formera une opinion sensée de madame Mazarin ; je n'ai pas grand goût pour le roman historique. Il faut dire toutefois que La duchesse de Mazarin, par M. Alex, de Lavergne, se distingue par l'étude des personnages et une connaissance suffisante de l'époque, suffisante pour cette littérature bâiarde qui a fait son temps. Ce roman a paru d'abord dans la Revue de Paris, tome I, page 77, année 1 8/12 , et ensuite en deux vol. in-18, Paris, Paulin, i8£i6.
(555) A titre de grand-maître de l'artillerie, le duc Mazarin avait un \aste et beau logement dans l'Arsenal.
(554) Elle raconte dans ses Mémoires :
« J'avois fait élever un théâtre dans mon appartement, pour y donner la comédie à quelques personnes de la cour. Deux heures avant qu'on s'en dût servir, monsieur Mazarin, sans m'en avertir, s'avisa de le faire abattre, parce que c'étoit jour de fête, et que la comédie étoit un divertissement profane. Tout cela n'empêchoit pas que nous ne nous vissions fort civilement les après-dSnées, car nous ne mangions ni couchions ensemble. M. Mazarin ne l'entendoit pas tle la sorte ; mais outre que notre écrit n'en disoit rien, je ne voyois pas d'apparence que les choses pussent demeurer comme elles éloient, et si par hazard nous revenions au parlement, je ne voulois pas m'exposer a solliciter élanl grosse. » (P. 62.)
(555) Ce chevalier de Rohan est le même personnage qui fut décapité pour crime de haute trahison. (Voir les mémoires du temps, du mois de novembre 1674.) La Fare avait vécu dans le même monde que lui ; il raconte d'une manière alerte et piquante son origine, sa vie, sa conspiration et sa mort.
L'anecdote suivante, qui se rapporte au chevalier de Rohan, aurait pu prendre sa place dans les noies 169 à 179, lorsque j'ai cherché à prouver le soin que le cardinal Mazarin apporiaii à l'éducation du roi. « On jouoit fort gros jeu chez le Cardinal; le chevalier de Rohan, après avoir beaucoup perdu, se trouva devoir au roi une grosse somme.
Note 558.
On étoit convenu qu'on ne paieroit qu'en louis d'or, et après en avoir compté au roy sept ou huit cents, il lui compta deux cents pistoles d'Espagne, ou environ. Le roy ne voulut pas les recevoir, et dit qu'il falloit des louis. Alors le chevalier de Rolian prit brusquement les deux cents pistoles d'Espagne et les jeta par la fenêtre, disant : Puisque Voire Majesté ne les veut pas, elles ne sont bonnes à rien. Le roy picqué se plaignit au Cardinal de celte insolence, et le Cardinal, comme son gouverneur, lui dit : Sire, le chevalier de llohan a joui en roy, et vous en chevalier de lîohan. » (Mémoires de La Fare, Rotterdam, 12°, 1710, page 1Û6.)
Les deux passages qui suivent m'ont frappé: le second accuse formellement madame la duchesse Mazarin; le premier l'excuse-t-il?C'é/t»7 l'homme de son temps le mieux fait, de la plus grande mine et qui avoit les plus belles jambes. ■ — Il avoit été fort bien venu des d îmes, et en dernier lieu de madame de Mazarin , nièce et héritière du cardinal Mazarin, la plus belle femme de l'Europe, et qui l'a été jusqu'à son dernier jour. Elle avoit quitté son mari pour le suivre. One si la laideur du mari et la bonne mine de l'amant peuvent excuser une femme, elle étoit excusable. (Mémoires et réflexions sur les principaux événements du règne de Louis XIV, par M. L. M. D. L. F. (La Fare), à Rotterdam, 120, 1716, page i5l.)
Le duc Mazarin ne recula devant aucunesupposition fâcheuse, et il accusa le duc de Nevers d'une passion coupable pour sa sœur. Il faut avouer que la tournure de son imagination donnaitaux vers qu'il lui adressait une apparence d'exaltation amoureuse, mais il eût été facile à un esprit moins prévenu de la traduire en prose par une simple tendresse fraternelle. Les vaudevilles et lessatiresdu temps se sont emparés de cette insinuation calomnieuse.
