LES COMMUNES ONT-ELLES INTÉRÉT A LA DÉVELOPPER
L'assistance médicale à domicile n’existe pas ou à peu près pas, c'est là un fait avéré, dans les communes où le médecin n’est pas intéressé directement à son fonctionnement. Les malades y sont habituellement dirigés sur l’hôpital après une rapide visite ; c’est d’ailleurs à peu près tout ce qu’exige l’Administration de ses médecins.
Or, jusqu'ici, certains hôpitaux dotés de revenus propres assuraient l'hospitalisation de tous les indigents qui se présentaient à leurs portes. D’autres se contentaient de demander une somme forfaitaire, destinée à les aider à équilibrer leur budget.
Mais voilà ! La hausse persistante qui sévit sur toutes choses, surtout depuis la guerre, a augmenté, dans une proportion inusitée, le prix de revient des journées d’hospitalisation ; il en résulte pour les hôpitaux une situation budgétaire déficitaire. Prenons un exemple :
Les Hospices de la ville de Lyon, placés sous le
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régime de la loi de 1851, viennent de demander l'application intégrale, non seulement de la loi de 1895, mais encore de la loi du 5 août 1819 et, au préalable, l'application des dispositions légales qui permettront à la Municipalité lyonnaise, chargée de combler leur déficit, de participer à l'avenir d’une façon directe à la gestion des Hospices civils ; le Bureau de bienfaisance demeurant chargé d’assurer le service de l'assistance médicale à domicile. |
Tel est le fait nouveau, gros de conséquences. La ville devient directement intéressée à avoir un minimum de journées d’hospitalisation, très coûteuses, à payer, puisqu'elle devra, dans tous les cas, combler le déficit des hospices.
La question de l'assistance médicale à domicile se détache dès lors avec un relief singulièrement saisissant. Désormais, il ne faudra plus se contenter d’à peu près. C’est si vrai que, dorénavant, les listes d’assistance vont être établies avec le plus grand soin, par les mairies de quartier. L'abus des inscriptions et les urgences devenant préjudiciables aux finances de la commune et non plus seulement aux médecins, taillables et. corvéables à merci, va être soigneusement réprimé ; voilà un enseignement !
Ajoutons que les hôpitaux de certaines villes qui reçoivent un forfait, demandent sa suppression et son remplacement par le remboursement des journées d’hospitalisalion. Nous avons eu entre les mains une correspondance échangée entre les hôpitaux d’une importante ville de l'Est et la municipalité, et nous avons pu constater que les deux parlies en présence
n'avaient pas l'air de prendre le chemin de la éoncilation.
1° L'ASSISTANCE MÉDICALE A DOMICILE SOULÈVE DES DIFFICULTÉS.— Les difficultés sont d'autant plus grandes qu'on s'en est plus désintéressé. Il faut reconnaître l'importance des services rendus par la charité privée qui, heureusement, ne s’est pas lassée de dispenser ses bienfaits, qu’elle se soit manifestée sous la forme laïque ou religieuse.
Que se passe-t11? Un indigent tombe malade; un médecin est appelé à lui donner des soins, voilà qui est bien, mais il faut se rendre compte dans quelles conditions 1l va pouvoir le traiter.
Le logement est insuffisant, ceux qui l'habitent y sont entassés, les conditions d'hygiène y sont déplorables. Toute la famille est occupée au dehors, à l'usine, au magasin, à l'atelier, 1l ne reste à la maison que les vieux ou les impotents. Qui donc va s'occuper du mala de ?
Il existe actuellement deux courants d'opinion. Les uns voudraient voir diriger tous les malades sur des cliniques ou des hôpitaux, d’autres souhaitent que l'on donne une large part aux soins à domicile, en améliorant les conditions hygiéniques de l'habitation.
Sur ce sujet M. Campagnole s'exprime ainsi dans ses commentaires sur VA. M. G. : |
« La loi du 15 juillet 1893 affirme nettement la préférence qu’il convient de donner, en matière d’A. M., à l'assistance à domicile.
