‹ De l'organisation des services d'assistance médicale gratuite dans les communes autonomesChapitre 12 sur 23 · QUELQUES RÉFLEXIONS · texte numérisé non relu

QUELQUES RÉFLEXIONS

Les exemples que nous venons de donner auront, nous l’espérons, le mérite d'éclairer un peu notre sujet, en l'illustrant en quelques sorte. Ils aideront le lecteur, qui nous jugera avec bienveillance, à se faire une idée du fonctionnement de la loi de 1893, dans certaines communes qui assurent, par leurs propres moyens, l'assistance médicale gratuite à domicile. Nous avons voulu, à défaut de statistique, faire ressortir les cas d'espèce.

Il est fait appel dans les services autonomes, aux modes d’assistance les plus divers, soit que les communes assurent l'application de la loi, grâce à un service municipal, soit qu’elles se déchargent de ce soin sur les Bureaux de bienfaisance, auxquels elles accordent une subvention.

Ici, un certain nombre de médecins sont répartis par circonscriptions et généralement rémunérés à forfait, quelquefois à La visite, à moins qu'il ne soit fait appel à ces deux modalités. Ailleurs, l’assisté a le libre choix de son médecin parmi tous ceux qui acceptent de lui donner des soins ; ces derniers sont habituelle-

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ment remunérés à la visite: ou bien à l'abonnement par tête d’assisté; ou bien encore à forfait d'après les prévisions budgétaires, une somme globale leur est remise, ils la partagent au prorata des visites faites.

Nous voyons des communes qui assurent donner à l'indigent le libre choix de son médecin, parmi deux ou trois qui lui sont imposés. La ville de Vichy déclare avoir une situation enviable, par suite des ressources considérables de son Bureau de bienfaisance ; on inserit largement sur les listes, et le médecin qui reçoit une somme forfaitaire paie en partie les frais de cette largeur de vue.

Tarifs. — Les tarifs imposés concurremment au régime des circonscriptions sont insuffisants, quelquefois ridicules ; il suffira pour s’en convaincre de les comparer avec le nombre des assistés inscrits. Les villes se montrent d’inégale générosité, ce sont encore les grandes villes qui paient le moins bien; il est vrai que le médecin y gagne le titre très honorifique de médecin du Bureau de bienfaisance et qu'il peut aspirer à l’honorariat.

Le Dr Rinuy signalait en 1914, qu'Amiens, qui possédait de 13.500 à 15,000 inscrits, selon la saison, affectait aux médecins une somme totale de 10.000 francs, ce qui faisait 0 fr. 70 par inscrit: Cette même ville comptait en 1919: 7.209 inscrits avec un forfait de 12.000 francs, soit { fr. 60 par inscrit.

Voici quelques chiffres pour l’année 1919.

MONTPELLIER, 20.000 inscrits; somme forfaitaire globale allouée aux médecins : 7.000 francs, soit 0 fr. 30 par inscrit.

Nancy, 13.500 inscrits; somme forfaitaire totale allouée aux médecins 12.000 francs, soit Ü fr. 80 par inscril.

Mêmes réflexions pour le système à l’abonnement. Dans le cas de rémunération à la visite, à domicile ou au cabinel, nous constalons que, si certaines communes se montrent raisonnables, d’autres ont des larifs qui ne sont plus admissibles.

Tout dernièrement, la Chambre syndicale des Médecins du Rhône, après entente avec les représentants des Sociétés de Secours mutuel, a obtenu un tarif qui comporte une réduction de 0 pour 100 seulement sur les prix normaux minima fixés par le Syndicat.

Dégageons quelques conclusions des faits historiques qüe nous avons rapportés, ainsi que des documents què nous avons rassemblés, avant d'en aborber la discussion.

Nous voyons d'un côté l'Etat, qui veut inscrire à son budget général un minimum de dépenses, se contenter du rôle de contrôleur, laissant à chacun le soin de s’administrer comme il l'entend, et d’autre part les communes, Jjalouses de leur autonomie, redouter l’intromission de l'Etat dans leurs affaires particulières ; convaincues d'assurer une meilleure gestion de leurs intérêts, elles déclarent pouvoir se passer de tout secours étranger. L'assistance médicale est abandonnée aux fantaisies des politiques et des fonctionnaires, entre les mains de qui le médecin devient un instrnment servile, un fonetionnaire. Celui dont le rôle est Le plus important se voit reléguer au dernier plan. Il doit supporter, lui contribuable, une charge énorme, car

il n'est pas rémunéré en raison des services qu'il rend. Mal payé, surchargé de besogne, il est dans l'impossibilité de faire utilement de l'assistance médicale à domicile, il ne peut qu'envoyer son malade à l'hôpital. | |

M. Mesureur, directeur de l’Assistance publique à Paris, s'exprimait ainsi, au banquet des médecins des Bureaux de bienfaisance (27 nov. 1913) :

« Mon raisonnement sera plus sensible, plus clair, si vous me permetllez de citer quelques chiffres certain médecin a fat, dans le cours de l’année, 2,057 visites, c’est un maximum qui constitue une charge fort lourde; cela pourtant a été constaté, dans un arrondissement; dans un autre arrondissement, les visites ont été de 131. pour un médecin, c’est un minimum, il est vrai, mais ce sont des chiffres qu'il est bon de donner, pour faire apparaître, à vous-mêmes, qu’il y a là un vice d'organisation, une mauvaise el inégale répartition du travail.

« Je me permets d'attirer votre attention sur ce point, car la conséquence éclate à tous les yeux ; vous avez un traitement fixe, c'est, je le proclame, une indemnité ridicule à côté des services que vous rendez ; or, il arrive que le minimum de revenu de chaque visite, pour le médecin qui en fait le plus, a été de o fr. 97, chiffre qui n’est pas digne de vous, ni de nous, alors que le maximum de rétribution a dépassé un peu la mesure : des médecins ont reçu 10 fr. 57, irfr. raet 11 fr. 45 par visite. »

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