(536) Dans toute l'époque de la Fronde, les traveslissemens ont été à la mode. Tout homme politique avait ses déguisemens prêts, comme nous avons aujourd'hui nos passeports, à tout événement. De grands personnages, comme le prince Condé, le cardinal de Reiz, le duc de La Rochcfoucault, le marquis de Lewis, le comte de Guitaut, Bussy, mademoiselle de Montpensier (je la cite parmi les hommes), eurent plus d'une fois recours à des déguisements. Plus tard les aventures galantes héritèrent de la politique, l'usage des mêmes stratagèmes : M. d'Aumont se déguisait en minime (Tallemant, loin. II, page 69; Voiture, lettre XXV), et M. le Duc, lils du Grand Condé, mettait tous les coutumes, selon les occasions. (Mém. de Saint-Simon.) Les ordonnances de police s'opposaient, mais vainement, à cette mode, qui tenait aux mœurs par plus d'un rapport. J'en citerai une :• 13 février 1 6 5 1 . De par le roy et monsieur le prévôt de Paris, ou son lieutenant civil. Sur ce qui nous a esté remontré par le procureur du rptj. qu'au préjudice des ordon-
nances et règlements de la police, plusieurs personnes se travestissent en habit de masques, lesquelles, soubs ce spécieux prétexte, pourraient faire des entreprises contre le service du roy, etc., etc. (Tome XIII , page 78 de la Collection mss. de Lamoignon , Arch. de la Préfecture de police.)
(357) On lit dans une lettre de madame de Sévigné : « Madame de Mazarin partit, il y a deux jours, pour Rome. M. de Nevers n'y doit aller que cet été, avec sa femme. M. de Mazarin se plaignit au roi qu'on envoyât sa femme à Rome sans son consentement, que c'étoit une chose inouie, qu'on ôtât ainsi une femme de la domination de son mari, et qu'on lui fit donner vingt-quatre mille livres de pension par an, et douze mille francs présentement pour un voyage qu'il n'approuvoit pas et qui le déshonoroit. Sa Majesté l'écou la, mais tout étant réglé et le voyage résolu, il n'en fut autre chose. Pour madame de Mazarin, sur tout ce qu'on lui disoit ici pour l'obliger de se remettre avec son mari, elle répondoit en riant, comme pendant la guerre civile : Point de Mazarin, point de Mazarin. » (Paris, 27 févr. 1671.)
(538) Voir ses Mémoires. La version de Ménage, qui la tenait de madame de Sévignè, est un peu différente : En rentrant en France, la connétable de Colonne et madame Mazarin passèrent à Arles; elles éloienl en triste équipage. Madame de Grignan leur envoya le soir à chacune une douzaine de chemises, avec une lettre qui commencoil ainsi : Vous êtes comme des héroïnes de roman, force pierreries et point de linge blanc. (Ménage, tome I, p. 257. Voir aussi Bayle, Rép. aux questions, éd. 12°, page 193.) Madame de Sévigné en avait le détail par madame de Grignan. Elle écrivait de Paris, le 9.0 juin 1672 -.La comtesse de Soissons et madame de Houillon sont en furie contre ces folles, et disent qu'il les faut enfermer.
L'histoire de. ces folles devait trouver place, au moins en abrégé, dans la description du Palais Mazarin, maiscommeles bibliographes ont des idées assez confuses sur les mémoires donnés au public par la duchesse Mazarin et la connétable Colonna,nousen dirons quelques mots. Ces deux petits volumes avaient plus de droit, qu'on ne le croit, à entrer dans la grande collection des mémoires.
On a vu (note 552) la duchesse Mazarin dicter ses souvenirs à Saint-Réal, qui les livra à l'impression. Ils eurent un grand succès et les contrefaçons de Hollande profitèrent assez aux imprimeurs pour donner l'idée à l'un d'eux de doubler la dose en publiant pour pendant les Mémoires de Marie Mancini. Cet ouvrage supposé parut en 1676 à Cologne chez le même Pierre Marteau , et sons ce titre qui porte la sphère : Les Mémoires de M. L. P. M. M. (Madame la princesse Marie Mancini. ) Colonne <;. connétable du royaume
Note 558.
LE PALAIS MAZAUIN.
de Naples. Le libraire met en tête cet avertissement au lecteur : Voicy, cher lecteur , les mémoires de madame la princesse Marie Mancini Colonne, que je donne à ta curiosité pour marque de l'obligation que je t'ay, d'avoir eu la bonté d'agréer celles de la duchesse Mazarine sa sœur. Je me veux flatter de croire que tu m'en sauras bon gré, et que tu auras la mesme bonté pour celles-cy : et cela estant je te promets aussi celles de madame la 1). de B. dans peu de temps. Agrée donc celles-cy , si tu désires les autres, que je te promets. Le tout