« Cette préférence est justifiée, à tous égards, au triple point de vue, moral, hygiénique, économique.
| — 62 — Au point de vue moral, l'assistance à domicile permet à l'individu secouru de rester chez lui, auprès des siens, tout au moins, et de recevoir, du foyer domestique, les soins de la famille, dont les liens ne se trouvent pas ainsi exposés à être, en cas de maladie, subitement relâchés.
« De plus, en respectant le caractère familial, l'A. M. habitue les parents, les amis, les voisins, à ne pas se désintéresser de la maladie qui frappe un des leurs; elle leur rend plus facile la mise en pratique des idées de fraternité; elle les conduit, par une pente presque insensible, à l'exercice volontaire des principes généraux de solidarité sociale. »
S1 les villes reconnaissent le bien-fondé des arguments que nous venons de présenter, il leur faudra créer de toutes pièces l'assistance médicale à domicile. Les services d'hygiène et d'assistance devront collaborer étroitement, pour créer des logements salubres, avec chambre de malade facile à désinfecter. Instituer un service d'infirmiers, d’infirmières et de visiteuses à domicile, comme cela a été proposé par M. le professeur Paul Courmont, dans une thèse récente, à propos des tuberculeux.
2° L'ASSISTANCE MÉDICALE A DOMICILE COUTE CHER. — L'assistance médicale à domicile, bien faite, qu'on ne peut concevoir sans le « libre choix » du médecin rémunéré équitablement, coûte cher. Il s’agit de savoir s’il n'existe pas actuellement des dépenses qui pourraient être « comprimées » au bénéfice de l'assistance médicale. D'autre part, elle coûtera certainement moins cher que l'assistance à l'hôpital qui se verra désencom-
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brée, du même coup, de malades qui pourraient être rapidement guéris, chez eux, d’une maladie nécessitant un nombre très restreint de visites.
Nous disons, après beaucoup d’autres bien mieux qualifiés que nous, que les services d'hygiène, d’assistance et de prévoyance sociale devraient collaborer étroitement. L'amélioration des conditionshygiéniques n'entrainerait-elle pas une diminution des malades et partant des charges de la société.
Est-ce qu'une loi d'assurance maladie ne devrait pas être votée immédiatement?
Les médecins doivent créer un mouvement d'opinion par une action syndicale énergique.
Pour servir de fin.
Il reste beaucoup à faire pour que les médecins comprennent enfin le rôle social qu'ils sont appelés à jouer dans la société moderne. Ne nous préoccupons pas de ceux qui s'occupent uniquement de politique.
Nous sommes encore sous le coup de l'impression pénible que nous a causée la lettre d'un de nos amis, secrétaire d’un Syndicat médical.
Comme nous lui avions demandé de porter à l’ordre du jour la question de l’A. M. G. à domicile dans les services autonomes (il exerce dans une ville où les médecins sont désignés par circonscription et reçoivent un forfait du Bureau de bienfaisance), il nous répondite ;
« J'ai demandé leur avis à plusieurs médecins. Les uns, ceux qui font partie du Bureau de bienfaisance,
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trouvent que le forfait, sans être merveilleux, est acceptable. Les autres désireraient peut-être le libre choix, mais voient dans ce mode d’aclion une source d’ennuis et de désagréments.
« Le libre choix, certes, serait une bonne chose mais j'ai bien peur que les municipalités n’y tiennent pas du tout.
« En somme, l'impression que j'ai eue après toutes les conversations avec mes confrères, est que cette question leur est indifférente. »
La clientèle d’un Bureau de bienfaisance est toute particulière ; un médecin n’est considéré que s'il ordonne des médicaments. Les administrateurs le savent fort bien et ne verront pas d’un très bon œil ce libre choix qui, certainement, augmentera les frais pharmaceutiques.
Malgré tout, nous allons étudier de plus près cette question.